À qui de droit;

Bonjour,

Le jeudi 26 mars prochain, une conférence portant sur « l’avenir de la nation québécoise » aura lieu à l’Université Laval, une initiative de la branche du Parti Québécois de l’Université Laval. De nombreux·ses étudiants·es ainsi que moi-même, nous nous inquiétons de la tenue d’un tel événement, de sa portée, de ses implications. En écrivant ce courriel, j’espère vous convaincre d’annuler la conférence ou, du moins, de forcer l’inclusion d’une certaine forme de parité d’opinions. Puisque, en effet, les trois panélistes répandent exactement le même discours, un discours traditionnaliste, discriminatoire, voire haineux. Il s’agirait de:

o   Alex Boissonneault (député du PQ dans Arthabaska, bien connu pour ses tendances de droite et ses discours urgentistes promouvant les concepts de « capacité d’accueil » et d’ « immigration incontrôlée »),

o   Benjamin Tremblay (animateur de podcasts et influenceur populaire sur Youtube, lui aussi préoccupé par les « abus » des immigrants, tant par rapport à la « bienveillance des Québécois » qu’au « laxisme législatif canadiens »),

o   Étienne-Alexandre Beauregard (figure du « national-conservatisme québécois », rédacteur, jusqu’à l’an dernier, de discours pour François Legault, aujourd‘hui ambassadeur et chercheur pour l’institut Cardus, un think tank chrétien qui se positionne notamment contre l’avortement).

Peut-être est-ce important de le mentionner, mais ce panel serait donc composé de trois hommes cis blancs, privilégiés et influents, tous profondément engagés dans la discrimination et la persécution de pans de la populations déjà marginalisés, soit les femmes, les personnes queer, les personnes migrantes, les personnes racisées et les personnes autochtones.

Je m’interroge sur le bien-fondé de leur laisser une plateforme pour répandre ces idées sexistes, xénophobes, racistes, (fascistes?), d’autant plus que la conférence aurait lieu à l’Université Laval.  Je m’inquiète qu’un tel cadre institutionnel vienne légitimer les opinions régressistes de ces hommes, ce qui, par la même occasion, délégitimiserait l’université dans sa mission, soit celle de fournir une éducation inclusive pour l’ensemble de la population. Après tout, l’éducation, ce n’est pas de répandre l’ignorance. J’ai aussi l’impression qu’une telle initiative ne s’inscrirait pas dans les valeurs que tente de promulguer cette institution académique, soit l’égalité, l’ouverture et l’intégrité. En sommes, je crois que l’université bénéficierait à ne pas s’affilier à ce genre d’initiative, considérant son engagement dans la protection de ses membres et dans la promotion d’un sentiment de sécurité, surtout auprès de communautés étudiantes marginalisées.

Étant donné le contexte international actuel, le tournant préoccupant de certains pays vers l’extrême droite et les tendances fascistes de nos voisins américains, il est crucial de ne pas soutenir des discours menant à la banalisation et à la normalisation de l’intolérance, de la haine et de la violence. L’idéologie que tentent de répandre ces trois panelistes a déjà reçu beaucoup plus d’attention dans la sphère publique qu’elle ne le méritait. D’autant plus que la situation précaire d’étudiants·es et de travailleurs·es étrangers·ères s’est encore exacerbée au Québec, avec l’abolition du Programme de l’Expérience Québécoise (sans accorder de droits acquis), par la CAQ, en novembre dernier. Par cet exemple, on peut voir comment l’intolérance éditoriale et les décisions politiques concrètes se nourrissent et se renchérissent l’une et l’autre... au dépend des véritables concernés·es. Il faut non seulement se méfier des discours haineux, il faut cesser de leur tendre le micro.

En ces temps troubles, il est important de ne pas succomber à la paranoïa, à l’exclusion ou au repli sur soi.  « L’avenir de la nation québécoise » n’est pas l’affaire d’une élite inquiète de perdre sa position dominante, de devoir partager ses privilèges; cet avenir est l’affaire de tous. Ne serait-il pas plus intéressant d’offrir une plateforme à ces personnes marginalisées, ces femmes et ces migrants·es, trop souvent négligés? Plutôt que d’ériger un ennemi commun (l’altérité) et d’instrumentaliser les insécurités de quelques Québécois·es, pourquoi ne pas plutôt valoriser la culture québécoise, les artistes et la créativité d'ici, dans toute son unicité et sa diversité?

En espérant que ce message ne vous laissera pas dans l’indifférence, que vous serez tout aussi insurgés·es par cette nouvelle que nous le sommes et que vous prendrez les mesures nécessaires pour empêcher cet événement,

Merci pour votre temps,