La Syrie dans les années 2010
33 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté (14 % en 2000).
> Fin 2010, à la veille du soulèvement, les États-Unis renouent avec Bachar al-Assad : Barack Obama nomme un ambassadeur en Syrie, Robert Ford, poste laissé vacant depuis 2005, dans l’optique de jouer un rôle sur le dossier iranien et libanais.
> Le groupe français Total réalise 1,6 % de sa production en Syrie.
> Les printemps arabes vont renforcer les relations du pouvoir avec Moscou. Bachar al-Assad comprend qu’il est très dangereux de miser sur l’Occident. Il se tourne vers l’Iran et la Russie. Après la Tunisie, l'Egypte et la Libye, un vent de révolte va souffler sur la Syrie. Le 17 février, un jeune se fait tabasser dans la rue par des policiers pour une probable simple contravention de circulation en plein centre de Damas. Aussitôt une manifestation d'environ 3.000 citoyens proteste, les manifestants crient pour la première fois « le peuple Syrien refuse d'être humilié ». Le 6 mars, les services de sécurité arrêtent à Deraa, près de la Jordanie, une quinzaine de garçons de moins de 15 ans. Influencés par les révolutions égyptienne et tunisienne, ils ont tagué sur le mur de leur école « le peuple veut renverser le régime ». Ils appartiennent à la majorité sunnite du pays. Ils sont arrêtés. Les proches accourent et exigent leur libération. Ils sont torturés sauvagement (ongles arrachés) par le chef de sécurité Atef Najib, le neveu du président. Le 15 mars, une trentaine de jeunes manifestent à la mosquée d'Omayyad dans la vieille ville de Damas, réclamant la liberté et la dignité. Tous sont arrêtés. Le 18 mars, déclenchement du processus révolutionnaire mais toujours pacifique. De larges segments de la population descendent dans la rue avec les mêmes exigences que celles soulevées par les autres révoltes de Tunisie et d’Egypte : liberté, dignité, démocratie, justice sociale et égalité. La population réclame le départ de Bachar al-Assad. Dans la ville de Deraa, une manifestation pacifique de masse envahit les rues réclamant la libération des enfants, le châtiment de ceux qui les ont torturés, la destitution du gouverneur et la levée de l'état d'urgence. Des centaines de milliers de personnes défilent sans aucun débordement. Des soldats fraternisent avec les manifestants. Les femmes sont très présentes. La riposte des forces de sécurité est d'utiliser les armes à feu contre les manifestants pacifiques. Des centaines des morts et des blessés, des détentions. A partir du 22 mars, manifestations et massacres à Deraa et Nawa. Cycle de manifestation et de répression. Des manifestants convergent vers la ville de Deraa pour lever son blocus par l’armée. Ils ont mitraillés sur la route. Le 25 mars, manifestations dans les banlieues pauvres de Damas, la ville côtière Lattaquié et Homs. Chaque manifestation a son lot de morts, blessés et arrêtés. Les services de renseignements tirent sur les manifestants. Des soldats chargés de la répression se joignent à la foule qui les protège. A partir de la fin mars, le mouvement de contestation devient national y compris dans le Kurdistan syrien.
> Lorsque la révolution syrienne éclate, les organisations et les partis kurdes participent aux manifestations – dans les régions où vivent les Kurdes – qui touchent la plupart des régions syriennes. Mais le Parti de l’union démocratique (PYD) intervient dans les manifestations, exerce une répression à leur encontre et hisse le drapeau du Kurdistan à la place du drapeau de la révolution. Des militants et des combattants du PKK commencent à affluer de Turquie et de Qandil (montagnes situées en Irak, au nord-est de la Syrie) pour soutenir la branche syrienne.
> Au printemps, la révolte entre dans une deuxième phase, celle de la militarisation. Des “officiers libres” désertent. Une Armée de la Syrie Libre est constituée (ASL). Cette évolution donne prétexte à Assad pour libérer plus de violence encore : chars, aviation, mortiers lourds. Les trois premiers mois de la révolution pacifique syrienne font 20.000 morts. Les manifestants refusent pourtant d’abandonner la rue au régime. Le 1er juin, face à un rassemblement pacifique à Hama, Assad décide d’envoyer l’armée qui fait entre 150 et 200 morts parmi une population munie de fleurs. La preuve est donnée qu’Assad n'hésite pas à s’engager dans la violence. Obama déclare qu’Assad doit quitter le pouvoir. et laisser les Syriens établir entre eux un nouveau gouvernement. Le 30 juin, fondation du Comité de coordination nationale pour le changement démocratique (CCNCD). En juillet, le nombre des manifestants est estimé à quatre millions, dont environ 200.000 dans la ville de Hama. Le 31 juillet, la veille du ramadan, assaut de l'armée avec des chars contre les habitants de Hama et d'autres villes (au moins 300 morts). En septembre, fondation de l’Union des étudiants libres de Syrie (SFSU). En octobre, assassinat de l'opposant kurde Mechaal Tamo. Ses funérailles se transforment en manifestations géantes à Qamishlo.
> En automne, le régime syrien fait sortir de prison des des militants djihadistes qui ont été jettés en prison entre 2007 et 2009 pour contenter les Américains. Bachar Al-Assad fait libérer 700 islamistes radicaux des prisons. Parmi eux, trois dirigeants vont exercer un hold-up sur la révolution syrienne pacifique en vue de la militariser et de l’islamiser. Ainsi Assad, utilisant la stratégie de son père, envenime la révolution pour lui faire prendre le chemin de l’islamisme et peut se présenter comme le rempart contre l'islamisme.
> Homs devient le centre de la révolution. L'armée quadrille la ville, des militaires embusqués visent la population depuis les toits. Ils n'épargnent même pas les enfants.
> Fin 2011, les conseils locaux voient le jour. Les conseils locaux de coordination sont là pour coordonner les manifestations, avec l’idée qu’il est primordial de faire passer chaque semaine un certain type de message, entendu de tous, et surtout démocratique. Leur tâche sera ensuite de s’occuper des territoires libérés du régime. Le combat est inégal, les manifestants sont face à une armée dévouée au régime et parfaitement équipée..
> Conférence d’Istanbul, fondation du Conseil National Syrien (CNS) regroupant toutes les composantes du soulèvement. Il s’avère rapidement ques les uns et les autres n’ont rien en commun. Tous les groupes défendent leur programme et cherchent à avoir la plus grande influence au sein du CNS sans chercher à regrouper les militants en coordonnant leurs efforts. Les divisions de l’opposition font le jeu du dictateur.
> En octobre, premier veto russe à la condamnation du régime syrien au Conseil de sécurité de l’ONU.
> Le 15 mai, pour commémorer la Nakba, des Palestiniens du Liban et de la Syrie se rassemblent à la frontière avec Israël. Les militaires israéliens n'hésitent pas à tirer sur les manifestants, faisant au moins douze morts.
> Entre 2011 et 2024, les services de renseignement vont arrêter des centaines de milliers de Syriens, souvent enfermés dans des prisons comme celle de Sednaya, surnommée l'abattoir humain, la majorité sont morts sous la toiture.
> Après le début de la révolution, une tentative d’unification des forces et des partis d’opposition est menée, mais elle échoue. Les courants politiques libéraux refusent de s’associer aux courants nationalistes de gauche et communistes et forment le Conseil national syrien, contrôlé par les Frères musulmans. Les forces nationalistes et de gauche quant à elles forment ce qui a été appelé le Comité national de coordination pour le changement démocratique.
> À partir de 2012, un groupe de factions militaires salafistes et djihadistes prend le contrôle d’une vaste zone et de certaines villes de la région nord-est de la Syrie. Face à l’incapacité du régime à faire face à ces organisations, le PYD peut s’installer durablement. Au cours des premières années de la présence du PYD dans le conflit militaire et de son contrôle exclusif des zones à majorité kurde, par l’intermédiaire des YPG, le parti baptise les zones qu’il contrôle Rojava (Kurdistan occidental). Cette initiative est considérée comme un appel à la sécession et suscite le rejet d’une grande partie de la population syrienne.
> La Syrie plonge dans la guerre civile. Au cours des deux premières années du soulèvement, les mots d’ordre dominants sont en faveur de l’unité et la liberté du peuple syrien et contre le confessionnalisme. La révolution populaire se transforme en une guerre par procuration entre les grandes puissances (Russie, Etats-Unis, Iran, Turquie, Israël, etc.)
> Dans le pays, pénuries de plusieurs produits essentiels, tels que le mazout et le gaz avec des longues ruptures d’alimentation en électricité. Chômage de l’ordre de 20 % à 25 %, atteignant 55 % pour les moins de 25 ans.
> Plus de 400.000 Syriens se sont réfugiés à l'étranger. 2,5 millions de personnes ont fui leur domicile et 1,2 millions ont été déplacées.
> Montée en puissance du djihadisme. Des groupes relativement petits avec un discours confessionnel sont présents au début du soulèvement et se développent surtout suite à la répression de plus en plus sanglante du régime, la militarisation, le développement des forces islamiques fondamentalistes et des interventions étrangères. Les restes du prétendu Etat islamique d’Irak (EII) en profitent pour rentrer en Syrie et créent une branche syrienne d’Al-Qaïda, le Front Jabhat al Nusra. D’anciens membres du parti Baas d’Irak, le frère ennemi du parti Baas syrien au pouvoir, jouent un rôle crucial dans ce front al Nusra.
Le régime syrien facilite cette installation pour montrer que la seule alternative à la dictature est le djihadisme et le chaos. La révolution syrienne commence à subir les exactions croissantes des milices islamistes. L’Arabie Saoudite et le Qatar soutiennent les groupes islamistes intégristes.
> La montée en puissance des Kurdes en Syrie semble irrésistible. Les groupes kurdes syriens, longtemps marginalisés, profitent du retrait des forces de Damas du nord du pays pour affirmer leur autonomie. Le PYD (parti kurde contrôlé par le PKK) prend le contrôle des régions kurdes de Syrie et y établit des institutions autonomes. Le régime d’Assad abandonne sans combattre le contrôle de vastes territoires kurdes au nord et à l’est à la milice kurde YPG, les unités de protection du peuple. Cette milice devient l’alliée de la coalition engagée contre l’Etat islamique, sous la direction des Etats-Unis.
> En mars, Poutine redevient président. Il accentue son soutien militaire et financier à la Syrie. l’Iran et la Russie sont les alliés de Bachar el-Hassad.
> Une part importante des troupes de combat du régime sont des combattants à la solde de l’Iran.
> La Turquie est l’un des premiers Etats à fournir une aide directe à l’opposition civile et, plus tard, à l’opposition armée, l’Armé Syrienne libre qui regroupe les premières brigades rebelles qui se constituent dans l’ouest du pays. L’objectif des Turcs est de promouvoir dans cette partie du monde leur modèle d’islamisme modéré.
> Le Qatar, concurrent de l’Arabie Saoudite, entre dans le conflit.
> Israël, pays voisin de la Syrie, officiellement l’ennemi juré du régime d’Assad, décide de ne s’impliquer en aucune manière.
> En février, Hussein Ghrer, militant des droits de l’Homme, est arrêté dans un restaurant et conduit dans une prison des services secrets. En mai, massacre de Houla. 108 morts dont 49 enfants. Le 3 février, massacre dans un quartier de Homs, bombardé au mortier car ses ruelles sont trop étroites pour l'artillerie lourde. Plus de 200 personnes meurent brutalement. La plupart des victimes sont des enfants et des personnes âgées. Au même moment, des miliciens perpétuent des massacres dans d'autres quartiers de la ville. C'est la fin d'un rêve d'une révolution pacifique qui aurait pour seules armes les manifestations et les chants. S'en est fini de l'espoir des jeunes d'obtenir bientôt la liberté. Des centaines de milliers de personnes quittent leurs maisons. Dans l'armée d'Hassad, les désertions se multiplient. En juin, début du siège de la vieille ville de Homs par l'armée syrienne. Le 18 juin, un attentat ravage le QG de la cellule de crise du régime syrien à Damas. L'auteur est probablement l'Arabie Saoudite. En juillet, 40 % à 50 % du pays est contrôlé par la révolution et les villages sont gérés par des comités locaux. Le 20 juillet, bataille de Jarablus, ville située sur la frontière turque. Retrait des forces armées du régime d’une partie du Kurdistan syrien. Le PYD (Parti de l’Union démocratique) prend de facto le contrôle dans les enclaves de Kobané d’abord, puis d’Afrin et de Jazira. Offensive de l'ASL à Damas. Les rebelles prennent le contrôle de l’est d’Alep. A partir de juillet, bataille d'Alep, la deuxième ville du pays. 20.000 soldats du régime assiègent et bombardent la ville. A la fin de l'année, le journaliste indépendant James Foley, âgé de 40 ans, est kidnappé puis, au terme d'une mise en scène insoutenable, égorgé et décapité par un sicaire de l'État islamique. Premiers rapports d’utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad. Obama déclare en août qu’elles constituent une ligne rouge.
> Après 2012, les forces armées salafistes et djihadistes prennent le contrôle de la scène militaire et politique, avec le soutien et le financement des pays du Golfe et l’intervention de nombreux pays étrangers dans la guerre en Syrie, ce qui leur permet de subordonner les forces d’opposition à leur agenda. Les forces politiques n’ont plus aucune efficacité concrète sur le terrain. Dans ce contexte et avec l’augmentation de l’émigration et de la fuite devant une répression qui a atteint un niveau de brutalité inouï de la part des appareils sécuritaires du régime, la plupart des militants politiques et des membres des partis se sont retrouvés hors de la scène syrienne. De cette situation émergent de nombreux nouveaux partis et groupements d’opposition qui adoptent le libéralisme comme approche et idéologie, au point qu’il est devenu difficile d’en connaître le nombre ou les noms.
> En janvier, bombardement aérien de l'université d'Alep, 90 morts. 200 morts par jour.
> Déclaration de la Charte de Rojava (région kurde de Syrie, ou système fédéral démocratique de Syrie du Nord) fondée sur des principes démocratiques, laïcs, multiculturalistes et marquée par une profonde sensibilité écologique. L’accent mis sur les droits des femmes, des minorités ethniques et religieuses, surtout au milieu du chaos syrien, est impressionnant. Toutefois, le pluralisme politique est pratiquement absent.
> Les troupes de l’Etat Islamique, arrivées depuis l’Irak, occupent de plus en plus de territoires à l’est et au nord de la Syrie. En mars, Raqqa se libère avant que Daech ne la reprenne. Daesh fait beaucoup de victimes mais infiniment moins que le régime de Bachar. L’Etat islamique privilégie le contrôle territorial et évite la confrontation directe avec le régime Assad.
> Constitution du Conseil local d’Alep, formé de civils élus démocratiquement par les populations locales. Il compte 25 élus et sera renouvelé tous les ans.
> Au printemps, attaqués frontalement, le PYD et le PKK mènent une lutte acharnée contre les islamistes du Front el-Nosra au nord de la Syrie.
> Le Hezbollah commence à combattre pour l’Iran au côté des forces de Bachar al-Assad.
> Le 16 avril, massacre organisé de 41 personnes de sang froid commis par les soldats syriens sur les passagers d'un bus dans la banlieue sud de Damas. Le régime d’Assad recourt à la pire arme de son arsenal : les armes chimiques, pourtant interdites par une conventions internationale depuis 1997.
Le 6 juin, près de Alep, les journalistes Didier François et Édouard Elias, investigant sur les armes chimiques, sont kidnappés. Les 4 et 5 août, une attaque chimique sur Adra et Douma, près de Damas, fait au moins 450 blessés. Les attaques au gaz dans la population civile marquent un tournant dans la guerre en Syrie. Les unités chargées du transport et du stockage des armes chimiques reçoivent leurs ordres du général Mohammad Bilal qui est en liaison directe avec les services secrets de la présidence. L’utilisation des gaz chimiques est ordonnée personellement par Bachar el-Assad. En 2013, le régime d’Assad utilise les armes chimiques à 40 reprises. La plupart des attaques ont lieu dans la région de Damas. Elles ont tuées au moins 1.500 personnes. Beaucoup d’observateurs pensent que les Etats-Unis se préparent à intervenir directement en Syrie. Obama temporise pour demander l’approbation du Congrès qui ne la lui donne pas.
> En juin 2013, grâce à l'intervention de l'Iran et du Hezbollah, chute de Qoussair, ville stratégique près de la frontière libanaise.
> Le front rebelle se fissure sous les coups de boutoir des groupes djihadistes qui terrorisent les zones libérées.
> Le 21 août 2013, utilisation par le régime d'Al-Assad d'armes chimiques (gaz sarin, un neurotoxique mortel) dans la banlieue est de Damas (quartiers de la Ghouta orientale) faisant de 1.400 morts dont près de 500 enfants et des milliers de blessés. Les États-Unis décident de ne pas intervenir malgré ce franchissement de la ligne rouge tracée par Obama. Paris refuse d'intervenir seul. Les Américains préfèrent laisser aux Russes la gestion des armes chimiques.
Pour les Syriens, c’est un feu vert pour continuer, les Américains n’interviendront pas. Le régime promet de supprimer son arsenal chimique mais les attaques au sarin et aux barrios de chlore se poursuivent.
> Le 10 décembre, enlèvement de l'avocate militante Razan Zaitouneh à Damas.
> La militarisation du soulèvement prend le dessus.
> Début 2014, Daech est chassé d’Alep à la suite de mobilisations massives populaires, et de l’offensive de groupes de l’opposition armée liés à l’ASL.
> Kurdes. En janvier, le PYD kurde déclare l’autonomie dans les enclaves de Kobané comme réaction à ce qu’il ne soit pas invité à la deuxième conférence de Genève. Le modèle d’administration présenté dans la charte ou le « contrat social » de Rojava met l’accent sur l’importance de la démocratie (« auto-administration »), des droits des femmes et des enfants, de l’écologie, de la laïcité et du caractère multi-ethnique de la région.
> En mai, un accord met fin au siège de la vieille ville de Homs qui est évacuée après plus de trois ans de guerre.
> Début juin, Daech (EI Etat islamique d’Irak et de Syrie) lance une vaste offensive en Irak à partir de la Syrie, s'emparant en quelques dizaines de jours de vastes pans du territoire, face à une armée fédérale irakienne incapable de stopper sa progression. Daech s’appuie sur le ressentiment des tribus arabes sunnites contre le pouvoir irakien. Ils s’emparent de champs pétroliers. L’Etat islamique prend la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie. A cette occasion, les recrues de Daesh arrivent par la Turquie.
> Début 2014, l’avancée de l’Etat Islamique contraint finalement les Etats-Unis à revenir sur leur refus d’intervenir. Ils lancent une intervention militaire en Syrie et en Irak. Une coalition internationale contre le terrorisme, menée par les Etats-Unis, est mise en place et commence bombarder des positions djihadistes à Kobané. Pour l’Occident, la lutte contre les djihadistes passe au premier plan. Pour les Syriens c’est une injustice. La principale intervention de Washington sur le terrain en Syrie s’opère au côté des forces kurdes. C’est en soi un paradoxe, car ces forces sont issues d’une tradition de gauche radicale – pourtant elles sont le principal allié des États-Unis dans la lutte contre l’Etat Islamique en Syrie. Malgré les frappes des avions de la coalition, Daech étend son territoire à l’est de la Syrie. A l’ouest et au nord, les opposants font reculer l’armée d’Achar al-Assad. Le territoire sous le contrôle de Damas ne cesse de se réduire.
> Kurdes. En septembre, les Kurdes sont attaqués frontalement par Daech qui encercle Kobané (- janvier 2015). Pour la première fois, les Kurdes des 3 pays (Turquie, Syrie, Irak) s’unissent contre la menace de Daech. L’armée turque laisse les Kurdes turcs rejoindre les combats à Kobané. Audacieuse résistance des Unités de protection populaire (YPG) et particulièrement des femmes.
Le 13 septembre, exécution de David Haines par EI.
> Les 25 et 26 novembre, des raids de l’armée d’Assad, inoffensifs pour Daech tuent 305 civils à Raqqa.
> Le nombre de morts depuis le début de la révolution est estimé à plus de 230.000.
> 72 % de la population n’a plus accès à l’eau potable.
> Les forces révolutionnaires ont remporté une victoire sur le régime syrien. Damas a failli tomber. L’armée d’Assad est démoralisée. Sur le terrain, la lutte contre les rebelles est menée par des milices iraniennes.
> En janvier, les forces kurdes, avec le soutien de militants kurdes et turcs passant de force la frontière turco-syrienne, des peshmergas Irakiens, soutenues par les frappes aériennes de la coalition, reprennent après une résistance acharnée le contrôle de Kobané et en chassent les djihadistes du groupe EI. Les Kurdes sont les premiers à infliger une défaite symbolique à l’EI. Annonce de la création des Forces démocratiques syriennes (FDS).
> Le 24 mars, les rebelles prennent la ville d’Idleb à l’ouest du pays et s’empressent de détruire toutes traces de la dictature des Assad. Cette situation exige au yeux de Poutine une intervention officielle. En mai, prise de Palmyre par Daech qui contrôle la moitié de la Syrie. L’armée de Bachar el-Assad laisse faire. L’Etat islamique va occuper l’oasis de Palmyre et son site antique à deux autres reprises jusqu’en 2017. A chaque fois, son passage donne lieu à des spectaculaires mises en scène de destructions et d'exécutions publiques.
> Exode massif de réfugiés vers l’Europe.
> La Russie fait son entrée sur la scène syrienne. Ce sont les Iraniens qui ont négocié les termes de l’intervention russe en Syrie. La Russie intervient car elle pense qu’Assad risque d’être vaincu et que Damas va devenir le centre de l’Etat islamique. Durant l’été, livraisons d’armes russes à la Syrie et préparatifs d’intervention. L’heure est venue pour la Russie de montrer sa force. Le 30 septembre, à la surprise générale, la Russie rentre dans la guerre avec ses forces aériennes au côté du régime sanguinaire d’al-Assad, de l’Iran et du Hezbollah libanais afin d’accroître sa domination dans la région.
Poutine vient provoquer les Etats-Unis au Moyen-Orient. Il base toute la légitimité de son intervention sur la lutte contre le terrorisme. Pour lui, il n’y a pas d’opposants en Syrie, il n’y a que des terroristes, l’ennemi absolu. Ce discours reçoit un certain consentement international pour qui l’Etat islamique est le principal ennemi. C’est avec le soutien russe que le dictateur Bachar al-Assad va noyer dans le sang l’une des plus grandes révoltes populaires de ce siècle. En octobre, les Russes commencent à bombarder plusieurs positions en Syrie. Officiellement, leurs attaques visent l’Etat islamique. Mais la majorité des frappes russes ne visent pas Daech mais les autres groupes rebelles. L’objectif principal de Moscou consiste à viser l’opposition syrienne au régime d’Assad, et non l’État islamique. Dans un déluge de fer et de feu, civils et rebelles sont indistinctement touchés. Les bâtiments civils, les hôpitaux et les écoles ne sont pas épargnés. La Russie possède deux bases navales. Pour les combats au sol, Moscou fait appel à des mercenaires déployés discrètement dans le pays, c’est la guerre hybride. Depuis, le traumatisme afghan, la mort de soldats russes pourrait heurter l’opinion. Les mercenaires de Wagner, société dirigée par un proche du Kremlin, sont payés avec l’argent du pétrole syrien. Cette assistance permet de sauver Damas. La Russie va attendre neuf mois avant de s’attaquer à Palmyre tenu par les islamistes. L’intervention russe fait rapidement basculer le rapport militaire en faveur d’Assad. Assad se maintient au pouvoir en grande partie grâce à l'assistance militaire russe.
La situation de Bachar el-Assad est très mauvaise.
Bombardements aveugles russes sur les populations des zones tenues par les rebelles, faisant des dizaines de morts chaque jour. La guerre civile devient internationale.
Pour l’essentiel, Washington donne carte blanche à la Russie afin d’aider le régime syrien à écraser son opposition.
Avec l’accord de Damas, la Russie contrôle l’espace aérien. Moscou déploie tous ses avions de dernière génération et 80% des pilotes russes viennent se former dans le ciel syrien sur des cibles réelles.
Jour et nuit, hélicoptères et avions décollent pour aller bombarder les rebelles et les civils.
> En octobre, formation des FDS, Forces démocratiques syriennes, regroupant des Kurdes, des rebelles de l'armée syrienne libre.
> En novembre, la France se joint aux Etats-Unis pour bombarder Daesh. Un accord prévoit que l’espace aérien à l’ouest de l’Euphrate sera contrôlé par Moscou et à l’est par Washington.
> L’Armée Syrienne Libre regroupe 51 factions dont le nombre de combattants est estimé à au moins 25 000 volontaires. Soutenue par la Turquie, elle ne dispose que d’armes légères. Elle n’est pas en mesure de corner l’aviation militaire russe.
> HTS rompt avec Al-Qaïda voulant s'inscrire dans un projet national, syrien, donc pas dans un cadre transnational.
> Fin février, accord de “cessation des hostilités”, rapidement violé. En mars, les hélicoptères russes permettent aux milices iraniennes et aux mercenaires de Wagner de reprendre le site de Palmyre. Officiellement un seul soldat russe est tué lors de cette bataille. En mai, dans les ruines de Palmyre, libérée de Daech par les Russes, Poutine, chef de guerre, met en scène son triomphe et la victoire contre le djihadisme. Poutine fait venir dans le site mythique l’orchestre de Saint-Pétersbourg. En juin, Daech a perdu 20 % de son territoire en Syrie.
> La première cible de la politique russe de la terre brûlée est la ville d’Alep. Pour Alep, ils ont décidé de faire comme à Grozny en Tchétchénie. En avril, bombardements sur des civils à Alep par les forces d'Al Assad et les forces russes, bataille cruciale et revers de l'opposition. Carnage dans les hôpitaux et centres de soins délibérément visés tout comme les installations d'eau potable. 250.000 civils sont piégés dans la zone rebelle à l’est d’Alep. Des milliers d’enfants sont écrasés sous les bombes. En juillet 2016, début du siège d’Alep. Des rebelles y répondent en bombardant des quartiers pro-régime, tuant de nombreux civils. La population d’Alep se sent abandonnée par la communauté internationale. Celle-ci s’émeut mais ne bouge pas. Les Russes soufflent le chaud et le froid en permanence. Ils détruisent Alep et organisent des cessez-le-feu avec les rebelles. A partir du 15 novembre, déluge de bombardements sur les 50 000 civils de l’est de la ville d’Alep (deux ou trois kilomètres carrés) par le régime syrien appuyé par les Russes. La défense rebelle est enfoncée. Intervention des milices pro-iraniennes et du Hezbollah épaulant l’armée régulière syrienne. Des armes chimiques sont utilisées contre la population. Des centaines de morts après un mois de pilonnage. Alep, qui a tenu pendant quatre ans et demi, est prise en un mois. La municipalité d’Alep avait un fonctionnement assez démocratique.
> Le 4 mai, une trêve est organisée entre Damas et l’opposition sous l’égide des Russes. Des habitants encore terrorisés par les bombardements aveugles sont évacués. Mais la paix est de courte durée, un bombardement russe frappe un convoi de déplacés qui sortent d’Alep. Assad et les Russes utilisent ces trêves comme des pauses tactiques pour se renforcer.
> Les Turcs veulent éviter que les Kurdes aient une continuité territoriale à leur frontière.La Turquie n’accepte pas que sa frontière sud soit contrôlée par les Kurdes de Syrie. Fin août 2016, l’Etat turc intervient ouvertement dans le conflit syrien. Offensive frontalière de la Turquie dans le nord contre Daech et les Kurdes du PYD. Avec le soutien de l’Armée Syrienne Libre, la Turquie s’empare de la ville d’Al-Bab, fief de l’Etat islamqique, pour prendre de vitesse les troupes kurdes. À l’automne, la Turquie, irritée par le soutien de Washington aux forces kurdes en Syrie, passe une alliance avec la Russie, portant ainsi un autre coup dur à l’influence américaine dans la région. Fin décembre, les Kurdes se dotent d’une Constitution pour leur "région fédérale", proclamée dans le nord du pays.
> Le 10 septembre, accord américano-russe pour une trêve qui ne tient pas suite à un raid américain qui fait 90 morts par erreur dans l'armée syrienne et au bombardement d’un convoi humanitaire par les Russes.
> En novembre, début de l'offensive sur Rakka (220.000 habitants).
> La guerre a fait 500.000 morts. 10 millions de Syriens ont quitté le pays, soit près de la moitié de la population.
7,6 millions de déplacés internes.
> 5 000 soldats du Hezbollah combattent en Syrie, plus d'un millier sont morts.
> 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
> Les Russes donnent carte blanche à la Turquie pour combattre les Kurdes au nord de la Syrie. Depuis 2012, la zone contrôlée par les Kurdes s’est étendue jusqu’à inclure une grande partie du nord et de l’est de la Syrie. La quasi totalité de la frontière avec la Turquie est désormais contrôlée par les Kurdes. Cela représente un cauchemar pour la Turquie et l’aboutissement d’un rêve ancien pour le peuple kurde. Les Kurdes ont litté corps et âmes contre Daesh afin de se protéger.
> En mars, les soldats syriens reprennent le contrôle de Palmyre contre les islamistes. Chute de Mossoul et Rakka, les deux capitales de l'EI.
> Le 4 avril, un bombardement au gaz sarin de l’armée de Bachar el-Assad sur la ville de Khan Cheikhoun, contrôlée par les rebelles, fait 87 morts dont des dizaines d'enfants.
> Le 7 avril, frappes américaines de représailles sur une base aérienne syrienne.
> En juin, après Alep, c’est au tour de Homs d’être reprise par les forces russes (dont les mercenaires de Wagner) et celles du régime, avec l’aide du Hezbollah.
> Le 18 mars, après une invasion de l’armée turque, l'enclave kurde d'Afrin, au nord-ouest de la Syrie, passe aux mains des Turcs et des forces rebelles syriennes. 320.000 habitants de l’enclave doivent fuir et leurs foyers sont pillés. L’Armée nationale syrienne est un groupe armé perçu par beaucoup de Syriens et de Syriennes comme des groupes de voyous, qui sont accusés de corruption, de violation des droits humains et qui agit véritablement comme un proxy de la Turquie. Au côté de l’armée turque, elle joue un rôle destructeur lors de l’occupation d’Afrin, qui a mené à un changement démographique avec le départ forcé de plus de 150.000 personnes, dont une grande majorité de Kurdes.
> En avril, La Ghouta est reprise par les forces russes et les forces du régime. En juin, Deraa, d’où est partie la révolte il y a sept ans, est reprise par les Russes et le régime. L'armée russe transforme la Syrie en un gigantesque terrain d’exercice. 210 types d’armes nouvelles ont été testées.
> Le Premier ministre israélien déclare qu’il préfére le maintien du régime Assad tout en ajoutant que depuis 1974 « aucune attaque n’a eu lieu contre le Golan occupé ».
> Fin 2018, la seule unité cohérente qui reste dans l’armée syrienne est la quatrième division sous le commandement de Maher al-Assad, qui compte davantage sur le recrutement de shabbiha [mercenaires tueurs à gage recrutés par le régime] pour combattre que sur ses propres membres, qui sont occupés à piller et à collecter des tributs aux points de contrôle. La Garde républicaine est chargée de protéger le palais présidentiel et ses annexes à Damas. Le reste de l’armée est essentiellement composé de nouvelles recrues et de milices iraniennes, Hezbollah en tête.
> Les forces de Hayat Tahrir al-Cham contrôlent la ville d’Idlib et sa région au nord-ouest de la Syrie. Elles livrent un combat d’escarmouches militaires avec les forces du régime et leurs alliés (Russie, Iran, Hezbollah), escarmouches qui ne modifient pas le rapport de forces entre les deux parties belligérantes. Signature d’accords de désescalade, suite aux négociations d’Astana entre le régime syrien et les forces d’opposition armées, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran.
> En mars, déroute dans leur dernier Baghouz (Euphrate) des troupes de l'EI contre les troupes du FDS, coalition à dominante kurde disposant du soutien de l'armée américaine. En octobre, Abou Bakr al-Baghadi, calife de l'Etat islamique, est éliminé par les Etats-Unis.
> Le 5 mai, les Russes frappent un hôpital avec la tactique de la double frappe. Une première bombe fait venir les secours et quand ils sont sur place, une deuxième les tue. Secouristes et médecins sont les premières victimes de ces doubles frappes. Leurs ambulances et centre de secours sont délibérément ciblés par les avions russes.
> Le 14 septembre, conseil de sécurité à l’ONU. 3 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire à Idleb, la grande majorité étant des femmes et des enfants. Des hôpitaux et des écoles sont la cible de bombardements russes Les Russes, une fois de plus, mettent leur veto à une résolution pour une aide humanitaire..
> Les Américains (Trump) ne veulent pas être mêlés au conflit turco-kurde, après s’être servis des Kurdes syriens contre l’Etat islamique, ils retirent leurs troupes du nord de la Syrie. En octobre, suite au retrait partiel des troupes états-uniennes du nord-est, intervention de l'armée turque et de ses mercenaires dans la région frontalière contrôlés par les Kurdes. Face à la milice kude syrienne du YPG, la Turquie, membre de l’OTAN, fait jouer sa supériorité militaire. Les Turcs ne veulent pas d’un Etat kurde à la frontière syrienne. Les Turcs veulent réaliser un échange de population. 300.000 Syriens Kurdes sont forcés à l'exil. Pour résister, les Kurdes sont contraints de s'allier à Bachar Al Assad. Les kurdes contrôlent quelques modestes gisements de pétrole dont ils vendent la production au régime d’Assad.