mini-mémoire de Lays Farra

pour le séminaire de Jorg Stölz, « Europe séculière, Etats-Unis religieux ? »

La religion, au tableau ! : comparaison des rapports religion/état en France et aux Etats-Unis à la lumière des conflits scolaires.

Index

Introduction : l’école, la religion, leur(s) rôle(s) normatif(s).7        

Etats unis : pluralisme accidentel.        

Amérique, dénomination, religion(s) civile(s).        

Les pères fondateurs et le dénominateur commun.        

Religion civile : un protestantisme qui se prétend universel.        

Anti-catholicisme de longue date        

Explication historique : Situation pré-révolutionnaire.        

L’école, d’une machine à former des chrétiens, à une usine à citoyens.        

L’esprit de colon et le pluralisme accidentel.        

Explication culturelle : l’anti-catholicisme et la construction de la nation américaine.        

le problème protestant/catholique à la lumière des conflits scolaires        

Identité protestante persistante des Etats-Unis.        

New York School controversy :        

Catholiques : Assimilation, ghettoisation et situation de crise.        

Situation de crise et religion civile        

Résultat du conflit catholique/protestant        

Ecoles séculières contre toute attente.        

Explication Smithienne de la volonté pré-indépendance de ne pas séparer l’église et l’état.        

Protestantisation du catholicisme et mondanisation de la théologie(catholique).        

France : contrôle puis laïcité voulus.        

La conscience du rôle majeur de l’école chez les révolutionnaires        

Parenthèse : Être Suprême, Libre Pensée, Religion(s) civile(s) en France ?        

Libres penseurs.        

La morale laïque et ses racines. Est-elle vraiment laïque ?        

L’exemple de Comte, et son influence, une tentative de religion civile positive ?        

Contrôle de la religion : constitution civile (1790) et concordat(1801)        

Ecole républicaine : à l’aube de la modernité.        

1882-1905, une laïcité trinaire : programmes, enseignants, bâtiments.        

Quatrième laïcisation, les élèves ?        

Conclusion : Contraste France/USA        

Crise : Catholicisme aux USA, Islam en France.        

Différence de Terrain et explication Smithienne        

Parenthèse : le cas du créationnisme aux Etats-Unis        

Pluralisme accidentel contre laïcité voulue : dénominateur commun contre ennemi commun.        

Bibliographie.        

        


Introduction : l’école, la religion, leur(s) rôle(s) normatif(s).7

En 1844, à Philadelphie, 5 églises sont brûlées lors d’émeutes menées par des mouvements nativistes, xénophobes et anti-catholiques. Le motif du chaos ? Le débat sur la lecture de la bible dans les écoles publiques. Il y a manifestement là de sérieux enjeux.[1]

Quand on évoque l’école, on ne peut le faire sans parler de sa fonction normative. A l’époque moderne, dans les deux pays révolutionnaires que spont la France et les Etats-Unis, émerge un nouveau paradigme : l’école n’est plus sensée uniquement former des chrétiens, elle doit former des citoyens. Après tout, puisqu’on donne le pouvoir au peuple, il faut qu’il ait les moyens d’appréhender ce pouvoir et de comprendre les législations soumises à son jugement, d’où l’importance de l’école pour « faire des républicains » (Horace Mann, cité plus bas). Le civisme et le « vivre-ensemble » véhiculés par l’école sont des éléments importants dans la constitution de la citoyenneté. La vocation morale de l’éducation devait tôt ou tard (ce fut tôt) entrer en concurrence avec celle de la religion.

Ne serait-ce que par chez nous : en 2007 le PER (Plan d’Etudes Romand)[2] donnait comme mission à la matière « histoire biblique » d’apprendre aux enfants des écoles primaires la tolérance, notion importante s’il en est. Néanmoins on est en droit de se poser la question : si c’est si important que cela pourquoi le mettre dans une branche facultative ? En effet, les Droits de l’Homme imposant le respect de la liberté de religion, nul ne peut être astreint à un enseignement religieux. L’échappatoire – pour ne pas dire l’astuce – étant ici de dispenser les élèves qui auraient un problème de conscience à se voir enseigner la bible. Mais alors quel sens cela fait-il d’édifier une école publique si c’est pour que la morale enseignée puisse être esquivée par les élèves ? C’est ce que Claude Schwab a demandé dans une motion en 2009 demandant que la discipline soit rendue obligatoire et devienne non-confessionnelle.

Dans un ouvrage datant de 2004 (Des Maîtres et des dieux) qui comparait les différents régimes scolaires des pays occidentaux(i.e. Amérique du Nord et Europe[3]) concernant la religion, les auteurs décrivaient cette évolution logique des différents régimes possibles. Après tout, il n’en existe pas une infinité : enseignement confessionnel, enseignement multi-confessionel, enseignement non-confessionnel(i.e. histoire des religions) et pas d’enseignement du tout. Surprenant pourquoi ? Parce que les Etats-Unis et la France étaient classés et comparés dans la même catégorie : pas d’enseignement religieux. Quoi, comparer les classes où les instituteurs voient la réintroduction du créationnisme[4] en classes avec celles où au contraire on traque le moindre foulard islamique au cou des élèves ? Pourtant force est de constater la similitude profonde des rapports de l’Etat, de l’Ecole et de l’Eglise dans ces deux républiques.

Dans ce travail nous chercherons à montrer que les même mécanismes furent à l’œuvre dans l’amérique de 1787 et la France de 1789 et que leur inertie façonna longtemps le paysage religieux. Néanmoins nous voudront élucider la question suivante : comment se fait-il que des régimes si semblables dans leurs formes et les principes qui les fondent aient pu diverger au point de surprendre par l’identité de leurs structures respectives ?

Devant le rôle prégnant de l’école dans l’endoctrination de l a population, ainsi que le miroir de la société qu’elle peut présenter puisque dans la salle de classe se jouent nos luttes sociale ; nous examinerons le déploiement de l’église aux côtés de l’école aux Etats-Unis et en France, en isolant les caractéristiques symétriques des deux nations en construction : le fédéralisme  et pluralisme américain contre le centralisme et le gallicanisme français. Nous chercherons à montrer quelle différences de socialisation de la sécularisation ont pu émerger dans ces deux pays,

Ensuite nous aborderons nécéssairement les questions liées à la laïcité des deux côtés de l’Atlantique en cherchant à démontrer de quelle manière les deux terrains ont conditionné différemement leur notion de « séparation de l’Eglise et de l’Etat » et en quelle façon cela influence encore les luttes qui se jouent dans l’école publique (i.e. Créationnisme, Affaire du foulard).

Etats unis : pluralisme accidentel.

Amérique, dénomination, religion(s) civile(s).

Les Etats-Unis se démarquent de la France en ce que leur révolution se serait déroulée avec l’appui des Eglises alors même qu’en France c’était l’expression même de la contre-révolution. Le pluralisme présent sur le sol américain y est pour beaucoup. La coopération et la reconnaissance d’autres églises ne peut survenir qu’après la reconnaissance de valeurs communément partagées, qui peuvent déboucher sur un œcuménisme plus développé, une coopération inter-église (partage de pasteurs, d’établissements, etc.). Dans un cas extrême cela peut conduire à la fusion des églises entre elles, comme c’est arrivé entre les Congrégationnistes et l’Eglise evangélique réformée pour former en 1957, l’Eglise unie du Christ. Dans un autre cela crée une situation de cartel(Berger, 1980, p.191) où les divers cultes s’arrangent afin d’éviter de se voler mutuellement des adhérents. Dans une autre mesure, on peut se dire que justement puisque l’état baigne dans cette symbolique chrétienne, les théories Smithienne auraient du plomb dans l’aile puisqu’il devient dès lors difficile d’arguer que le marché du religieux est libre.

La religion civile (Bellah, 1967.[5] Quoique l’expression vienne originellement du Contrat Social de Rousseau) désignerait un fond de croyance communes qui fonderaient l’Etat Américain ; convictions sur les droits humains et la démocratie, parfois ajoutée d’une dimension, justement, religieuse. Ainsi Kennedy qui rattache les droits de l’homme, non à la constitution ou à la volonté humaine, mais à Dieu(Bellah, 1967, p.8). Ce qui la ferait émerger de la (des) religion(s) dénominationnelle(s) ;  ainsi qu’on peut le voir dans les déclarations d’Eisenhower «Notre gouvernement n’a pas de sens s’il n’est pas fondé sur une foi religieuse profondément sentie, peu importe laquelle.» (cité in Berger, 1980)

On a pu analyser cela comme l’alliance du concept puritain d’Alliance – du nouvel Israël, de la terre promise[6] – fusionné avec le déisme des pères fondateurs(Berger, 1980) ainsi l’association entre Israël et les Etats-Unis était courante durant la révolution : la venue à travers l’océan Atlantique associée à la traversée de la Mer Rouge[7], Washington = Moïse conduisait le peuple élu, la déclaration d’indépendance et la constitution = les tables de la loi, George III = pharaon (voire l’antéchrist), l’Egypte = l’Europe…(Bellah, 1967, pp. 10-14) Jusqu’à ce que la Guerre de Sécession y introduise un vocabulaire réellement chrétien, en présentant le sacrifice de Lincoln, associé à celui des soldats tombés pendant la guerre, à celui de Jésus[8] (de même Lincoln justifiait la Guerre par le fait que l’Union, sacrée et voulue par Dieu, ne pouvait pas être abandonnée à la division[Appaix, 2000 ; p.79[9]], et que la guerre devait être un combat voulu par Dieu afin de décider du sort de l’esclavage[10]). L’allocation de Gettysburg devenant un des textes les plus importants de la «religion civile» et le cimetière national d’Arlington, un des monuments les plus respectés (Bellah, 1967 : p.15-16). A ces mythes et ces monuments devaient s’ajouter des fêtes : Thanksgiving Day, l’anniversaire de Lincoln et Washington, le Memorial Day. Et des rituels : le Pledge of Allegiance, entre autres, qui nous intéressera plus particulièrement dans l’école américaine contemporaine. Cela suffit-il pour parler de « religion » aussi problématique que soit cette notion ? En effet, de même que les références à l’Ancien Testament, le vocabulaire de sacrifice et de résurrection ne s’attachait à aucun culte en particulier, c’était chrétien, sans être rattaché à une église particulière. (Bellah, 1968 p.7)

Tout cela donnait lieu à l’idée d’une mission spéciale sur terre pour les États-Unis(Appaix, 2000, p.80 ; Bellah, 1975, chap. II, «America as a chosen people».), d’une destinée unique dans l’histoire de la liberté humaine[11]. Leur identité se devait donc de se détacher de celle des européens, forcément engoncés dans leurs monarchies catholiques oppressantes. La suite logique de ces conceptions fut de considérer comme un devoir de répandre la démocratie et la liberté, apostolat obligé de la nouvelle République. Ainsi le sénateur Beveridge qui justifiait l’attaque contre les Philippines ainsi en 1900. (Bellah, 1975, II, §2) Sans aller chercher trop loin on trouvera l’incarnation actuelle de ces doctrines dans l’invasion de l’Irak en 2003, sous prétexte d’exporter la démocratie – à tort ou à raison, ce n’est pas le sujet – ce qui prendra des allures de croisade. On peut certes ici rappeler que le concept de « religion civile » n’a pas été élaboré avec la naïveté d’imaginer que toute action politique qui se réclame de Dieu serait l’expression pure et simple d’une foi sincère. Ces quelques exemples montrent qu’elle a pu servir des intérêts purement matériels et géostratégiques en servant un discours d’expansion territoriale. Ainsi lors de l’annexion de l’Utah, de l’Oregon et du Minnesota en 1840 et de la Californie et du Nouveau-Mexique en 1850.[12] Elle a pu servir à justifier dans ces circonstances « le traitement honteux fait aux indiens » ou la guerre au Vietnam. (Bellah, 1967, p.19.)

Dans un autre registre, plus cyniquement, ne s’agit-il pas d’une politesse à laquelle il faut se soumettre quand on s’apprête à effectuer des fonctions au nom de l’état ? Un candidat qui délaisserait la religion dans son discours risquerait de perdre des voix… Néanmoins, c’est un argument spécieux : que les politiciens accordent de l’importance à leur audience au point de racoler ainsi montrerait l’efficacité d’un tel discours et donc que les américains s’identifient majoritairement à ces valeurs. Le raisonnement inverse n’est pas possible. On ne peut pas estimer que le seul discours politicien aurait l’influence suffisante pour entretenir la « flamme sacrée » de la religion civile. L’analogie faite par Berger(voir plus bas) avec le culte de l’empereur Romain nous parait ici pertinente puisqu’elle procède de l’alliance d’un cadre global avec des pratiques individuelles[13]. Cette religion civile se nourrit effectivement des religions particulières, tant qu’elle parvient à les inclure, comme nous le verrons.

Les pères fondateurs et le dénominateur commun.[14]

D'ailleurs toutes les sectes aux États-Unis se retrouvent dans la grande unité chrétienne, et la morale du christianisme est partout la même.

– Toqueville, De la démocratie en Amérique, I, deuxième partie.

Les preuves selon lesquelles l’identité américaine serait liée à ces valeurs chrétiennes, voire à la religion, semblent abondantes[15]. C’est une idée courante aux USA que les Etats-Unis sont fondés sur une base religieuse (voir les déclarations de John Mc Cain, candidat malheureux à la présidence), ou qu’ils sont “a christian nation” (67% des américains. Sondage du Pew Research center, 2002),  voire qu’ils sont constitutionnellement chrétiens (d’après un sondage du First Amendement Center : 55% de la population) (Gjerde, 2012, p.9)

Toutefois cette fondation “chrétienne” – si tant est qu’elle ait eu lieu – n’était pas explicite. Le Dieu évoqué dans les textes fondateurs américains (la Déclaration d’Indépendance, principalement) l’est en termes déistes plutôt que chrétiens. On peut aussi y ajouter l’article 11 du Treaty of Peace and Friendship between the United States and the Bey and Subjects of Tripoli of Barbary qui établit clairement : "As the government of the United States of America is not in any sense founded on the Christian religion…" (ratifié en 1796-1797)

On distingue religion civile et religion dénominationelle (Berger, 1980). Néanmoins s’il y a eu religion commune, elle a évidemment emprunté de nombreux éléments aux religions dénominationnelles les plus répandues, donc les protestants(au sens large). La religion dénominationnelle, englobe ce qu’on entend habituellement comme religion. Richard Niebhur aurait même dit que la définition d’une dénomination doit être liée au pluralisme. A savoir, une église peut se targuer d’être une dénomination lorsqu’elle reconnaît d’autres églises.(Berger, 1980)

Ainsi, parmi les pères fondateurs les catholiques étaient minoritaires, sinon insignifiants.[16] La volonté de réduire les dissensions et de réunir les diverses factions dans l’Etat Américain a conduit à se baser sur le plus petit dénominateur commun. Cela a pu marcher tant que le «protestant conendrum» n’était pas mis en danger par les catholiques. En effet, lorsqu’on est en situation de minorité et qu’aucune église n’a les moyens de revendiquer la majorité, on est plus à même de faire des compromis et de se satisfaire de la liberté religieuse et de la séparation(Gurvitch, 20) comme le pourrait illustrer, dans un autre contexte, le cas des catholiques Genevois qui, au moment ou Pie XI hurle au complot maçonnique lors de la séparation en France, s'accommodaient fort bien des démarches propres à la séparation puisque justement elles pourraient porter un coup à l’hégémonie protestante de la cité de Calvin. Ces compromis se firent entre protestants, du fait de leur écrasante majorité. Par exemple, ne retenir, pour les écoles américaines primaires, que la lecture de la Bible, sans commentaires. Cela revenait à exclure doublement les catholiques puisque 1) l’idée même d’une lecture personnelle de la parole divine, hors de toute théologie ou de toute herméneutique proposée par l’institution ecclésiastique remonte à Luther et 2) c’est la King James’ Bible qu’on étudiait en classe.

Toutefois, si on ne peut réduire la religion civile aux religions dénominationnelles, il faut bien admettre qu’elle se nourrit de celles-ci. Les cultes que chacun rend, la vénération et les croyances personnelles favorise le développement du consensus américaine. On peut l’interpréter comme un “Shintoïsme américain” (Martin Marty) ou à la religion de l’empire romain, où le culte de l’empereur se nourrissait des divers cultes domestiques, sans que ceux qui entretenaient des sanctuaires personnels s’imaginent qu’ils favorisaient le pouvoir impérial. (Berger, 1980) Ceci se rapproche sans doute plus de ce qu’on trouve aux USA, ne serait-ce que par la référence répétée à la République Romaine dans le vocabulaire des nouvelles institutions (République, Sénat, Président, usage du latin dans les devises, etc.).

Religion civile : un protestantisme qui se prétend universel.

"John Higham : a protestant ideology developed that he believes was forged on two levels belief. On the one hand, protestant Americans maintained specific denominational creeds that were in competition with one another. Yet on the other hand, they shared an inclusive truth that fostered unifying ideals."(Gjerde, p. 23)

En entrant en compétition, cela avait mis en évidence les différences de convictions, certes. Néanmoins la compétition édictait en même temps les conditions nécessaires de son déroulement correct : la religion était une affaire privée, chaque être humain était libre de décider de son orientation, etc. Sous cette forme, on pourrait néanmoins voir "une idéologie pan-protestante qui se clamerait civile et universelle" (Gjerde, p.24, citant Higham[17])

Voilà la « religion civile » qui émerge de la cohabitation religieuse, et comme nous le voyons, de la concurrence. Le catholicisme, trop différent pour se prêter au compromis ou simplement empêché en cela par ses autorités ne put pas être inclus dans le consensus avant plusieurs autres crises, notamment la Guerre de Sécéssion, qui forgea définitivement la religion civile à la république (et intégra les catholiques dedans, peut-être à cause des irlandais qui combattirent ?) (Bellah, 1975, II, §8)

Anti-catholicisme de longue date

L'anti-catholicisme était commun dans le monde anglo-saxon d'avant la guerre d'indépendance : New York en 1691 édifiait la liberté de religion pour tous... Sauf, les "persons of the Romish religion". Une loi du XVIIIe y condamnait d'ailleurs à la pendaison les prêtes "papistes" ("popish") ou Jésuites qui sejourneraient plus d'une journée dans la ville. (Un prêtre catholique fut effectivement pendu [Kent, commentaries on american law, 2:62-63]) Les protestants avaient en tête les massacres de protestants de Smithfield (1553-1558) ou les horreurs de la St Barthelemy (1572). L'image d'un Guy Fawkes comploteur, agent catholique du "continent" conspirant contre l'Angleterre resta également forte. (Gjerde, 2012, pp. 27-28)

En outre, on peut mentionner que la hierarchie catholique ne cherche visiblement pas à se défaire de cette image de rigidité autoritaire. Ainsi le pape Grégoire XVI qui rejette comme néfastes la liberté de conscience (Mirari Vos, 1832)[18]  et de la presse (1836).

Pourquoi ce rejet du catholicisme perdure-t-il néanmoins ? On peut tenter une réponse bipartite, historique (d’héritage) et culturelle (comment les Etats-Unis se perçoivent et construisent leur image).

Explication historique : Situation pré-révolutionnaire.

Entre 1600 et 1650, les colonies anglaises se dévelloppent. Inspirés par les échecs présents ou préludés des Français et des Espagnols dans la gestion de leurs colonies, les Anglais cherchent à s’assurer un pied-à-terre solide dans le nouveau monde, ce qui passera forcément par l’éducation. L’Angleterre n’a pas le monopole du concept. La Dutch West Company fonda des écoles à New Amsterdam afin d’encourager l’émigration. Il ne s’agit pas encore de fonder une conscience unique de la nouvelle nation américaine mais bien de recréer au mieux l’habitat européen des émigrants afin de ne pas les dépayser. Les puritains ont certes favorisé le deployement de l’instruction : seuls 5% des puritains émigrés jusqu’à la Révolution n’avaient pas de diplômes universitaires, montrant l’intérêt que ceux-ci pouvaient y porter.(Nord, 1995, p.65)

L’école, d’une machine à former des chrétiens, à une usine à citoyens.

En ce temps-là, le paradigme voudrait que l’éducation soit liée à la religion, non seulement dans une optique morale, mais également parce que la thèse protestante selon laquelle la bible devrait être appréhendée dans le texte par le croyant lui-même implique qu’il doive savoir lire et comprendre ce qu’il lit, d’où le besoin impérieux d’enseignement. Un exemple fameux en est le Old Deluder Satan Act (Massachusetts, 1647) : étant établi que Satan éloigne l’homme des Écritures[19], il faut l’en rapprocher, et donc fonder une école dans chaque village de plus de 50 habitants afin de former les enfants à la lecture. (En 1642, une loi recommandait déjà de cathéchiser les enfants – et « serviteurs » – à domicile[20]) En 1650, les écoles sont largement implantées en amérique.[21]

Parenthèse : le New England Primer : Apprendre à lire avec Jésus (et pour Jésus)

Le New England Primer était un manuel, qui a été publié entre 1687 et 1690, et eut un grand succès (2 millions d’exemplaires comptés). Il avait des vues assez claires sur la religion en ce que l’abécédaire qu’il dressait en son commencement s’échelonnait comme suit :

A wise son makes a glad Father, but a foolish son is the heaviness of his mother

B etter is little with the fear of the Lord, than great tresure and trouble therewith.

C ome unto Christ all ye that labour and are heavy laden ,and He will give you rest.

De même plus loin une liste de nombre est dite utile pour trouver les « chapitres, psaumes et versets dans la bible » (Nord, 1995, p. 64)[22] On voit qu’il s’agit encore d’une vision de l’éducation liée à la religion. Hecker, entre autres, se plaindra justement qu’on repproche aux catholiques leur prosélytisme alors que toutes les écoles pré-indépendance étaient fondées « par  des religieux dans un but religieux » (Gjerde). En cela la religion a précédé l’école, et son expulsion des locaux scolaires ne peut que lui déplaire.

A ce moment-là, l’éducation ne se distingue guère de celle qu’on peut trouver en Europe et qui n’est encore que très faiblement « sécularisée » si on peut appeler ainsi les entreprises de la Renaissance en ce qui concerne la redécouverte des auteurs antique, comme alternative à la domination spirituelle des pères de l’église. L’éducation est entièrement dirigée vers la religion (les nombres sont présentés comme utiles, non pour faire sa comptabilité ou découvrir des lois de la nature, mais bien pour se repérer dans la bible).

Ainsi l’éducation religieuse étant historiquement la norme, il ne sert à rien d’expliquer la volonté catholique (ou protestante) d’un enseignement plus religieux, mais au contraire d’expliquer comment l’école a pu s’émanciper de ces revendications.

L’esprit de colon et le pluralisme accidentel.

Le pluralisme était accidentel, parce que personne dans les hautes instances de l’empire britannique n’aurait souhaité garnir un territoire - par définition instable – de gens aux convictions divergentes. Certes le Toleration Act (1689) changeait la donne et tolérait l’existence de courants parallèles,[23] conduisant à l’Angleterre qu’avait pu observer Voltaire et la décrire comme un « pays de sectes ». Ce pluralisme toutefois, émergea de lui-même.

L’expatriation se poursuivit. Les puritains pensaient trouver aux Etats-Unis une nouvelle terre promise où exercer leur foi en paix, loin de l’intolérante Angleterre, où ils étaient persecutés par l’achévêque William Laud. (Cremin)[24] La notion d’Alliance de Dieu avec son peuple trouva un nouvel écho dans les entreprises des « Planting Fathers » comme Lambert(2003)[25] appelle ces puritains, qui par exemple fondèrent une communauté religieuse en 1639 au Connecticut, dans l’espoir qu’elle devienne une « nation chrétienne». Ces multiples « City on a Hill »[26] qui ont fleuri au long du XVIIe siècle étaient toutes mues du même désir : pratiquer librement sa religion, à tous prix, fût-ce à celui de traverser l’Atlantique et mendier sa terre aux indiens[27].

Comment a-t-on pu passer de 1639 à 1787, à savoir de l’émergence multiple des convictions religieuses à l’inscription des principes de séparation dans la constitution ? Lambert pense voir l’opposition, voire la lutte, entre deux images de l’amérique : la première étant celle d’une nation chrétienne (Celle de William Williams qui peut affirmer entre autres que le préambule de la constitution devrait au moins exprimer « a firm belief of the being and perfections of the one living and true God, the creator and supreme governor of our world ») et l’autre celle d’un havre de liberté religieuse (comme la pensent Madison et Jefferson).

La première posture, tout le monde la partageait plus ou moins, à condition de ne pas étendre trop loin son regard et de ne pas être trop exigeant dans sa définition de « chrétien », appelation que de nombreux groupes se seraient refusé les uns les autres.[28]

L’élément déclencheur qui va faire basculer cette compétition, qui se dirigeait vers de plus en plus d’ouverture religieuse, d’œcuménisme et de reconnaissance mutuelle, sera le catholicisme et le conflit ouvert qu’il entreprendra contre le reste des dénominations.

Explication culturelle : l’anti-catholicisme et la construction de la nation américaine.

Premièrement, parce que le concept de "Protestant" ne peut se définir historiquement que de façon négative. La seule chose qui réunit les episcopalians, baptists, methodists, unitarians, etc. c’est qu’ils sont les chrétiens qui 1. ne sont pas catholiques 2. ne sont pas des orthodoxes d'orients. C'est donc les catholiques qui seront aux états-unis le visage de l'altérité, contre lequel on se définit et qui provoquera la première crise – ou au moins une des premières – de l’identité américaine antebellum.

Deuxièmement parce que les catholiques sont perçus comme ayant une vision tronquée, voire fausse, de la liberté (qu’au contraire, les “protestants” valorisent au plus haut point). Les prêtres imposent une lecture de la bible à leurs fidèles dociles et en retour surveillent et sanctionnent leurs actions via la confession obligatoire. Le protestantisme se voyait comme la libération de la conscience et donc de l'individu. Cette liberté leur semblait menacée par l'autoritarisme catholique, et par conséquent la société entière se devait de l’être.

"Anti-catholicism from this perspective was not a simple negative reference towed the Church, but an abiding fear that catholicism held conscience in captivity, a captivity that had profound implications for religion, state and society.(...) If an authoritarian force eliminated conscience in the political realm, the future of freedom within policy was imperiled" (Gjerde, 2012, p.29)

Figure 1 Aux USA le catholicisme était vu comme une force étrangère, et dirigée par le pape.

Cela explique sans doute l'enchevêtrement politique/religieux sous certaines de ses acceptions : puisque de nombreux citoyens voyaient la bible comme ce qui avait libéré l'homme et le catholicisme comme ce qui l'avait asservi, il n'y avait pas de contradiction à faire lire la bible à l'école tout en tenant l'exegèse catholique soigneusement à l'écart. Comme nous l'avons dit, le simple fait de considérer que l'herméneutique biblique excluait de fait les catholiques, pour qui le commentaire est indispensable.L’identité américaine était de longue date profondément liée au protestantisme. Même suite à la proclamation de la Constitution (qui par ses articles I et VI sépare églises et Etat) cinq états de l'union gardent des religions établies et neuf des 13 colonies originelles se proclament "protestantes". Seules la Virginie et Rhode Island établirent une ferme séparation, édifiant en cela le “Wall of Separation” voulu par Jefferson[29]. (Gjerde, 2012) L’héritage pré-révolutionnaire est en effet pesant : le New Hampshire, par exemple, proclamait en 1784 que le chef de l'état, tous les membres du Sénat et de la chambre des représentants devaient être de "religion protestante".  (Gjerde, 2012, p. 31)

Ainsi, au commencement, la liberté de religion aux USA, consciemment ou non, se réclamait d’une notion de liberté qui excluait les catholiques soit parce qu’ils faisaient un « mauvais usage » de cette liberté soit simplement parce qu’ils la menaçaient. On voit par exemple en 1857 John H. Hopkins (1792-1868, éveque episcopalian) affirmer que cette liberté – dont il bénéficie manifestement – ne s’étend pas jusqu’aux hindoux[30] (ni aux catholiques, encore)[31]. Cette “liberté” ne se reconnaissait  donc que dans ses échos protestants, même si les bases d’une liberté religieuse complète étaient posées, elles n’étaient pas problématisées.

le problème protestant/catholique à la lumière des conflits scolaires[32]

Identité protestante persistante des Etats-Unis.

La liberté reste profondément liée à une idée chrétienne : c’est le christianisme – protestant – qui contenait l’idée de liberté individuelle. Ainsi même Horace Mann, le pionnier du mouvement à la base de l’école publique,  lorsqu’il parle de l’indépendance de l’école vis-à-vis du religieux, il évoque cette « inviolable prerogative of private judgement and of self-direction, which in a Protestant and Republican country, is the acknowledged birthright of every human being »[33], nous soulignons, dans un pays protestant et républicain, qui montre que même les partisans des Common School qu’on s’attendrait à voir défendre la sécularisation, associent république et protestantisme, citoyenneté et religion.

Figure 2 l’entrée des catholiques dans les écoles était très mal vue. Illustration du Harper’s Weekly 20, 1876,In Gjerde, p.173.

Les preuves d’une prééminence – voulue – du protestantisme semblent faire consensus(Gjerde, pp.20-60, The Protestant Conendrum). Quoique certains se rendent compte que l’école favorise effectivement les protestants, cela ne les empêche pas de souhaiter que cet état de fait perdure, malgré la séparation proclamée dans la constitution et ce parce que :

1) Les protestants sont majoritaires et ils ne sauraient céder aux caprices d’une minorité. Ainsi, il faut baser l’école sur une moralité, et cette moralité doit être protestante.(Cheever, cité in Gjerde)

2) Le protestantisme est le coeur de la nation américaine, en outre, puisque la Bible n’est pas commentée,elle ne favorise pas un seul culte, ce n’est donc pas une pratique “sectaire” (Board of education, 1844)

3) Le protestantisme garantit la liberté de religion, et c’est la seule à reconnaître la prééminence de l’individu, alors que le catholicisme en aurait une notion erronée (puisque l’église catholique “did not grow up in our free atmosphere” Colwell[34]). Elle contient la “tolérance”. (on aimerait bien croire que le “romanism” ou “puseysm” favorise la liberté aussi bien que le “puritanisme” mais ce serait “faire mentir l’histoire” Gjerde p.172). Il serait tout aussi ridicule de placer cette “superstition” porteuse d’intolérance sur un pied d’égalité avec “la vraie parole de Dieu” (i.e. le protestantisme) que d’accorder une place aux divers “paganismes”, “idolatries”, “superstitions” ou “molochismes” (Cheever)

New York School controversy :

Le paradigme évolua néanmoins. Au lieu de fabriquer des chrétiens modèles, on destinait désormais l’école à la formations de bons citoyens américains, capables de comprendres les lois et les institutions auxquelles ils étaient appelés à contribuer. (Gjerde, p.140) Le rôle de l’école est donc d’instiller la liberté proprement américaine à ses élèves. Ainsi l’école type Lancaster (une méthode simultanée où les élèves plus âgés encadrent les plus jeunes) fut rejetée par un groupe de réformistes qui créèrent à sa place le Common School System, qui se devait d’être aussi « républicain et américain » que les anciennes écoles étaient « aristocratiques » et « Old World » (Nasaw[35], in Gjerde[p. 141]). L’école se doit d’être le miroir du modèle politique américain, et donc républicaine, par opposition aux anciennes écoles européenes.

L’école doit être un vecteur d’intégration et d’uniformisation de la société. Elle se doit d’incorporer les étrangers et en faire des américains, en les éduquant. (Gjerde, p. 142[36]) Notons d’ailleurs que le Pledge of Allegiance fut justement introduit en cours dans cette optique, afin que les élèves prêtent serment à la nation de même façon qu’ils le font en saluant le drapeau dans la cour. Nous reviendrons sur la dimension religieuse du Pledge -  « under God » ajouté en 1954 – plus loin. Les catholiques ne sont pas les seuls à s’opposer à ce modèle hégémonisant, ainsi des Allemands qui souhaiteraient que leurs enfants soient éduqués dans leur langue (Gjerde, p. 142). Le paradigme change désormais, puisque l’école se détache définitivement de son ancienne fonction. Elle a désormais un nouveau but : former des citoyens américain et les assimiler.

Catholiques : Assimilation, ghettoisation et situation de crise.

La querelle à New York avait pour sujet, en plus des manuels scolaires, la lecture de la King James Bible sans commentaire catholique et la présentation d’une morale sans immersion religieuse (Encyclopaedia of religion in america…). Hugues, archévêque de New York,  s’en plaignit et argua que l’école n’était pas neutre et qu’elle présentait un modèle indéniablement « protestant » de l’éducation et de la morale. (Gjerde, p.141) Il réclamait la possibilité de subsides pour des écoles catholiques. Le sénateur William H. Seward était favorable à ce que la communauté catholique puisse choisir ses enseignants. En retour la Public School Society le débouta par la voix de Ketchum et retira toutes subventions aux écoles catholiques, arguant que l’état américain n’avait pas à favoriser une religion. En retour les catholiques voulurent édifier un réseau d’écoles religieuses indépendantes, à leurs propres frais.

Le conflit n’a pas seulement lieu sur la méthode d’éducation (puisque certains théoriciens de l’enseignement catholiques [i.e. Edward Pace, Shields] adopteront les méthodes progressistes d’un Dewey pour peu qu’elles aident à la propagation de la religion)

Edward Pace et Hecker coïncident sur le fait que le catholicisme est un système total,[37] pensée largement partagée à l’époque, et sans doute encore aujourd’hui, quoique de façon moins explicite et moins répandue. Hecker disait ainsi :

« Catholicity must be taught as a whole , in its unnity and its integrity or it is not taught at all […] Because [catholicism was] an organism a living body […] and is necessarily one and indivisible » (Gjerde, p.165)

On voit que les protestants affirment l’intolérance des catholiques et leur système prétendument incompatible avec les valeurs républicaine, ce qu’on peut comprendre. Mais de l’autre côté, en fait d’un déni de ces accusations, on voit une réelle démarche d’ostracisation du catholicisme et d’auto-mise à l’écart. Non seulement les papes poursuivent ce mouvement anti-liberté de religion que leurs reprochent leurs compères protestants(se sentant dans leur tolérance bien plus modernes) mais les acteurs catholiques sur le terrain américain propagent également l’idée d’une incompatibilité : Ainsi Hugues qui affirme que ni le protestantisme, ni le catholicisme ne sont adaptés au système scolaire, qui ne convient qu’à une sorte de « paganisme illuminé [enlighted] ».

Les plaintes envers l’école publique (dès 1840, lettre pastorale de Hugues) peuvent être comprises pour peu qu’on se place du point de vue de cette minorité : Ils ne disposent pas de la possibilité de réclamer l’aide de l’état pour instruire leurs enfants suivant leur foi religieuse (ce qui relève de leur liberté religieuse) alors même que leurs impôts contribuent à payer une école qui, de leur point de vue, propage une idéologie protestante, voire un « enlighted paganism ». (Hugues)[38] De même Hugues ne se prive pas de rappeler que les catholiques sont des citoyens dès qu’il s’agit de payer ses impôts, mais des « roman catholics » quand il s’agit d’allouer les fonds de l’état.[39] En outre, la religion catholique est – pour eux – le système éducatif qui a transformé « les barbares destructeurs de l’empire romain en constructeurs de l’Europe moderne », qui avait produit, « comme Roi , Saint Louis ; comme philosophe, Saint Thomas ; et comme poète[…], Dante ». La religion catholique était pour eux un vecteur de culture et, historiquement, la première raison d’être des écoles.[40] Les écoles étaient originellement pour eux l’outil de propagation du christianisme, c’est un fait historique. (Nord, 1995, p.64) Assis au sommet d’une histoire aussi ancienne, les catholiques se sentent en droit de juger les nouvelles institutions qu’on leur propose comme remplacement. (Woods, 2004)

Les catholiques sont donc placés – à moins d’avoir les moyens d’entretenir leur propre système scolaire – devant le choix cornélien de 1) laisser leurs enfants aller à l’école et délaisser leur instruction religieuse ou 2) les retirer de l’école en négligeant leur instruction, pourtant indispensable au statut de citoyen actif dans le nouvel Etat américain. Être assimilés ou rester en marge ? Il s’agit simplement du « Story’s dilemma »[41] : alors que les catholiques cherchent l’amérique comme îlot de tolérance religieuse où ils pourront pratiquer en paix, quitte à s’isoler du reste, alors que les protestants la voient comme une terre chrétienne, mais protestante. [42]

Situation de crise et religion civile

La « religion civile » se constitue ainsi dans des périodes de crises. Les Amish et les Mormons[43] auront des trajectoires semblables. A leur contraire le catholicisme s’assimilera dans la société américaine. Un des indices les plus évidents et les plus cités restant l’élection de John F. Kennedy. (Mauk&Oakland, p.338) Le catholicisme est désormais pleinement integré au corps américain, au point que les évêques se sentent habilités à réclamer une enquête sur les Girls Scouts américaines de par leurs liens supposés avec des programmes d’avortement.[44] La formation de la religion civile procède donc d’une dynamique d’assimilation des étrangers – le serment à la nation « sous Dieu » s’y rattachant – qui affronte une volonté d’hétéronormie – ici les catholiques. Comme nous le notons plus bas, les catholiques américains se sont effectivement assimilés au tissu social, mais c’est un prix d’une indépendance que nombre de catholiques dans le monde n’ont pas vis-à-vis du Vatican. On peut affirmer qu’ils se sont protestantisés.

L’exemple des Girls Scouts – certes trivial – nous permet peut-être d’enchaîner. Aux alentours de 1996, une polémique avait éclaté lorsqu’elles décidèrent de permettre à leurs ouailles de remplacer « God » par « Allah » ou « Bouddha » dans leur promesse scoute. Cela peut sans doute être compris en lien avec la polémique qui tourne autour du Pledge of Allegiance. Il a été élaboré en temps de guerre (1942) avec pour but de fidéliser les citoyens à la nation, et la mention religieuse ne fut ajoutée qu’en 1956, par opposition au « Godless communism », peu de temps après que soit ajouté le « In God We Trust » (1952). Le communisme marquera l’altérité radicale de l’identité américaine ; impossible à intégrer ou assimiler (MacCarthysme, chasse aux sorcières). Ces proclamations solennelles de l’attachement américain à Dieu, sont en fait très récentes et ne procédaient pas de la démarche des fondateurs. On la peut rattacher plus au conflit avec l’URSS et la volonté profonde de s’en démarquer.

Résultat du conflit catholique/protestant
Ecoles séculières contre toute attente.

On aurait pu imaginer qu’aurait lieu un combat entre deux libertés de religion : celle des catholiques, d’être éduqués suivant en accord avec leur religion, et celle des protestants, de ne pas être gênés par ce surcroit de cathéchisme. Néanmoins, ce ne fut pas le cas, et le résultat ne fut qu’un compromis négatif : le School Board, comme placée devant un choix de Salomon et ne pouvant contenter tout le monde se dirigea finalement vers plus de sécularisation, ne satisfaisant ni les tenants de la religion civile emplie de morale protestante, ni les catholiques et leur volonté d’obtenir des subsides pour leurs écoles afin d’échapper à la « double tax » (i.e. payer les écoles publiques via les impôts ET les écoles privées via les donations). Ceci fut sclellé par la parole du président Grant. (Gjerde, 168-169)

Cette sécularisation se fit sans pouvoir contenter personne. Les autorités devaient bien se soumettre à l’évidence que la lecture de la King James Bible favorisait les protestants et la supprimèrent. De cette façon les protestants perdaient, certes, mais bien peu de chose, alors que les catholiques n’y gagnaient rien, sinon la certitude qu’il leur serait désormais impossible d’investir les écoles publiques. C’est « l’enlighted paganism » qui a effectivement gagné. Devant l’impossibilité de satisfaire les deux camps, on se tourna vers un naturalisme positif censément neutre, sans que cela soit rééllement problématisé, ce qui explique peut-être le retour du créationnisme dans les écoles. (voir plus bas)

Explication Smithienne de la volonté pré-indépendance de ne pas séparer l’église et l’état.

Il y a eu un changement dans les enjeux des divers acteurs religieux américains. Si l’on adopte une perspective Smithienne comme a pu le faire Lambert (mais aussi dans une autre mesure Gjerde) cette analyse peut se révèler pertinente pour notre analyse à deux égards :

  1. Adam Smith voyait l’exemple parfait du « marché libre » en Pennsylvanie (donc la Pennsylvanie de 1776) (Lambert, 2003)
  2. James Madison avait lu sa théorie ainsi que d’autres auteurs des « lumières écossaises » et s’appliquait à créer via la séparation fédérale Eglise/Etat les conditions d’existence de ce « marché libre » sur tout le territoire. Tout comme le Great Awakening dont les traces étaient évidentes au moment de la Guerre d’Indépendance, les lumières et the Wealth of Nation d’Adam Smith mettaient l’individu au premier plan.
  1. Donc non seulement Smith avait identifié son meilleur exemple marché libre aux Etats-Unis, mais en plus un des pères fondateurs agissait suivant son schéma. (en pensant toutefois – visiblement à tort – que la nation se dirigerait prochainement vers un unitarianisme déiste ou rationaliste)

Lambert croit pouvoir expliquer à la fois la vitalité du Great Awakening et le refus pré-révolutionnaire de plus de liberté religieuse (qu’on a décrit précédemment[45]) la compétition a fait émerger non seulement les idées de « religion civile » et de « dénomination » dans les reconnaissances mutuelles qu’à pu décrire Berger, mais également :

« The teachers of each sect, seeing themselves surrounded by more adversaries than friends, would be obliged to [exercise] moderation »

– Adam Smith, cité par Lambert[46]

La compétition permet donc la modération et la venue d’une religion moins aggressive, une auto-régulation des extrêmes, parce que chacun craint de déplaire aux autres constituants de la société. On n’ose pas demander qu’on institue notre religion en religion d’Etat parce qu’on a peur que le voisin fasse de même, et obtienne gain de cause… Néanmoins cette compétition a eu un effet inverse lorsque les catholiques ont débarqué sur le marché : leur théologie était par trop divergente de celles qui se trouvaient déjà sur le sol américain, et n’avait pas eu le travail du compromis que peut favoriser la cohabitation, ils effrayèrent donc les protestants, qui ne purent pas souhaiter de séparation de l’Eglise et de l’Etat de peur de laisser les catholiques gagner du terrain sur ce qu’ils voyaient déjà comme « a protestant Land » (Lambert 2003)

Protestantisation du catholicisme et mondanisation de la théologie(catholique).

Malgré les apparences, il y a eu mondanisation de la théologie catholique. Woods (2004) montrait dans un chapitre éloquent les efforts que l’Eglise déployait contre la sociologie et les études scientifiques de la société[47], puisque ces disciplines empiétait sur son domaine privilégié en expliquant et donnant du sens à des phénomènes que l’Eglise imbriquait depuis longtemps dans son système de pensée et pour lesquels elle se sentait habilité à dispenser la vérité. Toutefois, non seulement les catholiques ont incorporé les méthodes éducatives des progressistes américains (voir ce que nous disions de Pace et Shields) mais en plus leur discours reprend désormais des aspects de sociologie :

Alors que pendant longtemps l’Eglise se serait défendue de n’être qu’une institution destinée à maintenir le contrôle sur la population, puisque bien entendu elle se destinait à une tâche bien plus haute et élevée : le salut post-mortem de l’humanité. Elle ne pouvait pas réduire sa tâche à une bête ordonnatrice sociale, sans quoi elle abbatardirait tout son discours, et rendrait superflue toute référence à la transcendance. Ainsi elle donnerait raison aux matérialistes qui cherchent à analyser son action sous l’angle exclusif des rapports de force sociaux.

Toutefois, une évolution peut se faire entendre dans cette direction : l’église catholique prétend désormais, non seulement qu’elle contribue au maintient de la société… mais en plus qu’elle contribuerait à former de bons citoyens, meilleur que ceux produits par les Common Schools. Devant le « the child is for democracy » de Dewey, ils répondent « the child is for God ». Puisque les individus sortis des écoles sont placés au sein de « règles du jeu » qu’ils ne respectent  que tant que ça les avantage, puis qui, tels Thrasymaque dans la République de Platon, laissent tomber ces règles dès qu’elles s’écartent de leurs intérêts (Woods, p.98). On reconnaît deux choses ici :

  1. la critique catholique de l’individualisme, valorisé par leurs vis-à-vis protestants,  dont l’égoïsme inhérant conduirait à l’avarice et l’orgueil. (Gjerde, chap. 6, The Americain Economy and Social Justice)
  2. La volonté d’utiliser une transcendance – Dieu – non pas dans l’optique d’un châtiment dans l’au-delà, inhérent à l’âme personnelle, mais pour fonder la morale intra-mondaine, pour donner un socle à l’action individuelle et actuelle, pour affirmer que la punition des péchés a déjà lieu dans la vie présente en cela que ces fautes pèsent à la société.

Cette mondanisation dans un sens Weberien nous montre une protestantisation du catholicisme (évidemment à l’œuvre déjà en Europe mais qui s’affirme plus sûrement encore ici). Lorsqu’ils eurent repris les buts et les méthodes des progressistes, on peut dire que le ver était dans le fruit, et que les écoles catholiques se rapprocheraient de plus en plus des écoles publiques, ce qu’on peut observer aujourd’hui.

France : contrôle puis laïcité voulus.

« It’s an easy thing to make a republic, but a hard thing to make republicans »

–Horace Mann

La conscience du rôle majeur de l’école chez les révolutionnaires

De nombreux révolutionnaires auraient agréé avec cette phrase de Mann. L’école était fondamentale pour « rendre le peuple digne de la Révolution » (J.P. Rabaut, un protestant, in Grevet p.35) ou pour le préserver des erreurs (Daunou, in Grevet p. 46) ou pour garantir l’égalité politique de fait (Condorcet voir plus bas). Au XIXe, cela perdure : pour J. Macé il aurait fallu avoir l’école obligatoire avant le suffrage universel. (Grevet, pp. 148-149) Toujours est-il que de nombreuses questions se posèrent sous la Convention et le Directoire quant à l’éducation des jeunes. Pour commencer, puisqu’il s’agit de notre sujet, que faire de la religion ? On dit souvent que la Révolution fut anticléricale, voire antireligieuse. Qu’en est-il sur le plant de la religion dans les écoles, lieu si dangereux et dont le contrôle garantit la mainmise sur les mentalités de la génération à naître ?

Parenthèse : Être Suprême, Libre Pensée, Religion(s) civile(s) en France ?

Nous avons jusqu’ici vu nombre de points communs dans les deux révolutions, française et américaine : volonté d’instaurer une société libérale respectant les droits de l’individu, conception nouvelle et démocratique de l’autorité, entre autres. La fondation de ces nouvelles socitétés s’est également accompagnée de l’idée d’une morale commune, nécéssaire à la sauvegarde de la nation. Là, les deux états semblent diverger.

La Révolution Française a certes été profondément anticléricale et anticatholique, les exemples abondent : remplacer comme point de départ du calendrier la naissance de Jésus par celle de la République, s’emparer des églises par la force[48], etc. Elle n’a par contre pas été forcément antireligieuse. Le culte de l’Etre Suprême érigé en religion nationale en témoigne : il s’agit de dévêtir Dieu de ses oripeaux catholiques plutôt que de s’en débarasser. Certes, ce dernier venait se superposer au culte de la raison (athée) institué en 1793, par l’instigation de Robespierre, déiste. La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) se proclamait bien « en présence et sous les auspices de l’Être Suprême ».[49]

Le déisme des pères fondateurs américains trouve un écho dans celui de certains conventionnels. Ainsi à l’école, le culte de l’Être Suprême aurait pu être la solution pour établir une transcendance dans la morale sans pour autant recourir à l’influence des prêtres. Ainsi M.-E. Petit, à la convention le 1er octobre 1793 :

“Si vous ne vous chargez pas de donner vous-mêmes des idées religieuses à vos enfants, si, par crainte des fanatiques, les lois ne leur donnent pas une religion, je vous atteste qu’ils deviendront tous fanatiques et superstitieux… Non, nous ne pouvons pas mettre d’un côté l’instruction républicaine et de l’autre l’instruction religieuse ; il faut donc réunir ces deux instructions dans l’instruction publique. Cette réunion ne me semble pas si difficile qu’on semble le croire ; j’en trouve le principe dans l’idée d’un dieu commune à toute les religions… Enseignons un seul Dieu dans nos écoles publiques ; établissons de fait la tolérance civile et religieuse…”[50]

Le principe était le même que celui à l’oeuvre de l’autre côté de l’Atlantique : pour mettre tout le monde d’accord, se concentrer sur le dénominateur commun à « toutes les religions » : Dieu.

Si ça n’a pas marché c’est à cause de la forte crainte de l’organisation de l’église. La France est loin d’être devenue athée en 1789. Néanmoins on voit une différence : cette réforme se veut consciente. Elle veut établir rationnellement que l’idée d’un Dieu indeterminé sera favorable à la paix religieuse, alors qu’outre-Atlantique comme on l’a vu, ça n’a pas été problématisé.

En outre on peut également mentionner les divers cathéchismes républicains qui circulent et n’ont aucune peine à faire référence à Dieu en termes déistes et (rousseauistes ou voltairiens[51]) : « Nous jugeons par le spectacle de l’Univers qu’il est impossible qu’il n’existe pas un être infiniment puissant et par la même infiniment juste et bon qui a créé le monde et qui le gouverne, C’est cet être que nous appelons Dieu. » (Grevet, 2001, pp.306-307 ; Garreaux, 2006, pp. 230-231)[52] Ces divers cathéchisme resurgiront dans les milieux libre penseurs de la fin du XIXe. ( Lalouette, 2002, pp.142-160)

Il y eut donc des tentatives pour instaurer une religion civile en France. Pourtant les chercheurs manquent souvent à percevoir cette dimension. Certes Bellah[53] y parvient (après tout, c’est l’objet de sa recherche) mais Martin, (et donc Berger)[54], ainsi que Muray[55] oublient trop souvent cette tendance: la France est anticléricale et donc antireligieuse, point.

Aujourd’hui qu’en est-il ? Certes les auto-glorifications que l’Etat s’impose à lui-même et qui sont le fait de nombreux états modernes gardent un caractère sacré : ainsi les symboles de la République, dont une flamme allumée sur la tombe du Soldat Inconnu, ou un Panthéon (i.e. tous les dieux) où sont transférés, entiers ou en morceaux, les « grands hommes » que reconnaît la république[56]. Ainsi le cœur de Gambetta, baladé dans une urne ainsi que celui d’Henri IV lorsqu’il fut amené dans la chapelle de La Flèche. Venant du grand anticlérical c’est étrange. De même après la récente tuerie de Toulouse, Nicolas Sarkozy ordonna pour le 20 mars une minute de silence dans toutes les écoles… De la part du « monopole séculier » prétendument positiviste et matérialiste que Martin nous décrivait victorieux, on s’attendrait à mieux !

Libres penseurs.

De même la Libre Pensée n’a-t-elle pas ses processions, ses Saints (E.g. Etienne Dolet[57]), son culte[58] ? Au fond, n’est-ce pas une « liturgie laïque »? (Lalouette, p.201) Mais ça ne peut pas être une religion, pour peu qu’on prenne ce mot au sens non-durkheimien du terme[59]. (ibid, p.221) Il ne faut pas oublier que dans le discours qui voudrait faire passer la Libre Pensée et les mouvements sécularistes pour des religions, il y a la volonté de montrer que même eux ne peuvent pas se passer de religion, qu’ils sont des homo religiosi malgré tout. Il est difficile de prétendre que les mouvements libre-penseurs sont des religions laïques surtout quand dans la même période, l’aile la plus mystique des milieux progressistes  – les francs-maçons – tendent à abandonner la transcendance dans leurs discours.[60]

La morale laïque et ses racines. Est-elle vraiment laïque ?

Malgré la proclamation de la laïcité des programmes il fallut un certain temps pour qu’ils soient mis à niveau. Les « devoirs envers Dieu » subsistèrent dans les programmes laïques. L’évolution majeure, c’est le passage d’une morale appuyée sur la transendance à une morale immanente : les punitions sont dans notre monde, et plus dans l’au-delà. Kant est et son impératif catégorique sont passés par là, ainsi en 5 ans avant la laïcisation des programmes, une petite fille écrit en cours de morale qu’elle ne doit pas voler une pomme parce que « Dieu le verrait », mais en 1912, un garçon sommé d’expliquer pourquoi il ne doit pas voler d’un prunier affirme dans son devoir qu’il ne veut pas « pour une satisfaction de gourmandise, manquer à ce qui [lui] a été prescrit » (Baubérot, p. 150) « Dieu a disparu, le devoir subsiste », note l’auteur (ibid.). « L’université a sécularisé la vertu » comme le disait Ferry, mais cela ne s’est pas fait d’un coup et en 1882 il paraissait encore normal de se référer à Dieu pour fonder sa morale, sans qu’on s’enflamme à l’idée d’évoquer Dieu dans les écoles, comme aujourd’hui. Ce qui nous montre bien qu’en 1882 il s’agissait de gérer un rapport de pouvoir avec l’église plus que des questions de laïcité scolaire comme ce sera le cas plus tad. Les analyses qui rattachent tout à l’ « esprit de 1789 » sans égards pour le contexte se trouvent donc caduques : il serait anachronique de projeter l’attitude des professeurs actuels sur ceux de la fin du XIXe.

L’exemple de Comte, et son influence, une tentative de religion civile positive ?

On a cherché à remplacer la morale religieuse par une morale positive et prouvée. Si ces manifestations (morale, culte de l’état, Libre Pensée) ne peuvent pas être prises pour une religion civile dans le même sens  qu’aux Etats-Unis, puisqu’en permanence on prend garde à se distancer de la religion catholique, et que chaque écart en est sanctionné par l’opinion publique[61], on retrouve les mêmes mécanismes, mais la marque d’une séparation plus profonde (voir plus bas «Pluralisme accidentel contre laïcité voulue : dénominateur commun contre ennemi commun. »)

Fonder sa morale sur un principe absolu ? C’est ce que ferait tout moraliste. Fonder sa société sur une base morale ? Qui ne le voudrait pas ? On parle de courant séculariste ou positiviste, mais il ne faut pas oublier qu’Auguste Comte, le positiviste par excellence, préconisait la création d’une « religion de l’humanité » où l’on vénérerait les grands hommes qui ont fait progresser l’humanité, il ne faut pas négliger son influence.[62]Ces diverses tentatives ne peuvent être appelées des religions que dans un sens « durkheimien » qui engloberait également la plupart des humanismes[63] au point que la notion, à force de fagocyter tout, perd de sa pertinence. Il n’y a pas de religion civile dans le même sens qu’aux Etats-Unis. Alors qu’aux USA, la religion civile se nourrit de ses jumelles dénominationnelles, en France elles se combattent et s’excluent mutuellement.

Condorcet, le précurseur : émanciper l’école de l’état et de l’église.

“La puissance publique ne peut même, sur aucun objet, avoir le droit de faire enseigner des opinions comme des vérités ; elle ne doit imposer aucune croyance.”

Condorcet - premier mémoire sur l’instruction publique, 1791.

C’est sans doute le souvenir et la peur de cette double domination qu’on retrouve dans les écrits de Condorcet, qui s’ils sont marginaux préludent ou inspirent la suite de ce qui a pu être fait dans l’école républicaine. C’est notamment lui qui sera invoqué lors des débats de 1879 à l’assemblée(Garreaux, p. 216). Il voulait non seulement rendre l’école indépendante de l’Eglise, mais également de l’Etat, afin d’empêcher toute forme de conservatisme ou de proselytisme politique. Ainsi devait s’édifier une instance indépendante de régulation de l’enseignement. Néanmois le projet fut mal accueilli. Pour les conventionnels de 1791, indépendance voulait presque dire trahison. (Grevet, 2001, pp. 24-28)

Contrôle de la religion : constitution civile (1790) et concordat(1801)

En France, Lorsqu’on tient à l’écart les ordres religieux, ce n’est pas pour leur inadaptation supposée aux désirs populaires, mais bien au contraire à cause de la redoutable efficacité qu’on leur prête à subjuguer les foules.[64]. La Constitution Civile avorte en 1794 quand le budget des cultes est supprimé pour des raisons d’économie, aboutissant de fait à la première séparation Eglise/Etat. Ce but fut poursuivi par le Concordat de Napoléon (1801) qui réitère celui de François Ier (1516) et place l’église de France sous la double tutelle de l’Etat et du Pape. On craint en France le pouvoir du catholicisme sur les masses et son pouvoir contre-révolutionnaire et c’est sous cet angle que les républicains envisagent le Concordat jusqu’à la fin du XIXe siècle. (Garreaux, pp.256-257)

 La peur des congrégationnistes était d’une rhétorique courante dans la dialectique entre le « parti clérical » et le « parti laïc »[65], de 1764 et la première expulsion de la Compagnie de Jésus, jusque sous la Restauration : en 1828, lorsqu’un instituteur du Loiret est suspendu sur décision de l’évêque, l’occasion est trop belle pour que le député – récupérant l’affaire – se retienne de crier à la « conspiration » de Jésuites. Cette peur est encore bien présente dans les esprits lorsqu’est votée la loi Falloux (1850) et que sont tenus à l’écart les membres des congrégations non-reconnues. (Garreaux, pp. 87-90) La peur des congrégations procède surtout de leur vue comme des îlots de tyrannie dans le pays libre qu’est la France. Un homme ne devrait paradoxalement pas avoir le droit de renoncer à sa liberté (Lalouette, pp. 60-65[66])

De même on voit dans le Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas (conclusion de sa trilogie, qui fait donc suite aux Trois Mousquetaires et à Vingt Ans Après, publiée entre 1848 et 1850, donc pendant la période de discussion de la loi Falloux) qu’Aramis, une fois devenu général des Jésuites tire les ficelles d’un empire gigantesque, qui transcende les frontières et s’étend sur toute l’Europe qui lui permet de s’échapper en soumettant à son autorité la frégate chargée par Louis XIV de l’intercepter. Le symbole est de taille : les jésuites sont plus puissants que le Roi-Soleil, ils sont plus forts en France que le Roi de France lui-même. Il s’agit, certes, d’un roman populaire, sous la plume d’un auteur qui use souvent des sociétés secrètes comme ressort de l’intrigue(c.f. Joseph Balsamo). mais il peut mettre en relief à quel point l’image du Jésuite comploteur était ancrée dans les mentalités et participait activement de l’anticléricalisme ambiant.

Ecole républicaine : à l’aube de la modernité.

Napoléon et l’université : affirmation de la suprématie étatique(1806-1808).

Figure 2 La peur des congrégations (ici jésuite) est très forte en France. carte non expediée datant des lendemains du decret de 1880, coll. privée, J.L. in Lalouette

Le Concordat avait mis en évidence la puissance des écoles privées que le Directoire avait autorisées, (sous réserve de surveillance de l’Etat) montrant un possible contre-pouvoir que l’Empereur se pressa de contrer : suite à l’échec des lycées, moqués par les catholiques, Napoléon pose les bases d’une éducation réellement centralisée (Grevet, p. 75-77), ce que les assemblées révolutionnaires avaient échoué à effectuer. Nul ne peut enseigner ou ouvrir une école sans être lui-même membre de l’Université. Cette Université survivra à la Restauration, preuve de son efficacité. Le parti ultra de retour au pouvoir avec la monarchie dut se résoudre à employer la machine universitaire (ordonnance royale du 22 juin 1814) en laissant par contre le clergé l’investir profondément afin de la contrôler et de l’employer à la propagande royaliste (Grevet, pp. 85-86).[67] Ce mouvement trouve son aboutissement en 1822, lorsque l’abbé Frayssinoux est nommé à la Grand-Maîtrise de l’Université.Etat, Ecole, Eglise, les trois E : la troïka de l’éducation depuis Napoléon.

En cela on peut agréer avec Victor Hugo lorsqu’il affirme en 1849 que l’enjeu n’est pas seulement le contrôle de l’école par le clergé, puisque « l’Université est également un clergé »[68] (Garreaux, p. 83) avec ses dogmes et ses erreurs. Depuis la fondation de l’Université par Napoléon, et sa récupération par les Bourbons, l’éducation semble tricéphale : l’Administration étatique, d’une part, le Clergé, de l’autre et finalement l’Université elle-même. En 1828, l’école avait été placée explicitement sous le contrôle de cette Troïka. (Grevet, p. 97)

L’ajout de l’Université indépendante marque une étape importante vers la formation d’un ministère de l’éducation – via la charge de Grand-Maître –  qu’accomplira la loi Guizot. (Grevet, pp. 99-104)

On peut analyser cela comme un jeu de réactions qui aurait sans doute fait pleurer Condorcet, lui qui souhaitait l’indépendance entre ces trois structures :

De la même manière, c’est probablement l’hégémonie des clercs dans l’enseignement des années 1850 qui créa un profond ressentiment dans la classe enseignante et peut expliquer l’émergence d’une mentalité laïque très marquée dès les années 1860 dans le corps enseignant (Garreaux, pp. 156-157, Grevet pp.326-328) et ainsi contribuer aux lois Ferry peut-être plus que l’« esprit de 1789 », tant invoqué, mais qui pourtant reste bien à sa place quand le parti ultra est au pouvoir. Il n’y a pas de ligne droite de 1789 à 1905. Et il est fort probable que les luttes avec l’église qui succèdent jouèrent le plus grand des rôles dans la réappropriation de cet héritage révolutionnaire, réaproppriation sans doute plus importante que l’héritage en lui-même, puisqu’elle le remodèle complétement comme on a pu le voir. Si les français se perçoivent comme « laïcards » sans trêve de 1789 à nos jours, c’est important pour comprendre leurs modes de pensée, mais ça reste néanmoins un mythe sociologique, qui s’il peu expliquer leurs comportements, ne peut pas expliquer sa propre génèse et ne doit pas être pris à la lettre.

1882-1905, une laïcité trinaire : programmes, enseignants, bâtiments.

Les lois réformant le système scolaire, promulguées entre 1882 et 1886, allaient dans le sens de la triple laïcisation des écoles : programmes, enseignants et établissements, sans s’attacher à la question des élèves, pourtant élevée au rang de préocuppation nationale avec la loi Stasi de 2003.[70]

Quatrième laïcisation, les élèves ?

La “laïcité des élèves” n’avait jamais été mise en cause avant 2004, ce qui dénote qu’elle ne relève pas de l’idée originale de laïcité à l’oeuvre (que ce soit en 1789 ou 1905) puisque ce point n’était le souci ni de Condorcet, ni de Ferry, ni des ténors socialistes de 1905. Il s’agit d’examiner ce qui a changé, au point qu’on considère la « laïcité des élèves » comme une question cruciale, ainsi que l’absence de cette question aux USA. Comme nous le rappelle Emile Poulat, les premières préoccupations des écoles furent de contrer les tentatives de proselitysme politique des élèves (1937) et à maintenir la morale publique en empêchant les filles de porter des vêtements indécents tels qu’une minjupe ou… un pantalon. (Poulat, 2010, pp. 359-365) Ainsi l’Etat laïc qui n’avait aucune peine à tenir filles et garçons séparés prônera plus tard la laïcité pour justifier la mixité scolaire, notamment dans les piscines. La tolérance des établissements est fort variable.

Similitude avec les Etats-Unis : la Papauté comme altérité

Ceci posé on peut comprendre l’ambiguïté des efforts de la sécularisation en France : d’un côté on est heureux de se débarasser des Jésuites, de l’autre on craint ce qu’ils pourraient faire lorsqu’ils seront en roue libre ; en 1905 l’extrême-gauche prétendra la loi de 1905 « infiniment plus dangereuse que le Concordat » puisque laissant au Pape une énorme machine de guerre – l’Eglise – libre de tout lien à l’Etat.[71] Nous devons nous opposer à Berger lorsqu’il affirmait que le Jacobinisme français contribuait à la sécularisation : certes la peur des congrégations aboutissait à un rejet des organisations religieuses MAIS cette peur se doublait de la volonté de les contrôler : ainsi la loi de 1850 est double. Elle autorise les écoles privées[72] tout en maintenant l’enseignement religieux dans l’école publique.

Aux Etats-Unis le « danger catholique », était une altérité venue de l’étranger ; une altérité spatiale. Pour les progressistes français du milieu du XIXe, certes l’ultramontanisme – et plus particulièrement les Jésuites – est lié au pape et par conséquent à un souverain étranger, mais le discours dominant la présente plutôt comme une altérité temporelle : venue du passé. A la chambre on évoque le retour du moyen-âge, le bûcher de Giordano Bruno, toutes ces exactions que P. Bert relie à la « mission extra-mondaine. » qui rendrait les catholiques intolérants par nature.  

« C’est une pensée d’asservissement qui a des airs de liberté. » tonne Victor Hugo, (Garreaux, 82-86) qu’on ne peut pourtant pas accuser d’être l’ennemi des chrétiens, lui dont les poèmes poseront plus tard problème aux écoles laïcisées, justement à cause de leurs nombreuses références à Dieu. Les arguments sont les mêmes qu’aux Etats-Unis : les jésuites ne demandent la liberté que pour l’annihiler, le tolérer conduirait la République à sa perte, c’est une « pensée stratégique d’asservissement ».

 Conclusion : Contraste France/USA

Crise : Catholicisme aux USA, Islam en France.

Dans les deux cas la laïcité avait un but et devait gérer un (des) culte(s) et avait été conçue sur mesure pour ceux-ci. Fédérer les divers croyants aux USA sans heurter leurs convictions et limiter les pouvoirs de l’église sur l’état, puis d’abolir les pouvoirs de l’état sur l’église(c’est pourquoi on parle de “l’enterrement républicain du gallicanisme”[73]). Elle entra en crise lorsqu’elle dut en gérer un autre, à savoir le catholicisme aux USA et l’islam en France. Toute métaphore est risquée mais on peut tenter de mettre en relation les réactions américaines de 1840 avec les crises françaises actuelles autour de l’islam. Les deux religions sont :

1) vues comme un système totalisant, souvent même proclamé ainsi par ses défenseurs.

E.g. Hecker, op. cit.[74], pour un catholique prônant un discours de ce type-là ; Cheever, pour un protestant qui décrie le catholicisme ainsi ; et Tariq Ramadan en France, qui parle de l’islam comme un système total. Du côté des chercheurs, parmi de nombreux exemples, on trouve Michele Reeber[75]. Pour une vision contrastée mais qui présente les clichés présents entre autres dans la presse française, on peut se reporter à  Blanchot.[76]

2) considérées comme ayant une notion divergente de la liberté et donc incompatible avec la démocratie, voire un péril pour celles-ci.

3) représentées comme soumis à une force et des intérêts étrangers.

E.g. Déclarations de Sarkozy sur sa volonté d’avoir un « Islam de France et non un Islam en France »[77] (sous-entendu, comme une force d’occupation prosélyte) et celles de Manuel Valls cité plus bas.

Il y a certes une différence, mais on peut noter que la hierarchie catholique soumise au Pape était fortement critiquée aus USA alors qu’en France, c’est précisément l’absence de hierarchie nette qui pose problème dans l’islam. La France s’est faite pour, ou contre le catholicisme, et s’y est adaptée, les USA pas.[78] 

Différence de Terrain et explication Smithienne

La différence entre les colonies anglaises et la France du XVIIIe tient principalement dans l’organisation sociale. Les trois ordres issus de la société féodale (Aristocratie, Clergé, Tiers Etat) sont convoqués intacts par Louis XVI. Ainsi dans le discours révolutionnaire, héritier proclamé du Tiers Etat opprimé, se trouveront deux démons à combattre : l’aristocrate (i.e. “le tyran” dans le texte) et le prêtre, peint comme un conspirateur qui tiendrait les foules par ses mensonges. De même, le puissant réseau de l’église catholique et son écrasant monopole sera vu comme un concurrent sérieux pour l’état naissant. Ces paradigmes n’auraient pu émerger dans la société pluraliste américaine. En outre, les colonies ayant une religion établie durent subirent les plaintes répétées de leurs administrés, fâchés de devoir payer le salaire des professeurs et du clergé. E.g. l’Eglise Anglicane en Virginie, et les Congrégationnistes à New England.

En effet, leur repulsion à l’égard de l’Eglise, les conduira à contrôler l’église, quand au contraire, le pluralisme américain avait poussé les pères fondateurs à les tolérer, puisque de toute façon il aurait été impossible d’ériger un des cultes en religion nationale, de par leur diversité. Pour ne pas se priver des forces plurielles de la nation, ils durent composer avec une idée de religion commune, simplifiée, privée de ses déterminations particulières. En amérique, on devait prendre la substance commune à la dizaine d’églises qui se partageaient les colons ; toutes étant plutôt favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat (sans doute parce qu’on aurait peur qu’un régime du religieux subventionné favorise ses concurrents !). En règle générale nous pouvons conclure qu’aux Etats-Unis, le pluralisme a précédé la tolérance religieuse, alors qu’en France, ce fut le contraire.[79] Le compromis américain émergeait d’un pluralisme accidentel, que personne n’avait vraiment souhaité, et que l’opposition à l’Angleterre avait soudé autour de leurs éléments communs : la Bible, Dieu. En France, Prendre les éléments communs à quoi ? Au catholicisme ? Puisqu’il n’y avait qu’une religion, la position de l’état français ne pouvait pas mettre en balance ses dogmes avec ceux d’un adversaire quelconque dont l’Eglise aurait besoin comme interlocuteur et en face duquel elle devrait faire oeuvre de concorde et de tempérance.

Parenthèse : le cas du créationnisme aux Etats-Unis

Dans le simple temps qu’il a fallu pour rédiger ce mini-mémoire, deux lois allant dans le sens d’un enseignement du créationnisme en cours furent promulguées ou mises sur la voie de l’être : Au Tenessee, une loi permettant l’enseignement de théories « controversée » telles que l’Intelligent Design ou le climato-sceptiscisme (mi-avril)[80] et au Missouri une loi interdisant de sanctionner les élèves qui feraient étalage de leur religion en cours (à voter le 7 août).[81] C’est un problème qui survient à l’échelle locale, ce qui n’empêche pas son expansion[82] comme le montrent les nombreux sondages.[83]Les multiples décisions en justice s’y opposant ne tempérent pas ce constat, puisque le mouvement continue, ça montrerait plus une scission entre la justice et la majorité des américains.

« La religion n’est pas liée à l’alphabet ou aux mathématiques » – J. Macé.[84]

Le républicain du XIXe voyait cela comme positif puisque cela lui permettait d’évacuer la religion de l’enceinte scolaire. Néanmoins ses successeurs, que ce soient les députés du grand Conseil Vaudois, les américains ou les français se retrovuent avec un problème incongru sur les bras : certes la religion n’a rien à voir avec ce qu’on enseigne en maths ou en français, donc où peut-on en parler ?[85] Si le créationnisme pouvait être évoqué en cours d’éthique ou autre, peut-être ne resurgirait-il pas constamment dans les classes de sciences. Il y revient sans cesse, parce que c’est le seul endroit où son discours ontologique peut être pertinent et trouver une réelle opposition (la conjugaison des verbes et les courbes de deuxième degré portant moins à la polémique, et n’appellent pas cette controverse). De même, il resurgit principalement aux USA parce que la laïcité n’y a jamais été problématisée avec la force qu’elle connut en France sur la fin du XIXe et qui devint un enjeu majeur de l’identité française (l’école de Ferry, puis la loi de 1905, vue par Jaurès comme « la plus grande réforme »). La séparation étasunienne n’était autre qu’une injonction à ne pas déranger la compétition entre religieux, ni à favoriser l’un d’entre eux.

Pluralisme accidentel contre laïcité voulue : dénominateur commun contre ennemi commun.

Ainsi la France n’a pu naviguer que sur une dimension, sur un axe Noir-Blanc, du catholicisme institué (Blanc) jusqu’à l’athéisme complet (Noir) en s’arrêtant parfois au milieu, sur un déisme non-dénominationnel (Gris) mais sans jamais l’instaurer.

Autrement dit, les américains n’ont pas pu instituer d’église d’état parce qu’il n’y avait pas d’église majoritaire, alors que celle-ci - existante en France - gênait au contraire la tolérance religieuse et dut être contrôlée. Cette configuration originelle des deux révolutions peut nous aider à comprendre la différence de sécularisation entre les deux pays, pourtant très proche dans le discours révolutionnaire. Leurs terreaux différaient : un pluralisme accidentel aux Etats-Unis donnera une indifférence étatique, alors qu’un monopole institué de longue date donnera une laïcité voulue, après une période de contrôle étatique de la religion. Les deux postures s’accordent avec la structure politique des deux pays : fédéralisme américain contre centralisme poussé à son comble en France. Tout le problème du créationnisme se joue au niveau local, pas fédéral. Chaque état élabore sa  propre scolarité. En France, cela serait impensable, et il paraît impossible qu’une telle doctrine puisse envahir les programmes puisque de par l’hégémonie scolaire, il lui faudrait submerger le pays en entier, il n’y a pas de programme local.

Cette pensée de contrôle de la religion se répercute jusqu’à nos jours, à travers tout l’échiquier politique, lorsqu’il s’agit de parler d’Islam. Ainsi Manuel Valls (PS) affirmant pour lutter contre l’islam radical que « L'édification de lieux de culte pour les dernières vagues d'immigration doit être financée par les pouvoirs publics, pour mettre un terme aux influences de groupements intégristes et de gouvernement étrangers »[86] allant bien contre la lettre et l’esprit de la loi de 1905 dont pourtant se réclame son parti, désormais parti présidentiel.

Les religions minoritaires ont toujours été décriée comme étant le « parti de l’étranger » (e.g. Affaire Dreyfus)mais dans le cas de l’islam il y a une réelle tentative d’infiltration par des lobbys étrangers (Boyer, p.4).  L’Etat Français veut depuis longtemps encadrer l’islam, « l’organiser » et ce parfois avec une optique « policière » (Boyer, p. 199-200) pour cela il lui faudrait un interlocuteur désigné ; désignation rendue difficile par la multiplicité des convictions  et l’absence de hiérarchie dans le « clergé ».

Le simple fait que l’Etat français cherche un seul interlocuteur sur le modèle de la relation qu’il entretient avec le Vatican montre bien que la laïcité française, loin d’être aussi absolue et rationnaliste qu’elle le prétendait, était faite à l’égard – ou à l’encontre – de l’Eglise Catholique et Apostolique Romaine[87] et que désormais on voyait sa silhouette en négatif : on souhaiterait que tout le monde soit aussi organisé que l’Eglise Catholique.

 Ainsi on peut conclure qu’aux Etats-Unis la sécularisation s’est faite en vue d’un dénominateur commun, et en France, cela fut fait en vue d’un ennemi commun : l’Eglise Catholique.

Bibliographie.

BRIAND, Aristide, La séparation des Eglises et de l'Etat. Rapport fait au nom de la Commission de la Chambre des Députés, suivi des pièces annexes, Paris : E.Cornély, 1905, 448 p.

Dictionnaires :

        


[1] Voir plus bas : « le problème protestant/catholique à la lumière des conflits scolaires »

[2] Le PER version 2008 changeait déjà l’appelation pour « Ethique et culture religieuse » On serait néanmoins en droit de se poser les mêmes questions. Qu’on enseigne l’éthique, soit. Qu’on enseigne l’hsitoire des religions, soit. Mais lier les deux en une seule et même discipline, selon les mots du PER « Découvrir des cultures et des traditions religieuses et humanistes et développer le sens d’une responsabilité éthique. »* c’est perpétuer l’ancien paradigme : que morale et religion sont liées.

*(p. 363 http://www.globaleducation.ch/globallearning_fr/resources/PER_complet.pdf [consulté le 5 juin 2012])

[3] Quoique les préjugés français aient la vie dure : Europe = Union Européenne. Les cartes exposées dans leur ouvrage excluent la Suisse et la Turquie, alors même qu’elles sont traitées en détail dedans.

[4] Après tout, le Temps, no. 1888 du mardi 9 mars 2004, nous affirmait que les Etats-Unis étaient « rongés par le créationnisme » (sic.) puisqu’il touchait pas moins de « 37 états américains ».

[5] Pour les références à Bellah, nous nous basons sur la traduction française effectuée par Gwen Terrenoire, parue en 1973 in Archives des sciences sociales des religions, n. 35, pp. 7-22.

[6] « [Winthrop] turned the ocean-crossing into a crossing of the Res Sea and the Jordan River and held out the hope that Massachussets Bay would become a promised land(…) » – Bellah, 1975, II, §8.

[7] Pour le sceau de la nouvelle république furent proposés : pharaon dans la mer (Benjamin Franklin) et Moise conduisant les hébreux à travers la Mer Rouge (Jefferson). (Bellah, 1967, p.13)

[8] Bellah, 1967, pp.15-16.

[9] Il cite Bellah : il fallait « sauver l’Union – pas seulement pour elle-même mais pour ce que l’Amérique représente pour le monde » en tant que gardienne de ce feu sacré (p.29 n.7).

[10] « If we shall suppose that American slavery is one of those offenses which, in the providence of God, must needs come, but which, having continued through His appointed time, He now wills to remove, and that He gives to both North and South this terrible war as the woe due to those by whom the offense came, shall we discern therein any departure from those divine attributes which the believers in a living God always ascribe to Him? Fondly do we hope, fervently do we pray, that this mighty scourge of war may speedily pass away. Yet, if God wills that it continue until all the wealth piled up by the bondsman’s two hundred and fifty years of unrequited toil shall be sunk, and until every drop of blood drawn with the lash shall be paid by another drawn with the sword, as was said three thousand years ago, so still it must be said "the judgments of the Lord are true and righteous altogether. » – Lincoln, cité in Bellah, 1975, II, §8. 

[11] « Escaped from the house of bondage, Israel of old did not follow after the ways of the Egyptians. [n.b. rappelons-nous : l’Egypte = l’Europe] To her was fiven an express dispensation ; to her were given new things under the sun. And we Americans are the peculiar, chosen people  – the Israel of our time. (…) » – Herman Melville, cité in Bellah, 1975, II, §2.

[12] Mark Bennett McNaught, La religion civile américaine. De Reagan à Obama, PU Rennes, coll.  « Sciences des Religions », 2009, pp. 23-24.

[13] « It is precisely this dynamic combination fo public form and private meaning that make the American  civil religion so difficult to understant and analyze » (Bellah, II, §5)

[14] Bien que nous pensions – orgueilleusement – utiliser ce terme de manière originale, et faire preuve, sinon d’innovation, d’indépendance, nous le retrouvons dans les  termes de William Kennedy et devons le confesser : le “lowest-common denominator theology” (The shaping of protestant education)

[15]

 Gjerde va même jusqu’à dire que si le protestantisme maintenant une singularité américaine, et que celle-ci était elle-même une exception, il faut bien conclure qu’il y avait quelque chose de particulier dans le protestantisme, qui fondait cette liberté. (Gjerde, p. 43)

[16] Lambert (2003) has examined the religious affiliations and beliefs of the Founders. Of the 55 delegates to the 1787 Constitutional Convention, 49 were Protestants, and three were Roman Catholics (C. Carroll, D. Carroll, and Fitzsimons). Among the Protestant delegates to the Constitutional Convention, 28 were Church of England (or Episcopalian, after the American Revolutionary War was won), eight were Presbyterians, seven were Congregationalists, two were Lutherans, two were Dutch Reformed, and two were Methodists.

Article Wikipédia – Founding fathers of the United States.[consulté 11 mai 2012, 16h] Frank Lambert. The Founding Fathers and the Place of Religion in America. (Princeton, NJ> Princeton University Press, 2003)

[17] Qu’il rapproche également de l’ « impulsion d’unité » de Hutchinson.

[18] “De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! " quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! " disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI)” (cité in Gjerde, 2012, p.54.)

[19] « It being one chief project of that old deluder, Satan, to keep men from the knowledge of  the Scriptures (…)That every Township in this Jurisdiction, after the Lord hath increased them to the number of fifty Housholders, shall then forthwith appoint one within their town to teach all such children as shall resort to him to write and read» (Old Deluder Satan Act)

[20] « (…) Also that all masters of families do once a week (at the least) catechize their children and servants in the grounds & principles of Religion, & if any be unable to do so much: that then at the least they procure such children or apprentices to learn some short orthodox catechism without book (…)» – Masschusetts School Law[1642]

[21] Encyclopaedia of religion in america, entrée « Education », p.647.

[22] On y trouvait aussi les Dix Commandements et nombre de prières et de recommandations sur le lien de l’homme avec Dieu, ainsi que son devoir de l’adorer.

[23] Sauf les catholiques, bien sûr.

[24] « Seeking to execute their special commission from God, the Puritans sought to establish a widerness Zion, a community of ‘visible saints’ committed to Christian brotherhood and conduct. And within such a society education would assume utmost importance, not merely as an instrument for systematically transmitting an intelelctual heritage, but as an agency for deliberately pursuing a cultural ideal » (Cremin, cité in Nord, 1995, p. 64)

[25] Lambert, The founding fathers and the place of religion in america, 2003.

[26]ibid, Introduction. [archive : http://press.princeton.edu/chapters/i7500.html  [consulté le 5 juin 2012]]

[27] Ainsi William Penn, Quaker fondateur de Philadelphie.

[28] D’où sans doute la pertinence de la notion de « dénomination » chez Berger et Niebhur puisqu’elle porte non seulement en elle un indice de pluralisme, mais également de tolérance mutuelle des religions.

[29] L’expression « The wall of separation » remonte à avant la fameuse lettre de Jefferson aux Baptists de Danbury (1802). Nord (1995) attire notre attention sur le fait que Roger Williams(1603-1683) l’utilisait déjà au XVIIe. Williams voyait l’idéal puritain d’un Nouvel-Israel d’un mauvais oeil puisque reposant sur l’idéologie de l’ancien testament, incompatible avec l’exigence de Jésus affirmant que son Royaume est un royaume spirituel. La notion de Mur de séparation fut donc invoquée antérieurement, mais pour protéger la religion de son abatardissement dans l’Etat, plutôt que l’inverse. (il plaide d’ailleurs en faveur des juifs, musulmans et catholiques)

[30] “(…)For him[i.e. Hopkins], because the constitution was a christian based charter, it provided no right  for the public exercise of a religion that was not christian in belief”(Gjerde, 2012, p.56.)

[31] Ibid. pp.56-57. Pour les raisons déjà évoquées : leurs dogmes et leur attachement à une autorité extérieure au pays met en danger l’unité nationale : “if he is true to his church, he cannot remain faithful to religious and political freedom in the united states. Conversely if he remains loyal to his country, he cannot be true to “the faith of popery” [J.H. Hopkins, The American Citizen, his Rights and Duties, According to the spirit of the Constitution of the United States, 1857]”

[32] Sur les émeutes de philadelphe : Gjerde, 2012, pp. 1-7

[33] Gjerde, p. 141 n. 8

[34] The position of christianity in the united states.

[35] Schooled to order, p.30.

[36] « unless we educate our immigrants, they will be our ruin » – Calvin Stowe (1836)

[37] Edward Pace, toujours, soulignait dans l’entrée « Education » de la Catholic Encyclopaedia (2ème ed. 1913) que l’enseignement catholique visait un idéal et dépendait de la vision du monde qu’on avait puisqu’il incluait forcément le rapport de l’homme à Dieu, à son destin, au monde physiques et à ses compagnons humains. (Woods, p. 6)

[38] Gjerde, p. 166.

[39] Gjerde, p.148 n.30.

[40] « Almost everywhere and in almost every case the avowed purpose of founding schools was religious : the schools were there to make christians » – Herberg, cité in Nord, 1995, p.64

[41] Gjerde, en faisant référance au juge Story, pp.-

[42] La ghettoisagtion du catholicisme pourra également se traduire, en plus de la fondation d’écoles privées, du mouvement des Home Schoolers qui parfois s’émancipent de l’école publique pour des raisons religieuses. (Le Monde diplomatique

Août 2008, p. 16 17, L'instruction à domicile des élèves entre utopie et cauchemar, Ces familles américaines qui défient l'école publique)

[43] Surtout pour des problèmes liés à leur polygamie, en ce qui concerne les Mormons.

[44] [lien : http://news.yahoo.com/girl-scouts-under-scrutiny-catholic-bishops-181843252.html [consulté le 5 juin 2012]]Les Girls Scouts étant une association censément laïque, et en outre fondées par une fervente episcopalian, outre-Atlantique (et dans l’organisation mondiale du scoutisme) on se demande de quel droit cette enquête serait conduite par des évêques. Aux dernières nouvelles, les Girls Scouts ont accepté.

[45] Si l’on nous permet de nous citer sans honte : « L’identité américaine était de longue date profondément liée au protestantisme. Même suite à la proclamation de la Constitution (qui par ses articles I et VI sépare églises et Etat) cinq états de l'union gardent des religions établies et neuf des 13 colonies originelles se proclament "protestantes". Seules la Virginie et Rhode Island établirent une ferme séparation, édifiant en cela le “Wall of Separation” voulu par Jefferson. (Gjerde, 2012) L’héritage pré-révolutionnaire est en effet pesant : le New Hampshire, par exemple, proclamait en 1784 que le chef de l'état, tous les membres du Sénat et de la chambre des représentants devaient être de "religion protestante".  (ibid., p. 31) »

[46] 2003, introduction.

[47] The Church confronts Modernity, Sociology & the study of man, pp. 52-84.

[48] Ce qui fait que l’Etat se considère propriétaires des Eglises depuis 1789, et ce jusqu’en 1905.

[49]  « En conséquence, l’assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen. » (Préambule)

[50] cité in Grevet, 2001, pp. 36-37.

[51] “L’univers m’embarasse et je ne puis penser / Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger” – Voltaire.

[52] J.-B. Chemin, instruction élémentaire sur la morale religieuse par demandes et par réponses, Paris, an V, p.10.

[53] « La Révolution Française, fonciérement anticléricale a essayé d’instaurer une religion civile anti-chrétienne » – Bellah, 1967, p. 18.

[54] « To take the french case first, Martin explains in some detail both the growth and the subsequent clash of two quasi-monopolies : one catholic and one secular. (…) Voltaire’s famous « écrasez l’infâme » became a rallying cry of the revolutionnaries. The « battle » persisted throughout the nineteenth century, culminating in a notably acrimonious separation of church and statein 1905 » – Berger, Religious america secular europe, chap. 4, p.49. Ou les deux « visions du monde radicalement opposées » (Lalouette, p. 228) de Taine : « Les deux tableaux peints, l’un par la foi et l’autre par la science, devinnent de plus en plus dissemblables. Et la contradiction intime des deux conceptions devient flagrante par leur dévelopement même, chacune d’elles se déveloioppant à part et toutes les deux en des sens opposés (…) » Hippolyte Taine, cité in Lalouette, p.227. Certes nous ne contestons pas l’existence de deux velleités de monopoles, mais comme nous le signalons plus bas, il y en a en fait trois, et la lutte ne s’est pas poursuivie avec une intensité similaire pendant 200 ans. De 1789 à nos jours il n’y a pas qu’un bond, mais plusieurs bonds.

[55] Qui va jusqu’à parler du « motto : liberty, equality, fraternity » qui dure 250 ans et perdure à travers les constitutions françaises successives, négligeant par là les Restaurations et Empires qui parsèment le chemin de la première à la troisième République.

[56] Un lien évident peut être fait avec la « religion positive de l’humanité » de Comte qui vénérait les grands hommes également (e.g. Newton, ) et avait pour but de célébrer l’humanité par ce détour, religion dont la Chapelle existe toujours à Paris.

[57] Brûlé par l’Eglise, considéré comme un « martyr de la libre pensée ». Une statue lui fut consacrée et recevait régulièrement des processions.(Lalouette, pp.201-210)

[58] Les enterrements laïcsy tenant une place majeure vers la fin du XIXe (Lalouette, pp. 203)

[59] En effet, les définitions durkheimiennes de la religion pousse x à considérer que la laïcité belge peut être considérée comme une Eglise au sens de Durkheim, puisqu’elle est rémunérée de la même manière que les religions(via le « conseil des associations philosophiques non-confessionelles »), et qu’elles partagent un nombre de « choses sacrées » dont les droits de l’homme… (Des Maîtres et des Dieux, chap. « Belgique »)

[60] Le Grand Orient Belge abandonne la notion de Grand Architecte en 1868 avant d’être suivi par le Granmd Orient Français en 1877. (Lalouette, p.68 n. 1)

[61] Par exemple, la mise en Berne des drapeaux successivement à la mort de Jean-Paul II

[62] Il est amusant de noter toutes les analyses « dans un sens durkheimien » qui ont pu être faites de ce type de religions. En effet, on se rappelle que pour Durkheim, par exemple, le totemisme était une façon pour le peuple de s’auto-vénérer par un détour cutltuel.

[63] Ainsi les humanistes norvégiens qui brouillent les pistes en officiant des mariages.

[64] Comme aux Etats-Unis, on craint le pouvoir du prêtre catholique sur les masses, et le puissant réseau des églises, soumises au Pape, ce souverain étranger. Ainsi les révolutionnaires, pourtant anticléricaux, n’ont rien de plus pressé que mettre l’Eglise catholique sous tutelle via la constitution civile du clergé (1790) qui donnait aux évêques un statut de fonctionnaires soumis à l’État (et salariés par celui-ci), obligés de prêter serment à la constitution “promulguée par l’assemblée et acceptée par le roiC’est toutefois un moment important de la sécularisation : Il s’agissait également de redessiner la carte diocésaine en la faisant entrer dans le moule de la carte départementale. De même il y avait une tentative de démocratisation du clergé, en faisant en sorte que les évêques doivent être élus par leurs prêtres. Dans les faits, ça ne fonctionnera pas, quatre ans plus tard, une mitre sur deux restait inattribuée.

[65] Sa réciproque se trouvait dans le discours clérical qui présentait toute action sécularisante comme l’alliance des forces de la franc-maçonnerie, florilège : « Clément XII, Notre prédécesseur, ayant vu que la secte dite des francs-maçons, ou appelée d'un autre nom, acquérait chaque jour une nouvelle force, et ayant appris avec certitude, par de nombreuses preuves, que cette secte était non seulement suspecte mais ouvertement ennemie de l'Église catholique, la condamna (…)» – Quo graviora, Léon XIII. « Parmi les nombreuses machinations et les moyens par lesquels les ennemis du nom chrétien ont osé s'attaquer à l'Église de Dieu et ont essayé, quoiqu'en vain, de l'abattre et de la détruire, il faut sans doute compter cette société perverse d'hommes, vulgairement appelée " maçonnique ", qui, contenue d'abord dans les ténèbres et l'obscurité, a fini par se faire jour ensuite, pour la ruine commune de la religion et de la Société humaine. » –  Multiplices inter, Pie IX. « Vous savez le but que se sont assigné les sectes impies qui courbent vos têtes sous leur joug, car elles l'ont elles-mêmes proclamé avec une cynique audace : " Décatholiciser la France ". » –  Vehementer Nos, Pie X.

[66] « Pas un homme n’a le droit d’aliéner sa liberté, pas un homme n’a le droit de dire « Je renonce à penser par moi-même., j’obéirai à mon cherf. Pas un homme n’a le droit de dire « Je jure de ne pas me marier. » Celui qui fait cela fait un acte contraire à l’humanité et la dignité humaine et c’est pour cela que nous, républicains radicaus et socialistes d’aujourd’hui, nous ne reconnaissons pas comme possible dans une rébulique démocratique, l’existence des congrégations. » Ferdinand Buisson, 26 novembre 1903. (Lalouette, p.62)

[67] Continuant la tâche où Napoléon l’avait laissée, puisqu’il considérait du devoir de l’université de propager la fidelité à la « quatrième dynastie » à savoir la sienne et de gérer l’éducation de tout l’Empire dans cette optique. (Grevet, p. 76.)

[68] Ce qui signifie pour Hugo qu’il faut soumettre Ecole et Eglise à l’Etat, pour la sauvegarde de la République (Garreaux, p. 83)

[69] Certes assimiler « l’école » et « l’Université Impériale» peut sembler problématique mais le rattachement de tous les établissements primaires en 1816 permet de dissiper retrospectivement l’ambiguïté. Autrement dit le projet Napoléonnien d’un monopole de l’Etat sur l’école ne s’accomplira que sous les Bourbons, mais il s’accomplira. (Grevet, )

[70]La loi du 28 mars 1882 abroge l'article 23 de la loi Falloux du 15 mars 1850, qui imposait l'instruction morale et religieuse au programme scolaire. Programme laic, le catéchisme doit désormais se faire en dehors des classes. C’est donc bien dès 1882, donc 23 ans avant la séparation que l’enseignement est laïc(même si l’on peut tempérer ces affirmations de par la teneur religieuse des cours de “morale” qui remplacent le cathéchisme).

Le mécanisme de sécularisation s’était poursuivi en direction du corps enseignant. La loi Goblet de 1886 confiera l'enseignement à un personnel exclusivement laïc. Enfin, c'est la loi de 1905 sur la séparation de l'église et de l'Etat qui interdit "d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions." (Art. 28) et réclame donc qu'on arrache tous ces crucifix qui languissent au fond des classes ou dans les cantines scolaires.

[71] Georges Leygues dira, lors du débat autour de l’article 4, que « les associations cultuelles […] formeront un immense réseau qui englobera la France entière ; elles auront un comité central à Paris ou ailleurs qui dirigera leur action ; vous voyez le parti qu’une certaine politique pourrait en tirer. » Il affirme donc que laisser ainsi l’Eglise hors contrôle de l’Etat serait « cent fois plus dangereux que le régime actuel » (Poulat 2010).

[72] …Mais uniquement pour les congrégations reconnues. Implique : l’expulsion des Jésuites en 1880 résoudra la crise, même si c’est de façon brutale.

[73] E. Poulat, Scruter la loi de 1905, chap.4 : l’enterrement républicain du Gallicanisme.

[74] « Catholicity must be taught as a whole , in its unity and its integrity or it is not taught at all […] Because [catholicism was] an organism a living body […] and is necessarily one and indivisible » (Gjerde, p.165)

[75] « L’Islam est une « institution religieuse » qui englobe et régit, par ses dogmes, ses rites et ses normes, tous les domaines de l’existence individuelle et communautaire. L’islam est ainsi parallèlement Din (religion) Dawla (mode et système de gouvernement) et Dunya (vie quotidienne de chaque instant dans le monde d’ici-bas) » – Michelle Reeb, L’Islam, Milan Edition, coll. « Les Essentiels », 1995, 64p.

[76] Hervé Blanchot, La Grand’peur de l’Islam, mythes et réalités in L’islam en France, pp. 193-216, dir. BRUNO Etiene, Paris, CNRS, 1990.

[77] Enoncé – entre autres occasions – dans le débat éléctoral contre F. Hollande, le 2 mai, relayé sur Europe 1 le même jour [lien : http://www.europe1.fr/Politique/Sarkozy-veut-un-Islam-en-France-et-pas-un-Islam-de-France-1065585/ ] [consulté le 5 juin 2012]

[78] Voir notre conclusion pluralisme accidentel contre laïcité voulue.

[79] Nous exceptons le protestantisme, à cause de son histoire contrastée, malgré son acceptation lors du Concordat. Ce faisant nous négligeons les 800'000 (sur 18 millions de sujets) protestants en 1687 dont le quart avait fui à l’étranger avant l’Edit de Tolérance de 1787. Dir. Pierre Gisel & Lucie Kaennel , Encyclopédie du Protestantisme, Entrée « France » pp. 526-528.

[80] http://www.reuters.com/article/2012/04/13/us-usa-education-tennessee-idUSBRE83C0JR20120413 [consulté le 5 juin 2012] le texte de loi est disponible ici : http://www.capitol.tn.gov/Bills/107/Bill/HB0368.pdf [consulté le 5 juin 2012]

[81] la blogosphère « athée » a aussitôt montré des signes d’inquiétude :  « Ah. In other words, students may essentially opt out of their education if it contradicts the Bronze Age nonsense they’ve been told to believe at home and at church. A student could theoretically claim adherence to Genesis in biology class, and not suffer academically for turning their nose up the course’s assignments, lessons, and readings. This is a great way to make sure your state is as irrelevant as possible in the information economy. » http://www.patheos.com/blogs/friendlyatheist/2012/05/26/missouri-right-to-pray-amendment-has-a-literally-hidden-purpose/  [consulté le 5 juin 2012]

[82] Science notait en 2004 que le problème touchait, localement ou globalement, 37 états. La tendance ne s’est pas inversée avec le temps. – Science 27 February 2004: Vol. 303 no. 5662 p. 1268, Georgia Backs Off a Bit, But in Other States Battles Heat Up [archive] [consulté le 5 juin 2012]

[83] Le plus récent datant du premier juin dernier Gallup révèle que « orty-six percent of Americans believe in the creationist view that God created humans in their present form at one time within the last 10,000 years. The prevalence of this creationist view of the origin of humans is essentially unchanged from 30 years ago, when Gallup first asked the question. About a third of Americans believe that humans evolved, but with God's guidance; 15% say humans evolved, but that God had no part in the process » [lien] [consulté le 5 juin 2012]

[84]Grevet, pp. 150-151.

[85] En Suisse le problème fut , en fait, inverse : « ou parler de morale ailleurs que dans le cours de religion ? » puisque la morale non plus n’a rien à voir avec les mathématiques ou le français, mais déjà plus avec la religion, c’est là qu’on la trouve.

[86] La Croix, no. 39279, vendredi 18 mai 2012, p. 6 : « Gouvernement Ayrault. Des ministres sur le pont. »

[87] Le simple fait que par « l’Eglise » on désigne celle-ci dénote un favoritisme impressionnant, note Garreaux (p.196)