Le 30 Novembre dernier, sur France Inter, Thomas Chauvineau abordait la question de "Naître à la maison", dans l’émission Grand bien vous fasse. Parmi les intervenants, on pouvait compter Floriane  Stauffer, membre active de l'APAAD - Association Professionnelle de l'Accouchement Accompagné à Domicile, Benoît Le Goadec, sage-femme pratiquant l’AAD - accompagnement accompagné à domicile -, Alexandra Benachi, vice-présidente du CNGOF - Collège national des gynécologues et obstétriciens français - ainsi que Baptiste Beaulieu, médecin généraliste et auteur.

Le CDAAD - Collectif de Défense de l’Accouchement  Domicile, souhaite tout d’abord remercier Thomas Chauvineau ainsi que ses intervenants, d’avoir permis de mettre en lumière  le débat sur la question de la liberté de choix du mode d’accompagnement et du lieu de naissance en France. Alors que 40 % des maternités ont fermé en France en 20 ans, dont une majorité de petites maternités de proximité, l’offre de soins périnataux ne répond en effet que partiellement aux besoins des parents.

Que ce soit en maternité, à domicile, en maison de naissance ou encore en plateau technique, chaque parent devrait avoir la possibilité de choisir le mode d’accompagnement et d’accouchement qui correspond le mieux à ses besoins, ses aspirations et ses valeurs. Pour que ce choix soit réellement libre et éclairé, il convient que les professionnels délivrent une information claire, objective et complète aux patientes, tant sur leur état de santé, la nature et le déroulement des actes et suivis envisagés, que sur l’ensemble des offres de soins existantes.

C’est pourquoi nous tenons à rebondir sur les propos du docteur Alexandra Benachi qui nous semblent aller à l’encontre de cette obligation médicale et légale de délivrer une information “loyale, claire et appropriée”.[1]

En effet, la vice-présidente du CNGOF n’a cessé de rappeler les prétendus risques de l’accouchement accompagné à domicile, en ne se référant à aucune étude ni statistique ; et en insistant surtout sur le risque qui pèserait sur le bébé, ce qui est très culpabilisant pour les mères.

Il s’agit là d’une opinion personnelle et non d’un consensus scientifique.

Plusieurs études menées dans différents pays développés, certains étant d’ailleurs nos voisins européens, démontrent au contraire que l’accouchement accompagné à domicile est aussi sécuritaire que l’accouchement en milieu hospitalier[2] pour les grossesses à bas risque.[3]

Les statistiques de l’APAAD sur les accouchements accompagnés à domicile en France, présentées dans l’émission par Floriane Stauffer, confortent ces études.[4]

Alexandra Benachi occulte par ailleurs totalement les risques liés à un accouchement surmédicalisé (déclenchement, accélération du travail, épisiotomie et césarienne non-indispensables), et ses éventuelles complications ainsi que leurs conséquences physiques, mais aussi psychiques pour les parturientes (risque infectieux, risque augmenté de dépression du post-partum, risque d’hémorragie de la délivrance augmenté par les produits de déclenchement et d’accélération du travail,...).[5]

Elle ne dit pas non plus qu’une intervention médicale augmente les risques d’en recevoir une autre (qui servira généralement à monitorer, prévenir ou traiter les effets de la précédente) pouvant provoquer ainsi une cascade d’interventions.

De plus, Alexandra Benachi n’hésite pas à balayer d’un revers de la main le sujet des violences obstétricales et gynécologiques, alors que, comme la reprend très justement Baptiste Beaulieu, ces dernières sont une réalité dans les établissements hospitaliers, bien plus que dans tout autre lieu possible d’accouchement.

Docteur Benachi véhicule enfin l’idéologie patriarcale selon laquelle les femmes ne seraient pas en capacité de décider pour elles-mêmes du mode d’accompagnement et du lieu de naissance qui leur conviendrait le mieux, portant ainsi atteinte aux droits fondamentaux des femmes à disposer de leur corps. Il est au contraire primordial de remettre les besoins des femmes  et du couple au cœur du processus, en les informant et en les accompagnant en toute sécurité dans leurs choix.

Il est indispensable de militer pour que les hôpitaux, les maternités mais aussi les maisons de naissance puissent bénéficier de moyens supplémentaires pour accueillir décemment les femmes qui souhaitent ou sont contraintes d’accoucher en structure. Il est également tout aussi nécessaire de défendre l’accouchement accompagné à domicile comme une offre de soin complémentaire et tout aussi sécuritaire, qui répond à une demande croissante et à un réel besoin des femmes et des couples.

C’est aujourd’hui ce que le CDAAD, main dans la main avec les sages-femmes pratiquant l'accouchement accompagné à domicile et l’APAAD, défend et continuera de défendre avec force et conviction.


[1] Article R4127-35 du Code de la santé publique. Voir aussi les articles L1111-2 et suivants du Code de la santé publique sur l’obligation d’information pesant sur les médecins et le respect du consentement des usagers.

[2]Dans cette étude publiée dans The Lancet fin juillet, menée par le docteur Eileen Hutton, il est démontré que le risque n’est pas différent que l’accouchement soit à la maison ou à l’hôpital. Cette revue de grande ampleur a utilisé les données d’une vingtaine d’études publiées depuis 1990 comparant les résultats de 500 000 naissances à la maison et à un nombre similaire de naissances à l’hôpital en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, aux Pays-Bas, au Japon, en Australie, au Canada et aux États-Unis. Cette étude met en évidence après croisement et analyse des données que les risques ne sont pas plus élevés, en terme de mortalité périnatale et néonatale, lors d’un accouchement prévu à domicile que lors d’un accouchement prévu en milieu hospitalier pour les grossesses à bas risques .Elle démontre aussi que le risque est encore réduit lorsque l’accouchement à domicile fait partie intégrante de l’offre de soins," https://www.thelancet.com/journals/eclinm/article/PIIS2589-5370(19)30119-1/fulltext 

[3] L’accouchement accompagné à domicile n’étant de fait pas possible pour les grossesses à risque.

[4] https://www.apaad.fr/?page_id=812 

[5] Voir, entre autres, l’étude de contexte des recommandations de l’OMS sur les soins intrapartum pour une expérience positive de l’accouchement, 2018 : https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/260178/9789241550215-eng.pdf?sequence=1