NON  

Il est dit que les femmes dociles

Sont faciles

À manipuler

Répondant aux désirs de la société.

Il est dit que les femmes au caractère bien  trempé

Sont difficiles à gérer;

Indépendantes

Et arrogantes.

Je t’adore, toi le NON

Je t’emploie avec raison

Efficace tu es

Plus que tu ne peux l’imaginer.

Il n’en a pas toujours été ainsi.

Jeune et totalement ignorante de la vie

Il était difficile pour moi de dire non.

Cela me donnait une mauvaise réputation.

Un jour de frustration

Je commençais à dire NON

Au grand désarroi de mon mari

Qui en fut tout confit.

Il pensait que c’était une phase sans lendemain

Et qu’elle serait partie demain matin

Venu  d’une femme pleine d’ennui

Qui ne connaissait pas la vie.

Je choisis mes batailles avec précaution

Pour ne pas donner trop d’importance au NON

Je le gardais pour des événements

Qui dans ma vie étaient importants.

Des succès j’en ai eu et des échecs aussi

Mais jour après jour petit à petit

Je me suis imposée

J’espère sans trop exagérer.

Merci à ce NON

Que nous utilisons

Pour nous affirmer

Et nous faire respecter.

Extrait du recueil Au Fil des Ans

-------------------------------------------------

Le 11 novembre de mon enfance

Ce petit monument aux morts

Je me le rappelle aujourd’hui encore

Toujours propre, et sagement clôturé

Entre deux routes il menait.

Les écoles se réunissaient

En ligne  bien rangée partaient

Pour le monument

Sans un mot, nous étions là, présents.

Il y avait les instituteurs,  les élèves

Les retraités, les militaires en trêve

Les anciens combattants;

Et  aussi quelques parents.

Toutes ces croix, toutes ces tranchées

Tout ce sang

Difficile à comprendre pour un enfant de dix ans

Pour son cerveau absorbé.

Mon grand-père  était encore en vie

Durant mon enfance et il m’a été dit

Qu’il avait passé quatre ans

Dans les tranchées de Yougoslavie.

 Et il était revenu

Un poilu

Avec la malaria qui l’avait envahi

Pour le reste de sa vie.

Pendant quatre ans

Il fut absent

Ma grand-mère attendant.

À son retour au foyer

Maman l’avait oublié.

Elle l’appelait monsieur

Au lieu de papa.

C’était ça pour moi, le 11 novembre

---------------------------------------------------

Le pied-noir

Lors d’un séjour en France

Dans la maison de mon enfance

Des membres de la famille étaient  réunis

Pour le repas de midi.

Et mon oncle me dit:

“Où donc est né ton mari

Dans quelle région de France

A-t-il passé son enfance”

Et je lui répondis, sans m’émouvoir:

“C’est un pied-noir

Il n’a plus de nation

Il ne vient d’aucune région”.

Un air glacial sur les  invités tomba

Pas un bruit ne perça

Personne ne parlait

Personne ne bougeait.

Les visages tendus les mâchoires crispées

On entendait presque les dents grincer.

Les regards me fusillaient

Et mon oncle, bouche bée se taisait.

Pas un son, pas un mouvement

Un épais silence de mécontentement

Planait à l’horizon.

Chacun évaluait  la situation.

“Pied-noir” est donc si horrible?

Être mariée à un pied-noir est si terrible?

Je n’ai pas volé

Je n’ai pas tué.

Je ne suis pas une droguée

Je ne suis pas une prostituée

Je ne suis pas une alcoolique

Peut-être suis-je une lunatique.

Enfin je l’avais dit

Presque crier aussi

Je m’étais finalement libérée

Et je m’étais émancipée.

En ce moment précis

Je me rappelais la raison

Pour laquelle  j’avais quitté mon pays

Pour un autre horizon.

---------------------------------------------------