LETTRE A M. LE CHANOINE J. CARDYN

AUMÔNIER GÉNÉRAL DE LA JEUNESSE OUVRIÈRE CHRÉTIENNE 

21 mars 1949

Parmi les joies que la Providence semble vouloir Nous réserver à l'occasion de la prochaine Année Sainte, c'en sera une particulièrement douce à Notre coeur — affligé par ailleurs de toute sortes de peines et de soucis — que la coïncidence de ce grand jubilé de toute la chrétienté avec celui par lequel Nos fils et filles de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne célébreront les vingt-cinq ans de leur cher et glorieux mouvement. Qui eût pu penser, lorsque vous jetiez en terre belge, il y a un quart de siècle, au milieu de difficultés et de contradictions innombrables, les premiers fondements de cet édifice, qu'il prendrait en peu d'années, de si vastes proportions et s'étendrait bientôt non seulement à la Belgique, et à un grand nombre de nations d'Europe, mais jusque dans la lointaine Amérique et presque dans le monde entier ?

Le Pape insiste sur la portée générale du mouvement de la jeunesse ouvrière chrétienne :

C'est qu'il venait à son heure dans le plan de la Providence, pour aider à la solution d'un problème, qui n'est pas spécial à une région, ou à un continent : celui que pose de nos jours devant la conscience chrétienne le sort de tant de travailleurs menacés dans les plus précieux de leurs biens : la foi en Dieu, la vie surnaturelle et le  salut éternel de leurs âmes. Les donner ou les redonner — en commençant par les jeunes — au Christ et à l'Eglise, tel fut dès le début, l'idéal qui vous anima et que vous sûtes faire passer dans des milliers de coeurs droits et généreux.

Il est agréable, dès aujourd'hui, de dresser le bilan d'activité de ces 25 années :

Les résultats, Nous les avons sous les yeux : ce sont ces admirables phalanges de militants et de militantes, dont l'Église est légitimement fière, voyant en elles une promesse et une garantie pour la rechristianisation du monde du travail.

Il était bon que les fruits du dévouement intense et souvent obscur de ces disciples du Christ fussent révélés et manifestés au grand jour, comme ils vont l'être à l'occasion de ce Congrès jubilaire.

Mais beaucoup plus encore que son extension dans l'espace — dont témoignait déjà de façon si éclatante la récente Semaine d'étude de Montréal, avec ses délégués  de 42 nations — ce que montrera au monde la J. O. C. en cette rencontre mémorable, et ce qui fait sa véritable grandeur, c'est la formation chrétienne profonde, c'est l'ardeur apostolique et conquérante qu'elle a su donner à ses adhérents, plaçant comme un levain, en pleine pâte, ces jeunes hérauts de la bonne cause, qui confessent intrépidement leur foi en face de ceux qui ne l'ont plus, la méprisent ou la combattent, Nous apprécions trop les mérites de ces jeunes travailleurs et travailleuses qui, sans se soucier des moqueries ou des brimades, poursuivent avec persévérance leur oeuvre de conquête, pour ne pas leur décerner ici les louanges auxquelles ils ont droit. Qu'ils continuent, qu'ils ne ralentissent pas leur élan ; les conditions du moment, en ce tournant décisif de l'histoire, réclament aujourd'hui plus impérieusement que jamais leur apostolat.

Demain, la classe ouvrière jouera encore un rôle plus important dans la vie sociale :

Il est trop évident, en effet, que si chaque condition sociale a son rôle important à jouer dans une transformation du monde comme celle qui s'opère de nos jours, la classe ouvrière, en ce qui la concerne, est appelée à assumer aujourd'hui des responsabilités qu'elle n'avait jamais connues dans le passé.'

Or, un grand nombre d'ouvriers sont membres aujourd'hui de mouvements non-chrétiens ou anti-chrétiens :

Et il est non moins évident que beaucoup de ses membres, séduits par un faux idéal de rédemption humaine, prétendent trouver dans les théories erronées du matérialisme athée la seule solution adéquate aux angoissants problèmes du monde du travail.

Il ne sert de rien de faire des déclarations condamnant ces mouvements :

Or, ce n'est pas en opposant une attitude négative et de simple défense aux mauvais bergers, qu'on peut espérer résoudre ces problèmes.

Le vrai remède consiste à bâtir un mouvement ouvrier d'inspiration chrétienne :

C'est par la présence agissante au sein des usines et des chantiers de pionniers pleinement conscients de leur double vocation — chrétienne et ouvrière —, décidés à assumer entièrement leurs responsabilités et à ne connaître ni trêve ni repos jusqu'à ce qu'ils aient transformé leurs milieux de vie selon les exigences de l'Evangile. C'est par cette oeuvre positive, constructive, que l'Eglise pourra étendre son action vivifiante à des millions d'âmes qu'elle entoure d'une si ardente et maternelle sollicitude ; et c'est à cette tâche sublime que sont appelés à contribuer les jeunes chefs ouvriers chrétiens formés par la J. O. C.

Les apôtres de ce mouvement ouvrier devront s'alimenter aux vraies sources spirituelles pour pouvoir accomplir leur tâche :

La force d'accomplir ce labeur, qui pourrait sembler surhumain, ils la trouveront dans la pratique d'une vie sacramentelle et eucharistique toujours plus intense, dans une union de tous les instants avec le Maître de toute pureté, de tout amour, de tout apostolat : le Sauveur Jésus, dans le filial recours à sa Mère, la Très Sainte Vierge Marie.

De même le apôtres ouvriers devront demeurer soumis aux directives de l'Eglise et collaborer avec l'ensemble de l'Action Catholique :

Ils la trouveront aussi dans une adhésion loyale et généreuse aux directives de la hiérarchie et spécialement à la doctrine sociale de l'Eglise, et dans une fraternelle et joyeuse collaboration avec les autres mouvements d'Action Catholique en vue du règne de Dieu sur la société tout entière.

Le Pape forme des voeux pour les succès à venir de la jeunesse ouvrière chrétienne :

C'est, Nous le savons, dans ce sens que sont orientés les efforts personnels de tous ceux — militants, jocistes, aumôniers — qui se préparent en ce moment méthodiquement à la célébration du 25e anniversaire de leur mouvement. C'est là aussi, Nous en avons l'intime conviction, le gage d'une action efficace et durable de ce Congrès jubilaire, qui, bien loin de viser seulement à un succès extérieur et éphémère, veut être l'occasion d'un approfondissement et d'un renouveau de l'esprit, des méthodes et de l'influence de la J. O. C. dans le monde.

Aussi appelons-Nous, dès maintenant, en grande abondance, les grâces d'en haut sur cette préparation, sur ceux qui en ont eu l'initiative et sur ceux qui la réaliseront. Et afin de vous donner un nouveau témoignage de la constante bienveillance avec laquelle Nous avons suivi, accompagné de Nos voeux et de Nos prières, les développements de la J. O. C. et l'oeuvre imposante que vont consacrer les prochaines célébrations, Nous vous envoyons, cher Fils, tant à vous-même qu'à tous les Jocistes du monde, et à ceux en particulier, qui, au nom de leurs frères lointains, feront en ces jours-là, autour de leur fondateur et père, une si magnifique couronne,

Notre affectueuse Bénédiction Apostolique

Pie XII

Note du rédacteur: Les phrases en italique ont été ajouté par la JOCI (peut-être Cardijn lui-même).

Voir aussi: http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/h5.htm#bu