11 questions et réponses sur le rôle du Japon dans la première guerre mondiale.

Par Romaric Roynette, professeur d’Histoire Géographie.

Première planche de documents et cartes

https://drive.google.com/file/d/0B3iM-Sy8AWmjZk0wQ2ZTNDB5WEk/view?usp=sharing

Deuxième planche de documents et cartes

https://drive.google.com/file/d/0B3iM-Sy8AWmjN253bUlTYzBfNFk/view?usp=sharing

Introduction

Ayant provoqué la mort de 20 millions de personnes, la 1° guerre mondiale (1914-1918) a été une guerre extrêmement traumatisante pour les peuples qui y ont participé. Par exemple, dans presque toutes les familles françaises, il y a le souvenir d’un arrière grand père décédé ou revenu mutilé du conflit.

Cette année la France commémore le centenaire de ce massacre afin de raviver les mémoires et de développer un esprit pacifique dans la population. C’est un évènement d’une grande ampleur très relayé dans les médias et les écoles. Par ailleurs, le 9 janvier 2014, la France a déposé un dossier à l’UNESCO pour faire classer comme patrimoine mondial de l’humanité les sites où se sont déroulées les batailles les plus meurtrières de la guerre, Verdun par exemple, qui se trouvent sur son territoire.

Si la guerre est née en Europe et s’y est déchaînée plus qu’ailleurs, elle a cependant concerné une grande partie du monde : les troupes coloniales venues soutenir les armées des métropoles en guerres et les Etats Unis, à partir de 1917. Toutefois, on oublie trop souvent de parler du Japon alors qu’il a joué un rôle non-négligeable dans le conflit. Peu de gens savent par exemple que :

- Le Japon était allié dans cette guerre avec la France, le Royaume-Uni, la Russie, l’Italie puis les Etats Unis, pays qui formaient le groupe de la « triple entente »

- Le Japon menait des opérations navales régulières au large de Marseille et de Nice. Ayant envoyé une partie de sa flotte en Méditerranée, il aidait les pays la  triple entente à protéger leurs navires contre les attaques de l’Allemagne, de l’Autriche Hongrie et de l’empire ottoman qui formaient le groupe de la « triple alliance ».

- La 9° symphonie de Beethoven n’aurait peut être jamais été aussi célèbre au Japon sans la 1ère guerre mondiale. En effet, au cours de ses opérations militaires contre les colonies allemandes d’Asie, le Japon a capturé puis déporté des prisonniers allemands sur son territoire. Loin d’être maltraités, dans le camps de Bando à Shikoku, ils  étaient au contraire libres d’organiser leur vie comme ils voulaient. Certains ont constitué un orchestre qui a interprété la 9ème symphonie de Beethoven pour la première fois. Cette œuvre connaîtra un grand succès par la suite. Par ailleurs, à la fin de la guerre, 63 prisonniers  allemands, tombés amoureux du Japon, ont refusé de rentrer en Europe et sont restés sur place toute leur vie.

- En 1916 puis en 1919 un militaire japonais, Mizuno Hironori part en Europe pour écrire un rapport sur les conséquences de la guerre. Devant le champs de ruine de Verdun, il est pris de nausé. Il écrit un poème où il dénonce l’horreur de la guerre, rentre au Japon, quitte l’armée et consacre sa vie à dénoncer le militarisme et à défendre le pacifisme dans ses écrits.

- En 1919, après la fin du conflit,  à la conférence de la paix qui réunit à Versailles les dirigeants de tous les pays belligérants, Saionji, le chef de la délégation japonaise, propose de reconnaitre internationalement la notion juridique d’égalité des races humaines comme base de la reconstruction du monde.

Bibliographie

Dickinson, war and national reinvention, Japan in the great war, 1914,1919

Dufourmont, E, Histoire politique du Japon

Vié M, le Japon contemporain

Nombreux sites Internet

Pourquoi le Japon déclare t-il la guerre à l’Allemagne en août 1914 ?

- Au début du mois d’août 1914, une semaine après que la guerre a été déclenchée en Europe et que l’Angleterre est entrée en conflit avec l’Allemagne, le Japon propose à l’Angleterre de l’aider en attaquant les colonies allemandes en Asie (la région du Shandong en Chine) et dans le Pacifique (Îles Mariannes, Marshall et Carolines).

- En effet, depuis 1902, le Japon a signé une alliance avec l’Angleterre en 1902. Ces derniers, qui ont plusieurs colonies (concessions) en Chine (Hong Kong, Weihai dans le nord du Shandong), craignent la concurrence coloniale, commerciale et militaire des allemands et ont besoin d’un allié sûr en Asie.

Réciproquement le Japon bénéficie du soutien de l’Angleterre, notamment au  moment de la guerre contre la Russie (1904-1905).

-Le Japon demande, en échange de sa participation, le droit de s’approprier ces colonies allemandes. Il s’agit de  poursuivre le projet colonial commencé avec la première guerre sino-japonaise (1894-1895)  et la guerre contre la Russie (1904-1905).  

- L’Angleterre accepte car l’entrée en guerre du Japon lui permet de rapatrier sa flotte asiatique dans l’Atlantique pour faire face à l’Allemagne. Cependant elle demande un effort supplémentaire au Japon : il doit patrouiller dans l’Océan Pacifique pendant toute la durée du conflit pour neutraliser les navires allemands et autrichiens.

Quelle était la situation de l’empire colonial allemand en Asie à la veille de la guerre ?

- Les allemands s’emparent de plusieurs îles dans le Pacifique entre 1860 et 1890,  notamment les Mariannes, Marshall et Carolines.

- En Chine, en 1898, prenant comme prétexte la mort de 2 missionnaires chrétiens allemands dans le sud du Shandong, les allemands obligent les chinois à leur céder à bail le Kiautchau (Le sud du Shandong, dont la ville principale est Tsingtau) pour 99 ans. Les Allemands construisent alors à Tsingtao un port qui abrite une partie de leur flotte militaire.

- Concession : base commerciale impliquant une ouverture du commerce dans le cadre de traités inégaux :  droits de douanes fixés par les européens, privilège extra territorialité pour les résidents européens, base militaire. Une concession est donc de plus petite taille qu’une colonie. La souveraineté symbolique de l’Etat d’origine est préservée. Dans les faits, il y a cependant parfois peu de différence.

Quelle était la situation de l’empire colonial japonais à la veille de la guerre ?

Les gains territoriaux suite à la 1ère guerre sino japonaise (1894-1895).

Cette guerre porte sur le contrôle de la Corée que les japonais contestent au chinois. (Montre l’échec du traité de Tianjin de 1885 signé entre Chine et Japon, qui s’étaient engagés à limiter leurs influences respectives sur la Corée)
Elle se déroule essentiellement en Corée mais les japonais profite de leurs victoires pour avancer dans le sud de la Mandchourie, dans le Liaodong [à Port Arthur (Lushunkou)], mais aussi à Taiwan et dans les îles Pesacdores.

Les traité de Shimonoseki reconnait au Japon  la possession du Liaodong (Que les japonais devront quitter sous la pression occidentale en 1896 et céder à la Russie), de Taiwan et des îles Pescadores (qui restent japonais jusqu’en 1945)

La Chine renonce aussi à son influence sur la Corée qui est déclarée indépendante mais dans laquelle l’influence du Japon est de plus en plus grande.

Les gains territoriaux suite à la guerre russo japonaise de 1904-1905.

Les russes veulent élargir leur façade pacifique vers le sud (car elle est englacée dans sa partie nord). En 1858 et 1860 ils ont déjà annexé le nord de la Mandchourie (Vladivostok), privant la Chine d’une façade sur la mer du Japon. Les Russes obtiennent une concession sur le Liaodong (capitale : Lushunkou ou Port Arthur) après le départ des japonais, en 1898  puis un protectorat sur le reste de la  Manchourie en 1900, en compensation de leur participation à la répression de la révolte des boxers, révolte qui affaiblit encore la Chine (Boxers : mouvement anti-étrangers soutenus par le gouvernement chinois).

Cependant, le Japon s’oppose à l’avancée russe en Chine. Il est encouragé par le RU qui signe une alliance avec lui en 1902. Se sentant soutenu, en 1904,  le Japon attaque l’escadre navale russe de Port Arthur puis déclare la guerre à la Russie. Les japonais débarquent puis envahissent la Corée, et avancent en Manchourie. Ils prennent pour la deuxième fois Port Arthur (Lushunkou) en 1905 puis Moukden (Shenyang). Sur mer, la flotte japonaise, qui possède à son bord un observateur militaire français, Emile Bertin, gagne la bataille de Tsushima (mai 1905) et coule les 45 navires de la flotte russe de la Baltique, venue à la rescousse. L’ennemi russe de 1905 deviendra un allié en 1914.

Le résultat du conflit est que Le Japon s’approprie la Corée, le Liaodong dont sa capitale Port Arthur (Lushunkou) ainsi qu’ une partie des îles Sakhaline. Sa victoire le hisse au rang des grandes puissances mondiales.

Quelles sont les premières actions militaires du Japon contre l’Allemagne  en 1914 ?

-Il y a d’abord la bataille de Tsingtao. Le 27 août, une escadre japonaise fait le blocus  de la base navale deTsingtao. Les japonais transportent aussi des avions hydroglisseurs par bateaux, il s’agit d’avions français équipés de moteurs Renault . C’est la première fois de l’histoire qu’une attaque aérienne est menée contre une base navale.

La ville de Tsingtao est défendue par quelques milliers d’allemands. Plusieurs dizaines de milliers de japonais débarquent en septembre, soutenus par 1400 anglais venus de Wei Hai Hei (comptoir anglais dans le Shangdong). Ils commencent le siège de la ville. Pluschow, aviateur allemand, parvient à faire quelques sorties et à attaquer les positions japonaises. Cependant, les munitions manquent et le combat est sans espoir. Pluschow quitte Tsingtao par les airs et rejoint l’Allemagne. Pluschow écrit un livre vendu à 700000 exemplaires : c’est la première fois qu’un aviateur s’échappe en avion d’une ville assiégée.
Le 7 novembre, les allemands se rendent aux japonais. La bataille de Tsingtao restera la seule bataille terrestre d’Asie de la première guerre mondiale.

- Parallèlement, le 6 octobre 1914, la flotte japonaise occupe les archipels de l’Empire allemand dans le Pacifique (Marianne, Marshall, Carolines).

Les japonais deviennent ainsi une grande puissance du pacifique, ce qui irrite les américains.

Quel est le sort des prisonniers de guerre allemands ?

Lieu en rapport : le camp du Bando près de Naruto dasn la préfecture de Tokushima

Après la prise de la base navale allemande de Tsingtao dans le Shandong, 5000 prisonniers allemands sont déportés dans plusieurs camps de prisonniers au Japon. 1000 seront ensuite transportés en 1917 sur l’île de Shikoku, dans le camps de Bando près de  Naruto dans la préfecture de Tokushima.

Les habitants accueillent favorablement ces prisonniers, avec lesquels ils tissent parfois des liens d’amitié.  

À Bando, les prisonniers allemands sont autorisés à conserver leur mode de vie et à se  livrer librement à des activités sportives, artistiques et intellectuelles. Ils ont le droit d’écrire et d’imprimer un journal. Ils ont la possibilité de manger leur cuisine traditionnelle. Ils ouvrent une boulangerie et fabriquent des gâteaux. Ils peuvent jouer au bowling, au billard, faire du théâtre. Ils organisent des cours de littérature et de philosophie. Les prisonniers forment aussi un orchestre et donnent une centaine de concerts, notamment dans le temple du Ryouzen-ji.

C’est dans ce conteste qu’a lieu la première interprétation de la Neuvième Symphonie de Beethoven au Japon, par des solistes et un chœur exclusivement masculin, puisque les prisonniers de guerre étaient des hommes. Par la suite cette symphonie connaît un grand succès au Japon. Il y a toujours aujourd’hui à Naruto, dans le Bunka Kan, une représentation de la 9ème le premier dimanche de juin.

Enfin, les prisonniers allemands peuvent faire du commerce et utiliser l’argent qui leur est donné ou prêté par les habitants du village.

Reconnaissant envers la façon dont ils sont traités, les allemands échangent leur savoir et connaissances avec les habitants. Ils construisent par exemple un pont en pierre ou expliquent leurs recettes pour transformer les produits laitiers.

Le directeur du camps, le colonel Matsue était très humain et disait : « les japonais et les allemands se sont battus face à face, du côté de leur pays mais individuellement, ils ne sont pas des ennemis ».

La plupart des prisonniers sont libérés en 1920. Ils rentrent en Allemagne mais 63 choisissent de rester au Japon.

Par la suite, un petit parc « allemand » (ドイツ村公園, Doitsu Mura Kōen) est aménagé avec au  centre un mémorial rappelant le nom des prisonniers décédés pendant leur emprisonnement.

Une « maison allemande », (ドイツ館, Doitsukan) est bâti en 1972 et abrite un musée rappelant la vie des prisonniers du camps de Bando et présente de nombreuses photographies. En 1974, Naruto se jumèle avec la ville de Lüneburg en Allemagne.

Comment la flotte japonaise a-t-elle soutenu les alliés dans le Pacifique ?

Conformément aux engagements pris en 1914, pendant toute la guerre, la flotte japonaise croise dans le Pacifique et l’océan indien et protège les navires occidentaux alliés qui se rendent en Europe. Ces navires convoient des troupes, notamment coloniales (des chinois, indiens), ou assurent  des échanges commerciaux.

Par exemple en 1914 et 1915, le navire japonais Ibuki escorte un transport de soldats australiens dans l’océan indien quand les australiens, alliés de l’Angleterre, se rendent en Europe pour participer aux combats.

La flotte japonaise, une des plus puissantes du monde, joue donc un rôle décisif dans la sécurité du trafic maritime dans le pacifique.

Le Japon aide aussi la Russie (son ancien ennemi) en lui assurant un ravitaillement par l’Est pour l’aider dans son effort de guerre contre l’Allemagne. Le Japon lui rend également plusieurs navires qu’il avait capturés après la guerre de 1905.

En 1917, les américains entrent en guerre et concentrent leurs navires en Atlantique, sur la côte européenne. Pour compenser le déficit de leur défense sur la côte ouest de l’Amérique du Nord et à Hawaï, ils font appel à la marine japonaise, qui assure une présence dissuasive contre d’éventuelles attaques ennemis de ce côté.

Comment et pourquoi les Japonais interviennent-ils en Europe à partir de 1917 ?

- En Décembre 1916, l’amirauté (ministère de la marine anglais) insiste pour une participation du Japon à la guerre en Europe. Les flottes alliées sont en effet très menacées par les attaques des sous-marins allemands et ont besoin d’être escortées.

- Le 11 mars, l’amiral Saton dirige une escadre de 8 destroyers et d’un croiseur. Il arrive à Malte le 13 avril. L’île est utilisé comme une base pour les navires japonais. A partir de là, ils font des centaines de sorties et escortent les navires alliés (transport marchandise / troupes) entre Marseille, Tarente et les ports Egyptiens (colonie anglaise). Les japonais affrontent 34 fois les sous marins ennemis. Au total, ils ont protégé le transport de 700000 soldats et ont même sauvé 7075 naufragés, lors d’accidents en mer.

Il y a une grande majorité d’opérations réussies mais malgré tout, l’échec de certaines actions pousse certains commandants de navires à pratiquer le seppuku.

- Le talent des marins japonais est reconnus par les alliés. Les anglais laisseront ainsi 2 de leurs destroyers être dirigés par des marins japonais.

- En 1919, les navires rentrent au Japon, et transportent avec eux 7 sous marins allemands arraisonnés pour en étudier la technologie.

Comment et pourquoi les Japonais interviennent-ils en Russie à partir de 1918 ?

Début 1918, le Japon envoit des troupes en Russie dans le cadre de l’intervention militaire des alliés destinée à soutenir les russes partisans du régime impérial tsariste contre les communistes.  
En effet, en 1917, deux révolutions ont permi à ces derniers de prendre le pouvoir. Leur chef, Lénine a rapidement fait une paix séparée et anticipée avec l’Allemagne, affaiblissant donc les alliés. Ceux-ci décident d’intervenir pour essayer de rétablir le Tsar et de pousser la Russie à continuer de combattre l’Allemagne. De plus, les alliés ont peur d’une expansion du communisme dans toute l’Europe.

Face à la détermination de l’armée rouge, l’opération est un échec et les alliés doivent se retirer.

Quel est le rôle de la délégation japonaise dirigée par Saionji à la conférence de la paix qui se réunit à Versailles en 1919 ?

Lieux : université de Ristumeikan. Maison de Saionji 

Après la défaite de l’Allemagne et la signature de l’armistice le 11 novembre 1918, les alliés organisent en 1919 une « conférence de la paix » à Paris. L’objectif est de décider des sanctions contre les vaincus, des compensations pour les vainqueurs, et de réorganiser les frontières de l’Europe et de certaines régions d’Asie. Cette conférence prépare les traités de paix qui sont signés par les belligérants, à Versailles et dans d’autres villes entre 1919 et 1922.

Les principales personnalités qui représentent les pays vainqueurs à la conférence sont Clémenceau (France), Loyd Georges (Angleterre), Wilson (Etats Unis), Orlando (Italie). La Russie qui a fait une paix séparée avec l’Allemagne dès mars 1918 n’est pas représentée. En revanche le Japon, qui fait partie des vainqueurs, envoit une délégation dirigée par Saionji, personnalité politique majeure de l’époque, et Makino Nobuaki. La participation du Japon montre qu’il est désormais considéré comme une des principales puissance du monde.    

Kinmochi Saionji  est né à Kyoto dans une famille de Kuge (noble de la cour impérial) descendante des Fujiwara. C’est un ami d’enfance du prince Mutsuhito, le futur empereur Meiji. Pendant la guerre de Boshin (1868-69) qui oppose les partisans du Shogun Tokugawa et ceux de la restauration du pouvoir impérial, Saionji prend le parti de l’empereur. Il devient par la suite une des personnalités les plus importantes du nouveau régime.
Il s’instéresse de très prêt à la culture et à la science européenne qu’il cherche à diffuser au Japon. Il fonde ainsi l’université Ritsumeikan en 1869 ainsi que l’université Meiji un peu plus tard.

En 1871, il étudie le français à Tokyo puis quitte le Japon et part étudier en France, à Marseille et Paris, la philosophie et les sciences pendant 9 ans. C’est à ce moment qu’il se forge une solide culture humaniste, libérale et démocratique. Il contribue par la suite à réformer les institutions politiques japonaises. Dans les années 1880, il devient ambassadeur du Japon dans plusieurs pays européen pendant une dizaine d’année. Par la suite, avant 1914, il exerce de nombreuses responsabilités politiques dans son pays : conseiller privé de l’empereur, ministre de l’éducation…Il est nommé deux fois premier ministre par l’empereur.

Saionji a des idées libérales. Il soutient la  prééminence du  parlement  sur l’oligarchie de Meiji, les Genro, qui ont pris l’habitude de choisir les premiers ministres en proposant leur nomination à l’empereur. Or pour Saionji, les gouvernements doivent correspondre aux partis majoritaires, élus au parlement. Par ailleurs, Saionji s’oppose aussi au pouvoir excessif de l’armée dans la vie poltique.  En 1913, alors qu’il est premier ministre, il est forcé à la démission par l’armée car il veut réduire les dépenses militaires.

Saionji était propriétaire d’une villa à Kyoto, la villa Seifuso, qui a été léguée depuis à l’université de Kyoto. La villa Seifuso se trouve sur Imadegawa dori, entre la Kamogawa et Hyakumanben. Cette villa est réputée pour son jardin magnifique dans lequel se trouve un pavillon de thé.

À la conférence de la paix, Saionji et Nobuaki obtiennent la confirmation des droits du Japon sur les anciennes colonies allemandes d’Asie avec le statut de « mandat ». Un mandat est un terme juridique utilisé par les traités de paix pour désigner la nature du pouvoir exercé par les puissances coloniales sur leurs nouvelles colonies. La Chine, présente à la conférence également du côté des vainqueurs, furieuse, refuse de signer les traités.

Parallèlement, la délégation japonaise propose d’ajouter une clause (un article) reconnaissant le principe de l’égalité des races humaines, à la charte (la règle) de la société des nations (SDN). La SDN est l’ancêtre de l’ONU (l’organisation des nations unies). C’est une organisation  internationale mise en place en 1919, ayant vocation à accueillir un grand nombre de pays, et  destinée à promouvoir la paix et la liberté dans le monde, ainsi qu’à servir de tribune pour le règlement pacifique des conflits entre ses membres.

La proposition du Japon de reconnaitre l’égalité des races dans le droit international, soutenue par la France, est rejetée par l’Angleterre et l’Australie. A l’époque, tout le système colonial occidental reposait en partie sur l’idée qu’il existait une inégalité entre les hommes.

La délégation japonaise repart en partie mécontente de la conférence et commence à prendre ses distances avec ses alliés. Plus tard, en 1922, le Japon sera contraints lors de la conférence de Washington de limiter le développement de sa flotte navale et de renoncer à son mandat sur le Shandong en Chine. Un an plus tard, l’Angleterre ne renouvellera pas son alliance militaire avec le Japon. A partir de ce moment, le Japon, se sentant mis à l’écart par les anglo-saxons, se rapprochera de plus en plus de l’Allemagne, son ancien ennemi.

Pourquoi y a-t-il un monument commémorant les morts de la 1ère guerre mondiale dans le cimetière des étangers de Kobe ?

Dans le cimetière des étrangers de Kobe, situé sur le mont Futabi, il existe un cimetière des étrangers, qui abrite les tombes des immigrés depuis le 19° siècle.

Il ya aussi un monument avec une plaque commémorant le souvenir des soldats occidentaux morts pendant la première guerre mondiale.

Ce cimetière peut se visiter sur demande. Il est situé dans un très beau parc arboré.

Comment Mizuno Hironori, militaire dans la marine japonaise, est devenu pacifiste après avoir constaté l’horreur de la guerre sur les champs de bataille européen.

Lieu en rapport : le musée Mizuno à Matsuyama

Mizuno Hironori est un militaire de carrière, qui est depuis 1900 lieutnant dans la marine japonaise. Passionné par l’écriture, il écrit aussi des articles pour la presse durant la guerre russo japonaise de 1904-1905.

En 1916, il demande et obtient un congé de plusieurs mois pour partir en mission d’inspection en Europe, alors déchiré par la guerre.  Il assiste à Londres au premiers bombardements de l’aviation allemande. Il rentre au Japon en août 1917 et publie son journal de voyage en Europe, intitulé Nami no mamani 波のままに(Au gré des vagues) ainsi que Bata no kusai バタの臭い(L’odeur du beurre), qui paraîtra sous forme de nouvelles dans le journal Asahi. Profondément marqué par ce qu’il a perçu en Europe, il n’a pas encore à ce moment là viré sa cutie et opté pour le pacifisme.

En 1919, quelques mois après l’armistice du 11 novembre 1918 et la défaite de l’Allemagne et de ses alliés, Mizuno demande à nouveau à sa hiérarchie un congé afin d’observer la situation de l’immédiat après-guerre en Europe. Mizuno arrive à Paris en août 1919. En compagnie d’un de ses compatriotes, il visite Verdun, Château-Thierry puis Reims. Quel que soit le lieu, le spectacle est le même : les paysages lunaires et les lieux de désolation se succèdent, témoignant de manière très explicite de la violence des combats. Sa réaction est la même que celle de beaucoup de ceux qui ont approché la violence des combats de cette « guerre totale « . Au détour d’une tranchée, il exprime son sentiment à travers un court poème :

« Verudan ya shikabane jûman chi mangoku

Chi ni saku ya Verudanjô no keshi no hana

Yume mayou natsugusa shigeki hori no soko »

En français :

« À Verdun, des centaines de milliers de morts, des flots de sang.

Ont-ils fleuri dans ce sang les œillets de la place forte de Verdun ?

Un rêve qui erre, l’odeur des herbes d’été au fond d’une tranchée »

Plus tard, son voyage le conduit en Allemagne où il veut étudier les raisons et les conséquences de la défaite de ce pays.
Suite à ce 2° séjour en Europe, sa vision de la guerre change. Avant 1919, Mizuno considérait la guerre comme un mal parfois nécessaire. Il considérait qu’un Etat pouvait légitimement faire la guerre pour défendre la paix (Si vis pacem, para bellum) et préserver la nation, voire la renforcer.
 

Or, en 1919, horrifié par le spectacle des destructions et les stigmates de la guerre, il change d’opinion. Il prend conscience que la guerre détruit tout, même ceux qu’elle est sensée protéger. Il se rend compte de la valeur supérieure de la paix qu’il défend désormais.  

De retour au Japon, il publie en 1921 dans le journal Nichinichi, sous forme de nouvelles, un texte intitulé « la psychologie des militaires » dans lequel il critique la trop grande puissance de l’armée dans la vie politique japonaise. Son audace est considéré comme une provocation par sa hiérarchie. Ses ouvrages sont interdits par les autorités. Mizuno quitte alors l’armée et se consacre désormais à ses activités littéraires et journalistiques. Dans le contexte de la rivalité avec les Etats Unis et de la montée de l’impérialisme de la période de l’entre deux-guerre, Mizuno continue de publier des textes qui prônent la paix et la retenue. Il meurt en octobre 1945.

Il existe un musée consacré à Mizuno situé à Matsuyama, dans la département d’Ehime d’où Mizuno était originaire. Sur sa tombe est gravé l’épitaphe suivante, un tanka qui résume son caractère de libre penseur : « Sans flatter le monde ni les hommes, je marche sur la route que je crois juste. »

Bibliographie

Nombreux sites Internet

Edwin O. Reischauer, histoire du Japon, Tome 1 : Des origines à 1945

Elisseff, histoire du Japon entre Chine et Pacifique

Pelletier, Le Japon

Vié, histoire du Japon