2ème SOMMET AFRICTIVISTES

De la Démocratie numérique en Afrique : Quel mécanisme de collaboration entre gouvernement et acteurs de la société civile.

L’AFRIQUE DES ACCÉLÉRATEURS D’IDÉES : LES CIVIC TECH OU FABRIQUES CITOYENNES EN AFRIQUE

PAR FLORENT YOUZAN

L’AFRIQUE DES ACCÉLÉRATEURS D’IDÉES : LES CIVIC TECH OU FABRIQUES CITOYENNES EN AFRIQUE

L’Afrique continue sa marche démocratique entamée, depuis plusieurs décennies profondément secoués par de multiples difficultés et obstacles mais, aussi avec ses moments de gloire  arrachés par un peuple déterminé et surtout une jeunesse aux avant-posts. Cette marche démocratique s’inscrit dans une vision qui pourrait emprunter ses notes dans cette vision d’Albert Jacquard : « il est nécessaire que la morale d'un peuple soit décidée par le peuple lui-même ; d'où le besoin d'une nouvelle forme de démocratie : la démocratie de l’éthique »

Cette nouvelle forme de démocratie dont par Albert Jacquard est profondément alimentée par des idées qui foisonnent au cœur d’un peuple qui a soif de démocratie participative.

La démocratie est la souveraineté du peuple. Ce mot, combinaison de Dêmos (peuple) et Kràtos (pouvoir ou souveraineté) est comme le définit Abraham Lincoln : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Cette démocratie ne pourrait mieux s'exprimer qu'avec une notion claire et soutenue de la citoyenneté qui selon Wikipédia est le fait pour un individu d'être reconnu officiellement comme citoyen, c'est à dire membre d'une ville ayant le statut de cité ou plus généralement l’État. Aucun gouvernement africain n'a la science infuse et ne pourra réussir le développement tout seul. Mais, il a naturellement besoin de chaque citoyen qui même convaincu qu'il ne changera pas le monde, doit faire sa part en tant qu'acteur du développement au cœur d’une démarche collective et bienveillante. Et ce développement passe nécessaire par une démocratie participative dont le socle est l'intelligence de chacun en mode connecté avec les autres intelligences et la force de tous. Car, Si nous ne travaillons pas à fédérer nos savoirs et agréger nos expériences démocratiques, nous allons tous disparaître avec nos vécus individuels et notre civilisation.

Nous devons favoriser des réformes profondes et même tisser une réglementation collective et monitorer pour créer un environnement favorable au développement de la démocratie. Si le développement est le règlement des problèmes citoyens de manière durable, nous devons offrir à chaque citoyen les outils, les dispositifs, les plateformes humaines et numériques, et toute une philosophie enrobée d’une démarche claire et inclusive,  afin de l’inciter à participer à la vie de sa société. Et le début d’un tel écosystème d’appui et d’incitation est la panoplie d’éléments que nous offre aujourd’hui les outils technologiques Du sourcing des idées à la construction des ponts citoyens d’avenir, en passant par l’animation, la déconstruction, l’évaluation d’opportunités viables et la consolidation des acquis pour nos peuples.

L'internet se définit comme un réseau des réseaux qui par l’intermédiaire d'un langage universel fait communiquer tous les objets utilisant le numérique. Il se révèle comme un instrument d'amélioration des fonctionnements démocratiques et un vecteur d'invention de nouvelles formes de participation et de mobilisation politiques. Les interactions rendues possibles entre les politiques et les citoyens via internet permettent d'impliquer les citoyens dans le développement de nos territoires et éviter que d'autres personnes viennent résoudre nos problèmes avec des idées et des démarches qui n’épousent pas nos contraintes, nos cultures et nos aspirations. Nous devons alimenter un nouveau courant de pensée, d’idées, de visions et donner la parole aux populations sinon nos territoires disparaîtront tant culturellement que socialement. Car, lorsque d'autres personnes résolvent les problèmes des africains, ce ne sont pas les africains qui se développent mais plutôt ces personnes là. Toutes les sociétés éclairées accordent des moyens de choix, de supervision, de jugement et de réhabilitation aux citoyens. Elles ne se contentent pas de diffuser des informations ou des idéologies aux populations mais, leur donnent des outils d'interaction et d’appréciation et les outils technologies se révèlent aujourd'hui comme des outils par excellence.

L'utilisation d'internet par plusieurs associations et mouvements citoyens leur a permis de découvrir d'autres initiatives qu'ils ont réussi à fédérer. Internet leur a permis d'exister et de se faire entendre   et surtout avec une rapidité et une efficacité exceptionnelles. Redynamisons nos démocraties africaines en favorisant la participation de tous les citoyens à des échanges avec les élus, les gouvernements et autres partis politiques car nous n'arriverons jamais à construire quelque chose de solide et durable si nous nous contentons d’exclure nos peuples des décisions et choix stratégiques de gouvernance.

A quand l'interaction ? A quand la co-construction ? A quand l'intelligence collective dans nos projets de société ?

Plusieurs interrogations qui restent sans réponses car nos politiques veulent construire nos territoires comme des territoires d'ailleurs et pour ça, ils ne concernent pas leurs populations. Mais demander à l'Afrique de ressembler à un autre continent est insensé car les cultures et les besoins ne sont pas les mêmes. Le développement d’un pays c’est d’abord l’éducation et le développement des individus. Et la révélation des besoins d'un territoire est du ressort de la population qui détient un pouvoir exceptionnel. En tant qu'acteur de terrain, le citoyen a un pouvoir que les gouvernements n'ont pas : celui de la remontée des informations tangibles et des besoins mesurés.

Il paraît donc urgent de donner au citoyen la possibilité de dire ce qu'il veut dire afin qu'il se sente concerné par le développement de sa cité. Internet est le nouvel espace du débat public et citoyen. Il favorise la réflexion collective en permettant l'émergence libre d'idées de développement adaptées et adoptées. C'est d'ailleurs le reflet de l'intelligence collective au service de la prise des décisions par les élus. Internet est une chance pour les pays à démocratie naissante ou fragile, car il leur permettra de faire un bond considérable pour atteindre plus vite des objectifs de développement (santé, éducation, …) et favoriser des formes de gouvernement plus démocratiques.

Nous devons construire dans l’urgence des sanctuaires d’idées réparties dans nos villes, communes, quartiers et coins de rue car nos quartiers ont du talent et nos rues de la fertilité au service de nos démocraties. C’est le début des fabriques citoyennes en Afrique !

Chaque minute dans ces fabriques est une minute intense de co-construction, de partage, d’agrégation d’expériences et de mutualisation de ressources, dans le but de créer un véritable et tangible réseau des initiatives citoyennes en Afrique. Nous devons construire des ponts plutôt que des murs. Et les initiatives citoyennes d’Afrique doivent se connaître, échanger, partager, documenter leurs expériences afin de les rendre repliquables librement .

Chaque jour, quelque part en Afrique, de belles initiatives sont révélées allant dans le sens d'une réinvention citoyenne de nos démocraties, de nos interactions avec les gouvernements, les villes, communes et territoires d'Afrique. Il est plus que jamais indiqué de donner la parole aux citoyens !

Les programmes de gouvernements vendus aux populations qui les achètent plus au moins avec le ticket du bulletin de vote, connaissent de plus en plus des écueils dans leur exécution. Ils sont nombreux, les citoyens qui se sentent frustrés par la démission des gouvernants qui alimentent une démocratie déconnectée des réalités et loin de leurs promesses électorales. Le début politique devient de plus en plus un dialogue de sourds au grand désarroi des populations engagés hier dans le processus électoral. Il est alors plus qu’urgent de redéfinir le dispositif citoyen qui permettra de créer ou recréer des passerelles tangibles entre les citoyens et les gouvernements. C’est donc donc dans cette quête de (re)connexion des forces vives et des gouvernants que les fabriques d’idées citoyennes prennent toute leur place avec une approche nouvelle rendue possible par le numérique, qui permet très clairement d’ouvrir de nouvelles pistes et de nouveaux rapports entre gouvernants et gouvernés. Une nouvelle approche plus citoyenne qui nous permet de passer d’une Afrique de la représentation à une Afrique de la participation.

C’est la naissance des Civic Tech !

  1. Les Civic Tech, des outils de démocratie augmentée !

La Civic Tech qui provient de l’abréviation de Civic Technology pour parler de la technologie Civique, pourrait se définir comme  « l’ensemble des procédés, outils et technologies qui permettent d’améliorer le système politique ». Cette définition fait appelle à une réelle et forte interaction entre le pouvoir et les citoyens ? Et cela est matérialisé par deux entités qui sont appelées de manière intrinsèque à collaborer au service de l’émancipation des peuples et des nations donc de l’Afrique dans toute sa dimension : Les citoyens et les gouvernants.

Le but de cette démarche qui prend aujourd’hui de l’ampleur dans le monde et vit ces premiers moments en Afrique est de réformer et surtout de systématiser le lien démocratique entre les citoyens et les gouvernants. Une chose à ne point ignorer c’est que les citoyens instruits à la résolution de leurs difficultés et rompus aux techniques de conduite de leurs territoires, ont des idées à partager. Il nous faut créer un réceptacle de toutes ces idées et trouver les articulations de leur animation. Donnons sans attendre les moyens technologiques qui permettront d’accroître le pouvoir des citoyens par leur capacité à construire la participation citoyenne, et d’autre part d’accentuer l’accessibilité des gouvernants par leur capacité à plus d’ouverture.

  1. La participation citoyenne

L’Afrique enregistre de plus en plus d’initiatives et de projets Civic Tech qui pourraient être aujourd’hui cartographiées en deux grandes approches en fonction des valeurs (participation citoyenne et ouverture des gouvernements) attendues des 2 acteurs que sont les citoyens et les gouvernants. La participation citoyenne remet le citoyen au cœur du dispositif et lui donne de prendre toute sa place par le développement de réseaux citoyens, l’engagement des communautés de proximité, le financement participatif et le partage des données citoyennes.

  1. L’ouverture des gouvernements

Quant à l’ouverture des gouvernements, elle est le catalyseur de toute la démarche de réconciliation de deux acteurs frontaux dont la collaboration souffre aujourd’hui d’une crise de confiance. La vérité parfaitement perçue par les citoyens est que la politique ne doit plus rester dans l’entre-soi. Cette ouverture doit prendre en compte l’ouverture des données et la transparence, la facilitation du processus de vote profondément souhaité par les citoyens et la création collective des lois et décisions gouvernementales. A cela vient se greffer des sources insoupçonnées de richesse que sont les données publiques qui s’expriment mieux par de la cartographie et de la visualisation, et qui se valorisent par leur exploitation et leur réutilisation.

  1. L’écosystème des Civic Tech

L’écosystème des Civic Tech enregistre aujourd’hui de nombreux acteurs dont les actions sont complémentaires. Certains acteurs se positionnent sur la promotion d’outils quand d’autres diffusent la vision et toute la philosophie du Citizen Centric. Tout cet écosystème milite profondément dans le développement et l’implémentation de réformes citoyennes et gouvernementales amenant à plus d’ouverture, de transparence, de consultation et surtout de proximité avec les citoyens qui donnent mandat aux gouvernements.

L’écosystème des Civic Tech véhicule une réelle valeur ajoutée qui se dissimule dans des outils, des pratiques et des visions. Des réseaux sociaux citoyens, des plateformes open source favorisent la participation de tous les citoyens à la fabrique des idées et des décisions politiques.  Des plateformes libres et open source propulsées de manière horizontale permettent de construire de manière collective et collaborative des programmes d’actions publiques avec des indicateurs de pilotage continu. Cet engagement de l’écosystème va jusqu’à la mise en place d’observatoires citoyens des activités parlementaires, la centralisation des informations parlementaires et même des comparateurs de politiques publiques.

Des plateformes de démocratie locale, dédiée à la co-construction de projets entre élus et citoyens, accentuées par des échanges directs avec les élus ont déjà vues le jour. Toutes ces démarches ont un dénominateur commun qui est l’intelligence collective. Cette intelligence collective se présente comme le fer de lance de la montée en puissance de la démocratie augmentée, pour fédérer les initiatives d'acteurs locaux, supporter des démarches de budgets collaboratifs, co-construire des projets d'aménagement du territoire ou d'élaboration de politiques publiques.

Tous ces acteurs de l’écosystème des Civic Tech constituent les accélérateurs de la démocratie numérique en Afrique. L’animation de tous ces accélérateurs par le biais de l’intelligence collective permet de bâtir de véritables fabriques d’idées. Elles ont pour ambition de réinventer la démocratie en Afrique en disséminant une vision fondée sur la collaboration éclairée des citoyens augmentés , et basée sur les biens communs. La sève de ces fabriques d’idées est la co-construction de décision favorisant la transparence des processus décisionnels et la participation inclusive.

  1. L’ADN des Civic Tech et des fabriques citoyennes

De plus en plus de citoyens dans nos pays prennent la main sur leur avenir et celui de leurs pays. Ils prennent le contrôle pour construire le futur autour de nouveaux paradigmes. Ils recherchent tous par des actions isolées et concrètes l’éclosion de l’humain et de son bonheur, son bien-être et son émancipation. Leur mobilisation de plus en plus visible vise à rendre le citoyen le plus libre possible dans une société la plus démocratique. Alors ils expérimentent de nouveaux modèles, de nouveaux usages qui impliquent plus largement des habitants des territoires à travers des actions développant davantage l’engagement bénévole. On assiste ainsi à la naissance des espaces transversaux, des associations horizontales, des communautés de proximité et des coordinations de devoirs individuelles qui s’organisent pour l’éclosion d’initiatives citoyennes en facilitant des échanges de pratiques et la mutualisation. Ce sont de nouvelles usines d’actions, des fabriques d’idées fortement dominées par l’action citoyenne engagée auprès des communautés. Les citoyens a travers ces dispositifs que sont les fabriques se sentent investis d’une mission à leur humble niveau en faisant ce qu’il a faire.

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "

Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

Ainsi, dans les fabriques citoyennes, chaque citoyen fait sa part !

Dans ces fabriques, des citoyens ont décidé de mettre en œuvre des pratiques indépendamment de leurs catégories socioprofessionnelles et de leurs modes de vie. L’objectif est de favoriser l’innovation citoyenne au lieu de la décréter. l’enjeu des fabriques citoyennes est de reconsidérer notre manière de penser la création de valeurs pour nos territoires et particulièrement pour l’Afrique et comment se créent ces valeurs et ce qu’elles apportent comme biens communs pour l’intérêt de la communauté.

« L’important n’est pas de savoir s’il y a émergence mais si ce qui émerge est bon pour nous »

Les fabriques citoyennes font désormais cohabiter des mondes différents et même parfois heureusement contradictoires, ce qui permet très clairement d’enclencher un processus d’équilibrage et d’auto-régulation. Les fabriques citoyennes alimentent un dialogue et des frictions là ou l’expertise clôt la discussion. Il n’y a plus de « tout sachant » mais plutôt un brassage d’intelligences qui redistribue les cartes de l’action citoyenne en invitant à prendre possession, à faire évoluer, à explorer et à appliquer des solutions sur des problématiques jusqu’alors balisées.

  1. La fabrique citoyenne est collective

La fabrique citoyenne est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec une communauté de citoyens

La fabrique citoyenne est une démarche collective. Bien que généralement institué par un groupe d’individus restreint et identifiable, la fabrique ne peut se déployer s’il n’est pas porté par un collectif élargi qui participe, met de l’énergie et le fait vivre au quotidien. Ainsi la fabrique va répondre à aux critères, aux intérêts, aux attentes et aux talents de ce collectif de citoyens.

Mots clés : #Gens #Communautés #Cultures #IntelligenceCollective #BiensCommuns

  1. La fabrique citoyenne est un espace

Sur un territoire identifié, la fabrique citoyenne est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs et de savoir-faire.

Bien que la fabrique citoyenne dans sa définition fait référence à des endroits neutres dans lesquels les citoyens se rencontre et interagissent de manière informelle, la fabrique citoyenne peut désigner aussi des structures qui favorisent l’apparition de l’innovation citoyenne. La gestion de la fabrique citoyenne est collective avec une approche transdisciplinaire. C’est un laboratoire ouvert de fabrication citoyenne avec des citoyens qui peuvent se rencontrer et collaborer sur des sujets transversaux avec des ressources différentes afin de générer de nouvelles valeurs. Nous sommes entrain ainsi de créer tout un écosystème de services à valeurs ajoutés pour nos territoires et pour l’Afrique.

Mots clés : #Territoires #Lieux #Capacitation #Mouvement #Innovation

  1. La fabrique citoyenne fait l’éloge du travail

C’est un cadre de confiance clairement identifié dans lequel des citoyens hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une approche collaborative tant dans la posture que dans l’animation.

La notion de travail est le cœur de chaîne de la fabrique citoyenne. Les citoyens sont à la recherche de solutions adaptées pour l’amélioration de la gestion des cités afin de prévenir et surmonter les crises économiques, écologiques et politiques. Les citoyens se réunissent dans les fabriques citoyennes pour travailler dans un cadre de confiance, organisationnel, émotionnel et cognitif où les échanges et les discussions sont en capacité de donner vie à une démarche de sourcing de solutions.

Mots clés : #Coworking #Télétravail #DIY #ModèlesEconomiques #Empowerment

  1. La fabrique citoyenne est une organisation

La fabrique citoyenne favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre citoyen et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.

Afin de préserver la pérennité de la fabrique citoyenne et l’efficacité de chaque citoyen, le collectif développe une forme organisationnelle spécifique. Les individualités du collectif se reconnaissent dans une démarche commune. Ils partagent des pratiques et des expériences. Ils partagent également un espace, un système d’information.

Mots clés : #Transversalité #Réseaume #Agilité #ProcessusOuvert #RetourPermanent

  1. La fabrique citoyenne a son langage

La fabrique citoyenne a un langage commun et réappropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.

La fabrique citoyenne a son propre langage dans le but de libérer la parole. Comme sous l’arbre à palabre ou se prennent les décisions clés d’une communauté africaine, il faut savoir libérer la parole. Profondément ancrée dans la culture (car sans elle il n’y a point d’innovation), la fabrique est le réceptacle d’expressions qui définissent la gouvernance et l’essence même de toute la démarche. Comme pour toute dynamique, différents niveaux de langage cohabitent. Le langage des  fabriques citoyennes permet à des individus venant d’univers différents de travailler sur des problématiques communes. Un espace d’ajustement entre différents niveaux de compréhension se créer.

Pour ouvrir la fabrique citoyenne au plus grand nombre, il faut savoir présenter ce à quoi sert une fabrique. Le langage de la communication rend simple et accessible des objets complexes.

Mots clés : #Expressions #Cultures #Amazing #Village #CommunautésApprenantes

  1. La fabrique citoyenne est numérique

Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun

Les technologies numériques induisent une transformation culturelle profonde et donnent aujourd’hui à la fabrique citoyenne des caractéristiques particulières. Qu’il s’agisse de gouvernance, de mécanisme d’organisation, de gestion des informations ou de l’adaptation de solutions en service, la dimension collective de la fabrique est facilitée voire permise par la technologie.

Mots clés : #Web #Mobiquité #OpenSource #DIY #Makers

  1. La fabrique citoyenne a une gouvernance

Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres

Le cadre structurel au travers duquel se réalisent les actions de la fabrique citoyenne n’est pas figé. En fonction des particularités territoriales et des ambitions du collectif, il peut être de nature privé, public ou associative. L’idée étant d’asseoir une politique d’ensemble qui facilite les adaptations au changement ainsi que les interactions entre personnes et entre organisations.

Mots clés : #Ouvert #Libre #Licences #Règles #Organique

  1. La fabrique citoyenne a ses services

Les services de la fabrique citoyenne s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.

C’est par le partage et la production de biens communs avec des individus hétérogènes, que la fabrique citoyenne permet de générer de nouveaux services à valeurs ajoutées pour le territoire.

Mots clés : #ModèlesEconomiques #Coopératifs #Mutualisation #Fonctionnalité #Circularité

  1. Le financement de la fabrique citoyenne

Les modèles de financement des fabriques citoyennes se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.

La fabrique citoyenne en tant que structure organisée dispose d’un système économique particulier. Comme toute structure, son financement peut reposer sur trois piliers potentiels : le revenu issu de ses activités propres, des fonds publics et des donations privées.

Mots clés : #Collaboratif #Don #Echange #CrowdFunding #FinancementParticipatif #ServicesPublics

  1. La fabrique citoyenne est prospective

La fabrique citoyenne est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

La fabrique citoyenne vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité. Il participe de sa repolitisation avec des faits concrets et duplicables. Il appartient à chacun de travailler à l’amélioration de ce bien commun selon ses propres moyens.

Mots clés : #Politiques #Transition #Actions #Savoirs #OpenSource #SourcesOuvertes 

  1. La pyramide de Maslow des fabriques citoyennes

  1.  Le parcours de santé de la démocratie et l’implication des Civic Tech et des fabriques citoyennes

Les Civic Tech essaient aujourd’hui de venir au secours des démocraties africaines avec une approche plus inclusive et une claire vision sur un parcours que nous pourrons comparer au parcours de santé des patients. Pourquoi parcours de santé, parce que nos démocraties sont malades et nous nous devons de leur trouver le meilleur parcours de santé.

Les 3 étapes fondamentales de ce parcours sont  en fait des étapes actives (étape-action) :

- La sensibilisation et la prévention des maladies démocratiques (exactement comme le médecin le fait avec ses patients)

- Le diagnostic et le traitement des maladies démocratiques

- Surveiller les soins appliqués à travers une relation de transparence et de confiance

  1. Accentuer la sensibilisation et développer la prévention

Les acteurs de l’écosystème des Civic Tech sont mobilisés sur chaque étape de ce parcours par des actions  précises et claires mais surtout inclusives et qui libèrent la consultation publique et l’intelligence collective. Avec l’appui de tout ce que les outils technologiques permettent et rendent possibles, nous devons réussir à rendre tangible et systématiser la sensibilisation (c’est toute la démarche de l’éducation et la place qu’elle occupe dans le processus démocratique participatif). La sensibilisation sur toutes les pratiques, tous les comportements, tous les discours, toutes les lois, toutes les actions publiques, toutes les manières de présentation les décisions politiques, toutes les articulations de la politique qui peuvent mettre à mal la santé de nos démocraties. Dans le domaine de la médecine, le docteur a à sa disposition des éléments qui lui permet d’assurer une prévention. Par exemple, de quoi vérifier la température du malade, vérifier la régularité du rythme cardiaque, etc. Nous nous devons aussi d’avoir tout un dispositif de prise en charge de nos démocraties et c’est en cela que les plateformes d’alertes ont toute leur raison d’être. Mais aussi, il ne faut pas oublier le rôle primordial que pourrait jouer des accélérateurs d’idées comme les tiers-lieux, les ONG, les fablabs, les associations qui de par leurs actions de proximité sont à mesure de prendre la température, le pouls de l’animation démocratique de proximité. La capacité des Civic Tech a sourcer des données, des informations, des lectures politiques, à répertorier ces informations, à segmenter et typer ces données, est une source profonde pour donner du relief à cette étape qui est la sensibilisation et la prévention. Toutes ces données qui proviennent des outils et des dispositifs de proximité seront comparées à des indicateurs standards de bonne santé et nous permettront de détecter au plus tôt des maladies naissantes de nos démocraties. Toute cette démarche a besoin de toutes les forces vives du dispositif démocratique, des hommes, des femmes, des communautés, des outils technologies, des indicateurs d’alertes, car plus nous aurons des données remontées de manière quotidienne et continue, mieux nous serons en mesure de faire des diagnostics précoces. Cette 1ère étape-action milite à interconnecter par internet et les outils numériques toutes les sources de données produites par notre quotidien politique et démocratique afin de bâtir une immense source de données de prise de conscience qui pourrait rapidement diligenter une première intervention. C’est le début d’une révolution et cette révolution doit se faire par le bas et via l’outil technologique.

« Nous sommes des citoyens du XXIe siècle confrontés à des institutions conçues au XIXe siècle, basées sur un support d'informations datant du XVe siècle. Il est temps de se poser la question : quelle démocratie voulons-nous à l'ère d'internet ? », comme le soutient Pia Mancini, la cofondatrice du logiciel libre et open source DemocratyOS

  1. Crédibiliser et sécuriser le diagnostic, et trouver les meilleurs traitement

Le but recherché par la 2ème étape-action de notre parcours santé démocratique est d’embarquer tous les acteurs des Civic Tech, les outils technologiques, la base africaine des idées sourcées et dimensionnées au quotidien au cœur de toutes les fabriques citoyennes pour garantir des diagnostics précoces et opportuns de nos démocraties. Cela est possible en donnant la possibilité à tout ce dispositif de proximité d’accéder aux meilleures décisions de traitement des maux de nos démocraties. Les outils technologiques, les réseaux sociaux, les plateformes communautaires, les outils de messageries instantanées, les consultations publiques, les démarches d’intelligence collective permettent de déclencher des prises de décisions pair à pair. Cela se construit en amont par des formations, des connexions à des mentors et à des vécus, la création de ponts intelligents, l’éducation à la citoyenneté et à la démocratie participative dans nos fabriques citoyennes (tiers-lieux, associations, ONG, forums, etc.) qui sont aujourd’hui le cœur de chaîne de toute la démarche. La prise de décision rapide d’actions et de traitements sur la base des indicateurs de diagnostic, enrobée de la capacité de l’écosystème des Civic tech, doit conduire à l’adoption plus rapide de l’innovation. Du 2ème avis médical aujourd’hui mis en avant dans le domaine médical, nous passerons aux avis multiples et horizontaux depuis des plate-formes communautaires et dans une dynamique d’intelligence collective. Nous pourrons ainsi réduire au maximum les erreurs diagnostiques des crises et incidents démocratiques éventuellement très tôt identifiés pour réussir à aboutir à un traitement optimal. Les Civic tech dans leur rôle fondamental, auront pour mission essentielle de nous amener à plus de fertilité dans la proposition de solutions (de diagnostics), nous aider à comprendre les données remontées du terrain, les analyser, les comprendre, évaluer les enjeux et faire un constat. Une belle coordination de la relation systémique des fabriques, devraient permettre d’évaluer le périmètre d’action, d’identifier les acteurs en présence, des freins existants et des solutions déjà disponibles. Devant une situation de crise ce que nous allons appeler l’identification des indicateurs d’une malaise démocratique ou d’une défaillance d’une politique publique, les fabriques à travers les Civic tech seront amener à sources le maximum d’idées de manières collaboratives et proposer des réponses possibles qui doivent s’inscrire dans une approche agile. Soit nous trouvons des micros solutions ou des solutions globales. Cela passe par une conception élargie et inclusive des scenarii possibles, des solutions complètes adaptées au contexte et adoptées par les exécutants, en dégageant très clairement les résultats attendus, les moyens nécessaires sans oublier les conséquences prévues qui pourrait nécessite une culture de changement. Cette recherche de la solution idéal à impact visible et maîtrisé pourrait passer par des débats, des discussions, du cadrage, de l’appréciation d’opportunité, du design thinking, de l’amélioration collective des propositions, du recadrage des actions avec une conduite horizontale et transparente.

3.  Garantir l’exécution des soins à travers une relation transparente de confiance réciproque

La 3ème étape-action est la mise en œuvre ce qui s’apparente dans le domaine médical à l’application du traitement. De la même manière que le traitement demande l’engagement du patient, la mise en œuvre des solutions co-construites requiert l’engagement entier des deux entités frontales : les citoyens d’un côté et les gouvernements de l’autre. Le traitement ne doit pas être isolé mais profondément coloré de l’implication des citoyens et de la collaboration avec les gouvernements en s’appuyant sur l’intelligence collective. Ce que recherchent les fabriques citoyennes dans le design de l’action commune, c’est d’aboutir à une solution adaptée et adoptée dont la valeur essentielle est sa capacité à être désignée comme un bien commun. Un bon traitement c’est aussi le traitement qui est suivi, évalué par les prescripteurs (citoyens) pour assurer de la mise en œuvre des préinscriptions et l’atteinte des résultats souhaités. Cela s’appuie sur des outils technologiques d’évaluation pilotée par la communauté avec des lignes de comparaison régulières et soutenues aux objectifs attendus. Dans une démarche agile, le processus doit inclure des réaménagements continus, des pivots, et des améliorations fréquentes. Comme avec le médecin, nous devons pouvoir après évaluation, arrêter un traitement ou le remplacer.


DE LA DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE ET APRÈS ? ENJEUX ET DÉFIS POUR LES SOCIÉTÉS AFRICAINES

PAR FATIMATA DIALLO

Introduction        

En Afrique, comme partout ailleurs, les usages et pratiques des nouvelles technologies[1] touchent tous les secteurs économique, social et politique. Au plan politique, il a été rapidement suggéré et/ou établi que les différentes technologies contribueront au relâchement de l’étau autoritaire dans lequel les gouvernements avaient enfermé les sociétés depuis l’accession aux indépendances.

Deux postulats basés sur les pratiques liées aux évolutions technologiques récentes sous-tendent l’optimisme par rapport à l’impact démocratique des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur le continent. D’abord, les netcitizen africains conscients de leur « digital self »[2] et du pouvoir qu’ils peuvent tirer de la démocratisation de l’accès à la connaissance et à l’information vont contribuer à la consolidation démocratique et,  peut-être même poser les jalons de la constitution de la « démocratie liquide ».[3] Ensuite, les gouvernements africains, sous l’effet combiné des pressions de ces nouveaux citoyens pour l’ouverture du débat démocratique par la stimulation de l’espace public numérique, des tendances globalisées de la connectivité, et par leur volonté de tirer profits des possibilités qu’offrent les technologies se rénoveront avec la mise en place d’institutions et d’administrations dites « ouvertes». E-administration, e-voting, gouvernance numérique, open gouvernement sont autant de concepts qui rendent compte de cette volonté des pouvoirs publics Africains à s’arrimer aux modèles économiques et politiques générés à travers la connectivité.  

Ainsi, se dessine la croyance que la «République»[4], nouvelle architecture existentielle des communautés virtuelles galvanisées par le « cyber-activisme » est le signe d’un renforcement démocratique. Cette  vision ancrée dans le « solutionnisme technologique » ne peut qu’être qu’alléchante pour un continent dont la mal gouvernance et l’insécurité administrative rivalisent avec la fragilité politique et la pauvreté endémique.  

Bien que des avancées réelles soient notées à travers l’impact politique des outils et pratiques numériques, le mythe technologique devra faire face aux dures réalités de la gouvermentalité autrement dit au guidage quotidien des hommes et des institutions en Afrique.  Ces réalités justifient, des années après la révolution technologique,  les crispations politiques et le renouveau de l’autoritarisme notés récemment dans nombre de pays africains : Benin[5], Angola, Burundi, Congo-Brazzaville, RDC, Cameroun[6],  Sénégal[7], etc.

En outre, la nécessaire expérimentation des outils technologiques posée comme prérequis pour toute évaluation de leur impact surtout politique ne laisse pas entrevoir que des avantages.  Au-delà des résultats qui sont largement mitigés explicités plus loin, il demeure important de mieux saisir les réactions sociales face à la nouvelle forme démocratique dite digitale.[8] Pour se faire, ces préalables observations s’imposent.  D’abord, les  TIC ne sont que des outils et ne peuvent en soi que « participer » et «  non pas créer » des révolutions démocratiques. Elles peuvent être des facteurs d’accélération et constituer des plateformes d’extension de luttes qui se sont constituées souvent ailleurs « en réel » par l’entremise de variables diverses (populations plus éduquées, pénétration élargie, etc.), de conjonctures spécifiques (transformations sociales et démographiques, sociétés civiles mieux structurées, etc.) et des opportunités accidentelles.[9]

Ensuite, il faut appréhender les outils comme ayant plus de « vie » que ne le supposent les approches déterministes et économistes centrées sur un discours standard sur le gap numérique, les usages et les abus, les rendements, les outils et les réseaux.[10] Pour se faire, il faut selon une posture réflexive porter une attention particulière à  la valeur ajoutée des différentes formes d’usages et leurs impacts sur l’expansion des relations sociales et les subjectivités.[11]  Enfin, si au sens foucouldien l’Etat est davantage la manière dont s’organisent les rapports de pouvoir plutôt qu’une entité organique ou matérielle, la mesure de tout modèle démocratique, y compris celui de la démocratie numérique, doit se faire sous le prisme des relations de pouvoir entre l’Etat et les citoyens.

Cette communication revient sur les enjeux et les défis d’une démocratie digitale dans une perspective des rapports de pouvoir et des réalités sociales en Afrique. Elle aborde d’abord les enjeux liés au numérique dans un contexte de crise de la démocratie, avant de mettre en évidence les risques résultant de l’architecture spécifique de l’espace délibératif numérique notamment le sectarisme et la polarisation excessive qui peuvent être contreproductifs.  Enfin, elle discute de la problématique de l’endogénéisation du cyberespace pour une meilleure appropriation de la démocratie numérique en Afrique.

La démocratie numérique à l’ère du renouveau de l’autoritarisme en  Afrique

Dans l’opposition théorique entre démocratie et tyrannie, la première est présentée comme étant le modèle idéal de gouvernance. Dans les dernières décennies, sa réalisation  en Afrique  a connu des progrès réels du fait de la préférence locale pour ce modèle et le rejet systématique de tout régime non-démocratique. Cela s’est traduit par l’ouverture de l’espace politique à l’opposition et autres groupes d’intérêts, la libéralisation des médias, l’imposition de la société civile comme un acteur clé de la refondation politique, la routinisation des élections et la promotion des alternances au pouvoir,  etc.  Nonobstant, le continent souffre encore du « syndrome des réformes partielles » lié à la faiblesse de son renouveau institutionnel, la boulimie, l’inefficience et la corruption de sa bureaucratie, l’inadéquation et l’ineffectivité de ses architectures légales, etc. Le comportement des élites et de la classe dirigeante ainsi que l’attentisme et la passivité d’une large majorité des citoyens déjà traumatisée par des années de crises de tout genre (pauvreté, crises politiques, conflits ethniques, terrorismes, pandémies meurtrières, etc.) ont souvent produit des performances démocratiques  au rabais.

L’accroissement de la participation politique des citoyens par le biais du web et des media sociaux pourrait certes contribuer à l’éclosion d’une culture d’ouverture tout en accroissant la transparence et donc renverser la tendance des performances démocratiques.[12] En fait, le pouvoir d’action des citoyens se retrouve renforcé par l’accès à l’information. Cette réalité est valable pour tous les citoyens qu’ils soient activistes, engagés dans l’écriture des narratives et la mise en scène des trajectoires historiques ou des citoyens actif-passifs,  qui se contentent de lire les narratives et suivre les trajectoires déjà dessinées. Ce pouvoir d’action est essentiel au changement social.[13] Cependant, pour son effectivité ces derniers «ont besoin de remplir certains qualités qui définissent le capital humain tel que la santé, l’éducation, la moralité qui permettent d’accéder à l’information  et de s’exprimer de manière spécifique pour produire le changement social.  A défaut, de l’action des citoyens actifs, il est impossible d’imaginer la transformation sociale ».[14] 

C’est ainsi que le vent du printemps arabe qui a soufflé jusqu’aux rives de la plupart des régions du continent a été une bouffée d’espoir durant la dernière décennie. Cependant, il n’a pas dissipé la crise du politique en tant qu’organisation du vivre ensemble qui secoue encore le continent. Cette crise qui touche la représentation politique[15] se traduit par le décalage, constaté partout ailleurs, entre représentés, dont la demande sociale est peu ou pas satisfaite, et qui se sentent trahis par ceux qu’ils ont élus,  et représentants, absorbés par des enjeux de pouvoir, et dont les logiques clientélistes ne visent qu’à tirer profit des électorats pour assurer leur propre reconduction/reproduction au pouvoir.  

Un regard historique sur le modèle de la démocratie, le décryptant comme étant le théâtre du consensus[16] permet déjà de comprendre que la crise est non seulement synonyme de dysfonctionnements factuels mais aussi de crise du modèle.  En fait, l’idée même que la démocratie est mieux servie quand on passe de l’expression du pouvoir citoyen par la violence (contestations, manifestations, etc.) à la parlementarisation c’est-à-dire à la confiance aux représentants politiques[17], est mise en doute.

La crise de la démocratie est considérée comme étant universelle de nos jours. En 2018, il est estimé que « les principes de base de la démocratie notamment les garanties d’élections libres et justes, les droits des minorités, la liberté de presse et l’Etat de droit sont assiégés partout à travers le monde.»[18]  Parmi les douze pays considérés comme les moins démocratiques sur la planète, sept sont africains : Soudan du Sud,  Erythrée, Guinée  Equatoriale, Somalie, Soudan, République Centre Africaine et Lybie.[19] 

Dans ce contexte de crise du modèle démocratique la totalité des apories de la gouvernance politique ne saurait se dissiper par la simple entremise des TIC qui souvent amplifient les dysfonctionnements.  L’impact politique de ces outils épouse les contours des dynamiques interactionnelles des acteurs politiques. Par exemple, pour les Etats africains historiquement ancrés dans une verticalité des rapports avec leurs citoyens, la démocratie numérique reste le pendant d’une société de surveillance généralisée. Le bouleversement des hiérarchies occasionné[20] par moment ne remet pas en cause complètement les dysmétries de pouvoir entre représentants et représentés.

Les tendances liberticides des systèmes politiques clientélistes, néo-patrimoniaux et prédateurs des Etats africains ont forcément un impact sur les usages politiques et institutionnels des nouvelles technologies.  Ainsi, fustigeant la colonisation des informations privées par le fichage généralisée, Ondo considère que le contrôle étatique des informations conduit à la mise en place d’un « pouvoir omniscient de l’État qui, pour ses besoins ou pour ceux qu’il sert, peut violer le droit à la vie privée et donc met à mal les libertés individuelles à travers le principe de traçabilité ». Selon lui, ce renforcement du « pouvoir de l’État suivant l’impératif de sécurité, s’établit une sorte de coup d’État permanent qui conforte le pouvoir de l’administration contre l’individu et la société, qui empêcherait à terme toute alternance politique et renforcerait les dictatures».[21]

L’autoritarisme des Etats Africains se manifeste aussi par les suspensions intentionnelles et intempestives des réseaux Internet  ou de téléphonie par les gouvernants sur la base d’arguments tels que la sauvegarde de l’ordre public, la sécurité, l’opposition à des faits illégaux (les fake news) ou des problèmes techniques.  En 2017, il est noté au moins 12 coupures intentionnelles d’internet ou de réseaux de téléphonie dans 9 pays.[22]   Ces pratiques conduisent à l’idée que la cybercriminalité n’est pas la seule déviation qui transforme le cyberespace en un espace de non-droit.  Les Etats eux même peuvent délibérément transgresser les règles en ne respectant pas le droit fondamental des citoyens d’avoir accès à l’information. Ces actions démontrent que la démocratie digitale en construction se retrouve face aux enjeux et évolutions des rapports de pouvoir entre citoyens et gouvernants. Ces derniers s’arrogent souvent le droit arbitraire de (de)connecter les segments sociaux rendant ainsi illusoire la supposée puissance des communautés virtuelles.

La capacité des gouvernants à taire les velléités alternatives et subversives épousent aussi des tactiques de contrôle plus soft.  Face à une certaine perte de mainmise sur les réseaux sociaux, contrairement aux media classiques déjà inféodés, les pouvoirs publics peuvent recourir à des moyens moins traditionnels pour contrôler et sélectionner les informations à diffuser. Il y a par exemple,  les possibilités de positionner des informations souvent erronées ou futiles pour créer de la diversion sur le cyberespace. Concrètement et sur la base des expériences déjà notées en Amérique Latine, ils vont sommer à des groupes d’internautes d d’occuper la toile pour réduire l’attention de l’audimat numérique sur des mesures et actions étatiques jugées controversées.   De même, il est considéré que dans son approche mercantile, les algorithmes de Facebook en privilégiant les publications des individus au détriment de celles des groupes peuvent aider à mettre hors circuit les groupes dits alternatifs et/ou prônant des discours subversifs. Les occurrences de telles formes de contrôle en Afrique sont à envisager.

Ces pratiques non démocratiques feront du cyberespace un espace de confrontation perpétuel entre les citoyens et les classes dirigeantes.

L’espace public numérique : caractéristiques et enjeux d’une délibération démocratique

Sous l’effet de l’enchantement face aux outils nouveaux, l’exagération des pouvoirs prêtés a souvent été de rigueur. Par exemple, il est noté au Sénégal, un pays dont le modèle démocratique et le degré de cyberactivisme semble jouir d’une certaine reconnaissance, que « l’expression de la démocratie en vigueur, sous une forme traditionnelle, dans la société sénégalaise ne peut ainsi se transposer parfaitement sur les réseaux ».[23] 

Les raisons du décalage sont à rechercher dans divers facteurs. D’abord, on note une dysmétrie de la configuration de l’espace public  numérique avec la faible représentation de l’impact réel de certains acteurs dans la société. C’est le cas de la position périphérique des partis politiques pourtant acteurs structurants de la vie démocratique. En fait, les partis sont le socle  des oligarchies de professionnels de la politique. Or, la conception procédurale de la démocratie en Afrique qui positionne les partis politiques au cœur du système politique ne produit pas que des effets positifs. De plus en plus, la démocratie élective basée sur l'enchaînement compulsif des élections semble s'effriter. Elle est source de déception pour les franges les plus démunies[24]. D’où la légitimité de s’interroger sur le sens de cette faible représentativité des partis politiques dans l’espace public numérique. Est-ce un signe de leur impotence dans un modèle démocratique grippé ou plutôt de la conscience que la démocratie procédurale encore officiellement en vogue se déroule ailleurs que sur le cyberspace ? Dans le dernier cas, « l’investissement dans une présence sérieuse en ligne ne serait pas rentable politiquement, en tout cas dans l’immédiat, vu le faible taux de connectivité dans nos pays. »[25]

Au-delà de l’absence d’un parfait parallélisme entre espace public et le cyberspace politique, l’analyse de la configuration du dernier en Afrique rend compte de deux phénomènes. D’abord, les analyses webométriques suggèrent un sectarisme des interactions entre les acteurs dans l’espace public numérisé. Le niveau d’interactions entre les différents acteurs reste très faible en ce sens que chaque groupe d’acteurs se contente d’un auto-référencement avec les autres acteurs et groupes de son secteur.  L’Etat et ses démembrement, la presse, la société civile et les parties politiques n’interagissent que très faiblement sur le web.[26]  Selon certains observateurs, « cette forme de sectarisme dans l’espace public dénote, soit d’un manque de culture numérique des acteurs de la société, soit du mépris des TIC. »[27] L’approfondissement d’une démocratie numérique en Afrique sera tributaire de la prise en compte des préoccupations réelles des sociétés africaines dans l’espace délibératif numérique. Il nécessitera le dialogue entre les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs jouant le rôle de contre-pouvoir. Cette approche dialectique est fondamental pour la production de débats qui s’ils sont agrégés permettront aux sociétés d’avoir une lecture plus critique des problèmes abordés permettant de donner du sens et de la cohérence aux idées et projets proposés.

Ensuite, la configuration de l’internet conduit à une polarisation accrue des sociétés. La polarisation est elle-même considérée comme un terreau fertile pour le développement du phénomène des fake news. Dans un engrenage toxique, les fake news aussi renforcent la polarisation politique des acteurs du cyberespace. La polarisation n’est pas un nouveau phénomène dans le paysage politique Africain  marquée par des luttes fractionnelles. Or, la problématique des fake news semble s’amplifier dans les pays où la polarisation politique est très marquée. La logique d’amplification des fake news repose sur le fait que les informations fausses se répandent plus rapidement que les vraies informations du fait, non pas de la technologie mais plutôt de la psychologie humaine qui trouve plus d’attrait pour la nouveauté.[28] Les fausses informations créant généralement une impression d’originalité que chaque utilisateur voudrait transmettre en premier, elles se propagent rapidement.  

A côté de cette expansion rapide, le phénomène durcit les positionnements des internautes qui s’agrègent en fonction du principe l’homophilie pour en définitive se polariser. Selon Bourdieu, l’homophilie sociale et culturelle est naturelle pour la constitution du capital social dans des espaces sociaux contextuels.[29] Ici, sa reproduction dans le cyberspace est le fait du design des technologies. En effet, la logique agrégative de l’internet met en relations des citoyens aux affinités communes. Pour certains, cette relation affinitaire est le produit du manque de contradiction à cause de la polarisation de ceux qui se ressemblent. [30] 

Deux remarques s’imposent à ce niveau. En premier lieu, homophilie peut s’avérer contreproductive à la construction démocratique pour laquelle le principe du contradictoire dans le champ délibératif reste essentiel. Elle dissocie l’impact des débats sur les réseaux sociaux de la fonction dialogique des débats radiophoniques qui ont eu pour effet de briser le monopole de l’élite sur la sphère publique en Afrique.[31] En deuxième lieu, la polarisation excessive pourrait exacerber l’activisme réactionnaire dont l’impact réel sur le  changement social peut être discuté. Alors qu’il semble se construire un discours social autour des fake news qui présenteraient des sujets, des audiences et des initiatives spécifiques avec des circuits et des orientations idéologiques et politiques propres, cette forme d’activisme réactionnaire pourrait être toxique. Elle pourrait être à la base de dissidents digitaux dont les contestations surfaites conduiraient à une opposition fabriquée fondée sur des manipulations.

Ce genre de dérives ne sont guère illusoire dans un contexte où la large majorité des utilisateurs des réseaux en Afrique est souvent peu outillée pour décrypter de manière critique les masses d’informations et de résister à la désinformation. La spécificité des utilisateurs africains conditionnent les enjeux liés à l’africanité des usages et pratiques des TIC.

La quête de l'endogénéisation de la démocratie numérique

L’impact le plus marquant des TIC en Afrique reste une certaine redéfinition des normes sociales. En effet, le profil sociologique des « détenteurs et preneurs de parole » s’est vite métamorphosé. Les jeunes sont devenus des acteurs clés de la vie politique dans des sociétés jadis foncièrement gérontocratiques. La transformation sociale majeure de la société de l’information est essentiellement la cristallisation du changement social autour d’une génération qui d’ailleurs dispose de l’avantage numérique (en nombre démographique)  et s’arrogent les avantages du numérique (par leurs connaissances logicielles et techniques).  Cette transformation conduit à une redéfinition des hiérarchies de pouvoir dont la production et la  circulation se trouvent remodelés. Ainsi, se dessinent les mutations relationnelles touchant tant au leadership qu’au aux nouvelles formes de cohésion sociale. D’autres couches vulnérables comme les femmes ont trouvé également dans les TIC  des stratégies de contournement de la domination masculine et gérontocratique. Les nouvelles formes de sociabilité qui se forment sont perçues comme libératrices pour les sociétés africaines. Nonobstant, les technologies nouvelles produisent également une fragmentation sociale. Elle divise d’un côté les citoyens experts considérés comme des technophiles et de l’autre des citoyen non experts, technophobes. L’ampleur de cette fracture sociale ne saurait être négligeable au regard du taux d’illettrisme des populations et les disparités régionales en termes de couverture en Internet et de réseaux téléphoniques. Elle renforce le positionnement du monde urbain en tant fabrique sociale où se construit l’avenir africain. Dans un contexte ou l’information est pouvoir,  cette fragmentation pourrait accentuer les tensions sociales.

Cependant,  les formes  d’appropriation basées sur l’oralité comme les usages de la téléphonie mobile ont facilité le développement de stratégies participatives plus inclusives. En Afrique du Sud par exemple où on note le taux de pénétration le plus élevé de la téléphonie mobile, celle-ci a conduit à de nouvelles pratiques communicationnelles et culturelles. Les milieux défavorisés qui entraient normalement dans la catégorie des technophobes de l’ère digitale ont pu rejoindre des mouvements activistes œuvrant pour la justice sociale dans un contexte de leur marginalisation par les médias classiques. L’usage de la téléphonie mobile pour mobiliser des masses, coordonner  des actions et créer des réseaux est devenu possible pour des communautés des plus démunies (ex : Western Cape Anti-Eviction Campaign).[32] Elles produisent une forme d’appropriation sociale qui crée une forme d’identité collective tout en amplifiant les méthodes traditionnelles de mobilisation.  Ces formes de participation  souvent facilitées par la culture de convergence[33] sont à la fois le résultat de l’appropriation par des communautés spécifiques d’opportunités technologiques et le développement de groupes de pressions dans des contextes à la fois marginaux et volatiles.    

Cependant, pour que la démocratie numérique soit basée sur la participation d’une base assez représentative aux plans quantitatif  et qualitatif, les exclusions doivent être minimales.  Il est nécessaire de promouvoir l’horizontalisation de l’ensemble des hiérarchies dichotomiques des structures sociétales et économiques: rural/urbain, pauvre/riche, connectés/déconnectés, etc.  

La division Nord/Sud reste incluse dans ces rapports hiérarchiques de production et d’exercice du pouvoir informationnel. En fait, le facteur critique dans la production et les usages des informations reste la valeur ajoutée (pertinence et utilité) pour les usagers. Or, la faiblesse de la production informationnelle d’origine africaine est réelle dans le cyberespace. Dans un contexte de prise de conscience accrue de l’impératif d’une vision endogène du développement (débats sur la décolonisation des universités en Afrique australe, rejet graduel du FCFA en Afrique Francophone, etc.), les efforts d’africanisation des pratiques et usages numériques est crucial.

L’engagement des africains à participer à la production d’une modernité politique sous la forme d’une démocratie numérique doit être une entreprise centrée sur cette  appropriation locale.

Conclusion 

La démocratie numérique semble admise en Afrique. La question de sa viabilité reste cependant une gageure. La capacité des pouvoirs publics et des citoyens à faire face aux réalités sociales et à certains problèmes inhérents aux technologies elles-mêmes  sera déterminante  pour son appropriation.  Les conditions matérielles de l’appropriation locale doivent être réunies et le minimum de standards et codes de conduite en termes de gouvernance imposés aux pouvoirs publics. Autrement, la démocratie numérique ne sera qu’une donnée théorique dont la réalisation pratique ne restera qu’un fantasme de l’Afrique moderne.


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Conference only. Work in progress: do not quote or circulate

COMMENT LE CYBER-ACTIVISME PEUT-IL CHANGER LA PERCEPTION DE L'AFRIQUE

Par Carlos Bajo Erro @cbajo

«Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur», est un proverbe africain popularisée par le grand écrivain nigérian Chinua Achebe et sur laquelle nous devrions réfléchir. Plus récemment, le congolais Alain Mabanckou a également utilisé cette même métaphore des chasseurs et leurs proies, assurant que les deux groupes aient des visions différentes de la même partie de chasse. Bien que l'image littéraire ne soit peut-être pas la plus convenable, les médias sociaux ont offert aux lions la possibilité de prendre la parole, de raconter leur histoire et, enfin après des siècles, de pouvoir réfuter la version des événements transmis par les chasseurs.

Les blogueurs et les cyber-activistes, en général, sont dans une position privilégiée pour construire un récit différent de celui qui a été projeté jusqu'à présent. Les cyberactivistes sont préoccupés par la construction d'une société meilleure, la réduction des inégalités et de l'injustice, la promotion de la participation citoyenne, la réparation d'une démocratie défectueuse et la résolution de toutes les déficiences héritées et perpétuées au fil des décennies. C'est déjà une tâche énorme et pour cette raison, il peut sembler qu'influencer l'image que les autres ont de l'Afrique et des Africains est une tâche mineure. Ou, pour le dire autrement, étant donné les efforts dévoués pour résoudre leurs propres problèmes pressants, il semble moins important de s'inquiéter de ce qu'ils pensent de vous.

C'est vrai que, sûrement, c'est un objectif secondaire. Cependant, il s'agit d'une conséquence indirecte qui peut être facilement associée à un travail régulier sans nécessiter d'effort supplémentaire. Et d'un autre côté, cela a un impact direct sur les objectifs transformateurs que les cyber-activistes envisagent. Nous ne parlons pas d'apparences, mais de significations. L'image déformée que le nord global a construit du continent africain est beaucoup plus qu'un regard flou. Cette image conditionne les relations établies avec les Africains migrants qui composent les diasporas européennes ou américaines. Et, au même temps, elle conditionne les relations inégales et déséquilibrées qui s'établissent entre les États. Les politiques (soit commerciales, soit migratoires, ou soit de défense) sont également définies à partir de ces images. Ainsi, les récits simplistes et stéréotypées ne génèrent pas seulement la moue de mépris vers un ivoirien dans un bus de Milan, mais aussi l'imposition de conditions à l'exportation des produits agricoles, les obstacles à l'approbation des diplômes universitaires ou les ingérences sur les politiques de sécurité, du contrôle des frontières ou de la lutte contre le terrorisme.

Peut-être peut-il donner l'impression que dans les médias conventionnels français ou même britanniques, se sont ouverts certains espaces avec un regard nouveau sur l'Afrique. En général, tout indique que cela a une relation avec la logique du marché ou avec des exceptions honorables, plutôt qu'avec un changement général d'orientation. Dans le second cas, les exceptions honorables, nous pouvons trouver dans tous les pays des initiatives qui informent sur le continent dans toute sa diversité et au-delà des thèmes négatifs classiques, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont la tendance générale. Dans le premier cas, le poids de la logique du marché, il faut penser à la visibilité croissante de la diaspora, d'une part, et la recherche des nouveaux marchés en Afrique dans la crise des médias commerciaux en Europe. Ces circonstances obligent les entreprises de médias à offrir des produits qui génèrent un certain plaisir entre ces nouveaux publics. Cette dynamique n'est pas, non plus, une tentative décidé de déconstruire les images stéréotypées. Au même temps, ces cas en France ou en Grande-Bretagne ne se reproduisent pas dans la plupart des pays, là où l'absence de liens historiques se traduit dans le désintérêt. En général (sauf exceptions), les pays du Nord ont une image partielle, déformée et stéréotypée de l'Afrique, construit à travers des siècles de discours puissant (parfois inconsciemment) des théories racistes construites pour justifier la traite des esclaves. Les médias conventionnels ne font rien pour combattre cette image, au contraire, ils la nourrissent en la reproduisant encore et encore.

Le discours qu'il faut combattre

L'imaginaire projeté de l'Afrique est formé par deux extrêmes également partiels: l'Afrique du chaos et l'Afrique idyllique. Le premier regroupe toutes les informations négatives sur la pauvreté et la violence et tous ses dérivés. La sécheresse, la famine, les guerres, les coups d'État, les attaques terroristes, les maladies et les épidémies sont quelques-unes des questions que, avec un caractère apocalyptique, configurent l'image de l'Afrique la plus sombre, ténébreuse et sinistre. Le développement de ces approches donne naissance à une Afrique plongée dans l'anarchie et traversée par des guerres tribales et des haines ataviques qui rendent la coexistence impossible. La loi du plus fort s'impose à un continent dont la politique passe exclusivement par la corruption. Même d'un point de vue naturel, l'Afrique est vouée à la souffrance par des forces supérieures, se concentrent là-bas toutes les plaies, les sécheresses que produisent la faim, les épidémies que diminuent les populations et la violence comme la seule forme de relation entre ses habitants.

L'Afrique idyllique est, cependant, l'Afrique naturelle, celle de la végétation exubérante et des animaux sauvages. En fait, l'Afrique est juste l'espace où se déroulent les safaris. C'est l'endroit où les cinq grands («The Big Five») sont à l'aise: le lion, le léopard, le rhinocéros, l'éléphant et le buffle. Ce sont les créatures qui méritent d'être préservées. En outre tout en Afrique sont des spacieuses savanes, silencieuses et paisibles, des déserts torrides ou les forêts pluviales d'un vert explosif, toute autre forme de relief qui montre la grandeur et la bravoure de la nature peut compléter le scénario, soit des cascades, des précipices ou des volcans. L'Afrique est sauvage parce que sa nature est sauvage et c'est pourquoi c'est l'endroit idéal pour trouver l'essence humaine, l'origine de tout dans un sens primitif.

Parallèlement à ces deux visions du continent, nous pouvons également trouver deux visions des Africains. En suivant la même logique des discours et des imaginaires que les médias traditionnels ont généré dans le nord global, nous trouvons l'Afrique violente, représentée par le seigneur de guerre, par le soldat drogué ou le fonctionnaire corrompu. Le continent est peuplé d'êtres qui se haïssent et qui ont de sérieuses difficultés à coexister parce que la seule façon dont ils savent se relationner est la violence. Dans ces circonstances, l'échec de la démocratie est évident. Les Africains ne comprennent pas la démocratie.

L'autre extrême du même imaginaire appliqué aux populations africaines correspond au développement du mythe du bon sauvage. À partir de cette vision des Africains sont infantilisés, leurs capacités mentales sont à peine ceux d'un enfant et donc ne possèdent pas les compétences nécessaires pour produire des progrès importants, même pas pour développer leur propres pays. Cette incapacité, presque biologique, rejoint une attitude spécifique mais profondément enracinée qui est pratiquement un trait anthropologique: les Africains sont paresseux et fainéants. La meilleure représentation de ce profil installé dans l'imaginaire collectif du Nord global est l'homme qui repose indolemment sur un tapis sous un arbre. Évidemment, il attend que l'Européen ou l'Américain du Nord arrive pour résoudre ses problèmes. Il ne bouge pas un doigt, car il est tout simplement paresseux et fera la même chose quand il y aille des problèmes politiques parce que l'Africain est un individu passif et n'a pas encore été capable de mettre en place une société civile qui s'oppose aux abus de leurs propres dirigeants. C'est ainsi que sont les deux profils, le paresseux à l'esprit d'enfant qui est la majorité de la population et le politicien violent et corrompu qui gouverne leur destinée sans opposition.

Nous ne devons pas perdre de vue le fait que les éléments de l'imaginaire sont liés les uns aux autres et qu'ils sont liés à d'autres imaginaires et récits qui influent à la relation avec l'Afrique et avec les Africains. La référence à la figure de l'Africain qui attend à l'ombre d'un arbre l'arrivée du blanc pour qu'il résoudre ses problèmes n'est pas accidentelle. Cette vision se connecte à ce qui est considéré comme le complexe du sauveur blanc («White Savior»). La relation de nombreux Européens ou Nord-Américains avec le continent africain est basée sur ce point de vue, qui est en même temps lié à la vision charitable: depuis le nord global nous devons sauver ces Africains qui sont handicapés par sa nature. De plus, vous n'avez même pas à demander leur avis, car s'ils expriment une quelconque réticence, ce serait le résultat de leur incapacité qui les empêche même d'être conscients qu'ils devraient être sauvés. La supériorité morale du Nord global, de l'Occident, du monde développé est écrasante.

Évidemment, cette histoire est une image caricaturée d'un ensemble d'éléments qui ne se manifestent pas toujours au même temps. Cependant, le plus triste est que cette caricature n'est pas trop éloignée des idées préconçues qui conditionnent la vision de l'Afrique et des Africains dans de larges secteurs de la population européenne et nord-américaine. L'écrivain kenyan, Binyavanga Wainaina, a parfaitement dessiné cette caricature des stéréotypes dans les médias occidentaux dans un article satirique publié dans la revue Granta en 2006 et intitulé « Comment écrire sur l'Afrique » ( «How to write about Africa»).

L'analyse des différents récits est beaucoup plus complexe que les traits généraux qui ont été mentionnées jusqu'à présent, mais ces traces sont celles qui ont imprégné le citoyen lambda, celles qui génèrent des significations et celles qui conditionnent l'imaginaire collectif. Dans tous les cas, on peut voir comment, même quand les médias ont changé son approche générale, par exemple de l'afro-pessimisme qui représentait le vieux continent sans espoir (le « Hopeless continent ») à la afro-optimisme qui incarne la croissance actuelle de l'Afrique ( « Africa Rising "), continuent à ne pas refléter la réalité quotidienne. Le vieil afro-pessimisme suivait les stéréotypes du discours raciste le plus réactionnaire; l'afro-optimisme actuel se concentre exclusivement sur les données macroéconomiques car l'Afrique est devenue un marché, mais peu importe la situation réelle des Africains, leurs aspirations, leurs sensations ou leurs désirs.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue l'origine de tout ce complexe discursif. Tout ce réseau de stéréotypes et d'idées préconçues a ses racines dans les discours racistes qui ont été construits pour justifier la traite esclavagiste; qui plus tard se sont adaptés pour argumenter la colonisation comme entreprise philanthropique; qui ont ensuite été mis à jour pour expliquer les relations économiques et commerciales inégales qui perdurent à ce jour. C'est-à-dire, c'est un continuum narratif qui va de l'absence de l'âme de l'homme noir ou du non-homme à la condescendance de l'entrée récente de l'Afrique dans l'histoire. Bien qu'ayant généralement accepté le commerce des esclaves et que, en général, la colonisation ait été comprise comme une période sombre, les populations du Nord global ne se sont pas complètement débarrassées d'un certain sentiment de supériorité par rapport à l'homme noir qui se traduit par le regard actuel vers l'Afrique et envers les Africains (plein de mépris et de paternalisme), largement dû à l'actualité brûlant de cet imaginaire déformé et stéréotypé, alimenté par les médias.

La voix qui est le contrepoint

Considérant ce panorama, les voix critiques avec ces récits qui ont généré l'image déformée de l'Afrique ne sont pas quelque chose de nouveau. Pendant des décennies, ce discours stéréotypé a fait l'objet de discussions et de réponses dans de nombreux cas, même à l'intérieur des médias, mais généralement dans des milieux minoritaires. L'une des difficultés pour faire entendre une voix puissant qui pourrait faire contrepoids à cette énorme capacité des médias conventionnels pour construire des significations était précisément l'accès à ces médias, l'impossibilité d'accéder à l'agenda occidentale. C'est ça précisément un des changements produits pour la démocratisation (croissante) des médias sociaux. Soudainement, les sources africaines qui peuvent réfuter le discours stéréotypé ont un canal d'accès à un public de masse, ce sont les médias sociaux qui, à long terme, peuvent même ouvrir les portes des médias conventionnels.

Pour illustrer ce changement de scène, nous présenterons quelques campagnes et initiatives qui ont contester l'image déformée ou bien qui ont été un apport à la revendication de la dignité de l'Afrique ou les Africains et qui ont généré un impact dans les médias conventionnels qui a répondu le discours habituel.

#UgandaIsNotSpain

Comme nous l'avons déjà souligné, il y a peut-être des pays qui, en raison d'une tradition de relations avec le continent africain, cohabitent avec un discours médiatique ou avec un imaginaire collectif un peu plus nuancé. Ce peut être le cas, de la France ou de la Grande-Bretagne. Cependant, il existe de nombreux pays européens dans lesquels ces liens historiques n'existent pas et, par conséquent, l'ignorance et le désintérêt sont combinés pour configurer un terrain propice pour les stéréotypes et la construction de cette image déformée. Celle-ci est la situation dans laquelle se trouve la citoyenneté en Espagne, malgré la proximité géographique. L'imaginaire collectif a accepté finalement comme un axiome incontestable que l'Afrique n'a pas d'importance et cela ouvre la porte à des déviations continuent à nourrir le discours simpliste et déformé.

En juin 2012, lors de la crise économique mondiale, l'Espagne avait été particulièrement secouée par la récession. Quand le ministre des finances du gouvernement espagnol négociait à Bruxelles les conditions d'un plan de sauvetage de l'Union européenne pour éviter que le pays tombe dans la faillite, le président de l'exécutif lui a envoyé un SMS. Il avait l'intention de l'encourager avec son message pour affronter la négociation. Les médias ont révélé le contenu de ce message : «Courage, nous sommes le quatrième puissance en Europe, l'Espagne n'est pas l'Ouganda». Ce mépris vis-à-vis du pays africain a attiré l'attention de certains activistes ougandais, parmi lesquels Rosebell Kagumire, qui a lancé une campagne : #UgandaIsNotSpain.

La campagne a essayé de rappeler au président (et au public espagnol) que l'Espagne n'était pas en mesure de sous-estimer presque personne. Avec le système financier tremblant et le taux de chômage s'envolant (pour ne pas mentionner d'autres indicateurs), le respect aux autres pays était plus nécessaire que jamais. Dans le même temps, la campagne a réaffirmé la dignité du peuple ougandais et a démontré aux citoyens du pays africain que les temps d'être piétiné étaient terminés. Cette initiative simple a franchi les frontières et a attiré l'attention des médias pour faire écho à l'appel de la dignité des Ougandais. Les médias ougandais, espagnols et internationaux ont repris la polémique. Au moins dans le cas des médias espagnols, il n'est pas habituel de tenir en considération les opinions du peuple ougandais par rapport aux commentaires du président du gouvernement espagnol. En tout cas, les activistes ougandais ont attaqué l'agenda des médias internationaux.

Sarkozy-Dakar 2007 vs. Macron-G20

Le discours de Nicolas Sarkozy, quand il était président, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar en juillet 2007, est resté pour l'histoire comme un signe de la persistance du discours raciste et de la manière dont cette vision peut influencer la politique. Personne n'échappe à ce passage où Sarkozy prétendait que «Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire» et a continué en dessinant un panorama du primitivisme de la société Africain dans son ensemble.

Il est vrai que certains intellectuels africains, comme le philosophe camerounais Achille Mbembe, ont eu des plateformes pour répondre aux affirmations abjectes de Sarkozy, mais ils n'ont pas été trop généralisés ou trop agiles. Les médias de l'époque ont seulement permis à certains élus de s'exprimer. Cela ne signifie pas que la réponse n'ait pas été suffisamment énergique ou suffisamment argumentée. Le livre L'Afrique répond à Sarkozi. Contre le discours de Dakar est un bon exemple de la façon dont une insulte peut être utilisée, précisément, pour faire de la pédagogie dans la direction opposée. Une vingtaine d'intellectuels l'ont démontré.

Cependant, un nouveau défi met en évidence les différences. Dix ans plus tard, la dérive des présidents français se répète avec des analyses offensives sur le passé, le présent et l'avenir de l'Afrique. Dans ce cas, c'est Emmanuel Macron qui, en juillet 2017, lance une analyse plutôt malheureuse lors d'un sommet du G20. Macron assure aux journalistes que le défi de l'Afrique est «civilisationnel» et que l'instabilité est le résultat de taux de natalité élevés: «Lorsque certains pays ont encore aujourd'hui sept ou huit enfants par femme, vous pouvez décider de dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien».

Dans ce cas, la réponse a été beaucoup plus immédiate et a été plus virale lorsque les médias traditionnels et les réseaux sociaux sont combinés. La voix, dans ce cas, a été une voix populaire, a compris, bien sûr, toutes sortes d'experts et d'intellectuels, mais également la réponse d'Africains lambda ou des autres faiseurs d'opinion divers. Les réseaux sociaux ont permis que les arguments d'Achille Mbembe ou de l'écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi dans les médias internationaux apparaissent à côté des plateformes de médias numériques à travers l'Afrique. Les utilisateurs lambda ont également fait entendre leur voix, répondant aux commentaires du président français.

Et dans la même ligne, nous pouvons trouver un cas d'une réponse, encore plus diversifiée et immédiate. En janvier dernier, il a été publié que le président nordaméricain Donald Trump avait dédié Haïti, El Salvador et certains pays africains sans préciser lesquels, la qualification de «shithole» lors d'une réunion à la Maison Blanche. Cela signifie littéralement «trou de merde», mais elle peut également être comprise comme une benne à ordures ou une porcherie, par exemple. La réaction dans les médias sociaux était également immédiate, de toutes les parties du monde, y compris les pays indiqués. Beaucoup de réponses utilisaient le ton le plus approprié, un ton satirique qui était la réaction la plus pertinente à l'intervention de Trump. Une fois de plus, la voix des personnes touchées a été entendue devant l'abus d'un homme puissant.

#LintonLies

Louise Linton est une actrice et productrice de cinéma écossaise. Au début de 2016 elle a publié In Congo's Shadow: One Girl's Perilous Journey to the Heart of Africa, une autobiographie retraçant l'année qu'elle avait passé en Zambie, quand elle avait ses 18 ans, en 1999. Le livre est passé inaperçu jusqu'à ce que l'auteure ait écrit une sorte de recension dans le journal britannique The Telegraph. Dans cet examen qui n'est plus disponible, Linton a expliqué que « était venu en Afrique dans l'espoir d'aider certaines des populations les plus pauvres du monde » ou qui a subi les conséquences du conflit au Congo et a expliqué comment elle a caché des rebelles: «La voûte de la forêt dense au-dessus de moi, avait enlevé la moindre lumière de la lune qui aurait pu et m'a immergé dans la noirceur profonde de la montagne de la Zambie.» Il a complété la description avec des phrases telles que: «J'ai bientôt appris que l'Afrique est en proie à des dangers cachés. J'ai été témoin d'actes de violence irrationnelle, de paludisme contracté et de rencontres rapprochées avec des lions, des éléphants, des crocodiles et des serpents. » Et elle a dit: «Même dans ce monde, qui est censé appartenir, je me sens parfois déplacé. Cependant, chaque fois que cela arrive, j'essaie de me souvenir d'une fille séropositive, souriante et sans dents, dont la plus grande joie était de s'asseoir sur mes genoux et de boire une bouteille de Coca-Cola. Zimba m'a appris beaucoup de beaux mots, mais celui que j'aime le plus est nsansa. Félicité».

L'apparition de cet article a déclenché la tempête parfaite dans les réseaux, sous la forme du hashtag #LintonLies. Une telle réponse massive, créative et complète s'est déroulé qui a forcé le journal à retirer l'article controversé et l'auteur à rendre son compte Twitter privé. Immédiatement, les utilisateurs, principalement de Twitter, sont devenus cyber-activistes et ont commencé à contraster les informations que Linton avait si heureusement lancées. Il était impossible, par exemple, qu'elle ait été assiégée par des rebelles qui n'avaient jamais approché la Zambie ou qui avait croisé des animaux inexistants dans le pays.

Cependant, face à une telle caricature, les tweetos se sont tournés vers une campagne humoristique. « La seule chose qui manque dans la jungle de Tarzan @LouiseLinton oscillant est d'aller à son secours », at-il dit @MasukaMutenda en utilisant les #LintonLies hashtag. D'autres ont créé le profil de @LittleZimba, la fille avec le VIH qui souriait sans dents et qui voulait seulement boire de son Coca-Cola, selon l'histoire de Linton. @LittleZimba ironiquement corroboré dans ses messages la générosité de l'actrice écossaise. Et de la même manière, le compte satirique d'Instagram Barbie Savior, a consacré une image à l'expérience traumatisante de Louise Linton en Zambie.

Comme l'a dit, The Telegraph a retiré l'article, Linton s'est retiré des réseaux sociaux et la tempête a permi, encore une fois, attaquer les fondements du récit du sauveur blanc et aussi de démontrer que les Africains réagissent aux informations dans lesquelles les instrumentalisent ou les dédaignent.

#SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs

Suivant la même ligne ironique, le hashtag #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs offrait une vue inhabituelle. L'objectif était de ridiculiser certains des stéréotypes les plus courants rencontrés par les Noirs, en particulier dans leurs relations avec les Blancs. Bien que la campagne ne soit pas exclusivement destinée aux utilisateurs africains et, en fait, qu'elle soit plutôt menée par les communautés de la diaspora, la relation avec l'image que le Nord maintient sur le continent africain est évidente.

Certes, les membres de ces communautés de la diaspora ou ceux qui ont fréquenté les milieux européens auront fait face à certains de ces commentaires, qui analysés avec une certaine distance semblent ridicules et infantiles, néanmoins, ils sont tout à fait utilisés.

Qui n'a pas été demandé s'il parle «africain»? Qui n'a pas eu à écouter après une confusion que tous les noirs ressemblent? Ou s'il y a de l'électricité en Afrique? Voici quelques-uns des sujets abordés par les tweets de cette campagne: «Parles européen, allez stp! Apprend moi, Comment on dit bonjour en Européen», a écrit l'un des participants. «Dis en Europe, il y a l'électricité ? Tu vis dans une maison ?», A soulevé une autre. Ou un autre: «C'est pas lui le blanc de l'autre fois? Comment veux-tu, ils se ressemblent tous!». Ou sans aucune sensibilité : « T'as vu comme je fais bien l'accent blanc? Mais, oh ça va, si on peut plus rigoler... » ; ou bien avec les noms :  «Du-quoi? Dupon? D-u-p-o-n... Avec un T à la fin ?! Rah ces noms exotiques, là...». Même les blagues alléguées sont récurrentes: «(En soirée) Allumez pas la lumière sinon on verra plus Jean-Charles !! ? ».

La jeune femme qui a commencé spontanément l'initiative, en février 2016, et sans la planifier comme une campagne, a déclaré: «J'ai trouvé amusant de montrer à quel point ces idées quotidiennes sont ridicules». La jeune utilisatrice a affirmé qu'elle avait l'intention de mettre sous les yeux de «ceux qui font ce genre de commentaires», l'irrationalité de ses mots. Au moins, il a été créé un espace momentanément pour ridiculiser les stéréotypes et certains attitudes, même quand des fois elle ne sont pas malveillants.

#TheAfricaTheMediaNeverShowsYou

#TheAfricaTheMediaNeverShowsYou a été une autre des campagnes qui ont défendu ces dernières années l'existence d'une Afrique plus plurielle et diverse que celle transmise par des informations spécifiques (et généralement négatives) des médias conventionnels. Certains utilisateurs ont tenté de mettre la puissance de l'image dans les réseaux sociaux au service du contrebalance des médias conventionnels.

Sous un hashtag qui exprime clairement la volonté de la campagne, des photos ou des vidéos qui ne répondaient pas au stéréotype que les médias projettent sur le continent ont été partagées. Face à la guerre, la violence, la maladie ou la faim, les participants dans cette campagne ont partagé des échantillons de beauté dans leur expression la plus large.

Peut-être dans certains cas, malgré la bonne intention, les utilisateurs n'ont pu échapper à certains éléments du récit simplifié du continent, comme celui de la nature exubérante et sauvage. En tout cas, ils ont essayé d'opposer, en général, des belles images contre la laideur de l'imaginaire qui nourrit l'idée du continent noir.

Pour tenter de mettre fin aux clichés une jeune femme nommée Rachel Markham Ganesha a lancé le 23 Juin 2015 un message sur son Twitter @westafricanne dans lequel il a montré sa colère envers la répétition de la représentation négative du continent: «J'ai vu quelques tweets haineux que l'Afrique soit la pauvreté, Ebola, laide ... Cela m'a fait très mal ". Le tweet a été plus tard supprimé, mais grâce à son indignation, il y a eu d'autres jeunes à ramasser le gant et commencer à partager des images avec le hashtag #theafricathemedianevershowsyou.

Le propre @westafricanne a déclaré dans Mashable que «le hashtag ne sert pas à effacer la souffrance mais à célébrer la beauté, que nous ne le faisons pas assez». Elle a même admis avoir été surprise par plusieurs des images qu'elle a découvert sur l'Afrique. «Comme pour la Somalie, les médias m'ont fait croire que le pays n'avait que des ruines et du piratage», a-t-il expliqué.

Cette initiative vise à compléter l'image partielle. Les médias conventionnels ont un agenda thématique très limité par rapport à l'information diffusée sur l'Afrique. L'un des effets pernicieux de ce récit limité est qu'il génère une image partielle et déformée. Si le consommateur d'information construit son image sur un lieu à travers ce que les médias lui disent, parce qu'il n'a aucune expérience directe, et ces médias lui disent toujours que c'est un territoire ravagé par la guerre, dévasté par la violence et soumis à la pauvreté, la maladie et la faim, son image correspondra à cette information. C'est-à-dire que l'idée qui sera construite de ce territoire sera dominée par la guerre, la violence, la pauvreté, les maladies et la faim. Il ne pensera pas à la musique ou à l'art, à l'innovation technologique, aux paysages urbains ou aux universités, ou même il ne pensera pas que les gens peuvent aller acheter au marché normalement ou bien qu'ils puissent avoir une vie quotidienne avec des joies et des peines. Outre le fait que l'information diffusée par les médias conventionnels peut être vraie (et sans entrer dans des enjeux journalistiques tels que le besoin de contexte ou d'analyse à long terme), le choix de thèmes très spécifiques et récurrents fait que l'image du consommateur ne soit pas réel, car il n'est pas complet. C'est ce qui arrive aux centaines de milliers d'habitants du Nord, qui construisent leur représentation de l'Afrique à travers les médias conventionnels et ne font que renforcer l'imaginaire négatif.

Précisément campagnes comme #TheAfricaTheMediaNeverShowsYou viennent pour contrer les insuffisances des moyens conventionnels, pour contre-balancer et pour compléter les éléments avec lesquels les citoyens anonymes peuvent construire leur imaginaire, à partir d'un autre point de vue. Les images partagées avec ce hashtag reflètent des paysages urbains qui rompent avec le thème de la cabane et du village; des monuments qui nient l'absence d'histoire du continent; la diversité culturelle, qui rompt avec la dynamique de parler de l'Afrique comme une réalité unique, même comme un seul pays; la mode, la danse, la peinture et toutes sortes de manifestations artistiques contemporaines qui font preuve de créativité et de dynamisme; des femmes actives et influentes pour déstigmatiser la composante féminine du continent; scènes de la nature qui ont apporté la beauté à la mosaïque; ou des innovations technologiques qui rompent avec le mythe de la technophobie africaine.

L'effet du changement

Le poids de l'imaginaire est immense. Essayer de changer des croyances aussi ancrées que l'image déformée des sociétés du Nord global par rapport au continent africain est une tâche énorme. N'oublions pas que la représentation de l'Afrique dans ce qui est considéré comme l'Occident n'est pas accidentelle. Pendant des décennies, voire des siècles, tous les outils de communication ont été mis au service de la construction d'une représentation qui avait un objectif spécifique: maintenir une inégalité entre le Nord global et l'Afrique, qui favorise évidemment les intérêts des puissants, fondamentalement , Européens et Nord-Américains. La littérature, y compris la philosophie, et plus tard, le cinéma et les médias de masse ont reproduit un scénario avec un but spécifique aligné avec les intérêts économiques de quelques-uns.

Défaire la construction que tout ce puissant mécanisme de propagande et de contrôle social a fortifié pendant des années exige du temps, de la patience et de la ténacité. Malgré la route déjà parcourue, il y a constamment des exemples qui démontrent à quel point cet imaginaire est installé et conditionne, même involontairement, la pensée de centaines de milliers de personnes.

Probablement, la reproduction de ces stéréotypes, de ces clichés et de ces préjugés par les médias actuels ne répond plus, dans la plupart des cas, à ces mêmes intérêts. Maintenant, ils restent simplement de l'inertie, parce qu'ils font partie de ces représentations enracinées, parce qu'ils ont généré des images solides dans le subconscient des citoyens du Nord, y compris des journalistes. En plus de cette catégorie psychologique, il y a quelques carences inhérentes à l'exercice de la profession de journaliste qui affectent seulement l'image qui est projetée en Afrique.

Compte tenu de l'énorme édifice qui se dresse devant nous, s'impose une stratégie d'affaiblissement progressif de la part des cyber-activistes. Dans chaque message et dans chaque publication, ils peuvent construire la nouvelle représentation de l'Afrique, ils peuvent fournir des citoyens suffisamment ouverts, de nouveaux éléments pour construire leur image du continent et répondre au discours le plus hégémonique qui persiste. Vous ne pouvez pas prétendre changer des croyances aussi profondément enracinées du jour au lendemain, mais chaque petite adhésion est un changement qui influence directement la vie de certaines personnes.

Il est nécessaire de se rappeler que ce n'est pas seulement la manière dont il est représenté, mais que cette représentation a des conséquences dans les relations qui s'établissent entre les pays et même entre les individus. Autrement dit, ils ont un impact sur les politiques, mais aussi sur la vie quotidienne.

La projection d'une image qui correspond davantage à la réalité diverse et dynamique de l'Afrique; la construction, petit à petit, d'une représentation du continent qui inclut les lumières et les ombres de toutes ses réalités, engendre des changements concrets. L'amélioration de la connaissance mutuelle réduit l'espace laissé au racisme qui boit habituellement de l'ignorance. Un racisme qui est également projeté de différentes manières, de l'individuel à l'institutionnel; de celui qui se manifeste dans un bus, à celui qui détermine un sommet international; de celui qui teint la vie dans un quartier jusqu'à celui qui influence dans les politiques.

Beaucoup des décisions prises par les gouvernements du Nord par rapport aux pays africains ne sont possibles qu'en raison d'une perception de supériorité qu'il n'est même pas nécessaire de formuler car elle fait partie de la structure la plus profonde de notre structure mentale et est connue de tous. Impositions concernant la sécurité ou les politiques de migration, par exemple. De même, la manière dont un policier d'une ville espagnole s'adresse à un voisin d'origine africaine (discriminatoire ou paternaliste) est conditionnée par les mêmes principes.

Cet imaginaire, celui qui est arrivé jusqu'à nos jours a été possible parce que toute la machinerie des outils de communication, d'un conte à une pub, a été mise au service d'un discours discriminatoire prémédité. Tous les mécanismes de communication. Il n'y avait pas d'outils de communication en dehors de ce discours hégémonique, ou ceux qui étaient, c'étaient à peine testimonials. Aujourd'hui, les médias sociaux ont déséquilibré les systèmes de pouvoir de communication et les cyberactivistes ont les outils et les compétences pour introduire des changements dans les imaginaires construits au cours des siècles à partir des positions inégales. Il est nécessaire qu'ils soient conscients de leur capacité et qu'ils assument leur responsabilité. Il est nécessaire que les histoires de chasse cessent de glorifier les chasseurs et que les lions commencent à raconter leurs propres histoires.


FOCUS PAYS TOGO : DE LA CONTESTATION À LA RÉVOLUTION : QUEL RÔLE POUR LES MÉDIAS SOCIAUX ?

Par Aphtal Cissé

De la contestation à la révolution : quel rôle pour les médias sociaux ?

A la lecture du mail m’invitant à plancher sur ce thème, j’ai d’abord pris peur pour deux raisons principales : ma difficulté à mettre par écrit des réflexions sur un thème « imposé », et le nombre de pages requis pour le document. A l’oral, au cours d’un débat, on est facilement prolixe. Mais à l’écrit, soit on évacue le thème en trois ou quatre pages pour être succint, soit on fait du remplissage. Peut-être comme j’essaye de faire actuellement, avec ce paragraphe.

        Plus sérieusement, le thème soumis à notre réflexion vaut tout son pesant d’or, à l’heure où les médias sociaux occupent d’une part une place de plus en plus importante non seulement dans notre mode de communication mais aussi dans des révoltes (avec comme aboutissement des révolutions, ou pas), et d’autre part à cet instant où le Togo est secoué par des crises socio-politiques aussi sourdes que graves. Au regard des derniers évènements qui se sont déroulés dans ce pays, il appert nécessaire de se questionner sans parti pris, sur le rôle des médias sociaux dans la contestation et même dans la (possible) révolution en cours dans ce pays (II), après avoir bien entendu essayé de proposer une définition à ces divers concepts (I)

I – Essai de définition des concepts.

Du thème proposé, nous tirerons essentiellement trois mots clefs :

A – Contestation.

En termes simples, la contestation vient du verbe contester, qui est l’action de ne pas admettre quelque chose. C’est exprimer (vivement ou non) son désaccord, par rapport à une idée, ou à une personne.

Dans le contexte politique togolais, qui ou quoi devrait être objet de contestation ? On est vite tenté de répondre qu’il devrait s’agir du chef de l’Etat SEM Faure E. GNASSINGBE, de son gouvernement, et de leurs actions. Mais dans ce cas, sur quelles bases ? N’est-il pas élu après une élection présidentielle ? Oui. Son mandat est-il à terme ? Non. Alors, pourquoi parler de contestation ?

Ce sont des questions simplistes, je reconnais.

B – Révolution.

Voilà un bien grand mot. La révolution est un « changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d'un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir. »

La révolution n’est pas que politique. Ce peut être un changement brusque d’ordre économique, moral, culturel…qui se produit au sein d’une société.

Une révolution est donc censé être brusque, violente (ou pas), radicale. Cela est-il possible au Togo ?

C – Médias sociaux.

Avant de s'appesantir sur le lien entre ces trois notions définies sous le prisme du « rôle », il convient peut-être de présenter brièvement le Togo, ou en tout cas d’en présenter le contexte politique.

         Qu’il me soit permis de ne point remonter loin dans l’histoire. Google foisonne de documentations sérieuses sur le pays. Je commencerai donc de 2005, époque plus récente et encore vive dans nos mémoires, nous autres de la génération 90. Février 2005 donc, le Chef de l’Etat en fonction, le Général GNASSINGBE Eyadema meurt, après 38 de présidence. Appelons ça « Présidence ». Le même soir, au Journal télévisé de 20h, l’armée prête allégeance à Faure E. GNASSINGBE, fils de l’autre. Les frontières sont fermées, empêchant ainsi le Président de l’Assemblée National devant assurer l’intérim comme le prévoit la constitution, de rentrer. Pour faire court, ce fut un coup d’état.

Le lendemain, le peuple, voulant en finir avec toutes ces années GNASSINGBE, se soulève et on assiste à une sanglante répression par l’armée. Pour se rattraper (légalement), la Constitution fut modifiée au Parlement plusieurs fois, afin de « légitimer » le Président imposé par l’armée. Une sérieuse mascarade, abusivement baptisée élection, fut organisée. SEM Faure E. GNASSINGBE est Président de la République jusqu’à ce jour où ces lignes sont rédigées.

Ses différents mandats ne sont de longs fleuves tranquilles. Plusieurs fois il fut contesté dans les rues, et des issues « pacifiques » sont trouvées à ces diverses crises, grâce aux multiples dialogue. Et Dieu sait que la classe politique togolaise est unie par le dialogue.

Le drame lorsqu’on accède à la Magistrature Suprême dans ces conditions, c’est qu’on passe le clair de son temps à polir son image. Au lieu d’exercer pleinement les fonctions qu’on occupe bon gré mal gré, on s’attelle à réécrire son nom en lettres de noblesse. Et ceci passe par entre autre : de grosses opérations de communication à l’international, le lobbying auprès des puissances occidentales (qui conduit l’état à prendre des positions inexplicables à l’ONU ou autres Organisations Internationales, l’octroi de marchés à des multinationales étrangères…). De l’autre côté, dans une fausse tentative d’apaisement social, on brandit la formation de gouvernements de « larges ouvertures et de grandes compétences », dont le véritable but est de s’attacher les services de quelques têtes pensantes, et leur ôter tout crédit en les privant de moyens de réaliser quoi que ce soit. On nomme désormais à des postes clefs des personnes dont les compétences font l’unanimité. Mais, n’ayant pas les coudées franches pour bosser véritablement et opérer un quelconque changement, ces personnes se retrouvent rapidement pris au piège du régime, si tant est qu’il n’ont jamais eu pour ambition de le servir.

Ainsi, vous verrez de bons magistrats à la tête du Ministère de la Justice, de bons juges à la Cour Constitutionnel, des médecins à la tête du secteur de la santé, des syndicalistes ou autres acteurs de la société civile à la tête des commissions de droits de l’homme…mais qui ne servent pas à grand-chose.

Au finish, s’opère une froide transition : de la dictature militaire, on devient une dictature intellectuelle. Cette dernière est plus dure, plus inhumaine, parce qu’en apporter la preuve est un véritable challenge.

En effet, il est plus facile de montrer des personnes tuées par balles, et les attribuer au seul détenteur d’armes qu’est l’armée, que de brandir des laissés-pour-comptes et des gens appauvris par une politique sociale inexistante. Donc, en plus d’avoir une armée en treillis, il existe une armée d’intellectuels faisant autorité dans leur domaines respectifs, vous expliquant de façon fort logique, que si vous êtes pauvres, c’est certainement de votre faute, si vous mourrez dans les hôpitaux, c’est également de votre faute, si le prix des céréales est hors de portée, c’est probablement de votre faute… En clair, L’Etat ne peut pas être responsable de tout, sinon, l’Etat n’est responsable de rien.

Il est clair qu’à un certain moment, le peuple (en tout cas une partie) veuille en finir avec cet état de choses, passer à autres choses, essayer autres choses. Mais la question est la suivante : ces diverses contestations – sporadiques – peuvent-elles aboutir à une véritable révolution ? Si oui, quel sera le rôle des médias sociaux ?

II – Le rôle des médias sociaux.

Le tribu payé par le peuple togolais aspirant à un changement de régime est très lourd. La détermination de ce peuple (en tout cas les générations précédentes) à venir à bout du régime n’avait d’égal que la volonté de ce dernier de se maintenir. Comme souligné précédemment, la forme de la dictature a changé ; les époques ont changé, et donc les moyens de luttes doivent changer. Un des moyens de lutte de jour, est Internet en général, et les médias sociaux, en particulier. Quels peuvent être leur rôle ?

A – L’éducation.

Le boom des technologies de l’information et de la communication doit être mis à profit, afin d’éduquer cette population (surtout la génération actuelle) qui ignore ses droits élémentaires. On ne nous vante que le côté ludique de médias sociaux. Nos populations sont de plus en plus connectées, consomment de plus en plus de volume de connexion. Pourquoi ne pas y apporter les bonnes informations ?

La première arme de tout régime est l’ignorance de la masse. C’est d’ailleurs pour cela que les régimes n’ont plus peur de ceux qui passent leur temps dans les invectives, les insultes. Ils redoutent les personnes cultivées et éduquées, capables de mettre à mal les raisonnements de leurs affidés.

Sous une dictature intellectuelle, on a en face des personnes éduquées et cultivées. On ne peut donc plus se permettre de slogans creux qu’on pouvait lancer à la face de militaires incultes. Il faut débattre, il faut argumenter, il faut challenger. Et ceci est impossible si on n’est pas soi-même éduqué, si on n’éduque pas la masse.

Les médias sociaux peuvent, sinon doivent être utilisés pour rééquilibrer la balance. Un conseiller économique peut vanter l’octroi d’un prêt par le FMI sur Twitter, parce qu’aucun économiste ne peut, ou ne veut le contredire pour lui expliquer l'aberration de la démarche. Un ministre peut justifier l’arrestation d’un activiste sur Facebook, sans être inquiété par un juriste capable de lui signifier le caractère arbitraire de cette arrestation.

Conclusion ? Il faut plus de blogs thématiques, capables entre autres d’expliquer des dispositions constitutionnelles, capable de disséquer le budget voté par l’Assemblée, expliquer, compléter ou attaquer les programmes politiques de divers candidats aux postes électifs ; il faut des comptes Twitter et des pages Facebook qui éduquent la population connectée sur les relations internationales, ou qui prennent position sur des faits d’actualités.

Force est de constater que cela n’est pas le cas, du Togo. Et ce n’est pas faute d’intellectuels, ou de personnes éduquées. Le silence qu’on remarque de la part des togolais sur les médias sociaux s’explique à mon sens de deux manières : la résignation et la peur.

La résignation intervient lorsqu’on s’est longuement exprimé sur la situation du pays, lorsqu’au regard des forces en présences (surtout l’opposition politique), on se rend compte que le changement n’est pas pour bientôt, que les choses ni les êtres ne sont pas prêts de changer. On se demande, à quoi bon continuer par mettre son énergie dans une lutte à l’issue incertaine ? Puis on s’impose un silence digital, ou on s’exprime sur tout sauf sur un quelconque sujet relatif au Togo. C’est le cas malheureusement de beaucoup de brillants togolais qui auraient pu faire la différence, qui auraient pu être la locomotive d’une lutte intellectuelle, mais qui aujourd’hui ne s’expriment plus publiquement sur le Togo.

La peur par contre, elle est quasi permanente, surtout chez les jeunes togolais rentrant dans la vie active. Lorsqu’on a des parents qui rappellent sans cesse le nombre de mort qu’il y a eu sous le régime, on réfléchit plusieurs fois avant de prendre publiquement position. Lorsqu’on a un petit contrat de travail, ou lorsqu’on est employé de l’administration publique, et connaissant le taux de chômage au pays, on se terre dans un mutisme pour observer la lutte au lieu d’y prendre part. Lorsqu’on est porteur de projet, ou entrepreneur, et connaissant la coloration politique de ses potentiels clients, il vaut mieux faire profil bas, et mener le premier combat, le plus difficile et le plus discret : celui de la survie.

Au-delà de tout ceci, lorsqu’on compte le nombre de mort qu’il y a, lorsqu’on connaît ou imagine la capacité de nuisance d’un régime qui veut se maintenir au pouvoir, on oublie toute envie de faire le martyr.

Dans ces conditions, les médias sociaux, comme les médias traditionnels, deviennent le terreau fertile sinon la chasse gardée de ceux qui soutiennent le régime et qui ne rencontrent aucune contradiction. De faux comptes foisonnent, et occupent l’espace. De nouveaux mot-clefs sont lancés et alimentés. A défaut d’avoir des informations pertinentes pour se forger une opinion, la population connectée n’a que les laudateurs qui font l’actualité.

L’éducation doit se faire tant sur le fond (les questions essentielles, citées plus haut) que sur la forme. En effet, quoi que l’on dise, nos populations n’ont pas cette si grande culture numérique qu’on le pense. Il faut vulgariser la chose, former les gens à l’usage optimal des médias sociaux, à la production de contenu, à l’utilisation de divers canaux (Youtube, Facebook, Twitter…).

C’est en reprenant le lead sur les médias sociaux, en remplissant la première fonction d’éducation, que ceux-ci peuvent conduire à l’autre étape :

B – La contestation.

Lorsqu’on sait ce qui est censé être fait par ceux qui sont au pouvoir, on est plus exigeant envers eux, et leur manquement et travers nous sautent plus facilement aux yeux. On a donc plus d’éléments  à leur charge. Et lorsqu’on est nombreux à faire cet exercice, la contestation vient plus naturellement.

        A cette étape, les médias sociaux peuvent servir à la planification des revendications, à leurs coordination, à leur amplification. On peut ainsi facilement alerter l’opinion sous-régionale et internationale, et avoir l’appui des organisation non-gouvernementales, ou des réseaux comme Africtivistes. Il me souvient le précieux apport des journalistes étrangers et autres activistes, durant la campagne #FaisonsLesComptes, au Togo.

        La contestation est en soi une étape très cruciale. Elle aboutit soit à un changement de situation, soit, à une révolution. Mais entre contestation et révolution, il y a un pas non négligeable :

        C – L’action.

         La contestation sans l’action n’aboutit à aucun changement notoire. Et c’est peut-être cela, la particularité togolaise. Etre nombreux à « prendre parole » sur les médias sociaux, c’est bien, mais être nombreux à descendre dans la rue, c’est encore mieux. Concrètement, si tous ceux qui font des publications sur les réseaux sociaux à grand renfort de hashtag pouvaient descendre dans la rue, il y a longtemps qu’on serait venu à bout de ceux dont on prétend vouloir se débarrasser. Les appels aux marches de protestations, les appels aux boycotts, les invitations à rester à la maison…aucune de ces mesures n’est suivie d’effet ou d’actions palpables. On finit tous par trouver le parfait argument pour faire bonne conscience :

 Sans cette étape d’action, nous assistons à une sorte de création d’un espace de liberté d’expressions illusoires. Le pouvoir en place n’est pas vraiment inquiété par ce qui pourra se dire, sur les réseaux sociaux, tant que cela ne se traduit pas en acte concret. « Tant que cela leur donne l’impression d’être libre de dire ce qu’ils veulent, laissons faire ». A la longue, le seul espace de contestation qu’on aura demeurera nos applications de téléphone, ce qui rendra encore plus facile notre musellement. Il suffit de priver le peuple d’Internet, pour le priver de tout. Le Gouvernement togolais en a donné un magnifique exemple, en coupant la connexion Internet plusieurs semaines, au cours des contestations de 2017.

Sans cette dimension d’action qui suit la contestation, il est difficile d’arriver à une révolution.

D – La révolution.

Nous avons vu plus haut, la définition de la révolution. Dans le cas du Togo, à quoi ressemblerait la révolution ?

De mon point de vue, la plus grande révolution sera celle de la mentalité. Arriver à « fouetter » le togolais dans son apathie coupable ; arriver à le sortir de sa léthargie, et le réintéresser à la chose publique. Si ce pari est gagné, on pourra aisément procéder à un renouvellement de la classe politique actuelle dans son entièreté (mouvance présidentielle comme opposition), et d’autre part, se doter d’institutions et de lois, de sorte que plus personne ne veuille ni ne puisse s’imposer par la force.

Conclusion :

Internet n’est que le reflet de notre société. Si de base, les populations sont lâches, poltronnes, les médias sociaux seront comme eux, et on ne pourra rien attendre d’eux. Et même si la population était pugnace et téméraire, le rôle des médias sociaux est et sera toujours limité, si aucune contestation n’est traduit en actes concrets, dans les faits.

La révolution est-elle possible au Togo ? Oui, elle est même inévitable. Et ce ne sera pas forcément grâce au médias sociaux. De toutes les façons, l’avenir nous le dira.

DE LA DONNÉE OUVERTE AU GOUVERNEMENT OUVERT

Maurice Thantan

Blogueur - Activiste “Open Data” et “Open Government”

Président - Association des blogueurs du Bénin AB-Bénin)

mtn@blogueursdubenin.org

Fodé Sanikayi Kouyaté

Président de l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI)

sanikayi@lahidi.org

Twitter: @sanikayi

Mamadou Diagne

Activiste "Open Innovation" et Ambassadeur Open Knowledge Sénégal

genova@dofbi.com

 

À la mémoire de Luc Nkulula

  1. Liste des abréviations

  1. Contexte

Le scandale Cambridge Analytica, en 2018, est un exemple récent qui a révélé au monde entier l’enjeu fondamental des données numériques produites en ligne. La précision des renseignements que ces données peuvent délivrer sur des personnes physiques ou morales est très étonnante. Que ce soit ce types de données ou celles collectées, produites à des fins d’usage diverses, stockées ou archivées quelque part par les administrations,  leur exploitation revêt un intérêt à la fois économique et démocratique… Les données sont devenues une ressource aussi précieuse que l’or et le diamant.

Dans la plupart des pays, les États détiennent et collectent - généralement de manière légale - plusieurs types de données sur les citoyens et leur environnement. De la même façon, les gouvernements et les collectivités détiennent des données sur les dépenses publiques qu’ils exécutent. Cependant, il est fréquent qu’ils décident de ne pas les partager avec les citoyens bien que ces données soient publiques par essence. 

Les données ouvertes ou Open Data est un mouvement qui promeut la mise à disposition pour une libre réutilisation des données publiques suivant le principe fondamental d’accès à l’information.

Ouvrir les données publiques augmente la confiance des citoyens aux institutions. Lorsqu’ils disposent d’un minimum de compétence nécessaire pour traiter et analyser des données, ils deviennent efficaces dans la veille citoyenne. Ils peuvent éclairer les gouvernants dans la prise de décision et lutter contre la corruption. Du coup, la participation citoyenne prend une nouvelle dimension qui exige l’intégrité et la transparence pour une meilleure gouvernance.

Par ailleurs, ce sont ces valeurs que promeut l’organisation multilatérale appelée Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (PGO). Les acteurs clé du PGO sont les gouvernements et les sociétés civiles qui collaborent de façon horizontale. Pour rendre les gouvernements plus redevables, le PGO place l’ouverture des données publiques au centre de son action.

Le continent africain n’est pas en marge de ces mouvements de gouvernance ouverte et de données ouvertes. Des initiatives pertinentes opèrent des changements dans plusieurs pays. C’est pourquoi le réseau AFRICTIVISTES a voulu mettre en valeur ces avancées à l’occasion de son deuxième sommet placé sous le thème: «De la Démocratie numérique en Afrique : Quel mécanisme de collaboration entre gouvernement et acteurs de la société civile ? » .

L'objectif principal de cette brochure est de donner une idée globale ou d’indiquer tout simplement la direction de ce vent qui souffle de l’extérieur et de l’intérieur du continent.      

De la donnée ouverte au gouvernement ouvert : Africtivistes

Ce travail est sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International License[34]

  1. L’Afrique et la donnée ouverte

  1. Introduction à la donnée ouverte

Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit lorsque vous entendez le mot «Open Data»? Une idée simple pourrait être: des données ouvertes. Mais "ouvert" est un mot très vague en soi. Comment définiriez-vous "ouvert"? Pourquoi avez-vous besoin de données ouvertes?

Imaginez: sur le chemin de la maison, vous tombez dans un nid-de-poule. Vous n’êtes pas content. Alors, vous commencez à vous demander qui était cet entrepreneur et quelle part de l'argent des contribuables a été investie dans cette route.

Si vous voulez vraiment savoir qui a construit cette route et combien a été dépensé pour sa construction, pensez-vous que vous seriez capable de le faire facilement? Qui demanderiez-vous? Où chercheriez-vous l'information?

Chaque année fiscale, les gouvernements africains annoncent leurs budgets. Cette information est cruciale pour l'économie nationale des pays et les moyens de subsistance pour la population. Cette annonce est diffusée très souvent à la télévision ou à la radio. La manière dont ces informations sont publiées limite l’accès et leur utilisation. Par contre, si les données budgétaires étaient également divulguées sous forme de tableurs et librement accessible via une plateforme web, ce serait plus intéressant. Car il serait possible pour les économistes ou même les personnes possédant des compétences de base en matière de traitement des données de comprendre et d'effectuer des opérations sur ces données afin de générer des informations précieuses.

Lorsque les données sont ouvertes, accessibles à tous et dans un format qui permet leurs réutilisations, elles peuvent avoir plus de valeur. Les données ouvertes peuvent être utilisées de différentes manières: dans la création d'application pour smartphones, pour des visualisations intéressantes et pour enrichir l’actualités. La réutilisation apporte de la valeur ajoutée qui crée en soi des manières de procéder ou des techniques nouvelles qui ne sont jusque-là pas imaginées.

Notre vie est guidée par les décisions que nous prenons et nous avons besoin d'information pour prendre des décisions éclairées. L'information dont nous avons besoin peut concerner tout et n'importe quoi. Par exemple, vous voudrez peut-être savoir quels services d'urgence sont disponibles dans l'hôpital le plus proche, quel est le prix standard du marché des biens que vous devez acheter etc... Cependant, l'information que vous souhaitez ne sera peut-être pas disponible, même si, dans de nombreux cas, vous avez droit à cette information en tant que citoyen.

Les données peuvent être définies comme des informations sous forme brute, pré-analysées, telles que des nombres, des mots, des images, etc. "Les données ouvertes font référence aux données mises à disposition dans un format lisible par une machine et partagées publiquement afin qu'elles soient libres d'accès, d'utilisation et de réutilisation à toute fin"

Pour l'expliquer simplement, avec l'open data:

Toutefois, en fonction de la licence de données ouvertes associées, vous devrez peut-être mentionner la source de données d'origine et partager les données et produits dérivés de ces données dans des termes identiques ou similaires à ceux des données d'origine. La disponibilité des données dans un format ouvert et réutilisable peut être bénéfique à différents groupes de personnes, d'organisations et de gouvernements. Son potentiel inexploité peut être déchaîné si les données publiques du gouvernement sont transformées en données ouvertes.

Principes des données ouvertes

[35]La Sunlight Foundation énumère dix principes utiles pour évaluer dans quelle mesure les données du gouvernement sont ouvertes et accessibles au public :

  1. Complétude
  2. Rapidité
  3. Primauté
  4. Facilité d'accès physique et électronique
  5. Lisibilité de la machine
  1. Non-discrimination
  2. Licence
  3. Utilisation des normes communes
  4. Permanence
  5. Coûts d'utilisation

Lentement, les gouvernements africains numérisent également leurs données et ont commencé à partager une certaine quantité d’information et de données collectées. Cela montre que les gouvernements veulent également favoriser les nouvelles stratégies pour établir des liens avec leurs citoyens et mener des opérations quotidiennes transparentes pour tirer profit des données ouvertes.

Quels bénéfices avec des données publiques ouvertes

Les universitaires et chercheurs peuvent également tirer des avantages directs et indirects des données ouvertes.

  1. Travailler avec les données ouvertes en Afrique

En 2012 l’ONU incitait, tous les États du monde à s’engager dans la voie de l’e-gouvernement et d’ouverture de leurs archives pour en faciliter l’accès aux citoyens. Le 19e sommet de l’Union Africaine, qui s’était tenu à Addis Abeba du 9 au 16 juillet 2012 affichait pour tous les pays membres l’ambition d’intensifier la stabilité statistique et la fiabilité des données produites pour augmenter et mesurer l’efficacité des objectifs de développement. Mais depuis 6 ans, on déplore l’absence de cadre juridique clair.

Plusieurs acteurs se mobilisent autour de la donnée ouverte en Afrique. Des États, avec le Kenya en tête depuis 2011. Ceux qui n’ont pas de plateforme propre bénéficient d’un tiroir spécifique sur le portail des archives ouvertes de la Banque africaine de développement (BAD). À côté des données des États, on trouve donc une plateforme multidimensionnelle d’une institution financière. Mais l’ouverture des données mobilise d’autres acteurs : des institutions éducatives, sanitaires, les médias et la société civile.

Puisque les données ouvertes sont encore un sujet émergent avec seulement quelques parties prenantes clés, la meilleure façon de commencer avec les données ouvertes en Afrique est de se connecter avec les organisations de la société civile, qui travaillent pour promouvoir les données ouvertes. Comme Africtivistes, Open Knowledge, CFI Medias, OpenStreetMap, RapidPro, Ushahidi, Africa Food Prices qui travaillent dans la recherche sur les politiques, le plaidoyer, la technologie, le journalisme et de nombreux autres domaines liés aux données ouvertes en Afrique. Vous pouvez les contacter pour des opportunités de collaboration, de formation, de consultation et de bénévolat.

Il existe différents types de données, qui sont beaucoup demandés en Afrique et que vous pouvez explorer, tels que des données sur l'environnement, les transports, les élections, le climat, l'économie, la législation, l'espace, la science, etc. Si vous travaillez avec des données pour vos recherches, rapports ou simplement pour l'analyse, nous vous suggérons de suivre ces 7 étapes simples pour commencer.

  1. Faites un brainstorming sur les types de données - que vous voulez ouvrir ou explorer.
  2. Recherchez les ensembles de données sur Internet, à travers les portails de données existants, les sites Web gouvernementaux ou visitez physiquement le bureau gouvernemental respectif.
  3. Une fois que vous avez les ensembles de données désirés, explorez-les - si c'est au format PDF, extrayez-le et trouvez le bon modèle en lui donnant des balises méta.
  4. Nettoyez les données extraites et analysez-les - pour cela, vous pouvez utiliser des langages de programmation comme Python et R pour faire une analyse ou une simple formule de feuille de calcul pour agréger les lignes et les colonnes.
  5. Utilisez les données de manière innovante en intégrant les données dans vos applications, en faisant des recherches ou simplement en visualisant les données pour partager les résultats.
  6. Partagez et publiez les données brutes et analysées via des sites Web, des portails de données, le stockage en nuage afin que d'autres puissent également en tirer parti.
  7. Assurez-vous de fournir une licence ouverte et une attribution à vos ensembles de données, afin que les autres utilisateurs puissent réutiliser et ajouter de la valeur aux données créées sans restrictions.

Veuillez noter que beaucoup de pays en Afrique n'ont pas une politique de licence sur les données. La plupart des lois portant droit d’accès à l’information publique ne consacrent pas le droit de réutilisation. Une bonne partie des données publiées par les gouvernements sont «Tous droits réservés», ce qui signifie que les utilisateurs doivent demander l'autorisation du fournisseur de données respectif avant de le réutiliser. Donc, si vous réutilisez des ensembles de données, il serait préférable de vérifier la licence ou de demander la permission au fournisseur de données.

  1. Quelques sources de données ouvertes en Afrique

Sources de données recommandées

  • Organisations
  • Banque Africaine de Développement : http://dataportal.opendataforafrica.org/?lang=fr
  • World Bank Group : https://data.worldbank.org
  • United Nations Statistics Division : http://data.un.org
  • Pays
  • Afrique du Sud : http://data.gov.za
  • Burkina Faso : http://data.gov.bf
  • Kenya : http://opendata.go.ke
  • Maroc : http://data.gov.ma/fr
  • Sierra Leone : http://opendata.gov.sl
  • Tanzanie : http://www.opendata.go.tz
  • Uganda : http://catalog.data.ug
  • Autres sources de données
  • Open Africa : https://africaopendata.org
  • The Humanitarian Data Exchange : https://data.humdata.org
  • Regional Strategic Analysts and Knowledge Support System : http://www.resakss.org

  1. Publication de données en Afrique

Puisque beaucoup de pays d'Afrique n'ont pas de politique de données ouvertes et de portail, les différents organismes de gouvernements Africains publient et partagent des données par le biais de leurs sites Web existants. Cependant, la plupart des ensembles de données publiées sont très souvent dans le format PDF qui n'est donc pas lisible par une machine.

Si vous travaillez avec des données d'Afrique et que vous souhaitez publier ces données que vous avez collecté ou analysé, nous vous proposons trois méthodes différentes de publication de données :

  1. En utilisant votre propre site Web - vous pouvez créer un espace séparé pour les données sur votre site Web, où vous pouvez partager les données.
  2. Publication indépendante: vous pouvez utiliser les outils et les espaces de cloud existants tels que Github, Google Drive, DropBox, etc.
  3. Portails de données existantes - vous pouvez utiliser les portails de données comme ... et Open Knowledge Data Hub, gérés par des organisations de la société civile en Afrique pour la publication et le partage.

Comme mentionné précédemment, pour que vos données soient ouvertes, assurez-vous de fournir une licence ouverte et une attribution à vos ensembles de données, afin que les autres utilisateurs puissent réutiliser et ajouter de la valeur aux données créées sans restrictions.

Support de publication recommandé

  • Portails de données existants
  • Open Africa : https://africaopendata.org
  • DataHub : https://datahub.io
  • The Humanitarian Data Exchange : https://data.humdata.org
  • OpenStreetMap :         https://www.openstreetmap.org
  • Milieu indépendant
  • GitHub : http://github.com
  • Google Drive : http://drive.google.com
  • DropBox: http://dropbox.com

  1. Histoires de données ouvertes en Afrique

  1. La Banque africaine de développement

La Banque africaine de développement (BAD) est sans doute le plus grand acteur des données ouvertes en Afrique. Toutes les recherches d’archives, dans n’importe quel domaine, concernant n’importe quel pays africain aboutissent à sa plateforme Open Data for Africa de données ouvertes nommée Autoroute Africaine de l’Information (AIH, en anglais)[36]. Elle a été construite et mise en ligne en décembre 2011. Elle comporte des archives publiques des 54 pays du continent et de 16 organisations régionales africaines. Le catalogue type de chaque pays est constitué des items suivants :

  • Agriculture
  • Budget
  • Business
  • Marchandises
  • Démographie
  • Éducation
  • Environnement
  • Taux d'échange
  • Les engrais
  • Commerce extérieur
  • Le genre
  • Santé
  • Infrastructure
  • Travail
  • Conditions de vie
  • Migration
  • Mortalité
  • La pauvreté
  • Évaluations
  • Urbanisation

Cette plateforme donne la possibilité aux pays africains et, éventuellement, aux partenaires internationaux au développement, dont le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Commission de l’Union africaine (CUA) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) d’adresser tous leurs flux de données à la BAD.

  1. Burkina Faso

Au même titre que le Kenya et la Sierra Leone. Le Burkina Faso est un acteur-clé de l’Open Data publique. Il constitue d’ailleurs le seul pays de l’Afrique francophone à s’être lancé dans la compilation, l’organisation de ses archives publiques et l’ouverture d’un portail y donnant accès. Il comporte 157 jeux de données, 30 organisations, 14 groupes et 12 thèmes. C’est l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et des télécommunications (ANPTIC) qui mène à bien ce projet en tirant parti de plus d’une décennie de travail de numérisation des archives publiques. Mais elle a bénéficié surtout des résultats de plusieurs milliards d’investissement dans les TIC consentis par le gouvernement burkinabè afin d’encourager leur meilleure appropriation. L’Agence nationale de promotion des TIC auprès des citoyens a promu l’intégration et l’utilisation du numérique dans tous les secteurs et au premier chef dans l’administration publique. Elle a d’ailleurs développé un certain nombre de projets novateurs comme le cloud privé de l’administration ou G-Cloud censé constituer un outil pour la formation continue et le renforcement des capacités des agents de l’État. Un backbone national, un point d’atterrissage virtuel, un Datacenter, un Call Center et un Technopole sont les autres innovations majeures qui ont favorisé la numérisation des données. On peut évoquer la plateforme d’e-conseil des ministres, un outil de collaboration électronique entre les membres du gouvernement et leurs proches collaborateurs qui gère les processus administratifs liés aux réunions gouvernementales hebdomadaires, depuis la production et l’assemblage des dossiers dans les départements ministériels à leur archivage, en passant par leur traitement et leur adoption en conseil des ministres.

  1. Ushahidi

Ushahidi (témoignages en swahili). Cette plateforme est majoritairement dédiée aux questions humanitaires. Ushahidi permet dans ce cas de collecter toute information qui pourrait être utile pour surveiller l’évolution des crises humanitaires, la recrudescence des violences conjugales ou le développement d’une épidémie. Mais il est également possible d’y collecter d’autres types d’informations concernant les transports, la santé, l’éducation, les fraudes électorales, les risques urbains… Elle avait été créée par Ory Okolloh, avocate, au lendemain des violences postélectorales qui ont endeuillé le Kenya en 2007-2008 pour rassembler et conserver les données que la population transmettait aux gestionnaires sur les élections et les violences et, de traiter, d’autre part, les témoignages envoyés par GSM ou SMS par les citoyens pour ensuite les géolocaliser sur une carte interactive.

  1. L’Afrique et le “Gouvernement Ouvert”

  1. Introduction au “gouvernement ouvert”

Quand on aborde le concept de gouvernement ouvert, il faut nécessairement adopter une démarche pédagogique. Étant donné qu’il s’agit encore d’un sujet nouveau dans le monde et particulièrement en Afrique. Le concept de Gouvernement ouvert doit être largement expliqué et vulgarisé. Car, si le grand public, ou, tout au moins, certains acteurs clés comme les médias, la société civile et les gouvernements eux-mêmes ne comprennent pas son intérêt, il serait difficile de le faire avancer sur le continent.

Pourtant, à l’heure où le numérique est vanté sur le continent comme une chance et un moyen qui révolutionne notre quotidien, il ne faut pas perdre de vue ces implications en matière de bonne gouvernance et de renforcement de la démocratie. Le “gouvernement ouvert”, allie parfaitement l’opportunité du numérique au renouvellement des principes de démocratie pour renforcer la responsabilité des pouvoirs publics. Les CIVITECH se créent un peu partout en Afrique pour matérialiser ces objectifs.


Le Gouvernement ouvert (ou Open Government en Anglais) se définit comme une doctrine de gouvernance qui vise à améliorer l'efficacité et la responsabilité des pouvoirs publics quel que soit le régime de gouvernance. Favoriser la transparence de l’action publique et donner aux citoyens, grâce au développement du numérique et à l’ouverture des données publiques ("open data"), les moyens de contrôler, superviser et prendre part aux décisions gouvernementales et locales. Tels sont les objectifs du gouvernement ouvert ("open government").

Trois éléments fondamentaux que nous allons voir plus loin ressortent de ces objectifs : la transparence, la participation citoyenne et la collaboration. A ces éléments, il faut, bien sûr, ajouter le dénominateur commun que constitue les technologies du numérique.

L’usage des technologies numériques est fondamental car la doctrine du gouvernement ouvert est fortement inspirée de la philosophie du mouvement du logiciel libre d'où l'utilisation de licences libres pour les données ouvertes et la recommandation d'utiliser des logiciels libres.

En fait, le concept de gouvernement ouvert a pris forme aux États-Unis en 2009, quand le président américain Barack Obama, nouvellement élu, a lancé "l’Open government Initiative"[37], engageant le gouvernement et ses agences à travailler avec les citoyens de manière transparente, participative et collaborative. C’est en septembre 2011 que huit pays fondateurs (Brésil, Indonésie, Norvège, Philippines, États-Unis, Mexique, Royaume- Uni, Afrique du Sud) mettent en place une alliance internationale pour formaliser cette nouvelle dynamique.

Cette organisation est appelée le Partenariat pour un gouvernement ouvert (Open Government Partnership ou OGP) qui naquit il y a sept ans, dans le but d’améliorer le fonctionnement de la démocratie des pays qui ont signé son acte de naissance. En 2018, le Partenariat compte 75 pays membres, des collectivités locales ainsi que des organisations de la société civile. Son cinquième sommet mondial aura lieu du 17 au 19 juillet 2018 à Tbilissi en Georgie. Le Partenariat s’attache, au niveau international, à promouvoir la transparence de l’action publique et la gouvernance ouverte, à combattre la corruption, à exploiter les nouvelles technologies et le numérique pour renforcer la gouvernance publique, promouvoir l’innovation et stimuler le progrès.

Reprenant les valeurs du gouvernement ouvert, le partenariat a établi des règles stricts aux Etats qui souhaitent adhérer à l’organisation. Ces critères sont au nombre de quatre :

Un “Index”[38] régulièrement mis à jour renseigne sur l’éligibilité” des Etats et gouvernements.

L’une des particularités du PGO est la collaboration accrue entre société civile et gouvernement qui gèrent ces instances de façon paritaire. Les gouvernements membres élaborent un Plan d’Action National qui définit des engagements clairs qu’ils doivent remplir sur une période de trois ans.

L’Afrique demeure le continent le moins représenté au sein du Partenariat. En 2011, seule l’Afrique du Sud représentait le continent parmi les huit membres fondateurs. En 2018, le partenariat ne compte que 10 pays africains sur un total de 75 membres. A noter qu’en 2017, la Tanzanie s’est retiré unilatéralement du mécanisme.


Le Partenariat pour Gouvernement Ouvert (PGO) en Afrique

  1. Les Etats champions et les leçons apprises

Un seul pays africains parmi les  11 membres fondateurs du Partenariat pour un gouvernement ouvert. Il s’agissait de l’Afrique du Sud. Dans les années qui ont suivi des pays comme le Kenya (2011), le Ghana (2012) ou encore la Sierra Leone (2013) les ont rejoints. En tant que tels, il sont les pionniers sur le continent en la matière. Plusieurs leçons peuvent être tirées de leur expériences pour servir aux autres Etats et gouvernements .

Il serait intéressant d’explorer les bénéfices pour les Etats comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya et la Tunisie.  Historiquement, ce sont quelques uns des plus anciens membres du PGO sur le continent et ont l’avantage d’avoir déjà implémenté au moins un plan d’action national. Leur choix tend également à respecter un équilibre à la fois sous régional et linguistique.

Membre historique du PGO, l’Afrique du Sud était le seul pays africain parmi les membres fondateurs du partenariat multilatéral. En sept années d’appartenance au PGO, l’Afrique du Sud a fait de nombreux progrès en matière d’accès à l’information, de reddition de compte des pouvoirs publics et de transparence, notamment en matière budgétaire.

Le pays qui, à partir de  2019, devrait se doter de son quatrième plan d’action national a pris de nombreux engagements qu’il respecte progressivement. Au fil des années, et en respect des engagements pris, l’Afrique du Sud s’est doté d’une plate-forme de données ouvertes pour assurer l’accès du public à l’information. Le pays s’est engagé, dans son troisième plan d’action national, d’institutionnaliser la veille citoyenne[39] pour encourager la participation citoyenne, la redevabilité des pouvoirs publics mais aussi pour mettre à contribution les technologies de l’information et de la communication pour “l’ouverture et la redevabilité.”

L’une des réussites notables de l’Afrique du Sud est sans doute l’élaboration et la mise en oeuvre d’un cadre de responsabilisation des fonctionnaires publics vis à vis des communautés qu’ils servent. En se basant sur un principe ancestrale du pays connu sous le nom de “Batho Pele” (Le peuple d’abord en langue Sotho), l’Afrique du Sud a construit un mécanisme qui fait en sorte que les fonctionnaires rendent des comptes au public et aux collectivités qu'ils servent. “Le Batho Pele est un moyen délibéré d’autonomiser tous les individus pour qu’ils participent efficacement à la gestion des affaires publiques et jouissent des avantages de la citoyenneté”.[40]

La transparence budgétaire[41] a été l’un des tout premiers engagements pris par l’Afrique du Sud dans son premier plan d’action national dès 2012. Le a réussi à accroître la participation de la société civile à toutes les étapes du processus budgétaire dans toutes les sphères de gouvernement. La démarche permet d'améliorer la réalisation progressive des droits socio-économiques et de permettre aux citoyens de suivre les dépenses publiques. Elle permet aussi aux citoyens de planifier et d'informer les priorités stratégiques du budget, assurant ainsi la transparence, la responsabilité et l'engagement des citoyens à chaque étape du processus.

Le Ghana a rejoint le PGO en 2012. En 2018, le pays en est déjà à son troisième plan d’action national qui arrive à expiration en 2019. Durant ces six dernières années, le Ghana  a pris et respecté des engagements en cohérence avec les valeurs du “gouvernement ouvert”. Parmi eux, on peut relever  :

Le Kenya a adhéré au PGO en 2011 et est en train de mettre en oeuvre son troisième plan d’action national. Les engagements vedettes du Kenya sont relatifs à la transparence des résultats électoraux et l’intégrité du système judiciaire du pays. Ces sept dernières années, la participation au Partenariat pour un Gouvernement a permi au Kenya de faire des progrès en matière de transparence électorale.

Ainsi, la promotion de la transparence et la responsabilité dans la gestion des élections en rendant disponible en ligne le registre des électeurs, la constitution et les informations sur les frontières en ligne ont permi d’améliorer la transmission des résultats électoraux par les technologies de l’information et de la communication et les rendre disponibles en format ouvert.

Dans la même logique, le Kenya dispose d’une plate-forme de données ouvertes les plus aboutis sur le continent africain[43].


La participation citoyenne au processus d’élaboration du budget dans le cadre de l’ouverture des données budgétaires, la participation citoyenne à la définition des politiques publiques, la publication des revenus du gaz et du pétrole, la transparence des contrats publics sont d’autres engagements pris et respectés par le Kenya dans le cadre de l’OGP. Ceux-ci l’ont été à travers différents mécanismes et ont été revus par le Mécanisme indépendant d’évaluation du PGO
[44].

Le Kenya est également très focalisé sur l’e-gouvernement afin de délivrer des services publics aux citoyens par les technologies du numérique.

La Tunisie a rejoint le PGO en 2014, portée par les aspirations démocratiques ayant émergé de la Révolution de Jasmin. Elle est en train de mettre en oeuvre son deuxième plan d’action national qui arrive à terme en 2018.  L’e-gouvernement, la délivrance des services publics, la transparence et la responsabilisation des pouvoirs publics sont les thématiques phares que le gouvernement tunisien développe dans le cadre de sa participation au sein du PGO.

En quatre années de participation, le pays a fait d’énormes progrès par la prise d’une quarantaine d’engagements qu’il essaie de respecter. Dans cette logique, la Tunisie a dématérialisé de nombreuses démarches administratives, une plate-forme de données ouvertes a été développée, la participation citoyenne dans les prises de décision a été développée.

Le pays s’est engagé, au titre de son premier plan d’action national, qui a déjà été revu par le mécanisme d’évaluation indépendant, à se doter d’un arsenal juridique de lutte contre la corruption[45] qui inclut une loi de protection des lanceurs d’alertes, une loi sur la publication des avoirs et revenus des élus et des hauts responsables de l’administration, une loi sur l’enrichissement illicite, etc.

Au total, le pays a pris un nombre record de 20 engagement au titre de son premier plan d’action national. Ces différents engagements se sont traduits, pour beaucoup, en des actes tels que l’adoption de lois, la mise en place de processus dématérialisés à l’endroit des citoyens, la mise en place de plate-forme de données ouvertes, etc.

Au titre de son deuxième plan d’action national, la Tunisie a pris 15 engagements. Parmi ces engagements, il y a celui de développer une plate-forme intégrée de recensement électronique sur les pétitions civiles et la corruption,  développer un mécanisme qui favorise le dialogue avec les jeunes afin de les impliquer dans les choix de politiques publiques, améliorer l’accès aux archives, améliorer la transparence et l’ouverture au niveau des collectivités locales.

  1. Le cas des pays francophones

Le cas des pays francophones est particulièrement à étudier pour plusieurs raisons. D’abord, ils sont les moins représentés au sein du PGO vu du continent africain. Ensuite, le rôle de la France est particulièrement important dans l’intérêt que certains pays (dont quelques uns ont adhéré) ont commencé à porter au mouvement du gouvernement ouvert. Enfin, les perspectives pour ces pays s’annoncent positives vu l’enthousiasme qui entoure le sujet dans certains pays et le rôle de plus en plus important que jouent les organisations de la société civile sur le sujet.

Sur les 10 pays africains membres du PGO en 2018, seuls quatre sont francophones. La plupart d’entre eux ont rejoint le partenariat à partir de 2015, à l’exception de la Tunisie qui, portée par les aspirations démocratiques issues de la révolution de Jasmin a fait le pas un an plus tôt. Comparativement aux pays anglophones, les Etats francophones s’intéressent timidement au PGO, grâce en partie, au leadership de la France, qui a co-présidé le PGO entre 2015 et 2017.

La co-présidence française du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert a permis de faire avancer le sujet au sein des pays francophones d’Afrique. A travers plusieurs de ces agences de coopération, la France continue de contribuer à promouvoir le gouvernement ouvert dans les pays francophones du continent. Cette action s’illustre par bien des programmes comme Open Data Médias (mis en oeuvre par CFI Médias) ou l’appui d’Etalab[46] à la Conférence d’Afrique francophone des données ouvertes[47] (Cafdo) qui  a tenu sa première réunion en juin 2017 à Ouagadougou au Burkina Faso.

L’un des objectifs de la France durant sa co-présidence du Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO) a, en effet, été d’élargir le partenariat à de nouveaux pays, notamment des pays francophones. L’adhésion au PGO est à la fois une reconnaissance des efforts des pays en faveur d’une plus grande transparence, et un engagement à poursuivre cette dynamique d’ouverture, avec et pour la population. Adhérer au PGO, c’est également s’intégrer dans un réseau mondial de réformateurs de l’action publique ayant déjà expérimentés un certain nombre de réformes et d’outils innovants qui touchent tous les domaines de la vie publique et du développement durable : intégrité des agents publics, lutte contre la corruption, transition écologique, participation citoyenne etc.

Après sa co-présidence, la France continue d’appuyer les pays francophones dans la mise en œuvre des principes de transparence de l’action publique et de participation citoyenne. L’Agence française de développement a ainsi lancé le Projet d’Appui aux Gouvernements Ouverts dans les pays en développement Francophones (PAGF). Ce projet vise à améliorer la gouvernance de plusieurs pays francophones, membres du PGO ou proches de l’éligibilité, en les accompagnant dans la mise en place de processus institutionnels et de cadres de concertations respectueux des principes du gouvernement ouvert.

Le Plan d’action national (2018-2020)[48] de la France inclut, par exemple, des actions à l’endroit des pays francophones. L’engagement N°16 de ce plan est intitulé “Accompagner la mise en oeuvre des principes de transparence et de participation citoyenne à l’international”. Cet engagement s’adresse essentiellement aux pays francophones d’Afrique à travers plusieurs actions menées par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ainsi que par l’Agence française de développement (AFD).

Quelques pays francophones comme le Sénégal, la République de Guinée et le Madagascar ont manifesté leur intention d’adhérer au Partenariat pour un Gouvernement Ouvert soit de façon officielle ou par l’engagement des acteurs de la société civile. Mais, excepté le Sénégal qui remplit déjà les critères d’adhésion, la Guinée et le Madagascar ne sont pas encore éligibles.

La Côte d’Ivoire est membre du PGO et elle vient d’engager son nouveau Plan d’Action National.

  1. Pourquoi choisir le “gouvernement ouvert” ?

Des objectifs poursuivis par le mouvement du gouvernement ouvert, trois éléments fondamentaux ressortent à savoir la transparence, la participation citoyenne et la collaboration. Dans chacune de ces valeurs se trouvent des intérêts évidents pour les peuples et les gouvernements africains souvent confrontés à des contestations politiques résultant des crises de confiance.

Le PGO est un moyen d’instaurer la confiance entre les citoyens et les politiques. Par exemple, la publication des données publiques dans le cadre d'une stratégie de données ouvertes, ou par l'utilisation de logiciels libres par l'administration permet aux gouvernements de lutter contre la corruption. Cette pratique favorise aussi le contrôle citoyen de l’action publique (veille citoyenne) nécessaire pour le renforcement de la démocratie.

Cela répond également au respect du principe de l’accès à l’information du citoyen, principe fondamental de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et repris dans la plupart des textes de lois fondamentales des Etats démocratiques. La transparence procède aussi de l’ouverture de la commande publique, de la publication des avoirs et revenus des hauts fonctionnaires et élus ainsi que la publication des ressources tirées des ressources minières et des dépenses publiques.

Le mouvement du gouvernement ouvert incite les gouvernements à consulter et à écouter les citoyens pour la prise des décisions en mettant en place des canaux de communication avec eux. Cette consultation est particulièrement nécessaire dans les choix gouvernementaux relatifs aux grands projets, aux actions qui induisent des risques collectifs ou encore en matière de démocratie locale notamment dans le cadre de la décentralisation. D’un autre point de vue, cette participation nécessaire peut encore prendre la forme du contrôle citoyen de l’action publique.

La collaboration avec les composantes de la société civile pour une meilleure efficacité des modes de gouvernance est l’un des fondamentaux du gouvernement ouvert. La co-construction vise à mettre le citoyen au coeur des choix qui sont opérés pour lui. Les gouvernements qui s’engagent dans le processus PGO doivent tenir compte de la parité entre société civile et gouvernement dans toutes les instances.

  1. Le rôle de la société civile

Le gouvernement ouvert vise à donner aux citoyens de nouveaux moyens pour participer à la vie publique. En tant que tel, il appelle à un rôle important des organisations de la société civile étant donné que des citoyens  sont rarement appelés, à titre individuel, à porter leur voix

dans les mêmes sphères de décisions que les pouvoirs publics.

La réussite de tout processus d’ouverture du gouvernement est étroitement lié à la confiance entre le gouvernement et les organisations de la société civile. Le modèle de fonctionnement du PGO même est fondé sur ce bipartisme permanent fondé sur la confiance et le dialogue. Si l’on admet que les exécutifs sont, généralement, des structures bien établies, et jouissent d’une légitimité conféré par le suffrage universel, les organisations de la société civile, malgré l’importance de leur rôle doivent démontrer leur légitimité. D’où l’intérêt pour les OSC de comprendre et de jouer convenablement leur rôle dans le processus de participation au PGO.

Généralement, l‘action de la société civile est permanente et transversal dans les pays. Les organisations de la société civile sont, souvent les premiers acteurs à inciter ou à accompagner les gouvernements à aller vers le Partenariat pour le Gouvernement Ouvert. C’est le cas par exemple au Bénin ou en Guinée.

Dans le premier pays, bien que le gouvernement ait manifesté son désir de rejoindre le partenariat en 2015[49], ce sont des organisations de la société civile comme l’Association des blogueurs du Bénin[50] ou Social Watch Bénin qui continuent de mener le plaidoyer pour la concrétisation de ce voeu. En Guinée, depuis plus d’un an, l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI) mène des plaidoyers et travaille étroitement avec l’exécutif pour faire adhérer le pays au PGO. En décembre 2017, le Premier Ministre guinéen a créé un comité interministériel pour l’adhésion de la Guinée au gouvernement ouvert.

Lorsque les pays finissent par adhérer au Partenariat, les OSC sont sollicités ou mis à contribution pour passer des engagements aux actions. Au Burkina Faso, par exemple, les organisations de la société civile ont joué un rôle fondamental dans la rédaction du premier plan d’action du pays qui a officiellement adhéré au PGO en 2016. L’autre enjeu est relatif au maintien des Etats et gouvernements dans le Partenariat. Car, contrairement à d’autres mécanismes, le PGO se fonde sur la volonté des Etats et contribue à sécuriser et concrétiser leurs engagements. En 2017, par exemple, la Tanzanie a décidé de quitter le partenariat après plusieurs années de participation. Une décision qui, aux yeux de certains acteurs locaux, “heurte les aspirations des Tanzaniens”[51].

De fait, les organisations de la société civile ont besoin de dispositions particulières pour répondre de façon efficace ces différentes attentes. D’abord, elles doivent s’approprier les valeurs et principes du “gouvernement ouvert”. Étant un sujet relativement nouveau dans le monde et en Afrique, les organisations de la société civile, historiquement engagées dans la promotion de la bonne gouvernance n’ont pas toujours les moyens nécessaires pour être des interlocuteurs pertinents sur le sujet. A ce propos, elles ne doivent pas hésiter à travailler avec de nouveaux acteurs telles que les associations de blogueurs, les collectifs de développeurs, les adeptes des logiciels libres, et autres associations similaires.

La méthode doit suivre ce premier élément. S’il est difficile de convaincre les gouvernements à faire de nouveaux choix de transparence notamment dans un contexte où l’information publique demeure secrète, il faut s’y prendre de façon méthodologique pour être le plus efficient possible. Cela passe par la définition des objectifs réalistes et atteignables à court et moyen terme. Les organisations de la société civile doivent aussi montrer beaucoup de volontarisme et s’appuyer sur un lobbying intelligent pour enclencher et maintenir le dialogue avec les gouvernements.

Enfin, dernière considération importante, il faut s’inspirer des exemples qui ont réussi ou qui réussissent sur le continent. Il y a beaucoup à apprendre de l’expérience des 10 pays africains actuellement membres du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert. Y compris de la Tanzanie qui s’est retirée. Cette démarche d’apprentissage a un double avantage : elle permet de gagner du temps en tirant profit à la fois des forces et faiblesses des exemples suivis. Elle a aussi l’avantage de s’appuyer sur un modèle existant et de léguer aux autres potentiels demandeurs un schéma amélioré.

  1. Perspectives et Recommandations

D’une façon générale, le gouvernement ouvert a encore du chemin à parcourir en Afrique. Dans un contexte où seuls 10 pays sur 54 sont membres du PGO, il est encore un chantier à ses débuts. De fait, le continent se présente comme une sphère à explorer. L’engagement de certains pays, poussés par des organisations internationales, les représentations diplomatiques, les organisations de la société civiles locales ou autres partenaires bilatéraux, devrait aussi contribuer à changer de paradigme les prochaines années.  Les recommandations iront à l’endroit de plusieurs acteurs.

Les gouvernements des pays africains membres et non membres du Partenariat pour un Gouvernement ouvert, les organisations de la société civile, les partenaires techniques et financiers et les médias sont les principaux acteurs concernés

Les valeurs que promeut le Partenariat pour un gouvernement ouvert, les critères de son adhésion ainsi que sa méthodologie à la fois participative et indépendante sont des éléments qui correspondent aux idéaux d’organisations comme Africtivistes qui militent pour la démocratie et une meilleure gouvernance dans les pays africains.

Les gouvernements doivent faire de l’accès à l’information publique leur première priorité. Bien que ce droit soit consacré par la Charte africaine de la jeunesse et garanti par la plupart des constitutions, il est nécessaire d’adopter une loi spéciale qui définit les modalités d’exercice. Et ce n’est pas suffisant. Une telle loi ne changera rien si elle ne prévoit pas de sanctions à l’encontre des contrevenants et une procédure souple pour permettre aux citoyens de faire valoir leur droit.

Le rôle des organisations de la société civile est fondamental dans la mise en oeuvre du gouvernement ouvert dans les pays. Elles doivent s’approprier les principes et la méthodologie du mouvement, se doter d’une méthodologie pour maintenir un dialogue permanent avec les gouvernements. Les organisations de la société civile doivent se mettre à l’avant-garde pour encourager les gouvernements et Etats qui ne sont pas encore membre du PGO à entamer leur processus d’adhésion.

Les organisations de la société civile doivent également se rendre disponibles pour entamer le dialogue avec les gouvernements. Elles doivent veiller au respect des engagements pris par les gouvernements en établissant des mécanismes d’évaluation indépendants.

Les médias peuvent appuyer le plaidoyer des organisations de la société civile dans les pays où des actions sont menées pour appeler à l’adhésion du gouvernement. Ils doivent aussi participer au contrôle en veillant au respect des engagements pris par les gouvernements lorsque ceux-ci ont adhéré au PGO.

Des ressources pour aller plus loin :

Le Partenariat pour un gouvernement offre plusieurs ressources pour faciliter la tâches aux diverses acteurs qui veulent mieux comprendre le gouvernement ouvert :

Profils

Liens

Journalistes

https://www.opengovpartnership.org/resources/journalist

Acteurs de la société civile

https://www.opengovpartnership.org/resources/civil-society

Gouvernements

https://www.opengovpartnership.org/resources/government-legislature

Universitaires/Chercheurs

https://www.opengovpartnership.org/resources/researcher


EDUCATION TO CITIZENSHIP: WHO ORGANISES PUBLIC DEBATE? HOW CAN IT BE CLEANSED? HOW CAN WE MAKE IT PERTINENT?

by Kevin Eze


As I am writing this keynote, a reportage on Senegalese students protesting against their government is featured as a headline on Euronews. Hungry citizens of Senegal, students of the University of Saint Louis, in northern Senegal, in mid-May bumped into the university cafeteria, refusing to pay for food served them due to non-payment of their bursaries. Panicky, the university’s rector called in the gendarmerie to secure the arena. Confronted by the students, the gendarmerie shot bullets at them, killing one. The death ignited a wave of protests across universities in Senegal, students calling for the resignation of the minister of education, the interior minister, and the finance minister for unpaid bursaries. Universities that could have become seedbeds of education to citizenship became theatres of violent street actions, students fighting with stones and stubs, the police responding with teargas.

Similar scenes of political street actions are not rare in Africa. Since 2017, we have seen recent scenarios in South Africa leading to the fall of Jacob Zuma; in Paul Biya’s English-speaking Cameroon; Yoweri Museveni’s Uganda; Eyadema’s Togo; and Robert Mugabe’s Zimbabwe, leading to his unexpected resignation after thirty-seven years amid a military-led coup. What is rare in Africa is adequate education to citizenship, and a fitting public debate to shape it.

But what is citizen and citizenship? A citizen is a member of an organization, the city. Citizens are those who have in common their unique city.[52] The citizenry is therefore the people, the electorate of a given city. Adequate training to critically literate citizens, the millennial struggle of many advanced countries, requires a holistic approach. Maths, science and technology are important, but are not enough. Facilitating access to increased citizen competency also requires the adoption of the rules of life in society and of democratic institutions; engagement, cooperation and solidarity; and contribution to a culture of peace. In this keynote I will speak about education to citizenship and how a pertinent public debate helps achieve it—without which democracy fails. I will look at three questions: Who organizes public debate in Africa? How can it be cleansed? How can we make it pertinent?

WHO ORGANIZES PUBLIC DEBATE IN AFRICA?

Political and economic crises typically encourage new avenues for thinking a reordering of society. This is because they open up spaces in the realm of discourse due to the discrediting of ‘the establishment’ and its systems of thought.[53] Currently in Africa, three actors are driving public debate: (1) the ruling party and their faction using radical discourse to maintain power; (2) the media, driving political communication, state-owned and independent, and (3) the citizens, changing from passive to active. Let us quickly examine each of these actors.

The ruling party as driver of public debate: three case studies

Three case studies on the debate on ‘leaders for life’ syndrome illustrate how the state drives public debate:            

Zimbabwe. Once one of the continent’s richest nations, Zimbabwe tumbled under Mugabe to a place of chronic underdevelopment with a long-struggling economy. Mugabe’s alleged misuse of federal funds was linked to underfunded or dysfunctional government departments and programs. In the wake of a slew of constitutional amendments granting Mugabe broad power, the country experienced drops in life expectancy and per capita income between 1990 and 2005, as well as a notable decline in its ranking on the UN Development Program’s Human Development Index (HDI). For thirty-seven years, public debate in Zimbabwe was staged by Mugabe and his cronies, and his legacy will take years to overturn.

         Democratic Republic of Congo (DRC). Under the three-decade-long dictatorship of Mobutu Sese Seko, the DRC suffered from gross corruption, embezzlement, and neglect of public infrastructure. An economy based almost exclusively on extraction of the nation’s mineral wealth deteriorated as Mobutu forced out foreign-owned companies and embezzled government funds. Laurent Kabila overthrew Mobutu in 1997, but was assassinated in 2001; his son, Joseph, succeeded him, amassing a fortune and disregarding the provision of services to Congolese citizens. A war in the country’s east, considered the world’s deadliest conflict since World War II, has continued under his presidency. No one is sure of President Joseph Kabila’s intent.

Sudan. Omar al-Bashir came to power in 1989 after a military coup ousted the democratically elected prime minister. He has remained in office ever since despite allegations by international and domestic observers of widespread electoral irregularities and fraud. He presided over a decades-long civil war that ended with the south seceding to become the new state of South Sudan. Bashir was indicted by the International Criminal Court in 2009 on charges of war crimes and crimes against humanity for involvement in attacks on civilian groups in Darfur. All debate in Sudan is centred around President al-Bashir.

The media as facilitators of public debate

In the advanced countries, the media take on the role of the fourth power. They control those in power and report to the citizens. The media is dependent on the supply of information from politics, while politicians are dependent on the media conveying their message to the electorate.[54] This dependency is not possible in Africa where some countries possess ‘state-owned media’. The media represent the second cornerstone in the public debate triangle. They act as intermediaries between the parties and their message on the one hand, and the electorate as the recipients on the other. In addition to this mediating role, they also convene public debate through active communication, e.g. in the form of political commentary or editorials, or through targeted questioning in interviews with representatives of political parties and representative of the government, with whose help they control the quality of their debate.

        The African media as facilitators of public debate faces two key challenges: independency and transparency. It is alleged that the African media too has become saturated with ‘alternative facts’ and ‘fake news’, and run the risk of becoming mired in the service of ideological and political echo chambers.[55]

The citizens as new organizers of public debate

The citizens themselves complete the triangle of political debate organizers, in the first instance merely as passive recipients. Formerly, their communication occurs only on the micro-level, when discussing politics and attempting to convincingly convey specific opinions. Since the advent of ‘Youth-led movements’[56], this passive recipient position has changed over the last few years on account of interest groups in civil society (some of which are more strongly anchored than others), strengthening organized public participation. The expansion of popular culture[57], and of the Internet (in particular Web 2.0) and mobile telecommunications in Africa at the beginning of the millennium has significantly altered this communication structure.

The original structures have shifted from a “top-down approach” to a polycentric communications system. Thus, it can be said that political communication by the population is greater today that the mere expression of will in polls. The new technologies have promoted citizens’ position to that of equal partners in the public debate structure.

HOW CAN PUBLIC DEBATE BE CLEANSED?

Need to move beyond factional battles

All our debate currently does is undermine the potential for a vibrant public debate and function as rhetorical cover for efforts at erosion of state intervention as a means of correcting the depravities of government. Responding to this, it is easy for those in the X faction to make cynical evidence-barren critiques of one current order through shallow reference to “economic failures” and “political corruption.” In other words, our public debate around political economy has not been a meaningful one – it currently only functions to wage factional battles. If we are to move beyond this, and counter the X faction’s kleptocratic politics, the countries desperately need an open and honest exchange of ideas between a new generation of discussants versed in the burning issues of the day and its older generation. Without this, opponents of X and his cronies give all the rhetorical space to the X faction to make cynical and successful use of opportunistic debates to maintain power.

Need to diversify topics

All talk has been political talk. But citizenship is not just about politics.[58] What about economic diversification in our countries? What about food sustainability? And education of our booming population (a quarter of the world by 2050)[59]? Urban planning (cities without slums)? Industrialization (to stop being dependent on importation)? Free movement of people and goods (to take advantage of our large intra-African market)? What about power (what can we do without efficient energy supply)? Sustainability and environmental protection? To name but these…  

Need to make the best of innovation

The hopes pinned on the rise of the Internet have not come to fruition. Studies have revealed that new media played a role in the Arab Spring, but more could be done to make the best of innovative tools on the market today. But that means we address high Internet costs coupled with slow connections and a lack of IT knowledge to avoid only a small elite able to surf the net to join the debate, transforming the Internet into a ‘luxury good’ whose potential is only now slowly beginning to develop, almost 20 years after its introduction. Political threats to connectivity (as is currently in English-speaking Cameroon), Internet cuts and crippling regulations in individual countries should gradually be replaced and new intercontinental high-capacity connections running throughout the entire region. This could result in more efficient connections in many countries in Sub-Saharan Africa, and decrease prices.

Further progress in these two aspects should be expected over the next few years. This will allow for the development of new user groups, better apps and more enlightened debate.

Cell phones that have boomed across the continent should not be left out as an effective debate tool, especially with those on the field. The new media have become an integral part of public debate in Sub-Saharan Africa, irrespective of the situation in the individual countries. While the Internet and Web 2.0 have not achieved their full potential as public debate tools, growth rates indicate that they will continue to grow in importance in the near future. At present, the use of mobile technologies in the region as a feature of public debate integration rural populations away from the cities, above all due to the sheer mass of cell phones in use, has considerably more power. The high costs of bandwidth still represent a major hurdle to reach greater audience. The hybrid systems referred to above help circumvent these costs and thus lead to further dissemination of political communication. It remains unclear whether companies like MXit would be well-advised to go beyond political discourse and to generally prohibit politics-alone types of discussion on their platforms.

Despite the positive evaluation of the new tools of political debate, these also have their limits and weaknesses. For instance, SMS services used to monitor election results are dependent on the service provider and are at risk of manipulation by staff. The fact that SMS campaigns and the new media are difficult to monitor makes them valuable instruments in restrictive systems. Nevertheless, this uncontrollability also entails a risk of abuse, as the example of Kenya elections spectacularly proves. The demand for control is thus understandable and important, but must be carefully evaluated. There is a significant risk of restricting the freedom of speech and the right to access information in this context. Thus, methods are required to prevent the transfer of content that glorifies violence, without robbing the new media of any of their power. At present, however, despite the growing importance of new media, political debate generally takes place in Sub-Saharan Africa via the traditional media channels. Those wishing to successfully debate politically in the future will have to master these new instruments and to integrate new media as an important component in their communication strategy.

HOW CAN WE MAKE IT PERTINENT?

To become pertinent, public debate in Africa desperately needs an open and honest exchange of ideas between a new generation of discussants versed in the continent’s most pressing needs and its older generation. It should be taken beyond mere ‘political talks’ and be weeded of ‘half-truths’, ‘alternative facts’ and ‘fake news’. It has to be wary of a set of biases that the discussants are not transparent about. Traditional and new media practitioners should desist from convening debates that feature lack of editorial discernment, lack of judgement, information fabrication, and passing off of opinion as truth and fiction as fact. The media should desist from being facilitators of debate that is merely propagandistic in nature, rather than to solve seemingly intractable social problems, especially if the facts are used to bolster an ideological argument that a media outlet, or editor agrees with and which popular sentiment echoes. We need critically literate citizens who could do the basic distinctions between news, analysis, opinion, comment and propaganda, disallowing the perpetuation of ideological and propagandistic “echo chambers”.

A participatory and deliberative democracy requires both – a degree of bias and propaganda and the space for different views, but it is equally reliant on factual and verified information that serves as a source of news, information and education.

It is true that in a democracy, bias and partisanship are necessary facilitators of political argument – yet, such viewpoints need to be coherently and logically argued. In this instance free, open debate should be delivered instead of grievance rehearsal and sloganeering.

Therefore, we must ask whether a public debate has been dishonest, untrustworthy, and inconsistent? Instead of fostering new avenues of thought, has public debate, especially in and through the media become narrow and cynical, constraining the voices and choices of citizens? Helping to achieve this is the task before us.

CONCLUSION

I have stressed that education to citizenship requires public debate in our continent that is cleansed, purified of ‘alternate facts’ and fake news’, and staged as a performance of critically literate citizens. Topics should be diversified to cover the needs of a changing continent. Political debates in Sub-Saharan Africa should go beyond the traditional media channels and master the use of new media as innovative platforms for fruitful discussion. If we are to move beyond factional battles, and counter the X faction’s kleptocratic politics, the countries desperately need an open and honest exchange of ideas between a new generation of discussants versed in the burning issues of the day and its older generation. A few questions for future discussions: What shapes the content of public debate in Africa, especially in the digital media? Are “social media” and online platforms unique producers of ‘self-perpetuating views’ or has this become a problem in the mainstream print and electronic media too? How has the growth of social media communities influenced public debate in Africa? In what ways do the (mal)practices of ruling parties or media houses, media managers, editors and journalists and their (mal)practices lead to skewed, ill-informed and counter-productive public debate? In what ways are the (mal)practices in the ‘presidents-for-life’ syndrome and media perpetuating and even exacerbating tense social relations in society across its different cleavages (especially family name, race, gender and class)? What can we do to improve public debate in Africa, especially one that will be facilitated through the digital media and what practices on the current digital media spaces need to be change?

Thank you for your attention.  

ENDNOTES

Eze/Africtivistes Keynote/89

DIGITAL & MEDIA : COMPRENDRE LES NOUVEAUX PARADIGMES DE LA SOCIÉTÉ DE L’INFORMATION. QUE PROPOSE L’AFRIQUE ?

Présenté par Sahadou ALI ZATO, Expert en management des organisations et des médias

Tél. +229 97 72 94 98 Email sahadat@yahoo.fr


DIGITAL & MEDIA : COMPRENDRE LES NOUVEAUX PARADIGMES DE LA SOCIÉTÉ DE L’INFORMATION. QUE PROPOSE L’AFRIQUE ? 

Présenté par Sahadou ALI ZATO, Expert en management des organisations et des médias

Tél. +229 97 72 94 98 Email sahadat@yahoo.fr

  1. Introduction

La société de l’information est un état de la société dans laquelle les technologies de l’information jouent un rôle fondamental. Il s'agit d'une société dominée par l'immatériel, où le savoir et la flexibilité seront des éléments déterminants, et entraîneront des mutations fondamentales qui sont autant de défis.

Dans cette communication, il s’agit de comprendre en quels termes la société de l’information se présente en Afrique, quelle est son évolution, quels sont les défis qu’il faut relever et quelles sont les perspectives qui s’offrent notamment en termes de possibilités de contributions spécifiques des africains.

  1. Les acteurs de la société de l’information en Afrique en quelques points

  1. Les médias publics

Ils sont mis en place dans la foulée des indépendances par les nouveaux dirigeants des pays africains avec comme objectif de créer par l’information et la communication un sentiment de nationalisme socle de développement Radios et journaux puis télévisions, ces médias publics sont restés entre les mains des dirigeants et ceci même avec l’avènement ou la réinstauration de la démocratie dans la plupart des pays africains. Les responsables de partis d’opposition et les acteurs critiques de la société civile y ont très peu accès et les débats contradictoires sur des questions d’intérêt national y sont très rares voire inexistants. Incapables de porter et de satisfaire les aspirations profondes des populations, ils ont perdu progressivement leur crédibilité et ceci malgré les efforts faits en se dotant de rédactions web entre les mains de jeunes plus ouverts à la contradiction.

  1. Les médias privés commerciaux

Dans les pays notamment francophones, le dégel du monopole d’Etat au niveau au niveau médiatique a commencé par l’apparition des journaux papier détenus par des opérateurs ou groupes économiques privés qui au-delà de leurs projets propres, permettaient de satisfaire une population lettrée qui aspirait à plus de variété dans le traitement de l’information qui jusqu’à lors était « la voix de son maître »

Journaux, puis radios et plus tard télévisions, ces médias privés commerciaux sont à la fois les fruits et les moteurs de la démocratisation dans leurs pays. Le lien entre les promoteurs de ces médias et les acteurs politiques est d’ailleurs souvent très étroits si les promoteurs ne deviennent pas eux-mêmes directement des acteurs politiques.

Cette promiscuité nécessaire mais dangereuse a d’ailleurs contribué à jeter un discrédit sur de nombreux médias pris dans les liens incestueux si ce ne sont pas les affres du journalisme de commande avec pour finalité la promotion à outrance ou pire la destruction de tel acteur politique à la demande de tel autre.

  1. Les médias privés non commerciaux

Il s’agit essentiellement des radios associatives et/ou communautaires. Elles sont apparues en majorité dans le contexte africain avec l’initiative de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique de la Francophonie qui a permis de desserrer l’étau et de permettre aux communautés rurales peu touchées par les radios nationales d’avoir accès à l’information et surtout à la connaissance en matière de nouvelles pratiques agricoles et d’élevage.

Avec la démonopolisation des espaces audiovisuels on a assisté à une multiplication de ces outils de communication de masse créées par les associations ou communautés avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Mais on observe aussi celles créées par des élites locales sur fonds d’auto promotion.

Le fonctionnement harmonieux de ces outils et leur indépendance des différents pouvoirs ‘argent, partis, religions, ethnies, etc.) sont malheureusement liés à leurs conditions de création et à leur management.

  1. Les nouveaux médias

Avec le développement technologique, on a assisté à la création animation de blogs par de nombreux africains qui trouvaient là des canaux pour s’exprimer librement et offrir des plates-formes d’échanges et de discussions. Fortement encouragés par les partenaires techniques et financiers, ces plates-formes sont devenues très tôt de nouveaux médias surtout avec le développement fulgurant des réseaux sociaux et du taux de pénétration d’Internet dont l’accessibilité (relative) dans les contrées les plus reculées est en accroissement.

Il faut préciser que très tôt on a vu l’apparition d’associations de blogueurs qui au-delà de la promotion des NTICs, œuvrent dans une solidarité agissante à se renforcer et à redonner à leurs corporations ses lettres de noblesse et sa crédibilité.

Aux côtés de ces animations peu professionnelles au départ, on retrouve la presse en ligne qui est animée en grande partie par des professionnels. Il faut préciser que la relative liberté de ton de cette presse en ligne et celle totalement débridée des publications sur les réseaux sociaux en général se retrouvent réglementées avec les nouvelles lois sur la communication notamment numérique dont certains articles sont liberticides

  1. Les fournisseurs d’accès internet

Dans la grande majorité des pays Africains, les sociétés nationales qui avaient le monopole de la télécommunication ont malheureusement raté le tournant de l’Internet et du GSM. Même l’avènement de la fibre optique dont elles ont le contrôle ne leur a pas permis de se redresser et faire face aux société privées de GSM qui se sont imposées et imposent malheureusement aux populations des services téléphoniques et internet de piètres qualités à des coûts exorbitants.

Les discours des dirigeants ne changent malheureusement rien sur le terrain : l’incompétence ; les prévarications, la corruption et les rétros commissions sont passés par là !

  1. Le fonctionnement actuel de la société de l’information

L’appréciation de la société de l’information en Afrique pourra difficilement se faire sans une appréciation du fonctionnement du grand secteur de l’information et de la communication. Cette analyse des comportements des principaux acteurs permettra de mieux apprécier leurs rôles et actions pour une société de l’information en Afrique.

  1. Les relations entre professionnels des médias

Si tout le monde s’accorde à dire que l’union fait la force, force est de constater malheureusement que les intérêts individuels et sectoriels prennent très tôt le dessus et on assiste à une prolifération des associations des professionnelles des médias de multiples catégories et sous catégories. Au demeurant, les différentes associations se tirent dessus au lieu de travailler en synergie. Une conséquence est que les grands problèmes qui minent le développement des médias persistent par manque d’attention.

A cette situation déplorable, il faut ajouter l’insuffisance de confraternité entre professionnels. Les premiers résultats positifs obtenus par les observatoires de déontologie et de la presse (tribunal des pairs) ont laissé place à une quasi indifférence.

Dire que les relations entre professionnels des médias sont à l’union pour défendre les intérêts des journalistes, la liberté de la presse et l’accès des populations à une information, juste, crédible et variée est donc une gageure. On assiste plutôt à des crocs en jambes, des attaques sournoises ou des rivalités exacerbées dans certains pays par la désignation de professionnels de la communication pour siéger dans certains organes républicains.

Dans ces conditions, ces professionnels qui devraient être le fer de lance et les bénéficiaires de la société de l’information ne travaillent pas en synergie pour son développement.

  1. Les interventions des politiques dans la société de l’information

Les responsables politiques en Afriques sont censés être les principaux acteurs de l’avènement et du développement de la société de l’information en Afrique. Ils devaient en principe se saisir de l’opportunité offerte par les NTICs pour permettre à l’Afrique de rattraper en grande partie son retard et prendre même le devant dans la nouvelle société de l’information qui fait suite à la société industrielle dans les pays développés.

Malheureusement, par ignorance, négligence ou plus grave par pure mauvaise foi, les responsables politiques se complaisent dans des discours prometteurs mais sans actions concrètes. Au Bénin, la transformation du Ministère de l’information en celui de la communication, puis des NTICs et de l’économie numérique peine à faire bouger les choses tout comme le projet de e-gouvernement dénommé e-benin (15 millions de dollars US de la banque Mondiale) sensé améliorer l’accès à des services de TIC à faible coût et de meilleure qualité, et à permettre le développement des e-applications dont les résultats peinent à se faire voir.

La relation des politiques à la société de l’information pour ne pas dire l’information se limite à comment utiliser l’information à leur avantage pour conquérir ou gérer (indéfiniment ?) le pouvoir d’Etat. Et à ce jeu, tous les coups sont malheureusement visibles : rétention ou déformation de l’information, manipulation, bâillonnement, brimades, arrestations, meurtres, contrats pour journalistes tueurs à gages, etc.

  1. La crédibilité des professionnels des médias en question

Les relations des professionnels des médias à l’argent et aux pouvoirs politiques ont très tôt entaché leur crédibilité. Il faut reconnaître qu’il est très difficile pour des journalistes de garder leur neutralité/impartialité tant les tentations sont grandes et variées. Pendant que certains médias se soumettent sans vergogne aux pouvoirs politiques ou d’argent, d’autres essaient d’équilibrer tant bien que mal leur traitement de l’information de façon plus ou moins durable.

Une chose reste certaine, c’est que les relations incestueuses presse pouvoir/argent restent rarement cachées longtemps et une fois rendues publiques, ces relations entachent durablement la crédibilité des professionnels en question. Le peuple n’est pas dupe et ne saurait être trompé tout le temps. Il arrive d’ailleurs qu’on assiste à une généralisation abusive de corruption totale dans le milieu des médias ; généralisation contre laquelle les associations professionnelles des médias doivent lutter par la formation/sensibilisation mais aussi en séparant le bon grain de l’ivraie afin de réduire le sentiment de méfiance des populations vis-à-vis des médias.

  1. La question d’une meilleure société de l’information en Afrique

  1. Les défis à relever

La phase industrielle de l’Afrique est tronquée ; ce n’est un secret pour personne et d’ailleurs pour ne nombreuses personnes sauter le pas en passant du passé à l’avenir, ce leapfrog relève d’un simple rêve ou d’une utopie. Pourtant des exemples de leapfrog sont légions et encouragent les rêveurs de tous les pays à unir leurs efforts afin de donner à l’Afrique sa véritable place d’acteur du développement international et non de simple consommateur.

Ceci ne saurait se faire sans relever certains défis parmi lesquels :

L’aptitude à anticiper sur la demande. Les enjeux supposent pour les acteurs étatiques, des entreprises et de la société civile de grandes capacités d’anticipation sur la demande en termes d’informations et de services. Il s’agit de prévoir les besoins futurs des populations, les caractériser et travailler sur les différentes options en matière de satisfaction de ces besoins. Les plus grandes marges de manœuvre et de bénéfices sont pour ceux qui ont anticipé sur les demandes et non ceux qui courent à satisfaire une demande clairement exprimée (exemple des transferts d’argent par GSM qui ont supplanté les transferts par banque (Western Union, Money Gram, etc.) et les bons vieux mandats. La demande latente résultait entre autre de la combinaison d’un niveau très faible de bancarisation et un taux de pénétration du GSM de plus en plus élevé)

L’acquisition de nouvelles compétences. La dématérialisation de l’économie et la quasi instantanéité de l’information amènent à l’acquisition de nouvelles compétences tant dans les méthodes et moyens de collecte et de diffusion des données ? Ceci est d’autant plus important que l’évolution est très rapide dans le secteur et qu’une méthode efficace et efficiente à un instant donné peut devenir obsolète cinq ans plus tard. Il est donc important d’acquérir des savoirs codifiés qui peuvent être mis à jour au fur et à mesure des travaux individuels mais aussi en réseau de par le monde entier.

Un effort de formation dans des secteurs de pointe. L’opportunité offerte n’en serait plus une si les acteurs étatiques et du privé chargés de concevoir et/ou utiliser les technologies ne sont pas formés dans ces nouveaux domaines. Ceci suppose une politique volontariste de formation dans les secteurs de pointe avec pour but acquérir les nouvelles compétences. En effet, de nouveaux emplois se créerons avec l’apparition et le développement des NTICs et surtout les soucis de satisfaction des besoins des populations.

La transformation de l’exclusion en opportunité. Si la fracture numérique n’est pas une simple invention, il n’en est pas moins vrai que les besoins d’investissements des pays africains ne sont pas aussi importants que pour tenter de rattraper les retards d’industrialisation. En dehors des investissements sur la fibre optique et équipements de télécommunication, il y a un travail de fonds à faire sur les fournisseurs de services d’Internet et la formation des acteurs. Pour une fois l’Afrique a l’opportunité d’être à la hauteur des autres pays ou apporter ses spécificités à la société de l’information pour peu que les responsables politiques, les opérateurs privés et la société civile travaillent en synergie pour transformer l’exclusion habituelle de l’Afrique en une opportunité de développement.

La question de la sécurité des acteurs. Les différents gouvernant rivalisent de discours en faveur de la société de l’information dans leurs pays mais une simple lecture des nouveaux codes de l’information à travers les pays, montre une certaine frilosité quant aux processus et mécanismes d’accès aux données publiques ce qui est une hérésie dans un pays qui se veut de plain pieds dans la société de l’information. Les secrets d’Etat aux contours flous et une classe politique allergique à la circulation de certaines informations sont des indicateurs des dangers qu’encourent tous ceux qui de bonne fois travaillent à une circulation rapide, efficace et efficiente de l’information. E défi de leur protection reste donc posé.

La mise en place d’une régulation, souple, efficace et adaptée. Les organes de régulation de la communication se retrouvent dépassés dans la plupart des pays par des textes obsolètes qui ne tiennent pas compte de l’évolution des TICs et surtout de la communication sur les réseaux sociaux et les médias en ligne. Devant les nombreuses dérives surtout dans les réseaux sociaux, de nouvelles lois ont ainsi vu le jour dans de nombreux pays, mais dans une logique plus de recherche de contrôle que de régulation. Les lois ont donc tendance à devenir liberticide et à freiner la circulation de l’information. Il est important que pour rester dans la droite ligne de la société de l’information tant prônée, que les états africains se dote d’une régulation souple, efficace et adaptée au contexte d’évolution. A ce niveau, le Réseau des Instances Africaines de Régulation des Communication est interpellé et un plaidoyer dans ce sens par la société civile africaine est nécessaire.

La facilitation de l’accès aux données. Il s’agit d’un défi de taille. En effet, malgré la pression de plus en plus forte des partenaires techniques et financiers, l’engagement des états africains pour l’Open Data ou l’Open Governement reste une gageure. Dans la pratique et malgré les facilités offertes dans certains codes de l’information, l’accès aux données publiques reste un parcours du combattant pour ceux qui tentent de s’y adonner. Il est évidemment vital pour tout pays voulant tendre à plus d’impact dans la société de l’information de commencer à libérer et faciliter l’accès aux données publiques pour offrir aux chercheurs et développeurs de la matière pour travailler efficacement et concurrencer leurs collègues des autres pays dits développés.

  1. Les perspectives

L’Afrique a un bon potentiel de croissance et d’intégration dans la société de l’information qui du reste apportera un mieux-être à ses populations malgré son retard sur plusieurs secteurs de développement. Pour ce faire les points suivants pourraient servir d’axes d’amélioration et même de points sur lesquels l’Afrique pourra apporter un plus au monde.

Le développement des synergies grâce à un travail plus collaboratif. Les défis de l’insertion des pays africains dans la société de l’information ne sauraient être relevés sans une synergie entre les acteurs de l’information et la communication

Synergie entre professionnels des médias. Les radios commerciales situées en ville gagneraient à collaborer avec les radios communautaires pour une meilleure circulation de l’information entre les villes et les zones généralement enclavées. Les radios étant de plus en plus en ligne, elles contribueront avec les médias en ligne à une circulation de l’information plus équilibrée.

Synergie entre médias et web-activistes. Les web-activistes notamment les blogueurs ont une forte capacité d’impacter l’opinion à travers leurs followers mais n’ont pas toujours ces ancrages à travers leurs pays et les zones rurales. L’expérience de collaboration menée par CFi au Bénin est à encourager au regard des bons résultats qui commencent à se dégager y compris en matière d’investigation.

Synergie entre développeurs et services étatiques. Il est très important pour l’Etat, responsable de la fourniture des services administratifs et des services sociaux de base, de sortir du carcan centraliser et profiter du développement des technologies. Pour mieux réussir la synergie avec les développeurs est nécessaire. Ces jeunes techniciens doivent être approchés par ceux qui gèrent les problèmes au quotidien afin de trouver des solutions innovantes, efficaces et efficientes.

Etc.

La révolution des systèmes de gestion et de développement des différents secteurs. Avec le développement des technologies et des applications qui les suivent, l’accès à la grande majorité des services sociaux de base sera totalement modifié en mettant le citoyen au cœur du dispositif de l’information et des prestations. Il s’agira d’identifier par secteurs les différentes demandes existantes et latentes et développer les moyens de faciliter la tâche aux usagers en tenant compte du contexte et à ce niveau, l’Afrique a un grand rôle à jouer avec plus d’ambition tout en étant réaliste : il n’appartient pas aux experts des pays du Nord de développer des applications spécifiques au contexte africain mais aux développeurs africains eux-mêmes et dans ce sens, les responsables des pays africains ont le devoir de créer le contexte de création et de stimulation de start up et de projets innovants d’avenir avec ou sans le soutien des partenaires techniques et financiers. Il s’agit d’éviter coûte que coûte, l’échec du tournant de l’énergie solaire où l’Afrique frappée tous les jours par un soleil de plomb a vainement attendu les développements technologiques européens alors que ces derniers étaient occupés par des problèmes de stockage de l’énergie que sa transformation directe.

L’appui au développement de nouveaux types de relations entre les pouvoirs publics et les citoyens. Avec le processus de démocratisation et de décentralisation en cours dans les différents pays on assiste à des exigences de plus en plus forte de reddition de comptes notamment au niveau d’une frange jeune de la population très accrochée aux smartphones. Les développements technologiques offrent donc de nouveaux espaces de communication mais aussi d’échanges et d’interpellation entre citoyens et élus. Il en est de même au niveau des processus électoraux où les expériences dans de nombreux pays africains gagneraient à être améliorés et partagés. Pareil pour le suivi de la gestion des présidents et autres élus.

La contribution aux nouveaux courants d’échanges internationaux. En s’intégrant dans le grand processus de la société de l’information, l’Afrique doit le faire sans complexe au regard des différentes expériences réussies en Afrique et rien qu’en Afrique par des africains ? C’est juste une question d’engagement politique et de moyens pas toujours très importants. La contribution de l’Afrique est importante et ne saurait avoir de limite quand on voit l’expertise et le dynamisme qui se dégage dans les différents pays sans les concours réels des dirigeants politiques. Si ces derniers se décident à jouer véritablement leur rôle et allouer à ce secteur hautement stratégique les moyens adéquats, les résultats ne seront que multipliés et diversifiés pour le bonheur des populations.

  1. En guise de conclusion

Au contraire de la société industrielle, l’Afrique a avec la société de l’information une opportunité de se mettre aux côtés des autres continents en apportant des contributions de qualité. Les expériences sont légions et résultent du dynamisme d’une jeunesse techniquement bien formée, passionnée et désireuse de jouer leurs rôles et accomplir leurs missions auprès de leurs pairs des autres pays et continents.

Il appartient aux dirigeants, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’à la société civile africaine de se concentrer sur ces objectifs et de créer les contextes nécessaires en se débarrassant pour les responsables politiques, de la bonne vieille tentation de chercher à contrôler l’incontrôlable : l’information.

Dans cette optique, des organisations telles que Africtiviste à travers son réseau africain doivent être considérées non pas comme des trublions ou des empêcheurs de piller en rond mais plutôt comme une opportunité pour le développement de l’Afrique.

LES MÉDIAS SOCIAUX OU OUTILS DE TRANSFORMATION DE L’ENGAGEMENT POLITIQUE EN AFRIQUE ?

Elhadji Ahmadou Demba Ba GAHN

Contribution Livre Blanc 2 Sommet

@Africtivistes 2018 – Ouagadougou


Les Médias Sociaux Outils de Transformation de l’Engagement Politique en Afrique

Introduction

Le développement des médias sociaux s’accompagne de nombreuses mutations en terme d’engagement politique en Afrique. Les médias sociaux ont en en effet transformé les relations humaines dans sa structuration et dans ses différents paramètres,entraînant un changement dans les pratiques de communication politique en Afrique. De nombreuses campagnes ont eu lieu sur le continent grâce aux médias sociaux, des changements sont intervenus dans la vie politique des pays propulsés par ces outils. Mais il est important de voir en amont comment les médias sociaux transforment l’engagement politique? Est-il un nouvel espace d’engagement politique pour les acteurs notamment de la jeunesse africaine ? Comment cela aide à mobiliser les masses autour des sujets politiques ? Et enfin comment les populations peuvent-elles en faire un indicateur de suivi des promesses faites par les leaders politiques?

Nous essayerons de tenter de répondre à ces questions en essayant de porter un regard vers les acteurs à travers l’analyse de leurs usages numériques (actions concrètes) tout en essayant de comprendre comment cela transforme l’engagement politique en Afrique.

   

Les médias sociaux comme outil de mobilisation des masses    

Les médias sociaux sont un outil de mobilisation de masses. Ils favorisent l’inclusion des citoyens dans la vie politique en éliminant les barrières physiques traditionnelles ou il n’y avait que les médias classiques, avec un circuit de l’information dans le sens du haut vers le bas. Il a permis de donner un pouvoir de communication et d’échanges (même si ce n’est qu’un espace virtuel) aux citoyens africains qui peuvent aujourd’hui à travers ces outils exprimer leurs idées sur le fonctionnement de nos pays. Ils peuvent aussi émettre leur avis sur un quelconque sujet et apprécier les décisions venant du pouvoir politique. Ils peuvent même contribuer car une des fonctionnalités les moins utilisées est que les médias sociaux doivent servir d’outil de veille et de prospective pour les acteurs politiques. Nous pouvons affirmer que c’est un laboratoire d’analyse et qu’il nous donne un univers pour comprendre les masses et leurs aspirations.

Enfin certaines caractéristiques des médias sociaux dans son architecture ouverte et sa communication distribuée sont susceptibles de favoriser les interactions entre gouvernants et gouvernés au sens où les gouvernés peuvent prendre la parole en ligne, amender, formuler des critiques et suggestions.

Les médias sociaux comme un nouvel espace d’engagement pour les acteurs             

Il faut noter que c’est le concept même de participation politique qui se trouve être bouleversée avec l’avènement des médias sociaux. Ils ont permis une évolution permettant d’intégrer les données expressives venant des utilisateurs c’est-à-dire les citoyens. Un exemple patent est la ligue «Africtivistes» qui réunit ( journalistes, blogueurs, influenceurs, activistes) Africains et qui portent leurs regards sur la marche de nos pays, participe à la gouvernance et au renforcement de la démocratie  en utilisant les médias sociaux comme principal outil. Ces citoyens que j’appellerai de « type nouveau » ont intégré cette donne et utilisent aujourd’hui les médias sociaux pour porter de nouvelles dynamiques politiques.

Au Sénégal comme dans les autres pays nous assistons de plus en plus à des naissances de mouvements sur les médias sociaux qui pour une cause décident de porter un combat politique. Je donne l’exemple du collectif qui était monté au créneau pour dénoncer les conditions d’exploitations de l’autoroute au Sénégal obligeant l’État du Sénégal à introduire une requête pour revoir le contrat avec la société d’exploitation. Deuxième exemple «Le collectif non au mur » qui a fait prendre une décision pour arrêter la construction d’un mur sur le littoral Dakarois. Nous pouvons citer tant d’autres exemples en Afrique qui sont partis d’une cause et qui nous montrent comment aujourd’hui les médias sociaux deviennent de plus en plus un levier majeur d’action pour le champ politique.

   

Les médias sociaux comme indicateur de suivi des baromètres

Un outil également pour faire le monitoring des “promesses dirigeantes” (électorales ou politique globalement) faites souvent par les gouvernants. Ainsi on a vu qu’au fil du temps cette énième fonctionnalité des médias sociaux est apparue. Quant à l’outil de monitoring souvent les utilisateurs ont tendance à rappeler les promesses et à faire eux-mêmes l’évaluation objective de la situation en fonction de ce qui a été dit et de ce qui devrait se faire. Ainsi nous avons vu des gouvernants être rappelés sur ce que les citoyens attendaient d’eux selon leurs promesses qui est souvent lié aux préoccupations des populations. Des indicateurs se sont ainsi créés permettant aux citoyens d'interagir directement avec les gouvernants. Ce qui reste quand même une notion importante de la transformation politique que les médias sociaux ont permis d’amorcer dans nos écosystèmes africains.

   

Les médias sociaux comme outil permettant de nouvelles formes de participation et d’engagement politique

Les médias sociaux sont aussi un outil qui a donné naissance à de nouvelles formes de participation et d’engagement politique à travers le prisme du collectif. On a vu l’émergence de plateforme (s) collective(s) pour défendre des intérêts des populations. Un des faits majeurs et importants est le passage à l’action individuelle vers le collective. Nous assistons à la naissance de nouvelles formes d’engagement politique au nom du collectif sous forme de mouvement ayant un trait particulier qui reste la défense des intérêts des citoyens.  Nous pouvons en citer quelques exemples (Y’en a Marre, Filimbi, Lucha, Balai Citoyen… ) Au-delà de cet aspect il y’a aussi l’interrelation qu’il y’ a entre les espaces « en ligne » et « hors ligne ». Partir du virtuel et poser des actions concrètes pour régler une situation ou pousser les gouvernements à prendre des décisions face à un certain nombre de cas de figure.Il faut noter qu’il y’ a une réelle transformation et l’émergence de nouvelles formes de participation politique à travers le collectif. Enfin il faut savoir que les médias sociaux ont permis la naissance de nouveaux répertoires d’actions et favorisent des plateformes d’échanges entre les différents acteurs propices à la libération des subjectivités.

En définitive,les médias sociaux demeurent un outil qui doit plus servir le collectif car nous permettant d’être dans une logique centrée utilisateur. Ici l’utilisateur est le citoyen africain qui exprime avec de nouveaux outils ces préoccupations. Les médias sociaux devront être une opportunité pour les gouvernants, leur permettant d’être dans une dynamique de prospective et d’appréhender les besoins des populations afin d’y apporter des solutions adéquates.

@Africtivistes - Doc.                                                                                                    

ONG ET DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE


ONG ET DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

ARTICLE 19 est une organisation internationale indépendante de droits humains qui œuvre à travers le monde pour la promotion et la défense de la liberté d’expression. Elle tire son nom de l’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui garantit la liberté d’expression.

ARTICLE 19 exige la transparence et la reddition des comptes en évaluant les dispositions et pratiques gouvernementales relatives à l’accès à l’information. Aussi ARTICLE 19 mène des campagnes pour la diffusion proactive des informations d’intérêt public et la mise en place de cadres juridiques adéquats pour faciliter l’accès du public à l’information.

ARTICLE 19 défend les victimes par le suivi et l’analyse des violations, par la publication des informations sur la situation des personnes sous attaques, par l’organisation de formations sur les mesures de sécurité au profit des journalistes, défenseurs des droits humains et par les actions en justice au bénéfice de toutes ces personnes.

En 2007, ARTICLE 19 a connu une régionalisation en passant d'un seul bureau à Londres à un nombre croissant de bureaux régionaux. Cette régionalisation permet de mieux comprendre les réalités locales et le contexte de notre travail pour répondre aux opportunités et aux menaces d'une manière plus efficace et pertinente. Outre Londres, l'organisation a aujourd’hui des bureaux au Bangladesh, en Birmanie, au Brésil, au Kenya, Mexique, au Sénégal, en Tunisie et aux USA et collabore avec plus des centaines de partenaires dans le monde entier.

C’est dans ce sillage que ARTICLE 19 a mis en place son bureau régional au Sénégal en 2010 afin de répondre adéquatement aux besoins locaux et régionaux en Afrique de l'Ouest, de fournir un soutien opportun et pertinent, de contribuer à renforcer les capacités des partenaires nationaux et la construction ou la réforme des institutions et des politiques pour protéger la transparence et la libre circulation de l'information. Le bureau du Sénégal joue un rôle stratégique dans la région et dispose d'une autonomie opérationnelle.

Nos programmes prioritaires

La réforme des cadres juridiques et institutionnels de la liberté d’expression et de la presse

L’accès à l’information, la transparence et la participation

L’accès à l’information et la participation politique des femmes et des jeunes

La protection des journalistes et des militants des droits humains et la lutte contre l’impunité

Le renfoncement des capacités des citoyens à contrôler les actions publiques notamment dans le domaine de la gestion du bien public et des services public de base

SENEGAL

AVANT- PROJET DE LOI SUR L'ACCÈS A L’INFORMATION

Le droit d’accès à l’information est un droit humain fondamental, pilier important  garanti par le droit international[60] et la plupart des constitutions nationales, y compris celle du Sénégal. Il est établi que l’accès à l’information d’intérêt public, contribue au renforcement de la démocratie, de la transparence et de l’Etat de droit, facilite la participation citoyenne.

L’accès à l’information permet de protéger certains droits humains  plus particulièrement le droit à la liberté d’expression formellement consacré par les textes nationaux et internationaux. En effet, le Sénégal réaffirme dans le préambule de sa constitution son attachement à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre en son article 19 la liberté d’expression et le droit d’être informer.

Le Sénégal, bien que ne disposant pas d'une loi sur l'accès à l'information, a consacré dans son dispositif constitutionnel le droit à l’information pluriel dans son article 8[61].

C’est pourquoi des organisations de la société civile comme ARTICLE 19, conscientes de l’importance d’une telle législation, se sont penchées sur la question à travers des journées de réflexions, des ateliers, des séminaires et à inviter d’autres partenaires pour continuer de mener le plaidoyer pour son adoption.

En 1999, ARTICLE 19  a publié les principes sur l’accès à l’information, qui  ont été  endossés en 2000 par la Commission des droits de l’homme dans sa résolution 2000/38.  Ces principes vont être complétés en  2001, par une loi modèle sur l’accès à l’information qui a inspiré plusieurs législations nationales et standards régionaux.  

En 2013, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples a adopté une loi modèle continentale sur l’accès à l’information pour servir de référence aux États membres de l’Union Africaine. L’UNESCO, par sa résolution 197 EX/35 du 4 septembre 2015, a consacré le 28 Septembre, la journée internationale de l’accès universel à l’information (JIAUI).

 C’est ainsi que le 17 novembre 2015, l’UNESCO a adopté une résolution (38 C/70) proclamant le 28 septembre comme Journée Internationale de l’Accès Universel à l’Information. Ce, d’autant plus que la JIAUI a une pertinence toute particulière dans le contexte du nouvel Agenda 2030 de développement durable, en particulier avec la cible de l’Objectif de Développement Durable (ODD) qui appelle à assurer l’accès du public à l’information ainsi que la protection des libertés fondamentales. Son importance est aussi reconnue par la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples dans sa résolution 222 lors de la 50ème session ordinaire. Depuis bientôt une décennie un avant-projet de loi sur l’accès à l’information a été proposé par la société civile sous le leadership d’ARTICLE 19 et le Forum civil, toutes les grandes organisations sénégalaises y ont participé. C’est important aujourd’hui de finaliser ce processus pour renforcer la démocratie, la participation citoyenne et doter enfin le Sénégal d’une loi sur l’accès à l’information.

ARTICLE 19 célèbre chaque année la Journée Internationale de l’Accès Universel à l’Information aussi pour rappeler aux Etats leur obligation de renforcer l’accès des populations aux informations d’intérêt public, il urge que le Sénégal se dote d’une loi compte-tenu de ses engagements notamment sur le Plan Sénégal Émergent (PSE), son engagement à la gouvernance vertueuse et aux respects des droits et libertés fondamentales de ses citoyens, et l’accès à l’information cadre parfaitement avec les priorités du gouvernement.

ARTICLE 19 est par ailleurs membre du groupe de travail de la Plate-forme Africaine pour l’Accès à l’information (APAI), créé afin de lancer une campagne de promotion pour l’accès à l’information en Afrique.

« L'ACCÈS À L'INFORMATION SUR LE FINANCEMENT DES PARTIS POLITIQUES ET DES CANDIDATS AUX ÉLECTIONS EN OUGANDA ET AU SÉNÉGAL »

En 2016, ARTICLE 19 et le Centre Africain pour l’Accès à l’Information (AFIC) ont mené une étude comparative sur la question, basée sur l’expérience Ougandaise et Sénégalaise. Cette étude a permis de voir l’importance d’aménager un droit d’accès à l’information sur le financement des candidats et partis politiques aux élections. Si en Ouganda, le financement des partis est bien institué, il n’en demeure pas moins que la législation n’autorise pas le public à accéder à l’information y relative. Quant au Sénégal, seule la loi n°81-17 du 6 mai 1981 en son article 3 impose la notification des sources financières à travers le dépôt du compte financier du parti à la fin de chaque exercice auprès de l’autorité compétente. L’obligation de publier de façon ouverte les sources de financement est inexistante.

Cette étude a ainsi permis de découvrir que: le financement des partis politiques et des candidats proviennent de diverses sources, bien que le manque d'accès à ces informations sème le doute sur la légitimité de ces sources. En outre, la mauvaise gestion des fonds des partis est partout présente en Ouganda et au Sénégal, et est souvent liée à la faiblesse de la structure organisationnelle et au manque de pratiques démocratiques et de responsabilisation interne.

Les cadres juridiques et réglementaires pour le financement des partis politiques sont souvent considérés comme des outils essentiels dans la lutte contre la corruption politique. Cependant ces cadres, tels qu’ils sont en Ouganda et au Sénégal, sont tout simplement incomplets. Le Sénégal et l'Ouganda manquent de lois qui régulent de manière adéquate le financement des partis politiques.

Recommandations

ARTICLE 19 et  AFIC 

1) Invitent les décideurs politiques à adopter une loi sur le financement des partis politiques. Cette loi permettrait d’assurer un équilibre financier entre candidats aux élections, d’offrir les conditions nécessaires aux citoyens intéressés d’exercer leur droit de participer aux élections, notamment les femmes et les opposants, de rationaliser la scène politique.

2) Appelle à ce que cette loi aménage la publication et l’accessibilité des informations relatives au financement des partis politiques. L’accès à l’information des citoyens habilité ceux-ci à faire un travail de veille durant les campagnes et leur facilite leur droit de regard sur les modes de financement des personnes qui sont appelées à les gouverner.

PROGRAMME D’ACCOMPAGNEMENT DES CANDIDATES AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

« Faire du Sénégal un pays émergent, sans discrimination, où les hommes et les femmes auront les mêmes chances de participer à son développement et de jouir des bénéfices de sa croissance[62]».

Une démocratie juste, équitable et inclusive ne peut se pérenniser dans un contexte discriminatoire, marquée par l’absence ou la faible présence des femmes aux instances de décisions, aux postes de responsabilités. Ainsi, pour renforcer sa démocratie, le Sénégal s’est dotée d’une loi portant sur la parité absolue homme-femme en 2010 dans les fonctions électives et semi-électives et conformément aux engagements du Sénégal, qui, en 1985 a ratifié la Convention sur l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l'égard des Femmes, adoptée par la communauté internationale en 1979 qui est un instrument qui vise à lutter contre la discrimination à l’égard des femmes. Et, aussi le protocole de Maputo adopté par l’Union Africaine en 2003, et ratifié par le Sénégal en 2004. 

En 2012, le contexte politique était marqué par la tenue des élections présidentielles et législatives. C’est dans cette dynamique que, ARTICLE 19 et le caucus des femmes leaders ont mis en place un programme d’accompagnement des candidates aux élections législatives qui visait à renforcer les capacités des candidates à accroître leur visibilité grâce à l’utilisation des TICs, en mettant un accent particulier sur : 1) L’utilisation de l’outil informatique, 2) la gestion des mails 3) La visibilité sur les réseaux sociaux 4) les techniques de persuasion 5) La communication politique des médias. Sur les 64 candidates venant de divers horizons (Dakar, Thiès, Tambacounda, St Louis), 26 ont été élues.

GAMBIE

Depuis le coup d'État militaire de 1994 qui a amené le président Yahya Jammeh au pouvoir, la situation des droits humains de la Gambie s'est fortement détériorée. Les journalistes, les leaders de l'opposition politique et les défenseurs des droits humains ont été les plus touchés. La Gambie, autrefois capitale des droits humains en Afrique, est devenue un contexte extrêmement oppressif pour les journalistes et des militants des droits humains Jusqu'à l’élection en Décembre 2016 de Adama Barrow, la Gambie a été considérée comme le plus grand pays qui a enregistré le plus de violations en matière de la liberté de la presse et des droits fondamentaux dans la région Ouest Africaine.

ARTICLE 19 travaille sur les questions de liberté d’expression en Gambie depuis plus d’une décennie, avec une approche multiforme: 1) Renforcement des capacités, 2) Aider les acteurs locaux à tisser des liens avec les mécanismes régionaux et avec d’autres partenaires, 3) Soutenir les victimes et leurs familles, fournir une assistance juridique, médical et matériel aux journalistes et acteurs de la société civile dont la vie était en danger) 4) Des visites sur le terrain au cours des trois dernières années avec notre équipe de Dakar, Royaume-Uni, Kenya et Mexique et des consultants et rencontres avec des 100 personnes (victimes, familles, avocats, professionnels des médias, fonctionnaires, défenseurs des droits des femmes, défenseurs des droits humains et représentants diplomatiques) 5) Enquêter, documenter les cas et dénoncer, 6) Analyser toutes les lois et politiques, analyse complète des lois sur les médias visant à aider les professionnels des médias à identifier les obstacles et à disposer d'un meilleur outil de plaidoyer pour leurs demandes de réformes des lois sur les médias 7) Publier des communiqués de presse et des déclarations pour susciter l’intérêt des médias dans la région et faire face à la situation 8) En 2012, ARTICLE 19 a mené un programme annuel en collaboration avec Gambia Press Union (GPU) pour renforcer la liberté d'expression et la sécurité des journalistes en Gambie. Le projet a été conclu avec plus de 20 journalistes formés sur les normes internationales et aux questions liées à la sécurité, 15 ont été formés à la protection avec une approche holistique. Le programme a permis à ARTICLE 19 de prendre conscience du besoin urgent de réformes du paysage médiatique et de la liberté d'expression en Gambie et  a permis à de nombreux journalistes de comprendre les protocoles et les mesures de sécurité pour atténuer les risques auxquels ils sont constamment confrontés.

Entre 2013 et 2014 des formations en blogging et en sécurité ont été organisées pour permettre aux journalistes Gambiens de partager leur information sous forme de blog. Une Plateforme d’information sur la Gambie GambiaInitiative a été mise en place pour juguler le déficit d’information sur la Gambie.  D’autres initiatives dont des films documentaires sur l’assassinat du Journaliste Deyda Hydara, des chansons engagées de rappeurs contre l’impunité ont été coordonné par ARTICLE 19  9) Organiser des événements sur l'espace civique en Gambie en 2013 et en 2016 pour exhorter la CADHP à inscrire les violations des droits de l'homme en Gambie à son ordre du jour 10) Organiser une formation intensive sur la sécurité en ligne à l'intention des jeunes leaders qui ont ensuite formé une douzaine de jeunes dans leurs communautés et participé activement à la surveillance des élections présidentielles de 2016. C’est à ce titre que ARTICLE 19 avait mis en disposition des moyens de communication à la coalition de la société civile pour renforcer le partage d’informations et le suivi des bureaux de vote 11) ARTICLE 19 a régulièrement soulevé des préoccupations devant la CADHP et utilisé la session pour mettre en évidence les violations des droits de l'homme en Gambie, et a soumis un rapport au cours du dernier Examen Périodique Universel (EPU) de la Gambie et fait des observations et des déclarations ultérieures, notamment lors de la présentation du rapport du Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires et lors de la session de septembre 2016 12) En mars 2017, ARTICLE 19 a formé 20 journalistes sur la sûreté et la sécurité avant les élections législatives. En mars et juin 2017, ARTICLE 19 en partenariat avec UNESCO a formé environ 100 agents de sécurité, et une dizaine de journalistes au Sénégal et en Gambie sur le plan d'action de l'UNESCO.

JEUNESSE, CONSOLIDATION DE LA PAIX ET SOLIDARITÉ RÉGIONALE: LEÇONS DE L'Afrique

La participation des jeunes est un élément crucial dans toute société, elle est importante dans la prise des décisions, le processus de consolidation de la paix, de développement, elle est encadrée par plusieurs instruments juridiques nationaux et internationaux à savoir: La charte Africaine de la jeunesse de 2006, la Déclaration Universelle aux Droits de l’Homme de 1948, la convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1976, programme d’action mondial pour la jeunesse des nations unies de 2000, résolution 2250 du Conseil de sécurité sur les jeunes, la paix et la sécurité en 2015.  

Il convient de rappeler que la jeunesse Gambienne a toujours contesté le régime autoritaire de son ancien président Yahya Jammeh et payé le prix fort de sa bravoure: en avril 2000, les manifestations des étudiants ont entraîné la mort de 11 étudiants; Solo Sandeng, le leader des jeunes du principal parti d'opposition United Democratic Party  (UDP), a été arrêté et torturé à mort en avril 2016 après avoir mené une marche pacifique appelant à la réforme du code électoral. Cet événement, est généralement considéré comme un tournant décisif de la défaite du régime Jammeh.

Deux leçons importantes à tirer de l'expérience de la Gambie, qui méritent d'être célébrées et de réfléchir en même temps sont: i) Le pouvoir de la jeunesse Gambienne, organisée à l'intérieur et à l'extérieur des partis politiques traditionnels, de défendre la transition démocratique dans leur pays  ii) La solidarité régionale des États voisins de l'Afrique de l'Ouest, sous les auspices de la Communauté Economique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), appuyée par une menace crédible de recours à la force pour restaurer la démocratie et la primauté du droit.

A cette occasion, à la demande de l'Union Africaine, UNESCO en partenariat avec ARTICLE 19 et le CODESRIA, ont organisé une conférence régionale de deux jours portant sur la jeunesse, la paix et la sécurité qui a réuni environ 146 jeunes leaders venant de 22 pays africains.

 L'objectif global de cette initiative, était de  non seulement, de renforcer la capacité des jeunes à mener des actions tant au niveau communautaire que national, autour des thématiques  couvrant un large éventail de sujets : 1) Résolution Jeunesse, culture de la paix et de la non-violence, sécurité et prévention de l'extrémisme violent- ONU 2250 2) Identifier les meilleures pratiques en matière de promotion du dialogue interculturel, du patrimoine et de la créativité pour le changement social et le développement 3) Accès à l'enseignement supérieur, liberté d'expression et accès à l'information: levier vers la transition démocratique 4) Inclusion, genre et citoyenneté mondiale 5) Emploi des jeunes et dividende démographique.

Mais aussi, l’occasion de célébrer la victoire en Gambie, et de réfléchir sur le rôle des mouvements de jeunesse dans la transition et la consolidation de la démocratie.

Il ressort  que la jeunesse africaine n'a pas assez de forums pour discuter des problèmes qui les affectent.

PROGRAMME D’APPUI AUX MEDIAS AU NIGER  

Dans le cadre de ce projet au Niger (2014-2017) avec l’appui de DANIDA, ARTICLE 19 a intervenu comme membre du consortium de l’Observatoire Nigérien Indépendant des Médias pour l'Éthique et la Déontologie (ONIMED) et du Conseil Supérieur de la Communication (CSC), respectivement organe d’auto régulation et de régulation au Niger, en vue de soutenir et de consolider les médias nigériens, en matière de démocratie, de plaidoyer pour la paix et de bonne gouvernance, de faire jouer efficacement à l’ONIMED son rôle dans le paysage médiatique nigérien, dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et les défis électoraux.

ARTICLE 19 a accompagné l’ONIMED à : 1) Réviser les textes de la structure notamment dans le traitement des plaintes  et le Statut et du règlement intérieur 2) Organisé à Niamey un atelier de formation au monitoring de la presse écrite nigérienne à l’intention de l’ONIMED, elle a été suivie par une équipe de quatre moniteurs et par un analyste désignés par l’ONIMED.

Cet atelier de formation  a mis en exergue deux techniques : La technique du Global Media Monitoring Project. Il s’agit d’une approche d’étude, qui permet d’évaluer le traitement de l’information par la presse, mais aussi de mesurer le volume consacré par les médias à un sujet. Il offre, par ailleurs, la possibilité d’étudier, les orientations prises et les tendances adoptées par les journalistes, ainsi que la possible influence qu’ils peuvent avoir sur le public. La technique du monitoring électoral : Elle permet, pendant une période électorale, de mesurer l’audience des candidats dans les médias, les orientations adoptées dans le traitement de l’information, mais aussi le discours des candidats en termes de violence, d’incitation à la violence ou d’appels à la violence.

 ARTICLE 19 a aussi contribué au renforcement du secteur des médias au Niger, au profit des citoyens nigériens. Tous les Nigériens touchés par le programme, ont été sensibilisés à la consolidation du processus de démocratisation du Niger, au plaidoyer pour la paix et à la bonne gouvernance, et les médias sont plus consolidés et conscients de son rôle aujourd'hui.

Le programme a été un succès. Le secteur des médias au Niger a été renforcé au profit des citoyens nigériens. Tous les journalistes, professionnels des médias et autres parties prenantes concernés par le programme ont été sensibilisés au rôle des médias dans la consolidation du processus de démocratisation du Niger, dans le plaidoyer pour la paix et la bonne gouvernance. Le CSC a dépassé ses objectifs. L'Association des Professionnelles Africaines de la Communication (APAC) et la Coordination Nationale-Radios Communautaires  (CN-RACOM), sont aujourd'hui des associations médiatiques visibles, actives et plus solides, travaillant en étroite collaboration avec leurs membres. La Maison de la Presse est revitalisée et active, et l'autoréglementation ONIMED a été renforcée.

A travers son projet : « Doter CN-RACOM de Règles de Gouvernance partagées par tous et contribuer à l’amélioration du contenu de programme et gestion des radios communautaires », le CN-RACOM a élaboré un guide format radiophonique et formation de 103 Animateurs et Animatrices, de 103 radios communautaires, l’élaboration d’une charte des radios communautaires du Niger et validation avec 163 radios dans les 08 régions du Niger, à participer à l’élaboration d’un avant-projet de loi sur le financement des radios et télévisions communautaires et associatives, à la Création d’une page Facebook et d’un site web fonctionnels.

REFERENCES

LA LOI SUR L’ACCES A L’INFORMATION

http://www.osiris.sn/Acces-a-l-information-Article-19.html 

http://www.fesmedia-africa.org/fileadmin/user_upload/pdf/APAI_Declaration/APAI_decl_booklet_french_FINAL.pdf

https://www.article19.org/wp-content/uploads/2017/12/UNCAC_Information_Leaflet__FR.pdf 

https://www.huffpostmaghreb.com/2013/10/03/acces-information-tunisie-article-19_n_4035080.html 

« L’ACCES A L'INFORMATION SUR LE FINANCEMENT DES PARTIS POLITIQUES ET DES CANDIDATS AUX ELECTIONS EN OUGANDA ET AU SENEGAL »

http://media7.info/acces-a-linformation-et-la-transparence-du-financement-des-partis-politiques-le-financement-au-coeur-des-questions/

http://news.adakar.com/h/76751.html 

https://news.sen360.sn/politique/l-039-ong-039-article-039-039-19-veut-la-transparence-dans-le-financement-des-partis-politiques-au-senegal-directrice-521199.html 

PROGRAMME D’APPUI AUX MEDIAS AU NIGER  

https://www.youtube.com/watch?v=C-BMWrKlcaU&feature=youtu.be 

http://news.aniamey.com/h/80792.html 

http://www.anp.ne/?q=article/apac-recompense-les-medias-qui-ont-fait-la-promotion-de-la-femme-au-niger#sthash.M4ArEIWN.dpbs 

http://news.aniamey.com/h/73323.html 

http://www.cn-racom.org/index.php/qui-sommes-nous

https://www.nigerdiaspora.net/index.php/politique-niger/933-atelier-de-validation-de-la-convention-sur-l-equite-de-genre-dans-les-medias-pour-une-culture-mediatique-fondee-sur-l-egalite-du-genre-le-respect-du-droit-et-de-la-dignite-de-la-personne 

GAMBIE

http://thepoint.gm/africa/gambia/article/unesco-regional-youth-conference-centred-on-youth-power-in-ending-gambias-political-impasse 

https://www.article19.org/data/files/pdfs/publications/gambia-unfinished-business.pdf 

https://www.article19.org/data/files/pdfs/publications/gambia-still-under-threat.pdf 

https://www.article19.org/data/files/medialibrary/37753/Impunity-Day-Letter---Gambia-[ENG].pdf 

https://www.article19.org/data/files/pdfs/conferences/gambia-freedom-of-information-and-access-to-information.pdf[63]

https://www.ifex.org/africa/2012/05/10/achpr_statement/

https://www.article19.org/resources/un-hrc-state-violence-in-the-gambia-sustains-apparatus-of-censorship/

INTERVIEW

https://soundcloud.com/radiofutursmdias/rfm-matin-pr-babacar-fall-invite-fatou-diagne-senghor-du-12032018              Situation des Droits Humains au Sénégal

http://www.enqueteplus.com/content/fatou-jagne-senghor-directrice-article-19-afrique-de-l%E2%80%99ouest-%E2%80%98%E2%80%99%E2%80%A6le-pays-reste-divis%C3%A9-et-des                  Une année après la chute de Yahya Jammeh

http://www.rfi.fr/emission/20180121-relativement-libre-gambie-fatou-jagne-senghor

     «On vit relativement libre en Gambie»     Point sur la Gambie, après le départ de Yahya Jammeh

https://www.youtube.com/watch?v=6Sihkbx48ig – Situation des Droits Humains en Gambie

https://www.ifex.org/the_gambia/2018/03/08/fatou-jagne-senghore-profile/fr/

 Portrait de la Directrice Régionale ARTICLE 19 Sénégal/Afrique de l’Ouest, Fatou  Jagne Senghore

  1. « La dame de fer  Sénégambienne »: une défenseure acharnée des droits humains et de la liberté d'expression

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LE WEB ACTIVISME COMME OUTIL DE PARTICIPATION, D’ENGAGEMENT ET DE PROGRÈS.

Par Cheikh Fall


« Engagement citoyen des jeunes africain : le Web activisme comme outil de participation, d’engagement, de transformation et de progrès. »

Selon les Nations Unies, les jeunes représentent 18% de la population mondiale et sont âgés de 15 à 24 ans. Par extension, je définirai la population jeune comme étant âgée de 0 à 35 ans. Cette tranche d’âge constitue aujourd’hui la population la plus dynamique dans les processus de changement et de transformation. Cette jeunesse est engagée et cherche à avoir un rôle dans les processus politiques, sociaux et économiques dans leur pays.    

Elle constitue le socle sur lequel s’appuient les états pour favoriser le développement sur le plan social, économique et politique. Leur dynamisme, leur volonté, leur engagement et leur fougue constituent à la fois un atout mais aussi un moteur de développement.

Compter sur cette jeunesse revient à les accompagner mais surtout à les comprendre. Elle a toujours su utiliser sa force pour faire face à des violations de droits en disant « Non » courageusement et fièrement à des régimes autoritaires. Le passé montre que cette jeunesse a toujours combattu à la hauteur de ses moyens : par la marche, la manifestation, par l’interpellation directe, par l’affichage, par la revendication et par le plaidoyer. Sur le plan africain, l’histoire montre que certains leaders qui ont marqué la lutte et la revendication se sont manifestés très tôt à l’image du leader Nelson Mandela a commencé sa grande révolution tout jeune avec autant de conviction, de vision et d’engagement.

Un nouveau paradigme s’est donc imposé dans la démarche de l’engagement civique de cette jeunesse. Cependant, ce nouveau modèle installe bien des défis et des risques. Je ferai quelques propositions pour dégager de nouvelles voies et de nouvelles formes d’engagement civique pour les jeunes en mettant l’accent sur la dimension africaine de cet engagement par les Tics.

De nos jours, ces formes d’engagement et de participations sur le plan civique ont évolué. La révolution digitale est venue changer la donne et ouvrir de nouvelles brèches pour outiller cette jeunesse rendant l’engagement civique plus organisé mais aussi plus pertinent. Je présenterai à travers ce document l’exemple de la dynamique des cybers activistes sénégalais et de l’impact de l’e-participation citoyenne à travers ce document.  


Une jeunesse connectée

Quand les Technologies de l’Information et de la Communication bouleversent nos usages, nos rapports avec les autres, nos pratiques, nos comportements, nos causes, nos visions et nos combats, elles bouleversent aussi notre citoyenneté et notre engagement.

Comment les TIC ont propulsé de nouvelles formes d’engagement civique chez les jeunes africains et précisément chez nous jeunes sénégalais ? Comment les TIC peuvent apporter des solutions en encourageant l’engagement des jeunes sur les questions d’ordre politique ? Cette nouvelle façon d’affirmer et de vivre sa citoyenneté peut-elle avoir de l’impact dans la bonne marche de la société ?

Aujourd’hui, les jeunes constituent le principal public des réseaux sociaux sur internet. En janvier 2014, les utilisateurs des réseaux sociaux étaient à deux milliards sept cent millions. A ce rythme, ils atteindront d’ici 5 ans la moitié de la population mondiale.

Figure 1 : Nombre d'utilisateur des réseaux sociaux à travers le monde en janvier 2014

A travers ce document, je ferai un zoom  sur la situation africaine par rapport à l’importance de l’usage des TIC pour l’engagement civique des jeunes. Je montrerai comment à travers l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication, le continent africain pourrait avoir un bon en avant sur le plan politique d’abord, sociale par la suite et à la fin économique. A la fin, je donnerai des exemples basés sur mon expérience personnelle au Sénégal quant à l’usage des TIC pour stimuler l’engagement civique en créant des « citoyens nouveaux », des sentinelles de la démocratie et des acteurs de la démocratie participative.

Les citoyens n’attendent plus qu’on leur propose de participer en prenant part aux débats ou aux processus de développement politique, social et économique. Ils prennent la parole à travers des outils libres d’accès et démocratiques dans l’approche. Ils acquièrent un nouveau pouvoir et s’installent au cœur du dispositif : en signant des pétitions, en se rassemblant, en organisant des manifestations, des marches et des sit-in, en interpellant les autorités politiques, en tirant sur les sonnettes d’alarme, en rendant accessible les informations, en organisant et garantissant des processus de démocratie participative. Un « citoyen nouveau » peut naître avec l’usage des Technologies de l’information et de la Communication. Il devient dès lors, un moteur de changement et de développement.

Figure 2 : Comment les Tics peuvent favoriser l'engagement citoyen pour un changement politique, social et économique

TIC ET ENGAGEMENT CIVIQUE DE JEUNES : ZOOM SUR LE CONTINENT AFRICAIN

« La révolution numérique est une chance pour l’Afrique ! »

En Afrique, les crises surviennent très souvent en période post ou pré-électorale. Ensuite, elles mobilisent toutes les énergies pour une résolution, une pacification et dans une moindre mesure une redéfinition de la feuille de route pour un développement économique. Entre l’équation d’une stabilité politique, d’une cohésion sociale et d’une politique de développement économique, le rôle de la jeunesse devient primordial dans une société orientée vers les nouveaux usages par le biais des Technologies. Pour une réelle stratégie de développement économique, l’Afrique doit d’abord assurer des transitions politiques libres et transparentes. La stabilité des états africains est avant tout la condition sine qua non à tout processus de développement et de démocratisation.

L’Afrique et quelques chiffres alarmants en période pré ou post-électorale :

3.248 morts durant la crise post-électorale en Côte d’Ivoire en 2010.

800 morts durant la crise post-électorale au Nigéria selon Human Rights Watch en 2011.

24 personnes tuées après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2011 en RDC

Plus de 1 000 morts et 600.000 déplacés en 2007 durant la crise post-électorale en RCA.

Le président du Conseil Constitutionnel du Sénégal assassiné durant la période électorale en 1993.

Pourquoi ?

J’évoquerai quelques-unes des raisons les plus flagrantes en prenant l’exemple sur certains pays dont le processus électoral est souvent émaillé de violences et de graves dysfonctionnements des institutions électorales. Ces constats très amers constituent des menaces réelles à la paix civile car, les mauvaises pratiques qui affectent la crédibilité des résultats donnent irrémédiablement lieu à des contestations annonciatrices de conflits post électoraux aux conséquences imprévisibles.

Ces raisons annoncées plus haut sont :

La non prise en compte des recommandations et absence d’écoute des jeunes ; L'exclusion totale de la société civile (les jeunes) dans la gestion du processus électoral ; La plupart des médias sont partisans et diffusent des messages qui incitent à la haine et à la violence, manque de confiance sur les nouveaux médias ; Pire, très faible éducation civique et électorale de la population faute de moyens financiers mais aussi faute d’une politique de communication circulaire orientée nouveaux médias ; L'exclusion des citoyens observateurs dans les opérations de dépouillement du vote, en violation des procédures en la matière ; La non organisation de l'éducation civique et électorale et de l'observation électorale chez la population jeune ; L'absence d'un cadre formel de dialogue entre tous les acteurs impliqués dans le processus électoral ;

Dans d’autres contextes, malgré la grande mobilisation des citoyens électeurs, les élections étalent très souvent leur lot de problèmes. Des dysfonctionnements des organes étatiques en charge d’organiser et garantir le processus électoral aboutissant ainsi à de graves violations des droits de l’homme. Ces situations ont fini par ruiner des pays, occasionner de graves crises politiques donnant naissance à des guerres civiles ou génocides. Elles trouvent aussi leur source sur le manque d’accès à la bonne information qui peut très largement contribuer à attiser les tensions. Dans son rapport final de mission d’observation électorale pour la présidentielle de 2010 en Guinée, l’Union Européenne (UE) note que: « le manque structurel de moyens et, parfois, le faible niveau de formation des journalistes limitent la qualité de l’information relayée ».

A ce niveau, il est évident que les problèmes viennent des autorités qui ont la responsabilité d’organiser et d’encadrer un processus électoral libre et transparent. La société civile par le biais d’un engagement civique doit ainsi assurer un rôle d’avant-gardiste à plusieurs niveaux pour un changement positif. En intégrant dans une démarche inclusive :

Une stratégie d’éducation civique à long terme.

Une mise en place d’une meilleure synergie d’actions et développer des programmes communs et harmonisés d’observation citoyenne des élections et des processus démocratiques.

Cependant, il est important de noter que ces défis ne peuvent être relevés que par un engagement fort et une prise de conscience collective des citoyens - surtout les jeunes - dont l’avenir est pris en otage par les hommes politiques. Il en est de même pour tous les pays africains qui ont besoin de nouveaux leaderships qui prennent leur destin en main.

Figure 3: impact d'un processus electoral libre, transparent et démocratique

Une jeunesse engagée et citoyenne est aujourd’hui la clé pour accompagner le continent africain vers cette révolution. Une révolution douce propulsée par les TIC. Elle devra permettre à la jeunesse de mettre en œuvre ou de contribuer par des actions (projets, causes …) collectives, a une nouvelle forme d’engagement citoyen et de participation à la vie politique, sociale et économique.

Cette nouvelle forme d’intégration et de participation apportera des solutions concrètes et idoines aux problèmes majeurs qui freinent le développement  et l’unité du continent.

Aussi, hormis les questions ponctuelles de résolution de crise – dans certains pays –, cette dynamique citoyenne de la jeunesse se veut une sentinelle de la démocratie des pays africains. A ce titre, elle est résolue à intervenir directement ou à faire intervenir des acteurs dans les différents processus de changement politique, économique et social.

Les choses ont évolué et les TIC sont venues apporter une nouvelle forme de participation et d’engagement en démocratisant l’accès à l’information, facilitant la prise de parole, rendant possible la citoyenneté augmentée et permettant une redéfinition des rôles autour de l’engagement civique. Cette nouvelle dimension permettra de mener et de piloter des projets de développement et d'implication citoyenne dans les dispositifs démocratiques. Elle développera bien évidemment des stratégies visant à surveiller et faire surveiller les dirigeants politiques dans leurs actions et dans la réalisation de leurs promesses pour inciter à la transparence et à la bonne gouvernance. Elle sera une vitrine de la citoyenneté augmentée en Afrique sur les axes suivants : Bonne gouvernance, transparence, démocratie participative, reddition des comptes, lutte contre la corruption et l’impunité, solidarité, politique économique et de croissance inclusive.

ÉTUDE DE CAS #SUNU2012: ENGAGEMENT CITOYEN POUR GARANTIR UN PROCESSUS DÉMOCRATIQUE

Comment veiller sur la transparence des processus électoraux? Comment enrichir la transparence et améliorer la bonne gouvernance dans une démocratie? C'est en voulant apporter des éléments de réponse que le projet web citoyen Sunu2012 a été porté sur les fonts baptismaux. Sunu2012 est un projet web que j'ai conçu avec le réseau des blogueurs sénégalais sur la base d'une initiative citoyenne et volontariste pour la transparence du processus démocratique. Piloté par de jeunes activistes sénégalais et lancé depuis juin 2011, le projet a rencontré un succès fulgurant durant l'élection présidentielle sénégalaise de 2012.

En tant qu'initiateur du projet nous nous considérons comme des citoyens modèles qui œuvrent pour la démocratie. Car les médias traditionnels, selon moi, ne donnent pas toutes les informations au citoyen. C’est pour combler ce manque que j'ai investi la Toile, et plus particulièrement les réseaux sociaux. Le but était d’utiliser tout le potentiel des nouvelles technologies de l’information et des communications afin de sensibiliser les citoyens aux enjeux des élections. Les objectifs visés se situaient donc sur trois axes : l’accès à l’information et la participation citoyenne, la transparence du processus démocratique et l’implication des acteurs politiques.

ACCÈS À L’INFORMATION ET PARTICIPATION CITOYENNE

Figure 4: Schéma directeur d'une participation citoyenne des jeunes dans un processus démocratique.

Sunu2012 est à la fois un outil d’informations et un espace virtuel d’échanges entre citoyens Sénégalais. Le site donne une interface commune qui présente tous les candidats, leur programme, leur agenda et leur parcours. Chaque candidat a son profil personnel qu'il gère lui-même. Les informations y sont déployées par lui-même ou par sa cellule de communication attitrée pour cette tâche. Les citoyens y ont aussi la possibilité de s’exprimer sur n’importe quel fait par rapport à un candidat. Sans position partisane, ils soumettent leurs commentaires, portent des jugements et critiquent les programmes politiques proposés par les différents protagonistes. C’est un moyen de retrouvailles entre Sénégalais pour discuter de la situation politique, pour s’informer et en même temps pour donner son point de vue par rapport au processus électoral.

La plate-forme vise à encourager la participation citoyenne, dans l’optique non seulement d’inciter les gens à voter massivement, mais aussi à s’informer rigoureusement sur les programmes électoraux des partis afin de faire un choix éclairé le jour du vote. C’est une invitation à s’approprier les technologies pour investir la sphère politique et faire de chaque citoyen un vecteur d’information et de changement pour assurer le respect du processus démocratique tout au long de la campagne. Tel que je l'ai expliqué, nous voulons réveiller l'esprit citoyen de chaque Sénégalais, en incitant à aller voter, à devenir des citoyens modèles. "Sunu" ("notre" en français), cela veut dire que ces élections nous appartiennent, à nous les citoyens sénégalais.

SUNU2012 veut amener le citoyen sénégalais à prendre conscience qu’il a son mot à dire dans les processus électoraux. Il s’agit de donner la parole aux Sénégalais en leur disant que l’élection présidentielle leur appartient, du moment où c’est le rôle des citoyens de choisir celui va diriger le pays. Tout est mis en jeu pour que les Sénégalais prennent en compte l'enjeu et l'importance des élections en leur donnant un rôle actif à jouer dans le processus démocratique et en incitant chacun à devenir un citoyen modèle. Plutôt que d’inciter à la violence, Sunu2012 mise plutôt sur des élections libres, transparentes et démocratiques pour assurer des lendemains meilleurs au Sénégal.

Sunu2012, c’est aussi une initiative pour inciter les citoyens Sénégalais à s’intéresser davantage à l’Internet et ses nombreuses possibilités. La portée des technologies permet en effet de véhiculer le message de la population sénégalaise aux quatre coins du monde. En regard des événements en Tunisie et en Égypte, cela part aussi du constat qu’il faut, en Afrique, amener les gens à s'investir de façon citoyenne dans les processus démocratiques en y associant les nouvelles technologies.

Ainsi, le site a fait l’objet d’une mobilisation sans précédent auprès des internautes, tant au niveau des échanges entre citoyens qu’au niveau du partage d’informations. L’utilisation des médias sociaux à cet effet a d’ailleurs permis de toucher une grande partie de la jeunesse sénégalaise présente sur ces réseaux. Mais surtout, l’initiative a permis de leur donner une voix, une tribune d’expression pour leurs craintes, leurs questions, leurs frustrations, mais aussi leurs espoirs. Avec Sunu2012, l’internaute a toute la liberté de s’exprimer librement, de façon indépendante et citoyenne.


TRANSPARENCE DU PROCESSUS DÉMOCRATIQUE

Sunu2012 veut informer de façon citoyenne et patriotique. Ainsi, tous les quatorze candidats figuraient sur la plate-forme, sans aucun parti pris. Neutralité est le mot d’ordre afin de répondre aux exigences de la démocratie et du scrutin électoral. Avec la mise en ligne d’une abondante quantité d’informations, les citoyens ont tous les outils nécessaires à portée de mains pour prendre une décision éclairée le jour du vote. Cet accès à une information non partisane est le premier gage d’une transparence au niveau du processus démocratique.

Sunu2012 a aussi des ramifications sur Facebook et Twitter, ce qui permet à tous les internautes ayant une information sur l’élection présidentielle de la partager et de la rendre accessible à tous. La plate-forme incarne ainsi une veille démocratique aux multiples branches ; sur les réseaux sociaux, mais aussi grâce à son blog à vocation 100% participative et citoyenne qui assure une couverture médiatique sans précédent. C'est aussi une chaîne vidéo sur YouTube, des ramifications sur des plateformes médias et sur les blogs de journalistes.

Toutes ces sources d’informations forment une veille quasi permanente, susceptible de révéler toute anomalie politique. Les internautes Sénégalais se sont ainsi transformés en e-observateurs en partageant sur le Web toute information d’intérêt public, assurant ainsi un rôle de sentinelle de la démocratie tout au long de la campagne électorale.

L’utilisation de Twitter a notamment permis aux citoyens de couvrir les manifestations et d’informer en temps réel sur le déroulement des événements à partir de leur téléphone portable, permettant par le fait même de commenter directement ce qui se passe sur les lieux et d’éviter toute censure de la part de la presse ou des politiciens. De même, ces mêmes téléphones portables permettaient souvent de filmer et de prendre des photos pour ensuite les partager via les médias sociaux, donnant ainsi accès à de nouveaux points de vue qui ne sont pas nécessairement représentés par les médias.

Cette veille citoyenne sur Twitter a entre autres permis de rectifier certaines informations auprès des médias. Ainsi, certains médias sociaux relayaient mal l'information en expliquant que les manifestations étaient dues à l'invalidation de la candidature de Youssou N'dour. C'est sur le fil sunu2012 (fil sur lequel sont centralisées toutes informations politiques diffusées sur le Sénégal) que cette mauvaise information a été corrigée, alors que les manifestants déploraient plutôt la validation de la candidature de Wade.

Une forte veille sur le fichier électoral m'a aussi permis de dévoiler une faille sur la plateforme en ligne de la base de données des inscrits dans le fichier election2012.sn. Mon billet publié dans mon blog et diffusé sur le fil sunu2012 permettra plus tard de corriger cette erreur.

De même, après les élections, la plate-forme Sunu2012 est appelée à continuer ses activités et à devenir un observatoire de tous les processus démocratiques au Sénégal. C'est par le fact-checking que les jeunes cyber-activistes sénégalais comptent suivre pas à pas les politiques qui ont des responsabilités dans l'appareil d'état.

IMPLICATION DES ACTEURS POLITIQUES AVEC LES NOUVEAUX MÉDIAS

La dernière facette du projet vise à augmenter la présence des politiciens sur le Web et dans les réseaux sociaux en général afin qu’ils puissent exposer en détails leur programme, toujours dans une idée de transparence du processus démocratique. Les politiciens au Sénégal et généralement en Afrique sont pour ainsi dire absents de la Toile, pourtant ce n’est pas faute ni d’éducation, ni de moyens, ni d’accès à l’informatique ou à une connexion. Ainsi, d’une part, il y a une sensibilisation qui est effectuée auprès des politiciens quant à l’importance de leur présence sur le web, non seulement en guise de publicité, pour rejoindre entre autre l’électorat que représente la jeunesse, mais aussi en tant que gage de crédibilité. En effet, la présence sur Internet implique une certaine ouverture de la part du candidat, non seulement à la technologie, mais aussi aux possibilités offertes par Internet, et démontre finalement un respect du politicien pour le processus démocratique puisqu’il est prêt à s’y soumettre en jouant la carte de la transparence avec son programme affiché en ligne. Publier son programme, c’est finalement donner une preuve à la population que le parti est structuré et quelles sont ses idées et lignes politiques. Les paroles des candidats s’envolent après les élections, lorsque les remous de la campagne s’éteignent, mais les écrits, eux, demeurent…

D’autre part, l’implication des acteurs politiques sur Internet, c’est aussi les inciter à créer des liens avec la population, par le biais des réseaux sociaux notamment, afin de donner une plate-forme d’échanges entre candidats et citoyens. Ceux-ci peuvent poser des questions aux candidats, éclaircir des enjeux qui peuvent leur paraître obscurs, leur demander leur position sur telle question, etc. Encore une fois, c’est donner tous les outils nécessaires aux citoyens pour faire un choix éclairé. Favoriser l’utilisation des réseaux sociaux par les politiciens, c’est instaurer une dynamique d’échange pour la bonne gouvernance du pays. Sunu2012 prône une démocratie dans laquelle les citoyens sont véritablement écoutés, pour arriver à une mouvance politique qui part du bas pour aller vers le haut et non plus simplement une politique imposée par les dirigeants.

Certes, plusieurs politiciens et partis politiques africains sont très peu présents sur le Web et l’utilisation des réseaux sociaux par ceux-ci est réduite, mais la plate-forme Sunu2012 a néanmoins été un premier pas en ce sens en instaurant de nouveaux critères de transparence et d’échange pour la campagne électorale.

E-DÉMOCRATIE EN AFRIQUE

Figure 5: Implication des jeunes aux processus de democratie participative

Rarement une élection dans un pays de l’Afrique de l’Ouest aura suscité un si grand intérêt sur les médias sociaux et pour les médias tout court. Les jeunes Sénégalais se sont mobilisés sur la Toile pour marquer leur détermination et leur volonté à œuvrer pour la victoire de la démocratie. Un engagement civique qui peut être considéré comme une première sur les nouveaux rôles que les nouveaux médias ont octroyé aux jeunes. Au premier et au deuxième tour en février et mars 2012, le Sénégal a voté dans la paix, et a démontré de la façon la plus magistrale possible, que les Technologies de l’information et de la communication par les réseaux sociaux font et feront désormais partie des processus de démocratie. Avec tout le succès qu’a connu le projet Sunu2012 pendant la campagne électorale, mais surtout avec l’ampleur de la participation citoyenne pendant la campagne, le Sénégal reste une belle vitrine de la démocratie africaine.

Plus encore, Sunu2012 a démontré la puissance du Web en tant que vecteur de changement, ainsi que la vitalité de la liberté d’expression au sein de cet écosystème informationnel. Les internautes sénégalais sont maintenant présents pour veiller au respect de la transparence, de l'équité et de la légalité des élections. Désormais, il faudra compter avec Twitter et Facebook dans les élections, au Sénégal comme partout en Afrique, et ailleurs.

A l’image de SUNU2012, d’autres jeunes se sont manifestés en Afrique par leur implication et leur engagement dans la sphère politique, sociale et économique. Je citerai quelque pays à titre d’exemple :

Côte d’Ivoire : Mobilisation citoyenne de la jeunesse durant l’élection présidentielle de 2010 et implication durant la crise post-électorale.

Kenya : Engagement de la jeunesse, constitution d’une société civile, création d’un crowdmap, création d’un logiciel pour prévenir les violences.

Tunisie : Moteurs du printemps arabe avec l’utilisation des réseaux sociaux.

Cette nouvelle façon de s’engager vient améliorer les pratiques traditionnelles en vue d’améliorer les conditions politiques, sociales et économiques.

L’engagement civique prend une nouvelle forme. Les jeunes prennent maintenant le contrôle de l’information, participent à l’élaboration des réformes, contribuent à la construction d’une société démocratique. Cet engagement devient, comme je l’ai dit plus haut, le moteur du changement et du développement car permettant un renforcement du capital humain et social mais aussi une participation active de la population jeune à la prise de décision, au leadership et à l’entreprenariat.

Gouvernance, société civile et Médias, quelle synergie pour le triptyque du changement démocratique en Afrique ?

Par Safwene Grira

Introduction

En biologie, la synergie est définie comme «l’association de plusieurs organes pour l'accomplissement d'une fonction physiologique». En ce sens, la respiration est la fonction physiologique dont l’accomplissement se fait par le concours de plusieurs organes, tels que le larynx, la trachée, le diaphragme ou le cœur. La synergie, qui s’analyse comme une forme de collaboration dans la réalisation d’un objectif commun, rejoint ainsi sa définition étymologique, sunergia (en grec, coopération).

L’approche biologique est adaptée au contexte du changement démocratique. Si la synergie est bien « une forme de coopération » elle se distingue, pourtant, de celle-ci. Contrairement aux coopérations classiques, où l’assentiment est une condition rédhibitoire, point n’est besoin ici d’avoir systématiquement l’assentiment de la composante avec laquelle on peut entrer en synergie.

Une organisation de la société civile qui dénonce, par exemple, des exactions aux droits de l’homme dans les prisons n’a pas recueilli, auparavant, l’approbation de l’administration pénitentiaire ou des pouvoirs publics. Une instance de régulation n’est pas censée agir de concert avec une radio à laquelle elle adresse un rappel à l’ordre suite à la transmission sur ses ondes de propos faisant l’apologie du terrorisme, pour prendre un autre exemple.

Il n’en demeure pas moins que dans d’autres cas, la synergie est bien synonyme de coopération, voire de collaboration. Dans ce cas, c’est une démarche active qui nécessite, non seulement l’accord express, mais aussi des démarches accomplies de concert pour servir une vision commune. A mesure que le changement démocratique se concrétise, on assiste au renforcement de la dimension « assentiment implicite» dans les actions synergétiques qui seront acceptées comme règle du jeu du « contrat social » institutionnel.

L’objet de cette contribution n’est pas de poser le triptyque de la gouvernance, de la société civile et des médias comme ressorts exclusifs du changement démocratique. Il serait hasardeux de l’affirmer péremptoirement, tant la conduite des affaires humaines n’obéit pas à une logique scientifique. Néanmoins, il serait possible d’affirmer, sans grand risque de se fourvoyer, qu’à travers ces trois éléments, on arrive à impacter considérablement le moteur du changement démocratique. Il s’agit, en effet, en évoquant les acteurs de la gouvernance, de la société civile et des médias, des meilleurs moyens connus pour atteindre l’objectif du changement, et pas de finalités en soi. Cette distinction est essentielle dans l’appréciation des concessions, qu’on pourrait se permettre par rapport à la doxa, dans la réalisation du changement qui demeure, ainsi, la véritable finalité.

D’autant plus que le concept de changement démocratique s’est enrichi, au fil des années, de plusieurs affluents, à commencer par les nouvelles « générations de droits ». C’est à l’aune de cette stratification politico-historique, incluant jusqu’au droit à l’éducation et de l’environnement, qu’il faut désormais lire l’article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Citoyen qui affirmait "Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution."

Autrement dit, toute société dans laquelle le droit à l’éducation, à l’alphabétisation ou à la santé n’est pas assuré, n’a pas réalisé de changement démocratique.

Sans être ainsi synonymes de changement, la bonne gouvernance, l’action civile ou médiatique s’avèrent en lien étroit avec les objets du changement. Le choix de ces trois éléments est dès lors justifié par le fait qu’il n’y ait pas d’objet du changement (éducation, santé) sans qu’il n’ait pour levier, au moins, deux de ces trois éléments. C’est à partir de l’action conjuguée de deux éléments que naît la synergie. Parvient-elle, pour autant, à produire les effets escomptés, ceux du changement démocratique ? Insuffisamment, tel qu’en témoignent les faits, et ce en raison de limites et vicissitudes, qu’on essaiera de traiter dans la présente contribution.

Une série de trois remarques s’impose, toutefois, à titre préliminaire:

1° Pour des raisons de commodités, l’on retiendra une approche minimaliste dans la conception du changement démocratique, c’est-à-dire la démocratie comme système de gouvernance et les droits dits de première génération (libertés et droits politiques). Cela ne nous empêchera pas, d’aborder, parmi les « succès stories » synergétiques, le cas de la mobilisation contre l’épidémie Ebola ou la question du développement.

2°Les analyses livrées ici sont le fruit d’observations et d’imprégnations « passives » nourris par quelques années de travail journalistique en rapport avec l’Afrique subsaharienne francophone. C’est donc cette partie du continent, ainsi que le Maghreb, qui seront au cœur de cette contribution.

3°La dimension impressionniste qui peut se dégager de ce travail est en partie imputable à l’insuffisance de données statistiques (absence de données, ou données qui ne sont pas à jour). Il s’agira, dès lors, davantage de pistes de réflexions qui sont lancées, que d’un travail scientifique en bonne et due forme.

I° La synergie en action: effervescence des composantes et « success stories »

Prises isolément, les trois composantes du triptyque dessinent, partout en Afrique, une tendance plutôt linéaire sur les trois dernières décennies. Cette effervescence sur le plan « quantitatif », qu’on illustrera à travers des exemples, constitue la condition première de la réalisation de la synergie, encore qu’elle est loin d’être suffisante, comme on le verra plus loin. Ce canevas (A) donnera lieu, tous les jours, à des « combinaisons gagnantes » où des acteurs réels ou hypothétiques de la gouvernance (pouvoirs publics ou opposants), société civile et médias prennent part au changement qu’ils désirent voir dans leurs pays respectifs, et même au-delà, à l’échelle continentale, avec des résultats plutôt probants (B).

  1. Effervescence des éléments synergétiques:

Nous verrons, ainsi, successivement, l’ouverture progressive du jeu politique, matérialisée par l’explosion numéraire des partis politiques et autres indicateurs formels d’une nouvelle gouvernance (1), la nouvelle donne médiatique, avec la fin du monopole étatique sur les moyens de communication (2). En troisième lieu, ce sera l’entrée en jeu d’une nouvelle société civile prenant place à côté des chefferies traditionnelles (3).

  1. Multiplication des indicateurs formels d’une nouvelle gouvernance:

Depuis une trentaine d’années, une tendance esquisse une ouverture « formelle » du jeu politique, avec la multiplication des partis comme acteurs incontournables de la vie publique (a), le recours aux élections comme moyen privilégiée d’accès au pouvoir (b) ainsi que l’émergence, en amont, de nouvelles institutions consacrant, formellement, un renouveau démocratique (c).

  1. Partis politiques

Au lendemain des indépendances, la plupart des pays africains ont fait le choix du monopartisme, ou parti unique. Ce système est défini par l’existence d’une structure partisane ayant le monopole de l’activité politique au sein de l’Etat, en même temps qu’elle se trouve confondue avec celui-ci. Le choix de ce système a souvent été justifié, historiquement, par le souci de préserver la cohésion nationale, à une époque où elle était fragilisée par les stigmates de la colonisation, mais aussi par la nécessité de gagner « la bataille du développement », qui s’accommoderait mal, estimait-on, avec la démocratie. Dans les faits, l’instauration du système du parti unique dans près de 43 pays africains, a ouvert la voie à l’autoritarisme, et dans plusieurs cas, à la dictature, sans déblayer la route, comme on l’espérait, au développement économique et social. A partir des années 1990, sous l’effet de facteurs géopolitiques et sociaux, le jeu politique cédait, peu à peu, au multipartisme, tant et si bien que le monopartisme n’existe pratiquement plus aujourd’hui en Afrique. Sa réminiscence dans le seul Etat de l’Erythrée, le plus jeune Etat d’Afrique, après le Soudan du Sud, témoigne de la corrélation historique entre postindépendance et monopartisme.

L’instauration du multipartisme a emprunté des cheminements différents en Afrique. Dans tous les cas quasiment, l’ouverture résultait d’une revendication populaire et politique, plus ou moins pressante. Celle-ci pouvait se trouver soutenue par des pressions étrangères (cas des pays des Conférences souverains au début des années 1990) ou pas (Algérie en 1988).

Parfois, le multipartisme aura été un des prix de la paix sociale, notamment après une guerre civile (Mozambique). Dans d’autres cas, plus rares, il résultait de la volonté des dirigeants estimant le moment « historique » propice à une ouverture, demeurant toutefois « contrôlée ». C’est notamment le cas du Sénégal de Leopold-Sedar Senghor, avec un multipartisme contrôlé, à partir de 1976, avant de devenir intégral sous Abdou Diouf. C’est également le cas de la Tunisie de Habib Bourguiba, à partir de 1981, même si un nouveau tour de vis a été vite opéré.

Toutefois, on peut estimer que depuis les années 90, le multipartisme n’a pratiquement jamais connu de machine arrière (le contre-exemple étant celui du Zaïre de Mobutu qui s’ouvrait au multipartisme, en 1991, avant que les partis ne soient de nouveau interdits, avec la RDC de Laurent Désiré Kabila, en 1997). Depuis, c’est une véritable inflation des partis politiques qui est relevée, tel que peut en rendre compte les graphiques suivants, pris sur deux pays appartenant à deux régions africaines différentes.

L’inflation des partis a eu pour corollaire la mise sur pied de « rassemblements », une pratique qui a particulièrement le vent en poupe en Afrique. Ces coalitions concernent le plus souvent les partis d’opposition, désireux de peser davantage face au pouvoir. C’est le cas en RDC, du G7 ou du Rassemblement de l’opposition. Dans d’autres cas, comme en Côte d’Ivoire avec le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), les rassemblement tient lieu de majorité présidentielle. Ces formations sont à distinguer des coalitions circonstancielles qui se nouent à la veille de scrutins, et qui se défont au lendemain d’une déconfiture électorale.

  1. Les élections, moyen privilégié d’accès au pouvoir

Autre indicateur formel prêchant pour une gouvernance plus démocratique, le renoncement, de plus en plus marqué, aux coups d’Etat comme moyen d’accéder au pouvoir. Le continent qui a connu depuis la deuxième moitié du XX° siècle près de deux cents coups d’Etat, « réussis » ou échoués, enregistre, aujourd’hui, une nette tendance à la baisse. Là encore, des éléments extrinsèques ne sont pas étrangers au renoncement aux putschs, qui sont de moins en moins « viables », avec les sanctions économiques ou diplomatiques, exercées par les communautés africaine et internationale (cf. coups d’Etat en: Guinée et Mauritanie en 2008, Mali et Guinée Bissau en 2012, etc.). Signe que les temps ont changé, les derniers coups d’Etat africains ne sont plus des putschs de palais ou de casernes, mais viennent se greffer sur revendication populaire préexistante, pour les légitimer. C’est le cas du Zimbabwe, en 2017, du Burundi en 2014 ou de l’Egypte en 2013. Inversement, fait nouveau, la pression populaire fera échouer des coups d’Etat, comme ce fut le cas au Burkina Faso en 2015.

  1. Le renouveau du constitutionnalisme africain :

On peut situer au début des années 1990, le renouveau du constitutionnalisme africain. Sur le plan géopolitique, la chute du mur de Berlin a conduit, en effet, à un remodelage des relations entre les pays occidentaux, comme la France et les Etats-Unis, avec les Etats d’Afrique. Désormais, le soutien accordé aux Chefs d’Etat africains ne seraient plus fonction de leur disposition à se hisser en rempart contre « l’invasion rouge », désormais sans objet, mais à leurs efforts en termes de démocratisation et de protection des libertés fondamentales. C’est notamment ce qui s’est dégagé du fameux discours de la Baule, en juin 1990, dans le cadre de la 16ème conférence des Chefs d’Etat d’Afrique et de la France.

Cette conjoncture internationale favorable n’aurait se concrétiser si elle ne s’était pas accompagnée, en amont, par le réveil de la société civile et, généralement, toutes les forces vives du changement en Afrique. Au-delà des Conférences souveraines dans un certain nombre d’Etats d’Afrique, le constitutionnalisme s’invitait plus volontiers dans le débat démocratique, avec pour objectif de «créer les conditions de construction d’un nouvel édifice institutionnel », en sonnant le glas de l’exercice autoritaire du pouvoir, symbolisé par un présidentialisme, la garantie des droits fondamentaux, de la séparation des pouvoirs, la délimitation des domaines respectifs de la loi et du règlement et du pluralisme.

  1. La nouvelle donne médiatique

Le paysage médiatique africain a été marqué, au lendemain des indépendances, par la prévalence des médias d’Etat. Si des raisons historiques et techniques expliquent ce monopole, il faut dire que l’exclusivisme des moyens de communication a également été une politique sciemment pratiquée par les pouvoirs publics. Le monopole des moyens de communication par l’Etat n’était que le corollaire de celui de l’expression politique, avec le « média unique » comme pendant du « parti unique ». Tant et si bien qu’un nouveau verrouillage politique avait souvent pour conséquence un verrouillage médiatique. C’est le cas de la Tunisie de 1963, quand, suite à une tentative de putsch, le président Bourguiba instaurait le parti unique, en même temps qu’il interdisait des journaux de l’opposition, tel qu’EL Taliaa et la Tribune du progrès du Parti communiste tunisien (PCT).

Inversement, des inflations médiatiques ont souvent été enregistrées à la suite de l’abandon du multipartisme, ou simplement, dans le cas d’une ouverture politique. C’est le cas de la même Tunisie, avec l’explosion du nombre de télévisions privées, au lendemain de la révolution du 14 janvier 2011.

Mais le pluralisme politique n’est pas le seul facteur expliquant la « démocratisation de la parole », qui se manifestait par la création de milliers de médias à travers le continent. Les avancées de la technologie numérique ont également largement contribué, pour reprendre Marie-Soleil Frère, à « définir les contours d’un nouvel espace public, à instaurer une tradition de contestation, à désacraliser l’autorité, à proposer de nouvelles modalités de participation aux citoyens », via, notamment, la société civile.

  1. Une société civile foisonnante

L’évolution de la société civile dans le continent africain n’a pas été, non plus, sans lien avec l’état d’ouverture politique. A cette différence près, que son endiguement a été parfois plus délicat à maîtriser par les pouvoirs publics que pour les partis politiques. La raison tient à l’existence de ce qu’on pourrait appeler «une société civile » originelle, qui a autant de légitimité que les partis politiques des « présidents fondateurs » puisqu’elle aura été partie prenante au processus de décolonisation (mouvement syndicaux, travailleurs, avocats, etc.) ou parce que son existence est antérieur à l’indépendances (Eglises), notamment lorsqu’elle aura joué un rôle dans la formation des élites politiques, comme dans le cas du Burkina Faso.

Par ailleurs, l’objet jamais politicien, et pas toujours politique, fournissait peu de prétextes à leur interdiction, encore que ça pouvait donner lieu à des mesures de restrictions, voire, dans certains cas, à des répressions. Ce sera systématiquement le cas lorsque l’objet de l’organisation de la société civile en question se propose de dénoncer les vicissitudes d’un régime politique, comme les atteintes aux droits de l’homme ou la corruption.

C’est que, pour les considérations expliquées ci-haut, ces mouvements sociaux ont aussi fourni un refuge aux hommes politiques de tout bord pour poursuivre leur action politique, sous couvert d’action civile, pour contourner le verrouillage politique qui ouvrait peu de perspectives à l’action politique. Ce sera ainsi le cas de la Tunisie, avec la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Amnesty International, voire, la Centrale syndicale ou le barreau. Nonobstant l’ouverture du jeu politique, dans la plupart des pays africains, ce réflexe de contournement perdura, jusqu’à aujourd’hui, alors qu’il est devenu sans objet. Cet aspect sera toutefois abordé, plus loin, dans la partie consacrée aux vicissitudes de la synergie.

Quand la conjoncture politique était favorable, il était observé, immanquablement, un essor de la société civile. Dans la perspective des élections qui se sont tenues au courant de l’année 2005 au Burundi, introduisant la fin de la transition politique, la société civile connut un saut quantitatif remarquable dans ce pays de la région des Grands Lacs. « Une étude du centre Ubuntu démontre qu’en 2003 le Burundi comptait 1405 associations et plus de 100 ONG internationales. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique ce nombre est monté jusqu’à 2000 associations au début de l’année 2006». Le même constat pourrait être fait pour la Tunisie, avant et après le changement de 2011, pour l’Algérie dans la parenthèse démocratique suivant les évènements d’octobre 1988.

Inversement, et sans préjudice de son projet d’émancipation national, « le projet politique développé par le régime sankariste rendait inévitable la confrontation avec l’ensemble de la société civile», notamment via les comités de défense de la révolution. Si le «coup d’État du 15 octobre 1987 a permis l’amorce d’une réconciliation avec la société civile, c’est surtout l’amorce du processus de démocratisation à partir de 1991 qui a créé un contexte favorable à l’essor de cette dernière.»

Face au défi du développement, la société civile se fit souvent partenaire de l’Etat, dans l'espace économique, pour l’élaboration des politiques publiques. Ce rôle est favorisé par le désengagement de l’Etat de plusieurs secteurs qui crée autant des espaces vacants, occupés par une société civile qui, financée par des bailleurs de fonds, se professionnalise progressivement et acquière des capacités de gestion de projets de développement, à l’intérieur d’un paradigme participatif. Le rôle qu’elle exerce dans l'espace politique est pourtant, le plus bruyant: appels à une plus grande transparence et redevabilité des gouvernants, militantisme en faveur des droits des femmes et des enfants, réclamation de meilleurs services publics, etc.

  1. La synergie opérante, des « success stories »

On appelle ainsi, synergie du triptyque, l’ensemble des fonctions entrant en interaction en produisant un effet bénéfique sur le changement démocratique. Le détail de cette relation complexe fera l’objet d’un graphique qu’on retrouvera en deuxième partie. Il serait néanmoins utile d’en esquisser, ici, quelques aspects fondamentaux.

Il est généralement admis que la fonction « gouvernance » consiste dans la conduite des affaires publiques, autrement dit, dans l’élaboration et la mise en application de politiques publiques, le tout dans le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Cette condition a pour corollaire de garantir l’exercice et de favoriser l’efficience de l’action civile et celle médiatique, sans préjudice de différents mécanisme de contrôle en amont ou en aval (cadre légal, financement, régulations) via, par exemple, des institutions « indépendantes ».

Pour les acteurs potentiels de la gouvernance, qu’on appellera opposition, il s’agit de surveiller la gouvernance réelle, tout en proposant une alternative opérationnelle à l’occasion d’une alternance. Les médias, quant à eux, prennent en charge l’exposition didactique du débat public à l’endroit des citoyens qui se constitueront, ainsi, une « opinion publique ». Ainsi informés, les citoyens se trouveront dotés, en vue d’échéances électorales connues d’avance, des outils nécessaires à l’évaluation de la politique publique et des projets alternatifs. Appliqué au volet des politiques publiques, la société civile peut être un partenaire de l’Etat dans l’exécution de ses projets, en agissant par exemple comme relai auprès des citoyens. Elle est également dotée d’une fonction « sentinelle » (pour dénoncer les « dérives » du pouvoir, comme celles des médias, voire, de la société civile elle-même). Une fonction légitimée d’abord, par son volet expertise, qui arbitrera ainsi entre les différentes prétentions, ensuite, par sa vocation non politicienne, quoique pleinement politique, en ce qu’elle s’adresse à des populations, pas à un électorat. Parce qu’elle n’est pas liée par des échéances électorales, la société civile est ainsi «le temps de la réflexion» nécessaires à certaines décisions politiques, dont les acteurs de la gouvernance voudraient hâter la mise en œuvre.

Forte du foisonnement de ses éléments constitutifs, une synergie entre le triptyque de la gouvernance, des médias et de la société civile a souvent été observée en Afrique. Les exemples sont légion, avec autant de faiblesses pointées que de bons synergies recensées, que ce soit dans la lutte quotidienne des forces de sécurité et la part de combat qu’assume la société civile (groupes d’autodéfense, soutiens aux victimes etc.), que dans les grandes crises (fin des violences au Kenya, en 2007, les accords d’Arusha mettant fin à douze ans de guerre civile au Burundi, etc.). Nous retiendrons, ici, trois exemples. La défense de la démocratie, avec l’exemple burkinabè, la sortie de crise qui a permis à la constitution tunisienne de 2014 de voir le jour, et le cas de l’épidémie Ebola en Guinée.

  1. La défense de la démocratie

La levée de boucliers observée au Burkina Faso, pour conduire en octobre 2014, à la chute du président Blaise Compaore est un cas d’école de synergie. Devant les velléités, de plus en plus affichées, par le président d’amender la constitution pour s’octroyer un nouveau mandat à la tête de l’Etat, un « front » rassemblant société civile et opposition politique se forme et initie de vastes mouvements de contestations qui parcourent tout le pays. Le mouvement Balai Citoyen a par exemple tenu un meeting conjoint avec une trentaine de partis d'opposition, le 31 mai 2014, plus de 35 000 personnes. Les acteurs politiques qui s’engagèrent dans ce combat n’étaient pas réduits aux anciens partis d’opposition. Des cadres du parti au pouvoir à faire défection, pour former un nouveau parti, le MPP, aujourd’hui au pouvoir. Au niveau des médias, autant la télévision publique, la RTB, a été jugée « partisane », en se faisant exclusivement l’écho des thèses pro-Compaore, autant les télévisions privées, ont pu relayer des versions jugées « plus équilibrées » en donnant la parole aux nombreux détracteurs de Blaise Compaore, mais aussi à ses partisans. Ironie du sort, ce sera via une chaîne privée, Canal 3, que le président diffusera son dernier discours à l’attention du peuple burkinabè, après que les locaux de la RTB ont été saccagés par les manifestants.

Le mouvement Balai Citoyen qui a été au cœur de « la seconde révolution burkinabè » n’est pas sans rappeler, par ses revendications, son aîné sénégalais « Y en a marre ». Une synergie horizontale s’observe, au niveau africain, avec des rapprochements entre les deux groupes, des créations d’antenne (Balai citoyen guinéen), et même une exportation du savoir-faire au-delà de l’Afrique de l’Ouest. En mars 2015, alors que la contestation contre Joseph Kabila grondait, les services de sécurité de la RDC ont arrêté quatre membres des mouvements citoyens sénégalais "Y’en a marre" et burkinabè "Balai citoyen", qui participaient à une activité organisée à Kinshasa par le collectif congolais "Filimbi"  ("sifflet" en swahili). Un  des membres de "Filimbi" se serait même rendu, à Dakar, pour suivre des ateliers de formation avec "Y’en a marre".

  1. La sortie de crise

En juillet 2013, l’assassinat d’un opposant politique, Mohmaed Brahmi, a plongé le pays dans une grave crise politique et sociale. Des manifestations hostiles à la coalition au pouvoir, à laquelle on fit porter la responsabilité morale de cet assassinat, une polarisation extrême de la scène politique, favorisé par les médias qui soufflaient sur les braises, de même qu’un blocage des travaux de l’Assemblée constituante, menacèrent gravement la transition politique dans ce pays. C’est dans ce contexte que quatre organisations de la société civile « institutionnelle », la Centrale syndicale, l’organisation patronale, l’Ordre des avocats et la Ligue tunisienne des Droits de l’homme, proposèrent leur médiation pour résorber la crise et assurer la transition du régime de l'assemblée constituante de 2011 vers un régime démocratique permanent. Le dialogue national aboutit, une relative trêve médiatique aidant,

à une série de mesures, acceptées par toutes les parties prenantes, qui débloquèrent la situation, avec la ratification de la nouvelle constitution et l’organisation d’élections présidentielle et législatives. Les efforts ont été sanctionnés par l’attribution au quatuor tunisien du prix Nobel de la paix de 2015.

  1. Cas de l’épidémie Ebola

A la fin de l’année 2013, les premiers cas de l’épidémie Ebola ont été signalés en Guinée forestière, avant de s’étendre dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Sans traitement connu, elle causa la mort de près de 11 310 personnes. Les ravages causés dans les Etats les plus touchés (Guinée, Libéria, Sierra Leone) étaient tels que l’endiguement de l’épidémie ne pouvait se faire avec les seuls moyens dont ils disposaient, quand bien même ils pouvaient également compter sur l’appui financier et technique de partenaires internationaux. Tant les médias que la société civile ont pris part active à la lutte contre Ebola, en épaulant les autorités publiques. Dans la pratique, et en dépit de plusieurs insuffisances, les exemples d’une bonne synergie sont légion. Recrutement par les autorités d’ONG locales pour appuyer les activités de sensibilisation dans les communautés, l’appel de la société civile à une session extraordinaire du Conseil des Droits de l’Homme, la multiplication des activités de sensibilisation et d’information au niveau des médias, etc. Nous en retiendrons ici deux tirés de la presse locale.

Dans ce premier cas, la société civile vient en appui aux efforts des autorités tout en se gardant de renoncer à son rôle de « sentinelle », le tout rapporté par les canaux médiatiques locaux.

« Des kits d’hygiène contre la fièvre hémorragique à virus Ebola pour les gares routières de Bambéto et Madina. C’est un geste du conseil national des organisations de la société civile guinéenne qui participe à la riposte contre l’épidémie qui a fait des centaines de morts en Guinée. La remise de ce don aux bénéficiaires s’est déroulée ce jeudi

Les gares routières sont des zones trafic. En cette période d’épidémie d’Ebola et avec le déplacement des populations il ya risque de contamination. Le conseil national des organisations de la société civile a mis à la disposition des gares routières de Bambéto et de Madina des savons et des flacons de chlore accompagnés de conseils d’usage pour éviter le virus Ebola et d’autres maladies hydriques.

 

Le CNOSCG invite les citoyens à croire en l’existence d’Ebola. Dansa Kourouma qui en est le président estime que l’Etat guinéen a eu des tâtonnements dans la gestion de la maladie. »

(Source : tamtamguinee.com)

 

Dans le second exemple, la société civile est en synergie prioritaire avec les médias, dont elle estime qu’ils sont insuffisamment outillés pour l’exercice de leur fonction informative et préventive, le tout, avec la facilitation de l’Etat guinéen dont le coordinateur de la lutte contre Ebola a été présent à la manifestation en question.

« A l’initiative de l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO) et sur financement de l’UNESCO (organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture), il s’est ouvert lundi 25 janvier 2016 à Conakry, quatre jours de formation des radios et organisations de la société civile en réalisation des débats et magazines pour la prise en compte des voix des femmes et des jeunes dans la lutte contre Ebola qui a fait 2083 morts, rien qu’en Guinée, en près de deux ans.

En 2014-2015, une grave crise sanitaire due à l’apparition d’une épidémie de fièvre à virus Ebola est apparue en Guinée et s’est propagée en Sierra Léone et au Liberia. Pour y faire face, un dispositif de lutte a été mis en place au niveau national, mais avec une faible implication des médias, particulièrement les radios communautaires. D’où ces quatre jours de formations qui, espère Monsieur Hann, chargé des projets à IPAO, permettront de mieux outiller les animateurs de ces différents médias.  

Il s’agira donc, d’après le représentant de l’IPAO, « de former des animateurs pendant deux jours au cours desquels, un renforcement thématique préalable sera assuré par des personnes ressources spécialistes impliquées activement dans toute la lutte contre l’épidémie ».

(Source: lexpressguinee.com)

Au Burkina, enfin, pays qui a été épargné par l’épidémie « Les médias avaient déjà devancé les mesures gouvernementales. Les journaux comme L'Observateur Paalga en ont fait leur éditorial. Ils écrivent essentiellement sur la dangerosité de la maladie, sur ses modes de transmission, comment l'éviter; ils dénoncent aussi souvent la passivité des gouvernements africains. Lorsque les auditeurs appellent, ils se plaignent également de cette passivité» selon Ange Gabriel Kambou, journaliste indépendant et web activiste du web, dans une déclaration à Deutsche Welle.

II° La synergie entravée: limites et vicissitudes


Quoiqu’opérante, la synergie du triptyque se trouve, par ailleurs, doublement entravée. La première série de difficultés qu’on appellera « limites », est imputable aux insuffisances intrinsèques de chacun des éléments pris isolément, plombant,
ab initio, la fonction synergétique (A). On traitera, successivement, ces différentes catégories d’obstacles, avant d’évoquer, les vicissitudes des rapports synergétiques, c’est-à-dire les obstacles appliqués à la coopération (B). Commode, la classification n’en demeure pas moins artificielle vu que les deux catégories d’obstacles (limites et vicissitudes) sont loin d’être étanches. Les frontières entre faiblesses intrinsèques ou structurelles et rapports synergétiques s’avèrent, en effet, souvent poreuses.

  1. Limites intrinsèques et structurelles

Il s’agit tout d’abord de facteurs extrinsèques, tels que l’insécurité ou le développement insuffisant, qui réduisent aussi dangereusement les interactions possibles entre les différentes composantes, les empêchant ainsi de produire pleinement les effets escomptés. Après avoir évoqué brièvement ce point, (1) on traitera de l’aliénation de l’expression souveraine du peuple. Le constitutionnalisme est en effet, parfois, détourné pour empêcher toute alternance à la tête de l’Etat. Le même constat est valable pour les élections lesquelles constituent bien le moyen exclusif d’accéder au pouvoir, mais n’en demeurent pas moins contestées (2). Cette limite structurelle de la gouvernance ayant été traitée, on abordera la précarité financière des médias et des sociétés civiles africaines qui entravent leur action (3), avant de consacrer à l’absence de synergie interne, c’est-à-dire le rapport régnant entre les composantes composant un même élément (4).

  1. La sécurité au prix du développement,

Un climat déficient en termes de sécurité et de développement a un impact contradictoire sur l’engagement public, médiatique et citoyen. Autant son impact positif est indéniable, en ce qu’il agit comme moteur de ces différents engagements, autant on doit reconnaître qu’il les bride également. Au niveau des pouvoirs publics, le terrorisme, pour prendre cette forme extrême d’insécurité, a phagocyté une bonne partie des budgets étatiques. L’impasse économique à laquelle a été confronté le Tchad, ces dernières années, n’est pas à corréler exclusivement au chute du prix du baril et à une politique publique qui n’a pas fait le choix de la diversification économique. L’insécurité engendrée par les actions du groupe Boko Haram a sérieusement affecté l’économie tchadienne. Le bassin du Lac Tchad, devenu infréquentable, a déstabilisé les échanges avec le Nigéria et et affecté le commerce du bétail qui faisait vivre plus de 40% de la population. Sans compter les opérations militaires qui ont coûté plus de 85 milliards de CFA rien qu’en 2015. Résultat: une politique d’austérité qui a arrêté les chantiers, revu les indemnités des fonctionnaires et supprimé jusqu’aux bourses des étudiants.

Le cas du Tchad n’est pas inédit. Le coût du terrorisme a plombé bien des finances publiques ailleurs sur le continent, toujours au prix des fonds alloués au développement. Au niveau multilatéral, on retrouve la même logique de la prévalence de la priorité sécuritaire, au détriment du développement. «A sa naissance en 2014, le G5 Sahel se voulait une initiative multidimensionnelle dotée d’un fort volet de développement. Ce volet a peu à peu disparu des conversations, les initiateurs du G5 se concentrant là où se trouvait la mobilisation internationale, c’est-à-dire sur l’aspect sécurité, et donnant donc la priorité à la très difficile construction, notamment pour sa partie budgétaire, d’une force armée commune», peut-on ainsi lire dans un rapport de l’ONG International Crisis Group, datant de décembre 2017.

La même logique se retrouve naturellement au niveau des sociétés civiles, dont les financements dépendent souvent de l’Etat ou des bailleurs de fonds internationaux. Les efforts d’ « investissement dans le capital humain », qui tendent à servir l’objectif du changement démocratique, se trouvent remis au second plan, au profit d’ « efforts de fonctionnement », non moins nécessaires, comme l’aide apportée aux sinistrés, des efforts de déradicalisation ou de réconciliation entre communautés, pour revenir seulement au statut quo ante.

Les médias, de leur côté, ne peuvent ignorer l’insécurité. En dépit d’efforts consentis pour une couverture responsable, ils y consacrent une partie conséquente de leur programmation. Ce qui a pour conséquence de propager a minima (dans le cas de couvertures responsables) un climat de défiance, qui se manifestera par une tendance, plus ou moins accrue, au « repli alimentaire » et les réflexes de survie, au détriment de l’engagement. Même si, rappelons-le, le continent regorge d’exemples d’engagements qui avaient pour principal moteur l’insécurité.

  1. Constitutionnalisme, élections: expressions de la souveraineté détournées

-Le vent constitutionnalisme qui a soufflé sur l’Afrique n’a pas sonné le glas des turpitudes autoritaires. Mieux, l’autoritarisme s’est adapté au nouvel contexte, si bien qu’aux coups d’Etat militaires ont succédé les « coups d’Etat constitutionnels » ou légaux. Début 2015, le pouvoir congolais essayait, ainsi, de faire adopter une loi conditionnant la tenue d’élections à un recensement de la population, ce qui aurait permis au Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà du terme de son mandat constitutionnel. Quelques mois plus tôt, c’est le Burkina Faso qui s’enflammait contre la tentative de son président, Blaise Compaoré, de déverrouiller la limitation des mandats prévus par la Constitution. Quelques mois plus tard, c’est le président burundais qui s’appuyait sur une interprétation controversée de la Constitution, pour se présenter à un nouveau mandat, qu’il finit par avoir, avant de faire adopter, courant 2018, une révision de la Constitution déverrouillant définitivement la limitation des mandats. Même constat en Afrique du Nord, où la révision constitutionnelle de 2004, a ouvert la voie au Président tunisien, Zine Al Abidine Ben Ali, à un troisième mandat, alors qu’en Algérie, Abdelaziz Bouteflika a pu rempiler à la suite de la révision de novembre 2008.

Ainsi, et alors qu’il figurait parmi les outils privilégiés du changement démocratique, le constitutionnalisme ou le légalisme devenait une couverture au retour d’un autoritarisme, désormais soucieux de « sauver les apparences », notamment à l’égard des partenaires internationaux. C’est dans cette logique qu’il convient aussi, d’évoquer l’instrumentalisation de la justice, acculant les opposants soit à l’exil soit à l’emprisonnement pour une affaire de droit commun, alors qu’ils étaient auparavant éliminés physiquement ou emprisonnés sans base légale solide. Un procédé qu’on verra à l’œuvre dans plusieurs pays, comme le Niger (Hama Amadou), ou au Sénégal (Khalifa Sall). Sans préjudice parfois de la véracité des faits qui leur sont reprochés, un acharnement est souvent relevé de la part des autorités voulant, politiquement, mettre hors d’état de nuire, un concurrent devenu gênant. Cette situation rend difficile toute synergie, dans la mesure où elle accentue une polarisation des acteurs, réduits à être soit des soutiens indéfectibles du pouvoir, soit parmi ses détracteurs déclarés. Dès lors, l’exercice de leurs différentes fonctions s’en trouve vicié.

- Les vicissitudes des élections accentuent les critiques liées aux « façades institutionnelles ». Si le vote a bien supplanté les coups d’Etat comme moyen d’accès au pouvoir, force est de constater qu’il n’est jamais exempt d’irrégularités. Ce sera très souvent le cas, pour les présidentielles, vu les enjeux que le scrutin conserve dans des pays qui ont gardé de fortes traditions présidentialistes. Même si ces pays sont pourvus de juges électoraux, ceux-ci sont souvent accusés d’être dépendants du régime, et de servir sa cause. Une accusation qui se fonde sur le mode de nomination des juges électoraux (cours constitutionnelles), qu’on retrouve aussi, en amont, dans les critiques formulés à l’encontre des commissions électorales (CENI, CENA…) aussi bien par l’opposition que la société civile, qui remettent en cause leur impartialité. Si bien que la contestation privilégie souvent la voie de la rue, plutôt que celle légale qui est toutefois empruntée, sans conviction, dans l’objectif de mettre le régime face à ces contradictions, ou de prendre le peuple à témoin. A cet effet, la dernière présidentielle au Gabon nous fournit un exemple. Après avoir contesté les résultats donnés par la CENAP (Commission électorale nationale autonome et permanente), donnant des résultats favorables au sortant Ali Bongo, Jean Ping s’est finalement résolu à saisir le juge électoral, qu’est la Cour constitutionnelle. Le 24 septembre 2016, elle proclame Bongo vainqueur et Jean Ping aura ces mots à l’encontre de ses partisans:

« Hier, la Cour a pris sa décision envers et contre tous, foulant au pied la souveraineté du peuple gabonais, ignorant ostensiblement les pressants appels à la transparence lancés par la communauté nationale et internationale. Mais cette décision ne rassemble pas les Gabonais et ne les apaise pas, car le peuple du Gabon ne s'y reconnaît pas. Pas plus que la communauté internationale qui n'y accorde aucun crédit »

La voie légale étant éteinte, la rue reprend ses droits, avec des contestations toujours violentes, souvent meurtrières, sur lesquelles viennent se greffer la masse des mécontents, et toutes sortes de revendications politiques, économiques et sociales, avec un rôle déterminant joué par la société civile. L’endurance de la vague de contestation ne survit généralement pas à la répression, encore que les irrégularités électorales (« hold-up » dans le jargon de l’opposition et de la société civile) refont surface à l’occasion d’un nouveau rendez-vous électoral. Là encore, la polarisation du jeu politique à la suite d’élections fait que la société civile, les médias qui s’engagent dans la critique du pouvoir sont aussitôt taxés d’opposants, et s’exposent à des répressions policières. C’est ce qui s’est passé, par exemple, au Burundi à la suite du coup d’Etat raté de mai 2015 et de l’élection présidentielle très contestée qui suivit, au mois de juillet de la même année. La Radio Publique Africaine (RPA), Bonesha FM, Isanganiro et la Radio Télévision Renaissance ont alors été attaquées à l’arme lourde. Auparavant, la radio Rema FM, du parti au pouvoir, CNDD-FDD, avait été saccagée par des manifestants.

  1. Le financement au cœur de l’inflation médiatique et de l’action civile

Au sujet des médias, un constat similaire avec les aliénations des partis politiques, et ce, sur deux points, au moins. L’inflation et une forme de « clientélisme », à telle enseigne qu’un auteur, Jean Chrétien Ekambo, a évoqué une fois « une symétrie de déficience » en dressant un parallèle entre « la pléthore de partis politiques et la profusion des médias, mais sans résultat probant concernant la stabilité économique ou le progrès social».

La multiplication des médias fait l’objet d’une course effrénée en Afrique subsaharienne francophone. Un éclatement avec des chiffres mirobolants et qui n’a d’égal, pourtant, que les difficultés financières dans lesquelles pataugent ces médias. Modèle économique en crise, transition numérique incertaine, manque de rentabilité, marché publicitaire réduit par rapport au nombre des médias, sont autant de facettes de la crise, qui se traduit par une précarité touchant le secteur, de façon inégale, certes, selon les régions et les pays. Des termes comme « indigence matérielle et financière », ou «penchant alimentaire » reviennent d’ailleurs, à juste titre, dans les tables rondes ou panels consacrés aux médias africains. Licenciements, clés sous la porte, sont des solutions extrêmes, mais assez fréquentes. C’est le cas, en 2016, de l’hebdomadaire satirique burkinabè, le Journal du Jeudi.

En Tunisie, le quotidien Assarih changeait de périodicité au printemps 2017 pour devenir hebdomadaire, avant d’annoncer, en avril 2018, qu’il ne paraîtra plus. Au niveau de l’audiovisuel, après la déflagration suivant l’enthousiasme de la révolution, la déconfiture est au rendez-vous. Quatre chaînes de télévision privées se partagent l’essentiel du marché, et misent souvent sur la période du mois de Ramadan, qui correspond au plus gros taux d’audience sur toute l’année, pour réaliser l’essentiel de leurs revenus.

La situation est un peu mieux en Afrique anglophone, toutefois, où de grands groupes audiovisuels rivalisent avec des journaux à très forts tirages, comme le relève Tidiane Dioh, responsable des programmes médias de l’OIF. A rapprocher des pays anglophones, le cas du Sénégal avec une forte concentration de quelques groupes de presse (Walf, Sud, Avenir Communication, Futurs Médias, D-Média), et des journaux à grands tirages (L'Observateur, édité par le groupe Futurs médias de Youssou Ndour, qui tire à près de 95 000 exemplaires).

Là, aussi, pour les raisons structurelles qu’on vient d’évoquer, la synergie avec d’autres acteurs (civils et politiques) est d’ores et déjà hypothéquée, tant le travail journalistique lui-même se trouve compromis.

Une des faiblesses structurelles de la société civile dans le continent, notamment en Afrique de l’Ouest, est la question du financement. Les organisations qui parviennent à s’autofinancer sont rares, la plupart dépendant soit de l’aide des Etats, soit de bailleurs de fonds internationaux. L’une des conséquences directes de cette problématique est la réduction de l’autonomie de la société civile, dans sa relation avec les pouvoirs publics, mais aussi une réduction de sa marge d’initiative, au profit d’une vocation d’exécutrice de projets. Ces faiblesses structurelles seront traitées dans la partie suivante, consacrée au vicissitudes de la synergie en action.

  1. Synergie interne insuffisante

Par opposition à la synergie du triptyque, on appelle « synergie interne» les rapports que sont amenés à établir les éléments d’une même catégorie, les uns avec les autres. C’est-à-dire les relations entre acteurs de la gouvernance, ou entre acteurs médiatique ou acteurs de différentes organisations de la société civile. Intuitivement, la synergie interne est une condition sine qua non de la synergie globale du triptyque, en ce qu’elle la favorise et la facilite. Quand les acteurs, réels et hypothétiques, de la gouvernance s’acquittent de leurs fonctions respectives, une des manifestations de la synergie interne produite sera le jeu des propositions et des contre-propositions. Ce corpus fournira aux médias la matière nécessaire pour exposer ces différentes positions et participer à l’information de l’opinion publique. Faisant jouer son expertise, la société civile, contribuera à éclairer l’opinion publique en arbitrant entre les différentes assertions. Une synergie est ainsi en marche. Parfois, en revanche, il arrive que la synergie interne est inopérante, tant au niveau des acteurs de la gouvernance (1) qu’au niveau médiatique (2) ou de la société civile (3).

  1. L’autre facette du multipartisme: cartes pouvoir/opposition brouillées

-Le multipartisme qui succède au parti unique ne dessine pas de corrélation parfaite, en toutes circonstances, avec la démocratie. Sur les 17 pays choisis sur le graphique, plusieurs pays vivent sous la même couleur présidentielle depuis une trentaine d’années. Inversement, la transition ne rime pas toujours avec changement démocratique, puisque le Burundi a connu depuis l’instauration du multipartisme, en 1996, un coup d’Etat, de même qu’il patauge de nouveau dans l’instabilité après quelques parenthèses d’accalmie suivant l’accord d’Arusha.

Les assemblées parlementaires, elles, sont moins monochromatiques, mais sans possibilité de peser sur les choix politiques ni correspondance aux réalités démocratiques. Si on prend l’exemple de la RDC, championne du monde des partis politiques, on relève que 98 formations se partagent le Palais du Peuple…mais ne sont représentés, pour une bonne moitié d’entre eux, que par un seul député. Cette mosaïque, complétée par une quinzaine d’indépendants donnera au parti au pouvoir une large majorité de 340 députés alors qu’il n’était parti, au lendemain des dernières élections législatives, qu’avec une soixantaine d’élus. Le même constat prévaut en Algérie, au lendemain des législatives de 2017, avec une soixantaine de partis représentés à l’Assemblée populaire nationale (APN), dont les deux tiers avec un seul député. Au Cameroun, le résultat est sensiblement similaire à celui dans la RDC voisine, avec une très large majorité du parti au pouvoir. Toutefois, c’est une majorité ab initio puisque contrairement au PPRD de Joseph Kabila, le RDPC de Paul Biya a pu rafler, dans les législatives de 2013, plus de 82% des sièges. Mais du haut de ses 300 et quelques partis, le paysage politique camerounais reste miné par les mêmes aliénations du multipartisme.

Beaucoup de partis africains ont d’ailleurs, renoncé aux repères idéologiques au profit de la quête d’un positionnement tactique. Le choix des appellations, avec des mots balises tels que « démocratie », « peuple », « social » est souvent sans conséquence sur leur affinité idéologique supposée, à telle enseigne que des alliances contre nature sont souvent observées. Une tendance qui ne se limite pas qu’aux partis croupions. Si les sociaux-démocrates se sont alliés avec le socialiste Macky Sall au Sénégal, les islamistes d’Ennahda en Tunisie partagent le pouvoir avec le séculaire Nidaa Tounes, même si le contexte tunisien conserve, tout de même, beaucoup de spécificités.

Difficile, dès lors, de concevoir une quelconque synergie à partir du moment où les formations qui peuplent le paysage politique ne se retrouvent pas dans la vocation supposée des partis: la conquête du pouvoir, la proposition d’alternative, influence sur les politiques publiques, etc. La synergie supposée est d’autant plus illusoire que le changement qui y associé peine à se concrétiser au niveau de ces entités, avec souvent des hommes-partis (entendre partis qui se résument à une seule personne) ou des présidents fondateurs indéboulonnables, cafouillages sur le financement, défaut de se conformer à leurs obligations légales, avec des autorités de tutelle totalement dépassées, comme le soulignait, le rédacteur en chef au Monde Afrique, Seidik Abba, dans un excellent article: « Multipartisme en Afrique, les bons comptes des présidents fondateurs ».

  1. Exemple de synergie interne défaillante: Médias publics et médias privés

En Afrique, quelques décennies après l’instauration du pluralisme démocratique et la fin du monopole de l’Etat sur les moyens de communication, la transition médias d’Etat-médias public peine à se faire. Dans beaucoup de pays, ceux-ci continuent d’opérer comme un organe de communication officiel des départements ministériels, voire dans certains cas, comme une caisse de résonnance des partis au pouvoir. La notion de service public peine à être consacrer, comme en témoigne aussi leur synergie avec les médias privés.

En Tunisie, le service public de l’audiovisuel a certes fait du chemin depuis la révolution de janvier 2011. L’opposition a désormais voix au chapitre, presqu’au même titre que les partis au pouvoir, si l’on se réfère au seul critère de la représentativité politique. Pour autant, la question de savoir si sa programmation est à la hauteur du changement démocratique auquel la Tunisie aspire mérite d’être posée. La question de savoir dans quelle mesure la programmation de la Télévision nationale se distingue d’autres antennes, privées, n’est pas anodine. Promouvoir les valeurs de la citoyenneté, du vivre ensemble, ou transmettre un débat de fond, sans recourir aux sorties sensationnelles ni faire appel aux intervenants controversés, ne font pas partie des priorités des opérateurs privés, dont la vocation (légitime) demeure le gain, avec pour instruments la publicité et la réalisation des taux d’audience, à n’importe quel prix (ou presque). La vocation de service public, en revanche, devrait permettre aux chaînes publiques de naviguer momentanément « à contre audience » avec des thématiques «pas rentables» mais qui correspondent à une vision stratégique (démocratique). A terme, un audimat demandeur de ces thématiques de fond se constituera et une dynamique positive s’enclenchera puisque les opérateurs privés ne pourront longtemps éluder ce besoin de « culture démocratique » ainsi formé, puisqu’il s’agit, par définition, d’un besoin monétisé (audimat+publicité).

Cette logique de cercle vertueux, n’est toutefois pas à l’ordre du jour dans beaucoup de pays. Au lieu d’enclencher ce mécanisme qui entraînera les opérateurs privés dans une logique d’intérêt général, il est souvent relevé, au sein des services publics africains, un phénomène de mimétisme des chaînes privées (qui occupent la tête de classement de l’audimat) dans un souci de rivalité stérile.

  1. Eparpillement de la société civile africaine

La synergie interne appliquée à la société civile pointe le problème de l’éparpillement des organisations africaines. A ce titre, force est de constater que des progrès considérables ont été accomplis, grâce notamment, aux différentes rencontres à l’échelle africaine, avec l’implication d’OIG, comme l’UA et l’ONU, et des partenaires internationaux) instituant des mécanismes de coordination et permettant le partage d’expériences et le transfert de savoir-faire. Toutefois, à côté de l’auto-financement, abordé précédemment, la fragmentation excessive demeure bien un des défis majeurs auxquels est confrontée la société civile africaine. Un exemple nous est fourni par l’intervention d’ONG dans le secteur du désarmement en République démocratique du Congo (RDC). «La plupart d’interventions des Organisations de la Société Civile congolaises, dans le secteur de désarmement, sont effectuées individuellement, sans trop se référer à certaines dispositions. La faible coordination entre les ONG ne favorise pas le partage adéquat d’informations et laisse libre cour à des dédoublements sur terrain… Le DDR-Enfants qui semblait bien pensé, avec un Cadre Opérationnel édictant des normes, procédures et directives, n’a pas dérogé à la règle : des partenaires reprenaient les mêmes bénéficiaires, remettaient des kits d’accueil ou de réinsertion complètement différents des autres, donnaient du cash aux bénéficiaires, contrairement aux recommandations préétablies, etc. »

Outre le « dédoublement » sur le terrain, l’éparpillement participe d’une confusion dont pourraient légitimement souffrir les pouvoirs publics qui « trouvent difficilement l'interlocuteur adéquat devant servir de relais auprès des citoyens».

Au-delà de l’action sur le terrain, le modèle de fonctionnement, ne favorise pas toujours un processus de décision efficace. L’organisation de tables rondes, de panels et autres rencontres ne font pas souvent l’objet de procès-verbaux, ni des engagements concrets (ex. livre blanc, etc.). Les systèmes de contrôle des engagements pris se révèle souvent inefficace.

  1. Les vicissitudes des relations synergétiques:

Les vicissitudes de la synergie se définissent par l’ensemble des dévoiements des rapports que les différents acteurs du triptyque sont amenés à établir les uns avec les autres. Pour en rendre compte, il est nécessaire de rappeler, dans un premier temps, le schéma synergétique, avant de relever, successivement, les différentes vicissitudes pouvant l’affecter.

Schéma synergétique:

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E1: Fonctionnalité d’expression des acteurs de la gouvernance à l’attention du grand public et du grand public à l’attention des acteurs de la gouvernance. E1 est intercepté par le S2, décrit ci-après.

S2: Surveillance « réciproque » entre société civile et acteurs de la gouvernance. La société civile surveille l’action des acteurs de la gouvernance, et ceux-ci veillent à ce que son activité est exercée dans la stricte limite de son objet, en conformité avec le C. Le S2 intercepte, entre autres, le segment E1 etc.: la société civile exerce ainsi un contrôle, sur l’interaction des médias et des acteurs de la gouvernance.

S1: Surveillance des médias par la société civile en les interpellant en cas de dérive tout en continuant à apporter en continu un regard sur la qualité.

F1: Formation et expertise apportée par la société civile aux médias.

Ar: Fonctionnalité d’arbitrage du jeu politique exercée par la société civile, par son expertise, à l’attention de l’opinion publique

D1: Somme des doléances, revendications et interpellations, collectées directement par les médias, qu’ils transmettront aux acteurs de la gouvernance.

D2: Doléances, revendications et interpellations récoltées par la société civile et transmises aux acteurs de la gouvernance. Une fonctionnalité qui peut se greffer sur D1, qu’elle intercepte dans le schéma. Dans ce cas, les médias peuvent faire écho des revendications récoltées par la société civile, à travers le E1, notamment s’ils n’en avaient pas rendus compte par leurs propres moyens.

Ac: L’accompagnement (dans l’élaboration des politiques publiques) et la sensibilisation (différentes campagnes d’intérêt public) pris en charge par la société civile est en intersection avec E1, pour donner à la sensibilisation et à l’accompagnement une dimension médiatique.

F: Formation des médias prise en charge par la société civile, et qui s’analyse comme le pendant nécessaire de son rôle de surveillance des médias, et une légitimation de celui-ci.

R: Régulation des activités médiatiques moyennant une autorité autonome.

C: Cadre général d’action posé par la gouvernance pour les activités de la société civile en vue de leur garantir une liberté d’action et d’organiser leur financement.


E2: Exposition du R, C, S1 et S2, au grand public, pour garantir, selon les cas, que la surveillance exercée par les acteurs de la gouvernance sur les activités des médias ou de la société civile ne bascule pas dans la répression/musellement/persécution. Le E2 expose particulièrement au public les dénonciations de la société civile des dérives des gouvernants (S2)

Les rapports synergétiques étant ainsi exposés, on abordera quelques vicissitudes qui peuvent les affecter. Ces aliénations peuvent avoir plusieurs causes: conception erronée que peut détenir un acteur quant à son propre rôle, les collusions entre différents acteurs, absence ou insuffisance de cadre régissant les activités des uns et des autres, l’absence de mécanismes de contrôle, etc…Un large développement sera consacré au « mélange des genres » (1), avec une confusion dans les rôles exercés par les différentes parties prenantes, avant de traiter, plus brièvement, des déficiences en rapport avec la fiabilité de l’information (2).

  1. Mélange des genres:

La synergie est le point d’équilibre entre la confusion et la rupture. La confusion est l’écueil consistant dans l’appropriation d’une composante du triptyque d’une fonction relevant d’une autre. Ce « mélange des genres », qui revêt plusieurs formes (noyautage, instrumentalisation, clientélisme, etc.) est préjudiciable au changement démocratique dans la mesure où il prive un acteur du rôle qu’il doit exercer. En contrepartie, il se « dédouble » pour exercer un rôle qui est déjà assuré par un autre acteur ou pour légitimer des pratiques relevant de son champ de surveillance. A ce titre, de la même façon que la confusion est source d’arbitraire lorsqu’on aborde les pouvoirs traditionnels (exécutif, législatif et judiciaire), elle est source de nuisance pour la synergie, et la prive de ses retombées bénéfiques. Le parallèle est d’autant plus opérant que médias et sociétés civiles peuvent se présenter, successivement, comme un quatrième et cinquième pouvoir.

a) Noyautage de la société civile par le pouvoir

La manifestation la plus grave du mélange des genres consiste, pour les acteurs de la gouvernance, à noyauter la société civile pour l’empêcher d’accomplir son rôle citoyen. Une situation à distinguer, d’emblée, d’OSC créées, ab initio, comme adjuvant d’un parti politique, telles qu’il peut s’en trouver en Afrique ou ailleurs.

En 1992, en Tunisie, un amendement de la loi sur les associations contraint la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme à accepter toute personne souhaitant y adhérer sans possibilité de réserve, dont des militants du parti au pouvoir. Un congrès tenu en 1994 aboutit à l'éviction du président de la Ligue et à l'élection d’un autre, partisan d'une ligne conciliante avec le gouvernement. Plus récemment, et à mesure que le Burundi s’enfonce dans la crise, le phénomène de « Nyakurisation » (création d’ailes, sous-entendu du parti au pouvoir) se renforce. Les exemples sont nombreux de cette pratique qui peut être particulièrement utile pour un régime faisant face à des critiques internationales.

  1. Ambiguïtés politiques de la société civile

Le deuxième cas de figure concerne, quant à lui, une partie de la société civile qui entend instrumentaliser le label citoyen comme rampe de lancement lui permettant d’accéder au pouvoir. Une technique encore pratiquée aujourd’hui (Nouhou Arzika, au Niger entre autres exemples) et qui trouverait son succès dans le capital sympathie dont bénéficie la société civile, puisqu’elle est perçue comme n’étant mue par aucun intérêt, si ce n’est la défense d’une cause d’intérêt public. Dans beaucoup de pays africain, en effet, l’image de la société civile, renvoie dans l’imaginaire citoyen à la chefferie traditionnelle désintéressée, comme l’Eglise.

Tout le contraire des partis politiques, lesquels, tout en inscrivant leur combat dans la recherche de l’utilité publique, n’en demeurent pas moins à la conquête du pouvoir. Autant la technique « Cheval de Troie » pouvait être légitime au temps où les systèmes politiques se trouvaient verrouillés (LTDH en Tunisie, Congad au Sénégal), autant elle peut être contestable aujourd’hui, dans les pays où l’arène politique ne met pas de barrières insurmontables à l’entrée. "Les acteurs de la société civile sont souvent porteurs de casquettes différentes. On est à la fois politicien et acteur de la société civile. Et malheureusement, ça fait partie de ce qui crée la crise de confiance ou le manque de repères chez les citoyens qui ont encore beaucoup à apprendre à la fois des hommes politiques et des acteurs de la société civile", a résumé Moussa Zangaou, ancien député nigérien.

En dehors des instrumentalisations, les conversions demeurent possibles, à condition de rompre le cordon ombilical avec la casquette civile pour ne pas entretenir la confusion chez les récepteurs du discours, qui seront «population» dans un cas, «électorat » dans l’autre. Or, ce qui est souvent observé, c’est que les conversions politiques ne s’accompagnent pas souvent d’une démission civile. On peut citer le cas de Ras Bath au Mali ou de certains membres du mouvement citoyen burkinabè « ça suffit » qui exercent en même temps des activités politiques.

  1. La substitution

Une troisième forme de vicissitude entachant la synergie se résume, enfin, à une tendance fréquente chez la société civile à se croire investie d’une vocation d’opposition, voire à s’y substituer, au détriment de sa vocation d’origine. Une situation d’autant plus plausible que le principe de spécialisation, c’est à dire la délimitation du champ d’action des OSC, et qui s’analyse comme une réminiscence de la stratégie du contournement du verrouillage politique, n’est pas à l’ordre du jour. L’objectif de « l’assainissement par l’action citoyenne la gestion de la chose publique », a ainsi permis à Balai Citoyen aussi bien de protester contre les délestages, début 2014, que de demander le départ de Blaise Compaoré, en octobre de la même année. Si les objets « bateau » se trouvaient justifiés sous l’ancien régime, la démocratisation entamée depuis la transition devrait, ouvrir la voie, à la spécialisation des OSC, à même de garantir une bonne répartition des rôles entre différents acteurs de la synergie du changement, mais aussi, à l’intérieur même de la constellation civile.

  1. Influence et clientélisme

On peut définir le clientélisme par l’ensemble des pratiques consistant à accorder des privilèges, au détriment de l’éthique professionnelle, et dans l’objectif d’agrandir son influence. A distinguer de l’influence qui ne résulte pas forcément d’une relation synallagmatique. Dans les deux cas, toutefois, on observe un alignement, le plus souvent à l’égard des pouvoirs publics mais aussi le pouvoir de l’argent, qui s’inscrit en faux contre la vocation supposée du média ou de la société civile en question.

Au niveau des médias, face à l’état de précarité décrit ci-haut, les médias sont souvent livrés à une lutte de positionnement, vis-à-vis des différents donateurs. L’alignement n’est pas forcément éditorial, mais bien en fonction de la disposition du donateur/protecteur à garantir la viabilité du média. Le clientélisme qui se trouve favorisé par « le média propriété personnelle et privée de son créateur » comme le parti qui appartient à son président fondateur, relève encore Jean Chrétien Makembo. Une des manifestations du « fonds de commerce » médiatique consiste, consistant dans « le marchandage des espaces » avec «des publi-reportages (qui) tiennent parfois lieu d’articles de presse », comme le note Félicien Kengoum.

Poussé à l’extrême, l’influence politique peut conduire à une dangereuse polarisation, comme c’est le cas, en Côte d’Ivoire, avec une « presse verte », réputée proche du gouvernement, d’un côté, et une « presse bleue » réputée proche de l’opposition, de l’autre. Si l’alignement des médias, chacun selon sa ligne éditoriale, est un phénomène naturel, l’écueil est de faire du média un outil de communication, voire une caisse de résonnance, de l’influent.

Les problèmes de financement dont souffre la société civile ne sont pas sans conséquence, non plus, sur sa disposition à s’acquitter pleinement de la fonction d’arbitrage et de supervision qui lui échoit. «Le besoin de capter l'aide financière de l'Etat ou de la communauté internationale est devenue la cause de la multiplicité des formations et de la complaisance de certains d'entre elles dans la manière d'arbitrer les différents jeux politiques et de défendre véritablement les intérêts de la population», d’après John Igué, président du Club de veille pour la paix en Afrique de l'Ouest. Un constat valable aussi pour les liens existant entre donateurs proches de l’opposition et société civile.

  1. Formation, spécialisation et fiabilité de l’information

-Longtemps focalisé sur la protection de la liberté d’information contre le musellement, bien des médias africains se sont retrouvés, au lendemain de la libéralisation des espaces d’expression, dépositaires d’une liberté en quête de contenu. La question de la formation s’est posée avec d’autant d’acuité que l’ouverture politique s’inscrivait dans une perspective de changement démocratique dont ils devaient étaient la clé de voûte: constituer le maillon central entre gouvernants et gouvernés, doter ceux-ci d’informations fiables à même d’orienter leur choix à l’occasion de chaque échéance électorale, participer de la formation d’une opinion publique en constituant une plateforme de rencontre entre acteurs étatiques et non étatiques, etc.

La formation est une question synergétique à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle échoit aux différents acteurs: l’Etat, à travers ses universités, les médias eux-mêmes qui y prennent part, mais surtout, et de plus en plus, la société civile. La formation est aussi une question synergétique parce qu’une déficience peut impacter négativement le processus relationnel entre les différentes composantes. C’est d’ailleurs pour endiguer ce qu’il appelé le « journalisme pyromane » que le Gorée Institute a organisé, en novembre dernier, un cycle de formation de renforcement de capacité des acteurs des médias issus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Objectif affiché: « la production d’une information de qualité sur les conflits, sans alimenter le cercle vicieux de la violence».

A rapprocher de la question de la formation, celle de la spécialisation. Une « mauvaise » couverture médiatique faisant maladroitement la promotion du terrorisme peut bien consacrer un climat délétère préjudiciable au changement démocratique. Un « mauvais » sujet économique, sibyllin, reprenant pêle-mêle les éléments du dernier rapport de la Banque centrale sur l’élévation du taux de change, ou ne retenant dans la déclaration d’un expert que la partie la plus anodine, ne contribuera pas, certainement, à forger une opinion publique sur l’état des finances publiques dans le pays. Par ailleurs, on peut légitimement se poser la question de savoir dans quelle mesure une interview sur un sujet technique pourrait être percutante à partir du moment où le journaliste est dans l’incapacité d’apporter la moindre contradiction ou nuance aux propos émis par son intervenant.

Un regard sur les publications par genres journalistiques, tous médias confondus, dans un pays comme le Burkina Faso traduit l’indisponibilité de journalistes spécialisés dans autre chose que « les informations générales ». Par ailleurs, le faible nombre de publications dans les autres rubriques ne présuppose pas qu’elles ont été rédigées par des journalistes spécialisés.
Répartition%20des%20publications%20par%20genres.pngSource: Rapport 2013 du Conseil Supérieur de la Communication au Burkina Faso.

Le besoin spécialisation s’avère d’autant plus impérieux que l’impact des fausses nouvelles ou interprétations, et autres approximations dangereuses sur des sujets techniques, est décuplé par l’effet des réseaux sociaux. L’Algérie qui vit une crise économique sur fond d’une période de fin de règne aurait pu faire l’économie, pour ne prendre que cet exemple datant de février 2018, d’une « mauvaise » interprétation journalistique des propos d’un cadre supérieur du géant des hydrocarbures Sonatrach. Un incident qui relança la polémique récurrente sur la privatisation de la société. A souligner, toutefois, que l’indisponibilité des données et la politique de la rétention de l’information pratiquée par des régimes politiques africains, est un facteur à risque encourageant la propagation les spéculations et fausses informations.

Au-delà des besoins médiatiques, la disponibilité des données déterminera l’aspect opérationnel de l’opposition (production d’alternatives sur la base de données chiffrées) mais aussi la fonction d’expertise et d’arbitrage de la société civile. Très souvent, toutefois, les campagnes électorales sont émaillées de promesses fantaisistes, qui ne font l’objet d’aucune remise en cause sérieuse, par le double effet de l’indisponibilité des données, mais aussi le manque de spécialisation, qui concerne aussi les organisations de la société civile.

La fonction de surveillance et d’interpellation des discours politiques et médiatiques par la société civile peut faire l’objet d’une autre vicissitude. Des qualités fourre-tout (« expert ») sous lesquelles des médias ont pris l’habitude de présenter leurs intervenants sans vérifier au préalable l’adéquation du domaine d’expertise supposé avec le sujet traité, ne permettent pas, en réalité, à l’action civile de se déployer.

  1. Régulation en quête d’autonomie

La libéralisation du paysage médiatique a été à l’origine d’une véritable inflation, rendant par là nécessaire l’introduction de mécanismes de régulation. Plusieurs années après leur création dans le sillage de la démocratisation, le bilan porté sur les instances de régulation des médias est mitigé. Dépendants (par rapport au pouvoir), sous-financés et parfois, dépassés par la pratique audiovisuelle, sont les principales vicissitudes qui les minent.

La dépendance de l’instance de régulation est structurelle dans certains cas, où des départements du ministère de la Communication sont en charge de l’opération. C’est le cas de pays comme le Libéria ou la Guinée Bissau. Dans d’autres cas, notamment quand l’instance est constitutionnalisée, la dépendance est plus nuancée. Le mode de désignation donnant la part léonine aux chefs d’institutions, contre un ou deux membres désignés par une association de professionnels, entretient l’idée d’une dépendance des médias par rapport au pouvoir, confirmé par «un chantage par les moyens de fonctionnement ».

Le manque de moyens financiers a souvent été pointé par les observateurs, et jusqu’aux premiers responsables de ces instances de régulation. Un manque de compétences humaines et de moyens techniques fera, en outre, que, selon un rapport de l’Institut Panos, «dans nombre de pays, a eu pour conséquence majeure que pour des centaines de radios communautaires, il n’y a jamais eu de vérification du respect des cahiers de charges»

Dans nombre de pays, enfin, les instances de régulation sont conçues uniquement « à l’encontre des médias privés ». Les cahiers de charges, pas plus que les sanctions prévues pour les médias privés, sont inapplicables aux médias publics qui demeurent ainsi directement liés au gouvernement. En découle bien souvent un traitement inéquitable au détriment des opposants politiques et assimilés, comme les voix critiques de la société civile.

III° Recommandations

1° Etablir à des échelles nationales des chartes de synergie du triptyque du changement démocratique, en veillant à inclure tous les acteurs de la gouvernance, de la société civile et des médias. L’approche ultra-inclusive permettra de responsabiliser chaque acteur, et l’impliquera moralement et individuellement dans la réussite ou l’échec de l’entreprise. Cette charte devra être le couronnement d’un certain nombre de démarches, détaillées dans les points suivants.

2° Organiser à des échelles nationales des Etats-généraux des médias et des sociétés civiles où les grands principes d’action seront précisés, en veillant à ce que les recommandations soient concrètes, quantifiables, et raisonnables, en consacrant un accord sur un terrain minimum d’entente. Exemple: «Engagement pris par chaque média, d’avoir dans son équipe, trois journalistes spécialisés».

3° Lancer simultanément, à des échelles nationales, un mouvement de réflexion ainsi que des campagnes citoyennes et sociales, pour presser les gouvernements d’accélérer la transition des « médias d’Etat » vers des « médias publics », expression de l’intérêt général, dans les conditions détaillées dans le corps du document.

4° Mettre à disposition du public, à l’échelle nationale et en coopération avec les autorités de tutelle, un portail de la société civile nationale contenant une data base actualisée en permanence des organisations de la société civile, avec un minimum de données précises, comme leur date de création, leur objet et leur adresse. Une catégorisation des OSC selon leur champs d’action est vivement recommandée. De leur côté, chaque société civile aura droit d’accès à un mini-espace sur la plateforme qui lui permettra d’inscrire ses actions. La simple consultation de la dernière activité en date permettra d’avoir une idée sur les SC actives et de participer de la décantation de l’embouteillage civil.

5° Lancer une campagne visant à actualiser les données disponibles sur les sites officiels. Beaucoup de sites d’institutions, de ministères, de structures nationales ne sont pas mises à jour depuis des mois, certains depuis des années. La société civile et les médias devront lancer une campagne pour presser le gouvernement à actualiser ses données. #Bonjour_nous_sommes_en_2018

6°Attribuer une « note pays », sur la base d’indicateurs objectifs et quantifiables, sur le degré de synergie réalisé pour le changement démocratique. L’initiative qui pourra être parrainée par Africtivistes pourrait attribuer la réalisation de chaque rapport pays à un collectif indépendant dans un autre pays africain, lequel sera noté par un troisième pays, et ce dans un souci d’éviter les collusions.

7° Obtenir, en concertation et accord avec les bailleurs de fonds, que les formations techniques suivies par les OSC spécialisées dans leur domaine d’expertise respectifs soient systématiquement organisées «en binôme» en association avec des acteurs médiatiques. L’objectif est de favoriser la sensibilisation des médias à des thématiques techniques, et d’ouvrir la voie aux spécialisations.

8° Organiser une rencontre ouest-africaine sur l’autofinancement des OSC que pourrait accueillir le Nigéria, un pays qui dispose d’une expérience reconnue en la matière.

SOURCES

-Mémoires, rapports et articles scientifiques

http://www.cahiersdujournalisme.net/pdf/20/11_SAMB.pdf

http://panosmedia.org/sites/default/files/ressources/201612/documents/files-Lesorganesderegulationdesmédia.pdf

https://afriquesociologie.com/2016/05/29/la-faiblesse-des-mouvements-de-lutte-contre-la-pauvrete-en-afrique-sub-saharienne-de-la-prevalence-du-plaidoyer-sur-laction-militante-globale/

https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2005-1-page-5.htm

https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-1999-4-page-136.htm#re5no5

https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2008-4-page-29.htm

https://www.memoireonline.com/02/09/1928/Du-role-de-la-societe-civile-pour-une-consolidation-de--la-democratie-partiipative-au-Senegal.html

http://www.ua.ac.be/objs/00151014.pdf

http://base.afrique-gouvernance.net/docs/glasgow1.pdf

http://www.giersa.ulaval.ca/sites/giersa.ulaval.ca/files/travail_final_corrections._22012010_164240._24012010_151649.pdf

Comptes-rendus

https://onuci.unmissions.org/les-medias-et-la-société-civile-débattent-de-leur-rôle-dans-le-processus-démocratique

http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-press-freedom-day/2014-themes/free-media-contribute-to-good-governance-empowerment-and-eradicating-poverty/

http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-press-freedom-day/previous-celebrations/worldpressfreedomday200900000/theme-media-and-good-governance/

http://www.rrssjrdc.org/?p=11230

Articles de presse

http://www.jeuneafrique.com/139363/culture/s-n-gal-la-concentration-des-m-dias-une-arme-double-tranchant/

http://www.panapress.com/Role-limite-de-la-societe-civile-ouest-africaine--12-619050-68-lang1-index.html

http://www.panapress.com/Le-financement,-faiblesse-de-la-societe-civile-ouest-africaine--12-619048-68-lang1-index.html

http://www.jeuneafrique.com/231247/politique/multipartisme-o-en-sont-les-pays-africains-francophones/

http://afrique.lepoint.fr/economie/medias-l-afrique-n-a-pas-dit-son-dernier-mot-19-08-2014-1857570_2258.php

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/04/07/multipartisme-en-afrique-les-bons-comptes-des-presidents-fondateurs_4898117_3212.html


MÉDIAS, SOCIÉTÉ CIVILE ET ENGAGEMENT CITOYEN : QUELLE RÉPONSE POUR L’AFRIQUE DE DEMAIN ?

KEYNOTE

Médias, société civile et engagement citoyen : quelle réponse pour l’Afrique de demain ?

Version provisoire

Monsieur le Président du Faso,

Monsieur le Président de la République de Gambie,

Mesdames et messieurs en vos rangs, grades et qualités respectifs,

Mesdames et messieurs,

Me demander de dire un mot sur la société civile, les médias et l’engagement citoyen en la terre du Faso, c’est m’obliger à être très peu pertinent, à n’avoir presque rien à dire. Puisqu’ici, l’Histoire a déjà tout dit. Il m’est demandé de venir sur la terre de Sankara, sur la terre des révoltes d’octobre 2014, parler, en filigrane du titre de ma communication, de l’engagement citoyen de la jeunesse africaine. N’est-ce pas là me soumettre à un exercice périlleux ? Le plus périlleux pour moi, c’est qu’il m’est fait injonction de scruter l’avenir. Mais puisque la jeunesse est l’âge de la bravoure, je vais me jeter à l’eau. Sauf que ma bravoure ne sera bravoure que dans la mesure où elle va tirer quelques leçons du laboratoire du Faso et d’autres d’ailleurs en Afrique pour avancer quelques petites vérités générales en quelques petites 10 minutes…

La première petite vérité, c’est que les médias classiques sont à l’abandon et surtout les médias classiques du service public sont en agonie ou en survivance. Et par conséquent, la gouvernance habituelle de nos Etats, souvent adossée à un contrôle hermétique des médias publics traditionnels, en est insécurisée. Lorsqu’on évoque aujourd’hui les médias en Afrique, les jeunes Africains, notamment ceux qui sont à l’avant des mobilisations citoyennes, ne pensent plus aux médias traditionnels et de moins en moins aux médias classiques du service public. Parce que les médias du service public sont en général lents, indolents, lourds « ringards », totalement avachis dans des réflexes non-démocratiques parfois même dans des pays démocratiques.

Notre temps, le temps de la société civile africaine d’aujourd’hui, est donc le temps des nouveaux médias. Le temps de la rapidité, de la réactivité, de la fulgurance, de l’ouverture, de la circulation de l’information à la vitesse de l’éclair. Le temps de la clôture et du contrôle de tout par les pouvoirs publics est révolu. Et si l’on observe bien, les caractéristiques des nouveaux médias sont quasiment identiques aux caractères de la jeunesse : réactivité, vie et vigueur, fulgurance, surgissement, rapidité, etc. On trouvera, à regarder de près, des traits communs avec la société civile. Et on le voit bien de nos jours, lorsque la société civile emprunte à la jeunesse ses bienheureuses facultés et tire des médias sociaux le meilleur parti, les gouvernants tremblent, parfois tombent. La gouvernance bouge, change parfois en mieux, même si c’est à petits feux.

En ce sens, la société civile est fondamentalement politique, car elle participe, parfois de façon quasi-radicale comme on l’a vu au Burkina-Faso en 2014, à (re) définir les contours de la gouvernance de l’Etat, à contribuer à une meilleure gouvernance de nos Etats.

Un message noble et fort se dégage de l’action citoyenne de la jeunesse africaine de ces dernières années, et peut-être en a-t-il toujours été ainsi. Le jeune citoyen qui s’engage, proclame par son engagement : « je suis de cette Cité, je me bats pour qu’elle fonctionne mieux, qu’elle soit mieux gouvernée afin que chacun et tous se portent bien et mieux ». Il y a quelque part dans l’engagement citoyen une sorte de sacerdoce républicain. Les nouveaux médias contribuent, par le partage, la spontanéité, à populariser les actes de sacerdoce républicain urbi et orbi, à la ville et au monde, mais aussi au village. La démocratie numérique est ou sera désormais le nerf de la démocratie en Afrique.

Et demain ?

L’événement majeur auquel doit faire face l’Afrique de demain est l’avènement du nombre et de l’intelligence. Ceux qui gouverneront l’Afrique de demain auront en face d’eux une jeunesse nombreuse et cérébrale. Les prévisions démographiques suggèrent qu’à l’horizon 2050 les Africains seront 3 milliards et 75% d’entre eux seront jeunes. La jeunesse africaine de demain sera une jeunesse sophistiquée, avec des exigences plus complexes donc plus difficiles à contenter.

L’Afrique à venir, celle de nos jeunes frères, de nos enfants et de nos derniers neveux sera une Afrique indocile, rebelle, immaîtrisable en son réservoir de vies et de vigueurs. L’Afrique à venir sera donc extrêmement difficile à mobiliser, car de plus en plus prise en tenaille par les conditions de vie. Les leaders des organisations de la société civile, les leaders tout court de l’Afrique à venir sont avertis.

Mais l’Afrique à venir risque quelques pièges dont un que je voudrais évoquer ici : celui du consumérisme fatal. Les avancées des technologies de l’information et de la communication offrent à la jeunesse africaine les moyens d’engager des solutions concrètes aux problèmes vitaux de tous les jours. C’est une chose formidable ! Mais il y a le risque que l’Afrique de demain soit taillable et corvéable au rythme d’illusions technologiques qui, hélas !, ne produiront pas toutes les solutions adaptables à nos problèmes spécifiques.

Il nous faut donc éviter que l’Afrique qui vient ne devienne un gadget. Un gadget, ça ne se pense pas. Ça s’utilise et ça se jette, parce que l’on sait que ça n’est pas fait pour durer. Il faut éviter que l’Afrique de demain soit quelque chose de jetable. Aujourd’hui, il y a des parts entières de l’Afrique immatérielle qui sont jetées, détruites : les vestiges et les fresques de Tombouctou et de Gao et toutes les autres richesses symboliques sur le continent. Mais ça, ce sont les choses. Il y a surtout les vies, des milliers de vies africaines qui sont jetées à vau-l’eau-, au galop, dans l’eau de la Méditerranée. Ce sont des milliers de vie-gadgets.

C’est pourquoi, il nous faut dès maintenant penser à une répartition du travail de l’action citoyenne, qui soit intelligente et stratégique. Nous ne pouvons pas, nous ne pourrons pas être tous promoteurs de start-up, nous ne serons pas tous installés dans la Sillicon Valley de l’Afrique qui vient. Dans l’ « effervescence créatrice » de la démocratie numérique, des applications, des start-ups tous azimuts, l’observateur qui scrute l’horizon peut apercevoir un désordre, heureux pour l’heure, dans l’appropriation des nouvelles possibilités. Mais ce désordre heureux peut produire du vertige à moyen terme.

On peut imaginer cette répartition du travail de l’Afrique qui vient. Il doit avoir une Afrique qui agit avec le génie du bricolage des solutions pragmatiques. Et puis, il doit avoir une Afrique qui pense, réfléchit et réfléchit sur son immédiat et son long avenir pour tenter un renouvellement de la pensée stratégique sur le devenir du continent. Cette pensée stratégique doit explorer les nouvelles formes d’engagement citoyen qui ne réduit pas la société civile dans une posture de bavardage intempestif, d’échafaudage et de dissémination de technologies et d’outils de mobilisation passe partout et fourre-tout. Cette réflexion sur l’Afrique vient, et sur sa société civile en particulier, doit conduire à la mise en place de think tanks, formels ou informels locaux, nationaux voire transnationaux. Si j’insiste sur ce point, c’est me semble, t-il, l’une des principales faiblesses de l’engagement citoyen et de l’engagement jeune aujourd’hui en Afrique : l’absence remarquable de pensée stratégique. L’action de mobilisation de jeunes dans certains pays d’Afrique aurait prospéré et été bénéfique, si les tactiques de mobilisation de l’instant avaient été inscrites dans des stratégies futuristes cohérentes.

C’est à ce prix que nous aurons, demain, une société civile, engagée qui ne sera pas jetable, qui dure, qui évite une gouvernance susceptible de transformer nos pays en des Etats jetables sur la scène mondiale.

Je vous remercie.

Expédit B. OLOGOU, politologue                                                                                                                                       130


[1]        Depuis quelques décennies, l’Afrique connait un boom technologique. En 2017, le taux de pénétration de la téléphonie était de 52%, celui de l’internet  40% et la téléphonie mobile représentait 8.6% du PIB en Afrique subsaharienne.

[2]        Shanyang Zhao, (2005), The Digital Self: Through the Looking Glass of Telecopresent Others, Symbolic Interaction, Vol. 28, No. 3 (Summer 2005), pp. 387-405.

[3]        Blum  and  Zuber (2016), Liquid Democracy: Potentials, Problems, and Perspectives, The Journal of Political Philosophy

[4]        Cass R. Sunstein, (2018) #Republic: Divided Democracy in the Age of Social Media, Princeton University Press, 328p.

[5]        Banégas, R. (2014). L'autoritarisme à pas de caméléon : Les dérives de la révolution passive démocratique au Bénin. Afrique contemporaine, 249, (1), 99-118. doi:10.3917/afco.249.0099.

[6]        Monembo Tierno (2015), Du Burundi au Congo-Brazzaville. En Afrique, le retour des présidents à vie, Le Monde diplomatique, (Décembre), p. 12.

[7]        Une fragilité démocratique se profile au Sénégal avec l’emprisonnement des opposants politiques, le désastre électoral lors des législatives de 2017 se sont soldées par la victoire du  parti au pouvoir, le vote très controversé de la récente loi sur le parrainage, etc.

[8]        Yves Gonzalez-Quijano (2012), Arabités numériques. Le printemps du web arabe. Sindbad-Actes Sud.

[9]        Par exemple, le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) en Tunisie en 2005, Greve liée à lutte ouvrière à Mahalla al-Kubra en 2006 en Egypte, soulèvement des régions minières (basin de Gafsa) en Tunisie en 2008,  les élections présidentielles de 2012 au Sénégal ont été des moments historiques pour le renforcement de l’internet politisé dans ces pays.

[10]        Abebe Zegeye & Robert Muponde (2012) The social lives of mobile telephony in Africa: towards a research agenda, African Identities, 10:2, 123-128, DOI: 10.1080/14725843.2012.657829 

[11]        Appadurai, A., ed. 1986. The social life of things: commodities in cultural perspective, Cambridge: Cambridge University Press

[12]        Thompson, Mark (2008), ICT and Development Studies: Towards Development 2.0, in: Journal for International Development, 20, 6, 821-835.  

[13]

[14]        Isin, Engin Fahri, and Greg Marc Nielsen (2008), Acts of Citizenship, London: Zed Books. Cite par Dobra Alexandra (2012), The democratic Impact of ITC in Africa, Africa Spectrum, 47, 1, P. 76.

[15]        Perrineau, P. (2007), « La crise de la représentation politique ». In Perrineau, P.& L. Rouban, La politique en France et en Europe, pp.15-34. Paris : Presses de Sciences Po.

[16]        Luiciano Canfora (2010.) La nature du pouvoir,  Les Belles Lettres, collection "Le goût des idées"

[17]        Alexander Fraser Tytler and Lord Woodhouselee (1748-1813), The Decline and Fall of the Athenian Republic.

[18]        Michael J. Abramowitz, president of Freedom House, cité dans Democracy in Crisis: Freedom House Releases Freedom in the World 2018, disponible : https://freedomhouse.org/article/democracy-crisis-freedom-house-releases-freedom-world-2018

[19]        Freedom House, (2018) Democracy is in crisis around the world, disponible: http://www.freedomintheworld.org/

[20]        Herman Wasserman (2011) Mobile Phones, Popular Media, and Everyday African Democracy: Transmissions and Transgressions, Popular Communication, 9:2, 146-158, DOI: 10.1080/15405702.2011.562097

[21]        Bonaventure MVE ONDO, (2018), Critique de la gouvernance numérique, Communication, technologie et développement | n°5.

[22]        Quartz Africa (2017), DIGITAL AFRICA. There was some good news but also plenty of bad with Africa’s digital space in 2017. Disponible a: https://qz.com/1162891/there-was-some-good-news-but-also-plenty-of-bad-with-africas-digital-space-in-2017/

[23]        Djibril Diakhate. TIC et expression démocratique en Afrique: mirage ou virage? Essai d’analyse wébométrique de l’espace public numérique sénégalais. Revue des Nouvelles Technologies de l’Information, Hermann, 2014, Fouille de Données et Humanités Numériques, MASHS 2014 (RNTISHS-2), pp.125-140. <http://editions-rnti.fr/?inprocid=1002032>. <hal-01075051>

[24]        Paul Collier (2010) Wars, guns, and votes: Democracy in Dangerous Places,  Harper Perennial.

[25]        Diakhaté, ibid.

[26]        Diakhaté, ibid.

[27]        Diakhaté, ibid.

[28]        Peter Dizikes | MIT News Office (Mars 2018), Study: On Twitter, false news travels faster than true stories. Research project finds humans, not bots, are primarily responsible for spread of misleading information. Available here: http://news.mit.edu/2018/study-twitter-false-news-travels-faster-true-stories-0308

[29]        Pierre Bourdieu, « Le capital social. Notes provisoires », Actes de la recherche en sciences sociales, 31, janvier 1980, p. 2-3. Eloire, F. (2014). Qui se ressemble s'assemble : Homophilie sociale et effet multiplicateur : les mécanismes du capital social. Actes de la recherche en sciences sociales, 205, (5), 104-119. doi:10.3917/arss.205.0104

[30]        Dobra Alexandra (2012), The democratic Impact of ITC in Africa, Africa Spectrum, 47, 1, P. 82.

[31]        Peter G. Mwesige (2009) “The Democratic Functions and Dysfunctions of Political Talk Radio. The Case of Uganda”, Journal of African Media Studies, Intellect Ltd, vol. I, n° 2, p. 221-245.

[32]        Sarah Chiumbu (2012) Exploring mobile phone practices in social movements in South  Africa – the Western Cape Anti-Eviction Campaign, African Identities, 10:2, 193-206, DOI: 10.1080/14725843.2012.657863

[33]        Jenkins, H. 2006. Convergence culture: where old and new media collide, New York and London: New York University Press.

[34]        Creative Commons - Attribution 4.0 International License. [en ligne] Disponible sur: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr

[35]        Sunlight Foundation (2010). Dix principes pour l'ouverture de l'information gouvernementale. [en ligne] Disponible à: https://sunlightfoundation.com/policy/documents/ten-open-data-principles/

[36]        http://opendataforafrica.org/, dernière consultation le 23 juillet 2016.

[37]        https://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Government_Initiative 

[38]        2010-2016 Eligibility Master (updated November 2017)  https://goo.gl/XpdzKK

[39]        https://www.opengovpartnership.org/irm-commitments/01-citizen-based-monitoring 

[40]        In Rapport sur la gouvernance en Afrique II 2009, Volume 3

[41]        https://www.opengovpartnership.org/irm-commitments/07-enhance-involvement-of-civil-society-budget-process 

[42]        https://goo.gl/Wtp9wD

[43]        http://www.opendata.go.ke/

[44]        https://www.opengovpartnership.org/countries/kenya

[45]        01 Commitment n°1- strengthening legal framework for corruption fight https://bit.ly/2t4NQew

[46]        https://www.etalab.gouv.fr/fr/ 

[47]        http://www.cafdo.org/

[48]        https://www.etalab.gouv.fr/wp-content/uploads/2018/04/PlanOGP-FR-2018-2020-VF-FR.pdf 

[49]        https://bit.ly/2ygtRyN

[50]        https://bit.ly/2JPbEtb

[51]        An exit that clashes with Tanzanians’ aspirations https://www.twaweza.org/go/ogp-article 

[52]        Cf. Demol, J.N., Histoire et citoyenneté en construction : alternance II. Paris: L’Harmattan, 2000.

[53]        Cf. ‘South Africa Needs a New Public Debate’, https://africasacountry.com/2017/04/south-africa-needs-a-new-public-debate/ (accessed May 26, 2018).

[54]        cf. Otfried Jarren and Patrick Donges, Politische Kommunika-tion in der Mediengesellschaft, 2nd edition, 2006 on the various models of political communication.

[55]        See  http://www.asri.org.za/publicdebate/ (accessed May 25, 2018).

[56]        See K. Eze, ‘Youth-led Movements in Africa’, Discussion Paper of the MINDS Youth Dialogue, 2015.

[57]        In The Popular and the Public (Seagull Books, 2009), Isabel Hofmeyr and Preben Kaarsholm brings together a range of international scholars to examine how popular culture has shaped the public sphere, providing an alternative space for political debate in 19th and 20th Century India, Africa and Europe.

[58]        See Viateur Kawera, La disposition du concept de citoyenneté à travers des pratiques d’enseignement de l’histoire, PhD Thesis, University of Quebec, 2012.

         

[59]        By 2050, a third of the world population will live in Africa. Read World Population Prospects: Key Findings and Tables, New York, UN Publishing, 2017.

[60]        - Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966;
-l’article 10 de la convention des Nations Unies de lutte contre la corruption (par l’adoption de procédures et règlements permettant aux usagers d’obtenir des informations de leurs administration) ;
Pour les instruments régionaux :
- l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
- la Déclaration de principes sur la liberté d’expression en Afrique adoptée en 2002 par la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples ;
-L’article 9 de la convention de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées ;
-Le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance

[61]        http://www.au-senegal.com/IMG/pdf/Constitution-senegal-2008.pdf

[62]        Ancien président du Sénégal, Me Abdoulaye WADE. Stratégie nationale pour l’équité et l’égalité de Genre (Sneeg)

[63]        https://www.article19.org/data/files/pdfs/press/the-gambia-article-19-calls-on-the-gambian-government-to-respect-freedom-of-.pdf