Comment rater sa dissertation en philosophie ?

Cédric Eyssette – http://eyssette.net

(octobre 2013)

Inspiration

Le ratage de dissertation en philosophie est un art des plus sérieux, qui requiert de la volonté et de la précision. Un petit manque d’attention et c’est immédiatement le risque d’obtenir une note correcte, voire une bonne note.

Voici quelques conseils pour pouvoir parvenir à rivaliser avec les pires copies.

Le travail de préparation au brouillon

1/ Rater l’analyse du sujet

Pour bien rater sa dissertation, il est absolument essentiel de ne pas chercher à analyser le sujet. Écrivez au milieu d’une feuille de brouillon le sujet et passez tout de suite à une autre feuille. Faites directement un plan, ou mieux écrivez directement votre devoir.

Si vraiment vous n’arrivez pas à suivre cette stratégie, écrivez simplement quelques synonymes des mots du devoir. Par exemple : “le bonheur c’est quand on est heureux”, ou bien “la liberté c’est être libre” (effet garanti sur le correcteur).

Ne cherchez surtout pas à distinguer plusieurs sens des termes du sujet. À quoi bon s’embêter à être précis alors qu’on peut se contenter d’une belle généralité vague ?

Ne tombez surtout pas dans le piège classique qui consisterait à vouloir définir les notions, les définitions c’est pour les mauviettes qui n’ont pas compris le sujet. Vous vous avez compris la question, d’ailleurs vous êtes déjà en train d’y répondre.

2/ Rater la problématisation du sujet

Problématiser supposerait de prendre le temps de se questionner sur la question elle-même. Mais il y a déjà une question ! Et pourquoi vouloir chercher un problème. La vie est quand même plus belle quand il n’y a pas de problème, et vous n’avez pas tellement envie de prendre le temps de vous questionner (vous savez que vous êtes malheureusement obligé-e de rester au moins 1 heure, quelle contrainte !).

Bon, il va bien falloir faire passer le temps (1h, c’est long…). Commencez à faire quelques dessins sur votre brouillon, regardez vos voisins…

3/ Rater le plan

Si vous avez suivi la stratégie la plus efficace, vous êtes rapidement arrivé-e à cette étape cruciale du plan. Êtes-vous encore plus audacieux-se ? Foncez tête baissée dans la rédaction. La philo, c’est de l’inspiration pure !

Si vous n’êtes pas encore assez expérimenté-e pour ne pas faire de plan, divisez votre feuille en deux. Écrivez OUI d’un côté, NON d’un autre côté, et mettez tout ce qui vous passe par la tête. Une fois que vous avez une bonne quantité de chaque côté, lancez-vous.

Attention, évitez absolument de répondre au sujet dans chaque partie. Parlez d’autre chose. Si le sujet est : “Peut-on atteindre le bonheur sans la liberté ?”, faites : I–Le bonheur, II–La liberté.

N’essayez pas de construire des transitions logiques d’une partie à une autre ou pire de construire une progression dans votre développement. Restez-en à OUI d’un côté, NON d’un autre côté.

La rédaction du devoir

Vous voilà parti-e dans la rédaction de votre dissertation. N’oubliez pas d’écrire au fil de la plume, sans vraiment réfléchir à ce que vous écrivez.

Écrivez tout d'un bloc, sans jamais sauter de ligne ou faire des paragraphes, vous ne voulez pas gâcher du papier tout de même !

L'orthographe, la syntaxe importent peu : ce n’est pas parce qu'il manque un "s" ou un accent qu'on ne va pas vous comprendre !

Ne posez jamais de question. Il faut être efficace : alignez simplement vos idées les unes à la suite des autres. Mettez des mots de liaison au hasard : un "donc" par ci, un "mais" par là, sans trop vous soucier des liens logiques entre les idées.

Ne cherchez pas à être clair ou à être simple dans votre formulation, la philo c'est compliqué, écrivez compliqué.

L’introduction

Commencez par “De tous temps les hommes se sont posé cette question très importante”.

Évitez toute analyse du sujet. Restez-en à quelques synonymes bien choisis.

Ne dégagez surtout pas le problème que pose le sujet, allez vite à l’annonce du plan.

Pour l’annonce du plan, restez très vague. Il ne faudrait pas gâcher ce qui va suivre…

Le développement

Pourquoi diable appeler cette étape un “développement” ? Deux-trois pages suffiront amplement. Ne cherchez surtout pas à être précis.

Passez rapidement d’une idée à une autre, sans faire de lien logique. N’essayez pas d’être clair. Si le prof ne peut pas suivre votre raisonnement, c’est qu’il ne doit pas être très futé.

N’essayez pas de construire une argumentation avec des arguments, des réponses aux objections. Donnez juste votre opinion personnelle et quelques exemples. On verra bien que vous avez raison !

N’utilisez pas de vocabulaire précis, de définitions, de “distinctions conceptuelles”. Ils cherchent vraiment à tout compliquer ces philosophes, alors que c’est si simple…

Ne vous appuyez pas sur des références philosophiques. C’est votre copie, c’est votre opinion, pourquoi aller chercher des références pour approfondir sa réflexion ?

Si vous avez construit un plan dans votre travail au brouillon, essayez de ne pas trop le suivre pour laisser place à votre inspiration. N’essayez pas de bien faire le lien avec le sujet, et de montrer comment vous répondez à la question posée, le professeur trouvera bien le lien ! N’oubliez pas de négliger les transitions, elles sont inutiles : à la fin de votre partie, on a compris qu’il allait y en avoir une autre.

La conclusion

Vous venez de passer déjà au moins 1h à faire un développement, à quoi bon chercher à faire une synthèse de ce que vous avez écrit. Si le prof n’a pas compris où vous voulez en venir, c’est son problème !

Ne répondez surtout pas à la question posée. Écrivez plutôt : “Finalement, ça dépend de chacun, tout est relatif”, ou bien “La question est très difficile et on ne peut pas y répondre”, ou encore “Il faut un juste milieu”.

Finissez par un lieu commun plein de bon sens ou par une ouverture fulgurante vers n'importe quelle question qui vous vient à l'esprit.