Les raku yaki

Un peu de vocabulaire pour commencer

Qu’est ce que la céramique ?

Céramique : Mot d’origine grecque « Keramos » qui signifie « Argile ».

La céramique est l’ensemble des objets fabriqués en  « terre »), c'est-à-dire avec des roches et des minéraux, cuits à haute température. La roche la plus utilisée est l’argile.

La céramique est apparu dans l’humanité à différents endroits de l’humanité, à l’époque  néolithique, c'est-à-dire au moment de l’invention de l’agriculture (Il y a environ 10000 ans). Elle peut avoir des fonctions très variées (utilitaire ou décorative). Elle a pris des formes très variées selon les époques et les régions du monde.

Le Japon est un des premiers endroits dans le monde où la céramique est apparue.

Quelle est la différence entre céramique, poterie, faïence, grès, porcelaine ?

La céramique est le terme général qui désigne l’ensemble des objets réalisés en terre cuite. Parmi les céramiques, on distingue plusieurs types :

La Poterie

Objet en « terre » cuite (surtout en argile rouge ou grise). L’apparence est brute et l’objet est poreux.

La Poterie vernissée.

Poterie recouverte d’un vernis appelé glaçure (ou émail ou enduit) composée de matériaux  qui prennent une apparence qui ressemble au verre quand ils sont cuits.

La glaçure peut être composée de nombreux éléments : sels (glaçure alcaline), cendre de matière végétale, plomb etc.

La glaçure peut offrir différentes textures (mate, brillante, rugueuse). Elle peut être transparente . On verra alors la couleur de la terre dont est fait l’objet. La glaçure peut être aussi colorée grâce à l’ajout de certains oxydes métalliques. On peut utiliser par exemple :

Du sélénium (en l'absence de plomb) pour une coloration jaune ; de l’uranium pour une vive couleur orangée ; du fer pour le bleu, le brun, le noir ; du chrome pour le vert et le rose ; du cuivre pour le vert, le rouge et le bleu ; du cobalt pour un bleu profond et le vert; du manganèse pour le mauve ; de l'or métallique pour un rouge soutenu (pourpre de Cassius).

La faïence

La pâte est recouverte d’une glaçure blanche sur laquelle on peut ensuite peindre des décors.

Le grès

Céramique fabriquée avec une pâte constituée d’argile et de minéraux comme la silice, qui se vitrifient quand la cuisson se fait à très haute température (1150°). Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter une glaçure car l’objet est déjà imperméable.

La porcelaine

Céramique fine et translucide produite à partir du kaolin (un certain type d’argile) par cuisson à plus de1 200 °C.  En général, il y a 2 cuissons successives. La première, en dessous de 1000°, donne un objet poreux appelé « dégourdi » ou « biscuit ». On recouvre ensuite la porcelaine de glaçure et on recuit à très haute température, 1400°. La porcelaine est translucide, c'est-à-dire qu’elle laisse passer la lumière.
Les porcelaines les plus fines sont appelées « coquille d’œuf ». On peut peindre un décor, mais il faudra alors recuire la porcelaine pour le fixer.

- Les techniques de fabrication de la porcelaine atteignent leur perfection en Chine au xiie siècle

- La production de porcelaine, au Japon, a débuté dans la région d'Arita (有田町?, cité de potiers de l'île de Kyūshū) en 1616. Selon la tradition, un Coréen du nom de Ri Sampei, installé de gré ou de force dans la région, comprit l'intérêt d'exploiter un gisement de kaolin situé à proximité, au pied de la colline de l'Izumiyama. Sa maîtrise des fours à haute température lui aura permis d'aller jusqu'à la fusion du kaolin, vers 1 400 °C, pour obtenir de la porcelaine semblable à celle des Chinois. Cela provoqua la fin d'un monopole qui était vieux de plus de sept siècles.

Jusqu'en 1757, elle fut exportée en abondance vers l'Europe, principalement par les Hollandais, avec leur Compagnie Orientale des Provinces-Unies, la V.O.C. (Verenigde Oost-Indishe Compagnie).

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- Il faut attendre le 18° siècle pour que les techniques de fabrication de la porcelaine arrivent en Europe. La première description du processus de production de la porcelaine dure chinoise et les premiers échantillons de kaolin furent introduits en France en 1712 par le Père d'Entrecolles, un jésuite qui était en poste à Jingdezhen en Chine.

Les porcelaines de Sèvres et Limoges, mondialement connues depuis le XVIII° siècle, font partie, avec les porcelaines allemandes, chinoises et polonaises, des porcelaines dures les plus fines et les plus réputées.

Qu’est ce que le Raku Yaki ?

Le raku Yaki est un type de poterie vernissée caractérisé par plusieurs facteurs :

- Les raku yaki sont le plus souvent des bols à thé (mais il y a aussi des objets décoratifs)

- Les raku yaki sont façonnés à la main. Ils ne sont pas tournés. Les potiers n’utilisent pas de tour de potier. Cette technique aboutit souvent à des formes brutes, un peu irrégulières. Ce résultat est volontaire et caractéristique du style Raku.

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- Les raku yaki sont légèrement poreux, c'est-à-dire que le matériau laisse passer l’humidité. La porosité est causée par la technique de cuisson à basse température (autour de 1000°C)

- Les raku yaki sont recouverts d’une glaçure qui prend un apparence très original à cause du mode de cuisson et de refroidissement. En effet, après cuisson, le raku yaki est sorti du four immédiatement et laissé à sécher à l’air libre. Il y a donc un choc thermique. La texture et les couleurs de la glaçure prennent une apparence très irrégulière. Dans d’autres techniques de fabrication de céramique, on laisse les pièces refroidir doucement dans le four.

Quelles sont les techniques utilisées pour fabriquer des Raku yaki ?

Vidéo montrant le façonnage d’un bol à thé par Kichizaemon XV, l’actuel représentant de la famille Raku.

https://www.youtube.com/watch?v=WsV0YFe6Ca0

- L’objet est façonné à la main avec une argile capable de résister après cuisson à un choc thermique sans se fissurer. Pour cela on utilise une argile à grès, c'est-à-dire contenant beaucoup de silice. On peut aussi utiliser de la chamotte, c'est-à-dire de la terre déjà cuite et réduite en poudre, qu’on mélange avec l’argile.

- L’objet est ensuite enduit (recouvert) d’une glaçure (un vernis) contenant différents éléments selon l’effet voulu. La glaçure contient souvent un frittage (c'est-à-dire des minéraux en poudre mélangés avec de l’eau comme du plomb, du sel, du bore), mélangés avec des oxydes métalliques ( cuivre, fer, ...) qui, ajoutés en proportions déterminées, produiront à la cuisson les couleurs souhaitées par le céramiste.

Pour enduire la céramique, on peut la tremper dans la glaçure (immersion).

La caractéristique d'une pièce de raku vient aussi des zones vierges de tout émail appelées « zones d’enfumage ». Sur ces zones, la céramique cuira différemment et noircira.

Vidéo montrant la cuisson d’un raku  yaki par sasaki sensei

https://www.youtube.com/watch?v=0vxz2YNDSlc

- Après façonnage et application de la glaçure, les pièces sont souvent enfournées dans un four préchauffé (alors que dans d’autres techniques, les pièces sont souvent enfournées à froid).  La cuisson est assez rapide (de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures selon les cas. La température de cuisson est relativement basse, autour de 1000° C (alors que la porcelaine est cuite autour de 1400°C par exemple. On ajuste la température en fonction des minéraux contenus dans la glaçure.

Les conditions atmosphériques extérieures jouent sur le tressaillage de l'émail et favorisent tel ou tel type de craquelures ou la formation de pin holes (petits points noirs). La météorologie du jour est un des paramètres à considérer : pression et hygrométrie ont beaucoup d'influence, ainsi que la température extérieure.

- Dans le procédé de fabrication traditionnelle, les pièces sont sorties du four alors qu’elles sont encore chaudes et laissées refroidir à l’air libre. Il y a donc un choc thermique. Ce choc fait tressailler l’émail et initie les craquelures et provoque l’apparition de colorations, en fonction du type de glaçure utilisé.

La pièce est saisie à la pince et posée sur une plaque ou sur le sol.

Il est fréquent, surtout en hiver, que le froid de la pince elle-même produise des effets au point de contact de l'émail, appelées « araignées », signe de qualité d'une céramique au Japon.

- Immersion dans l’eau : Lorsque la température est redescendue aux alentours de450 °C, aucune réaction chimique ne se produit plus et l'enfumage est terminé. Afin d'en fixer les effets de couleurs et d'éviter la formation d'un réseau de craquelures dit secondaire, la pièce est plongée dans l'eau : elle subit encore un choc thermique. Cette opération ne s'applique pas à la saturation de cuivre. Si la forme, la taille ou la fragilité de l'objet l'imposent, un simple arrosage est possible.

- Au 20° siècle, des occidentaux ont modifié les techniques. La pièce, une fois sortie du four, est placée dans un récipient métallique et rempli de copeaux ou sciure de bois ou autres fibres végétales.

Le combustible sur lequel on pose la pièce a pour but de  limiter le contact entre l’oxygène de l’air et la glaçure en fusion et d’empêcher l’oxydation de la surface du raku yaki. Cette phase est appelée « l’oxydoréduction ». Cette technique entraîne l’apparition de couleurs plus ou moins métallisées, de craquelures ainsi que des effets d’enfumage (noircissage) sur les parties laissées sans glaçure.

Le matériau s'enflamme et le récipient refermé ou recouvert. La combustion se poursuit alors à l'étouffée, dégageant une épaisse fumée. Le gaz carbonique s'insinue dans les craquelures du tesson et toutes les parties non émaillées, en les noircissant plus ou moins intensément. Après refroidissement, les pièces sont nettoyées afin d’enlever les traces de cendre due à l’enfumage.

Qui a crée les premiers Raku Yaki ?

C’est Chôjirô, un potier du 16° siècle. Son père était probablement d’origine chinoise. Il aurait importé au Japon des techniques venue du continent, appelées sancai, datant de l’époque Ming.

Chôjirô apprend ces techniques. Sa première œuvre est un objet décoratif, un lion à double émail.

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Il rencontre le maître du thé Sen ni Rikyû qui lui demande de créer des bols à thé simple afin de ne pas détourner l’attention des participants lors des cérémonies du thé.  Chôjirô crée des bols à thé simples, rouges ou noirs, bruts et sans décoration, et invente une nouvelle technique de fabrication.

« Raku » est il le nom d’un style, d’une technique de fabrication ou un nom de famille ?

Raku désigne les 3 choses à la fois. C’est d’abord le nom d’une technique de fabrication, mais aussi d’un style, puis cela devient un nom de famille. En effet, le fils de Chôjirô, Jôkei, lui aussi potier, poursuit le travail de son père. Toyotomi Hideyoshi, alors maître du Japon, l’autorise à ajouter le nom « Raku » (confort, plaisir) à son nom. Les descendants de Chôjirô et Jôkei continueront à porter ce nom jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi a-t-on appelé « Raku » ce style de poterie ?

Au départ, les poteries de Chôjirô, n’étaient pas appelées Raku mais ima yaki, « poterie contemporaine ». Cela voulait dire qu’elle semblait d’un style très moderne. Par la suite, on les a appelées des poteries juraku car Chôjirô habitait et travaillait dans l’enceinte du Jurakudai. Plus tard, on a abrégé le mot jurakudai en raku. Par la suite un tampon avec le kanji raku était appliqué en dessous de certaines pièces.

Où habite et travaille la famille Raku ?  

Carte de Kyoto

La famille Raku est installé depuis l’époque de Momoyama (l’époque de Toyotomi Hideyoshi), à Kyoto. Au départ, elle était installée, comme Sen ni Rikyû, dans l’enceinte de palais de Toyotomi Hideyoshi, le Jurakudai, c'est-à-dire à l’emplacement qu’occupait le palais impérial à l’époque d’Heian, dans le quartier de Kamigyoku.

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Après le démantèlement du Jurakudai, quand Toyotomi Hideyoshi s’installe à Fushimi, les Raku conservent leur résidence et leur atelier dans le même quartier. Ils y sont toujours aujourd’hui. Leur maison a toutefois été reconstruite en 1855. Elle est classée comme « bien culturel » par le gouvernement japonais. Il y a un musée qui a été construit juste à côté.


Quel est l’arbre généalogique de la famille Raku ?

Les membres de la famille Raku se transmettent de père en fils leur savoir faire. Ils utilisent toujours aujourd’hui les mêmes techniques que Chôjirô.

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Quelles sont les œuvres importantes des principaux artistes de la famille Raku ?

Chôjirô ( ? – 1589)

Il est à l’origine d’une esthétique unique de bols de thé qui reflète les idées du wabi et de la philosophie Zen. Pas de mouvement, pas de décoration. Pas d’expression individualiste. Le bol de thé de Chôjirô est spirituel.

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Tanaka Sôkei (1535- 1595)

Il était le grand père de la femme de Chôjirô. Il a travaillé avec lui. Ses œuvres portent le sceau familial avec le kanji Raku.

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Isarai.  Ce bol avait la forme que préférait Sen no Rikyû.

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Akoda. Pot d’eau douce.

Jôkei II ( ? – 1635)

Il fait évoluer le style originel.

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Kuroki. Ce bol à thé a une forme large et irrégulière. Jôkei introduit le goût de son époque dans son travail et s’éloigne du style des œuvres de Chôjirô, le fondateur.

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Bol à thé rouge avec un dessin de Chrysanthème. Une telle décoration aurait été impensable à l’époque de Chôjirô. Elle reflète la mode flamboyante du début de l’époque d’Edo.

Dônyû III

Il continue à faire évoluer le style originel. Il est considéré comme un des membres de la famille Raku les plus doués.

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Sôjô. Ce bol à thé est orné d’un « effet papier ». L’argile rouge est recouverte d’un engobe blanc et d’une glaçure transparente.

La recherche décorative est encore plus poussée que chez jôkei II.

Ichinyû (1640-1696)

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Yamazato. C’est la première fois qu’un motif est gravé dans la poterie.

Sanyû 6 (1685-1739)

Auteur d’une série de 200 bols à thé rouges.

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Forme large et généreuse. Un lapin est représenté dans un engobe blanc.

Ryônyû IX (1756-1834)

Il invente une nouvelle technique de modelage à la main. La garniture est appliquée verticalement, horizontalement et obliquement, ajoutant du dynamisme et une dimension très décorative.

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Bol à thé cylindrique à glaçure blanche.

Les techniques du raku-yaki sont elles utilisées par d’autres personnes que la famille Raku ?

Au Japon, il y a eu au 18° siècle, l’édition d’un manuel qui expliquait les techniques utilisées par la famille Raku. De nombreux potiers, connus ou non, les ont utilisé pour fabriquer leurs œuvres.  

Dans le reste du monde, les techniques Raku se diffusent plus tardivement, notamment au 20°s. Aujourd’hui de nombreux potiers dans le monde entier fabriquent des objets soit copiés, soit inspiré par le style Raku.