Collège communal d’Incourt

Rue de Brombais, 2

1315 Incourt

Roux-Miroir, le 7 avril 2014

Monsieur le Bourgmestre, Madame et   Messieurs les Echevins,

Concerne :        Enquête publique relative à l’abattage de 137 chênes + replantation de 68 sujets répartis en 3 zones, le long de la RN 240 à Piétrebais. Réaction de l’asbl Ruralité – Incourt & Alentours (RIAL)

La drève le long de la RN 240 constitue un élément paysager emblématique pour la Hesbaye Brabançonne. En effet, dans un paysage généralement ouvert, cette drève est visible de loin et confère à la RN 240 la qualité d’artère verte mettant en valeur les paysages ruraux traversés. Ainsi, le Programme Paysage du Canton de Jodoigne, dans ses recommandations relatives aux voiries bordées d’arbres, souligne « leur valeur très identitaire au territoire du canton et leur effet visuel d’ourlet jouant le rôle de lignes de force dans la composition du paysage »[1], pour enchaîner comme suit : « l’objectif à atteindre est la protection et la bonne gestion des arbres existants le long des voiries. De même, la faisabilité et l’opportunité de ce type de plantation en bord de voirie pourraient être étudiées dans le cadre de l’ensemble des voiries du canton. »[2] 

Dès lors, RIAL, comme association de préservation et de promotion du cadre de vie par ailleurs membre de Culturalité, se doit de réagir à cette demande d’abattage et, surtout, à l’intention d’un remplacement seulement partiel du tronçon de drève en question.

1. Quant à la décision d’abattage

Si nous ne contestons pas la nécessité d’agir en cas d’infection par les champignons repérés (ganoderma resinaceum et armillaria gallica), nous regrettons toutefois qu’on n’ait pas fait procéder à des analyses (y compris du sol) plus poussées. Celles-ci n’auraient peut-être pas évité l’abattage intégral tel qu’actuellement proposé, mais n’auraient-elles pas pu fournir, au moins, des indications précieuses en vue du choix de l’essence des nouveaux arbres à planter ?

2. Quant à l’analyse de l’impact paysager de l’abattage et d’une replantation seulement partielle

C’est ici que le bât blesse. En effet, l’analyse de l’impact paysager de l’abattage de la drève, telle que contenue dans le dossier argumentant la demande, s’avère être d’une légèreté déconcertante, tant elle témoigne d’une méconnaissance de la réalité du terrain. Peut-on d’ailleurs encore parler d’une analyse ? On se demande même si, pour la réaliser, on a songé à s’éloigner ne fût-ce que de 500 mètres de la voirie ! Pour combler cette importante lacune, RIAL propose ci-après une analyse de l’impact paysager digne de ce nom, s’appuyant sur des photos, des simulations et des analyses faites par des spécialistes (le Programme Paysage précité et les travaux de la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), à savoir le tome 2 de l’Atlas des Paysages de Wallonie, consacré aux plateaux brabançon et hesbignon[3]). Sur cette base, nous formulerons ensuite nos propositions.

2.1. Analyse paysagère générale

Reliant sur une distance de 5 kilomètres le Bois de Beausart (territoire du village de Gottechain) au Bois Saint-Servais (territoire du village de Lathuy), la drève ininterrompue longeant la RN 240 constitue un élément paysager exceptionnel sur un plateau agricole généralement ouvert. Couronnant sur la quasi-totalité une ligne de crête, la drève fait aussi office d’un véritable point d’appel paysager, visible des kilomètres à la ronde (depuis l’Ecluse au nord, jusqu’aux abords de Sart-Risbart au sud). De plus, elle contribue à adoucir l’effet de quelques bâtiments peu esthétiques qui bordent la RN 240 et qui sont, eux aussi, visibles de loin. A ce titre, la drève actuelle et continue correspond parfaitement à une recommandation du Programme Paysage précité concernant les voies de communication : « On veillera également à améliorer l’insertion paysagère des nombreux équipements bordant ces voiries notamment par une composition végétale favorisant leur bonne insertion. »[4] L’enjeu, dans ce cas précis, est de maintenir intégralement cet effet paysager bénéfique de la drève, d’autant plus qu’il s’agit précisément du tronçon le plus altéré par la présence de bâtiments pas forcément intégrés. En cas de replantation seulement partielle, ces éléments paysagers de moindre qualité, à savoir le garage automobile et l’entrepôt agricole, ne seront plus intégrés dans la drève, mais viendront « boucher » les ouvertures qu’on laisserait dans l’alignement d’arbres. C’est tout le contraire d’une bonne gestion paysagère telle que préconisée par le Programme Paysage ! Les analyses plus détaillées ci-après en fournissent l’illustration.

2.2. Analyse paysagère détaillée

Comme le montrent les photos et simulations ci-après, la drève actuelle englobe visuellement le garage automobile et rehausse l’aspect plutôt banal de ce bâtiment. En outre, le caractère continu de la drève donne l’impression que l’énorme et disgracieux entrepôt agricole s’y adosse ou en fait partie (selon l’angle de vue adopté), ce qui a pour effet d’adoucir considérablement sa présence. En optant pour une replantation partielle et discontinue, on dissocie une série d’éléments – garage, entrepôt, arbres – qui, à l’heure actuelle et malgré le manque de qualité des éléments bâtis, constituent un ensemble plutôt cohérent, voire « organique ». Cette dissociation transformera ce tronçon « délicat » de la RN 240 en un tronçon pauvre d’un point de vue paysager, fait d’une juxtaposition d’éléments divergents mal reliés entre eux. C’est d’autant plus grave que ce tronçon constitue le point culminant de la route entre Grez-Doceau et Jodoigne et qu’il est donc visible de loin (cf. supra, point 2.1.).

Notons par ailleurs que devant les surfaces boisées entourant la base militaire, il convient aussi de replanter la drève, étant donné que, plus loin, ces surfaces boisées ont récemment subi d’importantes coupes à blanc et que les autorités militaires n’auraient pas l’intention de procéder à des replantations. Espérons que non, mais il se peut bien que les surfaces boisées entre le carrefour de la Chise et l’extrémité du domaine militaire ne soient pas pérennes !


Deux vues vers Jodoigne, depuis le parc à conteneurs

Les zones marquées en rouge montrent comment la drève actuelle, de par son caractère continu, crée un ensemble « organique », qui contribue à intégrer les deux bâtiments implantés en ligne de crête et donc visibles de loin. Il importe de ne pas « singulariser » ces deux bâtiments en laissant des « trous » dans la drève.

Détail de la photo ci-contre, montrant la bonne intégration du garage, grâce à la continuité de la drève actuelle.

La photo ci-contre montre la RN 240 depuis le parc à conteneurs vers le carrefour de la Chise. La drève actuelle y longe les surfaces boisées entourant la base militaire. Comme ces surfaces boisées ne bénéficient d’aucune protection spécifique, elles ne sont pas forcément pérennes (d’ailleurs, plusieurs de ces surfaces ont été rasées récemment et seront transformées en zones enherbées). Dès lors, il convient de replanter aussi cette partie de la drève, pour que l’intégration paysagère des installations militaires reste assurée quoiqu’il arrive aux surfaces boisées susmentionnées.

La drève de la RN 240, vue depuis l’entrée principale de la base militaire, à la sortie de La Bruyère.

Situation actuelle versus situation projetée à éviter

Le photomontage montre que la replantation seulement partielle de la drève rendra particulièrement visible l’entrepôt agricole peu intégré et implanté en ligne de crête. D’où la nécessité d’une replantation continue.

La drève de la RN 240, vue depuis l’entrée principale de la base militaire, à la sortie de La Bruyère (détail).

Situation actuelle versus situation projetée à éviter

Le photomontage montre que la replantation seulement partielle de la drève rendra particulièrement visible l’entrepôt agricole peu intégré et situé en ligne de crête. D’où la nécessité d’une replantation continue.

La photo ci-contre montre la RN 240 depuis la route reliant le carrefour de la Leck au village de La Bruyère, en direction du carrefour de la Chise. La drève actuelle intègre bien les bâtiments imposants de l’entrepôt agricole, implanté en ligne de crête. La zone marquée en rouge ne serait pas replantée. Or, pour continuer à assurer une intégration paysagère optimale de l’entrepôt, la replantation continue et intégrale s’impose.

La drève de la RN 240, vue depuis la rue de Beauvechain (côté sud).

Situation actuelle versus situation projetée à éviter

Comme pour la vue depuis le village de La Bruyère (photomontages ci-avant), ce photomontage-ci montre que la replantation seulement partielle de la drève rendra particulièrement visible l’entrepôt agricole peu intégré et implanté en ligne de crête. D’où la nécessité d’une replantation continue.

La drève de la RN 240, vue depuis la rue de Beauvechain (côté sud – focus sur l’entrepôt agricole).

Situation actuelle versus situation projetée à éviter

Comme le photomontage ci-avant, ce photomontage-ci montre que la replantation seulement partielle de la drève rendra particulièrement visible l’entrepôt agricole peu intégré et implanté en ligne de crête. D’où la nécessité d’une replantation continue.

A notre sens, ces photomontages illustrent aussi un constat fait par la CPDT à propos de notre région (la campagne de Jodoigne), à savoir que « les plateaux des parties ouest montrent une réelle cohérence visuelle dont la fragilité est amplifiée par la possibilité de vues à longue distance. L’implantation maladroite d’équipements agricoles est susceptible de rompre l’équilibre de la composition du paysage »[5]. Dans ce cas-ci, on peut affirmer que la drève, de par son caractère continu, atténue l’effet d’une implantation « maladroite ».

Sur la base de ce qui précède, RIAL conteste donc formellement l’assertion du demandeur de l’abattage selon laquelle il n’y aurait pas de « risque de rupture » en cas de replantation partielle de la drève. Si la drève le long de la RN 240 mérite une protection intégrale, le tronçon concerné par l’abattage est même le tronçon le plus délicat d’un point de vue paysager. En tous cas, il convient d’éviter l’appauvrissement paysager constaté plus loin sur la RN 240, à savoir entre Enines et Jauche, après l’abattage et la replantation discontinue de la drève.

3. Quant aux aspects de sécurité routière

Si nous comprenons que la visibilité aux carrefours et aux sorties des propriétés doit être assurée, cela ne justifie pas une replantation seulement partielle. En effet, les sorties de propriété du garage et de l’entrepôt ne se font pas face. Par conséquent, on peut parfaitement continuer l’alignement d’arbres du côté opposé de la voirie, de façon à assurer une bonne intégration des bâtiments, comme c’est actuellement le cas. 

De plus, il est indéniable que la disparition de la drève, qui confine visuellement l’espace dévolu aux voitures, induira une augmentation de la vitesse des voitures, qui aujourd’hui déjà ne respectent pas toujours les limitations en vigueur. D’où l’importance de prévoir une replantation intégrale. Remplacer la drève par un seul alignement d’arbres et aménager une piste cyclable plus large de l’autre côté (une idée vaguement évoquée dans le dossier accompagnant la demande d’abattage), n’a pas de sens selon nous. Un seul alignement d’arbres réduira moins la vitesse (ou l’excès de vitesse) et ne rendra donc pas cette piste cyclable plus sûre. Si l’on veut réellement améliorer la sécurité des cyclistes, il faudrait s’inspirer de la prolongation récente de la piste cyclable depuis Archennes vers Bossut, le long de la RN 25. Concrètement, il faudrait prévoir une piste cyclable derrière un des deux alignements d’arbres, de préférence du côté gauche quand on se dirige vers Jodoigne, étant donné qu’il y a généralement plus d’espace disponible de ce côté-là, surtout entre Sart-Mélin et le Bois Saint-Servais.

4. Quant à une replantation seulement partielle

Le demandeur de l’abattage prétend que, en raison de la fréquentation et de la configuration de la voirie, il est « inapproprié de replanter sur l’entièreté du tronçon, au risque de voir le problème se répéter à moyen terme ».

Tout d’abord, il convient de se demander où se situe précisément « le problème » par rapport à une replantation intégrale. Rappelons qu’il n’a pas été jugé utile d’analyser le sol sur l’ensemble du tronçon pour vérifier la présence généralisée (ou non) des champignons en question. En d’autres mots, l’ampleur réelle du problème n’a jamais été étudiée à fond. On opte donc pour une solution rapide certes compréhensible pour des raisons de sécurité à court terme, mais dont la teneur ne devrait pas déterminer a priori celle de la décision quant à la replantation[6].

Par ailleurs, la notice du spécialiste qui a constaté la présence des champignons, contient une liste non-exhaustive d’arbres qui présentent une grande résistance à ce genre de champignons. Donc « le problème » est évitable à l’avenir, moyennant un choix judicieux de l’essence.

Quant à l’espace de développement à attribuer aux arbres, nous pensons que, moyennant sensibilisation, il faudrait pouvoir amener les agriculteurs à ne pas pulvériser près du bord de leur champ. De plus, l’aménagement d’une piste cyclable séparée de la voirie par les arbres (cf. supra, point 3), du fait qu’on pourrait alors supprimer les étroites pistes cyclables existantes, peut donner à ces arbres l’espace nécessaire pour un développement sain. Développement sain qui, à son tour, diminuera les difficultés de gestion et les risques pour les usagers de la route.

5. Propositions de RIAL

En raison de ce qui précède, RIAL demande :

Notons enfin que nos propositions se veulent conformes aux recommandations de la CPDT, qui, dans l’atlas des paysages consacré aux plateaux brabançon et hesbignon, recommande de  « [m]aintenir et développer le maillage vert de haies et d’arbres qui participe à la diversité du paysage » (objectif paysager n° 5)[8] et suggère à cet effet de « [d]éfinir des périmètres de prescriptions paysagères sur les zones ouvertes (…), où l’impact visuel de constructions verticales – y compris les équipements agricoles – est important » (deuxième piste d’action)[9].

Vous remerciant d’avance de votre intérêt et de votre soutien pour nos propositions, nous vous prions de croire, Monsieur le Bourgmestre, Madame et Messieurs les Echevins, à nos sentiments distingués,

Pour RIAL asbl (Rue de Chaumont 20A – 1315 Roux-Miroir):

Erik Cuypers,

président

Vinciane Stockmans,

administratrice

RIAL asbl – Rue de Chaumont 20A – 1315 Roux-Miroir – rial.asbl@gmail.com


[1] « Programme Paysage du Canton de Jodoigne », élaboré par les bureaux d’étude Cooparch-RU et Agora pour le compte de l’asbl GAL Culturalité en Hesbaye Brabançonne, avec le soutien de l’Europe, la Région Wallonne et les six communes du Canton de Jodoigne, p. 38. Le document est consultable à l’adresse suivante :  http://www.culturalite.be/sites/default/files/pdf/texte_programme_paysage.pdf. 

[2] Ibidem.

[3] « Atlas des Paysages de Wallonie », tome 2 « Les Plateaux brabançon et hesbignon », Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), éditeur responsable : SPW-DGO4, Namur, 2009.

[4] « Programme Paysage du Canton de Jodoigne », op.cit., p. 39.

[5] « Atlas des Paysages de Wallonie », tome 2, op.cit., p. 152.

[6] Signalons qu’en ce qui concerne les échantillons sol, le rapport d’analyse n’établit pas clairement une contamination du sol : « Les résultats d’analyses (…) se sont révélés négatifs malgré la présence constatée de rizomorphes sur l’arbre et l’analyse positive de l’échantillon du bois. Nous émettons donc une certaine réserve quant au fait d’une absence totale de champignons lignivores au niveau du sol, et de l’armillaire en particulier. Dans tous les cas, les mesures préventives seront d’application (…) » (p. 5).

[7] « Programme Paysage du Canton de Jodoigne », op.cit. p. 38.

[8] « Atlas des Paysages de Wallonie », tome 2, op.cit., p. 153.

[9] Idem.