De : Romain Blachier

A l’attention de : Parti Socialiste

Lyon le 9 décembre

Objet : Démission et réparation d’un oubli

Cher PS, c’est fini mais je t’aime encore

Cher PS j’aurais du te le dire avant, je l’avais oublié peut être parce qu’on ne fini pas si abruptement telle histoire si forte. Mais tu le sais, tu l’as su puisque je ne suis pas de la famille des discrets et qu’on te l’a dit, qu’on te l’a rapporté, que j’étais parti vers des horizons plus marcheurs. Et je vois que certains esprits, pas des plus militants, pas des plus créatifs ressentent aujourd’hui le besoin que nous régularisions notre situation. Ils ont raison. Au moins sur ce point.

Comme le dit un proverbe cambodgien, on ne peut marcher en regardant les étoiles avec un caillou dans sa chaussure. Alors avançons. Des étoiles plein les yeux; Excuse moi. J’avais oublié de le régulariser. Je ne veux plus.

Depuis que nous avons rompu de fait, je ne cesse de penser à tout ce que j'aurais voulu te dire et que je n'ai pas su t'exprimer sur le moment. Je vais essayer de réparer cela en t'écrivant cette lettre. Tout d'abord, j'aimerais que nous gardions l'un pour l'autre une attitude constructive et bienveillante. Nous avons vécu ensemble des moments forts, grands et beaux. Même si certains chez toi ressentent à mon égard de la colère ou du mépris, j'espère que bientôt tu retiendras surtout les aspects positifs de notre histoire commune. J'aimerais beaucoup que nous puissions nous revoir un jour, en mettant de côté nos ressentiments.

Cela fait vingt ans, oui vingt ans que nous vivions sous le même toit idéologique. Vingt ans d’engagements cela forge parfois des ministres ou au moins des députés. Moi on ne m’a laissé pousser si loin. Mais qu’importe mes postures de caliméro, quand je suis entré au ps de Lyon, on ne venait pas y faire carrière puisqu’on perdait élection après élection. J’ai eu le plaisir d’être de ceux qui ont participé à la conquête de la ville, de l’arrondissement duquel je suis élu. C’était quelques années après être venu frapper à ta porte, celle de la section du 7e arrondissement de Lyon. C’était il y a longtemps. C’était il y a bientôt vingt ans.

Cet engagement il a eu ses fruits mais il eu un coût. Par exemple auprès de professeurs de facs aux postures plus radicales. Et celui, déraisonnable de ma part, d’études ratées par préférence de l’engagement, d’amitiés blessées, de temps passé et parfois perdu. Et il a eu, bien sûr, ses grandes joies, ses belles victoires, trop souvent hélas transformés ensuite en petites gestions bureaucratiques. Il y eu l’amitié des combats de tranchées pour faire avancer le progrès social, l’amour de l’humanité. Et il y eu les clivages haineux au sein du MJS comme du ps. Il y eu la fulgurance des idées et la lenteur lourde des postures de congrès.  Et puis toutes ces citations de Jaurès sans jamais l’avoir lu cela n’est pas bien sérieux non ? C’est au point que si je n’avais pas voté Macron aux présidentielles mon choix se serait porté sur Mélenchon. Il n’y a que deux endroits d’enthousiasme en France en ce moment : chez En Marche et chez La France Insoumise.

Alors il y a des raisons pour prendre congé. Pour un temps qui sait parce qu’une histoire comme la notre on la garde à vie. Et sans doute pour toujours. Même sans mauvais jeu de mot tout n’est pas si rose dans cette nouvelle marche. Mais, même si elle procède aussi de demande de tierces personnes, elle est mûrement réfléchie et sans doute bien plus individuelle que beaucoup d’autres ma démarche. J’étais sceptique au début sur Emmanuel Macron. Et puis il y a un an tout juste qu’après de longues discussions j’ai vu matière à donner pierre à l’édifice après une primaire où le candidat dont j’étais le porte-parole avait été invalidé. J’avais besoin d’avoir envie. A nouveau. C’est ailleurs, dans un nouveau chez moi que je l’ai trouvé. Cher PS il est “tant” qu’on se quitte.  Mais je t’aime.

En même temps.

Romain Blachier