Histoire d'une singulière  infirmière: Florence Nightingale

 

Miss Nightingale (12 mai 1820 - 13 août 1910) fut  surnommée "la dame à la lampe"

Une vocation sociale extra ordinaire

Florence Nightingale naquit dans une famille britannique bourgeoise anglicane, à la Villa Colombia à Florence en Italie. On lui donna le nom de sa ville natale. Elle fut la petite fille de l'abolutionniste William Smith. Elle a passé presque toute sa jeunesse à Derbyshire en Angleterre et a reçu une éducation d'aristocrate. A l'âge de 17 ans, Florence a, comme l'indique un de ses carnets intimes, une appel spirituel qui va la conforter dans la conviction qu'elle n'est pas destinée à mener une vie ordinaire. Quand elle demanda à ses parents l'autorisation d'exercer le métier d'infirmière au Salisbury Infirmary, l'autorisation fut refusée. Pour  ses parents, ce travail ne convenait pas à une personne du rang social de leur fille.  En 1848, Florence eut l'occasion, pendant un séjour à Londres, de faire pendant plusieurs mois la classe à des enfants pauvres (mes «petits voleurs» comme elle les appelait) à la Ragged School de Westminster. Cette expérience lui fit découvrir la pauvreté et voir qu'elle pouvait jouer un rôle utile mais elle fut, une fois encore, arrêtée par les objections de sa famille: «Si seulement on pouvait éduquer sans se préoccuper de ce que les gens pensent ou ne pensent pas, mais en s'en tenant seulement à des notions abstraites de bien ou de mal, comme tout serait mieux!» (O'Malley, 1931, p. 151).

Grande, svelte, des yeux gris pétillants et une magnifique chevelure chatain clair, elle aurait été parfaite pour accompagner n'importe quel homme public sur le chemin de la gloire et de la fortune. Mais Florence avait besoin d'autres occupations que broder et jouer des quadrilles au piano. Elle convainquit sa mère de lui laisser suivre des cours de mathématiques qui firent d'elle plus tard une spécialiste en statistiques.

La misère causée par la famine des anées 40 en Angleterre, lui fit réaliser au moins que sa vocation se situait quelque part entre les pauvres et les opprimés. Ceci était évident depuis sa visite dans les quartiers défavorisés autour des établissements de son père dans le Hampshire. Fanny offrait de la soupe et un peu d'argent aux déshérités mais elle craignait l'infection, et Florence n'avait la permission que des visites conventionnelles de la "dame de bienfaisance". À l'âge de 30 ans,  Lorsque fut créé en 1848 le Queen's College, qui donnait pour la première fois aux jeunes filles la possibilité de suivre un enseignement supérieur, Florence ne se montra pas intéressée: ce qu'elle voulait, c'était un domaine où elle pourrait agir, mettre à profit des connaissances déjà considérables. Elle a écrit: La première chose à laquelle je me souviens avoir songé - et la dernière - ce fut le travail d'infirmière ou, à défaut, l'éducation, mais plutôt celle des délinquants que celle des jeunes. Or, je n'étais pas moi-même formée à ces fins (Vicinus et Nergaard, 1989, p. 30). 

Une vie consacrée

Nightingale fut courtisée par l'homme politique et poète Richard Monckton Milnes, 1er Baron Houghton. Elle rejeta sa proposition de mariage les contre les vœux de sa mère afin de poursuivre sa vocation d'infirmière. Elle rencontra Sidney Herbert, un homme politique brillant qui avait été Secrétaire à la Guerre de 1845 à 1846, poste qu'il occupa à nouveau lors de la Guerre de Crimée. Herbert joua un rôle décisif dans la facilitation des actions pionnières de Nightingale en Crimée dans le domaine des soins infirmiers, et elle devint pour lui une conseillère essentielle lors de sa carrière politique. Ils furent toute leur vie de veritables amis. 

 En 1849, elle fit un voyage culturel en Égypte et en Grèce, pendant lequel elle trouva le temps de prendre des notes détaillées sur la situation sociale et les sites archéologiques. Sur le chemin du retour, le groupe dont elle faisait partie traversa l'Allemagne et s'arrêta à Kaiserswerth, près de Düsseldorf, où, en 1836, le pasteur Theodor Fliedner avait fondé un hôpital, un orphelinat et une école. Ce dernier fut le fondateur de la communauté des diaconnesses. Après avoir étudier le système hospitalier , elle débute se formation de garde-malades à " l'Institute of Saint-Vincent de Paul " à Alexandrie.

À l'âge de 30 ans, «celui où le Christ a commencé sa mission», Florence revint à Kaiserswerth pour y suivre une formation d'infirmière, en dépit d'une vigoureuse opposition de sa famille. Elle se révéla particulièrement douée et, au bout de trois mois, le pasteur Fliedner l'invita à publier un compte rendu de la vie à Kaiserswerth pour les lecteurs anglais (Nightingale, 1851). De son côté, Florence était toute disposée à faire connaître Kaiserswerth en tant que lieu où les femmes pouvaient suivre un enseignement utile. L'ouvrage, publié anonymement, s'ouvre sur une critique de l'éducation donnée alors aux femmes: (...) si, intellectuellement, un pas en avant a été fait, dans la pratique rien de concret n'a suivi. La femme est en porte-à-faux. Elle est formée à l'acquisition de connaissances, elle ne l'est pas à l'action (ibid., p. 3). Elle compléta la formation acquise à Kaiserswerth en visitant des hôpitaux à travers le Royaume-Uni et l'Europe et en rassemblant des informations. Pour traduire les indications ainsi obtenues en une vision systématique, elle se consacra à un processus d'analyse des rapports relatifs aux hôpitaux et de réflexion face aux publications officielles concernant la santé publique. En 1853, lorsqu'elle visita l'hôpital Lariboisière, qui venait d'être construit à Paris, elle fut favorablement impressionnée par les salles, réparties en plusieurs pavillons. Ces salles étaient spécialement conçues pour recevoir la lumière et l'air frais tout en permettant aux «effluves délétères» et aux «miasmes» de se disperser entre les longs blocs étroits dans lesquelles elles se situaient. Ses recherches sur la diminution de la mortalité à Lariboisière contribuèrent à confirmer la théorie des «miasmes», selon laquelle la maladie apparaissait spontanément dans les espaces sales et clos.  Depuis les années 1830, cette théorie avait permis d'améliorer la santé publique au Royaume-Uni avec notamment l'installation d'égouts et l'alimentation en eau pure des villes.

Pour elle, Dieu avait créé les maladies résultant de miasmes pour que l'homme, après en avoir déterminé les causes par l'observation, puisse ensuite prévenir leur retour en prenant les mesures voulues au milieu de son environnement. Elle pensait donc que les infirmières, chargées de veiller au respect des règles d'hygiène, pouvaient jouer un rôle irremplaçable dans la progression de la spiritualité et découvrir la nature de Dieu en se familiarisant avec ses «lois de la santé» (Nightingale, 1873). Ce n'est qu'en août 1853 que Florence Nightingale occupa son premier emploi, un poste qui lui donnait enfin la possibilité de mettre en pratique son savoir et sa formation. Elle fut nommée Lady Superintendent d'une clinique de femmes réservée aux dames de la bonne société à  Londres, où elle demeura jusqu'à ce qu'éclate la guerre de Crimée.

La guerre de Crimée

La place accordée par Florence Nightingale à l'hygiène lors de la guerre de Crimée (1854-1856) et l'importance qu'elle attachait au rôle de l'infirmière dans le maintien d'un bon environnement s'expliquent dans une large mesure par ce qu'elle avait compris des causes des maladies.

La nomination de Florence Nightingale à la tête d'un groupe d'infirmières était le fait innovant, sans précédent. Aucune femme n'avait auparavant occupé un poste officiel dans l'armée et le choix de Florence comme infirmière. Ne tenant pas à compromettre la réforme en s'aliénant les médecins, elle commença par placer ses infirmières sous leurs ordres et à organiser une blanchisserie. En un mois, elle était parvenue à améliorer l'entretien des salles, à obtenir une nouvelle literie et des vêtements neufs pour les soldats et à améliorer la nourriture. Non contente de superviser les soins donnés aux hommes, elle trouva le temps d'écrire des lettres sous leur dictée, d'organiser l'envoi de mandats à leur famille et de prévoir des salles de lecture et des jeux pour les convalescents. e sont les soins et l'attention dont elle entourait chaque malade et chaque blessé qui lui valurent l'affection du peuple britannique. On prétend qu'elle parcourait les six kilomètres de couloirs de l'hôpital toutes les nuits et un soldat reconnaissant raconte qu'il embrassait l'ombre de la «dame à la lampe» lorsqu'elle passait près de lui. Florence Nightingale devint un symbole d'espoir pendant toute cette campagne militaire, En novembre 1855, alors qu'elle était au faîte de sa renommée acquise en Crimée, un groupe d'admirateurs de son action organisa une réunion publique à Londres en vue de réunir des fonds pour lui permettre de poursuivre la réforme des hôpitaux civils à son retour en Angleterre, en créant un centre de formation d'infirmières et d'aides-soignantes. Le Fonds Nightingale fut créé sans grande participation de la porteuse du nom, encore submergée par les soucis de la guerre.   Lord Herbert  proposa  Florence Nightingale come  directrice de toutes les opérations sanitaires de la guerre. Elle forme une escouade de 38 gardes-malades laïques et religieuses (catholiques et protestantes) à destination de Scutari et Balaklava là où se trouvent les hôpitaux casernes. Son premier objectif est de donner un lit à chaque blessé et s'assurer qu'il est pris en charge dès son arrivée. Au début, les médecins étaient un peu sceptiques vis-à-vis des émules de Florence Nightingale, il s'agissait peut-être d'un nouvel essai des femmes pour s'infiltrer dans la médecine. Quand elle arriva en Crimée avec ses nouvelles recrues, les médecins les ignorèrent complètement. En dépit des milliers de soldats malades ou blessés, Nightingale ordonna alors à ses infirmières de ne plus lever le petit doigt tant et aussi longtemps que les médecins n'en donneraient pas l'ordre. Impressionnés, ceux-ci eurent vite fait de revenir sur leur décision.  Elle ne devait commencer à s'en occuper qu'en 1860, Florence Nightingale contribua à obtenir la création, en 1857, de la Commission royale, présidée par Sidney Herbert et composée en majorité de partisans de ses théories. Ce sera ses statistiques relatives à la campagne de Crimée qui lui valurent d'être la première femme élue membre de la Société royale de statistiques en 1860.

De pronfondes réformes

Elle commença à rassembler des preuves de la mauvaise gestion des hôpitaux et à réunir des statistiques sur la mortalité Au Royaume-Uni, l'idée qu'il fallait former les infirmières n'était plus entièrement nouvelle .  Au début du XIXe siècle, une infirmière était simplement une femme qui s'occupait d'un malade, son enfant ou un proche parent. Lorsqu'elle travailla à la conception d'un programme de formation, elle eut conscience de l'opposition que cela pouvait susciter. Durant la guerre de Crimée, les tentatives de conversion de soldats sur leur lit de mort, dont certaines infirmières avaient été accusées par la presse, avaient failli faire avorter sa mission. C'est sans doute notamment parce qu'elle craignait de telles controverses qu'elle choisit la formation laïque. La réforme des soins infirmiers à l'hôpital suscitait déjà une vigoureuse opposition. En 1856, John Flint South, chirurgien au St. Thomas' Hospital, à Londres, fit savoir que, selon lui, les infirmières n'avaient pas besoin de plus de qualifications que les femmes de chambre. Cela n'empêcha pas Florence Nightingale et le Fonds qui portait son nom d'engager en 1859 des négociations pour créer un centre de formation à St. Thomas.  Miss Nightingale écrivit pour ses étudiantes :"Les éléments qui constituent un bon Nursing sont autant la compréhension de la santé que de la maladie".  Le système reposait sur les soeurs qui n'avaient elles-mêmes aucune qualification; on ne pouvait attendre des médecins qu'ils comprennent aussi bien les impératifs de la formation des infirmières que l'enseignement de la médecine. En émigrant très tôt vers l'Australie, le Canada, l'Inde, la Finlande, l'Allemagne, la Suède et les États-Unis d'Amérique, les infirmières Nightingale créèrent tout un réseau d'établissements. Leur métier était devenu une profession respectable pour les femmes du monde entier, la lampe de Florence Nightingale en devint l'emblème, symbole tout autant d'espoir (celui donné aux blessés de la guerre de Crimée) que d'alphabétisation et d'apprentissage. Lorsque la Fondation internationale Florence Nightingale fut créée en 1934 pour rendre hommage à son action éducative, la lampe en devint tout naturellement le symbole.

Le serment

«Je m’engage solennellement devant Dieu et en présence de cette assemblée, à mener une vie intègre et à remplir fidèlement les devoirs de ma profession. Je m’abstiendrai de toute pratique délictueuse ou malfaisante. Je ne prendrai ou n’administrerai volontairement aucun remède dangereux. Je ferai tout pour élever le niveau de ma profession et je garderai, avec totale discrétion, les choses privées qui me seront confiées et tous les secrets de famille que la pratique de mon service me ferait éventuellement connaître. J’aiderai de mon mieux le médecin dans son travail, et je me dévouerai au bien-être de ceux qui sont laissés à ma garde.»

Traces  biographiques

Après la guerre de Crimée, Florence Nightingale a rédigé plus de 200 livres, rapports et opuscules, qui ont eu un effet profond sur la situation sanitaire dans l'armée, les conditions de vie en Inde, les hôpitaux civils, les statistiques médicales et les soins infirmiers.

En 1882 , elle rédigea pour le Dictionnaire de médecine Quain deux articles intitulés «Infirmières, formation des» et «Les soins aux malades.

Florence Nightingale énonça un principe qui correspondait parfaitement à sa vision des choses: «... l'éducation ne sert pas à apprendre à savoir, mais à agir» (Nightingale, 1873, p. 576). 

Ressources électroniques

Encyclopédie de l'Agora: http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Florence_Nightingale--La_vie_de_Florence_Nightingale_par_Alex_Attewell, consulté le 08/04/2010

Maison de santé protestante de Bordeaux, Ifsi: http://www.mspb.com/formation/oeuvre.html, consulté le 08/04/2010

Classic Encyclopédia:http://www.1911encyclopedia.org/Florence_Nightingale

BiographyShelf.com :http://www.biographyshelf.com/florence_nightingale_biography.html

Histoire de la fondation des sœurs diaconesses: http://www.diaconesses-reuilly.fr/

les méthodes de Florence Nightingale par l'Unesco :http://www.ibe.unesco.org/publications/ThinkersPdf/nightinf.PDF

Portraits de médecins: http://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/nightingale_flo.html

source image:   http://1.bp.blogspot.com/_LpVFDTjV-Yo/SM-RaQjyMXI/AAAAAAAAAXk/QvmSiutwJno/S1600-R/Nightingale-Florence_Nightingale%2520copy.jpg

Livre

Gilbert Sinoué. La Dame à la lampe : Une vie de Florence Nightingale . 2008. Ed. Calmann-Lévy. 281

Pour aller plus loin: http://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/presentation/histoire-profession-infirmiere.html

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