REPORTAGE. Pilotine, un chantier naval d'insertion qui fait le pont entre deux mondes à Marseille. lire l’article en ligne
L'association marseillaise, qui fête en 2024 ses dix ans, s'est donné pour ambition de favoriser le lien entre des personnes éloignées de l'emploi et le monde maritime, notamment à travers la réalisation de chantiers de réparation navale.
Jean-Christophe est ouvrier d'insertion à Pilotine, association marseillaise, depuis six mois. | FERIEL ALOUTI
Le marin Feriel ALOUTI.
Publié le 14/05/2024 à 18h18
La matinée est chargée pour Rémy Arnaud, co-gestionnaire de Pilotine, et les ouvriers de ce chantier naval d'insertion basé à Marseille. Chantier naval de Marseille (CNM) et Palumbo, tous les deux spécialisés dans la réparation navale, viennent de leur commander deux chantiers.
Casque vissé sur la tête, Rémy Arnaud, accompagné de Serge et Jean-Christophe, deux salariés d'insertion, parcourent en camion les deux cents mètres qui séparent le chantier Pilotine de la forme 10, troisième plus grande forme au monde dédiée à la réparation navale. Direction le bateau-porte, construit il y a cinq ans et révisé il y a quelques semaines. « Le chef maintenance de CNM fait appel à nous pour lever les réserves émises par Bureau Veritas après leur visite » explique Rémy Arnaud, cheveux bruns coupés court et barbe bien fournie, tout en se hissant sur l'engin. « Une des premières choses qu'ils veulent, c'est un système pour baisser la passerelle, ce qui a été fait n'est pas très pratique, il faut gamberger quelque chose », lance Rémy Arnaud.« Il faut aussi changer tous les boulons en inox. » « No problemo! » répond Jean-Christophe.
Le chantier naval effectue régulièrement des travaux pour CNM. | FERIEL ALOUTI
«J'ai découvert une équipe bienveillante »
Depuis dix ans, ce chantier naval d'insertion tente de faire le pont entre des personnes éloignées de l'emploi - chômeurs de longue durée, bénéficiaires du RSA, etc. - et le bassin économique du port de Marseille, en particulier les chantiers navals qui manquent de bras. « L'idée est de lever les freins à l'emploi, travailler sur le savoir-être et construire un projet professionnel » indique Rémy Arnaud.
Remy Arnaud cogère le chantier Pilotine depuis ses débuts. | FERIEL ALOUTI
Ainsi, chaque année, une vingtaine d'ouvriers sont recrutés pour se familiariser avec la soudure, la chaudronnerie, la mécanique et la menuiserie. Les quelques mois passés au sein de Pilotine leur servent de transition afin de leur permettre d'obtenir un contrat de professionnalisation, une alternance ou même un emploi.
Arrivé il y a six mois, Jean-Christophe, 56 ans, s'est pris de passion pour l'électricité et l'électronique, après des années de chômage. « Je n'ai trouvé dans aucune branche » lance-t-il, avec amertume, tout en essayant de régler une machine à bois. « Ici, j'ai découvert une équipe bienveillante, tout le monde se respecte, personne ne juge le parcours de l'autre. » Depuis son arrivée, Jean-Christophe mûrit son projet professionnel. À la fin de son contrat, prévue dans deux mois, il aimerait lancer son auto-entreprise dans l'électronique naval.
Le chantier naval d'insertion fête en 2024 ses dix ans. | FERIEL ALOUTI
Sami, 19 ans, quittera le chantier dans un mois. Envoyé par la Mission locale, il profité de ces six mois pour découvrir la mécanique et préparer son avenir professionnel. Il a décidé de passer le Caces, une formation certifiante lui permettant de conduire des engins de chantier. « J'aimerais travailler dans le port dans le secteur de la logistique » dit-il, s'imaginant bien débarquer les marchandises des ferries en provenance de la Corse.
Une quarantaine de salariés
« JC, prends ton calepin, on va aller prendre les cotes chez Palumbo pour pouvoir passer à la quincaillerie et commencer dans la foulée », lance Rémy Arnaud. Le chantier de réparation navale a commandé quatre portes en bois pour confiner un yacht en réparation. « C'est bien plus solide que des bâches avec des zips. » Avant de débuter le chantier, Rémy Arnaud veut d'abord s'assurer que le gérant a versé l'acompte. « Notre budget repose en partie sur des aides de l'État et des dons d'entreprises mais on doit aussi diversifier notre modèle économique, notre chantier compte tout de même une quarantaine de salariés. »