C’est Pas Sourcé #8 : LES CALENDES DE JANVIER

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Calendes de Janvier

Une fête de Janus ?

Nouvel an en Mars

Décoration végétales

Cadeaux et Etrennes

Survivances dans l’empire chrétien

Et quelles pratiques est-ce qu’ils dénoncent ?

Des “superstitions”

Les cadeaux

Des mascarades

Conclusion

Bonjour à tous, bienvenue dans C’est pas sourcé, une émission d’histoire et d’études des religions.

Pour l’instant on a été plutôt sceptiques envers les origines païennes, mais aujourd'hui on va voir une fête païenne qui a bien survécu, et il y a des témoignages continus du quatrième au douzième siècle pour attester de leur présence.

Le Nouvel An.

[Big Ben sonne]

Y'a pas vraiment de débat, on a hérité du calendrier romain et avec lui on a hérité de leur nouvel an aux calendes de janvier, c'est-à-dire le premier janvier.

Et elle est pas souvent attaquée comme ça, parce que malgré le fait qu'on commémore la circoncision de Jésus la plupart des gens la considèrent pas comme chrétienne.

Etant donné que cette fête survit très longtemps, qu'on a beaucoup de témoignages et qu'on voit une continuité des pratiques assez étonnantes on pense que certaines traditions de Noël viendraient en fait de cette fête et ce seraient déplacés sur Noël.

Qu’en est-il ? Découvrez-le dans un nouvel épisode de C’est Pas Sourcé juste après le générique.

[générique]

Calendes de Janvier

Avant de s’attaquer aux Calendes de Janvier on va commencer par parler un peu du mois de janvier puisque forcément c’est lié.

Une fête de Janus ?

Le mois de janvier, comme son nom l'indique, commémorait Janus, un dieu à deux faces qui représente… justement les romains ne sont pas vraiment certains de ce qu'il représent même s’ils essaient de le lier aux calendes de janvier puisque si on a nommé le mois d'après lui il doit bien être lié au schmillblick. Mais ailleurs, le Menologium rusticum Colotianum, un calendrier agricole, rapporte que la divinité tutélaire du mois de janvier, c’est Junon, et pas Janus ce qui complique encore les choses.[1]

Dans ses Fastes, Ovide discute avec Janus et tente de discerner dans tout ça le sens véritable de la fête. Il en fait un dieu du chaos primordial (F. I.103) en s'appuyant sur une étymologie improbable de son nom transmise par Sextus Pompeius Festus.[2] En général, si on passe sur l'evhémérisme qui en fait un roi humain qui aurait régné dans des temps ancestraux (Macrobe I.7 ; Hérodien I.49 ; Plutarque Qu. rom. 22) il semble qu'il ait été interprété comme un dieu lié au temps, lié aux seuils, aux portes, et comme un portier du ciel si on veut.

Quant à Macrobe il dit que Janus c'est le soleil, comme d'habitude, mais il cite (I.9, voir aussi Jean le Lydien, IV.6) Nigidius Figulus, un pythagoricien proche de Cicéron, qui assimilait Janus à Apollon.

"En effet, comme le rapporte Nigidius, les Grecs honorent Apollon sous le nom de Θυραῖος (Thyréen), dont ils dressent les autels devant leurs portes, pour montrer qu'il préside aux entrées et aux issues. […] D'autres prétendent démontrer que Janus est le soleil; on lui donne deux visages, parce que les deux portes du ciel sont soumises à son pouvoir, et qu'il ouvre le jour en se levant et le ferme en se couchant. On commence d'abord par l'invoquer toutes les fois qu'on sacrifie à quelque autre dieu; afin de s'ouvrir, par son moyen, l'accès auprès du dieu auquel on offre le sacrifice, et pour qu'il lui transmette, en les faisant pour ainsi dire passer par ses portes, les prières des suppliants." (Macrobe I.9)

On a par contre plusieurs traces de l'ancienneté et même la primauté de Janus. Dans plusieurs incantations qui citent les noms des dieux, il est cité en premier, avant même Jupiter (Tite-Live VIII.9.6 ; Macrobe I.9.14). Dans le chant des saliens[3], on dit même qu'il est le dieu des dieux et Macrobe rapporte effectivement des interprétations qui en font un dieu cosmique :

"Gavius Bassus, dans son traité des Dieux, dit qu'on représente Janus avec deux visages, comme étant le portier du ciel et de l'enfer; et avec quatre, comme remplissant tous les climats de sa majesté."[4]

Ou encore Messala, qui dirait que Janus est : “Celui qui a créé toutes choses, et qui les gouverne toutes […]”. Jean le Lydien rapportait (De Mens. IV.1) que ce même Messala identifiait Janus à Aion.

Aion est une sorte de dieu du temps, qui est assez mal connu, toujours en lien avec des mouvements assez philosophiques, ésotériques, mais il semble avoir eu une fonction cosmique, de création ou en lien avec l'ordre du monde.

Varron, cité par Augustin (De Civ. VII.9)[5], explique assez simplement cette primauté de Janus. Si Janus est toujours cité en premier ou comme primordial c'est parce que c'est un dieu des commencements. Du coup c’est logique qu’il préside au début de l'année, au début des rituels, au début des listes de dieux, il préside aux débuts tout simplement. Du coup ça explique son rôle et que les portes, les ponts et les passages lui soient également attribués. Ce qui pose la question : a-t-il était assigné au début de l'année parce qu'il était un dieu des commencements, ou s'est-il retrouvé affublé de significations cosmiques parce qu'il était fêté au début de l'année ?

C’est encore compliqué par l’histoire du calendrier romain d’après laquelle il semble que le mois de janvier s’appelait ainsi, et donc en lien avec Janus, avant qu’il soit le début de l’année.

Nouvel an en Mars

le Nouvel An romain semble avoir été originellement en mars, et c’est alors que le nom des mois faisait sens, septembre était le septième mois ; octobre, le huitième ; novembre le neuvième et décembre le dixième.[6] Mais ça ne coïncidait pas avec le solstice ce qui semblait un problème, chez Ovide ou Varron qui disent que la nouvelle année est liée au renouvellement du soleil mais ça pourrait aussi être une interprétation après coup.[7] Et lors de la réforme du calendrier de Jules César on remettrait les pendules à l’heure et le nouvel an en Janvier. (Censorinus De Die Nat XXI Cf.aussi Pline Hist. Nat. 18.221 ; Plutarque Quest. Rom. 19)[8]

Il y’a pas mal de cérémonies officielles en rapport avec les calendes puisque c’est le début de l’année, on intronise des nouveaux consuls[9], y’a un sacrifice solennel[10], et des jeux du cirque.[11]

Décoration végétales

Du coup les deux nouvel an échangeaient certaines traditions. Le premier mars, on décorait les demeures des Rex Sacrorum, des Pontifes et de certains magistrats, ainsi que la Curie des Saliens sur le Palatin avec des guirlandes, toujours de laurier.[12] Et le premier janvier on couronnait aussi de lauriers les consuls nouvellement intronisés.[13] Les couronnes végétales étaient une marque d’honneur à divers degré. Vous vous en doutez, elles sont surtout faites de laurier probablement parce qu’il reste vert même quand il sèche du coup c’est légèrement plus fonctionnel que d’autres plantes, même si on en utilise aussi. Quand il évoque dans ses Nuits Attiques (V.6) les couronnes militaires, des récompenses pour des exploits généralement guerriers, Aulu-Gelle (125-180) mentionne des couronnes d’olivier, de feuilles de chêne, de myrte, et aussi que la couronne qui était de laurier à l’origine est désormais faite d’or. Mais le laurier avait effectivement une fonction protectrice, Pline raconte (Hist. Nat. XV.40.3) que l’empereur Tibère en portait une couronne pour se protéger les jours d’orage. Et certaines, personnes mettaient ces couronnes sur leur maison probablement à des fins de protection.

Le chrétien Tertullien n’hésite pas à assimiler ces demeures à des maisons closes. (Apol. XXXV.4 ; Ad uxorem II.6 ; De idol. XV)[14]. Ces décorations végétales ont pu donner naissance à l’usage de décorer avec certains végétaux à la période de Noël, mais on reviendra dessus dans une prochaine vidéo.

Et un des échanges entre les deux Nouvel An, participe aussi d’un échange avec les Saturnales, en effet certaines pratiques d’inversions sociales, ou en tout cas de tolérance, qu’on décrivait dans notre précédente vidéo se retrouvent également liées aux calendes de janvier et de mars.

Libanios (Disc. IX.5) nous dit :

La première hirondelle est chose charmante, mais elle n'empêche pas le travail, tandis que notre fête [les calendes] exige, pendant les journées qui lui sont consacrées, que tout ce qui touche au travail cède le pas, et elle commande qu'on jouisse de ces jours-là avec l'esprit libre de tout souci. Ces journées font disparaître la crainte qui pèse sur les troupeaux d'élèves. Elles apportent, dans la limite du possible, la liberté aux esclaves. Même si un serviteur abandonne son travail pour aller s'asseoir à une partie de dés, le respect dû à ces journées obtient sa grâce. (trad. de Jean Martin, Belles Lettres)

Ce qui rejoint assez ce qu’on disait sur les Saturnales.

Et le premier mars voyait se produire les matronalia une version féminine de ces pratiques. De la même manière que les hommes offraient un festin à leurs esclaves, là les matrones offraient un repas à leurs serviteurs mâles nous dit Jean le Lydien (De Mens. mars).[15] En miroir donc du nouvel an actuel, où ça semble concerner surtout les hommes, lors de l’ancien nouvel an c’est surtout les femmes.[16]

Cadeaux et Etrennes

Lors des calendes de janvier, les romains se faisaient des voeux de bonne année et s’offraient des cadeaux, comme aux Saturnales.

On en donnait un à son patron qui en donnait à son patron, parfois c’était le même cadeau qui transitait, nous dit d’ailleurs Astérios.[17] On se donnait aussi des étrennes, strenae[18] qui consistaient notamment en des rameaux végétaux, que Symmaque faisait remonter au Roi Tatius (Ép. X.35, PL 18.369-370)[19] 

Il disait de ce roi légendaire qu’il avait le premier honoré l’arbre sacré de Strena, une déesse dont on sait finalement très peu[20], en offrant des branches de son arbre sacré comme cadeaux propices au nouvel an. On faisait le premier janvier une procession depuis ce bois sacré sur la Via Sacra[21] et c’est du nom de cette déesse que viendrait le terme Strenae, Etrennes.

Et d’après des passages de Jean le Lydien ou Augustin[22], ce serait une déesse liée à la santé, à la vigueur.

Mais les cadeaux végétaux semblent avoir disparu assez tôt pour des choses plus prodigues et moins symboliques : des gateaux ou de l’argent. (Meslin p. 78ss.) On s’offrait aussi des dates mais Martial (VIII.33 ; XIII.27) s’en moque comme d’un cadeau de pauvres, donc pas forcément bien vu.[23] 

Suétone nous montre ainsi qu’une fois le principat institué, les empereurs ne se gênaient pas pour se faire offrir de l’argent :

Auguste 57.2 : “Aux calendes de janvier, lors même qu'il était absent, on lui portait des étrennes au Capitole. De cet argent il achetait les plus belles statues des dieux, et les faisait élever dans les divers quartiers de Rome […]”

Caligula 42 : “Il annonça qu'il recevrait des étrennes au renouvellement de l'année; et, le jour des calendes de janvier, il se tint dans le vestibule de son palais pour y attendre les cadeaux qu'une foule de gens de toute condition répandait devant lui à pleines mains en vidant ses vêtements.”

Il y a aussi une dimension de réciprocité, quand on reçoit des étrennes on est censé en donner en retour. Aussi Tibère 34.2 est moins avare : “[Il] défendit de prolonger l'échange des étrennes au-delà des calendes de janvier. Il avait coutume de rendre de sa propre main le quadruple de celles qu'il recevait. Mais, fatigué de se voir interrompre pendant un mois de suite par ceux qui n'avaient pas pu le voir le premier jour de l'année, il ne rendit plus rien.”

Après ça Caligula l’aurait donc rétablie, mais d’après Dion Cassius (60.6) Claude l’aurait abolie à nouveau[24] mais il semble qu’elle perdura dans le temps.

Ovide, dans son dialogue avec Janus donne quelques éléments de réponse à la nature de ces étrennes, des cadeaux mais qui sont également des présages. Pourquoi des dates ? C’est pour pour assurer par ces douceurs sucrées une année douce. Pourquoi de l’argent ? Parce que c’est nul d’être pauvre apparemment. Ces cadeaux semblent surtout là pour augurer ou même inaugurer une bonne année.

Survivances dans l’empire chrétien[25]

Les empereurs chrétiens tentent d’abolir ces pratiques, principalement les sacrifices et les jeux du cirque, les manifestations les plus spectaculaires. Mais le versant privé de la fête va se maintenir.

Et on trouve des dizaines de chrétiens qui se plaignent de pratiques excessives en général pendant les Calendes de Janvier : de Pacianus de Barcelone[26] (310-391) au IVe s. à Richard de Saint-Victor (?-1173)[27] au XIIe. On va pas tous les énumérer mais vous les voyez là. Donc si on prend la peine de les condamner encore et encore c’est que ça continue sur près d’un millénaire.

Et quelles pratiques est-ce qu’ils dénoncent ?

Des “superstitions”

Parmi les autres pratiques qui sont dénoncées par les Pères de l’Eglise, vous avez des sortes de superstition qui sont très variables, par exemple les gens ne veulent pas partager leur feu avec des étrangers, de peur que ça porte malheur.[28] Ou alors, un peu plus compréhensible, les gens pensent que le premier janvier préfigure toute l’année, autrement dit, si c’est un jour malchanceux, toute leur année sera mauvaise. Et une manière de conjurer ça c’est par exemple de dresser des tables pleines de nourritures, pour augurer une année où on aura à manger. Ca se combine bien sûr avec les banquets qui ont alors lieu, où on boit et mange énormément pendant le réveillon[29] mais on a aussi théorisé que ça pouvait être une forme d’offrande où on laisserait de la nourriture pour les morts. Et en plus des pratiques pour s’assurer un bon avenir, logiquement il y a des pratiques de divination, où on cherche à lire l’avenir le 1er janvier, qui sont condamnées[30].

Les cadeaux

Par ailleurs les chrétiens, par exemple Astérios (Sermon IV [en:tertullian.org], PG 40.217 [GBooks])[31]  et Césaire d’Arles (Sermon 192.3) raillaient beaucoup les cadeaux des calendes en disant que c’était de la fausse générosité, de la charité mise en scène, que les gens se pliaient à l’usage des cadeaux uniquement parce que c’était l’usage et qu’ils étaient tous envieux et hypocrites.

Des mascarades

On voit aussi des mascarades, des carnavaleries. Pierre Chrysologue mentionne (Homélie 155 De Pythonibus ; De Kalendis Januarii PL 52.609) un défilé de gens qui se déguisent en dieux romains, en éructant des paillardises, ce qui semble plus hérité du théâtre que du rituel romain.[32] On trouve aussi des pratiques de travestissement, des hommes qui se déguisent en femmes.[33] Mais généralement les gens se déguisent en animaux. Parfois des animaux domestiques, au nord de l’Italie chez Pierre Chrysologue et Maxime de Turin,[34] le pseudo-Augustin parle de masques de chien et de taureau.[35] Mais la plupart jouent des animaux sauvages, principalement le cerf. Pacianus de Barcelone (310-391) serait le premier à évoquer cet animal (Paranesis I PL 13.1081)[36]. Césaire d’Arles nous dit (sermon 192.2) qu’ils portaient carrément la peau de l’animal mort sur la tête. Au niveau de la répartition de ces pratiques Ambroise de Milan le dénonce (Ps. 42.1) vers 387, ailleurs en italie, Maxime de Turin (hom. 16), Sedatus de Nimes en Gaule, Isidore de Séville (De Eccl. Off. 1.40 [GBooks]) en Espagne. A la fin du VIIe siècle, c’est l’évêque de Canterbury, Theodorus, qui condamne ceux qui revêtent la peau de cerf.[37] 

Etant donné qu’on la trouve en Gaule, en Bretagne et en Espagne on a tenté de lui supposer une origine celtique, en lien avec Cernunnos le dieu cerf ou carrément certaines figures préhistoriques[38], ce dont on parlera sans doute une autre fois… Disons juste pour l’instant que cette hypothèse va chercher inutilement loin.

Conclusion

Les calendes de janvier sont un exemple assez rare d’une pratique païenne qui survit, bien sûr elle n’a pas gardé son sens romain, au moyen-âge on ne célébrait plus Janus depuis longtemps et les rares traces de dieux romains étaient carnavalesques.

Et d’ailleurs petite parenthèse les romains eux-mêmes n’étaient pas certains du sens de la fête. Entre un Janus à double face et à beaucoup plus de significations, et des étrennes expliquées par la déesse strena tout ces explications semblent assez incertaines.

Donc dès nos premières traces elle ait perdu beaucoup de son sens religieux pour acquérir des significations politiques, civiles, puisque c’était le début de l’année, l’intronisation des consuls, et les serments de fidélité aux empereurs. Et très tôt, le versant civil, son statut de début de l’année, occulte son héritage païen. Ce qui peut expliquer le comportement des chrétiens à son égard. Par exemple l’empereur Théodose est souvent cité comme étant un des acteurs principaux dans la lutte du christianisme contre la religion romaine. Ainsi en 391 il a publié un édit qu’on appelle, c’est pratique l’édit de Théodose, qui interdisait les sacrifices.

Pourtant, en 389 lors de son voyage à Rome, il avait promulgué avec Valentinien II et Arcadius un édit (C. Th. II.8.19) qui décrétait qu’en plus de fêtes chrétiennes quatre jours devaient être chômés : l’anniversaire de l’empereur, la fondation de Rome (fêtée par les Parilia du 21 avril), la fondation de Constantinople (11 mai) et les Calendes de Janvier.[39] Les Calendes de Janvier ont plusieurs explications concurrentes, elles sont pas autant liées au culte d’un dieu particulier, contrairement au saturnales qui sont carrément liées à Saturne jusque dans leur nom.

Le Nouvel an est bien plus neutres, et c’est sans doute pour ça que les chrétiens ont plus de facilité à le récupérer.

Mais on en a des traces continuelles à travers tout le Moyen-Âge et c’est de toute évidence la source  de nos rituels de nouvel an. L’Eglise a essayé de lutter contre sans trop de succès, par exemple en proclamant la fête de la Circoncision de Jésus le premier janvier.

Ce qui pose la question, est-ce qu’il s’agit juste d’inertie, de la survivance de pratiques ? Est-ce qu’il y a une question de performativité, autrement dit les pratiques en question auraient un attrait intrinsèque ? Et étant donné qu’on trouve des pratiques similaires dans d’autres calendriers, par exemple le nouvel an chinois au vietnamien, peut-être qu’il s’agit juste de la pratique quasi universelle de fêter le renouvellement du temps. En héritant du calendrier romain, les chrétiens allaient se trimballer leur nouvel an et l’Eglise semblait réaliser ça puisqu’une deuxième manoeuvre pour lutter contre les calendes fut de changer le début de l’année.

À Rome, l’année liturgique semblait parfois commencer à Noël donc il y a déjà là une tentative de doubler le Nouvel An mais on a d’autres tentatives. On essaiera parfois de le remettre en mars pour retrouver l’ordre originel des noms des mois de l’année. Ainsi beaucoup ont changé la place du nouvel an mais pas toujours à la même date, ce qui créait des problèmes évidents. Sous Charlemagne l’année commençait à Noël, sous les Capétiens, à Pâques, à Vienne c’était le 25 mars, lors de l’annonciation, ce qu’on appelle le style florentin. En France c’est le roi Charles IX qui remarque lors de son tour de France que suivant les diocèses on démarre l’année à des dates différentes. Pour résoudre ça il promulgue dans l’édit de Roussillon [Gallica] en 1594[40] (art. 39) que le nouvel an sera à nouveau au premier janvier. Mais l’élément déterminant dans le monde chrétien c’était l’édification du calendrier grégorien par Grégoire XIII en 1582.

Au Moyen-Âge la période liturgique de Noël comprendra douze jours de la Noël à l’Epiphanie, avec la Circoncision du Christ au milieu. Cette période de douze jours va absorber pas mal des pratiques des calendes de janvier, et peut-être certaines des saturnales mais pas toujours de la même façon. Ainsi les cadeaux on se les ai donné longtemps au Nouvel An mais ça a eu tendance à se déplacer à Noël, mais dans certains pays, c’est à l’Epiphanie. Par exemple en Espagne, où ce sont les Rois Mages qui apportent les cadeaux le 6 janvier, ou en Italie, où c’est la Befana qui est une vieille femme qui vole sur un balai comme une sorcière mais n’est apparemment pas une sorcière.

Bibliographie

Littérature secondaire

Sources antiques

Mention des Calendes (chronologique)

Musique


[1] H.H. Scullard, Festivals and Ceremonies of the Roman Republic (Cornell University Press, 1981), p. 51. “Tutella Iunonis” Menologium rusticum Colotianum: CIL, I2, 280.[photo]

[2] Paul Diacre (VIIIe s.) ex Festus s. v. Chaos p. 45 L [archive.org] : “Chaos appellabat Hesiodus confusam quondam ab initio unitatem, hiantem patentemque in profundum. Ex eo et χάσκειν Graeci, et nos hiare dicimus. Unde Ianus detracta aspiratione nominatur id, quod fuerit omnium primum;  [de là est tiré Janus avec perte de l'aspiration] cui primo supplicabant velut parenti, et a quo rerum omnium factum putabant initium.”

[3] Conservé chez Varron et Quintus Terentius Scaurus Cf. Wikipédia 

[4] “Gavius Bassus in eo libro quem de dis conposuit Ianum bifrontem fingi ait, quasi superum atque inferum ianitorem: eundem quadriformem, quasi universa climata maiestate conplexum.” [la] Cf. Aussi "Cornificius, dans son troisième livre des Étymologies, dit : « Cicéron l'appelle, non Janus, mais Eanus, dérivant de eundo. De là vient aussi que les Phéniciens l'ont représenté dans leurs temples sous la figure d'un dragon roulé en cercle, et dévorant sa queue; pour désigner que le monde s'alimente de lui-même, et se replie sur lui-même." (Macrobe I.9)

[5] "Mais d’où vient qu’on place Jupiter après Janus? Que le docte et pénétrant Varron nous réponde là-dessus : «C’est, dit-il, que Janus gouverne le commencement des choses, et Jupiter leur accomplissement. Il est donc juste que Jupiter soit estimé le roi des dieux; car si l’accomplissement a la seconde place dans l’ordre du temps, il a la première dans l’ordre de l’importance ». Cela serait vrai s’il s’agissait ici de distinguer dans les choses l’origine et le terme de leur développement. Ainsi, partir est l’origine d’une action, arriver en est le terme; l’étude est une action qui commence et qui-se termine à la science; or partout, en général, le commencement n’est le premier qu’en date et la perfection est dans la fin." (De Civ. VII.9)

[6] Macrobe Saturnales I.12.34

[7] "Le solstice d'hiver marque le premier jour du soleil nouveau et le dernier de l'ancien : Phébus et l'an ont même commencement" Ovide. F. I.163 ; “de même que les Calendes de janvier sont appelées Nouvel an à cause du renouvellement du soleil, le commencement de chaque mois est appelé Nones à cause du renouvellement de la lune.” Varron, De Ling. VI.28 ;

[8] Pline Hist. Nat. 18.221 ; Plutarque Quest. Rom. 19 : “Mais ne faudrait-il pas plutôt penser que Numa prit pour commencer l'année une époque plus conforme au cours de la nature? Car, en général, dans les révolutions communes de l'univers, nulle n'est en soi la première ni la dernière : c'est la volonté des hommes qui en détermine le commencement et la fin. Il semble donc que l'époque la plus naturelle pour le commencement de l'année est celle qui suit le solstice d'hiver, où le soleil cessant d'avancer, retourne sur ses pas et se rapproche de nous. Il se fait alors dans la nature une espèce de révolution qui augmente la durée des jours, raccourcit les nuits et ramène vers nous cet astre brillant, chef et dominateur de ce mobile univers.”

[9] Meslin p. 23ss

[10] Tite-Live IX.8.1 ; XXII.1.6 ; Ovide Fastes I.79 ; pont. IV.23-42

[11] Meslin pp. 53-4 et 66-70. Sous l’Empire Chrétien : Libanios ; Sidoine Apollinaire Carmen XXIII.310ss. Les jeux en général restaient populaires (Augustin, Conf. III.2 ; Libanios Or. XXXV.4ss ; Claudien, In Eutrop. I.470) et l’arrêt fut progressif : une novelle de Justinien en 536 les ordonne encore.

[12] “On ne doit pas douter qu'autrefois les Calendes de Mars furent les premières : tu peux te référer aux indices suivants. Le laurier, resté dressé chez les Flamines toute l'année, est alors enlevé,et remplacé à la place d'honneur par un feuillage nouveau on place alors devant le porche du roi l'arbre verdoyant de Phébus ;le même acte se reproduit devant tes portes, vieille Curie.Pour que Vesta aussi resplendisse, parée de feuillage nouveau,le laurier flétri, écarté du foyer iliaque, cède la place.Ajoute qu'on allume, dit-on, dans le secret du temple un feu nouveau et que la flamme ravivée reprend force.” Ovide F. III.135

“Au début de ce même mois; on remplaçait les vieilles branches de laurier par de nouvelles, autour de la maison du roi, aux curies, et aux maisons des flamines.” Macrobe, Saturnales I.12.6

Cf. Meslin p. 11 et passim

[13] Geoponica XI.3 ; Hérodien, II.2

[14] “Pourquoi, en effet, nous acquittons-nous des vœux pour les Césars: et célébrons-nous leurs fêtes sans cesser d'être chastes, sobres et honnêtes? Pourquoi, en un jour de joie, n'ombrageons-nous pas nos portes de lauriers et ne faisons-nous pas pâlir le jour à la lumière des lampes? Rien de plus honnête, quand la solennité publique l'exige, que de donner à sa maison l'aspect de quelque nouveau lupanar!” (Apol. XXXV.4) ; “Elle sortira d'une maison, ornée de lauriers et de flambeaux, que l'on prendrait volontiers pour un repaire honteux, récemment ouvert à la prostitution publique.” (Ad uxorem II.6) ; “Mais c'est donc un honneur réservé à Dieu, me diras-tu, que d'allumer des lanternes devant sa maison, et d'en orner la porte de guirlandes de laurier? -- Ce n'est point assurément un privilège réservé à Dieu, mais une pratique en l'honneur de celui qui se fait adorer comme un dieu par ces cérémonies, et qui va droit au démon dans sa manifestation extérieure” (De idol. XV)

[15] “On this day, also, they would rest from toils, and those called matronae ("matrons") among them — that is, the "well-born" — would feast their household servants, just as at the Cronia it was customary for those who had slaves to do this.” (§42 trad. Mischa Hooker)

[16] Meslin pp. 84-5.

[17] Sermon IV [tertullian.org], PG 40.217 [GBooks]

[18] Meslin p. 39ss.

[19] DCO, p. 113 du PDF. [GBooks][Capture GBooks]

[20] Cf. Nonius Marcellus, 1: 24 Lindsay:  strena dicta est a strenuitate.

[21] Festus s. v. Viam Sacram "Sacram viam quidam appellatam esse existimant quod in ea foedus ictum sit inter Romulum ac Tatium: quidam quod eo itinere utantur sacerdotes idulium sacrorum conficiendorum causa. Itaque ne eatenus quidem, ut vulgus opinatur, sacra appellanda est a regia ad domum regis sacrificuli, sed etiam a regis domo ad sacellum Streniae, et rursus a regia usque in arcem" trad. en Jane W. Crawford : “Some people think that it is called the sacred way because on it the treaty between Romulus and Tatius was struck; others, because the priests use this road for preparing the sacrifices for the Ides. And indeed it should not, as the common folk think, be called ' sacred' as far as from the Regia to the house of the Rex Sacrorum, but also from the house of the Rex to the shrine of Strenia, and again from the Regia up to the citadel. And Verrius says that it ought not to be pronounced (sc. as one word) ... but distinctly, as the other roads, the via Flaminina, the via Appia, the via Latina, so not Novavia, but Nova via.” 

[22] Jean le Lydien De Mens. IV.4 ; Augustin De Civ. Dei IV.16 ; Varron frg. 132 Cardauns

[23] “C'est d'un pareil enduit que les plus misérables clients recouvrent la datte qu'ils apportent avec une mince pièce de monnaie aux calendes de janvier.” (VIII.33) “Aux calendes de janvier, on offre la datte dorée; encore n'est-ce souvent que le présent du pauvre.” (XIII.27)

[24] “Il interdit l'usage de lui apporter de l'argent, comme cela s'était pratiqué sous Auguste et sous Caïus” (60.6)

[25] Meslin p. 70ss

[26] Paranesis I PL 13.1081

[27] In Circumcisione Domini PL 177:1034-1039 [archive.org]

[28] Meslin p. 71. Césaire d’Arles,

[29] Cf. aussi dans la vie de Saint Brieux : « Vita sancti Brioci episcopi et confessoris ab anonymo suppari », Analecta Bollandiana, 1883, t. II, p. 161-190. [archive.org]

[30] Meslin p. 73ss. ; Isidore de Séville De Eccl. Off. I.40. ; Maxime de Turin Hom. 16 ; Pierre Chrysologue Sermon 155 ;

[31] “coup sur coup, hier et aujourd’hui, deux fêtes se présentent entre lesquelles n’existe aucune harmonie, aucune parenté. Au contraire elles s’opposent l’une à l’autre. Une charrie pas mal de la saleté des choses du dehors, l’argent de Mammon, la fréquentation des tavernes, l’échange des étrennes, l’aliénation de sa propre liberté.”  (trad. Meslin pp. 109-10 PG 40.216)

[32] Meslin p. 81.

[33] Meslin pp. 82-3. Astérios, Homélie 4, PG 40.221ss. Aussi chez Césaire, Chrysologue, Isidore, Boniface (où ?)

[34] Hom. de Pythonibus, Sermon 155 ; Maxime de Turin homélie 16 ;  

[35] Pseudo-Augustin hom. 197 : masques têtes de chien de taureaux

[36] Selon Jérome (De viris ill. 106) qui dédie ce traité au fils de Pacianus, ce dernier aurait écrit un traité, intitulé Cervus, qui aurait traité de cette figure animale : “PACIANUS, évêque de Barcelone, près des Pyrénées, aussi célèbre par sa chasteté que par son éloquence, par ses moeurs que par son talent, écrivit plusieurs opuscules, entre autres un traité intitulé le Cerf, et une réfutation des novatiens. Il parvint à une extrême vieillesse et mourut sous Théodose.”

[37] Meslin p.88. Canones poenitentiales, PL, 99.927

[38] Par exemple Meslin pp. 87-9. qui cite Margaret Murray, The God of the Witches l’égérie des cercles Wiccans.

[39] Meslin p. 59

CTh.2.8.19pr. [=brev.2.8.2pr.]

Imppp. valentin., theodos. et arcad. aaa. albino pf. u. omnes dies iubemus esse iuridicos. illos tantum manere feriarum dies fas erit, quos geminis mensibus ad requiem laboris indulgentior annus accepit, aestivis fervoribus mitigandis et autumnis foetibus decerpendis.

CTh.2.8.19.1 [=brev.2.8.2.1]

Kalendarum quoque ianuariarum consuetos dies otio mancipamus.

CTh.2.8.19.2 [=brev.2.8.2.2]

His adiicimus natalitios dies urbium maximarum, romae atque constantinopolis, quibus debent iura deferre, quia et ab ipsis nata sunt.

CTh.2.8.19.3 [=brev.2.8.2.3]

Sacros quoque paschae dies, qui septeno vel praecedunt numero vel sequuntur, in eadem observatione numeramus, nec non et dies solis, qui repetito in se calculo revolvuntur.

CTh.2.8.19.4 [=brev.2.8.2.4]

Parem necesse est haberi reverentiam nostris etiam diebus, qui vel lucis auspicia vel ortus imperii protulerunt. dat. vii. id. aug. roma, timasio et promoto coss.

interpretatio. causas per anni spatium omnibus diebus secundum leges audiri praecipimus. et licet lex quattuor* menses ad fructus colligendos indulserit, sed ita pro provinciarum qualitate et pro praesentia dominorum credidimus faciendum, ut a die viii. kalendarum iuliarum usque in kalendas augusti messivae feriae concedantur, et de kalendis augusti usque in x. kalend. septembris agendarum causarum licentia tribuatur. a x. autem kalend. septemb. usque in idus octobr. vindemiales feriae concedantur. dies etiam dominicarum, qui feriati sunt, ab audiendis negotiis vel exigendis debitis sequestramus. sanctos etiam paschae dies, id est septem qui antecedunt, et septem qui sequuntur. nec non et dies natalis domini nostri vel epiphaniae sine forensi strepitu volumus celebrari. natalem etiam principis vel initium regni pari reverentia convenit observari

[40] « Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances,

édicts, tant patentes que missives, et toute escripture privé, l'année commence doresénavant

et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier.

Donné à Roussillon, le neufiesme lour d'aoust, l'an de grace

mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne de quatriesme.

Ainsi signé le Roy en son Conseil »

[41] “N'est-ce pas lui qui ornait les portails de lauriers, offrait des banquets” (“ornaret lauro postes, convivia daret”. Sur le Carmen Contra Paganos.

[42] “(…)Indeed, to light candles by the rocks, the trees, the fountains and in the crossroads of the paths, what is this if not evil worshipping? To take notice of the fortellings, auguries and of the days of the idols, what is this if not evil worshipping? To take notice of the Volcanes and of the Calends, to garnish to tables,  to lay laurel (lauros ponere) , to enter with the right foot, to shed in the fire place, over the burning timber, food and wine and to throw bread into the fountains, what is this if not Devil worship?[…]”

[43] Hutton, chap. 4, cite Alexander Tille, Yule and Christmas (1889) p. 103 [archive.org] et John Brand, Observations on the popular antiquities of Great Britain, 1908, I.519-20. [archive.org] qui cite le canon “Non liceat iniquas observantias agere kalendamm et ociis vacare Gentilibus, neque lauro, neque viriditate arborum cingere domos. Omnia enim haec observatio Paganismi est. Brace Can. 73. Instell. Prynne, in his  Histrio-Mastix, p. 581, cites nearly the same words from the 73d Canon of the Consilium Antisiodorense, in France, anno Domini 614. In the same work, p. 21, he cites the councils as forbidding the early Christians "to decke up their houses with lawrell, yme^ and greene boughes (as we use to doe in the Christmas season)."