Komaïnu(狛犬)

                                                         Kimitaka Kubo

     

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 Les paires de statues animales qu'on appelle les komaïnus sont omniprésentes au Japon. Elles sont placées à l'entrée de l'enceinte ou devant le honden(bâtiment principal) des sanctuaires shintoïstes. On les trouve également dans les temple bouddhistes. Et, par cette appellation japonaise (狛犬), nombreux sont ceux qui considérent les Komaïnu comme les chiens corréens pour la raison que le mot "koma" désigne la Corée(高麗)et celui d'înu signifie le chien. Nous allons examiner les komaïnu de plus près.

 On suppose que l'introduction au Japon de komaïnu remonte au sixième siècle. parce qu'on pense qu'ils ont été importés avec le bouddhisme sous le règne de l'Empéreur Kinmei qui déclara l'introduction officielle du bouddhisme. Les statues du Bouddha et du bodhisattva par exemple, ont joué et jouent encore un rôle très important pour le bouddhisme afin d’en faire connaître les péceptes à la population. Donc; les komaïnu ont été placés près de statues bouddhistes pour les protéger.

Signification symbolique

 Conçus pour conjurer les mauvais esprits, les statues modernes de komainu sont presque identiques, mais l'un a la gueule ouverte, l'autre fermée. C'est une caractéristique très commune des paires de statues religieuses dans les temples et les sanctuaires. Cette tendance d'origine bouddhiste possède une signification symbolique. La gueule ouverte prononce la première de lettre de l'alphabet sanskrit, qui sonne « a » tandis que la gueule fermée prononce la dernière lettre qui sonne « um » pour signifier le début et la fin de toute chose. Ils forment ensemble le son aum, syllabe sacrée dans plusieurs religions comme l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme.

 Il existe cependant des exceptions à la règle, exceptions dans lesquelles les deux komainu ont leurs gueules soit ouvertes soit closes. Les deux formes sont appelées collectivement a-un et individuellement a-gyō (阿形) et un-gyō (吽形) respectivement.

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a-gyō (阿形)                                 un-gyō (吽形)

Histoire

 Les komainu ressemblent fortement au lion gardien des temples dont l'origine remonte en fait à la Chine de la dynastie Tang(唐). La création des lions gardiens chinois auraient été influencée par les peaux de lion et les représentations de lions introduites par les commerçants en provenance du Moyen-Orient ou de l'Inde, pays où vivent les lions et où ils sont un symbole de force. Au cours de son transport le long de la route de la soie cependant, le symbole a changé et acquis un aspect distinctif. La première statue de lion apparaît d'abord en Inde vers le IIIe siècle au sommet d'une colonne érigée par le roi Ashoka. La tradition arrive plus tard en Chine où elle se développe en lions gardiens qui sont ensuite exportés vers la Corée, le Japon et Okinawa.

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Chapiteau du pilier de Vaishali vers 250 av. J.-C

 Pendant l'époque de Nara (710–794), la paire est toujours constituée, comme dans le reste de l'Asie, de deux lions. Utilisés uniquement à l'intérieur jusqu'au XIVe siècle, les lions sont faits principalement de bois. Au cours de l'époque de Heian (794–1185), par exemple, les paires de bois ou de métal sont employées comme poids et arrêts de porte, tandis qu'au palais impérial elles sont utilisées pour supporter les écrans et les paravents.

 Au début de l'époque de Heian (IXe siècle), la tradition change et les deux statues commencent à se différencier et à être nommées différemment. L'une, à la gueule ouverte, est appelée shishi (獅子, « lion de pierre ») parce qu'elle ressemble à cet animal. L'autre a la gueule fermée et ressemble plutôt à un chien, elle est appelée komainu (狛犬, « chien de Koguryŏ »), et possède parfois une seule corne sur sa tête. Peu à peu, les animaux redeviennent identiques, sauf au niveau de leurs gueules, et finissent par être tous deux appelés komainu.

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Le komaïnu avec une corne et le poil droit        Le shishi sans corne et le poil bouclé                        

 Bien qu'ils soient omniprésents dans les sanctuaires, les komainu ne sont employés à l'extérieur que depuis le XIVe siècle. Selon la croyance populaire asiatique, le lion est supposé disposer du pouvoir de repousser le mal et pour cette raison, est habituellement utilisé pour garder portes et portails. Au Japon également, il a fini par être installé à l'entrée des sanctuaires et des temples à côté du chien-lion. Parce qu'elles sont exposées au climat pluvieux du Japon, les paires de komainu ont commencé à être sculptées en pierre.

À partir de l'époque d'Edo, d'autres animaux sont utilisés à la place des lions ou des chiens, entre autres les sangliers, les tigres, les dragons et les renards, etc. 

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             sanglier                                    tigre

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Les statues d'un tigre blanc indiquant l'ouest et d'un dragon bleu désignant l'est au Sanctuaire Heian.

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Les statues de souris au Sanctuaire Ôtoyo(大豊神社).

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Les statues d'un milan noir et d'un macaque au Sanctuaire Ôtoyo(大豊神社).

Shīsā d'Okinawa

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Sur les toit                             Sur le pilier de porte

 Les shīsā (en Okinawaïen siisaa) sont des sculptures de taille limitée, à mi chemin entre le lion et le chien, posées sur les toits des maisons traditionnelles d'Okinawa. Dérivés des lions gardiens importés de Chine au XIVe siècle, les shīsā sont considérés comme des protections repoussant les forces maléfiques. Ils sont souvent posés par paires. Dans certaines paires celui de gauche a la gueule close et celui de droite, la gueule ouverte. Toujours à droite, le mâle garde la bouche ouverte afin d'éloigner les mauvais esprits. La femelle, quant à elle, garde la bouche fermée afin que le bonheur ne se sauve pas.

 À l'origine les shīsā étaient placés sur les toits des palais, des temples, et d'autres bâtiments, sièges de pouvoirs impérial ou local. L’usage des shīsā comme talisman s'est répandu dans la population d'Okinawa à la fin du XIXe siècle, quand l'interdiction d'utiliser les tuiles rouges pour les maisons de roturier fut levée. Les shīsā sont généralement en céramique ou en plâtre. Ces derniers ont souvent des détails humoristiques.

 Selon Kyuyo(球陽), archives officielles du royaume Ryukyu, l'introduction de shisa dans ce royaume est en 1689. À la suite de nombreux incendies, un expert de Feng shui a conseillé de mettre une paire de statue de lion sur les toits pour conjurer les mauvais esprits.  

Lion gardien chinois

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Un lion-gardien de la dynastie Ming dans la cité interdite

 Les lions gardiens ou lions gardiens impériaux chinois, traditionnellement appelés en chinois simplement shi (獅 « lion »), et souvent appelés « lions de Fo » ou « chiens de Fo » en Occident, sont une représentation commune du lion dans la Chine impériale.

 Les statues des lions gardiens se situent traditionnellement devant les palais impériaux chinois, les tombes impériales, les bâtiments administratifs, les temples, les résidences des officiels et des classes aisées depuis la dynastie Han (漢206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.). On croyait qu'ils étaient dotés de pouvoirs protecteurs. Ils apparaissent aussi dans d'autres contextes artistiques, par exemple sur des heurtoirs et en poterie. Les paires de statues de lions gardiens sont encore aujourd'hui des éléments décoratifs et symboliques courants à l'entrée de restaurants, hôtels, supermarchés et autres structures, l'un étant assis de chaque côté de l'entrée, en Chine et en d'autres endroits du monde où des Chinois ont immigré et se sont établis, en particulier dans des quartiers asiatiques locaux. Les lions sont habituellement représentés par couple, le mâle reposant sa patte sur une boule décorée (qui, dans un contexte impérial, représente la suprématie sur le monde) et d'une femelle retenant un petit, enjoué, situé sur son dos (représentant l'éducation)1.

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Haetae

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Une statue de haetae devant l'Assemblée nationale à Seoul à gauche et celle devant le Gwang-hwa-mun(光化門), la porte principale du palais de Gyeongbokgung(景福宮).

 Le haetae (en hangeul 해태), parfois appelé aussi haechi (en hangeul 해치, en hanja 獬豸), est un animal fabuleux de la mythologie coréenne. Il a la forme d'un lion recouvert d'écailles ou d'un pelage avec une corne sur le front. Il se nourrit de feu. Pendant la période Joseon, les sculptures de haetae étaient censées protéger la capitale Hanyang (漢陽aujourd'hui Séoul) des catastrophes naturelles et du feu. Symbole de la justice, le haetae était aussi censé distinguer le bien du mal.

 Les statues de haetae vont généralement par couple : un mâle et une femelle (un petit est parfois sculpté sur le dos ou entre les pattes de la femelle)7. On les trouve à l'entrée de palais ou d'autres monuments et bâtiments, comme l'Assemblée nationale. En particulier ceux qui gardent le palais Gyeongbokgung sont un symbole national3. On les trouve aussi avec d'autres animaux fabuleux dans l'enceinte des palais, sur les escaliers et les balustrades.

Le haetae présente des similitudes avec le xiezhi (獬豸), animal fabuleux de la mythologie chinoise capable de distinguer la vérité des mensonges.

La municipalité de Séoul utilise officiellement le haetae, sous le nom de haechi, comme symbole depuis 2008.

Lion des neiges tibétain

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Vaiśravana(毘沙門天) sur un lion des neiges. Statue d'un lion des neiges au Palais Potala.

Le lion des neiges est un animal légendaire du Tibet. Il incarne les valeurs de courage et de gaité et symbolise la vivacité, une des quatre dignités de la voie de Shambhala et un des quatre éléments (on lui associe la Terre) avec le dragon, le tigre et le garuda(homme-oiseau fabuleux de la mythologie hindouiste et bouddhiste).

« Le lion des neiges réside à l'Est et représente la joie inconditionnelle, la tranquillité de l'esprit, la sérénité. Il a la beauté et la dignité qui découlent d'un corps et d'un esprit en parfaite symbiose. Le lion des neiges possède la jeunesse, l'énergie vibrante de la bonté et un sens inné du plaisir. Parfois, le trône de Bouddha est dépeint accompagné de huit lions des neiges, représentant dans ce cas les huit disciples-Bodhisattva de Gautama Bouddha(釈迦), le bouddha historique. Le lion est associé au courage, à la domination des montagnes et à la Terre »

Le lion est un animal sacré, symbole du pouvoir royal, dans beaucoup de cultures, de l'ancienne Égypte aux empires grec et romain ainsi que, plus à l'Est, la Perse et l'Inde. Le lion des neiges est le protecteur de Bouddha et il est souvent présent dans les représentations artistiques de chaque côté du trône. Le corps de l'animal est blanc comme la neige alors que la crinière, la queue et les boucles sur ses pattes sont bleues ou vertes. Si la plupart des lions des neiges sont asexués dans l'art bouddhiste, quand ils sont représentés sous la forme de deux lions affrontés, le lion de droite est le mâle et celui de gauche la femelle.

Chinthe birman

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Chinthe gardant l'entrée sud de Mandalay Hill, en Birmanie

 Le Chinthe est une créature semblable à un lion communément présente à l'entrée des stûpas et temples bouddhistes en Birmanie et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est. Presque toujours par paire, il a pour fonction de protéger la pagode. Il est parfois représenté avec un visage humain (Manussiha). Le Chinthe, respecté et aimé des birmans, figurait dans la décoration des trônes de leurs rois. Avant l'introduction des pièces de monnaie, certains des poids de bronze utilisés pour peser les marchandises étaient en forme de chinthe. Aujourd'hui encore, un chinthe figure sur les armoiries de la Birmanie, sur les billets en kyat (la monnaie birmane) et sur le drapeau de la Région de Sagaing.

Lions Médicis

Les deux lions Médicis       Les deux lions Médicis

    Les deux lions Médicis

 Les Lions des Médicis sont deux sculptures représentant des lions qui étaient placés de chaque côté de l'entrée de la Villa Médicis à Rome. Chaque lion tient sous sa patte une sphère, en référence aux six boules constituant les armes de la Maison de Médicis. Installés depuis 1600, ils ont finalement été déplacés en 1789 à la Loggia dei Lanzi à Florence, même si des copies y sont toujours présentes. Assimilé à un symbole de richesse et de puissance, on retrouve de nombreuses copies de ce thème dans le monde.

Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, qui a acquis la villa en 1579, ordonna de placer deux sculptures en marbre de lions pour orner l’escalier situé à côté des jardins. Le premier lion est daté de l’époque romaine, aux alentours du IIe siècle av. J.-C., et retravaillé par le sculpteur Giovanni di Scherano Fancelli. Le second est contemporain de son installation, créé pour l’occasion pour faire le pendant par Flaminio Vacca.

Lorsque la villa Médicis passa aux mains de la maison de Lorraine en 1737, les lions furent déménagés à Florence et depuis 1789 trônent à la Loggia dei Lanzi près de la Piazza della Signoria. Des copies furent replacés en 1803 à la Villa Médicis par Napoléon quand il y installa l’académie de France à Rome.

Conclusion

 Il est évident que la Chine est le pays de provenance de komaïnu, en passant par la péninsule coréenne. En ce qui concerne les shisa d'Okinawa, il se peut qu' ils soient en provenance du Japon ou directement de la Chine. Quant au statue de lion des neiges tibétant et celle de Chinthe birman, ils sont importées de Chine, ensuite adaptées à la culture de ces pays. C'est une supposition vraisemblable, tenant compte de la vaste sphère d'influence de la Chine. Pourtant le ''pays du Milieu'' n'est pas le pays d'origine car le lion n'y vivait jamais à l'état sauvage, mais il régnait autrefois sur tout le sous-continent indien et vit encore en Inde. Donc, ce pays en est l'origine fort probable. Pour terminer cet exposé, nous présentons l'assertion du professeur émerite de l'Univercité Waseda Sakuji Yoshimura, archéologue et égyptologue, selon lui, l'origine de komaïnu, c'est le sphinx. Dieu sait !

 Notes de références

Wikipedia Komaïnu, Lion chinois, Haetae, Lion des neiges tibétain, Chinthe