Une Constituante Migrante

Premier brouillon pour une constitution migrante

 

http://www.lepeuplequimanque.org/constitution

Article: Une Constituante migrante

OPTION 1

(K.Q. & A.I.) L’assemblée constituante migrante est une communauté négative, qui ne peut, par définition, se constituer, en tant que Nation. Elle est l’assemblée de ce peuple qui manque, de ce peuple mineur, éternellement mineur, qui défait le lieu de séparation entre son dedans et son dehors. De cet énoncé paradoxal, ici une Constituante migrante, nous postulons qu’une constitution doit pouvoir s’établir suivant plusieurs scénarios possibles, tel un programme, un processus plutôt qu’un énoncé fixe. Le sujet politique de notre constituante migre et son texte fondateur avec lui.

OPTION 2

OPTION 3

(Mathieu Larnaudie)

Cette assemblée est l’espace-hôte de nos interrogations.

L’interrogation sera notre procédure.

L’assemblée est une pratique de l’espace.

Nous avons créé autant de structures d’accueil pour notre constitution que d’occasions de nous réunir, de siéger.

Nous avons produit autant de constitutions que de sessions.

À chaque fois que nous nous sommes assemblés, qu’a été formulée cette interrogation qui nous réunit, nous avons inventé un lieu nouveau.

Nous avons construit les conditions de notre propre possibilité, et la condition de ce que cette possibilité soit toujours éphémère, toujours à reconstruire.

Notre politique s’exerce sur le pont.

Les procédures interrogatives accueillies par l’assemblée ont été disputées ; puis, l’espace de leur discussion a été recouvert par le sable : ici où nous fûmes, une dune nouvelle s’élève. Notre constitution a été déplacée.

Il nous arrive, depuis l’océan sur lequel, embarqués, nous les longeons, de voir les dunes s’ériger là où notre assemblée se tint. Il nous plaît de voir ces mouvances comme les éphémères monuments signant l’impossible et dérisoire commémoration de notre passage.

Peuple, nous sommes ce passage.

OPTION 5

(F.V.) Aucune assemblée n’est complète, la complétude est impossible, il y a toujours des absentes et des absents.

 

OPTION 8

Est ce que cette constitution migrante vient faire de l’état de migrance un état enviable ou bien donne-t-elle les moyens de fuir l'état de migrance pour accéder à un statut institutionnalisé ?

 

OPTION 9

[Laurent de Sutter] La constitution se donne le droit de se réfuter elle-même comme constitution au nom des valeurs qui la réclament. La constitution doit prévoir dans son principe le fait d’être hors la loi comme un dépassement de la loi. Dans les cas de solidarité, le délit doit tomber.

[Marielle Macé] La constitution sera une loi aimable, et elle énonce que lorsque l’on est plus en situation d’aimer la loi, c’est la révolte qui s’impose. La constituante prend acte du fait que notre constitution républicaine permet une criminalisation des aidants, et qu’elle permet un délit de solidarité.

OPTION 10

Dimension performative de l’acte, nous sommes déclarateurs de droit. Représentants de rien, nous décidons de nous octroyer une autorité, nous décidons d’usurper cette autorité. Pas  nous adosser à une procédure de légitimation, mais nous inscrire dans un geste esthétique. Nous nous décrétons un peuple qui dicte.

 

OPTION 11

[Laurent de Sutter] La constituante est usurpatrice.

 

OPTION 12

 

OPTION 13

[Laurent de Sutter] la constitution ne sera pas pure

Article : Nous

OPTION 1

(K.Q & A.I.) Le sujet politique de notre Constituante se définirait à partir des migrances, de nos identités spirales et multi-scalaires. Nous renversons le leitmotiv : « ils ont traversé

la frontière” et lui substituons « la frontière nous a traversés », selon le slogan utilisé par les mouvements de migrants chicanos, qui dénaturalisent la frontière et pensent les territoires frontaliers non seulement comme des territoires physiques mais aussi comme des territoires psychiques, à la fois réels et imaginaires.

Ce Nous est formé à partir d’identités que nous aimerions peut être qualifier de “spirales”, en reprenant ce terme à Walter Benjamin, faites de cercles concentriques.

Il y aurait d’abord celles et ceux qui subissent le plus cruellement les politiques migratoires, 3,9 millions d’​apatrides dans le monde et 65 millions de réfugiés et demandeurs d'asiles, et puis viennent ensuite les 250 millions de migrants internationaux tels que caractérisés par l’ONU et puis enfin les diasporas à travers le monde estimées à 600 millions de personnes, et enfin les histoires de chacun qui fait que nous sommes infiniment nombreux à vivre dans un rapport aux migrations.

Il s’agirait alors de refonder la forme même d’une communauté possible, d’un Nous, dont le sujet politique serait cette identité en forme de spirale - et dont le centre de gravité en serait la communauté des disparus.

Comme on le sait, la réflexion sur l’idée de communauté a été largement fragmentée et mise en crise au XXème siècle. Aussi, depuis la seconde guerre mondiale, la communauté n’a t elle cessé d’être attaquée par plusieurs fronts : par les marxistes qui y voyaient un concept élitiste, utopique, voire réactionnaire, par les philosophes post-structuralistes qui en rejetaient les présupposés : ceux de l’appartenance, de l’universalisme, ou de l’identité. Ces critiques convergent, comme vous le savez sans doute, vers les essais de Blanchot, de Nancy, écrits dans les années 80, puis d’Agamben, qui témoignent des soupçons qui aujourd’hui entourent la question de la communauté.

Ils auront montré plus encore que le commun pouvait s’envisager malgré l’absence de liens, malgré l’absence de référents ou de modèles, que la communauté n’avait nul besoin de fondement, d’un principe transcendant, ou même de propriété pour exister.

De fait, l’épuisement des sens politiques de la communauté consacre ainsi l’effacement des instances qui assumaient traditionnellement l’assomption légitime d’un « nous »  et inaugure la communauté « négative » (la communauté de ceux qui n’appartiennent pas, au sens où Derrida dit “une langue, ça n’appartient pas”, mais aussi peut-on parler de  communauté inactuelle (de communauté à-venir) dont l’avoir-lieu est sans lieu (car elle nous disperse dans l’existence), de  la communauté qui reste (en défaut de son accomplissement).

A cette question, Deleuze a répondu en invoquant l’idée d’un peuple mineur, d’une voie étroite entre des risques, dans laquelle seule la littérature peut s’engager et nous aimerions dire la fiction, la fiction de notre constituante migrante, d’une multitude qui vit “dispersée dans l’existence et ne fait ni corps, ni classe, ni masse par rapport au reste de l’humanité”.  Ce peuple mineur comme une nouvelle poïetique de la communauté que la fiction travaille à inventer. La Constituante migrante est en cela l’a-réalisation des communautés migrantes, son incompossibilité même.

 

Dans son dernier livre intitulé NOUS, Tristan Garcia, nous rappelle que le nous du nombre qui avait été le personnage principal de l’histoire, ce nous immense de ceux qui se sentaient dépossédés de l’écriture de l’Histoire, que ce nous-là se divise aujourd’hui encore en une multitude de nous un peu plus particuliers. Mais que dans le même temps, le Nous connait un principe d’expansion, un principe d’extension du nous à toutes les espèces, animales, végétales, il n’y a plus de frontière fixe à l’espèce humaine, et toute vie devient digne d’habiter un plus vaste parlement, qui s’ouvre aux animaux, aux végétaux, aux machines, aux cyborgs, aux objets. Il semble que L’horizon d’expansion du nous ne trouve pas de fin. L’espèce du nous n’a plus de bord et s’étend infiniment.

Il s’agit, pour nous, d’abord de jouer de cette tension entre des communautés défaites et des communautés à faire.

Car si Agamben nous disait que le réfugié expérimente une « politique non-étatique » sous la modalité dit-il d’une « forme-de-vie qui met en jeu le vivre même » et « qui n’est pensable qu’à partir de l’exode irrévocable de toute souveraineté »;

si Agamben évoque encore le réfugié comme « la seule figure pensable du peuple de notre temps », dans la mesure où il « met radicalement en crise les fondements de l’Etat-nation et en même temps ouvre le champ à de nouvelles catégories conceptuelles »;

il nous faudrait, nous semble-t-il résister toujours davantage à ce risque d’ontologisation de la condition de migrant comme cet être dépossédé de lui-même, cet « homme nu » sans communauté qui trouverait les ressorts de son émancipation dans ce déracinement, cette non-identité même, qui permet à Agamben de faire du réfugié une sorte de métonymie de l’humanité en général, toujours-déjà « abandonnée », réduite à sa vie nue.

Toni Négri faisait quant à lui de la figure du réfugié le lieu de la mobilité libératrice de la multitude face au contrôle « impérial » (« Désertion et exode sont - nous disait-il - de puissantes formes de lutte de classe contre la postmodernité impériale, dans son contexte même »). Les migrants ouvrent pour lui la voie à une forme nouvelle de subjectivité politique, une forme nomade, hybride, irréductible au modèle étatique-nationalitaire. À terme, la politique des immigrés menée par les États ne pourrait résister, selon Negri, à la politique des immigrés contre les États. Cette intuition aura trouvé dans la littérature sur les migrations un appui théorique solide dans la thèse dite de « l’autonomie des migrations », défendue notamment par Yann Moulier-Boutang, et selon laquelle les migrations ne cessent de manifester leur indépendance à l’égard des politiques qui visent à les contrôler.  Pourtant, il nous faut sans cesse prendre garde de ce risque d’ontologisation voire d’héroïsation ou même de transcendance, de la figure du migrant et du réfugié en particulier.  Jacques Rancière nous avait pourtant mis en garde contre ceux qui font du réfugié et de l’habitant du camp un «  signifiant de l’existence contemporaine ».

Ainsi, en définissant la communauté migrante sous la forme d’une spirale, il s’agit d’échapper à la réduction essentialiste, identitaire du sujet autant qu’à l’universalité de celui-ci.

OPTION 2

(Marielle Macé)

Soutenir une pensée des communs, c’est être capable d’affirmer un principe d’égalité du deuil, et d’affirmer que chaque vie mérite considération, non pas parce qu’elle est unique mais parce qu’elle est égale et qu’à ce titre, elle est pleurable. Il faut alors imaginer un deuil national pour les morts qui ne sont pas nationaux.

Il peut y avoir une communauté parce qu’il y a une égalité des vies. Donc pas de vie nue, mais des vies précarisées, des vies disqualifiées.

Le pays de cette communauté sera celui qui a des lois aimables, qui nous met en situation d’aimer la loi, qui nous convie à un vif amour des lois aimables (Sophie Wahnich), critère d’une amitié collective.

Cela nous accule aussi à une révolte contre les lois qui ne sont pas aimables, celles qui criminalisent les aidants et qui énoncent un délit de solidarité.

OPTION 3

(Babi Badalov)

Le Nous devrait être au moins une communauté des sensibles. Imaginer la prise de risque, imaginer ce que c’est que d’être exposé, pouvoir crier, réagir à la souffrance.

 

Vous pensez que c'est facile?

Être migrant c'est prendre un rdv avec la mort.

[Sami Tchak] Le statut d’un récit de vie n’invalide pas une problématique.

OPTION 4

(Mahmoud El Hajj)

Vivre près de quelqu’un qui ne veut pas nous recevoir. Près du visage de l’autre, adoucit les identités dures. L’arrachement devenue condition, faut-il s’en consoler?

il y a quelque chose de bon à être un dépaysé. Vivre c’est défendre une forme, élargir ce principe, vivre, c’est défendre plusieurs formes, plusieurs vies. Défendre les deux terres auxquelles on appartient, l’étranger comme pont.

Penser dans la migrance autre chose qu’une communauté? Ne pas reconstituer une identité de migrance à endosser.

 

OPTION 5

 

(Catherine Coquio)

Un nous comme une nécessaire rencontre de nos mondes. Avant d’envisager un nous constituant, il faut penser le nous migrant.

 

[Laurent de Sutter] Envisager un côtoiement sans amitié?

 

OPTION 6 La terminologie : comment qualifier, nommer le nous migrant?

 

[Mahmoud El Haff] refuse le terme de migrant, préfère étranger, quelqu’un qui n’est pas chez lui. Ce n’est pas une question de statut, c’est un sentiment.

Ceux qui arrivent

Les fuyants

Les exilés

La nomination est intéressante d’un point de vue juridique, mais pas pour les gens en déplacement.

 

(Paris d’Exils) La terminologie peut se poser sur un mode verbal: Je fuis, je traverse, je franchis, nous ne sommes pas arrivés.  être réfugié = être trop faible pour être ambitieux, j’apporte trop de problèmes, je risque d’être renvoyé à tout moment.

Eux; Nous; Ils, que portent ces pronoms?

celui qui ne vient pas de chez nous, celui qui est nomade et qui ne connaît pas sa destination. Une chambre pour recevoir l’invité. Une chambre dans chaque village. être bienvenu. Le visiteur est quelqu’un qu’on honore.

(Mehdi Alioua) Migrer: laisser quelqu’un derrière soi.

Pas les plus pauvres

 

(Nisrine Al Zahre) la dignité est une stylistique de l’existence, une puissance affirmative, un emporwerment.

 La présentation du terme de dignité s’articule autour d’une constitution sensible. Le “migrant” a le droit de s’autodéterminer, d’être bien habillé, de rejeter le relativisme, il a le droit de choisir la cause pour laquelle il lutte, il a le droit de préserver sa propre dignité, il a le droit de demander ce qu’il peut faire

hospitalité: digne sobre, élégant, simple, sans en faire trop.

Refus de la compétition entre immigrants pour un palmarès des plus grandes victimes.

C’est obscène qu’une concurrence en termes de misère humaine s’installe. Problème de la confiscation du concept de dignité par l’extrême droite française, se réapproprier la dignité plutôt comme une façon d’être, une façon de se tenir par rapport à soi, plutôt que comme un programme politique à valeur nationaliste.

(Françoise Vergès) un respect de la dignité de l’autre. la dignité est importante, sans lui donner de contenu particulier car c’est assez intangible, ce n’est pas mesurable.

(Yves Citton) L’indignation

 

(Sami Tchak) il est réducteur de définir l’exilé, l’immigré par rapport à un malheur qui aurait provoqué cette situation. Le nous c’est pas en opposition d’un vous. C’est le nous qui est dans chacun entre nous.

Nous ne sommes pas venus de la même histoire,

Nous venons de l’est vers l’ouest, de l’est vers le nord, du nord vers l’ouest, du nord vers l’est, nous prenons toutes les directions. Nous n’affrontons pas la nature, nous cheminons à l’intérieur de la nature. Nous cheminons avec notre humanité, rien à idéaliser, rien à diaboliser. Juste des humains qui aspirent à faire escale ou à se reposer, nous apportons des possibilités et des problèmes.

Nul ne doit idéaliser le divers, utiliser la géographie pour aller au devant des autres et de nous même. à la surface de l’eau. Ouvrons, ouvrir les portes au divers.

(Yves Citton) Qu’est ce qu’on gagne à ne pas surdramatiser, à ne pas porter que l’imaginaire traumatique de la migration?

(Sami Tchak) de fois dans des salles comme celle-là, le public qui est au delà de la problématique migratoire

(Carpanin marimoutou) la migration peut aussi être organisée à l’intérieur d’un espace national.

[Françoise Vergès] Se nommer est stratégique, c’est questionner une hegemonie. Elle est singulière et collective. Un nous se constitue en contre-pouvoir pour créer un rapport de force sur le terrain juridique et politique mais la nomination fixe est produite par les Etats et la police pour policer et gouverner. Processus dynamique de l’auto-nomination.

 

[Carpanin Marimoutou] éviter que l’on constitue les gens uniquement comme victimes.

 

[Kader Attia - Vidéo] Le constat d’une fragilité de celui qui arrive souvent est interprétée comme étant post-traumatique, cependant, la personne qui décide de partir fait preuve d’une grande résilience, elle est capable d’un projet, le traumatisme advient en fait à l’arrivée, devant la défaite de ce projet dans les conditions et les situations inhabitables qu’offre le pays d’accueil. Accepter la défaite des étiquettes, la défaite du vocabulaire de la migration,

inclure une place importante à l'aspect du non-savoir. A un certain moment, on ne sait plus comment parler, quoi dire, quels mots employer.

 

[Laurent de Sutter]  Cesser de dire EUX/NOUS pour déplacer la focale vers une écologie qui nous implique davantage, nos propres manières de voir notre droit, nos institutions.

 

OPTION 5  Polysémie de la migrance

 

[Kader Attia] Le transsexuel est migrant dans son propre corps, et cela représente un périple compliqué. Cette collecte d’idées doit pouvoir transgresser l’ordre que les institutions imposent à la psyché et qui empêchent de penser le non-savoir.

 

[Public] Est ce que “être migrant” c'est quelque chose de désirable. On être migrant doit être qualifié comme quelque chose d'inacceptable?

 

OPTION 6

[Carpanin Marimoutou] nous sommes du soleil et de la brise

de la pluie et des tornades, de la lave et du plastique, de la peste et du choléra,

l'émotion des vagues, de tous les refus

ses terres qui se protègent de la mer

les vainqueurs

prédateurs polymorphes

captifs de la traite,

migrants des guerres impérialistes,

nous avons une longue mémoire de la mer

nous humains habitons pourtant

eux qui comptent sans cesse

[...]

comme NOUS, empêchés de tout repos,

tissés de mers et de langues enchevêtrés, EUX tissés de capital,

nous intraduisibles, EUX avec le capital sans mer qui veut nous rendre inaptes à habiter,

NOUS autonomes internationaux [...]

puisque que tout migrant est un être humain, il a droit à habiter, droit à une sépulture, droit à l'accueil de ses ancêtres, à la transmission de son récit aux ancêtres

Donner du sens à ce qui a lieu. une transmission d’une histoire de cette histoire à ses ancêtres

cela passe par la voie du récit

 

OPTION 8

[Emmanuel Ruben]                                                

tu te sens glisser dans la peau d’un passeur

contrebandier, clandestin, migrant, fuyard, rôdeur furtif

tu entends mille autres voix que la tienne pousser à l’intérieur de toi,

souvenez-vous mes frères,

c’était il y a cinquante ans, peut-être cent

nous étions des étrangers sur leur propre terre

nous avions sur la tête une casquette et dans le cœur une étoile

nous levions les mains en l’air pour suspendre le geste des soldats

nous aussi nous fuyions la guerre ou la misère

le sabre des cosaques et les cris des Stukas

et nous ressassions les mêmes paroles inquiètes à travers tous les halliers d’Europe :

Plus nous marchons plus s’amassent les nuages

soudain le ciel se couvre et les buses volent de plus en plus bas

un milan guette sa proie sur l’enfourchure d’un arbre

mais nous voudrions parler le langage des oiseaux – nous voudrions leur dire où nous allons, qu’ils n’aient pas peur de nous

nous voudrions dire à la buse variable ou au gypaète barbu

ne crains rien, cesse de planer au-dessus de nos têtes

nous ne sommes pas venus puiser les œufs que tu couves dans ton nid

nous ne sommes que les pionniers du monde qui vient – après nous viendront de bien plus grandes migrations, les migrations climatiques, intercontinentales, sidérales

nous sommes l’avant-garde d’un peuple oiseau, d’une humanité nomade. Mais regardez : vous aussi, vous êtes des oiseaux, vous passez votre vie dans des halls d’aéroport, vous allez de tarmac en tarmac

vous piétinez sous des panonceaux bleu nuit aux douze étoiles d’or où il est écrit

                                                   

EU CITIZEN                                                                                     NON EU-CITIZEN

mais vous savez bien qu’il n’y a pas de citoyen européen

l’Europe n’est plus l’héritière des cités grecques

elle est le produit des grandes migrations, des invasions barbares, des guerre de sept de trente et de cent ans, des traites et des traités

vous avez oublié la leçon d’Ulysse errant sur les mers

vous avez perdu le sens de la métis et de l’hospitalité

vous n’avez plus peur des douze dieux de l’Olympe

vous vous êtes arrogés ce pouvoir de vie et de mort

vous pensez comme les Cyclopes que vous êtes les plus forts

et vous le prouverez au monde entier à coups de robots et de drones.

Article : Notre gouvernement

OPTION 1

(K.Q & A.I.) Notre constitution est ordonnée, gouvernée par la communauté des disparus, hier pendant la Traite, dans l’Atlantique noire, aujourd’hui en Méditerranée.

Nous repensons alors à ce groupe des années 90 de musique Drexcya basé à Détroit, issue de le seconde vague de l’afrofuturisme, issue de l’émergence de la musique électronique, ce groupe qui aurait nommé la communauté des disparus pendant la Traite les drexciyans.

Nous repensons à Edouard Glissant qui quelques années plus tôt, dans Poétique de la Relation évoque l'expérience caribéenne du gouffre du bateau, de la cale du bateau et le gouffre de la mer dans lequel pendant la traite on jetait les morts et les vivants avec des boulets à leurs pieds et le gouffre de l'inconnu qui terrifie. Le fond de la mer comme l’expérience qui relie tous les caribéens.

 

(Edouard Glissant)

Toute cette mer que nous avons traversé avant de nous éparpiller à Trinidad, en Martinique, à New York, aux États-Unis, au Brésil etc. etc. et de nous différencier puisque nous sommes devenus différents, dit-il, un Noir américain, c’est pas un Martiniquais, un Martiniquais c’est pas… mais nous avons quelque chose de commun qui est la vraie relation qu’il y a entre tous ces gens là: C’est sous-marin.

Je pense premièrement aux millions d’Africains qu’on a jeté dans la mer qui sont au fond avec ou sans boulets. L’image des esclaves avec des boulets aux pieds pour qu’ils coulent. Les boulets verdis,on appelle ça. Il y a cette image là de cette unité d’une communauté qui gîrait au fond des mers, une communauté potentielle qui n’a même pas eu le temps de se différencier, qui n’a pas  eu le temps de devenir des Martiniquais ou des Trinidadiens, des Jamaïcains ou des Haïtiens, etc. ils n’ont pas eu le temps, donc ils sont nos antécédents fondamentaux.

 

(K.Q.&A.I.) Dans  « Aller Simple »,  poème, dédié aux migrants méditerranéens, le poète Erri de Luca  parle des migrants disparus dans le cimetière marin de la Méditerranée. Erri de Luca imagine comment le retour des morts fait sens pour les vivants: comment les disparus nous ordonnent.

Ainsi, dit-il :

(Erri de Luca)

Nous ne sommes pas des paquets et toi Nord tu n’es pas digne de toi-même

Notre terre engloutie n’existe plus sous nos pieds,

notre patrie est une barque, une coquille ouverte.

 

le départ est une cendre éparse, nous sommes des aller-simple.

Nous sommes les innombrables, nous doublons à chaque case de l’échiquier,

Nous pavons votre mer de squelettes pour marcher dessus.(…)

Nous serons vos serfs, les fils que vous ne faites pas,

nos vies seront vos livres d’aventures.

Nous portons Homère et Dante, l’aveugle et le pèlerin,

L’un de nous a dit au nom de tous :

D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens.

Article : Notre territoire

OPTION 1

(K.Q & A.I.) La mer est notre terre manquante. Notre espace est toujours un horizon, un trajet. Elle en est l’espace négatif qui en porte l’histoire, la mémoire, l’ontologie.

OPTION 2

(K.Q & A.I.) Notre territoire migre au travers des états-nations. Politiquement, nous interférons, parasitons, piratons chacun d’entre eux.

OPTION 3

(Mathieu Larnaudie) Il n’y a pas de port d'attache et pas d'arrière pays dans notre territoire.

                                                   

Nos couloirs sont les courants océaniques qu’arpente notre embarcation, les arrière-salles des tavernes, les chenaux tracés dans les passes, les rampes des bordels et les cons des putains, les gosiers qui boivent, mangent, braillent, l’antichambre des gouverneurs, les cales où l’on roule les tonneaux, les passerelles jetées d’un pont de navire à l’autre lorsque nous passons à l’abordage.

 

OPTION 4

[C.H.] La mer, de l'espace piège à l'espace témoin.

La mer comme terrain d'expérimentation.

Les passages, veiller sur les passages, sécuriser les passages

(Carpanin Marimoutou)

territoire mer du saccage et de l'accueil

l'émotion des vagues

la longue durée de l'écume l'infini des pays petit qui transforme leur commencement et leur recommencement, l'océan qui roule et qui s'enroule et qui soudain s'arrête

nous arrivons pauvres de la père, nous nous revenons de l'humain, tacites, mal articulants, audibles dans un très lointain avenir,

Faire chavirer les pétroliers, la haute mer est en nous, à force de la paix, le temps se dilate en nous

tout est trop vaste et trop étroite

la mer ses cimetières, ses passages

 

toute mer est noire

mais cela ne rend pas les terres habitables

à cause de ce qu'on fait de nous, la terre se déracine de partout

à défaut, en défaut de politique

de solidarité

comme manière et lieu de l’habiter

douces et amères

 

(Yves Citton) Quelle forme de résistance avait lieu à ce moment là? Qu’est ce qu’on peut en tirer?

 

 

(Camille de Toledo) Qui laisse mourir se demande l’enquête-Forensis ?

En quelles eaux ? Au nom de quelle partition

des eaux ?

OPTION 5

[Catherine Coquio]La mer n’est pas une route, c’est le chemin risqué de la vie.

 

OPTION 6

Rendre nôtre une terre qui n’est pas la nôtre. Coute que coute.

OPTION 7

[Michel Agier] Une constituante migrante se demande où elle s’ancre, elle doit se situer à la frontière, dans tous les lieux de la mobilité. Situer la constituante migrante là où le monde se fait, c’est à dire dans la frontière. Donner un lieu à cette constituante, et que ce lieu soit la frontière. Les frontières sont en permanence en train de changer, la frontière est un entre-deux

Le camp est une hypertrophie du monde.

La frontière est une expérience de la rugosité du monde

Travailler à décentrer notre focale politique vers la frontière, vers les “hors-lieux”.

[Laurent de Sutter] c’est aussi depuis la matérialité de la frontière que l’on peut discuter des termes de la séparation. La frontière physique, rugueuse nous apprend.

[Aliocha Imhoff] Quels universels à ce territoire de la constituante, et quelles lignes de démarcation?

(F.V.) Il faut prendre acte du fait que l’on délègue à des groupes privés la gestion des frontières, qu’il y a un investissement par des multinationales, spécialisées dans la gestion de la frontière, la question de privée.

De nouveaux acteurs transforment cet espace à cause de leur gestion. Posons la question de la privatisation, des groupes privés qui confisquent la matière des contacts qui se nouent dans les espaces-frontières.

[Etienne Tassin] La frontière n’est jamais qu’une ligne. La frontière est un lieu de passage et ce qui interdit tout passage.

La constituante devrait signifier quelque chose sur la différence entre frontière et mur.

[Léa Drouet] Les attendus au commencement:  

Léa Drouet salue la scénographie qui en matérialisant des séparations accule les participants à la constituante à faire preuve de créativité pour investir et mobiliser cet espace.

L’espace frontière est un espace de liaison.

Toute personne doit accorder de l’hospitalité à un réfugié et à un migrant

Le droit de traverser des frontières et de rentrer dans tous les territoires.

[ Mehdi Alioua] Il y a un monde commun qui se fabrique entre ceux qui passent les frontières, un monde commun tissé d’expériences proches, de savoirs-faire avec les difficultés pratiques rencontrées et aussi des douleurs communes liées à ces savoirs-faire, (blessés, humiliés, amputés).

[Sami tchak] les animaux nous apprennent à être très infidèles vis à vis des frontières qui nous séparent.

(Sami Tchak) Inscrit dans la nature des humains de vouloir se déplacer pour des raisons qui sont innombrables. Le droit au mouvement n’implique pas l’effacement des frontières, des lignes de démarcation qui parfois nous sauvent la vie, l’espace n’est pas indifférencié. Échapper aux dangers d’un pays en dépassant la ligne et être de l’autre côté, là où on est en sécurité.

Un souhait: Que notre espace soit balisé, avec une possibilité de franchir, de traverser.

(Laurent de Sutter) Quelle affection travers la constituante?

La notion de dignité introduit un certain vertige. Nous nous avons fragilisé, parce que assumer son rapport à soi ne peut pas toujours se passer par la dignité. Les règles de l’hospitalité doivent  davantage être réglées (régulées ?).

(Nisrine Al Zahre) N’est pas être perplexe par l’étranger, juste accueillir l’autre. cela peut enlever dejà le vertige.

[Emmanuel Ruben]                                                

Regardez cette utopie rayée dont vous avez fait une prison.

Regardez ces frontières fantômes qui se réveillent sous nos pieds.

Vous avez cru les démanteler mais les barreaux de vos États-cages

ont laissé leurs ombres en filigrane sur les cartes

et vous êtes restés captifs de ces ombres qui ont fait de la terre

cette triste utopie quadrillée par vos conquêtes.

 

[Camille de Toledo]

Où sont placés celles et ceux qui arrivent ?

Et que font, pour eux, les camps, les centres de rétention,

si ce n’est tenir. Les tenir pour mort.

Invisibiliser.

*

Les tentes, sous les ponts, dans les entrelacs des routes, à la périphérie des villes.

Dans de vieux gymnases mal chauffés, dans d’anciennes gares.

Les tentes qui ploient sous la neige, dans les balkans.

Les foules qui attendent sur ces îles-archipels,

Au large.

*

Ici ou là, des points chauds d’incandescences, d’espoirs retenus,

que l’on cache au regard.

Que l’on offre à la faim.

à la soif.

*

Voilà ce qu’offrent les nations.

Des bouts d’ombres

où disparaître.

 

 

OPTION 8

[Léa Drouet]. repensons le territoire de l’Europe? Revenons à sa genèse, à celle de la légende qui active une hospitalité réciproque?

Françoise Vergès l’Europe et ses pratiques d’exclusion? Quelle Europe?

[Camille de Toledo] la rejoint, travestissons les mythes fondateurs! L’europe n’a jamais réussi à se penser autrement qu’en s’opposant aux barbares, qu’en identifiant des ennemis extérieurs et intérieurs. Incapable de penser ce qui est ENTRE. Les retours des vieux démons, c’est encore ce qui se dessine comme un anéantissement des “entres”. Éloignons nous de l’Europe dominatrice. Pour ce faire, portons notre attention sur les judéo-européens, vers des récits vaincus de l’Europe.

[Emmanuel Ruben]                                                

et c’est d’une grande Europe dont nous avons besoin, non d’une île ou d’une forteresse,

mais bien d’une utopie, d’un archipel.

 

OPTION 9

Budapest n’est pas ton terminus mais une halte obligatoire sur la route brisée de l’espoir

c’est la quatrième fois de ta vie que tu erres dans ses ruelles et tu ne les reconnais jamais

elles sont de plus en plus proprettes on les nettoie au karcher

le quartier juif aujourd’hui c’est un grand marché de pacotilles kacher

on dit que tous les chemins mènent à Rome mais c’est à Budapest que se croisent tous les trains et tous les bateaux d’Europe

les vieillards en croisière et les réfugiés en galère

c’est la cinquième fois de ta vie que tu t’aventures ici mais tu n’as jamais pris la même route, jamais le même moyen de transport : un bateau-mouche depuis Vienne, un express depuis Bratislava, un airbus depuis Paris ou Varsovie, un minivan depuis la Serbie, un vélo depuis la Croatie

faire du café central de l’Europe un bunker

c’est trahir la vocation du Grand Budapest Hotel

et c’est le plus grand crime qu’on puisse commettre à l’encontre de l’idée européenne

tu as toujours été de passage ici trois quatre jours maximum

tu as fait l’amour à des femmes entre deux trains deux avions deux bateaux

tu les cueillais dans les bars ou les festivals

sur une île du Danube où vous partagiez dans la boue de tente en tente et de concert en concert

il y a quelque chose qui t’attire toujours chez les Hongroises

des cheveux noirs des yeux rieurs et légèrement bridés un nez en trompette quelque chose qui vient de très loin peut-être des Steppes

il y a quelques siècles nous étions tous asiatiques et tous nomades

khazars cananéens tatars goths et vandales

Budapest est notre mot de passe ; nous n’avons pas d’autre but aujourd’hui

toutes ses gares – est, ouest, nord, sud – seront nos dortoirs

                                                                          

nous étalerons nos duvets bariolés le long des quais

comme les femmes épinglent leur linge autour de la Méditerranée

mais nous savons que les bérets rouges viendront nous cueillir sur les trottoirs

et nous verrons dans leurs mâchoires crispées et leurs pupilles injectées de sang qu’ils auraient préférer ramasser des cadavres

Tu transcris ces lignes en italique dans un café-librairie du quartier juif où s’empilent tous les livres que tu n’as pas lu, que tu ne liras plus, et tu prends un volume sur une étagère –

c’est un recueil d’Attila Jozsef et tu l’ouvres au hasard

et tu lis cette Ode à l’Europe – tout le contraire d’une Hymne à la Joie

qui dit la vérité du vieux continent, faisant rimer la frontière et la meurtrière

il y a trente ans le Danube était une autre mer entre les terres

les Roumains fuyant la tyrannie Ceaucescu le traversaient à la nage

et se noyaient dans les Portes de Fer

alors tu penses à tous ces hommes qui meurent en traversant la mer

ce ne sont pas les rivages qui tuent, ni les vagues ni les tempêtes ni la mer – ce sont les murs que nous dressons sur la frange des brisants

 

[...]

                                                                          

Comme vous êtes seuls derrière vos verres et vos écrans

comme nous sommes nombreux derrière les vitres de vos trains

dans le métro de Budapest les gros contrôleurs hongrois regardent d’abord le matelas-mousse roulé sur ton sac à dos qui te freine à tous les portillons

puis ce sont tes cheveux frisés qui les intriguent, et bien sûr ton nez busqué, ton faciès de métèque – ils se demandent alors si tu viens de l’Est ou du Sud, de la guerre ou de l’Orient

                                                                          

et tu ne saurais leur répondre car tu as rêvé toutes les guerres

et tu as visité tous les pays d’Europe, traversé toutes les frontières, remonté la Vistule et le Danube, descendu la Loire et le Rhin, vu la Néva en pleine débâcle, marché sur la Dvina prise par les glaces, tu t’es baigné dans le Dniepr et la Tisza, tu as bouffé les champignons de Tchernobyl, vécu parmi les braconniers des Carpates et les trabendistes du Bosphore, tu as connu les ghettos de Saint-Denis (France) et les banlieues de Kiev (Ukraine), sillonné les collines d’Italie, dansé le tango dans les milongas d’Istanbul, glané des bribes de toutes les langues, il t’arrive de dire köszönöm au lieu de grazie, priviet pour dobar dan, lütfen quand c’est bitte schön que tu as sur les lèvres, et l’on t’a pris partout pour un migrant, on a voulu te refourguer des pantalons trop grands

sur ton passeport il y a tous les tampons des états-tampons qui croient encore dans leurs frontières

ça dessine un drôle de puzzle bigarré

tu n’es pas un écrivain voyageur mais un écrivain voyagé

                                                                          

on ne voyage pas pour écrire et l’on n’écrit pas pour voyager. On voyage-on lit-on écrit les paysages, tout cela participe du même mouvement, on n’écrit jamais autant que dans un train, ça s’écrit partout en nous, ça nous traverse, c’est un seul et même chemin qui se trace

en t’embarquant pour Chypre ou Corfou, tu n’as cherché rien d’autre que le mystère de l’Europe

dans ta famille on t’appelle le juif errant pour se moquer

tu n’as pas d’attaches et tous ces Français qui te demandent à la base d’où tu viens, quel est ton département, pour les statistiques, tu as toujours un petit roman à leur raconter à la place du matricule qu’ils voudraient épingler sur ton faciès.

                                                                          

La nuit tombe sur Budapest et tu as pris place à bord d’un nouveau train

tu descendras en gare de Dresde hirsute hagard pieds nus en pyjama car son terminus c’est Berlin

dans la nuit douillette des wagons-lits au milieu d’une insomnie tu imagines la vie de tous ces migrants

à Belgrade en septembre vous alliez leur porter des vivres et des vêtements

par trente-cinq degrés à l’ombre ils sentaient la crasse et la sueur

ils se ruaient sur les étals de chaussures et se battaient pour une paire de baskets trouées

ils voulaient des t-shirts et des bermudas

vous n’aviez à leur offrir que des chemises à manches longues et des pantalons flottants

tu avais beau leur répéter Winter is coming Winter is coming Winter is coming !

ils ne comprenaient que l’arabe ou le persan

on annonçait de l’orage alors tu imitais le bruit du tonnerre, la pluie qui tambourine, tu dessinais sur un morceau de carton des nuages, des flocons, des cristaux de givre

ils ne voulaient pas te croire le fond de l’air était encore torride

ils n’avaient qu’un seul mot à la bouche et ce mot c’était

DEUTSCHLAND

comme on disait autrefois AMERIKA

ils ne disaient pas EUROPA car ils savaient que l’Europe n’existe pas sinon sur des billets de banque et sur la fiche de paye de quelques gestionnaires.

[...]

                                                   

la seule généalogie que tu reconnaisses est une vieille carte marine sur laquelle tu vois se dessiner les chemins humides que prirent tes ancêtres – de Lisbonne à Livourne, de Constantine à Constantinople, de Leipzig à Metz, de Valence à Jérusalem.

 

OPTION 10 Considérant la Jungle de Calais

[Sébastien Thierry]                                             

Considérant que la Jungle de Calais fut habitée par plus de 20 000 exilés, non pas errants mais héros, rescapés de l'inimaginable, armés d'un espoir infini.

Considérant qu'ici-même ont effectivement vécu, et non survécu à peine, des rêveurs colossaux, des marcheurs obstinés, des pionniers inépuisables que nos dispositifs de contrôle, procédures carcérales, containers invivables se sont acharnés à casser afin que n'en résulte qu'une humanité-rebut à gérer, décompter, placer, déplacer.

Considérant que Mohammed, Ahmid, Zimako, Youssef, et tant d'autres se sont avérés non de pauvres errants, migrants vulnérables et démunis, mais d'invétérés bâtisseurs qui, en dépit de la boue, de tout ce qui bruyamment terrorisait, de tout ce qui discrètement infantilisait, ont construit en quelques mois à peine trois églises, cinq mosquées, trois écoles, un théâtre, deux bibliothèques, un hammam, trois infirmeries, cinq salons de coiffure, quarante-huit restaurants, quarante-quatre épiceries, sept boulangeries, quatre boîtes de nuit, d'immenses preuves d'humanité réduites au statut d'anecdotes dans l'histoire officielle de la « crise des migrants ».

Considérant qu'à bonne distance du centre historique de Calais, l'on a habité, cuisiné, dansé, fait l'amour, fait de la politique, parlé plus de vingt langues, chanté l'espoir et la peine, ri et pleuré, lu et écrit, contredit ainsi avec éclat les récits accablants dont indignés comme exaspérés n'ont cessé de s'enivrer, assoiffés des images du désastre, bourrés de plaintes, écoeurés par ce tout ce qui en dissidence pouvait s'inventer, se créer, s'affirmer.

Considérant qu'entre autoroute et front de mer, chacun des habitats construit, dressé, tendu, planté, portait l'empreinte d'une main soigneuse, d'un geste attentif, d'une parole liturgique peut-être, de l'espoir d'un jour meilleur sans doute, et s'avérait donc une écriture bien trop savante pour les témoins patentés dont les yeux n'ont enregistré que fatras et cloaques, dont la bouche n'a régurgité que les mots « honte » et « indignité ».

Considérant que pendant un an, dans la ville comme dans le bidonville, des centaines de britanniques, belges, hollandais, allemands, italiens, grecs, français, ont quotidiennement construit plus que de raison, distribué vivres et vêtements, organisé concerts et pièces de théâtre, créé radios et journaux, dispensé conseils juridiques et soins médicaux et, le soir venu, occupé les dizaines de lits de l'Auberge de Jeunesse de Calais, haut-lieu d'une solidarité active peut-être unique au monde, centre de l'Europe s'il en fut.

Considérant qu'avant ces mois officiellement sombres, les associations locales n'avaient jamais reçu autant de dons et de propositions de bénévolat, et que durant ces mois effectivement hors du commun n'a pourtant cessé d'être reproduite la fable d'une exaspération collective, d'une xénophobie généralisée, d'une violence calaisienne qui, sur-médiatisée, a sali la ville autant que les kilomètres de barbelés l'ont défigurée.

Considérant que Calais fut, de facto, une ville-monde, avant-garde d'une urbanité du 21e siècle dont le déni, à la force de politiques publiques brutales, a témoigné d'un aveuglement criminel à l'endroit de mondes à venir, d'un irresponsable mépris pour les formes contemporaines d'hospitalité que des milliers d'anonymes ont risquées.

Considérant qu'à la suite de l'écrasement de cette cité potentielle et de l'éloignement de ses bâtisseurs, Mairie, Région et Etat réunis ont programmé l'ouverture à Calais d'un parc d'attraction nommé « Heroïc Land », urbanité factice de 40 hectares dédiée aux héros de jeux vidéos, inimaginable cité fantôme de 275 millions d'euros, monument à la vulgarité des politiques publiques contemporaines.

Considérant que tout ce qui fit et que fut la Jungle ne disparaîtra pas, ni à la force d'une violence légale déployée en lisière de nos villes comme si s'organisaient là quelques bandes de criminels, ni sous l'effet d'attractions en tout genre faites pour anesthésier les esprits et détourner les regards, ni par la grâce des solutions abstraites de « l'hébergement pour tous », dont les containers, centres, et autres camps officiels à plusieurs millions d'euros exposent, sidérant, le caractère d'impasse.

Considérant que l'incurie des acteurs publics d'aujourd'hui et l'inanité de leurs solutions sont si vastes que demain la Jungle de Calais se réinventera au centuple, en France comme en Europe, et que pour l'invention de politiques publiques sérieuses enfin, demeurera comme seul trésor public le fruit de ce que calaisiens et exilés ont inlassablement cultivé des mois durant, à savoir ce qui nous rapproche.

(Camille de Toledo) repartir des lieux du laisser-mourir,

dans l’angle mort

des nations.

En ces lieux mouvants, liquides, battus par les vents,  lieux sans trace, où quelque chose s’efface

de ce qui voulait traverser.

La mer.

*

Mais n’avançons pas trop vite.

Parlons, pour l’heure, depuis cet angle mort des nations,

Là où l’on meurt.

Où l’on est laissé pour mort.

Depuis ce lieu de l’entre-rives, lieu toujours inaperçu que nous cherchons.

que nous aimerions placer

au cœur de nos yeux.

 

(Sami Tchak) Les portes du Divers

Nous n’attendons de personne qu’il trace

un chemin de terre au milieu de la mer,

ni un chemin d’eau dans le désert

Nous n’attendons de personne,

ne demandons à personne,

d’effacer sous nos pieds,

au-dessus de nous, tout autour de nous,

ce que la nature a de beau et d’inquiétant,

de propice à la vie et à la mort.

Nous ne venons pas d’une caverne

où le même sang a irrigué nos veines.

Nous ne sommes pas issus de la même histoire

et ne dérivons pas vers les mêmes berges,

nous ne transportons pas les mêmes rêves.

Nous sommes, individus et groupes, le Divers, de toutes les couleurs, de tous les âges, de tous les sexes.

Nous partons :

du sud vers le sud,

du sud vers le nord,

du sud vers l’est

du sud vers l’ouest

du nord vers le nord

du nord vers le sud,

du nord vers l’est

du nord vers l’ouest

de l’est vers l’est,

de l’est vers l’ouest,

de l’est vers le sud

de l’est vers le nord.

Il nous arrive de tourner à l’intérieur de la même terre…

Du même territoire…

Comme on peut tourner à l’intérieur de soi-même.

Nous suivons les innombrables directions

à travers

terre,

ciel,

souterrains

et eaux.

Dans cette odyssée où nous rencontrons aussi la Nuit,

la grande Nuit,

où les espoirs volent au-dessus des cadavres,

où les rêves enjambent les cauchemars.

Mais nous n’inventons rien.

 

De cette aventure, vous connaissez le résultat :

le Divers a essaimé sur toute la terre.

Nous sommes,

pour d’innombrables raisons,

avec nos visages multiples,

par choix ou contraints,

comme ce que nous fûmes aux premiers âges,

celles et ceux qui négocient,

 avec les dieux aux mille langues,

les ailleurs qui ne nous appellent pas nécessairement.

Nous n’affrontons pas la mer,

nous n’affrontons pas le désert,

nous n’affrontons pas la nature,

nous cheminons à l’intérieur de la nature,

avec notre humanité.

 

 

Aux premiers âges de notre commune aventure,

ce fut ainsi que la terre s’ouvrit au Divers.

Ouvrez,

ouvrez les bras au Divers

que nul ne doit idéaliser.

 

Nous usons de la géographie

pour donner des ailes à nos rêves

pour échapper à nos cauchemars

pour aller au devant des autres

et de nous-mêmes

 

Mais, nous aussi courons ce risque, le grand risque

celui d’être si petits de nos propres enfermements

de circuler à travers le monde,

entre ciel et terre,

à la surface de l’eau

avec nos propres frontières les plus sclérosées

celles qui nous claquent au nez les portes de l’Autre,

celles qui nous font claquer notre porte au nez de l’Autre.

 

Qu’on nous ouvre les portes du Divers

Que nous ouvrions nos propres portes au Divers

 

 

Article: Notre histoire

OPTION 1

(K.Q./A.I.) Notre histoire est celle du silence de la mer. Elle est une histoire muette. Une histoire inarchivée.

Nous repensons au poète de Sainte Lucie Derek Walcott qui nous disait:

La mer est une Histoire sortie de la bouche des morts. Elle ébranle les chapitres de celle que nous racontent les livres et les ruines dont on voudrait faire des monuments.

Où sont vos monuments, vos batailles, martyrs ?

Où est votre mémoire tribale ?

Messieurs,

dans ce gris coffre-fort.

La mer.

La mer les a enfermés.

La mer est l’Histoire. » Derek walcott

 

Where are your monuments, your battles, martyrs?

Where is your tribal memory? Sirs,

in that grey vault. The sea. The sea

has locked them up. The sea is History (The Star-Apple Kingdom 1980)

OPTION 2

Mahmoud Darwich “On peut être exilé dans son village”

OPTION 3

(K.Q./A.I.) L’histoire-connectée depuis le bas (from below) est notre histoire.

OPTION 4

(Mathieu Larnaudie) Aucun jadis n’est à rebâtir.

OPTION 5

(Dorcy Rugamba) Il n’y a pas de mort en migration, mais des tués. Demander aux “grands personnages d’Europe”, “Nous exposons notre vie parce que nous souffrons trop et voulons mettre fin à la guerre en Afrique. “ écrit par deux enfants guinéens.

 

OPTION 6

[ Sébastien Thiery] Une autre histoire est à l’oeuvre dans l’ombre

 

 

[Camille de Toledo]

Alors, reprenons. C’est une histoire

où ce qui se tient, dans l’entre,

est tué.

Invisibiliser. Pourquoi ?

C’est une histoire de nations qui accusent

de duplicité tout ce qui migre.

Qui exigent une loyauté de tout ce qui arrive.

Qui demandent de se conformer.

de se confondre.

C’est une histoire du meurtre, qui se répète.

Et comment en sortir ?

*

Suivant ce travail d’enquête sur la mort,

nous comprenons que l’effort

politique consiste, aujourd’hui comme hier, à redonner

des noms, reconstituer des trajets,

établir des responsabilités.

*

Mais peut-on faire autre chose que d’arriver après ?

Peut-on faire autre chose que de panser toujours, de com-panser ?

Peut-on concevoir une autre configuration

légale, institutionnelle

qui s’ouvrirait à l’entre, qui ferait, autrement dit,

de la migrance,

un pays ?

*

C’est là je crois que nous approchons du projet

de cette constituante tel que je le comprends.

Imaginer une loi, des lois du mouvement

et non de l’état, établir un état

de migrances.

(Casser le faux lien de naturalité

de la langue et du territoire.

Apprendre à habiter cette cassure.

Concevoir un lien de communauté autrement,

loin du sang, du sol,

et loin du lien de la langue donnée.

Apprendre à habiter le monde,

en traducteurs.)

 

[Camille Louis & Etienne Tassin]

I.         Les attendus (au commencement…)

Il fut un temps où nous ne pouvions écrire nos histoires que grâce à la présence du « migrant ». Il fallait qu'Ulysse soit un étranger, un sujet naviguant entre les mers et ayant laissé sa demeure, pour que l'événement de son « arrivée » fasse apparaître tous les « autres » qui, jusqu'alors, n'existaient pas.  Ils apparaissent seulement lorsqu'ils ils deviennent... hôtes. C'est au moment où ils endossent cette fonction, au moment où ils accomplissent les gestes rituels de la xenia grecque (l'hospitalité), que ces « personnes » deviennent « quelqu'un », deviennent les personnages d’une histoire commune. « L'accueilli » les constitue, leur donne consistance, forme et possibilité d'énonciation.

Circé devient Circé au moment où elle accueille Ulysse, tout comme Nausicaa ou Calypso. Les demeures de Nestor et de Menelas sont vues seulement au moment où Télémaque les visite.

« N'être personne » ou « n'être nulle part » n'est pas le lot de l'étranger mais de celles et ceux qui sont déjà « là ». Apparaitre, prendre nom, être reconnu est l'effet de la rencontre avec l'étranger et l'apparaître du caractère est, lui, le résultat de la juste hospitalité. La xenia consiste d'abord à recevoir l'autre, le baigner, le nourrir. Seulement alors il est possible de lui demander : « qui es tu ? »

C'est lorsque le Cyclope enfreint la xenia en mangeant les compagnons d'Ulysse ou en demandant à ce dernier bien trop tôt quel est son nom, que le héros n'a d'autre solution que de répondre, à son tour : « je ne suis personne. » Mais ce « personne », loin d'être un manque ou un défaut, vient surtout imprimer la marque d'un supplément. Un « plus » donné au sujet trop étroitement rangé dans la boite de l'identité. Petit sujet replié, identifié, identitaire, catégorisé. Le sujet migrant condamné à n’être « personne » par le sujet installé, sécuritaire et contempteur de toute nouvelle présence, est en réalité l'excédent de subjectivité qui permet à celles et à ceux qu'il rencontre, d'être « plus » qu'un nom sans visage dans l'histoire. D'être « plus » qu'un sans nom qu’aucune place n’attend dans la narration collective.

De la même manière, c'est lorsque l'étrangère pose ses pieds, encore chargés de l'eau des mers traversées, sur un bout de terre qui, jusqu'alors, n'existait pas, que ce dernier devient « Europe ». La jeune femme s'appelait ainsi, Europe, le bout de terre n'avait pas de nom, il n'était que « le non Orient » au temps où l'Orient était tout. Elle lui donne son nom : réciprocité de l'hospitalité.

Dira-t-on aujourd’hui qu’avec son nom, Europe l’étrangère a nommé une terre d’accueil propice aux étrangères ?

 

I.         Les faits (le devenir…)

Nous étions au temps où les histoires, les longues histoires qui traverseraient les mers pouvaient non simplement s'écrire mais... commencer. Des débuts étaient possibles, ils se logeaient en ce point mobile  et à double dimension de la rencontre et de l'hospitalité. Depuis, les histoires sont devenues des conventions. Ces conventions, nationales et internationales, auraient pu permettre que l’hospitalité qui commençait toute vie commune, dans la légende, devint réalité ; ou que la fiction du cyclope qui condamne une personne à n’être personne soit précisément ce que l’Europe refuse. On aurait presque pu penser que nos manières de nous raconter et de nous rencontrer seraient, pour toujours, le modèle mouvant à partir duquel seraient inscrits les rapports des terres et des océans, à partir duquel seraient élaborées les relations entre les habitants des unes et les voyageurs des autres. La Méditerranée n’est-elle pas la mer au milieu des terres qui relie une rive à l’autre, une histoire à l’autre, Europe à Afrique et à Asie ?

Or, les débuts n'ont pas duré, ils n'ont pas fait durée, ils n'ont pas institué. Nous avons, bien vite, préféré les fins, refermé les récits et bouché les possibilités que des histoires commencent, que les liens se tissent entre étrangers, que les noms s’échangent. Nous avons annulé les rencontres. Frontières, terre ferme, fermée aux mers et voulant devenir le centre des regards et des perceptions de ce que « nous » sommes. Xénophilie devenue xénophobie. Le sujet n'est plus un supplément, pas non plus une soustraction, il est le perpétuel équivalent. Le plat, sans mouvement, sans dimensions, sans relief.

Née étrangère, l’Europe infidèle à son acte de naissance rejette aujourd’hui l’étrangeté de l’étranger : elle le fait dans les formes, bien sûr, en distinguant entre le « bon étranger », le citoyen enregistré d’un pays « conventionné », et le « mauvais étranger », celui qui brouille les repères de l’appartenance et de l’identité et qui, par son illégale immigration, dénonce les conventions passées entre Etats pour contrôler et assainir les échanges de populations.

Pourtant née d’une étrangère, l’Europe d’aujourd’hui a inversé l’hospitalité en hostilité. Elle a fait de l’hospitalité dont elle est issue un délit. L’accueil était l’occasion de se distinguer, on n’accueille plus. L’accueil commençait par l’hospitalité, l’hostilité est première.

La légende des commencements dit qu’on pouvait autrefois nommer Européennes/ens celles et ceux auxquels les étrangères et les étrangers accueilli.e.s accordaient cette insigne dignité. De l’insigne dignité ne reste aujourd’hui qu’une indigne insanité. A quelques notables exceptions près, sont de nos jours appelés Européens celles et ceux qui refusent l’hospitalité, rejettent les arrivants, enferment les « illégaux », les expulsent manu militari ou négocient leur rétention dans des camps conventionnés, au mépris de la Convention européenne des droits de l’homme (en particulier les articles 2 et 4 du Protocole n°4 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales 1).

Les Etats européens, à commencer par la République française, ont fait de la solidarité avec les migrants un délit : il est interdit de les accueillir, interdit de les héberger, interdit de les nourrir, interdit de les véhiculer, interdit de leur offrir des ressources en échange de leurs contributions aux communautés qui les abritent… il est interdit de donner. L’Europe proscrit le don.

 

I.     Les principes (un avenir possible)

Quel serait l’article d’une Constituante migrante qui honorerait le principe de la xenia grecque et restaurerait le don ?

On pourrait le formuler négativement, sur un mode punitif :

Alinéa 1 : « Est passible de poursuites judiciaires toute personne qui n’aura pas accordé l’hospitalité à un.e migrant.e, ne l’aura pas invité.e à entrer, à se laver, ne lui aura pas offert une collation de bienvenue ni mis à sa disposition un lit pour l’héberger. »

Alinéa 2 : « Est passsible de poursuites judiciaires toute personne qui aura demandé son nom, son origine, sa nationalité, sa confession à un.e migrant.e avant de l’accueillir, et aura conditionné son hospitalité à la considération de ces paramètres. »

Alinéa 3 : « Est passible de poursuites judiciaires toute personne qui n’aura pas porté assistance à un.e migrant.e en l’aidant à installer un campement, à bâtir une cabane, à édifier cuisines et latrines, ou en lui procurant — ou en l’aidant à se procurer — une assistance juridique, médicale, culturelle, scolaire, etc… »

Ainéa 4 : «  Est passible de poursuites judiciaires toute personne qui n’aura pas aidé un.e migrant.e à traverser la Méditerranée pour gagner les rives de l’Europe ou à traverser la Manche pour gagner les rives de l’Angleterre, qui ne l’aura pas aidé.e à franchir les Alpes, qui ne l’aura pas transporté.e dans son camion, son automobile, son bateau…, bref, qui n’aura pas porté assistance à migrant.e en errance. »

Mais au lieu des articles d’un code pénal, on peut aussi imaginer de formuler cette proposition positivement, sur un mode incitatif et joyeux. Et inventer un droit opposable :

Alinéa 1 : «  Le devoir d’hospitalité et d’assistance envers les migrants est un devoir absolu et inconditionnel. Personne ne peut s’y soustraire. Le droit de recevoir cette assistance est pour tout migrant, quelques soient ses motifs de migrer, un droit opposable. »

Alinéa 2 : « Le droit de migrer est un droit opposable ; le droit de traverser les frontières sans être inquiété, est un droit opposable ; le droit d’entrer sur le territoire d’un Etat, quelqu’il soit, est un droit opposable ; le droit d’asile est un droit opposable ; le droit à l’hospitalité est un droit opposable ; le droit à se voir attribuer un abri, à se voir accorder un refuge est un droit opposable... »

Alinéa 3 : « Sont bénéficiaires de ces droits — du droit de migrer, du droit d’être accueilli, nourri, logé, lavé, vêtu, du droit de se voir accorder asile et refuge, du droit d’être aidé, d’être assisté… — toute personne ayant été contrainte ou ayant choisi de quitter son pays pour des raisons économiques, politiques, culturelles, religieuses ou sociales, y compris ses orientations sexuelles, sans considération de son nom, de son origine, de sa nationalité, de sa sexualité, de sa manière de se vêtir, de ses prescriptions ou interdits alimentaires... »

On peut surtout imaginer qu’une Constituante migrante proclame qu’un migrant n’est ni un ennemi ni une victime, ni un terroriste ni un malheureux, ni un spoliateur ni un profiteur, mais, comme vous et nous, un acteur de sa vie qui joue son rôle avec d’autres sur d’autres scènes que les nôtres, de multiples scènes, mouvantes, dans un théâtre indéfini où finissent par se rencontrer acteurs et spectateurs et techniciens,  et où les rôles, toujours, peuvent s’inverser voire se confondre. Alors, une Constituante migrante comprendrait un article qui dirait en substance :

Alinéa 1 : « Tout migrant a droit d’être considéré, accueilli et reconnu comme un acteur de sa vie et un co-acteur de notre monde commun et non pas comme une victime de régimes politiques répressifs ou de régimes économiques incapables. A ce titre il a droit à être traité comme notre semblable, notre égal, notre partenaire d’actions concertées et non pas à être traité comme celui qu’on doit plaindre, assister, secourir, etc… »

Alinéa 2 : « Toute personne migrante, même en situation irrégulière, tout sans papier, peut se voir reconnaître le titre de citoyen, et les avantages liés à ce titre, dès lors qu’il agit avec d’autres dans l’espace public dans un esprit xénophile. Son apparition publique et les manifestations collectives auxquelles elle donne lieu vaut titre de séjour et les hommages de la patrie reconnaissante. »

Alinéa 3 : « Aucune personne disposant d’une identité sociale et politique (nationale, culturelle, linguistique, religieuse, etc) et d’un domicile fixe dans une société relativement stable ne saurait prétendre au titre de citoyen tant que des étrangers accueillis et honorés par elle ne lui auront pas accordée ce titre en l’élevant à la dignité de xenopolites. »

Alinéa 4 : « La médaille de xenopolites remplace la légion d’honneur. »  

 

 

 

Article : Notre langage

OPTION 1 Notre langue est la traduction

(K.Q & A.I.) Notre langue est la traduction.

Que disons-nous lorsque nous disons que la langue de la Constituante est celle de la traduction ?

Nous parlons ici de “traversée des langues”, ainsi que le pensent Derek Walcott, et Edouard Glissant, “d’interlangue”,  pour reprendre les mots de Nisrine al Zahre, de migrances entre les langues, d’entre-des-langues, pour reprendre ceux de Camille de Toledo.

(Camille de Toledo) “Nous vivons dans une réalité de l’entre. Et cette langue dans laquelle s’écrit la réalité du XXIe siècle, la traduction, s’oppose d’emblée au monolinguisme de la mondialisation en ce qu’elle repose sur une unité-multiple : elle est à la fois langue-monde et langue de la multiplicité des mondes, en ce qu’elle repose sur la conscience des territorialités poétiques divergentes des langues. (…)”

Nous ne sommes jamais chez nous en traduction.

(Paris d’Exils) La constituante doit se donner les moyens d’une traduction effective.

 

OPTION 2 Les multitudes des nos langues

[Babi Badalov] Vivre en plusieurs langues à la fois et porter plusieurs personnes en soi. Une personne par langue?

[Carpanin Marimoutou] Traduire quoi pour quoi

[Mahmoud El Hajj] J’écris dans leur langue, je me ballade dans leurs quartiers, je bois leur eau.

Être armé de la langue. User de quelques mots d’anglais, ou inventer une grammaire et un lexique des corps et du visage pour produire du sens et de la conversation.

Nous avons proposé de nous rencontrer pour les confronter.

Le droit au non-départ, mais l’arrachement est devenu une chose irréversible.

Vivre c’est défendre une forme. La communauté des étrangers est multiples.

[Carpanin Marimoutou] langue déchirée, en créolisation, incompréhensible, même pour nous même

OPTION 3

(Emmanuel Ruben)

Un alphabet futur.

 

OPTION 4 Une langue commune

(Catherine Coquio)

Besoin d’une langue commune, une langue simple et rude. Solide.

Dans les interventions ici, était visible l’abime entre les langages.

Que pourrait-être une langue de partage?

 

Des récits qui soient constituants:

 

Peut-être le poème, ce qui est proche du cri.

 

Avec une forme narrative?

 

S’agit il de travailler entre les régimes de récits, dans cette tranche?

 

Du beat boxing?

 

(Camille de Toledo) Une loi du traduire

Posons donc, déjà, ici, que dans certaines

langues, notamment le vieil hébreu de la migrance,

« langue », « saphah », se dit « lèvre »,

se dit « rive ».

*

Il faut deux lèvres pour faire une langue.

Et dans ce cas, cette langue que nous appelons de nos vœux,

Langue des migrances que nous pourrions parler, que nous parlerions,

serait déjà un entre deux lèvres,

entre deux rives.

*

Pour ceux qui ont traversé,

qu’arrive-t-il ?

Les langues, les nations cherchent, disent-elles, à assimiler.

Voilà ce qu’elles font avec celles et ceux qui ont survécu.

*

Les langues et les nations exigent l’intégration.

Elles ne conçoivent pas autrement l’accueil que sous la forme de cette intégration,

qui demande que les corps s’effacent.

Que les corps des langues ploient.

Toujours vers le Un. Toujours vers

le plus violent accueil.

Une lèvre l’emporte sur l’autre.

Une seule rive.

*

De quoi est tissé ce lieu ?

D’un monde qui veut être.

D’un avenir qui fait signe vers des communautés plus amples,

où le lien est, sera, serait

celui du traduire.

*

Je migre, tu migras, el migra, nos migramos,

Ana-yu-ha-jirô Ana-ha-jarôn

*

Voici le pemier article que nous aimerions proposer :

« La langue d’une constituante migrante est, devrait être,

sera, serait la traduction. »

*

Nous le savons de plusieurs générations de constitutionnalistes,

les articles ont besoin de leurs annexes, afin que les générations futures

commprennent le sens d’une loi.

Alors que signifie une telle phrase :

« La langue d’une constitution migrante est, devrait être, sera,

serait la traduction. »

*

Pratiquement, nous savons que, de Lesbos à Lampedusa à Ceuta-Gibraltar,

jusqu’à la frontière mexicaine, et retour, jusqu’à Calais,

nous savons que ce qui dessine un monde,

en ces lieux

en plus des chants, des rires,

des couvertures de survie,

ce sont des formes multiples

de traductions.

Il faut traduire, sans cesse, des histoires,

Des récits de guerre,

d’attente,  d’espoir.

de passages, de nuits,

de pleurs.

*

Et pour ceux qui ont survécu,

Il faut traduire la loi.

La loi du pays d’accueil.

*

C’est là le début du chemin de l’assimilation.

Quand la loi de la langue d’accueil

exige des déjà-morts qu’ils meurent une

seconde fois.

*

Alors, pour que tout soit clair, nous dirons ceci,

afin de prendre date, pour l’avenir :

Ce que nous proposons, au lieu de la traduction de la loi,

c’est une loi du traduire.

C’est la traduction-comme-langue.

La traduction, c’est-à-dire l’effort pour construire

un plus vaste commun.

*

Was es bedeutet. La cosà che significa, what it means,

Mai Ma ‘na haidha? Ce que cela veut dire,

c’est que le commun ne sera plus jamais donné.

Ce que cela signifie, c’est que le futur que nous avons à inventer,

naît de nos efforts, de nos capacités

à traduire entre

de multiples cosmogonies.

de multiples langues.

de multiples étants.

*

La théorie politique classique ne sera d’aucun secours.

Tous les modèles dont nous disposons ignorent le multiple des langues.

Ils retombent, un jour ou l’autre, sur la communauté

de la langue donnée,

et avec elle, l’entre-soi du dire,

un seul monde alors

qu’il y en a tant.

*

Regardez ! Ce qui fait le contrat, chez Rousseau, c’est la délégation

de la volonté de chacun à la volonté générale.

Mais que fait-on si le « nous » qui doit être,

se coupe entre plusieurs langues ?

Et ce qui fait le tyran, chez Hobbes, c’est la peur,

et la délégation de la peur à l’Etat,

pour nos sécurités.

*

Mais que se passe-t-il si l’Etat de sécurité

ne cesse de violenter les possibles agencements

de nos différences ?

*

Dans le voyage, entre les deux rives,

Nous laissons, sur le fond de l’océan, des chaînes esclaves,

des souvenirs de la vie d’avant, des traces de nos

identités mouvantes.

Et ces souvenirs de vie se mêlent aux fonds des océans,

aux forêts et aux champs traversés,

aux algues, aux plantes, aux

racines mêmes.

Sujets de la migrance, nous transmettons la

dignité de nos vies aux choses.

*

Les mers, les océans, les forêts où nous sommes passés,

deviennent à leur tour des vivants, des témoins,

de grands silences qui parlent.

Ainsi, se construit la communauté à venir.

*

Traduire ce que voulaient les morts dans leur vie.

Traduire leurs espoirs dans le temps.

Traduire les mondes des grandes étendues, des océans,

des forêts.

Traduire pour déborder nos vieilles habitudes.

*

Les migrances sont le cœur d’une politique à-venir parce qu’elles invitent à mettre en cause

nos découpes héritées, imposées.

Elles nous obligent à concevoir une politique des espoirs, des attentes.

Elles devraient être, comme les enfances, le milieu

de toutes nos attentions.

*

Il ne faut pas se tromper. Lorsque nous disons « traduire »,

politique du traduire, pédagogie des passages,

service public de la traduction,

nous ne disons pas qu’il faut apprendre des langues.

Ou en parler plusieurs.

*

Nous disons qu’il faut, dans un double mouvement, faire trembler

le siège de nos maîtrises, le foyer bien assis de notre langue,

pour inventer un pays, celui du traduire où nous sommes

tous autres.

Migrés et migrants

d’un réel inquiet,

et errant.

*

Ce doublement mouvement, c’est celui que nous faisons pour nous dépayser.

Mais c’est celui que doivent faire, à leur tour, ceux qui ont survécu.

A la jonction de ces deux déplacements, il y a une histoire à écrire.

Cette histoire dépend de nos capacités à vouloir traduire.

*

A ceux qui diraient qu’il s’agit d’un monde improbable, regardez :

Qui a vu l’enfant entrer avec son père dans une poste, là, au coin du boulevard,

pour l’aider à traduie en arabe, en chinois.

Qui a vu, dans une classe, se lever les mains de tous ceux qui ont la charge,

de deux langues, entre la famille et l’école.

Qui a vu la surprise  de celle ou celui qui revient de voyage, trouvant

les paysages de son enfance transformés, au point que tout lui paraît

un autre pays.

Qui a entendu les langues multiples dans les métro de Londres, de Paris,

de Rome.

Qui a les yeux ouverts sur ce qui advient de nos mélanges,

Le sait.

*

L’entre-des-langues est bien le lieu de nos devenirs,

Déjà, de nos présences.

*

Voilà la place que je vous propose d’imaginer,

de constuire.

Dans une langue entre deux lèvres,

Entre deux rives.

Nous nommons les choses. Et en les nommant, nous les capturons.

Nous asservissons des mondes par les langues.

Nous reproduirons sans cesse le geste déjà connu de la colonisation.

Nous reconduirons infiniment le meurtre.

Choses sans langage. Etres de langues inconnus ou êtres de la migrance, dans l’entre.

Nous retrouverons toujours la position de l’assassin.

*

Alors, car il faut être concret, en quoi consiste une « Politique du traduire » ?

Il faut comprendre, ici, le sens d’un effort.

Un effort pratique, politique, théorique.

*

En commençant par là :

Notre seule langue, la langue que nous reconnaissons,

qui appelle une communauté étendue, toujours en transformation

appliqué aux espaces d’entre,

aux espèces de l’entre que pointent les migrances,

les réfugiés – entre, mes amis, dans le flou

du sens, de l’homonymie, s’écrit également « antre »

de ce qui toujours est nié, inaperçu, dans l'entre, ce qui est à l endroit du plus fragile, du lien. C est pour cette raison que j ai travaille à cet article, finalement, tout fait pour que cet article devienne une réalité pratique de nos vies.

Dans une constitution migrante, qui est la constitution même de nos avenirs, la langue est la traduction.

Ou pour le dire autrement,

la traduction, comme langue des mondes, est la langue que nous devons apprendre à parler.

Je pars du plus concret : de l effort pour tisser une histoire commune, ou, du moins, un lien, une reliure. Nous savons que les médecins, les sauveteurs en mer, les personnels de centres de réfugiés, les bénévoles, et ceux qui migrent, qui se réfugient, tout cela forment une arche qui a besoin de se traduire, de sans cesse traduire.

Je pars maintenant du plus large,

Du plus grand élargissement de nos communs. Celui qui fera entre les mondes végétaux, animaux, dans nos politiques, sur un mode actif, autrement que pastoral, qui fera ceux qui ne parlent pas des êtres parlants, cela passera aussi par la traduction.

Les migrants sont le cœur d’une politique des possibles parce qu’ils invitent à mettre en cause nos catégories, nos découpes héritées ou imposées, pour inventer une politique de l’accueil maximal aux mouvements, aux transes. Ils sont, comme les enfances, le centre de l’attention de la pensée potentielle. Les migrants passent ou sont retenus dans des espaces où ils parlent une autre langue, une langue qui ne colle plus avec un état des choses, un état de droit, si bien que leur langue forme une arche en laquelle ils peuvent cohabiter. Les migrants, par la langue, obligent à reconfigurer la langue d’arrivée. Ils sont ce par quoi s’impose l’impératif de traduction – d’une traduction comme langue des attentions à ceux et ce qui se déplacent, à ceux et ce qui se transforment.

 

Laurent de Sutter,

 

RESPONSABILITE

OPTION 5 L’échange

[Michel Agier] A partir des termes de l’échange qui s’est noué à Calais, c’est à dire la conversation, la traduction, l’apprentissage, envisageons un langage commun universel de la politique.

Des mots vus de loin, transmis bien au delà du lieu.

(Nisrine Al Zahre) Chercher le traduisible.

 

Article: Une citoyenneté

OPTION 1: Une citoyenneté nomade

(K.Q./A.I.) Poser la question des migrations en termes de citoyenneté suppose d’honorer ce qui, dans « l’État », permet au moins l’institution d’un espace politique commun aux migrants et à la communauté d’accueil, dite « nationale ».

Suivant Édouard Delruelle:

On ne peut pas s’en tenir à la « fracture » diagnostiquée par Agamben entre le peuple comme corps politique intégral et le peuple comme nomination de ceux qui sont exclus et infériorisés . La civilité est l’espace où les deux peuples communiquent malgré tout, où le sujet infériorisé interpelle l’État et réciproquement. Pour qu’une telle interpellation produise des effets émancipateurs, il faut que le migrant ne se « subjectivise » pas seulement sur le mode de l’exode et de la désertion, mais aussi de « l’intégration » et de la reterritorialisation, et que l’État, de son côté, le traite comme un citoyen en mouvement et en devenir, et non comme un « étranger » qu’il met en fait à disposition des entreprises.  En découle l’idée de citoyenneté nomade, que l’on peut formuler, selon moi, en deux propositions politiques concrètes.  D’une part, il faut évidemment plaider pour une extension du droit de circuler et de résider — et non une libération totale, le concept même d’une liberté non contrôlée étant contradictoire et se détruisant lui-même Sur le plan juridique, le problème, bien connu, est que tout être humain a aujourd’hui le droit de « quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays » (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme), mais non pas celui d’entrer dans tout pays et d’y résider. Une citoyenneté nomade pourrait consister, dans la logique du droit d’hospitalité de Kant, à renverser la logique, « la charge de la preuve ». Le principe premier deviendrait le droit, pour tout individu, d’interpeller tout État pour lui demander de séjourner sur son territoire, et ce serait à celui-ci de justifier le refus qu’il oppose à la demande du migrant. D’une telle « politisation », on peut attendre qu’elle ouvre un espace de lutte où le migrant sera considéré et défendu pour ce qu’il est réellement, à savoir non pas un « étranger » mais un travailleur. J’ai pu mesurer très concrètement que la lutte pour les droits des migrants était beaucoup plus efficace quand elle était menée par des syndicats ouvriers exigeant l’application du droit du travail, que par des associations humanitaires activant le droit des étrangers.   Aux métaphysiques du nomadisme et du métissage qui exaltent le migrant comme citoyen du monde voire même sans monde, j’oppose donc deux propositions qui l’honorent dans sa qualité de citoyen dans le monde: 1. le migrant est un travailleur, il doit être défendu comme tel, avant de l’être en qualité d’«étranger»; 2. le migrant est un citoyen à part entière, que l’on ne peut soustraire et qui ne peut se soustraire aux institutions communes de la sociabilité, de la production et du savoir. Les deux propositions, et les politiques qui en découlent, sont indissociables.

 

 (Charles Heller) Conflit de mobilité et citoyenneté transgressive

Le pouvoir des états s’exerce ainsi de manière particulière en mer, et en retour celui-ci est contesté. La nature internationale de cette espace a appelé des formes transnationales de mobilisation. Cet espace frontière est d’abord contesté par le mouvement des migrants, à travers l’exercice de la mobilité dont on leur nie le droit. Les migrants illégalisés par les politiques restrictives des Etats, refusent leur assignation à résidence, leur mise au ban du monde. La dimension inextricablement raciale et de classe de ce bannissement ne peut échapper à personne.

- Exclu de l’accès légal au territoire de l’UE, et ainsi de l’accès aux moyens de transport sûr, les migrants constituent une infrastructure de mobilité parallèle, bien plus précaire mais qui leur permet de circuler, notamment à bord d’embarcation de fortune.

- Exclu de la définition des politiques qui les concernent, ils et elles « votent avec leur pied », pour reprendre le terme de Hirsman, non seulement contre les régîmes autoritaires qu’ils et elles fuient, contre des sociétés qu’ils et elles jugent oppressives, contre des formes d’exploitation et d’inégalités qu’ils et elles refusent, mais contre ce régime migratoire excluant et dictatorial.

Je vois ainsi le mouvement des migrants illégalisés à travers l’espace-frontière de la mer comme une forme d’exercice de la citoyenneté, en acte, « par le bas » : ils et elles contestent la manière dont on tente de les gouverner, et formulent, par leur mouvement même, leurs revendications d’un régime migratoire qui offre un cadre à l’exercice de leur liberté. Dans ce sens, la mer est un des espaces d’assemblée de la constituante des migrants, qui définit ses modalités de vie en commun à travers le mouvement même des migrants. Une constituante dont le texte s’écrit à même la surface de la mer, en acte et sans délégation, mais que nous refusons de lire.

Les migrants, qui contestent ainsi leur gouvernement à travers leur transgression de l’espace-frontière de la Méditerranée, ont été rejoints par des groupes de citoyens solidaires des deux rives.

- Il faut mentionner d’abord les formes de documentation et de dénonciation opérés depuis de nombreuses années par United et Migreurop à travers le comptage et la cartographie des morts en mer.

- Dès 2011, une grande initiative citoyenne appelée boats4people à tenté de d’organiser de nouveaux moyens de contestations des morts en mer. Les plaintes déposées pour le cas du « left to die boat » ont notamment émergée dans ce contexte. Les familles des disparus se sont par ailleurs mobilisées, en particulier en Tunisie.

- Mais des cas de violations et de non-assistance en particuliers ont continué à être documenté. Alors en 2014, des associations membres de WTM se sont emparées de cette plateforme comme base pour un téléphone d’alerte, opérant 24/7, avec le but de soutenir les migrants pendant la traversée, d’empêcher que de nouvelles violations ne soient perpétrées, plutôt que de chercher des coupables après les faits. En cela ce projet s’est inspiré de et à collectiviser le travail inlassable mené seul par le Père Zerai depuis des années.

- Mais pour que ce système puisse contribuer à sauver des vies, encore faut-il qu’il y ait des moyens de secours présent en mer. Hors c’est justement ce qui a été remis en cause par la fin de l’opération Italienne Mare Nostrum. C’est à ce moment la qu’a été déployé une véritable flottille citoyenne pour secourir les migrants et dénoncer la politique de non-assistance des états.

Ensemble, ces pratiques ont transformé la mer en un terrain d’expérimentation de nouvelles pratiques de citoyenneté transnationales, qui se déploie dans l’espace-frontière de la mer pour contester la manière dont le mouvement à travers celui-ci est gouverné.

Or malgré ces initiatives exemplaires, ce sont plus de 13.000 personnes qui sont mortes en mer ces 3 dernières années, 5000 en 2016, l’année la plus meurtrière jusqu'à présent. Au vu des traversées qui continuent, et des premiers naufrages en ce début d’année, nous nous dirigeons à nouveau vers une année avec plusieurs milliers de morts.

Il y a ainsi urgence de développer des perspectives pour des politiques alternatives – d’ou l’importance d’évènements comme celui-ci - et de lutter pour les imposer. Mais en attendant que nos états mettent en place des politiques qui garantissent l’accès au territoire de l’UE, nous n’avons qu’un seul recours : faire, réaliser, par tous les moyens nécessaire, le passage sûr des frontières qui est nié aux migrants illégalisés.

 

Une citoyenneté de terriens

(James Noel) Constatant qu’on ne peut faire tomber les murs par un simple balayage chinois, nous appelons aux politiques qui doivent embrasser et épouser la cause d’une utopie pratique, afin de donner à l’humain un accès libre et intégral à toute l’humanité

constatant que les migrants ne sont pas seulement du grain à moudre lorsqu’ils  sont pris dans les moulins des océans, selon toute evidence, la mort d’un migrant en  méditerranée, la mort d’Eylan,  te trouve noyés dans les réflexions, nous te convions à  inventer une passe  navigo pour la nouvelle vie à naviguer, la nouvelle barque à prendre et à désapprendre, une passe pour passer à contre-courant de la traversée.

Constatant que les migrants haïtiens passent la fontière au Chili pour atteindre l’amazonie au Brésil afin de se frayer une route sans flics, sans gardiens des frontières, mais c’est bien compté mal calculé, leurs corps de migrants terrestres sont dévorés par les bêtes sauvages, et les survivants arrivent,  l’âme en lambeaux vers les États-Unis avant que Donald Trump déclenche la pandémie des murs, avant mc Donald ne cache aux migrants leurs petits plats farcis d’obésité odoriférante,

Constatant que la présence des migrants constitue la grande migraine du siècle, nous demandons aux citoyens d’accueillir tout migrant muni d’un cachet d’aspirines, en lieu et place de passeport

 

Constatant que les migrants sont confrontés à la fermeture, à la délation  qui ne se voile pas la face, nous en appelons aux états pour procéder à la publication express d’une arrêté contre  toute arrestation de migrants,

Constatant qu’une peur bleue envahie votre demeure et cette peur ne découle pas de la mort made in Méditerranée, je propose le bouche à bouche contre la peur souffle coupé, contre la peur qui sèche la gorge,

Dans la main, tu as ton pain coupé en deux, tu es pris en sandwich entre la chair des migrants qui flottent comme un bouchon  sur la mort et l’absence des secouristes, des maîtres nageurs.  Tu médites. Tu médites monsieur le juge,

Il y a le bleu tout autour des continents, il y a le bleu, toi, tu regardes, la bouche ouverte comme un poisson.

Il y a le bleu, mais terrien…

t’es rien, terrien, t’es rien terrien, t’es rien terrien, t’es rien terrien, t’es rien, terrien

terrien t’es rien, t’es rien, t’es rien, terrien t’es rien, t’es rien, t’es rien, t’es rien

T’es rien, terrien, t’es rien terrien, t’es rien terrien, t’es rien terrien, t’es rien, terrien

Terrien t’es rien, t’n’es rien, t’es rien, terrien t’es rien, t’es rien, t’es rien, t’es rien

Non monsieur le juge, je ne suis pas en quête de sons. Non, non, monsieur le juge, je ne suis pas un amateur de jeux de mots. Je te tutoie, ouaip, tu ne rêves pas…selon toute, cela te laisse sans voix.  Tes compétences doublées de l’orgueil de ta fonction, semblent d’un seul coup d’un seul,  encaisser un sacré coup… il semble qu’en dernière instance, tu réalises que t’es rien face à ces mots de tous les jours. N’est-ce pas monsieur le juge. Tu ne vas tout de meme pas  avaler ton chapeau sous nos yeux. Non, pas ça monsieur le juge. il existe pires délits que de tutoyer un bipède de ton rang, pardon, il existe pire délit que de tutoyer un juge dans cette enceinte. Mettons-nous d’accord au moins sur ce point monsieur le juge.

le problème monsieur, tu reçois mon interpellation comme un affront,toi qui n’arrêtes pas d’interpeller, de mettre à l’index, de pointer du doigt, de congédier des vies à tour de bras, le problème se cache derrière les murs, plus on avance vers le problème, des murs soudains réapparaissent pour voiler le problème premier. Des murs soudains dopés de rage, se dressent, pour devenir murailles, des murs dopés de la folie blonde des accélérateurs de murs, voilà comment on en arrive à cette impasse qui ne laisse pas de place…qui ne laisse pas de ciel, pas de salut, qui ne laisse pas de mer qui ne laisse sous aucun prétexte une  petite ligne à l’horizon, ne serait-ce que pour y regarder au travers et envisage la possibilité de traverser. Le problème monsieur le juge c’est que tu  falsifies ton monde, notre monde  Terrien. La raison d’état c’est que l’état désire l’opacité, l’état désire la chambre noire pour développer l’opacité et les compartiments.

À ce stade, on n’est plus en mesure de savoir combien de planètes peuplent désormais la planète Terre?

 

Dans tes oeuillères monsieur le juges, à partir du moment quelqu’un  ne rentre dans la grille, dans e ta planète, à partir du moment quelqu’un  émet une brasse pour traverser, ne serait-ce que pour des raisons de guerres, de conditions tragiques; on dirait que son statut d’homme tombe soudain à l’eau.  Comme sa présence vous donne la migraine, vous le baptisez migrants avant même qu’ils arrive au port. Je te l’accorde, monsieur le juge,  tu ne veux pas danser ce blues Méditerranée… le passé du vieux continent est déjà assez noyé de traversée, à tes yeux. Un continent-traversière, n’est-ce pas, y en a marre encore de toutes ces flutes, y en a marre des chants de sirène

Combien de planetes, de microplanètes comptez -vous faire jaillir  et ériger  dans ton monde qui est plus bipolaire que polaire.

t’es un bipède de bonne volonté perverti par des lois, véritable machine à décerveler pour laisse place aux murs, des pans de murs en avalanche qui tombe et qui se lèvent qu’ils pleut qu’il tonne

Ton stattu monsieur le juge c’est que t’es rien

Terrien aussi le migrant

Terrien, terrien,

L’océan n’est pas un vice au fond

La mer  n’est pas un vase qui trop déborde

C’est la vie monsieur, c’est l’amour, la bienveillance qui doivent déborder

C’est la vie, c’est l’amour, c’est l’orgasme, la bieveillance qui doivent seuls déborder,

C’est la vie, la bienveillance, c’est l’amour, c’est  lorgasme qui seuls doivent déborder

 

Nous proposons une citoyenneté de terrien pour les habitants de la planète Terre

La solution du sol  aussi bête que ça, la solution de la mer aussi stupide que ça, une citoyenneté, une passe navigo au lieu d’un passeport pour làa vie à naviguer, un statut de terrien pour les migrants, pour les juges, pour les mutants du siècle soudain: les humains…

Plus de lubie monsieur le juge, les migrants ne vont pas finir dans l’aquarium de vos fantasmes

 

 

OPTION 2: La solidarité et l´accueil

 

Une première échelle de la citoyenneté serait la famille d’accueil, avant tout cadre légal.

Qu´es ce que ça veut dire une famille pour nous? Il y a la famille de départ et famille d'accueil, nos frères, nos soeures qui restent, et aussi les gens solidaires qui nous soutiennent.

 

[Léa Drouet] Pouvons nous envisager, sur une scène fictive, un article potentiel qui sanctionne un délit de non-hospitalité? Cet article fictif accepte de convoquer des légendes. Ou envisager une modalité incitative et joyeuse

Un devoir absolu et inconditionnel personne ne peut s’y soustraire. un droit opposable

Le droit de migrer est un droit opposable.

Le droit d’asile, d’hospitalité, de se voir attribuer un refuge sont des droits opposables.

Une Xénopolitesse. La médaille de xénopolitesse remplace la légion d’honneur.

 

La nation fait un accueil en termes d'intégration, comme un geste qui efface les singularités, qui unifie violemment. Toujours l´effacement. Que pourrait être un autre accueil ?

 

L'hospitalité est une notion problématique. Elle peut impliquer une dépendance entre la personne qui accueil et la personne qui est accueilli.

 

(C.Heller.) La citoyenneté en exercice porte un regard désobéissant. Sa sensibilité s'accompagne d’une responsabilité.

Elle permet de passer d’une responsabilité éclatée à une responsabilité partagée.

 

(Mehdi Alioua)

Un droit de l'hospitalité.

Envisager à partir de la situation de la transmigration. Quand je suis chez moi, j’accueille, quand je me déplace je suis accueilli. Donc, fondons un droit réciproque qui s’appuie sur la transmigration. Je suis chez moi à partir du moment où je suis capable d’offrir de l’hospitalité à autrui. les uns avec les autres et pas les uns par rapport aux autres. Il y a une peuple qui se constitue autour de l’hospitalité. Un peuple du monde.

 

[Michel Agier] distinguer l’asile et l’hospitalité. Interpeller les Etats nations sur la politique de l’asile. Mise à l’abri ‘( au lieu de mise à l’écart), l’hospitalité est une pratique sociale, familiale, personnelle. L’hospitalité est politique quand elle est une partie de la solidarité et non pas un exercice du pouvoir.

 

(Françoise Vergès)

Aujourd'hui dans le monde c'est le musulman qui est le cible en tant que menace, que le danger interne. Comment penser l´hospitalité vers qui est présenté comme ennemie.

OPTION 3: Circulations

 

(Charles Heller)

La citoyenneté peut-être transgressive. Elle peut s’inscrire contre l’Etat. Contester le monopole de l’Etat sur le contrôle des entrées et des sorties du territoire.

 

OPTION 4: Le statut

[Marielle Macé]

Un principe d’égalité des vies

 

(Michel Agier)

Nous proposons un droit commun mondialisé, mais différencié, situé.

 

Aucun papier ne sera délivré, aucune identité ne sera délivrée. Un “non papier” qui permet de se soustraire à la logique des frontières.

 

(James Noël)

Nous proposons une citoyenneté de terrien pour les habitants de la planète Terre.

La solution du sol aussi bête que ça, la solution de la mer aussi stupide que ça, une citoyenneté, un passe navigo au lieu d’un passeport pour la vie à naviguer, un statut de terrien pour les migrants, pour les juges, pour les mutants du siècle, soudain: les humains

OPTION 5: Création d’une co-citoyenneté

(K.Q./A.I.) Selon Balibar, la notion de « co-citoyenneté » peut nommer un rapport social cosmopolitique qui éviterait tant l’extrême de « l’abolition des frontières » (p. 335), qui dans un monde comme le nôtre n’aurait vraisemblablement comme contre-partie que la gouvernementalité policière mondialisée, que la réduction du cosmopolitisme aux seuls migrants, la transnationalisation des droits subjectifs ayant évidemment aussi des conséquences sur les sédentaires (p. 335).

§ Nous renvoyons au livre d’Etienne Balibar “l’Egaliberté”

 

OPTION 6

[Léa Drouet] Tout migrant a droit d’être un acteur de sa vie et non pas une victime d’un régime politique. pas celui qu’on doit plaindre, secourir, …

 

(Paris d'Exiles)

Exilé, migrant, veut dire que seul ton passé te définit, et tu n'as pas le droit de choisir.

Comme si le refugié était trop faible d´agir.

Traverser veut aussi dire arriver

 

(Paris d'Exiles)

Je fuis je traverse, mais la frontière de mots et intraversable

l'attente est une traversée interminable.

En afghanistan il n'y a pas de mot pour migrant. Ça existe uniquement la notion de celui qui est au passage. il y a toujours une chambre pour le mustafar, dans chaque village.

 

(Françoise Vergès)

Le mythe de l’Europe peut il servir de fondation? Le récit trace une frontière entre civilisés et barbares et a constitué des communautes qui vivaient sur son sol comme étrangères. je suis étrangère a cette Europe. Il faudrait pouvoir reconnaître l étrangère

OPTION 7

[resome] refus des distinctions, refus l’immigration choisie. Refus des modes EUX/NOUS. poser la question en termes d’accès au droit et d’effectivité des droits. Se donner les moyens d’accéder aux droits qui sont déjà inscrits: l’accès aux bourses par exemple. Donc: des cours de français, un accès à la formation, une permanence tous les samedis matins de 10h à 13h. La revendication d’une action qui n’est ni professionnelle, ni humanitaire, ni charitable, mais simplement contribuer à l’effectivité de la loi.

 

OPTION 8

La lutte pour les migrants comme la prochaine bataille citoyenne.

Une difficulté des migrants pour parler à cause de la langue mais aussi à cause du manque de leur représentation politique. C'est toujours un autre qui parle à leur place. Comment mettre les migrants dans des positions de pouvoir collectifs, de responsabilité politique?

Recyclage de connaissance, l’idée d’un parti de migrant pour faire pousser les règlements à l’intérieur. C’est une entrée dans le système un tel accès peut donner des possibilités. Le pouvoir de changer quelque chose

(public) le droit de manifester,  c’était difficile de faire venir les gens, une constituante qui donne du pouvoir aux gens, c’est un aspect politique qui doit se trouver dans cette constituante

Article: Notre diplomatie

OPTION 1

C’est à partir des lois nationales et internationales, des conventions, des traités existants que nous agissons. Nous établissons, suivant différentes temporalités, des preuves (Heller & Pezzani) de la violation de ces lois et à partir du droit des étrangers, du droit des travailleurs (Delruelle), du droit d’auteur (Bernier & Martin), du droit international (Heller & Pezzani).

 

Nous demandons à l’Europe:

 

Nous demandons à la France :

 

(BAAM - Les 50 propositions du BAAM):

 

(S. Thiéry) Que la destruction de la Jungle de Calais doit se voir consignée dans les pages de l'histoire de France contemporaine comme un acte de guerre conduit non seulement contre des constructions, mais aussi contre des hommes, des femmes, des enfants, des rêves, des chants, des histoires, non seulement contre un bidonville, mais contre ce qui en 2016 a fait ville à Calais.

Qu'agir au devant de telles situations-monde qui demain se démultiplieront nécessite de faire s'amplifier les gestes créateurs des exilés et de leurs hôtes, d'édifier dans leur sillage des palais offrant abri de droits et de joie, d'inventer dans leur prolongement les hauts-lieux d'une fraternité reconquise, de risquer sous leur influence d'autres formes d'écritures politiques de l'hospitalité, de ce que nous avons en commun, de notre République.

 

OPTION 2 Les stratégies implicites

Nos revendications seront établies en dehors de cette Constitution. De même, nous nous interdisons de dire et encore moins d’écrire explicitement nos stratégies de lutte.

 

OPTION 3 L’appropriation

(C.Heller) Il faut s'approprier les moyens de surveillance pour fabriquer une sensibilité, réintroduire la responsabilités des états. Il faut sécuriser les passages.

(C. Heller) Nous revendiquons: une logique d’égalité face à une situation de mort

OPTION 5: Le cri

 

(Femmes de la coordination des Sans-Papiers du 93)

Personne ne peut marcher pour moi.

Je n’ai pas envie

Enfin si, j’ai envie

De me recueillir sur la tombe de mes parents

C’est tout.

Mais j’ai envie de rester,

J'ai crié mais sans écho

Crier une douleur qui vous ronge

 

qu’est ce que ça veut dire de rester?

Le droit au retour

Il y a des gens qui veulent rentrer.

 

OPTION 6 Le mouvement

[Collectif des femmes du 93] Nous sommes là et nous restons là. Le droit de rester. Nous refusons aux États le droit de réguler nos mouvements.

[Michel Agier] le droit mondial de la mobilité égalitaire.

[Mahmoud El Hajj] Un droit au non départ

 

OPTION 7

[public] Le droit de vote aux étrangers

 

OPTION 8

(Dorcy Rudamba) nous revendiquons la reconnaissance du statut de victime de crimes organisés pour tous les exilés. Que ce statut soit protégé de fait. Nous revendiquons que l’on s’oppose à la reconduite à la frontière.

(Michel Agier) Nous refusons la distinction entre une migration légitime et une migration illégitime.  

(Laurent de Sutter)

La constitution est anticapitaliste

 

choisir la cause pour laquelle il lutte, entre son pays natale et son pays d’accueil.

dignité c’est une introspection.

(Françoise Viergès) la dignité revient souvent comme quelque chose d’extremement important.

L’indignation

 

OPTION 9: Visibilité

 

(Marie-Laure Basilien Ganiche) Nous voulons être vus, entendus, connus.

Un peuple qui pense, qui se pense, et qui se définit, qui se pense pour s’organiser.

Il a besoin d’etre vu et connu.

 

(femmes de 93) “Nous sommes là, nous restons là” nous revendiquons la visibilité des migrants, ainsi que l'annulation des expulsions.

 

(public) le droit de manifester, défendre les droits des immigrés/ des exilés veut dire aussi défendre nos droits. Cette constitution peut faire écho à des choses qui se passent à Paris en ce moment où les gens sont incriminés à cause de leur engagement pour les personnes en demande d’asile. Comment peut ce texte, ce geste depuis le milieu artistique et intellectuel, puisse aider avec le rapport de forces?

 

OPTION 10:

(Françoise Vergès) penser c’est aussi agir

comment peut on lutter contre ce pax neoliberalia, la question de la migration est liée au capitalisme c’est inséparable. Avoir une chambre propre Le droit à un chambre à soi, où on peut se reposer. Le droit de se reposer . Une protection, je peux fermer la porte, un espace intime peut se disposer. se protéger de la violence, de l’accumulation de l’image. se protéger pour pouvoir penser. ne pas être dans une réaction émotive.Un droit au recours, au répit.

Réfléchir au statut de la femme déplacée avec une précarisation redoublée, à la fabrication de la violence. C’est dans la mer qu’on trouve les histoires des disparus.

Apprendre. Enseigner. manifester, dénoncer, Écrire. Faire des récits. Risquer les petits gestes.

La question de la santé n’est pas simplement une question des symptômes mais contribue à la gestion des vies migrantes, une certaine utilisation de la santé qui est faite dans ce cadre: Le fait, par exemple, de ne pas être crus lorsque l’on raconte son histoire, c’est à dire avoir une parole qui est inaudible pour les institutions. La permanence d’Alice Diop : faire un film contribue à une constituante migrante.

Instituer une situation de co-éducation artistique et culturelle d’apprendre quelles sont les situation géopolitiques.

Un droit à l’insurrection, qui n’est pas un droit juridique.

 

Article: Notre temps

 

OPTION 1

[Sylvain George] Les images-tourbillons engendrées par la création d’espaces-temps particuliers, qui perturbent les continuités.

 

OPTION 2

 

Inscrire les migrations dans les conditions systémiques. Défendre le droit de migrer Et le droit de rester. Faire en sorte que la migration soit le plus autonome possible. Que la migration soit un choix.

 

OPTION 3

                                                   

[Emmanuel Ruben] Comme eux nous nous tiendrons debout pendant des nuits et des nuits d’affilée

nous occuperons toutes les places qu’on nous a dérobées

nous y ferons revivre les promesses trahies et les idéaux bafoués

et lorsque nous reprendrons la route nous serons des êtres ramifiés : ni enracinés, ni même déracinés mais ramifiés : nous aurons plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs vies

et nous aurons de nouveaux membres, des multitudes de jambes surgiront de nos corps pour fuir la haine, des multitudes de bras pour remuer la nuit, des multitudes de doigts pour nous accrocher à l’air et agripper l’espoir

nos cheveux seront nos seules racines et nous les laisserons pousser car nous n’avons pas peur des poux

                                                   

nous parlerons plusieurs langues – des langues hybrides et bricolées, le greco-turc, le serbo-hongrois, le franco-allemand

nous glanerons des mots nouveaux dans tous les pays traversés et nous inventerons les langues nouvelles qui manquent à vos enfants pour dire l’inquiétante étrangeté du monde qui vient

nous saurons renouer les lacets usés de vos frontières, nous saurons percer vos meurtrières

nous nous détournerons de vos centres-villes qui se ressemblent tous avec leurs miroirs menteurs, leurs vitrines criardes et leurs façades maussades

et nous ferons revivre vos banlieues court-circuitées, vos villages évanouis et vos ghettos détruits

nous bivouaquerons dans vos friches industrielles

nous habiterons dans vos usines désaffectées, vos cheminées n’ont plus de feu mais nous y établirons notre foyer éphémère,

briquèterie de Subotica, raffineries de Novi Sad, cotonneries de Leipzig – vous avez survécu au vingtième siècle, les bombes alliées n’ont pas soufflé vos murs, l’effondrement d’une autre Europe a laissé intactes vos charpentes.

Cette fois-ci, nous ne sommes pas venus marteau-pilonner vos trottoirs

ni violer vos filles ou voiler vos femmes

nous sommes venus réveiller en vous le goût de la révolte

briser les lois gelées de la géographie

et vous insuffler le nouveau sens de l’Histoire.

 

OPTION

 

Article: Nos Urgences

 

OPTION 1: Nos revendications

 

Nous revendiquons la régularisation des sans-papiers.

Nous revendiquons un changement de la législation touchant aux sans-papiers, notamment les délais d’accession à la régularisation.

Non droit à l´amnésie.

[Françoise Vergès] Considérant que la précarité est nécessaire pour forcer les populations à se comporter d’une certaine manière, demandons l’abolition du Capital.

[Catherine Coquio] Mise aux arrêts de la tolérance

(Bamba Vassi) le principe d’égalité dont découle la justice sociale doit être une priorité absolue.

(Dorcy Rugamba)

Nous demandons le statut de “victime” de crimes organisés pour tous les déplacés.

 

OPTION 2: Les Luttes

[Charles Heller] Notre priorité ce sont les droits, vient ensuite la lutte.

 

OPTION 3: La protection

Être prêt à concevoir des lieux de protection, des lieux d’abri pour les gens en danger d’expulsion.

(C. Heller) Il y a ainsi urgence de développer des perspectives pour des politiques alternatives – d’ou l’importance d’évènements comme celui-ci - et de lutter pour les imposer. Mais en attendant que nos états mettent en place des politiques qui garantissent l’accès au territoire de l’UE, nous n’avons qu’un seul recours : faire, réaliser, par tous les moyens nécessaire, le passage sûr des frontières qui est nié aux migrants illégalisés.

 

 

[93] “Personne ne peut marcher pour moi.”

“Des papiers pour tout le monde”

Tout sans-papier peut se voir reconnaître la citoyenneté.

                      

Nous, les migrants, nous sommes des personnes tenaces.

[Public] Penser les vies de part en part vécues, les migrants d’aujourd’hui vont vieillir.

(Mathieu Larnaudie) Nous ne sommes pas des mains levées, mais des bras armés.

(De Sutter)

Une constituante qui ne sera pas pure.

La constitution implique l’obligation de secours

La constitution s’organise suivant un principe d’égalité

La constitution adopte une logique de vie

La constitution se déploie comme une écologie

Il n’y aura de constitution que du possible

La constituante migrante a d’abord un désir de destitution.

[Françoise Vergès] Soutenir une constituante migrante c’est prendre acte que les migrations ont toujours ete racisées et sexuees, genrees.

(De Sutter)

La constitution est sans lieu, sans territoire, sans peuple, sans humanité et sans souveraineté. Elle est parfaitement neutre.

[Nisrine Al Zahre] Ne pas être perplexe en face de l’étranger

 

 

Légitimité de cette constituante

 

La constituante migrante n’existe pas et n’a pas vocation à exister. Cette constituante est également illégitime, et n’est aucunement représentative.

 

(Malandjo Danho)

Travailler sur une constituante migrante empêche de se pencher sur la constitution républicaine qui porte la responsabilité de douloureuses situations d’exil.

Faire de la politique, c’est donner du temps pour changer la manière de vivre ensemble.

On essaie de refaire une constitution alors qu’on n’arrive même pas à défendre notre propre constitution qui empêche déjà, en principe, formellement, de bombarder les pays africains. Donc notre Constitution sera une constitution à laquelle les gens ne pourront pas croire.

Nous devons plutôt agir dans les cadres déjà existants.

 

S'agit-il de faire une constituante comme une totalité, pour nous redonner à nouveau des lois, ou est-ce qu’il s’agit de pousser les portes, de filtrer les espaces de représentation politique pour modifier les lois qui excluent actuellement les migrants?

(Questions et conditions pour la constitution)

 

Cette constitution migrante est-elle le fruit d’une histoire de la culpabilité ?

La culpabilité de l’Europe à l’égard de la Traite, de la colonisation des exploitations nombreuses et successives de l’Afrique, de l’Amérique latine.

[Camille de Toledo]  Le droit de la migrance répond à ce qui a eu lieu, c’est à dire à ce droit du pillage qui s’est imposé du Nord sur le Sud. Il y a eu un droit de piller.

Un oubli qui permet à la honte, à la culpabilité

de s’épanouir.

« Il faut bien vivre », on dit.

Et l’on poursuit

Coupable. Ou pire.

Si coupable que l’on se met à

avoir de honte de sa honte.

On se met à haïr.

*

Mais alors que le peuple de la migrance

s’accumule aux portes des demeures fermées,

de nos Etats, de nos constitutions,

que les toiles des tentes recouvrent trop de désordres,

voilà ! Ce qui avait disparu

dérange.

*

Le peuple de la migrance devient une tâche.

Une habitation boueuse qui pourrit

dans l’angle des nations.

*

Ici Calais. Les frontières de Hongrie. Ici, les Balkans.

Des corps qui ne peuvent comprendre,

que leurs vies soient ainsi refusées.

Que leur naissance même soit un

dérangement.

*

Nos Etats, nos polices s’en mêlent.

Et les pouvoirs se decident

à nettoyer les tâches.

*

Toujours, l’effacement. Voilà la stratégie

constante des nations

à l’égard de celles et ceux

qui arrivent.

*

Dans la langue de cet effacement,

qui parle de migrances parle toujours de meurtre.

Le meurtre d’un lieu, entre les lèvres, entre les rives,

un lieu que, ni les Etats, ni les nations

ne veulent voir.

 

Le passage s’est dessiné dans un hors la loi, et alors, doit-il devenir un droit? Il faut alors statuer: Cette constituante s’inscrit-elle au sein du Droit? Ou bien s’affirme-t-elle contre le droit, est-elle un non droit, un hors la loi?

Nos droits sont déjà là en fait… Manque cependant leur caractère d’opposabilité. Ce qui nous manque, c’est un espace hors du droit. Le “hors-la-loi” d’hier et d’aujourd’hui serait la justification d’un “hors-la-loi” de la migrance.

 

Cherchons nous à faire droit ou cherchons nous à faire poème? Peut-être il faut écrire un non-droit. Le hors-la-loi devient un passage, un contre-droit, on pense à partir d’un contre-droit. Fonder la légitimité de cette constitution sur la culpabilité.

 

[Laurent de Sutter]

Cette Constitution est-elle de nature juridique? ou bien un dispositif qui s’écarte du juridique pour se retourner contre lui, contre un dispositif qui participe de la scène qui expulse? Faut-il la formaliser?

Tenir au “droit opposable”, pour qu’il ait une effectivité. Il faut qu’il sanctionne ceux qui ne l’honorent pas.

 

(Bamba Vassi, coordination des sans papier et migrants du 93) Soutenir une Constituante migrante implique de refuser le rapport dominants / dominés. Cela implique de prendre en compte les rapports de domination économique, la mauvaise répartition des richesses, la persistance de rapports colonialistes dans l’ordre économique.

 

(De Sutter) Une constituante anticapitaliste

 

(C. Heller, selon L. De Sutter) La constitution s’opère contre l’Etat.

 

(Carpanin Marimoutou) La migration a constitué l’espace dans lequel je vis.

La dette peut aussi être une fidélité à quelque chose, la migration. Constituante migrante, pour les migrants/des migrants. Ou bien, ce sont les migrations qui sont constituantes.

 

La constituante migrante laisse la culpabilité aux Etats, et se place

d’un point de vue autre, un point de vue entre les mondes,

Sans-monde, un point de vue contre tous les “Etats”,

les “fixités” / les sédentarités. (Revanche de Abel

contre Caïn)

 

 

(Laurent de Sutter) Partir du commun. La constitution migrante est-elle une constitution communiste?

 

(Public) Comment faire pour que ce texte, ce geste depuis le milieu artistique et intellectuel, puisse aider à changer le rapport de forces dans les luttes actuelles des migrants et les criminalisations vis-à-vis des personnes qui aident les exilés?

 

Établir une constitution pour faire un monde plus juste.

 

[Etienne Tassin] Il faut une autre constituante du peuple européen. Un texte déclaratoire à sa performativité propre. Jouons sur la performativité de cette constituante.

C'est une constitution qui touche à des registres différents,

 

(Camille de Toldeo) Re-réfléchir sur la question de la naturalisation de la frontière. Un travestissement du mythe fondateur. L’Europe n’a désigné que des lignes, entre elle et des autres.

 

 

 

 

 sur