L’Europe progresse-t-elle vers un projet de «pacte finance-climat»?

     

 PAR MICHEL DE MUELENAERE

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Le projet de pacte européen finance-climat de l’économiste Pierre Larrouturou rencontre de plus en plus d’intérêt. Une manière de dégager les sommes nécessaires à des investissements pour une transition écologique créatrice d’emplois.

L’idée date d’avant le sommet de Paris, en 2015. Depuis, elle a été inlassablement peaufinée, testée et discutée. Mais aussi présentée dans des cénacles de décideurs politiques. Et voilà qu’atterrit la proposition de « pacte finance-climat » portée notamment par l’économiste français Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel. « Dans un mois, le projet de traité sera terminé », confirme Larrouturou. Qui, à Bruxelles ce dimanche, espérait que la proposition suscite un débat entre chefs d’Etat européens lors de leur prochain sommet, les 21 et 22 mars.

Le principe de base n’a pas varié : réorienter les euros émis par la Banque centrale européenne vers l’économie réelle et l’action climatique, alors que 89 % ont été jusqu’à présent investis via les banques dans les transactions financières souvent spéculatives. « Chaque mois, 80 milliards d’euros sont disponibles, dit l’économiste. Il est là, l’argent dont nous avons besoin pour la transition. » Nouvelle venue dans le pacte : la création d’une « banque européenne du climat et de la transition écologique ». Filiale de la Banque européenne d’investissement, elle aurait un statut de banque à part entière. Chaque pays européen disposerait d’un droit de tirage sous forme de prêts à taux zéro équivalents à 2 % de son produit intérieur brut. Soit un peu plus de huit milliards pour la Belgique.

Plan Marshall

Par ailleurs, la proposition de pacte plaide également pour un « budget climat » européen de 100 milliards d’euros par an. De quoi lancer un « plan Marshalll » pour l’Afrique et investir massivement dans des projets de recherche favorables au climat (stockage de l’énergie, amélioration des automobiles pour les rendre plus légères, moins puissantes et moins gourmandes, amélioration de l’efficacité énergétique des appareils électroniques…). Comment financer tout cela ? « Par un impôt européen de 5 % sur les bénéfices des entreprises », détaille Larrouturou qui rappelle que l’imposition moyenne sur les bénéfices en Europe n’a cessé de diminuer pour se stabiliser à 19 % – contre 30 % aux Etats-Unis, avant la dernière réforme introduite par Donald Trump.

L’idée de pacte a obtenu l’aval de personnalités de bords très divers : à droite, Alain Juppé, l’ancien Premier ministre français, à gauche Rudy De Leeuw, l’ancien patron de la FGTB, actuel président de la confédération européenne des syndicats, et le président du conseil espagnol Pedro Sanchez. Larrouturou presse désormais la France et l’Allemagne. « Notre projet calme la spéculation, crée de l’emploi (800.000 selon l’Agence française de l’énergie, NDLR) et apporte un début de solution pour la crise climatique. Il n’y a plus aucun obstacle technique, il y a juste de l’inertie. C’est pour cela qu’il faut un lobby citoyen fort. Le mur de Berlin ne serait jamais tombé si les gens n’étaient pas descendus dans la rue. »

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Un projet européen

« Le plus probable, c’est que ça va mal finir », grimace l’économiste. Qui ne se résigne cependant pas. « Le système actuel suscite de plus en plus d’inégalités et cause l’humiliation de millions d’hommes et de femmes. En outre, il fout en l’air la biodiversité et le climat. Il faut entendre la clameur des pauvres et le cri de la Terre. Nos pays, l’Europe, nos populations ont besoin d’être réconciliés. Le climat est un des rares sujets qui peuvent tous nous réconcilier. » Alors que les prochaines élections européennes risquent de tourner au tsunami populiste, le projet de pacte, dit-il, permettrait à chacun de voir clairement la plus-value européenne. Même si 12 ou 14 pays s’y rallient, les autres suivront. Et après eux, d’autres pays, comme le Japon.