Le 24 janvier 2018

                                                                Saint François de Sales                                        

Frères et Sœurs du Doyenné de la Morinie

Chers amis,

C’est avec beaucoup de joie et d’intérêt que j’ai effectué, au cours de l’automne dernier, la visite pastorale du doyenné de la Morinie. Cette démarche m’a permis de rencontrer sur leurs lieux d’engagement des responsables et salariés d’entreprises, de services publics, de maisons d’accueil, d’associations diverses. J’ai pu recevoir le témoignage d’élus soucieux du mieux-être d’une population locale dans ses divers âges.

J’ai partagé le désir commun d’hommes et de femmes qui sont attachés à leur bassin de vie, en connaissent les limites, notamment dans le domaine de l’emploi, mais veulent lui donner un avenir. Ils mobilisent et fédèrent les énergies, entreprennent et créent. J‘ai été très sensible à la volonté de ne pas oublier les jeunes et les moins jeunes qui peinent sur les chemins de l’insertion et de la reconnaissance.

J’ai découvert des talents qui seraient resté cachés s’ils n’avaient pas été sollicités, mis en valeur et reconnus. J’ai constaté que les Audomarois avaient à cœur de faire découvrir un cadre naturel unique dans la région et en faire goûter les charmes aux touristes qui trouveront plaisir à l’explorer.

Dans les endroits visités, certainement trop peu nombreux, le passage de l’évêque suscite parfois de l’étonnement. Ces moments d’échanges furtifs montrent alors que le pasteur n’est pas seulement celui qui rassemble autour de lui dans une cathédrale ou des églises, mais qu’il va là où des êtres de chair et de sang tissent humblement les fils de la vie. Il est heureux d’être là et de recevoir ce qui jaillit des mains, des têtes, des cœurs.

J’ai retrouvé cette beauté dans la vie des communautés chrétiennes. Je me demande quelquefois : que deviennent les orientations et les impulsions que je donne, les documents que je rédige ? J’ai pu vérifier que dans la modestie et l’enracinement d’une vie locale se prennent des initiatives propres à annoncer l’Evangile aujourd’hui dans des conditions et un cadre que n’ont pas connu nos devanciers. Les incitations du Synode Provincial et du Projet diocésain d’Evangélisation et de catéchèse sont entendues.

Nous ne devons pas gémir sur un passé qui n’est plus et sur les manières particulières dont l’Eglise l’a assumé, souvent avec bonheur. Les comparaisons et les statistiques peuvent nous décourager. Les défis à relever peuvent nous enthousiasmer.

Le doyenné de la Morinie a besoin d’apôtres. Ils sont déjà là et je les remercie. Il est indispensable d’en appeler d’autres. Ils seront hommes, femmes, jeunes habités par l’Amour du Christ et sa Parole et préoccupés de permettre à tant de leurs semblables de voir leur vie transformée par une rencontre décisive avec le Fils de Dieu qui leur donne par sa mort et sa résurrection la Vie Nouvelle.

Ne reprochons à personne de ne pas savoir, d’avoir oublié, de se contenter du minimum, de chercher dans l’Eglise le prestataire de rites sociaux. Faites aimer Dieu en montrant qu’Il vous aime et que vous l’aimez. Pour cela, vous n’avez pas besoin de gros moyens, de connaissances pointues. Dîtes que l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre et laissez-vous emporter par lui.

Les rassemblements sont toujours nécessaires, particulièrement pour la célébration de l’Eucharistie. Ils permettent de rendre visibles l’unité et la diversité de l’Eglise. Ils favorisent la mise en commun de l’expérience et l’enrichissement des uns par les autres.

L’annonce de l’Evangile se vit au plus près des personnes. Elle tient compte de l’organisation de leur vie quotidienne, de ses contraintes, de ses joies, de ses peines. Les rythmes sociaux sont de plus en plus diversifiés et éclatés. Il ne faudrait pas que la Bonne Nouvelle passe à côté des personnes parce que celles-ci n’ont pas pu entrer dans la gestion bien huilée de toutes nos instances.

Il est nécessaire d’appeler des ouvriers pour la moisson pour qu’ils soient nombreux à faire route avec des groupes multiples, proches, adaptés, même s’ils sont de dimension restreinte. Les structures ne doivent jamais être un frein. Elles sont au service de la mission. Elles n’ont pas leur fin en elles-mêmes. Tous les accompagnateurs ne doivent pas être des « sages » et des « savants. » Le doyenné peut les aider à découvrir et à partager ce que le Père révèle aux « tout-petits. »

 Les familles méritent une attention particulière ; elles seront encouragées, soutenues  et accueillies. S’il est normal de garder des activités pastorales en fonction des âges, il ne faut pas perdre de vue que, malgré ses limites, la famille demeure une cellule d’Eglise en elle-même. Le doyenné proposera des moyens d’assumer cette responsabilité, demandant aux familles d’être un premier foyer d’appel aux vocations spécifiques, dont celle de prêtre. Je me réjouis des belles initiatives qui ont été prises pour la célébration de l’Eucharistie dominicale et qui favorisent la diversité des assemblées. Vous avez déjà montré que des jeunes et des familles entières peuvent y trouver leur place. Continuez !

Gardez largement ouverte la palette des propositions. L’approfondissement théologique et biblique est une richesse, Les groupes et mouvements sont des richesses. La proximité avec deux abbayes est une richesse. La piété populaire avec la grotte de Clairmarais, la dévotion à Notre-Dame des Miracles, Notre-Dame des Ardents est une richesse.  Ajoutez des richesses à ces richesses afin que personne ne reste sur le bord du chemin.

Ne perdez pas de vue les plus petits, les plus démunis, les plus pauvres, les réfugiés, les migrants. Ils doivent trouver dans l’Eglise la communauté fraternelle susceptible de faire respecter et de promouvoir leur dignité. Ils ont des trésors à offrir.

Dans ce contexte, la catéchèse et le catéchuménat occupent une place prépondérante. Ni l’une, ni l’autre ne doivent prendre la forme d’un parcours du combattant ou l’entrée dans des schémas préétablis. Il ne faut surtout pas que des enfants, des adultes soient privés de la foi, des sacrements, de la charité parce que leur mode de vie n’entre pas dans les schémas.

L’Eglise donne parfois le sentiment d’un douloureux appauvrissement. Faut-il s’en plaindre ? Plus grande sera la pauvreté, plus nous approcherons du Christ. Sur la croix, il n’a plus rien, plus personne, hormis son Père qu’Il appelle, Marie et Jean et il est pourtant si près de la Vie Nouvelle.

Dépouillés d’un certain nombre d’appuis que nous a laissés l’histoire, nous sommes totalement disponibles pour nous laisser habiter par le Christ, sa Parole, sa mort et sa résurrection. Nous pouvons emprunter des chemins nouveaux. N’attendons pas tout d’en haut et d’ailleurs. Vous trouverez ce qui est nécessaire pour être missionnaires. Vous aurez l’audace et de courage de l’accomplir.

Vous l’avez compris. Le doyenné sera au service de cette dynamique missionnaire. Il organisera ce qui ne peut pas être démultiplié à l’infini : les formations, les rassemblements, le brassage dans des groupes et mouvements, aumôneries, les partages d’expérience, les forums, les débats, la relecture à la lumière de l’Evangile, la confrontation, la joie des retrouvailles.

La mission demande des missionnaires laïcs très disponibles ou moins disponibles, chevronnés ou débutants, jeunes, adultes ou séniors, au long cours ou à durée déterminée. Ils ont et auront à cœur de contribuer à la vie de l’Eglise dont ils sont les membres. Elle ne vivra pas sa mission sans eux. Nos cadets ne sont pas uniquement les missionnaires de demain. Ils le sont aujourd’hui. Faites confiance aux jeunes. Donnez-leur confiance en eux-mêmes. Soyez des aînés dans la foi bons et bienveillants. La responsabilité est de tous les âges.

Cette mission, de plus en plus large et diversifiée, trouve son unité dans le Christ dont les prêtres et les diacres sont les ministres. Loin d’éclipser le ministère, cet appel pressant aux fidèles du Christ rend encore plus urgent l’appel au ministère ordonné, notamment celui des prêtres. Dans le respect de la liberté de l’Esprit-Saint et de celle des personnes, il faut avoir l’audace de faire découvrir à des jeunes et des moins jeunes l’authentique et étonnant bonheur que l’on reçoit en devenant apôtre, en laissant tout sur le rivage ou sur le bord du marais pour suivre Jésus ! La vie consacrée demeure l’un des plus beaux signes du Royaume qu’à la demande de son Seigneur, l’Eglise annonce et révèle au cœur du monde.

Munis de ces orientations, vous saurez mettre au point un projet de doyenné. Je suis sûr que vous en ferez une charte de la joie de l’Evangile plus qu’un catalogue de bonnes intentions.

Je suis toujours prêt à vous retrouver pour savourer les fruits que l’Esprit de Dieu ne manquera pas de faire mûrir dans la Morinie.

Bien uni à vous.

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+ Jean-Paul JAEGER