Kimbu Sin

Antuan De-Sent-Eskiperih, 1943

Le petit prince

Antoine de Saint-Exupéry, 1943

KOMBE NA 1

Eta wa le tiro vai lo, weyun, tato kwa, tan nenyun wanen, bo kaiko tos penyo yuvang le senka “Atoka Hoto”. Ya jetan popomia wan yu la kenza unga. Awau shito na tan.

PREMIER CHAPITRE

Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait "Histoires Vécues". Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voilà la copie du dessin.

Bo kaiko al janko: “nanai popomia janja kenza kwakwambe wonumia, leleng dundu yu. Zeye yunyo nong rata tengi nunu ai janja zon tabo maro vai na senza”.

Echu wa jevi wi wamwa tos dento na suskula ai, la sento na wa, wa janten za champe na san, jam autan na kwa na wa. Autan na kwa. Ya shau:

On disait dans le livre: "Les serpents boas avalent leur proie tout entière, sans la mâcher. Ensuite ils ne peuvent plus bouger et ils dorment pendant les six mois de leur digestion".

J'ai alors beaucoup réfléchi sur les aventures de la jungle et, à mon tour, j'ai réussi, avec un crayon de couleur, à tracer mon premier dessin. Mon dessin numéro 1. Il était comme ça:

Wa kwi munyun wamwati na wa uwanta ai haka en autan na wa munyika yunyo.

Yunyo waika wa: “Hamun tiski ke munyika?”

Autan na wa nong jetan tiski. Ya jetan nanai popomia yu senza naifu. Chumunye wa jantan abo na popomia, eno uwanta tengi jebo. Tayo yunyo tinza amunjebo. Autan na sun na wa shai:

J'ai montré mon chef d'oeuvre aux grandes personnes et je leur ai demandé si mon dessin leur faisait peur.

Elles m'ont répondu: "Pourquoi un chapeau ferait-il peur?"

Mon dessin ne représentait pas un chapeau. Il représentait un serpent boa qui digérait un éléphant. J'ai alors dessiné l'intérieur du serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles ont toujours besoin d'explications. Mon dessin numéro 2 était comme ça:

Uwanta noka wa tustu jantan autan na popomia mil eom okai, ai en tim wa joke wi tunti anjono, kwitajono, daujono ai karenjono. Amun chumunye wa kechu, le tiro vai, kansanu wanen na utanka. Wa kwi opomonke chumun inishuleng na autan na kwa ai autan na sun na wa. Uwanta tatang jebo aya kwasi kwambe, ai aye tenzonju, tos ben, en tayo ana munjebo yunyo.

Echu wa kwi jeza kansanu yin ai kwan muno neni. Kwi nenu layo fafau la Yula. Ai tos anjono, eo chau, ya leo wi wa. Wa tengi sain, za yunto na kwa, Chongan ai Arizonan. Aye tenza, tonto al nojong la manta.

Shau, la nonu na ihai na wa, wa kwi vayun wi shai uyu reke wi shai. Kwi dora wi la vado na uyu wanta. Kwi weyun fafau wi yunyo. Aye nong janen wi ajesa na wa.

Eta wa jobo ukwa yu yunkule hoju si tos wa, za autan na kwa be wa tayo lera ya, zayun yu. Wa keju dejo tonto yu ho tengi jebo.

Esto tayo yu janja waika: “Aye tiski.” Echu wa nong yonka yu tos popomia wan, mau nong tos penyo yuvang, mau nong tos mangu. Wa vunu angi na yu. Wa yonka yunyo tos birij, chafi, nyonoka ai kengo. Ai uwanta yosaka wi en wejo ubu yu jepu shau.

Les grandes personnes m'ont conseillé de laisser de côté les dessins de serpents boas ouverts ou fermés, et de m'intéresser plutôt à la géographie, à l'histoire, au calcul et à la grammaire. C'est ainsi que j'ai abandonné, à l'âge de six ans, une magnifique carrière de peinture. J'avais été découragé par l'insuccès de mon dessin numéro 1 et de mon dessin numéro 2. Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c'est fatigant, pour les enfants, de toujours leur donner des explications.

J'ai donc dû choisir un autre métier et j'ai appris à piloter des avions. J'ai volé un peu partout dans le monde. Et la géographie, c'est exact, m'a beaucoup servi. Je savais reconnaître, du premier coup d'oeil, la Chine de l'Arizona. C'est utile, si l'on est égaré pendant la nuit.

J'ai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de gens sérieux. J'ai beaucoup vécu chez les grandes personnes. Je les ai vues de très près. Ça n'a pas trop amélioré mon opinion.

Quand j'en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais l'expérience sur elle de mon dessin no.1 que j'ai toujours conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive.

Mais toujours elle me répondait: "C'est un chapeau." Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d'étoiles. Je me mettais à sa portée. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et la grande personne était bien contente de connaître un homme aussi raisonnable.


KOMBE NA 2

Echu wa kwi hai kwasi, leleng ukwa be wa yonka ho yu, deche wa denisto la songan Saharan, tauku tiro vai. Akwa bai bo nutal, Ai chumun wa nong lu utal eom nibo, wa la jankuri kemun janten, kwasi kwambe, awaisa reza. Tos wa lo ya akwa ya tos hai eom tomia. Wa le aso na soza visi tos anin dia.

Manta na kwa lo wa nuzon tila vushum la mil pol wi chu dorala kakwa na yunga. Wa ochikai wi tunti usoni minyau tila nengira bambo wanso. Echu al tengi jebo ahoika, la tinuto na anin, eta kika haushi sin monzon wa. Ya ka:

“Soi, jantan wa ume!”

“Hoi!”

“Jantan wa ume...”

Wa pya vuti ge tontoshi tipingu chen wa. Kwi nyom nen ayun. Kwi yun nen. Ai weyun simbu sin yu janjang kwambe, yu sayun reke wa. Awau yutan nen tio be, zeye, wa tengi jantan ya tos yu. Esto autan na wa, reshi, tenkunju si tunti usaku na ya. Tos aye wa nong fonza. Uwanta pomonke kansanu na wa na utanka,  eta le tiro vai, ai tatang kwan jantan, chito popomia okai ai popomia mil.

CHAPITRE II

J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur, Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait:

-S'il vous plaît... dessine-moi un mouton!

-Hein!

-Dessine-moi un mouton…

J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien frotté mes yeux. J'ai bien regardé. Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j'ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n'est pas de ma faute. J'avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l'age de six ans, et je n'avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts.

Echu wa yun atonyun ye za ayun rosa kwambe chumun ahoika. Om nong monjo wa la Mail pol chu dorala kakwa. Ewe simbu sin wau nong yunkule yu nojong, mau nong tinzon deche tomia, tinki deche tomia, soke deche tomia eom yika deche tomia. Yoyong yunkule ben nojong bambo songan, la Mail pol  chu dorala kwambe. Eta wa zebas janten ka, wa ka yu:

“Esto haya la jam lai?”

Ai yu ka wai wa, mwenu kwambe, shi aya reke wi:

“Yau, jantan wa ume...”

Eta nansis kwa temwuza vivi lo, al nong tunyike  nong hinkeza. Nonto aye wu jevang yunkule wa la Mail pol chu ala odora yo ai zembo na tomia, wa zachu asho ai hichope chu bobos.

Esto tai wa jewai en kwi kwan tiku anjono, kwitajono, daujono ai karen, ai (za juto ming siwi) ka simbu sin en wa nong tengi jantan. Yu waika wa:

“Yoyong kungile. Oi jantan wa ume.”

Chumun tatang kwiku jantan ume lo, wa jam yu akwa chu autan sun sisi be wa kwi janten jam yanyo. Akwa na popomia okai. Ai wa hohoiza kwambe wehim simbu sin waika wa:

“Nong! Nong lo! Wa nong keju naifu bo popomia. Popomia janja zen wi, ai naifu janja doile wi. Sin wi vado na wa. Wa tinza ume kwa. Oi jantan wa ume.”

Echu wa jantan.

Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d'étonnement. N'oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n'avait en rien l'apparence d'un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis enfin de parler, je lui dis:

-Mais qu'est-ce que tu fais là?

Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse:

-S'il vous plaît... dessine-moi un mouton…

Quand le mystère est trop impressionnant, on n'ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe.

Mais je me rappelai alors que j'avais surtout étudié la géographie, l'histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit:

-Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.

Comme je n'avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, un des deux seuls dessins dont j'étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre:

-Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa. Un boa c'est très dangereux, et un éléphant c'est très encombrant. Chez moi c'est tout petit. J'ai besoin d'un mouton. Dessine-moi un mouton.

Alors j'ai dessiné.

Yu yun tuntu ya, ai zeye:

“Nong! Uye rata mimiza wi. Oi jam wa uyin.

Wa jantan:

Il regarda attentivement, puis:

-Non! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.

Je dessinai:

Ustu mweki mweju, za imwechule:

“Li weyun nen...uwau nong ume, uwau bume. Yu le tipe...”

Echu wa jam autan wai:

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence:

-Tu vois bien... ce n'est pas un mouton, c'est un bélier. Il a des cornes…

Je refis donc encore mon dessin:

Esto yu nonza ya, shi aya yanyo kula:

“Uye naita vivi. Wa keju ume yu hai ata nai.

Echu, la momura iraju, chumun wa geku nuku moron nutal, wa genana autan wau. Ai wa munjebo:

“Aye beo. Ume be li keju yu bo.”

Mais il fut refusé, comme les précédents:

-Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.

Alors, faute de patience, comme j'avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai:

-Ça, c'est la caisse. le mouton que tu veux est dedans.

Esto wa hoika wi weyun kuku na urenka sita na wa tondin:

“Ya shai chau shi wa keju ya! Li jeho en ume wau tinza poi wi ha?”

“Hamun?”

“Chumun sin kwambe vado na wa…”

“Aye denu yosa reshi. Wa kwi pau li ume sin kwambe.”

Yu jampil titi ti autan:

“Nong sin shai ume… Yun! Yu kwi nuzon.”

Ai shai lo, wa jobo kimbu sin.

Mais je fus bien surpris de voir s'illuminer le visage de mon jeune juge:

-C'est tout à fait comme ça que je le voulais! Crois-tu qu'il faille beaucoup d'herbe à ce mouton?

-Pourquoi?

-Parce que chez moi c'est tout petit…

-Ça suffira sûrement. Je t'ai donné un tout petit mouton.

Il pencha la tête vers le dessin:

-Pas si petit que ça... Tiens! Il s'est endormi…

Et c'est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.


KOMBE NA 3

CHAPITRE III

Ya popa wa ata wi en jebo ala yu wechu lai. Kimbu sin, yu haka wa ahaka wi, nong yunkule him ana wa. Kaya yu chuka kenong yanyo munyun wa akwambe. Shai, eta yu weyun tato na kwa neni na wa lo (wa nong jantan neni, aye autan wiva vivi tos wa) yu haka wa:

“Haya lo, aya ye lai?”

“Aye nong aya. Aye nenu. Ya neni. Ya neni na wa.”

Ai wa wenju munjo yu wa janja nenu. Echu yu donka:

“Hashi lo! Li bon chu tiska!”

“Eo,” wa ka hupu.

“Wu! Haushi aye...”

Ai kimbu sin cheta nuku bumbai hauka, akwa ya janzau wi wa. Wa soi al jesa reke minis na wa. Zeye yu jamau ka:

“Lo, li mau wechu tilan! Tira hana li wechu lai?”

Wa geta jekuje ageyun, bo nansis na ilaula na yu, ai hakum chetavi yu:

“Echu li wechu tira yin ha?”

Esto yu nong waika wa. Yu bombo mwenu titi la weyun neni na wa.

“Ya ho en, za aye vu lai, li nong tengi wechu ala nainu wi…”

Ai yu vunu ajekeho ya weri ata nai. Zeye, tabo zachu ume na wa chu bobos lo, yu bone jewaivi wampa ye na yu.

Linyo jeyun awi wa kwi tengi viyun wi shai inyeno na sumbe wau tos “tira yin ye”. Echu wa pomun walo dejo wi tunti.

“Hala wechu, simbu sin zai? Hala vado na li la? Hano keju deza ume na wa?”

Yu waika wa ze isis na jevi:

“Akwa ya nen, tos beo li pau wa ya, ya en, la manta, ya denu leke yu yudo.

“Reshi. Ai tonto li mweju lo, wa pau li mau naya eno jasku yu tabo ninta. Ai pyuvu mau.

Ajeka yunkule denju kimbu sin:

“Jasku yu ha? Jevu wu tehau!”

“Esto tonto li nong jasku yu lo, yu denu de ala kakwa, ai nojong...”

Ai ustu chuka abumbai hen na hauka:

“Esto hano li je yu de lai!”

“Ya nong kungile. Denu kuno yu...”

Tai kimbu sin toska reke:

“Aye nong kungile, ala sin shai, vado na wa!”

Ai, za ivuju si, tente, yu jamau ka:

“Eta al denu kuno yulo, al nong tengi nunu nainu wi...”

Il me fallut longtemps pour comprendre d'où il venait. Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononcés par hasard qui, peu à peu, m'ont tout révélé. Ainsi, quand il aperçu pour la première fois mon avion (je ne dessinerai pas mon avion, c'est un dessin beaucoup trop compliqué pour moi) il me demanda:

-Qu'est ce que c'est que cette chose-là?

-Ce n'est pas une chose. Ca vole. C'est un avion. C'est mon avion.

Et j'étais fier de lui apprendre que je volais. Alors il s'écria:

-Comment! tu es tombé du ciel!

-Oui, fis-je modestement.

-Ah! ça c'est drôle…

Et le petit prince eut un très joli éclat de rire qui m'irrita beaucoup. Je désire que l'on prenne mes malheurs au sérieux. Puis il ajouta:

-Alors, toi aussi tu viens du ciel! De quelle planète es-tu?

J'entrevis aussitôt une lueur, dans le mystère de sa présence, et j'interrogeai brusquement:

-Tu viens donc d'une autre planète?

Mais il ne me répondit pas. Il hochait la tête doucement tout en regardant mon avion:

-C'est vrai que, là-dessus, tu ne peux pas venir de bien loin...

Et il s'enfonça dans une rêverie qui dura longtemps. Puis, sortant mon mouton de sa poche, il se plongea dans la contemplation de son trésor.

Vous imaginez combien j'avais pu être intrigué par cette demi-confidence sur "les autres planètes". Je m'efforçai donc d'en savoir plus long:

-D'où viens-tu mon petit bonhomme? Où est-ce "chez toi"? Où veux-tu emporter mon mouton?

Il me répondit après un silence méditatif:

-Ce qui est bien, avec la caisse que tu m'as donnée, c'est que, la nuit, ça lui servira de maison.

-Bien sûr. Et si tu es gentil, je te donnerai aussi une corde pour l'attacher pendant le jour. Et un piquet.

La proposition parut choquer le petit prince:

-L'attacher? Quelle drôle d'idée!

-Mais si tu ne l'attaches pas, il ira n'importe où, et il se perdra…

Et mon ami eut un nouvel éclat de rire:

-Mais où veux-tu qu'il aille!

-N'importe où. Droit devant lui…

Alors le petit prince remarqua gravement:

-Ça ne fait rien, c'est tellement petit, chez moi!

Et, avec un peu de mélancolie, peut-être, il ajouta:

-Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin...


KOMBE NA 4

Echu wa dejo aya na sun ya kungi wi. Aye en tira yu wechu lai wan tunti visi yudo!

Aye nong tengi jahoi wi wa. Kwi jo nen en chito tira wan shi Yula, Yanyun, Yamadu, Shinaku lo be al pau senka yanyo, mau ayin kwakwa laila yanyo sin shai en al za tilanyun tengi weyun reza. Eta utilanjono henyun akwa chu yanyo lo, yu janja pau ya dau shi senka. Yu ke pau, tanto lo, senka “tidu 3251”.

Wa le amun reke wa jeho en tira kimbu sin wechu lai ya tidu B 612.

CHAPITRE IV

J'avais ainsi appris une seconde chose très importante: C'est que sa planète d'origine était à peine plus grande qu'une maison!

Ça ne pouvait pas m'étonner beaucoup. Je savais bien qu'en dehors des grosses planètes comme la Terre, Jupiter, Mars, Vénus, auxquelles on a donné des noms, il y en a des centaines d'autres qui sont quelque-fois si petites qu'on a beaucoup de mal à les apercevoir au télescope. Quand un astronome découvre l'une d'elles, il lui donne pour nom un zéro. Il l'appelle par exemple: "l'astéroïde 3251."

J'ai de sérieuses raisons de croire que la planète d'ou venait le petit prince est l'astéroïde B 612.

Tato kwa sisi lo, la 1909, utilanjono Tiriki boyun tidu ye.

Cet astéroïde n'a été aperçu qu'une fois au télescope, en 1909, par un astronome turc.

Yu jam echu amunyun wamwa na ahenyun na yu la Akara Wilan na Tilanjono.

Esto yuyung kwi jeho yu chumun nyongo na yu. Uwanta janja shai.

Il avait fait alors une grande démonstration de sa découverte à un Congrès International d'Astronomie.

Mais personne ne l'avait cru à cause de son costume. Les grandes personnes sont comme ça.

Nenishi lo, tos putan na tidu B 612 lo upompun na Tirikan munza, la zenke afon na mia, wopun na yu sapu shi Upanan.

Utilanjono jam wai amunyun la 1920, wengo angonyo nushu wi. Ai tato wau uyo pauza atoka na yu.

Heureusement, pour la réputation de l'astéroïde B 612 un dictateur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s'habiller à l'Européenne.

L'astronome refit se démonstration en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis.

Chumun uwanta lo, wa kwi toka linyo sinchau ye na tidu B 612 ai kwi rejuka linyo dau na ya. Uwanta janja nenju dau. Eta linyo yonka yunyo tos ustu hen kwa lo, yunyo tatang haka aya telenchong. Yunyo tatang ka: “Hashi hinka na kika na yu? Haya afi be yu tunke yanyo? Yu kakwara sandi ha?”

Yunyo ke haka linyo: “Tiro hawi le? Bua hawi le? Wambio hawi jum? Ahawi uba paiza?”

Shai sisi yunyo jeho dejo yu. Tonto linyo ka uwanta: “Wa kwi weyun yudo nenyun le duzu foyam, le rankinai ku shenum ai le mosone tila doki...” yunyo nong janten jeyun yudo ye. Tim linyo ka yunyo: “Kwi weyun yudo ya popa Faran wisti.” Tontoye yunyo ke donka: “Wu nenyun aye!”

Shai, tonto linyo ka yunyo: “Areyun en kimbu sin kwi laila lo, aye en nenyun yu, ai en yu keju ume. Eta al keju ume lo, aye areyun en al laila” yunyo ponti tilulu ai zazia linyo shi ben!

Esto tonto linyo ka yunyo: “Tira be yu wechu lai tidu B 612” tontoye reje yunyo, ai tustu linyo vera tos ahaka. Yunyo shai. Tim nong zaming yunyo. Tim ben mwechule wi tos uwanta.

Esto, reshi, wanyo yunyo jebo ihai, wanyo hauvu wi dau! Wa ke keju nuku atoka wau shi pasto. Ke keju ka:

“Tauku kwikuta wi kimbu sin laila yu dora tira ya wan tunti visi yu, ai yu tinza ustu...” Tos uwau yunyo jebo ihai, aye ke yunkule ho tunti wi.

Chumun wa nong nenju en al koyun kukujeng kaiko na wa. Wa toju ayaiza wi la toka ajewai wau. Tiro vai kwi tunku en ustu nuchu lu ume na yu. Tonto wa kemun janko ya lau lo, aye eno nong monjo.

Ya tenyoi en monjo ustu. Uyu wi nong kwiku le ustu. Ai tontoye wa tente tom shi uwanta yunyo joke yayang chito dau. Amun chumunye echu en wa paza bombe na sanso ai tampe. Ya reza en nuku wai jantan, le lata wau, eta al tatang kemun jam autan yin chito akwa na popomia okai ai akwa na popomia mil. Kwi kemun, reshi, jam yutan yanyo yunkule wi eche ten.

Esto wa nong reju kwambe wa janten. Autan na kwa nen yosa, ai ayin yoyong yunkule. Mau wa jamwoi si tos iwen na yu.

Lau, kimbu sin wen vivi. Lai, yu fau vivi. Reshinju mau tos san na angonyo na yu.

Echu wa leleche shau ai shai, sito nen, sito ming. Echu wa ke jamwoi zebas tos sinchau visi yanyo kungile. Esto tos aye be tim al yauka wa.

Ustu na wa tatang munjebo aya. Yu jeho, tente, wa shi yu. Esto wa, minishi lo, nong tengi weyun ume tum beo. Wa tenti yunkule si wanta. Tim wa tomwan naita.

Si je vous ai raconté ces détails sur l'astéroïde B 612 et si je vous ai confié son numéro, c'est à cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais: "Quel est le son de sa voix? Quels sont les jeux qu'il préfère? Est-ce qu'il collectionne les papillons?"

Elles vous demandent: "Quel âge a-t-il? Combien a-t-il de frères? Combien pèse-t-il? Combien gagne son père?"

Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes: "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit..." elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire: "J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'écrient: "Comme c'est joli!"

Ainsi, si vous leur dites: "La preuve que le petit prince a existé c'est qu'il était ravissant, et qu'il voulait un mouton. Quand on veut un mouton, c'est la preuve qu'on existe" elles hausseront les épaules et vous traiteront d'enfant!

Mais si vous leur dites: "La planète d'où il venait est l'astéroïde B 612" alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions. Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes.

Mais, bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros! J'aurais aimé commencer cette histoire à la façon des contes de fées. J'aurais aimé dire:

"Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui, et qui avait besoin d'un ami..." Pour ceux qui comprennent la vie, ça aurait eu l'air beaucoup plus vrai.

Car je n'aime pas qu'on lise mon livre à la légère. J'éprouve tant de chagrin à raconter ces souvenirs. Il y a six ans déjà que mon ami s'en est allé avec son mouton. Si j'essaie ici de le décrire, c'est afin de ne pas l'oublier.

C'est triste d'oublier un ami. Tout le monde n'a pas eu un ami. Et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne s'intéressent plus qu'aux chiffres. C'est donc pour ça encore que j'ai acheté une boîte de couleurs et des crayons. C'est dur de se remettre au dessin, à mon âge, quand on n'a jamais fait d'autres tentatives que celle d'un boa fermé et celle d'un boa ouvert, à l'âge de six ans! J'essayerais bien sûr, de faire des portraits le plus ressemblants possible.

Mais je ne suis pas tout à fait certain de réussir. Un dessin va, et l'autre ne ressemble plus. Je me trompe un peu aussi sur la taille.

Ici le petit prince est trop grand. Là il est trop petit. J'hésite aussi sur la couleur de son costume.

Alors je tâtonne comme ci et comme ça, tant bien que mal. Je me tromperai enfin sur certains détails plus importants. Mais ça, il faudra me le pardonner.

Mon ami ne donnait jamais d'explications. Il me croyait peut-être semblable à lui. Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons à travers les caisses. Je suis peut-être un peu comme les grandes personnes. J'ai dû vieillir.


KOMBE NA 5

Anin yo wa dejo aya tos tira na yu, tos anuchu, tos anunai. Aye to mwenu, kenong chu aje na yu. Shai wa, la anin na yem, dejo minto na titivupe.

Tato wau, wai, ume mun ya, chumun kimbu sin hakum chetavi wa, shi ihoha reke hile yu:

“Aye ho reshi, nong ha, en ume janja kiza hupea?”

“Eo, aye ho.”

“Hoi! Wa yosaka.”

CHAPITRE V

Chaque jour j'apprenais quelque chose sur la planète, sur le départ, sur le voyage. Ça venait tout doucement, au hasard des réflexions.

C'est ainsi que, le troisième jour, je connus le drame des baobabs.

Cette fois-ci encore fut grâce au mouton, car brusquement le petit prince m'interrogea, comme pris d'un doute grave:

-C'est bien vrai, n'est-ce pas, que les moutons mangent les arbustes?

-Oui. C'est vrai.

-Ah! Je suis content.

Wa nong jebo amun ya kungile shai chumunye en ume janja kiza hupea. Esto kimbu sin jamau ka:

“Tontoye yunyo mau kiza titivupe ha?”

Wa toska kimbu sin en titivupe nong hupea, esto ape yanyo wen shi kelesia ai en eye yu deza lu  unganyo kwambe chu naifu, unganyo wau nong ke kiza bas titivupe kwa sisi. Jevu na unganyo chu naifu mun kimbu sin hauka:

“Tim al jamawen yunyo ukwa tila ukwa...”

Esto yu za iwanjo toska:

“Titivupe, ku atomwan, yunyo nuku la sinsi.”

“Chau lo! Esto hamun keju ume na li kiza titivupe sin?”

Yu waika wa: “Lo! Yun!” tontoshi yu toska areyun. Ai tim wa donza nenje wi wamwa eno jebo kwasi kwambe doi wau.

Ai za iho, la tira na kimbu sin, shi la tira yo, poi nen laila ai poi ming. Echu benzoi nen laila chu pea nen ai benzoi ming chu pea ming. Esto benzoi tenyunung. Yanyo zon sis bo vushum deche akwa chu yanyo be akeju na monzon hile.

Echu ya janai yalo, ai pon, mweju la kuta, tum vuku dewansho nenyun sin na gechos eom jufom ai al tengi tustu ya pon shi ya keju. Esto tonto nuchi pea ming lo, tim al kunchu geta pea ye, la sinta al waijo ya.

Lo, benzoi tenyika wi laila tira na kimbu sin... aye benzoi na titivupe. Vushum na tira olilia tos yanyo. Titivupe be, tonto al zachu zevivi yu lo, al tatang wai tengi lencho. Yu numembe nyau tira kwambe. Pevu wi chachatu ya. Ai tonto tira sin vivi, ai tonto wi vivi titivupe lo, yanyo  kukumbai ya.

“Ya aya na kekoi,” kimbu sin ka wa zeye. “Tonto al jamoyo apungo na ninku lo, tim al jam reke apungo na tira.

Tim al zazia daito kunchu titivupe yanyo sainsa jufo be yunkule yanyo wi tonto yanyo sita wi. Ya akan sihoi wi, esto geza wi.”

Je ne compris pas pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les arbustes. Mais le petit prince ajouta:

-Par conséquent ils mangent aussi les baobabs?

Je fis remarquer au petit prince que les baobabs ne sont pas des arbustes, mais des arbres grand comme des églises et que, si même il emportait avec lui tout un troupeau d'éléphants, ce troupeau ne viendrait pas à bout d'un seul baobab. L'idée du troupeau d'éléphants fit rire le petit prince:

-Il faudrait les mettre les uns sur les autres…

Mais il remarqua avec sagesse:

-Les baobabs, avant de grandir, ça commence par être petit.

-C'est exact! Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits baobabs?

Il me répondit: "Ben! Voyons!" comme il s'agissait là d'une évidence. Et il me fallut un grand effort d'intelligence pour comprendre à moi seul ce problème.

Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme sur toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu'à ce qu'il prenne fantaisie à l'une d'elles de se réveiller.

Alors elle s'étire, et pousse d'abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut. Mais s'il s'agit d'une mauvaise plante, il faut arracher la plante aussitôt, dès qu'on a su la reconnaître.

Or il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince... c'étaient les graines de baobabs. Le sol de la planète en était infesté. Or un baobab, si l'on s'y prend trop tard, on ne peut jamais plus s'en débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater.

"C'est une question de discipline, me disait plus tard le petit prince. Quand on a terminé sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la planète.

Il faut s'astreindre régulièrement à arracher les baobabs dès qu'on les distingue d'avec les rosiers auxquels ils se rassemblent beaucoup quand ils sont très jeunes. C'est un travail très ennuyeux, mais très facile."

Ai anin kwa lo, yu noka wa kemun janten autan nenyun, eno jambo titi na ben yunyo la vado.

“Tonto yunyo nunai la anin kwa,” yu ka wa “aye tengi leo yunyo.” Sito ya nong doile en ponze akan. Esto, tonto ya tos titivupe lo, ya tayo minto wamwa.

Kwiku wejo tira kwa be kekera dora lai. Yu kwi yunung hupea yem...”

Et un jour il me conseilla de m'appliquer à réussir un beau dessin, pour bien faire entrer ça dans la tête des enfants de chez moi.                         

                        

"S'ils voyagent un jour, me disait-il, ça pourra leur servir. Il est quelquefois sans inconvénient de remettre à plus tard son travail. Mais, s'il s'agit des baobabs, c'est toujours une catastrophe.                         

                        

J'ai connu une planète, habitée par un paresseux. Il avait négligé trois arbustes..."

Ai, za ayuno na kimbu sin, wa jantan tira ye. Nong nenju za jisa na upompu ka. Esto izen na titivupe al wejo si shai lo, ai zenis na yanyo be al mole bo tidu kungile shai en, la tato kwa, wa denu janchito tos zevan na wa. Denu ka:

“Hea ben! Jehea lo titivupe!”

Eno zenka ustu izen ye be yunyo cherau yanyo tos ata nai, shi walo, leleng jele ya, wa sekan shai autan wau. Kwanya be wa pau ya tempa asekan. Tente linyo haka lilonyo: hamun yu nong jam autan yin wamwa shi autan na titivupe bo kaika?

Awaika gejo wi: eo kwi kemun, esto nong tengi janten. Eta wa jantan titivupe lo, ijo na itencheta bo wa.

Et, sur les indications du petit prince, j'ai dessiné cette planète-là. Je n'aime guère prendre le ton d'un moraliste. Mais le danger des baobabs est si peu connu, et les risques courus par celui qui s'égarerait dans un astéroïde sont si considérables, que, pour une fois, je fais exception à ma réserve. Je dis:

"Enfants! Faites attention aux baobabs!"

C'est pour avertir mes amis du danger qu'ils frôlaient depuis longtemps, comme moi-même, sans le connaître, que j'ai tant travaillé ce dessin-là. La leçon que je donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-être: Pourquoi n'y a-t-il pas dans ce livre, d'autres dessins aussi grandioses que le dessin des baobabs?

La réponse est bien simple: J'ai essayé mais je n'ai pas pu réussir. Quand j'ai dessiné les baobabs j'ai été animé par le sentiment de l'urgence.


KOMBE NA 6

Wu! kimbu sin, wa kwi jebo, asi ze asi, shau, ihai sinsi vuju na li. Tabo ata nai lo, li le sisi imwe  na vunuto na nin. Wa kwi dejo sinchau hen ye, la anin na pan la ninku, eta li kwi ka wa:

“Wa nenju wi vunuto na nin. Om wanyo nuchu weyun vunuto...”

“Esto tim wanyo tara...”

“Haya be tara?”

“Tara en nin vunu.

Li yunkule hoika wi la kuta, ai zeye li hauvu lilo. Ai li kwi ka wa:

“Wa tayo jeho en wa la vado!”

Shai ho. Eta banin la Ronan na Joman lo, nin, uyo jo aye, la vunu ti Faransan. Ke yosa ana tengi de Faransan la za sirio kwa, eno laula vunuto na nin. Minishi lo, nainu vivi wi Faransan. Esto, tila tira sinsi na li lo, ke yosa en li jam nungi siwi la kum raya na li. Ai li ke weyun mandin tato yo en keju…

“La anin kwa lo, wa kwi weyun vunuto na nin tato panini yem!” Ai zeye si li jamau ka:

“Jo ha...eta al vuju shai lo, al nenju vunuto...”

“La anin na tato panini yem lo, eo ha li vuju shai?”

Esto kimbu sin nong waika.

CHAPITRE VI

Ah! petit prince, j'ai compris, peu à peu, ainsi, ta petite vie mélancolique. Tu n'avais eu longtemps pour ta distraction que la douceur des couchers du soleil. J'ai appris ce détail nouveau, le quatrième jour au matin, quand tu m'as dit:

-J'aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil…

-Mais il faut attendre…

-Attendre quoi?

-Attendre que le soleil se couche.

Tu as eu l'air très surpris d'abord, et puis tu as ri de toi-même. Et tu m'as dit:

-Je me crois toujours chez moi!

En effet. Quand il est midi aux Etats-Unis, le soleil, tout le monde sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher de soleil. Malheureusement la France est bien trop éloignée. Mais, sur ta si petite planète, il te suffirait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le crépuscule chaque fois que tu le désirais…

-Un jour, j'ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois! Et un peu plus tard tu ajoutais:

-Tu sais... quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil…

-Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste?

Mais le petit prince ne répondit pas.

KOMBE NA 7

La anin na jom, tayo chumun ume, asiska wau na ihai na kimbu sin be al munyun wa. Yu haka chetavi wa, leleng akuyoka, shi gun na doi be yu jevi ya ata nai:

“Ume lo, tonto yu kiza hupea, kiza mau afo ha?”

“Ume kiza ayo be yu chele ya.”

“Eye afo yanyo le pepyu ha?”

“Eo. Eye afo yanyo le pepyu.”

“Tontoye, haya ikenole na pepyu ?

Wa nong jo. Tai wa kambo wi kemun mondapyu dakos na nutal ya odadapyu hi vivi. Sinyi wi wa chumun atering nuku yunkule reke wi, ai aso na soza ya la tonsi mun wa yika aming tio.

“Pepyu lo, haya ikenole na yunyo?

Kimbu sin tatang pauvu ahaka kwa, tonto kwiku haka. Ozau wa chumun dakos, ai waika akakwa:

“Pepyu lo le ikenole meng, aye iming sisi kwavo chu alu na afo!”

“Hoi!”

Esto ze isis kwa lo yu hiche waika wa za imimwaike kwa:

“Nong jeho li! Janja mwese afo. Renjong yunyo. Janja rejam yulonyo shi tengi. Jeho yulonyo tenyi wamwa za pepyu...”

Wa kwi waika yayang. La sinta ye ka walo: “Tonto dakos wau rata nonkeru, wa za pedu cheche zachu ya.” Kimbu sin densi mau aje na wa:

“Ai jeho ha, li, en afo...”

“Nong lo! Nong lo! Yayang be wa jeho! Kwi waika akakwa. Wa lo la kambo aya reke!”

Yu yun hoiza wa.

“Aya reke lo!”

Yu weyun wa za pedu bo lele na wa, ai le yol sol chumun sau boi, la sempil ti akwa ya yunkule minyun wi tos yu.

“Li ka shi uwanta!”

Aye jampuchu siwi wa. Esto, mwechuleng, yu jamau ka:

“Jesko kwambe li… li janjesko ayo!”

Ozau wi ho yu. Yu la mune bo tihum zizi ovun kwambe:

“Wa wejo tira be ubu le kuku yam lai. Yu nong kwiku fufu afo. Nong kwiku weyun mangu. Nong kwiku juzai ukwa. Nong kwiku jam akwa yelu adauva na jamau! Ai tabo ninta kwambe, yu ka wai shi li:

“Ubu reke wa! Ubu reke wa!” ai aye mun yu tonzeo chumun iwenyun. Esto uye nong ubu, sefo eo yu!”

“Haya yu?”

“Sefo lo!”

Kimbu sin tau lam kwambe chumun iwonka.

“Tachu tiro bena wi lo afo jampo  pepyu. Tachu tiro bena wi lo ume  kiza yanyo tosto aye. Ai nong reke  aye en chele jebo amun en afo toza wi shai eno jampo pepyu yanyo kenoleng. Nong kungile anyoru na ume ai afo ha? Aye nong reke ai kungile tunti adauva chu ubu sesau ai  yam kwa ha?

Ai tonto wa wejo afo menshi bo yoyala, yu laila lalang chito tira na wa, ai yu be ume sin tengi za arandun kwa sisi jambayo yu,  shai, la ninku kwa, leleng jebonu aya be yu jam ya, aye lo nong kungile ha?”

CHAPITRE VII

Le cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme le fruit d'un problème longtemps médité en silence:

-Un mouton, s'il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs?

-Un mouton mange tout ce qu'il rencontre.

-Même les fleurs qui ont des épines?

-Oui. Même les fleurs qui ont des épines.

-Alors les épines, à quoi servent-elles?

Je ne le savais pas. J'étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon trop serré de mon moteur. J'étais très soucieux car ma panne commençait de m'apparaître comme très grave, et l'eau à boire qui s'épuisait me faisait craindre le pire.

-Les épines, à quoi servent-elles?

Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'il l'avait posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi:

-Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs!

-Oh!

Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune:

-Je ne te crois pas! les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines...

Je ne répondis rien. A cet instant-là je me disais: "Si ce boulon résiste encore, je le ferai sauter d'un coup de marteau." Le petit prince dérangea de nouveau mes réflexions:

-Et tu crois, toi, que les fleurs…

-Mais non! Mais non! Je ne crois rien! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, des choses sérieuses!

Il me regarda stupéfiait.

-De choses sérieuses!

Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.

-Tu parles comme les grandes personnes!

Çà me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta:

-Tu confonds tout... tu mélanges tout!

Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés:

-Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi:

"Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux!" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon!

-Un quoi?

-Un champignon!

Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.

-Il y a des millions d'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs? Ce n'est pas sérieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge?

Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ça?”

Yu yankuku, zeye kura:

“Tonto ukwa nenju afo na yu laila  shitan kwa sisi bambo mangu bena wi lo, aye yosa eno nyeka uyu eta yu yun yanyo. Yu ka yulo: “Afo na wa lai, la ala kwa...”

Esto tonto ume kiza afo lo, tos yu aye yunkule tontoshi, chetavi,  mangu yo tonsol! Ai nong kungile aye lo!

Yu nong tengi ka mau. Cheta yu hichu sohua. La manta kwi tonuku. Wa mulara zaya na wa. Wa nong joke wi tos pedu na wa, tos dakos na wa, tos isoke ai imia. La mangu kwa, tila tira kwa, ana wa, tila Yula, kimbu sin laila be tim al yoisa yu!

Wa fauza yu. Wa nonoi yu. Wa ka yu: “Afo be li wezai yu nong zembo... Wa denu jantan kukuvan tos ume na li... Wa denu jantan  chenchi tos afo na li... Wa denu....”

Wa nong jo wi aya hana be tim ka ya. Wa ju walo ninis wi. Wa nong jo ashi eno deche yu, eom delu yu…

Wu nansis, ala na yunso.

Il rougit, puis reprit:

-Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux quand il les regarde. Il se dit: "Ma fleur est là quelque part..."

Mais si le mouton mange la fleur, c'est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s'éteignaient! Et ce n'est pas important ça!

Il ne put rien dire de plus. Il éclata brusquement en sanglots. La nuit était tombée. J'avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler!

Je le pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais: "La fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton... Je te dessinerai une armure pour ta fleur... Je..."

Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l'atteindre, où le rejoindre...

C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.


KOMBE NA 8

Wa dejo ge wi afo wau. Tayo laila, la tira na kimbu sin, afo wivang wi, rongu kwa sisi chu fosho shi angu, ai yanyo nong zabas labo, ai yanyo nong densi ukwa. Yanyo janja tonyun la ninku kwa bambo poi, ai zeye mori yalonyo la zekita.

Esto uwau kwi dewan la anin kwa, chu benzoi be al deza chu ala be al nong jo lai, ai kimbu sin kwi sayun fafau wi simpe wau ya nong yunkule simpe yin kwa. Ya tengi tom shinga hen na titivupe.

Esto hupea bas ge tomwan, ai nuku jankuri afo kwa. Kimbu sin, yu laula amunku na fokos wamwa, la ju nen atonyun nantoshi denu nuchi, esto rata nong oyo ajankuri na afo eno nenyun, bo vando pesan na yu.

Zahea yu jeza san na yu. Yu jango mwenu yulo, neno fosho na yu kwa ze kwa. Yu nong keju nuchi sheshempon kwambe shi zona

Yu nong keju tonyun chito le wamwu kwambe na inenyun na yu. Wu, eo! Kunsishi wi yu! Apungo nansis na yu echu za anin ai anin.

Ai zeye yun lo, la ninku kwa, la sinta chau na tinuto, munyun yulo.

CHAPITRE VIII

J'appris bien vite à mieux connaître cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la planète du petit prince, des fleurs très simples, ornées d'un seul rang de pétales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne dérangeaient personne. Elles apparaissaient un matin dans l'herbe, et puis elles s'éteignaient le soir.

Mais celle-là avait germé un jour, d'une graine apportée d'on ne sait où, et le petit prince avait surveillé de très près cette brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles. Ça pouvait être un nouveau genre de baobab.

Mais l'arbuste cessa vite de croître, et commença de préparer une fleur. Le petit prince, qui assistait à l'installation d'un bouton énorme, sentait bien qu'il en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n'en finissait pas de se préparer à être belle, à l'abri de sa chambre verte.

Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s'habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots.

Elle ne voulait apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh! oui. Elle était très coquette! Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours.

Et puis voici qu'un matin, justement à l'heure du lever du soleil, elle s'était montrée.

Ai yu, ukwa yu za ichu wi shai nunai, yu ka la hawa:

“Hoa! Omonzon visi wa...Soika li yauka wa... Wa rata omoren kwambe...”

Kimbu sin, tai, nont tengi bole itiju

“Wu nenyun li!”

“Nong ha?” afo waika memwe. “Ai wa sencho la ata kwashi anin...”

Kimbu sin sinje nen en yu nong hupu wi, esto yu temponju shai!

“Ya ata, wa jeho, na kuki, yu ka jamau zeye si, soi nenke en jehea wa...”

Ai kimbu sin, yu jesko kwambe, ze de kele shombeo le aso henchu lo, kwi zia afo.

Et elle, qui avait travaillé avec tant de précision, dit en bâillant:

-Ah! Je me réveille à peine... Je vous demande pardon... Je suis encore toute décoiffée…

Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration:

-Que vous êtes belle!

-N'est-ce pas, répondit doucement la fleur. Et je suis née en même temps que le soleil…

Le petit prince devina bien qu'elle n'était pas trop modeste, mais elle était si émouvante!

-C'est l'heure, je crois, du petit déjeuner, avait-elle bientôt ajouté, auriez-vous la bonté de penser à moi…

Et le petit prince, tout confus, ayant été chercher un arrosoir d'eau fraîche, avait servi la fleur.

Shai, afo kwi munyai ge wi yu chumun yulo le iwenyun tenzawong siwi. La anin kwa, tanto lo, tabo afo la ka tos pepyu pan na yu, yu ka kimbu sin:

“Yunyo tengi de, unana lo, za turau ye!”

Ainsi l'avait-elle bien vite tourmenté par sa vanité un peu ombrageuse. Un jour, par exemple, parlant de ses quatre épines, elle avait dit au petit prince:

-Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes!

“Unana nong laila tira na wa,” kimbu sin kwi fecho. “Ai eye, unana nong kikiza mimpea,”

“Wa nong mimpea,” afo kwi waika mweka.

“Yauka wa…”

“Wa yoyong yika unana, esto wanyi vonu chu hum. Vanum nong le ha?”

-Il n'y a pas de tigres sur ma planète, avait objecté le petit prince, et puis les tigres ne mangent pas l'herbe.

-Je ne suis pas une herbe, avait doucement répondu la fleur.

-Pardonnez-moi…

-Je ne crains rien des tigres, mais j'ai horreur des courants d'air. Vous n'auriez pas un paravent?

"Li wanyi vonu chu hum…aye nong nenishi, tos pea,” kimbu sin kwi toska. Wiwa wi afo wau lo…”

“La zekita lo,  soi jara wa vu sumbero. Ven wi hum la vado na li. Al jaren ming ya. Ala wa wechu lai…”

"Horreur des courants d'air... ce n'est pas de chance, pour une plante, avait remarqué le petit prince. Cette fleur est bien compliquée..."

-Le soir vous me mettrez sous un globe. Il fait très froid chez vous. C'est mal installé. Là d'ou je viens...

Esto yu kwi nubai yulo. Yu kwi de le asa na benzoi. Yu nong tengi wejo akwa tos yula yin. Ohuvi en tuska al chewe yu jankuri akonka renjong shai lo, yu kwi hua tato sun eom yem, eno woira kimbu sin.

“Vanum ye ha?”

“Wa ke lum kele ya esto li yonka wa!”

Echu al pomun yu hua eno mun yu toyau kwashi eye.

Shai kimbu sin, tosto inenke na ijuzai na yu, tom gela yu hoha yu. Yu pauza reke kaya leleng ikungi, ai yu tom vuju wi.

“Tinti wa nong hino yu,” yu rejuka wa la anin kwa. “Tim al tatang hino afo. Tim al yun yanyo ai fufu yanyo. Ana wa mun tira kwambe na wa jafu nen, esto wa nong jo nenza yu. Atoka na turau, ya densi shai wa, tim ya ponju wa....”

 

Yu rejuka wa mau:

“Echu wa nong jo jebo yayang! Kwi tim wa renka ajam ai nong kaya. Yu za fuso wa jafu nen ai za adin janyunjung wa. Tinti wa tatang nuchu yu! Tinti wa kahaka imweju ze akonyam tenyoi na yu. Wu fefeka afo! Esto wa sita vivi en jo juzai yu.

Mais elle s'était interrompue. Elle était venue sous forme de graine. Elle n'avait rien pu connaître des autres mondes. Humiliée de s'être laissé surprendre à préparer un mensonge aussi naïf, elle avait toussé deux ou trois fois, pour mettre le petit prince dans son tort:

-Ce paravent?...

-J'allais le chercher mais vous me parliez!

Alors elle avait forcé sa toux pour lui infliger quand même des remords.

Ainsi le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d'elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et il est devenu très malheureux.

"J'aurais dû ne pas l'écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je ne savais pas m'en réjouir. Cette histoire de griffes, qui m'avait tellement agacé, eût dû m'attendrir..."

Il me confia encore:

"Je n'ai alors rien su comprendre! J'aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m'embaumait et m'éclairait. Je n'aurais jamais dû m'enfuir! J'aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires! Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer."

KOMBE NA 9

CHAPITRE IX

Wa jeho en yu kwi nenza, eno yu nuchu, achuranu na une yuvang. La ninku na anuchu lo yu jaren nen tira na yu. Yu kwi shim zahea dusola  yanyo ri. Yu le dusola sun yanyo ri. Ai yanyo tenza wi eno jansham kuki na ninku, Mau yu le dusola  omompi kwa. Esto, shi yu ka lo: “Tatang al tengi jo!” Echu yu shim kwashi dusola omompi. Eta yanyo oshim nen lo, dusola wepi memwe ai daito, leleng bumbai. Abumbai na dusola janja shi api na jenos.

Tenyunge lo la Yula na wanyo lo, wanyo sinsi vivi eno shim dusola. Amun chumunye yanyo jandoi

shai wanyo.

Kimbu sin mau, za ivuju si, chubai dewansho na ze na titivupe. Yu jeho tinti yu tatang ke wainu. Esto sinkan janjasa yo, la ninku ye, yunkule memwe vilu yu. Ai, eto yu munso afo tato kwa na ze, ai jankuri yulo jara yu vu vanum na sumbero lo, jebonu yulo lum yoyoi.

Je crois qu'il profita, pour son évasion, d'une migration d'oiseaux sauvages. Au matin du départ il mit sa planète bien en ordre. Il ramona soigneusement ses volcans en activité. Il possédait deux volcans en activité. Et c'était bien commode pour faire chauffer le petit déjeuner du matin. Il possédait aussi un volcan éteint. Mais, comme il disait, "On ne sait jamais!" Il ramona donc également le volcan éteint. S'ils sont bien ramonés, les volcans brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions. Les éruptions volcaniques sont comme des feux de cheminée.

Evidemment sur notre terre nous sommes beaucoup trop petits pour ramoner nos volcans. C'est pourquoi ils nous causent tant d'ennuis.

Le petit prince arracha aussi, avec un peu de mélancolie, les dernières pousses de baobabs. Il croyait ne plus jamais devoir revenir. Mais tout ces travaux familiers lui parurent, ce matin-là, extrêmement doux. Et, quand il arrosa une dernière fois la fleur, et se prépara à la mettre à l'abri sous son globe, il se découvrit l'envie de pleurer.

“Om wayun,” yu ka afo.

Esto yu nong waika yu.

“Om wayun,” yu ka wai.

Afo hua. Esto aye nong amun na ivemi na yu.

“Kwi sihau wa,” yu ka zebas. Wa soika li yauka. Kemun nyeka lo.”

Yu kwi hoika chumun ilaulang na awaifon Yu lara lai, jenong kwambe, la leza ti sumbero. Yu nong jebo imemwe vera wau.

“Eo lo, wa wezai li,” afo ka yu. “Tatang li dejo, ai wa fonza aye. Aye yoyong kungile. Esto li mau kwi sihau shi wa. Kemun nyeka. Tustu sumbero ye. Wa kwi bas keju ya.

“Esto tihum ...”

“Wa nong vemi shai...Hum henchu na manta denu janenku wa. Afo wa.”

“Esto unga ...”

“Tentom wa tuska sandilia sun eom yem tonto wa keju dejo sandi. Yunkule yunyo nenyun wi. Tonto nong hayu de yunde wa? Li lo denu nainu. Tos unga wan lo, wa nong yika akwa. Wa le turau na wa.”

Ai yu munyun renjong pepyu pan na yu. Zeye yu ka jamau:

“Nong deze shai, tenzauza aye. Li kwi jebas en nuchu. Oi de.”

Chumun afo nong keju yu weyun yu yoyoi. Yu afo lowen shai...

-Adieu, dit-il à la fleur.

Mais elle ne lui répondit pas.

-Adieu, répéta-t-il.

La fleur toussa. Mais ce n'était pas à cause de son rhume.

-J'ai été sotte, lui dit-elle enfin. Je te demande pardon. Tâche d'être heureux.

Il fut surpris par l'absence de reproches. Il restait là tout déconcentré, le globe en l'air. Il ne comprenait pas cette douceur calme.

-Mais oui, je t'aime, lui dit la fleur. Tu n'en a rien su, par ma faute. Cela n'a aucune importance. Mais tu as été aussi sot que moi. Tâche d'être heureux... Laisse ce globe tranquille. Je n'en veux plus.

-Mais le vent…

-Je ne suis pas si enrhumée que ça... L'air frais de la nuit me fera du bien. Je suis une fleur.

-Mais les bêtes…

-Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. Il paraît que c'est tellement beau. Sinon qui me rendra visite? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses bêtes, je ne crains rien. J'ai mes griffes.

Et elle montrait naïvement ses quatre épines. Puis elle ajouta:

-Ne traîne pas comme ça, c'est agaçant. Tu as décidé de partir. Va-t'en.

Car elle ne voulait pas qu'il la vît pleurer. C'était une fleur tellement orgueilleuse...

KOMBE NA 10

Yu laula sinan na tidu 325, 326, 327, 328, 329 ai 330. Kwi nuku echu yunde yanyo eno kele akwa na jam ai eno kwan.

Ana kwa be bukim dora lai. Bukim la wera, wengo susan ai veneroi, tila kimira wivang esto kinsa.

CHAPITRE X

Il se trouvait dans la région des astéroïdes 325, 326, 327, 328, 329 et 330. Il commença donc par les visiter pour y chercher une occupation et pour s'instruire.

La première était habitée par un roi. Le roi siégeait, habillé de pourpre et d'hermine, sur un trône très simple et cependant majestueux.

“Hoi! Lau wopun,” bukim donka eta boyun kimbu sin.

Ai kimbu sin haka yulo:

“Hashi yu tengi wejo wa tonto yu tatang kwiku weyun wa!”

Yu nong jo en, tos bukim, yula owiva wi. Yunga yo wopun.

“Faunu lo, en wa weyun nen tunti li, bukim ka yu, bukim yu wenyun wi en yu bukim na ukwa.

Kimbu sin za ayun kele ala en nura, esto tira nyau kwambe chumun zenai wamwa chu veneroi. Echu yu lara vuti, ai, chumun yu tinzon lo, yu hawa.

“Ya feno puren en al hawa laula bukim kwa,” ukim ka yu. “Wa tusunka li.”

“Wa nong kwi tengi kubas walo,” kimbu sin waika la jesko kwambe. “Nainu wa kwi nunai ai nong kwi zon...”

“Tontoye,” bukim ka yu. “Kamun li hawa. Nong weyun ukwa hawa tabo tiro wi. Ahawa eo akwa janjang tos wa. Oi jam! Hawa wai! Akamun lo!”

“Aye munyika wa...nong rata tengi...”

kimbu sin ka, la yankuku kwambe.

“Hua! Hua!” bukim waika. “Echu wa ke...wa kamun li geta hawa ai geta...”

Yu tutuka si ai yunkule ozawong.

Chumun kimbu raka jevu en al wenju ikoi na yu. Nong tuska ihinkeng. Yu eo ukim yoyo. Esto chumun nen wi yu, janja chuka akamun jepu.

“Tonto wa kamun,” yu kwi ka shi tanto “Tonto wa kamun yoruti en janyin yulo une na finso lo, ai tonto yoruti nong hinkeza lo, tos aye yoruti nong ifonza. Tos aye lo, wa lo ke fonza.”

“Tus wa nura ha?” kimbu sin soika vanju.

“Wa kamun li nura,” bukim waika yu, bukim yu wainu nubo sheno na zenai chu veneroi na yu.

Esto kimbu sin hoika. Tira sinsi wi. Haya be kimbu tengi pun nen?

“Ukim,” yu ka yu. “Wa haka li yauka wa en wa hakum li shau...”

“Wa kamun li hakum wa,” bukim ka pomoi.

“Hea ukim...haya be li pun?”

“Ayo lo,” bukim waika, za iwivang wamwa.

“Ayo ha?”

Bukim za aleleka mweno chauka tira na yu, tira yin yo ai mangu.

“Ayo chu aye ha?” kimbu sin kwi ka.

“Ayo chu aye...” bukim waika.

Chumun nong sisi uye ukim yoyo lo, mau uye ukim yoza.

“Ai mangu hinkeza li ha?”

“Reshi lo,” bukim ka yu. “Yanyo hinkeza geta. Wa nong tuska ikekoileng.”

Ikoi shai muhoiza kimbu sin. Tonto yu lo leza ya lo, yu ke tengi toyun nong vunuto panini pan, esto teonini sun, eom kwashi mel, eom kwashi sumel la anin kwashi, leleng tim yu kum lanu raya tato kwa!

Ai chumun yu vuju si chumun yu jewai tira sin obaichu na yu, yu ju al tunka yu en soika atopau chu bukim:

“Wa soi weyun vunuto na nin...Soi topau wa nyeka...Kamun nin en vunu…

“Tonto wa kamun yoruti en nenu chu afo kwa de ayin shi sandi, eom janko yoiko, eom janyin yulo une na finso lo, ai tonto yoruti nong munto akamun be yulo pauza ya lo, hayu, yu eom wa, ke jamwoi?

“Uye eo li,” kimbu sin ka don.

“Chau. Tim al pauka uyo akwa be ukwa tengi pau ya,” bukim waika. “Ikoi revuza tiku ijepu. Tonto al kamun unyo na yulo en denu mune yulonyo bo finso lo, ya mun punyinto. Wa koikale pauka ihinke chumun jepu akamun na wa.”

“Echu haya la  vunuto na nin na wa?” haka kimbu sin yu tatang monjo ahaka tachu yu chuka ya.

“Tos vunuto na li lo, li eo denu le. Wa pauka. Esto wa tara, la noza jono na apun, deche mumbe ke nenkule.

“Hata aye ke shau?” kimbu sin joha.

“Hua! Hua!” bukim waika, yu noke tanoko gau. “Hua! Hua! Aye ke shau fafau...fafau...zekita wau fafau asunini ku rio na dia! Ai li denu weyun ashi al hinkeza nen wa shai.”

Kimbu sin hawa. Yu toyau vunuto na nin be yu mole ya. Ai mau yu kwi nuku huju si.

“Yayang wa le en tengi jam ya lau, “ yu ka bukim. “Wa denu nuchu wai!”

“Nong nuchu lo,” bukim waika, bukim yu wenyun yulo shai en le wopun kwa. “Nong nuchu lo, wa ke jam li punti!”

”Punti na haya?”

“Una...una arenja!”

“Esto yuyung laula en renka!”

“Al nong tengi jo,” bukim ka. “Wa nong rata jam anunai tunu kiman na wa. Wa naita wi, labo nong le tos winda, ai ana nuvu ke janzonju wa.”

“Ho! Esto wa kwi weyun,” kimbu sin ka, kimbu sin yu sempil eno geyun alu yin na tira. Yuyung mau vu lai…”

“Echu ke renka lilo,” bukim waika yu. “Ya reza tio. Ana renka lilo reza wi tunti ana renka uyin. Tonto janten renka nen lilo, tontoye li ho uwanjo.

“Wa lo,” kimbu sin ka. “Tengi renka walo layo. Wa nong tinza dora lau.”

“Hua! Hua!” bukim ka. “Wa jeho reshi en la tira na wa lo, la ala kwa lo, jekil naita la. Wa wehim yu la manta. Li ke tengi renka jekil naita ye. Li ke fonka yu mia ato si ai ato yin. Shai ihai na yu ke rava arenja na li. Esto li ke yauka yu tato yo chumun paraza yu. Yuyung la chito yu.

“Wa lo,” kimbu sin waika. “Nong nenju ana fonka ukwa mia, ai ho jeho wa nuchu wai.”

“Nong,” bukim ka.

Esto kimbu sin, yu kwi jamoyo ajankuri na yulo, nong keju janyoyun bukim naita:

“Tonto ukim soi al hinkeza chau yu lo, yu ke tengi ka wa akamun jepu. Yu ke tengi kamun wa, shi tanto, nuchu ku sirio kwa. Yunkule wa en mumbe nenkule.”

Chumun bukim waika yayang lo, kimbu sin deze la kuta, zeye, la chuka ahuncho kwa, kwi nuchu.

“Wa jam li chipunku na wa,” bukim echu geku donka.

Yu le yunku wamwa na ikoi.

“Uwanta eo janjang wi,” kimbu sin ka yulo, bo yulo, tabo anunai na yu.

-Ah! Voilà un sujet, s'écria le roi quand il aperçut le petit prince.

Et le petit prince se demanda:

-Comment peut-il me connaître puisqu'il ne m'a encore jamais vu!

Il ne savait pas que, pour les rois, le monde est très simplifié. Tous les hommes sont des sujets.

-Approche-toi que je te voie mieux, lui dit le roi qui était tout fier d'être roi pour quelqu'un.

Le petit prince chercha des yeux où s'asseoir, mais la planète était toute encombrée par le magnifique manteau d'hermine. Il resta donc debout, et, comme il était fatigué, il bâilla.

-Il est contraire à l'étiquette de bâiller en présence d'un roi, lui dit le monarque. Je te l'interdis.

-Je ne peux pas m'en empêcher, répondit le petit prince tout confus. J'ai fait un long voyage et je n'ai pas dormi…

-Alors, lui dit le roi, je t'ordonne de bâiller. Je n'ai vu personne bâiller depuis des années. Les bâillements sont pour moi des curiosités. Allons! bâille encore. C'est un ordre.

-Ca m'intimide... je ne peux plus... fit le petit prince tout rougissant.

-Hum! Hum! répondit le roi. Alors je... je t'ordonne tantôt de bâiller et tantôt de…

Il bredouillait un peu et paraissait vexé.

Car le roi tenait essentiellement à ce que son autorité fût respectée. Il ne tolérait pas le désobéissance. C'était un monarque absolu. Mais comme il était très bon, il donnait des ordres raisonnables.

"Si j'ordonnais, disait-il couramment, si j'ordonnais à un général de se changer en oiseau de mer, et si le général n'obéissait pas, ce ne serait pas la faute du général. Ce serait ma faute."

-Puis-je m'asseoir? s'enquit timidement le petit prince.

-Je t'ordonne de t'asseoir, lui répondit le roi, qui ramena majestueusement un pan de son manteau d'hermine.

Mais le petit prince s'étonnait. La planète était minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien régner?

-Sire, lui dit-il... je vous demande pardon de vous interroger…

-Je t'ordonne de m'interroger, se hâta de dire le roi.

-Sire... sur quoi régnez-vous?

-Sur tout, répondit le roi, avec une grande simplicité.

-Sur tout?

Le roi d'un geste discret désigna sa planète, les autres planètes et les étoiles.

-Sur tout ça? dit le petit prince.

-Sur tout ça... répondit le roi.

Car non seulement c'était un monarque absolu mais c'était un monarque universel.

-Et les étoiles vous obéissent?

-Bien sûr, lui dit le roi. Elles obéissent aussitôt. Je ne tolère pas l'indiscipline.

Un tel pouvoir émerveilla le petit prince. S'il l'avait détenu lui-même, il aurait pu assister, non pas à quarante-quatre, mais à soixante-douze, ou même à cent, ou même à deux cents couchers de soleil dans la même journée, sans avoir jamais à tirer sa chaise!

Et comme il se sentait un peu triste à cause du souvenir de sa petite planète abandonnée, il s'enhardit à solliciter une grâce du roi:

-Je voudrais voir un coucher de soleil... Faites-moi plaisir... Ordonnez au soleil de se coucher…

-Si j'ordonnais à un général de voler une fleur à l'autre à la façon d'un papillon, ou d'écrire une tragédie, ou de se changer en oiseau de mer, et si le général n'exécutait pas l'ordre reçu, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort?

-Ce serait vous, dit fermement le petit prince.

-Exact. Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi.

L'autorité repose d'abord sur la raison. Si tu ordonnes à ton peuple d'aller se jeter à la mer, il fera la révolution. J'ai le droit d'exiger l'obéissance parce que mes ordres sont raisonnables.

-Alors mon coucher de soleil? rappela le petit prince qui jamais n'oubliait une question une fois qu'il l'avait posée.

-Ton coucher de soleil, tu l'auras. Je l'exigerai. Mais j'attendrai, dans ma science du gouvernement, que les conditions soient favorables.

-Quand ça sera-t-il? s'informa le petit prince.

-Hem! Hem! lui répondit le roi, qui consulta d'abord un gros calendrier, hem! hem! ce sera, vers... vers... ce sera ce soir vers sept heures quarante! Et tu verras comme je suis bien obéi.

Le petit prince bâilla. Il regrettait son coucher de soleil manqué. Et puis il s'ennuyait déjà un peu:

-Je n'ai plus rien à faire ici, dit-il au roi. Je vais repartir!

-Ne pars pas, répondit le roi qui était si fier d'avoir un sujet. Ne pars pas, je te fais ministre!

-Ministre de quoi?

-De... de la justice!

-Mais il n'y a personne à juger!

-On ne sait pas, lui dit le roi. Je n'ai pas fait encore le tour de mon royaume. Je suis très vieux, je n'ai pas de place pour un carrosse, et ça me fatigue de marcher.

-Oh! Mais j'ai déjà vu, dit le petit prince qui se pencha pour jeter encore un coup d'oeil sur l'autre côté de la planète. Il n'y a personne là-bas non plus…

-Tu te jugeras donc toi-même, lui répondit le roi. C'est le plus difficile. Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui. Si tu réussis à bien te juger, c'est que tu es un véritable sage.

-Moi, dit le petit prince, je puis me juger moi-même n'importe où. Je n'ai pas besoin d'habiter ici.

-Hem! Hem! dit le roi, je crois bien que sur ma planète il y a quelque part un vieux rat. Je l'entends la nuit. Tu pourras juger ce vieux rat. Tu le condamneras à mort de temps en temps. Ainsi sa vie dépendra de ta justice. Mais tu le gracieras chaque fois pour économiser. Il n'y en a qu'un.

-Moi, répondit le petit prince, je n'aime pas condamner à mort, et je crois bien que je m'en vais.

-Non, dit le roi.

Mais le petit prince, ayant achevé ses préparatifs, ne voulut point peiner le vieux monarque:

-Si votre majesté désirait être obéie ponctuellement, elle pourrait me donner un ordre raisonnable. Elle pourrait m'ordonner, par exemple, de partir avant une minute. Il me semble que les conditions sont favorables…

Le roi n'ayant rien répondu, le petit prince hésita d'abord, puis, avec un soupir, pris le départ.

-Je te fais mon ambassadeur, se hâta alors de crier le roi.

Il avait un grand air d'autorité.

Les grandes personnes sont bien étranges, se dit le petit prince, en lui même, durant son voyage.

KOMBE NA 11

Tira na sun be uvingi dora.

CHAPITRE XI

La seconde planète était habitée par un vaniteux:

“Hoi! Hoi! Yun lo ayunde na utiju!” donka uvingi chu inainu eta yu weyun kimbu sin.

Chumun, tos uvingi lo,yunga yin janja utiju.

“Mai” kimbu sin ka. “Li le tiski janjang wi.”

“Aye leke eno lemai,” uvingi waika yu. “Aye leke eno lemai eta al wenka wa. Minishi lo yuyung janja lutum lau.

“Eo ha?” kimbu sin ka, yu nong jebo.

“Chechekwa lele en akwa che ayin,” uvingi noka echu.

Kimbu sin chechekwa lele en akwa che ayin. Uvingi lemai hupu la ponti tiski.

“Aye wenye tunti ayunde de bukim,“ bo yulo kimbu sin ka. Ai yu nuku wai chechekwa lele en akwa che ayin. Uvingi nuku wai lemai la ponti tiski na yu.

Ze sirio jom chu ajam wau lo kimbu sin tonzonju chumun ikwaji na afi:

“Ai, eno tiski vunu,?” yu haka yu. “Haya tim al jam?”

Esto uvingi nong wehim yu. Uvingi tatang janja wehim akwa chito awenka.

“Ha li tiju ho wi wa?” yu haka kimbu sin.

“Haya aye kano, tiju?”

“Ana tiju kano joza en wa ubu nenyun tio, yu wengo nen tio, yu pale tio ai yu nenje tio chu uyo la tira.”

“Esto kwasi li la tira!”

“Topau wa nyeka wau. Tiju wa ewe!”

“Wa tiju li,” kimbu sin ka, la denti siwi tilulu. “Esto haya tos aye ke tengi mun li joke?”

Ai kimbu sin nuchu.

“Ho lo, janja fereno wi uwanta,” yu bo yulo ka tabo anunai na yu.

-Ah! Ah! Voilà la visite d'un admirateur! s'écria de loin le vaniteux dès qu'il aperçut le petit prince.

Car, pour les vaniteux, les autres hommes sont des admirateurs.

-Bonjour, dit le petit prince. Vous avez un drôle de chapeau.

-C'est pour saluer, lui répondit le vaniteux. C'est pour saluer quand on m'acclame. Malheureusement il ne passe jamais personne par ici.

-Ah oui? dit le petit prince qui ne comprit pas.

-Frappe tes mains l'une contre l'autre, conseilla donc le vaniteux.

Le petit prince frappa ses mains l'une contre l'autre. Le vaniteux salua modestement en soulevant son chapeau.

-Ça c'est plus amusant que la visite du roi, se dit en lui même le petit prince. Et il recommença de frapper ses mains l'une contre l'autre. Le vaniteux recommença de saluer en soulevant son chapeau.

Après cinq minutes d'exercice le petit prince se fatigua de la monotonie du jeu:

-Et, pour que le chapeau tombe, demanda-t-il, que faut-il faire?

Mais le vaniteux ne l'entendit pas. Les vaniteux n'entendent jamais que des louanges.

-Est-ce que tu m'admires vraiment beaucoup? demanda-t-il au petit prince.

-Qu'est-ce que signifie admirer?

-Admirer signifie reconnaître que je suis l'homme le plus beau, le mieux habillé, le plus riche et le plus intelligent de la planète.

-Mais tu es seul sur ta planète!

-Fais-moi ce plaisir. Admire-moi quand-même!

-Je t'admire, dit le petit prince, en haussant un peu les épaules, mais en quoi cela peut-il bien t'intéresser?

Et le petit prince s'en fut.

Les grandes personnes sont décidément bien bizarres, se dit-il en lui-même durant son voyage.


KOMBE NA 12

Tira ya zenu be upipisoza dora. Ayunde wau kwi fau wi, esto ya mumbon kimbu sin bo ivuju wamwa:

CHAPITRE XII

La planète suivante était habitée par un buveur. Cette visite fut très courte, mais elle plongea le petit prince dans une grande mélancolie:

“Haya la jam lai?” yu ka upipisoza, yu be yulo chewe yu wera sis ku aukwara chu peshe membo ai aukwara chu peshe yobo.

“Wa la pisoza,” upipisoza waika za yunku tenyivu.

“Hamun pisoza?” kimbu sin haka yu.

“Eno monjo,” upipisoza waika.

“Eno monjo haya?” kimbu sin haka, yu kwi yoiza yu.

“Eno monjo en puchu wa,” upipisoza fonzalo la sempil titi.

“Puchu tos haya?” kimbu sin haka, yu keju leo yu.

“Puchu tos pipisoza!” upipisoza ka bas, yu kai jebashi yulo bo isis.

Ai kimbu sin nuchu wai, hoiza.

“Reshi lo, fereno wamwa uwanta,” kimbu sin ka bo yulo tabo anunai.

-Que fais-tu là? dit-il au buveur, qu'il trouva installé en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines.

-Je bois, répondit le buveur, d'un air lugubre.

-Pourquoi bois-tu? lui demanda le petit prince.

-Pour oublier, répondit le buveur.

-Pour oublier quoi? s'enquit le petit prince qui déjà le plaignait.

-Pour oublier que j'ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.

-Honte de quoi? s'informa le petit prince qui désirait le secourir.

-Honte de boire! acheva le buveur qui s'enferma définitivement dans le silence.

Et le petit prince s'en fut, perplexe.

Les grandes personnes sont décidément très très bizarres, se disait-il en lui-même durant le voyage.


KOMBE NA 13

Tira na pan awau na upopo. Kambo shai ubu ye en nong eye ponti kuku eta kimbu sin de.

CHAPITRE XIII

La quatrième planète était celle du businessman. Cet homme était si occupé qu'il ne leva même pas la tête à l'arrivée du petit prince.

“Mai,” uye ka yu. “Omompi jempe na li,”

“Yem mauza sun tongi jom. Jom ai teo tongi nini sun. Nini sun mauza yem tongi nini jom. Mai. Nini jom mauza teo tongi sunini sun. Sunini sun mauza vai tongi sunini dia. Ata nong la eno waipi. Sunini vai ai jom tongi yenini kwa. Hoi! Echu aye tongi jongos bena vaiwisti sundua sumpol teomel yenini kwa.

-Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est éteinte.

-Trois et deux font cinq. Cinq et sept douze. Douze et trois quinze. Bonjour. Quinze et sept vingt-deux. Vingt-deux et six vingt-huit. Pas de temps de la rallumer. Vingt-six et cinq trente et un. Ouf! Ça fait donc cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un.

“Jongos chu haya?”

“Ha? Rata lau li ha? Jongos bena chu...kwi monjo... Akan wu wi le! Eo reke wa lo, abal nong munye wa! Sun mauza jom tongi teo…”

“Jongos chu haya?” kimbu sin ka wai, yu tatang la ihai na yu lo, pauvu ahaka tato kwa tachu yu chuka ya.

Upopo ponti kuku:

“Tabo tiro jonini pan be wa dora tira wau tai, al nubai wa tato yem sisi.  Tato na kwa lo, aye to ata tauku tiro sunini jom, chumun gaune yu bon chu ala be Nam jo lai. Yu chuka akale temwanyi, ai wa jamwoi tato pan tos amauza kwa. Tato na sun lo, aye to ata tauku nini kwa, chumun viminto na vayaikos. Ureke wa, lo. Tato na yem lo...awau ya! Luto lo, wa la ka jongos bena…

“Jongos chu haya?”

Upopo jebo en ikeho meng la eno kimbu sin tustu yu:

Gos wi chu aya sin ye be al weyun ato siwi la tiska.

“Uzo ha?”

“Nong lo, aya sin ye yanyo dindi.”

“Zundi ha?”

“Nong lo. Aya sin ye chu vungu yanyo mun kekera jekeho. Esto reke wa, lo! Ata nong le eno jekeho.”

“Hoi! Mangu ha?”

“Nenshi aye. Mangu eo.”

“Ai haya li jam tos mangu jongos?

“Jongos ai bena vaiwisti sundua sumpol teomel yenini kwa. Wa ubu reke lo, chauren wa.”

“Ai haya li jam tos mangu ye?”

“Haya wa jam tos yanyo?”

“Eo,”

“Yayang. Wa wele yanyo.

“Li wele mangu ha?”

“Eo”

“Esto wa kwiku weyun bukim, yu…”

“Bukim nong janja wele. Yunyo pun aya. Yinshi wi aye.”

“Ai hamun awau janenku li, en wele mangu?”

“Awau janenku wa eno pale wa.”

“Ai hamun awau janenku li en pale?”

“Eno paza mangu yin, tonto ukwa chele ana hen.”

“Uye,” kimbu sin ka bo yulo, “Jenoza siwi shi upipisoza.”

Ewe yu chuka wai ahaka:

“Hashi al tengi wele mangu?”

“Na hayu yanyo?” upopo waika juroa.

“Nong jo. Na yuyung.”

“Echu yanyo na wa, chumun wa una kwa yu je awau.”

“Aye yosa ha?”

“Reshi lo. Eta li chele changu ya nong dochu ukwa lo, ya tom ana li. Eta li chele solan ya nong dochu ukwa, ya tom ana li. Eta li una kwa yu chele ahenje, li jankuzako ya: ya ana li. Ai wa lo wele mangu, chumun tatang ku wa lo, ukwa henje wele yanyo.”

“Ho aye,” kimbu sin ka. “Ai haya li jam tos yanyo?”

“Wa jam kokan. Wa janja mundau yanyo ai mundau wai,” upopo ka. “Reza ya. Esto wa ubu reke lo!”

“Kimbu sin nong kwi nuku yosaka.

“Wa lo, tonto wele kentol, wa tengi jara ya rora ken na wa, ai nuchu lu ya. Wa lo, tonto wa wele afo lo, wa tengi chubai afo na wa, ai nuchu lu ya. Esto li nong tengi chubai mangu!”

“Nong, esto tengi jara yanyo la parado,”

“Haya aye kano?”

“Aye kano en wa janko tila asho sin dau na mangu na wa. Ai zeye wa za kaipe kaibo asho wau bo kumbeo.

“Ai aye ayo?

“Aye yosa!”

“Wenye aye,” kimbu sin je. “Dayushi kungile aye. Esto nong reke wi aye.

Kimbu sin, tos aya reke lo, jesa yinshi wi tunti ajesa na uwanta.

“Wa lo,” yu ka mau, “Wa wele afo be wa munso yu anin yo. Wele dusola yem be wa shim ninyo yo. Chumun wa shim mau aye ya  omompi. Al tatang tengi jo. Akan wau kenole tos dusola na wa, ai mau ya kenole tos afo be wa wele ya. Esto li nong kenole tos mangu…”

Upopo jamil kiki esto nong chele akwa eno waika ya, ai kimbu sin nuchu wai.

“Ho lo, uwanta janja tunjanja kwambe,” kimbu sin ka bo yulo tabo anunai na yu.

-Cinq cents millions de quoi?

-Hein? Tu es toujours là? Cinq cent un million de... je ne sais plus... J'ai tellement de travail! Je suis sérieux, moi, je ne m'amuse pas à des balivernes! Deux et cinq sept...

-Cinq cent millions de quoi, répéta le petit prince qui jamais de sa vie, n'avait-il renoncé à une question, une fois qu'il l'avait posée.

Le businessman leva la tête:

-Depuis cinquante-quatre ans que j'habite cette planète-ci, je n'ai été dérangé que trois fois. La première fois ç'a été, il y a vingt-deux ans, par un hanneton qui était tombé Dieu sait d'où. Il répandait un bruit épouvantable, et j'ai fait quatre erreurs dans une addition. La seconde fois ç'à été, il y a onze ans, par une crise de rhumatisme. Je suis sérieux, moi. La troisième fois... la voici! Je disais donc cinq cent un millions...

-Millions de quoi?

Le businessman comprit qu'il n'était point d'espoir de paix:

-Millions de ces petites choses que l'on voit quelquefois dans le ciel.

-Des mouches?

-Mais non, des petites choses qui brillent.

-Des abeilles?

-Mais non. Des petites choses dorées qui font rêvasser les fainéants. Mais je suis sérieux, moi! Je n'ai pas le temps de rêvasser.

-Ah! des étoiles?

-C'est bien ça. Des étoiles.

-Et que fais-tu des cinq cent millions d'étoiles?

-Cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Je suis un homme sérieux, moi, je suis précis.

-Et que fais-tu de ces étoiles?

-Ce que j'en fais?

-Oui.

-Rien. Je les possède.

-Tu possèdes les étoiles?

-Oui.

-Mais j'ai déjà vu un roi qui…

-Les rois ne possèdent pas. Ils "règnent" sur. C'est très différent.

-Et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles?

-Ça me sert à être riche.

-Et à quoi cela te sert-il d'être riche?

-À acheter d'autres étoiles, si quelqu'un en trouve.

Celui-là, se dit en lui-même le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne.

Cependant il posa encore des questions:

-Comment peut-on posséder les étoiles?

-A qui sont-elles? riposta, grincheux, le businessman.

-Je ne sais pas. A personne.

-Alors elles sont à moi, car j'y ai pensé le premier.

-Ça suffit?

-Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n'est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n'est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter: elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n'a songé à les posséder.

-Ça c'est vrai, dit le petit prince. Et qu'en fais-tu?

-Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C'est difficile. Mais je suis un homme sérieux!

Le petit prince n'était pas satisfait encore.

-Moi, si je possède un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l'emporter. Moi, si je possède une fleur, je puis cueillir ma fleur et l'emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les étoiles!

-Non, mais je puis les placer en banque.

-Qu'est-ce que ça veut dire?

Ça veut dire que j'écris sur un petit papier le nombre de mes étoiles. Et puis j'enferme à clef ce papier-là dans un tiroir.

-Et c'est tout?

-Ça suffit!

C'est amusant, pensa le petit prince. C'est assez poétique. Mais ce n'est pas très sérieux.

Le petit prince avait sur les choses sérieuses des idées très différentes des idées des grandes personnes.

-Moi, dit-il encore, je possède une fleur que j'arrose tous les jours. Je possède trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est éteint. On ne sait jamais. C'est utile à mes volcans, et c'est aussi utile à ma fleur, que je les possède. Mais tu n'es pas utile aux étoiles…

Le businessman ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre, et le petit prince s'en fut.

Les grandes personnes sont décidément tout à fait extraordinaires, se disait-il en lui même durant son voyage.

KOMBE NA 14

Tunjanja wi tira na jom. Ya sin tunti chu ayo. Lai lo, labo yosa sisi la eno bole pedin ai dinjari na pedin. Kimbu sin nong janten munjebo yulo ikenole na pedin ai na dinjari na pedin,  la ala kwa la tilan, tila tira leleng yudo ai mau leleng  udora. Ewe yu ka bo yulo:

“Tente wi jevang ubu wau. Ewe yu jevang si tunti bukim, tunti uvingi, tunti upopo ai tunti upipisoza. Wivule lo, akanka na yu jeno si. Eta yu jari pedin na yu lo, aye shi yu mun sencho amau chu mangu kwa, eom afo kwa. Eta yu mompi pedin lo, aye janzon afo eom mangu. Ya kansa tenenju wi. Ya ho tinza chumun ya tenenju.

CHAPITRE XIV

La cinquième planète était très curieuse. C'était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour placer un réverbère et un allumeur de réverbère. Le petit prince ne parvenait pas à s'expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères. Cependant il se dit en lui-même:

- Peut-être bien que cette homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son réverbère, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile. C'est une occupation très jolie. C'est véritablement utile puisque c'est joli.

Eta chau yu de tira, yu lemai wenjule dinjari:

“Mai ninku. Hamun li chauku mompi pedin na li?”

“Aye akamun,” dinjari waika. “Mai ninku.”

“Haya akamun ye?”

“Ya ana mompi pedin na wa. Mai zekita.”

Ai yu jari ya.

“Esto hamun li chauku jari wai?”

“Aye akamun,” dinjari waika.

“Wa nong jebo,” kimbu sin ka.

“Akwa nong la eno jebo ya,” dinjari ka. “Akamun eo ya akamun. Mai ninku,”

Ai yu mori pedin na yu.

Zeye yu za fungo le pampil yam  shinyom kukuti.

“Wa janja jam kansa waming. Ya  jepu la kwita. Tai lo, wa janja mompi la ninku ai jari la zekita. Wa le achula na ninta eno zonza, ai achula na manta eno zon…”

“Ai, tachu tai, akamun be al janyin ha?”

“Akamun be al nong janyin,” dinjari ka. “Chau lo aye doi lo! Tiro ze tiro lo tira nunuda ge wi tomwi, ai akamun be al nong janyin!”

“Echu ha?” kimbu sin ka.

“Echu tau chumun ya nunuda tato kwa tos sirio, wa nong le sinsirio chu izonza. Wa janja jari ai wa mompi tato kwa tos sirio!”

“Tehau aye! La vado li lo, anin le inai na sirio kwa!”

“Yoyong tehau aye,” dinjari kwi ka. “Ata kwi maro kwa en wanyo kwala yonka.”

“Maro kwa ha?”

“Eo, Sirio yenini. Anin yenini! Mai zekita.”

Ai yu jari wai pedin na yu.

Kimbu sin yun yu ai nenju dinjari wau yu rejura shai akamun na yu. Kimbu sin jewai vunuto be yulu kwi  kelenu yanyo, la kum lanu raya na yu. Yu tau keju leo ustu na yu:

“Jo ha?... wa jo ashi eno li tengi zonza eta li keju …”

“Wa keju tayo,” dinjari ka.

Chumun ukwa tengi, la tato kwashi,  rejura ai mau kera.  

Kimbu sin kura:

“Sin shai tira na li en li tengi za numbe yem nurora ya. Tim sisi li nuvu mwenu eno tayo lara vu nin. Eta li keju zonza lo li nuvu...ai ninta  weri etabo li keju.

“Aye nong leo wa weku wi,” dinjari ka. “Akwa be wa nenju la ihai ya ana zon.”

“Aye nong nenishi,” kimbu sin ka.

“Aye nong nenishi,” dinjari ka. “Mai ninku,”

Ai yu mompi pedin na yu.

“Uye,” kimbu sin ka yulo, tabo yu kura wai anunai na yu, uye be uyo yin ke hauvu, bukim, uvingi, upipisoza, upopo. Ewe yu usisi yu nong yunkule tos wa en tehau yu. Aye, tente, chumun yu kambo ayin lumau yulo.

Yu chuka ahuncho chumun itoyau ai ka yulo mau:

“Uye usisi be wa ke tengi jastu yu. Esto sin vivi ho tira na yu. Labo nong la tos usun…”

Akwa be kimbu sin nong tunyi fonzalo lo, aye en yu toyau nuchu tira onampau wau chumun, tio, pol pamel panini vunuto tos rio sunini pan!

Lorsqu'il aborda la planète il salua respectueusement l'allumeur:

-Bonjour. Pourquoi viens-tu d'éteindre ton réverbère?

-C'est la consigne, répondit l'allumeur. Bonjour.

-Qu'est ce la consigne?

-C'est d'éteindre mon réverbère. Bonsoir.

Et il le ralluma.

-Mais pourquoi viens-tu de rallumer?

-C'est la consigne, répondit l'allumeur.

-Je ne comprends pas, dit le petit prince.

-Il n'y a rien à comprendre, dit l'allumeur. La consigne c'est la consigne. Bonjour.

Et il éteignit son réverbère.

Puis il s'épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.

-Je fais là un travail terrible. C'était raisonnable autrefois. J'éteignais le matin et j'allumais le soir. J'avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir…

-Et, depuis cette époque, la consigne à changé?

-La consigne n'a pas changé, dit l'allumeur. C'est bien là le drame! la planète d'année en année a tourné de plus en plus vite, et la consigne n'a pas changé!

-Alors? dit le petit prince.

-Alors maintenant qu'elle fait un tour par minute, je n'ai plus un seconde de repos. J'allume et j'éteins une fois par minute!

-Ça c'est drôle! les jours chez toi durent une minute!

-Ce n'est pas drôle du tout, dit l'allumeur. Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.

-Un mois?

-Oui. Trente minutes. Trente jours! Bonsoir.

Et il ralluma son réverbère.

Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui était si fidèle à sa consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami:

-Tu sais... je connais un moyen de te reposer quand tu voudras…

-Je veux toujours, dit l'allumeur.

Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.

Le petit prince poursuivit:

-Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjambées. Tu n'as qu'à marcher lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras... et le jour durera aussi longtemps que tu voudras.

-Ca ne m'avance pas à grand chose, dit l'allumeur. Ce que j'aime dans la vie, c'est dormir.

-Ce n'est pas de chance, dit le petit prince.

-Ce n'est pas de chance, dit l'allumeur. Bonjour.

Et il éteignit son réverbère.

Celui-là, se dit le petit prince, tandis qu'il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c'est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C'est, peut-être, parce qu'il s'occupe d'autre chose que de soi-même.

Il eut un soupir de regret et se dit encore:

-Celui-là est le seul dont j'eusse pu faire mon ami. Mais sa planète est vraiment trop petite. Il n'y a pas de place pour deux…

Ce que le petit prince n'osait pas s'avouer, c'est qu'il regrettait cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures!

KOMBE NA 15

Tira na vai tira wan tunti tato nini. Lai be ba naita dora, yu janko kaiko wamwa wi.

CHAPITRE XV

La sixième planète était une planète dix fois plus vaste. Elle était habitée par un vieux Monsieur qui écrivait d'énormes livres.

“Yun! Lau uhenu!” yu donka, eta yu boyun kimbu sin.

Kimbu sin nura tila nunya ai hihum si. Ya kwi toju anunai nai shai!

“Hala wechu?” ba naita ka yu.

“Haya kaiko gau ye?” kimbu sin ka. “Haya la jam lau?”

“Wanjono wa,” ba naita ka.

“Haya wanjono?”

“Yu ujono yu jo ala be finso, sonai, dola, gin ai songan la lai.

“Aye tenjoke,” kimbu sin ka. “Aye zebas kansa ho!”

Ai yu geyun rora yu la tira na wanjono. Yu tatang kwiku weyun tira kinshi shai.

“Ya nenyun wi, tira na li. Ha wanso la mau?”

“Nong tengi jo,” wanjono ka.

“Hoi!” (okemong kimbu sin). “Ai gin ha?”

“Nong tengi jo,” wanjono ka.

“Ai dola ai sonai ai songan ha?”

“Nong tengi jo mau,” wanjono ka.

“Esto li wanjono lo!”

“Chau aye,” wanjono ka. “Esto wa nong uhenu lo. Ho tinza uhenu. Ya nong wanjono yu denu mundau dola, sonai, gin, finso ai wanso. Wanjono kungi wi eno yu mwera. Yu nong nuchu kobea. Esto yu janja yunza uhenu. Janja hakum yunyo, ai yu hinko ajewai na yunyo. Ai tonto ajewai na ukwa chu yunyo yunkule tenjoke tos yu lo, wanjono ke hato tos ipu na uhenu.

“Hamun aye?”

“Chumun uhenu yu konka ke nomun waminto bo kaiko na anjono. Ai mau uhenu yu pisoza vivi.

“Hamun aye?” kimbu sin jam.

“Chumun uviso janja weyun ayo tontoshi ya sun. Echu wanjono ke hinko gin sun la ala be akwa sisi la lai.”

“Wa wejo ukwa,” kimbu sin ka, “yu eo ke uhenu ming.”

“Aye ten. Echu, tonto ipu na uhenu yunkule nen lo, al nuku ahato tos ahenyun na yu.

“Al denu weyun ha?”

“Nong. Ya wiva vivi. Esto al munchu uhenu en yu mule areyun. Tonto shi tanto lo ya tos ahenyun na gin wan,  al ke pauka en yu deza adu wan.

Wanjono cheta tomunju.

“Esto li lo, li wechu ala nainu! Li eo uhenu! Li denu saka wa tira na li!”

Ai wanjono, ze yu jamil kaiko, japyusa champe. Na kwa lo al za champe sinko atoska na uhenu. Al tara, ku za tanso janko ya, en uhenu mule areyun.

“Zeye ha?” wanjono haka.

“Hoi! La vado,” kimbu sin ka. “Aye nong tenjoke wi, aye sin wi. Wele dusola yem. Asun yanyo weri, ai dusola kwa ya omompi. Esto al nong tengi jo.”

“Al nong tengi jo,” wanjono ka.

“Mau wa wele afo,”

”Wanyo tatang hinko afo,” wanjono ka.

“Hamun aye! Aye nong tenenju!”

“Chumun afo janja temola,”

“Haya kano temola?”

“Kaiko na anjono,” wanjono ka, “Yanyo kaiko shingu tio chu kaiko yo. Yanyo tatang tonaita. Janjang aye en gin lain. Janjang aye en wanso jamembo aso na yalo. Wanyo janko aya tayora.

“Esto dusola omompi tengi monzon wai,” kimbu sin kwi nubai. “Haya kano, temola?”

“En dusola omompi eom weri lo, aye lara kwashi tos wanyo,” wanjono ka. “Akwa ya hova tos wanyo, ya eo gin. Ya nong janyin.”

“Esto haya kano temola?” kimbu sin ka wai, yu tatang zachu ahaka tachu yu chuka ya.

“Aye kano “ya zembo en monyun gela,”

“Afo na wa zembo en monyun gela ha?”

“Ho reshi,”

“Afo na wa temola,” kimbu sin ka yulo, ai yu le pepyu pan sisi eno wairu tos yula! Ai wa kwi baichu yu kwasi kwambe la vado!”

Aye vonu na kwa chu itoyau. Esto yu chele itunyi wai”

“Hala be li noka en wa denu yunde?” yu haka.

“Tira Yula,” wanjono waika yu. “Ya pukule nen…”

Ai kimbu sin nuchu, la jevi afo na yu.

-Tiens! voilà un explorateur! s'écria-t-il, quand il aperçut le petit prince.

Le petit prince s'assit sur la table et souffla un peu. Il avait déjà tant voyagé!

-D'où viens-tu? lui dit le vieux Monsieur.

-Quel est ce gros livre? dit le petit prince. Que faites-vous ici?

-Je suis géographe, dit le vieux Monsieur.

-Qu'est-ce un géographe?

-C'est un savant qui connaît où se trouvent les mers, les fleuves, les villes, les montagnes et les déserts.

-Ça c'est intéressant, dit le petit prince. Ça c'est enfin un véritable métier!

Et il jeta un coup d'oeil autour de lui sur la planète du géographe. Il n'avait jamais vu encore une planète aussi majestueuse.

-Elle est bien belle, votre planète. Est-ce qu'il y a des océans?

-Je ne puis pas le savoir, dit le géographe.

-Ah! (Le petit prince était déçu.) Et des montagnes?

-Je ne puis pas le savoir, dit le géographe.

-Et des villes et des fleuves et des déserts?

-Je ne puis pas le savoir non plus, dit le géographe.

-Mais vous êtes géographe!

-C'est exact, dit le géographe, mais je ne suis pas explorateur. Je manque absolument d'explorateurs. Ce n'est pas le géographe qui va faire le compte des villes, des fleuves, des montagnes, des mers et des océans. La géographe est trop important pour flâner. Il ne quitte pas son bureau. Mais il reçoit les explorateurs. Il les interroge, et il prend note leurs souvenirs. Et si les souvenirs de l'un d'entre eux lui paraissent intéressants, le géographe fait une enquête sur la moralité de l'explorateur.

-Pourquoi ça?

-Parce qu'un explorateur qui mentait entraînerait des catastrophes dans les livres de géographie. Et aussi un explorateur qui boirait trop.

-Pourquoi ça? fit le petit prince.

-Parce que les ivrognes voient double. Alors le géographe noterait deux montagnes, là où il n'y en a qu'une seule.

-Je connais quelqu'un, dit le petit prince, qui serait mauvais explorateur.

-C'est possible. Donc, quand la moralité de l'explorateur paraît bonne, on fait une enquête sur sa découverte.

-On va voir?

-Non. C'est trop compliqué. Mais on exige de l'explorateur qu'il fournisse de preuves. S'il s'agit par exemple de la découverte d'une grosse montagne, on exige qu'il en rapporte de grosses pierres.

Le géographe soudain s'émut.

-Mais toi, tu viens de loin! Tu es explorateur! Tu vas me décrire ta planète!

Et le géographe, ayant ouvert son registre, tailla son crayon. On note d'abord au crayon les récits des explorateurs. On attend, pour noter à l'encre, que l'explorateur ait fourni des preuves.

-Alors? interrogea le géographe.

-Oh! chez moi, dit le petit prince, ce n'est pas très intéressant, c'est tout petit. J'ai trois volcans. Deux volcans en activité, et un volcan éteint. Mais on ne sait jamais.

-On ne sait jamais, dit le géographe.

-J'ai aussi une fleur.

-Nous ne notons pas les fleurs, dit le géographe.

-Pourquoi ça! c'est pas joli!

-Parce que les fleurs sont éphémères.

-Qu'est ce que signifie: "éphémère"?

-Les géographies, dit le géographe, sont les livres les plus précieux de tous les livres. Elles ne se démodent jamais. Il est rare qu'une montagne change de place. Il est très rare qu'un océan se vide de son eau. Nous écrivons des choses éternelles.

-Mais les volcans éteints peuvent se réveiller, interrompit le petit prince. Qu'est -ce que signifie "éphémère"?

-Que les volcans soient éteints ou soient éveillés, ça revient au même pour nous autres, dit le géographe. Ce qui compte pour nous, c'est la montagne. Elle ne change pas.

-Mais qu'est-ce que signifie "éphémère"? répéta le petit prince qui, de sa vie, n'avait renoncé à une question, une fois qu'il l'avait posée.

-Ça signifie "qui est menacé de disparition prochaine".

-Ma fleur est menacée de disparition prochaine?

-Bien sûr.

Ma fleur est éphémère, se dit le petit prince, et elle n'a que quatre épines pour se défendre contre le monde! Et je l'ai laissée toute seule chez moi!

Ce fut là son premier mouvement de regret. Mais il reprit courage:

-Que me conseillez-vous d'aller visiter? demanda-t-il.

-La planète Terre, lui répondit le géographe. Elle a une bonne réputation...

Et le peti prince s'en fut, songeant à sa fleur.


KOMBE NA 16

Tira na teo echu ya Yula.

Yula nong tira ya janjasa! Lai al tengi mundau bukim mel nini kwa (eno nong monjo, reshi, bukim na Kwalan chu yunyo), wanjono teopol, upopo sastawisti, uviso teobena ai sumbe na bena, uvingi yengos nungu bena, ai aye kano uwanta sunkas fafau.

Eno pau li ajebo na latano na Yula lo, wa ka linyo en ku ahenjo na tipi lo tim al mumwe, tos ikwambe na anyo vai, varunyo ho chu dinjari   pamwisti vaidua sumpol jomel nini kwa na pedin.

Tonto al yun chu inainu siwi lo aye jam zeto wandin. Anunu na varunyo ye be al reno shi senjus na jikayus. La kuta lo, sento na dinjari na pedin na Autearoan ai Ostorelan de.

Ze uwau, ze ana jari dinya lo, yunyo nuzon. Zeye dinjari na pedin na Chongan ai Sibiran nubo la sento na yunyo na asenji.

Zeye yunyo mau denu vanjo la alu. Zeye sento na dinjari na Rusan ai Baratan de.

Ze yunyo, una Kwalan ai una  Panan. Ze yunyo, una Vayan. Ze yunyo, una Joman. Ai tatang yunyo jesko tos aren na nubo la ala. Aye kwi wamwa.

Sisi lo, dinjari na pedin kwa sisi na roti na Mano, ai kankalu na yu na pedin kwa sisi la roti na Nino, toju ihai na iriring ai ituspu: yunyo janja kan tato sun tos tiro.

CHAPITRE XVI

La septième planète fut donc la Terre.

La Terre n'est pas une planète quelconque! On y compte cent onze rois (en n'oubliant pas, bien sûr, les rois nègres), sept mille géographes, neuf cent mille businessmen, sept millions et demi d'ivrognes, trois cent onze millions de vaniteux, c’est-à-dire deux milliards de grandes personnes.

Pour vous donner une idée des dimensions de la Terre je vous dirai qu'avant l'invention de l'électricité on y devait entretenir, sur l'ensemble des six continents, une véritable armée de quatre cent soixante-deux mille cinq cent onze allumeurs de réverbères.

Vu d'un peu loin ça faisait un effet splendide. Les mouvements de cette armée étaient réglés comme ceux d'un ballet d'opéra. D'abord venait le tour des allumeurs de réverbères de Nouvelle-Zélande et d'Australie.

Puis ceux-ci, ayant allumé leurs lampions, s'en allaient dormir. Alors entraient à leur tour dans la danse les allumeurs de réverbères de Chine et de Sibérie.

Puis eux aussi s'escamotaient dans les coulisses. Alors venait le tour des allumeurs de réverbères de Russie et des Indes.

Puis de ceux d'Afrique et d'Europe. Puis de ceux d'Amérique de Sud. Puis de ceux d'Amérique de Nord. Et jamais ils ne se trompaient dans leur ordre d'entrée en scène. C'était grandiose.

Seuls, l'allumeur de l'unique réverbère de pôle Nord, et son confrère de l'unique réverbère du pôle Sud, menaient des vies d'oisiveté et de nonchalance: Ils travaillaient deux fois par an.


CHAPITRE XVII

Tonto al kemun nenje lo, ya to en al konka siwi. Wa nong kwi hopu wi tabo wa la toka tos dinjari na pedin. Wa zembo pau yunku hohong na tira na wanyo ukwa yunyo nong wejo ya.

Yunga bora labo si wi chu labo la Yula. Tonto udora sunkas yunyo dora Yula ke lara vuti ai fafau si lo, shi la akara, yunyo be al tengi jara geza hula yoza ya nai Mail sunini ai wilu Mail sunini. Al ke tengi mura yunganyo la solan sinsi tio na Wamwaso.

Uwanta, reshi kwambe, nong ke jeho linyo. Yunyo jeyun bora labo wi. Yunyo jekeho en yulonyo kungi, shi titivupe. Soi noka yunyo echu en yunyo dauva ajewi. Yunyo tiju dau: aye ke munenju yunyo. Esto nong lenza ata na linyo tos sinkan wau. Ya tinzang. Soi linyo reju wa.

CHAPITRE XVII

Quand on veut faire de l'esprit, il arrive que l'on mente un peu. Je n'ai pas été très honnête en vous parlant des allumeurs de réverbères. Je risque de donner une fausse idée de notre planète à ceux qui ne la connaissent pas.

Les hommes occupent très peu de place sur la terre. Si les deux milliards d'habitants qui peuplent la terre se tenaient debout et un peu serrés, comme pour un meeting, ils logeraient aisément sur une place publique de vingt milles de long sur vingt milles de large. On pourrait entasser l'humanité sur le moindre petit îlot du Pacifique.

Les grandes personnes, bien sûr, ne vous croiront pas. Elles s'imaginent tenir beaucoup de place. Elles se voient importantes comme les baobabs. Vous leur conseillerez donc de faire le calcul. Elles adorent les chiffres: ça leur plaira. Mais ne perdez pas votre temps à ce pensum. C'est inutile. Vous avez confiance en moi.

Kimbu sin, eta yu la Yuka, hoika wi en nong weyun ukwa. Kwi yu yika en yonjo tira, eta rongu le san na mam nunu bo dushum.

“Mai manta,” kimbu sin ka wetonto ayo.

“Mai manta,” nanai ka.

“Tila tira hana be wa bon?” kimbu sin haka.

“Tila Yula, la Kwalan,” nanai waika.

“Hoi! Echu yuyung la Yula ha?“

“Lau songan. Yuyung janja la songan. Wan Yula,” nanai ka.

Kimbu sin nura tila adu ai ponti ayun yuno tiska:

“Wa haka walo,” yu ka. “En mangu be al jari eno uyo ke tengi anin kwa chele ana yu wai. Yun tira na wa. Yu ti chau wanyo… Esto wu nainu ya!”

“Nenyun ya,” nanai ka . “Haya be li de jam lau?”

“Wa toju dodoi tos afo,” kimbu sin ka.

“Hoi!” nanai ka.

Ai sus yunyo.

“Hala yunga?” zebas kimbu sin ka wai. Al kwasi siwi la songan…”

“Al mau kwasi la vado na yunga,” nanai ka.

Kimbu sin yun yu ata nai:

Le petit prince, une fois sur terre, fut bien surpris de ne voir personne. Il avait déjà peur de s'être trompé de planète, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable.

-Bonne nuit, fit le petit prince à tout hasard.

-Bonne nuit fit le serpent.

-Sur quelle planète suis-je tombé? demanda le petit prince.

-Sur la Terre, en Afrique, répondit le serpent.

-Ah!... Il n'y a donc personne sur la Terre?

-Ici c'est le désert. Il n'y a personne dans les déserts. La Terre est grande, dit le serpent.

Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel:

-Je me demande, dit-il, si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète. Elle est juste au-dessus de nous... Mais comme elle est loin!

-Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici?

-J'ai des difficultés avec une fleur, dit le petit prince.

-Ah! fit le serpent.

Et ils se turent.

-Où sont les hommes? reprit enfin le petit prince. On est un peu seul dans le désert...

-On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent.

Le petit prince le regarda longtemps:

“Li unga tehau,” yu ka yu zebas. “Chil shi yol…”

“Esto wa koile tunti yol na bukim,” nanai ka.

Kimbu sin nyeki.

“Li nong koile wi...eye li nong le vuvu...eye li nong tengi nunai…”

“Wa ke tengi jauza li nainu tunti soni,” nanai ka.

Yu totol yulo kairo vuron na kimbu sin, shi lengu chu vungu:

“Ukwa be wa leche yu, wa waipau yu vushum be yu nuchi ya,” yu ka mau. “Esto kwavo li ai li wechu mangu…”

Kimbu sin waika yayang.

“Li ponju wa yoiza, li yu mwese shai, la Yula wau chu zoidu. Wa tengi leo li anin kwa tonto li chuju vivi tira na li. Wa ke tengi…”

“Hea! Wa jebo nen wi,” kimbu sin ka. “Esto li tayo za fihaka yonka?”

“Wa janja mondoi ayo,” nanai ka.

Ai Sus yunyo.

-Tu es une drôle de bête, lui dit-il enfin, mince comme un doigt...

-Mais je suis plus puissant que le doigt d'un roi, dit le serpent.

Le petit prince eut un sourire:

-Tu n'est pas bien puissant... tu n'as même pas de pattes... tu ne peux même pas voyager...

-Je puis t'emporter plus loin qu'un navire, dit le serpent.

Il s'enroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet d'or:

-Celui que je touche, je rends à la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens d'une étoile...

Le petit prince ne répondit rien.

-Tu me fais pitié, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t'aider un jour si tu regrettes trop ta planète. Je puis...

-Oh! J'ai très bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes?

-Je les résous toutes, dit le serpent.

Et ils se turent.


KOMBE NA 18

Kimbu sin tunu songan ai deche  afo kwa sisi. Afo yu le fosho yem, afo kungileng…

“Mai,” kimbu sin ka.

“Mai,” afo ka.

“Hala yunga?” kimbu sin haka la kapu.

Afo, la anin kwa, kwi weyun jaunana lutum.

CHAPITRE XVIII

Le petit prince traversa le désert et ne rencontra qu'une fleur. Une fleur à trois pétales, une fleur de rien du tout...

-Bonjour, dit le petit prince.

-Bonjour, dit la fleur.

-Où sont les hommes? demanda poliment le petit prince.

La fleur, un jour, avait vu passer une caravane:

“Yunga ha? Yunyo laila, wa jeho, uvai eom uteo. Wa kwi weyun yunyo tauku tiro wi. Esto al tatang jo ala be al tengi chele yunyo. Tihum janja fum yunyo lanu. Pevu nong le, aye nyausi wi yunyo.

“Om wayun,” kimbu sin ka.

“Om wayun,” afo ka..

-Les hommes? Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aperçus il y a des années. Mais on ne sait jamais où les trouver. Le vent les promène. Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup.

-Adieu, fit le petit prince.

-Adieu, dit la fleur.

KOMBE NA 19

Kimbu sin jamoyo atinu na gin wen. Gin sisi be yu kwiku wejo yanyo, dusola yem yanyo deche vupil na yu. Ai yu za dusola omompi shi vurevu.

“Chu gin wen shi awau lo,” yu ka yulo tai, “wa denu weyun tira kwambe ai yunga yo…” Esto yu weyun yayang chito pyu chu adu yanyo pyusa wi.

“Mai,” yu ka wetonto ayo.

“Mai...Mai...Mai…” zewai waika.

“Hayu li?” kimbu sin ka.

“Hayu li...hayu li...hayu li…” zewai waika.

“Tom ustu na wa, kwasi wa,” yu ka.

“Kwasi wa...kwasi wa...kwasi wa…” zewai waika.

”Wu tehau tira wau!” yu je tai. “Song kwambe ya, ai pyusa kwambe ai finju kwambe.”

CHAPITRE XIX

Le petit prince fit l'ascension d'une haute montagne. Les seules montagnes qu'il eût jamais connues étaient les trois volcans qui lui arrivaient au genou. Et il se servait du volcan éteint comme d'un tabouret.

"D'une montagne haute comme celle-ci, se dit-il donc, j'apercevrai d'un coup toute la planète et tous les hommes..." Mais il n'aperçut rien que des aiguilles de roc bien aiguisées.

-Bonjour, dit-il à tout hasard.

-Bonjour... Bonjour... Bonjour... répondit l'écho.

-Qui êtes-vous? dit le petit prince.

-Qui êtes-vous... qui êtes-vous... qui êtes-vous... répondit l'écho.

-Soyez mes amis, je suis seul, dit-il.

-Je suis seul... je suis seul... Je suis seul... répondit l'écho.

"Quelle drôle de planète! pensa-t-il alors. Elle est toute sèche, et toute pointue et toute salée.

Ai yunga nong le ajekeho. Yunyo ka wai akwa be al ka yunyo ya… La vado wa wele afo: yu tayo una kwa yu ka.

Et les hommes manquent d'imagination. Ils répètent ce qu'on leur dit... Chez moi j'avais une fleur: elle parlait toujours la première..."

KOMBE NA 20

Esto aye to en kimbu sin, ze nuvu ata nai tunu dushum, adu ai mwere lo, zebas henyun nuno. Ai nuno yo janja de vado na yunga.

“Mai,” yu ka.

Aye lula yobo jufo.

“Mai,” jufo ka.

Kimbu sin yun yunyo. Yunyo yo yunkule afo na yu.

CHAPITRE XX

Mais il arriva que le petit prince, ayant longtemps marché à travers les sables, les rocs et les neiges, découvrit enfin une route. Et les routes vont toutes chez les hommes.

-Bonjour, dit-il.

C'était un jardin fleuri de roses.

-Bonjour, dirent les roses.

Le petit prince les regarda. Elles ressemblaient toutes à sa fleur.

“Hayu linyo?” yu hoiza haka yunyo.

“Wanyo jufo,” jufo ka.

“Hoi!” kimbu sin ka...

Ai yu ju minishi wi. Afo na yu kwi toka yu en yulo ukwasi chu shingu la yoyala. Ai yun lo en ujompol laila, kwashi kwambe, la lula kwa sisi!

Afo na wa ke ozawong wi,” yu ka yulo. “Tonto ke yu weyun aye...yu ke huhua wamwa ai ke nyam tomia eno chunu ahauvu. Ai wa ke otinti nyam zia yu, chumun, tonto nong jam, eno huvi wa mau, yu ke tuska yulo tomia…”

Zeye yu ka yulo mau: “Wa kwi jeho en wa pale chumun wele afo menshi, ai wa wele jufo janjasa sisi. Aye ai dusola yem na wa yanyo deche vupil na wa, ai chu yanyo lo akwa omompi tayora, aye nong jam en wa kimbu wan wi…” Ai yu la hura la poi, yoyoi.

-Qui êtes-vous? leur demanda-t-il, stupéfait.

-Nous sommes des roses, dirent les roses.

-Ah! fit le petit prince...

Et il se sentit très malheureux. Sa fleur lui avait raconté qu'elle était seule de son espèce dans l'univers. Et voici qu'il en était cinq mille, toutes semblables, dans un seul jardin!

"Elle serait bien vexée, se dit-il, si elle voyait ça... elle tousserait énormément et ferait semblant de mourir pour échapper au ridicule. Et je serais bien obligé de faire semblant de la soigner, car, sinon, pour m'humilier moi aussi, elle se laisserait vraiment mourir..."

Puis il se dit encore: "Je me croyais riche d'une fleur unique, et je ne possède qu'une rose ordinaire. Ça et mes trois volcans qui m'arrivent au genou, et dont l'un, peut-être, est éteint pour toujours, ça ne fais pas de moi un bien grand prince..." Et, couché dans l'herbe, il pleura.


KOMBE NA 21

Ata tai en yambau tonyun.

“Mai,” yambau ka.

“Mai,” kimbu sin waika kapu, yu  nuda yulo esto weyun yayang.

“Lau wa,” kika muhim. “Vu ape na bol.”

“Hayu li?:  kimbu sin ka. “Nenyun wi li…”

“Yambau wa,” yambau ka.

CHAPITRE XXI

C’est alors qu’apparut le renard.

-Bonjour, dit le renard.

-Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

-Je suis là, dit la voix, sous le pommier.

-Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli…

-Je suis un renard, dit le renard.

“De jafi lu wa,” kimbu sin jepau yu. “Yoyun shai wa…”

 

“Wa nong tengi jafi lu li,” yambau ka. “Nong oyuva wa.”

“Hoi! Yauka wa,” kimbu sin ka.

Esto, ze ajewaivi, yu jamau:

“Haya kano oyuva?,”

“Li nong wechu lau,” yambau ka. “Haya be li kele?”

 

“Wa la kele yunga,” kimbu sin ka. “Haya kano oyuva?”

 

“Yunga lo,” yambau ka, “yunyo le chempe ai janja numia. Densile wi aye! Mau yunyo janja vazia kwo. Aye ijoke sisi  na yunyo. Li kele kwo ha?”

“Nong,” kimbu sin ka. “Wa kele ustu. Haya kano oyuva?”

 

“Aye akwa be al yunsi vivi,” yambau ka. “Ya kano “ana mula ava..”

“Ana mula ava ha?”

 

“Reshi lo,” yambau ka. “Li  tos wa  simbu sin sisi yu yunkule kwambe simbu sin jompol. Ai wa nong tinza li. Ai li mau nong tinza wa. Wa tos li  yambau sisi yu yunkule yambau jompol. Esto, tonto li janyuva wa, wanyo denu tinza noyom. Li denu menshi la Yula tos wa. Wa denu menshi la Yula tos li…”

 

“Wa nuku jebo,” kimbu sin ka. “Afo kwa la...wa jeho en yu kwi janyuva wa…”

 

“Aye ten,” yambau ka. “Al weyun la Yula ashi wi na aya…”

 

“Hoi! Ya nong la Yula,” kimbu sin ka.

 

Yambau yunkule vino wi:

“La tira yin ha?”

“Eo,”

“Unumia lai ha, la tira ye?”

-Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…

 

-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

 

-Ah ! pardon, fit le petit prince.

 

Mais, après réflexion, il ajouta :

 

-Qu’est-ce que signifie «apprivoiser» ?

 

-Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu ?

 

-Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

-Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?

 

-Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

 

-C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie «créer des liens… »

 

-Créer des liens ?

 

-Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

 

-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…

 

-C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

 

-Oh ! ce n’est pas sur la Terre, dit le petit prince.

 

Le renard parut très intrigué :

-Sur une autre planète ?

 

-Oui.

 

-Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?

“Nong.”

 

“Wu joke aye! Ai kwo la ha?”

 

“Nong.”

 

“Yonen yayang,” yambau huncho.

 

Esto yambau wainu ahenje na yu:

 

“Kwaji ihai na wa. Wa janja numia kwo, yunga janja numia wa. Kwo yo yunkule noyom, ai yunga yo yunkule noyom. Echu wa huju siwi.

Esto, tonto li janyuva wa lo, ihai na wa denu tom shi ninile. Wa denu wejo auhim na numbe ya denu yinshi tunti ayin yo.

Numbe yin munchu wa nubo vu vuku. Ana li denu deka wa nuchi vucha, shi aji. Mau yun lo! Li weyun lai ha, sayan na vunki? Wa nong kikiza binki. Tenzang vunki tos wa. Sayan na vunki munje yayang wa. Ai tenyoi aye! Esto li le zizi le san na vungu. Echu aye denu wanen eta li kwi janyuva wa! Vunki, ya le san na vungu, denu munje wa tos li! Ai ke nenju auhim na tihum la vunki…”

Yambau basi ai yun ata nai kimbu sin:

 

“Soi...janyuva wa!” yu ka.

 

“Wa eo keju,” kimbu sin waika, esto ata wi wa nong le. Ustu la yu be tim wa henyun yunyo ai aya wi be tim wa jebo yanyo.

“Al jebo aya sisi be al janyuva yanyo,” yambau ka. Yunga nong kura le ata eno jebo aya. La podo lo, yunyo janja paza aya ya oyo kwambe. Esto chumun podo na ustu yoyong laila lo, yunga nong kura le ustu. Tonto li keju le ustu lo, janyuva wa!”

“Haya tim wa jam?” kimbu sin ka.

“Tim li raju wi,” yambu waika. La kuta lo li denu nura nainu siwi lu wa, shai, la poi. Wa denu yun li chu alum na ayun ai li denu ka yayang. Yuka janja achu na ajewoi wi. Esto anin yo, li denu tengi nura fafau  tunti siwi...

 

Anin ya zenu lo kimbu sin wainu.

 

“Aye kwi ke nen tunti tonto li wainu la rio kwashi,” yambau ka. “Tonto li de, shi tanto, la rio na pan la baninta, wa denu nuku nyeka ege  rio na yem la. Ewu rio denu kunu, ewu wa denu nyeka. La rio na pan, kwi, wa denu sinyi ai odensi; wa denu henyun apopa na inyeka! Esto tonto li de la ata kakwa lo, tatang wa denu jo rio be tim wa jango bamba tai...Tim puto laila.

-Non.

 

-Ça, c’est intéressant ! Et des poules ?

 

-Non.

 

-Rien n’est parfait, soupira le renard.

 

Mais le renard revint à son idée :

 

-Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu.

Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres.

Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

 

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

 

-S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

 

-Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

 

-On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

 

-Que faut-il faire ? dit le petit prince.

 

-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

 

Le lendemain revint le petit prince.

 

“Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.

“Haya puto?” kimbu sin ka.

 

“Aye mau akwa be al yunung vivi ya,” yambau ka. “Aye akwa ya mun en anin kwa yinshi anin yin, rio kwa yinshi rio yin. Puto la, shi tanto, la vado na unumia. Yunyo janja senji la Jonta lu simwana na sindola. Echu Jonta anin wanen tos wa! Wa janja nuvu deche susayan. Tonto unumia senji la anin kakwa, anin yo ke kwashi noyom, ai tatang wa ke toju milto kwa.”

 

Echu kimbu sin kwi janyuva yambau. Ai eta rio na anuchu faunu:

 

“Yoi!” yambau ka. “Wa denu yoyoi.”

 

“Li fonza tos aye,” kimbu sin ka. “Wa nong kakeho li akwa ming, esto li kwi keju en wa janyuva li…”

 

“Eo reshi,” yambau ka.

 

“Esto li denu yoyoi lo!” kimbu sin ka.

 

“Eo reshi,” yambau ka.

“Echu li nenza yayang!”

 

“Wa eo nenza,” yambau ka. “Chumun san na vunki.”

 

 Zeye yu ka jamau:

 

“Denu wayun jufo. Li denu jebo en  menshi la Yula una li. Li denu wainu ka wa en li nuchu, ai wa denu ka li asiska shi aupau.”

Kimbu sin nuchu wayun jufo.

 

“Linyo yoyong yunkule jufo na wa, linyo rata yayang,” yu ka yunyo. “Yuyung kwi janyuva linyo ai linyo nong kwi janyuva ukwa. Linyo shi yambau na wa eta yu kwi we shai. Yu yambau sisi yu yunkule uyin wisti. Esto wa kwi jam en yu ustu na wa ai tau menshi la Yula yu.

Ai puchu ho jufo.

 

“Nenyun linyo, esto membo linyo,” yu ka yunyo mau. “Al nong tengi tomia tos linyo. Reshi lo, jufo na wa lo, ukwa vungi yu lutum ke jeho en yu yunkule linyo. Esto yu kwasi kungi tunti linyo yo, chumun yu ukwa be wa kwi munso yu. Chumun yu ukwa be wa kwi jara vu sumbero. Chumun yu ukwa be wa kwi za vanum javan yu. Chumun yu ukwa be tos yulo wa kwi jamia sandilia (chito usun eom uyem eno yunyo tom sandi). Chumun yu ukwa be wa kwi him yu rulka, eom wanka yulo, eom ato siwi sus. Chumun yu jufo na wa.”

Ai yu wainu kwanu yambau:

“Wa nuchu,” yu ka.

“Mai nuchu,” yambau ka. “Yun asiska na wa. Wivang wi ya: al  weyun nen eta sisi al za bamba.  Tenyunung aya kungi tio eta al za ayun.

“Tenyunyung aya kungi tio eta al  za ayun,” kimbu sin ka wai, eno yulo  jewai.

“Ata be li kwi lenza tos jufo na li,  mun en kungi shai jufo na li.

“Ata be wa kwi  lenza tos jufo na wa…” kimbu sin ka, eno yulo jewai.

“Yunga kwi monjo iho ye,” yambau ka. “Esto tim li nong monjo ya. Li tom tayora puza ukwa be li kwi janyuva yu. Li puza jufo na li…”

 

“Wa puza jufo na wa,” kimbu sin ka wai, eno yulo jewai.

 

-Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.

 

-C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.

 

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :

 

-Ah ! dit le renard… Je pleurerai.

 

-C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…

 

-Bien sûr, dit le renard.

 

-Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

 

-Bien sûr, dit le renard.

 

-Alors tu n’y gagnes rien !

 

-J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

 

Puis il ajouta :

 

-Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

 

Le petit prince s’en fut revoir les roses.

 

-Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

 

Et les roses étaient bien gênées.

 

-Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose.

 

Et il revint vers le renard :

 

-Adieu, dit-il…

 

-Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

-L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

 

-C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

 

-C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.

 

-Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…

-Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir.


KOMBE NA 22

“Mai,” kimbu sin ka.

“Mai,” unoria na fanuno ka.

“Haya be la jam lai?” kimbu sin ka.

“Wa la shiron ununai, jam bombe le upol,” unoria ka.”Wa munchu fanai yanyo jaubo yunyo, tato kwa de zano, tato yin de yino”.”

Ai gefanai odin, la rulka shi tibum, mundende rabeo.

“Geku wi yanyo,” kimbu sin ka. “Haya be yanyo kele?”

“Umuno na fanaiku, yulo eye nong jo,” unoria ka.

Ai, chu alu feno, gefanai odin rulka.

“Kwi yunyo wainu?” kinbu sin haka...

“Uwau nong uyu kwashi,” unoria ka. “Ayom ya.”

“Yunyo nong yosaka ala be yunyo kwi lai ha?”

“Al tatang yosaka ala be al lai,” unoria ka.

Ai tibum na gefanai odin na yem rulka.

“Yunyo keze ununai na kwa ha?” kimbu sin haka.

“Yunyo yoyong keze akwa,” unoria ka. “Yunyo la zon bo lai, eom yunyo la hawa. Ben sisi janja pon fuku deche shenum.”

“Ben sisi jo akwa be yulonyo la kele ya,” kimbu sin ka. “Yunyo lenza ata tos finga chu baingo, ai ya tom kungi wi tos yunyo, ai tonto al zachu ya chu yunyo lo, yunyo yoyoi…”

“Nenishi yunyo,” unoria ka.

CHAPITRE XXII

-Bonjour, dit le petit prince.

-Bonjour, dit l'aiguilleur.

-Que fais-tu ici? dit le petit prince.

-Je trie les voyageurs, par paquets de mille, dit l'aiguilleur. J'expédie les trains qui les emportent, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche.

Et un rapide illuminé, grondant comme le tonnerre, fit trembler la cabine d'aiguillage.

-Ils sont bien pressés, dit le petit prince. Que cherchent-ils?

-L'homme de la locomotive l'ignore lui-même, dit l'aiguilleur.

Et gronda, en sens inverse, un second rapide illuminé.

-Ils reviennent déjà? demanda le petit prince...

-Ce ne sont pas les mêmes, dit l'aiguilleur. C'est un échange.

-Ils n'étaient pas contents, là où ils étaient?

-On n'est jamais content là où on est, dit l'aiguilleur.

Et gronda le tonnerre d'un troisième rapide illuminé.

-Ils poursuivent les premiers voyageur demanda le petit prince.

-Ils ne poursuivent rien du tout, dit l'aiguilleur. Ils dorment là-dedans, ou bien ils bâillent. Les enfants seuls écrasent leur nez contre les vitres.

-Les enfants seuls savent ce qu'ils cherchent, fit le petit prince. Ils perdent du temps pour une poupée de chiffons, et elle devient très importante, et si on la leur enlève, ils pleurent...

-Ils ont de la chance, dit l'aiguilleur.

KOMBE NA 23

“Mai,” kimbu sin ka.

“Mai,” ka be upopo  na kikos oyonen yanyo mompi isoke.

Ninyo yo, al kenza kikos kwa, ai isoke tombas.

“Hamun li mumpo aye?” kimbu sin ka.

“Aye paraza ata wi,” upopo ka. “Utunjo kwi jam adauva. Ya molenza sirio jonini yem tos ninyo.”  

“Ai haya be al ke jam tos sirio jonini yem?”

“Al  jam akwa be al keju jam ya…”

“Wa lo,” kimbu sin ka yulo. “Tonto le sirio jonini yem eno wiza yanyo lo, wa ke nuvu mwenu kwambe hichongu…”

CHAPITRE XXIII

-Bonjour, dit le petit prince.

-Bonjour, dit le marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l'on n'éprouve plus le besoin de boire.

-Pourquoi vends-tu ça? dit le petit prince.

-C'est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.

-Et que fait-on des cinquante-trois minutes?

-On fait ce que l'on veut...

"Moi, se dit le petit prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine..."

KOMBE NA 24

Wanyo la anin na dia na ministo na wa la songan, ai wa kwi him atoka na upopo, eta wa la soza sinso ze tio chu muranyo chu aso na wa:

“Hoi!” wa ka kimbu sin. “Nenyun wi yanyo, ajewai na li, esto wa rata  nong kwi waisa neni na wa, nong kura le akwa eno soza, ai wa mau lo ke nyeka, tonto ke tengi nuvu mwenu kwambe pechongu!”

“Ustu na wa, yambau ...,” kimbu sin ka wa

“Hea, simbu sin na wa, nong kura ka tos yambau!”

“Hamun?”

“Chumun wa lum tomia chumun isoke…”

Yu nong jebo ajenoza na wa, yu waika wa:

“Nen aye en kwi ana le ustu, eye tonto al lum tomia. Wa lo, wa yosaka wi en kwi le yambau shi ustu…”

“Yu nong jewi izen,” wa ka walo. “Yu nong kwiku toju ikike ai isoke mau. Asi chu anin yosa tos yu…”

Esto yu yun wa ai waika aje na wa:

“Walo mau soke… om wanyo kele sochu...”

Wa jam aleleka na itinzon: jevang aye en kele sochu, la zembo, la itemwanyunung na songan.

Eta wanyo kwi nuvu, tabo rio wi, la sus, manta de, ai mangu nuku tondin. Wa boyun yanyo shi la manje, chumun wa misham siwi, chumun isoke na wa. Kaya na kimbu sin la senji bo ajewai na wa:

“Li mau soke ha?” wa haka yu.

Esto yu nong waika ahaka na wa. Sisi yu ka wa:

“Aso mau tengi janenku bamba…”

Wa nong jebo awaika na yu, esto wa jansus walo...Wa jo nen en tim al nong haka yu.

Yu tinzon. Yu nura. Wa nura lu yu. Ai, ze isus, yu mau ka:

“Nenyun mangu, chumun afo kwa be al nong weyun…”

Wa waika: “Reshi.” ai wa la yun, leleng yonka, weno chu dushum vu mam.

“Nenyun songan.” yu jamau...

Ai ho aye. Wa kwi tayo nenju songan. Al nura ti shungin chu dushum. Yayang al weyun. Yayang al wehim. Ai ewe akwa dingu la isus...

“Akwa ya jam en nenyun songan,” kimbu sin ka. “Aye en ya vanjo sochu la ala kwa...

Wa kwi hoika jebo cheta adingu nansishi wau na dushum. Eta wa simbu sin lo wa dora yudo naitashi ai totika kwa toka en wampa al vanjo lai. Reshi, yuyung kwi janten henyun ya, ai nong mau tente kwi kele ya. Esto ya janyeka yudo kwambe ye. Yudo na wa vanjo asiska la vumbe na ban...

“Eo,” wa ka kimbu sin. “Akwa ya vato yudo, mangu eom songan,  tenyunung akwa ya jam inenyun!”

“Yosaka wa,” yu ka, “en li jelu yambau na wa.”

Chumun kimbu sin nuzon lo, wa tiza fauza yu, ai kura nunyo wai. Oponju wa. Yunkule wa jauza wampa tembai. Yunkule eye akwa tembai tunti nong laila tila Yula. Wa weyun, za adin na mam, kukuti olam wau, ayun okai wau, zinyo wau chu zizi yanyo funyum, ai wa ka walo: “Aya be wa weyun ya rechi sisi. Tenyunung  aya kungi tio.

Chumun kiski na yu tomil sako sumbe na nyekiki lo, wa ka walo mau: “Aya ya ponju don shai wa tos kimbu sin  wau yu zon, aye ilura na yu tos afo kwa, aye tan na jufo ya dingu bo yu shi simpi na dinya, eye tabo yu zon…” Ai wa sinje yu tembai tunti mau. Tim al javan nen dinya: chehum kwa tengi mompi yanyo...

Ai, la nuvu shai, wa henyun sochu la ninkuta.

CHAPITRE XXIV

Nous en étions au huitième jour de ma panne dans le désert, et j'avais écouté l'histoire du marchand en buvant la dernière goutte de ma provision d'eau:

-Ah! dis-je au petit prince, ils sont bien jolis, tes souvenirs, mais je n'ai pas encore réparé mon avion, je n'ai plus rien à boire, et je serais heureux, moi aussi, si je pouvais marcher tout doucement vers une fontaine!

-Mon ami le renard, me dit-il...

-Mon petit bonhomme, il ne s'agit plus du renard!

-Pourquoi?

-Parce qu'on va mourir de soif...

Il ne comprit pas mon raisonnement, il me répondit:

-C'est bien d'avoir eu un ami, même si l'on va mourir. Moi, je suis bien content d'avoir eu un ami renard...

Il ne mesure pas le danger, me dis-je. Il n'a jamais ni faim ni soif. Un peu de soleil lui suffit...

Mais il me regarda et répondit à ma pensée:

-J'ai soif aussi... cherchons un puits...

J'eus un geste de lassitude: il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans l'immensité du désert. Cependant nous nous mîmes en marche.

Quand nous eûmes marché, des heures, en silence, la nuit tomba, et les étoiles commencèrent de s'éclairer. Je les apercevais comme dans un rêve, ayant un peu de fièvre, à cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma mémoire:

-Tu as donc soif aussi? lui demandai-je.

Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit simplement:

-L'eau peut aussi être bonne pour le coeur...

Je ne compris pas sa réponse mais je me tus... Je savais bien qu'il ne fallait pas l'interroger.

Il était fatigué. Il s'assit. Je m'assis auprès de lui. Et, après un silence, il dit encore:

-Les étoiles sont belles, à cause d'une fleur que l'on ne voit pas...

Je répondis "bien sûr" et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune.

-Le désert est beau, ajouta-t-il...

Et c'était vrai. J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...

-Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part...

Je fus surpris de comprendre soudain ce mystérieux rayonnement du sable. Lorsque j'étais petit garçon j'habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu'un trésor y était enfoui. Bien sûr, jamais personne n'a su le découvrir, ni peut-être même ne l'a cherché. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son coeur...

-Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible!

-Je suis content, dit-il, que tu sois d'accord avec mon renard.

Comme le petit prince s'endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J'étais ému. Il me semblait porter un trésor fragile. Il me semblait même qu'il n'y eût rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, à la lumière de la lune, ce front pâle, ces yeux clos, ces mèches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais: ce que je vois là n'est qu'une écorce. Le plus important est invisible...

Comme ses lèvres entr'ouvertes ébauchaient un demi-sourire je me dis encore: "Ce qui m'émeut si fort de ce petit prince endormi, c'est sa fidélité pour une fleur, c'est l'image d'une rose qui rayonne en lui comme la flamme d'une lampe, même quand il dort..." Et je le devinai plus fragile encore. Il faut bien protéger les lampes: un coup de vent peut les éteindre...

Et, marchant ainsi, je découvris le puits au lever du jour.


KOMBE NA 25

“Yunga lo,” kimbu sin ka, “Yunyo janja jano bo gefanai, esto yunyo kwi bas jo aya be yunyo kele ya. Echu yunyo geku ai nunuda…

Ai yu ka jamau:

“Aye nong tentoza…”

Sochu be wanyo deche ya nong yunkule sochu yin na Saharan. Sochu na Saharan janja acha wivang be al momol bo dushum. Awau yunkule sochu na sindola. Esto sindola kakwa nong laila, ai wa jeho wa manje.

“Janjang aye,” wa ka kimbu sin, “Kuri ayo: datol, pinseo ai naya…”

Yu hauka, leche naya, mun datol ri. Ai datol yayoi shi funyuno naita eta tihum kwi zon ata nai.

CHAPITRE XXV

-Les hommes, dit le petit prince, ils s'enfoncent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu'ils cherchent. Alors ils s'agitent et tournent en rond...

Et il ajouta:

-Ce n'est pas la peine...

Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux autres puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n'y avait là aucun village, et je croyais rêver.

-C'est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt: la poulie, le seau et la corde...

Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.

“Wehim ha?” kimbu sin ka. “Wanyo  monzon sochu wau ai ya la jika…”

Wa nong keju en yu donza:

“Tuska wa jam,” wa ka yu. “Jum vivi aye tos li.

Mwenu wa kum pinseo deche alum. Wa jara ya tera chau. Bo ahim na wa lara ajika na datol ai, bo aso ya rata pepye lo, wa weyun nin pepye.

“Wa soke tos aso ye,” kimbu sin ka. “Pau eno wa soza…”

Ai wa jebo aya be yu kwi kele ya!”

Wa janti pinseo deche kiski. Yu soza, la le ayun okai. Mwe aye shi toki. Ho aso awau ayin lumau aki.  Ya wechu anuvu vu mangu, wechu ajika na datol, wechu adonza na lele na wa.

Ya janenku bamba, shi aupau. Eta wa simbu sita, adin na ape na Senchoto, aji na nankara na bamanta, imweju na nyekiki mun, shai, idingu kwambe na aupau na Senchoto be wa pauza ya.

“Yunga la vado na li,” kimbu sin ka, “sai jufo jompol bo lula kwashi...ai yunyo nong chele aya be yunyo kele ya...

“Yunyo nong chele ya,” wa waika...

“Ai ewe aya be yunyo kele ya, al tengi chele ya bo jufo kwa sisi eom bo asi chu aso…”

Ai kimbu sin ka jamau:

“Esto yunjung ayun. Tim al za bamba al kele.”

Wa kwi soza. Wa la huhum nen. Dushum, la ninkuta, le san na azun. Wa nyeka mau, chumun san wau na azun. Hamun shai wa ke yaiza ivuju...

“Tim areka na li weri, kimbu sin ka mweka wa, ai kimbu sin wera wai lu wa.

“Areka hana?”

“Li eo jo… kukuvan tos ume na wa… wa puza afo ye!”

Wa zachu asako na autan chu bobos na wa. Kimbu sin yun yanyo ai ka la hauka:

“Titivupe na li, yunkule siwi shoro…”

“Hoi!”

Wa kwi wenyun shai titivupe!

“Yambau na li… ahim na yu… yanyo yunkule siwi tipe...ai nai vivi yanyo!”

Ai yu hauka mau.

“Li nong nempu, simbu sin, wa kwi tengi jantan sisi popomia okai ai popomia mil.”

“Hoi! Aye denu nenu,” yu ka. “Ben janja jo.”

Echu wa sako kukuvan. Ai tohi bamba na wa eta wa pau yu kukuvan:

“Li la keno akwa wa nong jo yanyo…”

Esto yu nong waika wa. Yu ka wa:

“Jo ha, avunu na wa tila Yula...tiroto de zemanta…”

Zeye ze isus yu ka mau:

“Wa bon fafau wi lau…”

Ai yu yankuku.

Ai tato kwa mau, leleng jebo amun, wa yaiza ivuju fereno. Eye, ahaka kwa de wa:

“Echu ya nong nistoshi en ninku wa dejo li tai, tauku ninyo kwa, li kwi la nuvu shai, kwasi kwambe, Mil pol wi chu ala odora yo!

Kimbu sin yankuku wai. Yu tatang waika ahaka, esto, eta al yankuku, aye kano “Eo”, nong ha?

“Hoi!” wa ka yu. “Yika wa…”

Esto yu waika wa:

“Tim li tau nunai. Tim li wainu nutal na li. Wa tara lau. Wainu la ninku na zemanta lo…”

Esto yu nong rejuka wa. Jewai yambau. Al ke zembo yoyoi si tonto al tuska al janyunva yu.

-Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante...

Je ne voulais pas qu'il fît un effort:

-Laisse-moi faire, lui dis-je, c'est trop lourd pour toi.

Lentement je hissai la seau jusqu'à la margelle. Je l'y installai bien d'aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l'eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.

-J'ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire...

Et je compris ce qu'il avait cherché!

Je soulevai le seau jusqu'à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C'était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu’un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l'effort de mes bras.

Elle était bonne pour le coeur, comme un cadeau. Lorsque j'étais petit garçon, la lumière de l'arbre de Noël, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de Noël que je recevais.

-Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans le même jardin... et ils n'y trouvent pas ce qu'ils cherchent...

-Ils ne le trouvent pas, répondis-je...

-Et cependant ce qu'ils cherchent pourrait être trouvé dans une seule rose ou un peu d'eau...

Et le petit prince ajouta:

-Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le coeur.

J'avais bu. Je respirais bien. Le sable, au lever du jour, est couleur de miel. J'étais heureux aussi de cette couleur de miel. Pourquoi fallait-il que j'eusse de la peine...

-Il faut que tu tiennes ta promesse, me dit doucement le petit prince, qui, de nouveau, s'était assis auprès de moi.

-Quelle promesse?

-Tu sais... une muselière pour mon mouton... je suis responsable de cette fleur!

Je sortis de ma poche mes ébauches de dessin. Le petit prince les aperçut et dit en riant:

-Tes baobabs, ils ressemblent un peu à des choux...

-Oh!

Moi qui étais si fier des baobabs!

-Ton renard... ses oreilles... elles ressemblent un peu à des cornes... et elles sont trop longues!

Et il rit encore.

-Tu es injuste, petit bonhomme, je ne savais rien dessiner que les boas fermés et les boas ouverts.

-Oh! ça ira, dit-il, les enfants savent.

Je crayonnai donc une muselière. Et j'eus le coeur serré en la lui donnant:

-Tu as des projets que j'ignore...

Mais il ne me répondit pas. Il me dit:

-Tu sais, ma chute sur la Terre... c'en sera demain l'anniversaire...

Puis après un silence il dit encore:

-J'étais tombé tout près d'ici...

Et il rougit.

Et de nouveau, sans comprendre pourquoi, j'éprouvai un chagrin bizarre. Cependant une question me vint:

-Alors ce n'est pas par hasard que, le matin où je t'ai connu, il y a huit jours, tu te promenais comme ça, tout seul, à mille milles de toutes régions habitées! Tu retournais vers le point de ta chute?

Le petit prince rougit de nouveau. Il ne répondait jamais aux questions, mais, quand on rougit, ça signifie "oui", n'est-ce pas?

-Ah! lui dis-je, j'ai peur...

Mais il me répondit:

-Tu dois maintenant travailler. Tu dois repartir vers ta machine. Je t'attends ici. Reviens demain soir...

Mais je n'étais pas rassuré. Je me souvenais du renard. On risque de pleurer un peu si l'on s'est laissé apprivoiser...


KOMBE NA 26

Lai, lu sochu, baido na donum naita chu adu la. Eta wa la wainu chu akan, la zekita ya zenu, wa weyun kimbu sin na wa wera tila lai, la pimpi vuvu. Ai wa wehim yu yonka:

“Li nong jewai ha?” yu ka. “Ya nong lau chau!”

Kika yin tehohang waika yu, chumun yu waika:

“Eo! Eo! Ata chau anin ye, esto lau nong ala…”

Wa kura anuvu na wa de donum. Wa nong weyun eom wehim ukwa. Eye kimbu sin waika amau:

“...Reshi. Li denu weyun ala vusano na wa tonuku lai. Tim li jam yayang chito tara wa lai. Wa denu lai mantau…”

Tau wa nainu nayo sunini chu donum ai nong rata weyun ukwa.

Kimbu sin ka wai, ze isus:

“Minki nen be le ha? Li reshi li nong ke yaiza ata nai ha?”

Wa tombas, le bamba ohile, esto wa rata nong jebo.

“Tau, nuchu lo,” yu ka. “Wa keju vunu wai!”

CHAPITRE XXVI

Il y avait, à côté du puits, une ruine de vieux mur de pierre. Lorsque je revins de mon travail, le lendemain soir, j'aperçus de loin mon petit prince assis là-haut, les jambes pendantes. Et je l'entendis qui parlait:

-Tu ne t'en souviens donc pas? disait-il. Ce n'est pas tout à fait ici!

Une autre voix lui répondit sans doute, puisqu'il répliqua:

-Si! Si! c'est bien le jour, mais ce n'est pas ici l'endroit...

Je poursuivis ma marche vers le mur. Je ne voyais ni entendais toujours personne. Pourtant le petit prince répliqua de nouveau:

-... Bien sûr. Tu verras où commence ma trace dans le sable. Tu n'as qu'à m'y attendre. J'y serai cette nuit...

J'étais à vingt mètres du mur et je ne voyais toujours rien.

Le petit prince dit encore, après un silence:

-Tu as du bon venin? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir longtemps?

Je fis halte, le coeur serré, mais je ne comprenais toujours pas.

-Maintenant va-t'en, dit-il... je veux redescendre!

Echu wa mun ayun yun vu yuno avu na donum, ai wa kwi pya! Lai, la vuti denu kimbu sin, nanai jin shai kwa yu janja mimia ukwa bo sinsirio yenini. La leleche kwambe la bobos eno zachu chenda na wa lo, wa nuku numbe wainu la gevu, esto, chumun hinka wa jam ya, nanai tuska yulo sonu la shum, shi pecho chu aso ya la tomia, ai, leleng geku vivi lo, yu shoi bambo adu tabo yu jam hinka mweka na fan.

Wa deche donum taku chau en za lele pauza simbu sin na wa, olam shi mwere.

“Haya atoka wau? Li tau la yonka nanai!”

Wa kwi jamwele kentol tayora chu vungu yu wengo ya. Wa kwi jansole luhu ai wa mun yu soza. Ai tau nong tunyike haka yu amau kwa. Yu yun reke wa ai za lele totol ken na wa. Wa senju bamba na yu dadai shi une yu la tomia, eta al za chempe kwi chen yu. Yu ka wa:

“Wa yosaka en li kwi chele akwa na nutal ya bai. Lilo denu tengi wainu…”

“Hashi li jo?”

Wa chauta de toka yu en, fe ikeho yo, wa janten akan!

Yu nong waika akwa tos ahaka na wa, esto yu ka jamau:

“Walo mau, nintau, denu wainu vado...

Zeye, la vuju:

“Ya nainu tunti wi...ya reza tunti wi…”

Wa jele nen en akwa tunjanja kwi to. Wa leza fafau yu tila lele shi ben sin, ai tabola yunkule yu la vubon vuti nubo wanaibo leleng wa tengi jam akwa eno kubas ya.

Yu le kukusa reke, omole nainu wi:

“Wa le ume na li. Ai wa le beo na ume. Ai le kukuvan…”

Ai yu za ivuju nyeki.

Wa tara nai. Wa senju yu tonsham sinsimbe wai.

“Simbu sin, yika li…”

Yu eo yika, reshi lo! Esto yu hauka mweka:

“Zekita wau wa denu yika tunti wi…

Wai wa senju wa reven chumun iju na akwa temwaisang. Ai wa jebo wa nong tengi yaiza aje en wa tatang wehim ahauka ye wai. Ya pechongu la songan tos wa.

“Simbu sin wa keju wehim li hauka wai…”

Esto yu ka wa:

“Manta wau, ata tom tiro kwa. Mangu na wa denu ti chau ala chu lai wa monenu tiro yeku…”

“Simbu sin zai, ya nong amanje ming, atoka wau tos nanai ai akwanu ai mangu…”

Esto yu nong waika ahaka na wa. Yu ka wa:

“Reshi...”

“Ya shi ana afo. Tonto al juzai afo yu la mangu lo, shushi ana yun tiska la manta. Mangu yo la fofo.

Ya shi ana aso. Aye be li pau ya wa soza ya shi aji, chumun datol ai naya… li jewai ha?... Ya shu.”

“Reshi...”

“Li denu yun, la manta, mangu. Vado na wa sin vivi en munyun li ala ya lai. Shai nen tunti. Mangu na wa, tos li ya denu shi akwa chu mangu yo. Echu, mangu yo be, li denu nenju yun yanyo… Yanyo yo ustu na li. Ai zeye wa denu jam li aupau…

Yu hauka wai.

“Ho! Simbu sin, simbu sin wa nenju wehim ahauka wau!”

“Awau chau aupau na wa...awau denu shi ana aso…”

“Haya li keju ka?”

"Yunga le mangu yanyo nong kwashi. Tos ukwa, yunyo nunai, mangu leke uheno. Tos uyin yanyo yayang chito din sinsi.

Tos uyin yunyo wanjo lo yanyo doi. Tos upopo ye lo, yanyo weron vungu. Esto sus mangu yo ye. Li lo, denu le mangu shi yuyung le shai..."

"Haya keju ka?"

Eta li denu yun tiska lo, la manta, tai wa denu dora akwa chu yanyo, tai wa denu hauka la akwa chu yanyo, echu tos li ya denu yunkule en mangu yo hauka. Li denu le, lilo, mangu yanyo tengi hauka!"

Ai yu hauka wai.

"Ai eta li denu oyoisa (al tayo denu oyoisa) li denu yosaka en kwi wejo wa. Li denu tayora ustu na wa. Li denu keju hauke lu wa. Ai ato si li denu jamil shenum, shai, eno nyeza. Ai ustu na li denu hoiza wi en weyun li hauka la yun tiska. Echu li denu ka yunyo: "Eo, mangu, yanyo tayo mun wa hauka!" Ai yunyo denu jeho li jemi. Wa denu kwi konyam ming wi li…"

Ai yu hauka wai.

“Awau denu shi wa kwi pau li, yompo mangu lo, awi wan chu fanka sin yanyo tengi hauka…”

Ai yu hauka wai. Zeye yu tom reke wai:

“Manta wau...li jo...nong de lo.”

“Wa nong denu mulara li.”

“Wa denu yunkule yaiza...yunkule si wa tomia. Shai ya. Nong de lo weyun aye. Ya nong akwa tentoza…”

“Wa nong mulara li. “

Esto yu kwi sinyi.

“Wa ka li akwa..mau ya chumun nanai. Tim yu nong jandun li… Nanai lo, janja minke. Yu tengi jandun chumun nyeza...

"Wa nong mulara li,"

Esto akwa rejam yu wai:

"Iho en yunyo nong le minki eno jandun tato na sun..."

La manta ye wa nong munu yu nuno. Yu nuchu leleng hinka. Eta wa janten delu yu lo yu la nuvu nore za numbe ge. Yu ka wa sisi:

"Hoi! Lau li..."

Ai yu hiza lele na wa. Esto yu rata winyi:

"Li kwi jamwoi. Li denu yaiza. Wa denu yunkule mia ai ya nong denu ho...

Sus wa lo.

"Li jebo. Ya nainu vivi. Wa nong tengi jau senyo wau. Jum vivi ya."

Sus wa lo.

"Esto ya denu shi rechi naira obaichu. Nong tenyoi, rechi naita..."

Sus wa lo.

Opomonke si yu. Esto yu donza mau:

"Ya denu shushi, jo ha? Wa mau denu yun mangu. Mangu yo sochu le datol humwa. Mangu yo denu bobon wa aso…:

Sus wa lo.

Denu tehau shai aye! Li denu le fanka jongos, wa denu le hichongu jongos..."

Ai yu tonsus mau, chumun yu la yoyoi...

Lai ya. Tuska wa jam numbe kwasi kwambe.

Alors j'abaissai moi-même les yeux vers le pied du mur, et je fis un bond! Il était là, dressé vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui vous exécutent en trente secondes. Tout en fouillant ma poche pour en tirer mon révolver, je pris le pas de course, mais, au bruit que je fis, le serpent se laissa doucement couler dans le sable, comme un jet d'eau qui meurt, et, sans trop se presser, se faufila entre les pierres avec un léger bruit de métal.

Je parvins au mur juste à temps pour y recevoir dans les bras mon petit bonhomme de prince, pâle comme la neige.

-Quelle est cette histoire-là! Tu parles maintenant avec les serpents!

J'avais défait son éternel cache-nez d'or. Je lui avait mouillé les tempes et l'avais fait boire. Et maintenant je n'osais plus rien lui demander. Il me regarda gravement et m'entoura le cou de ses bras. Je sentais battre son coeur comme celui d'un oiseau qui meurt, quand on l'a tiré à la carabine. Il me dit:

-Je suis content que tu aies trouvé ce qui manquait à ta machine. Tu vas pouvoir rentrer chez toi...

-Comment sais-tu?

Je venais justement lui annoncer que, contre toute espérance, j'avais réussi mon travail!

Il ne répondit rien à ma question, mais il ajouta:

-Moi aussi, aujourd'hui, je rentre chez moi...

Puis, mélancolique:

-C'est bien plus loin... c'est bien plus difficile...

Je sentais bien qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Je le serrais dans mes bras comme un petit enfant, et cependant il me semblait qu'il coulait verticalement dans un abîme sans que je pusse rien pour le retenir...

Il avait le regard sérieux, perdu très loin:

-J'ai ton mouton. Et j'ai la caisse pour le mouton. Et j'ai la muselière...

Et il sourit avec mélancolie.

J'attendis longtemps. Je sentais qu'il se réchauffait peu à peu:

-Petit bonhomme, tu as peur...

Il avait eu peur, bien sûr! Mais il rit doucement:

-J'aurai bien plus peur ce soir...

De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l'irréparable. Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.

-Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...

Mais il me dit:

-Cette nuit, ça fera un an. Mon étoile se trouvera juste au-dessus de l'endroit où je suis tombé l'année dernière...

-Petit bonhomme, n'est-ce pas que c'est un mauvais rêve cette histoire de serpent et de rendez-vous et d'étoile...

Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit:

-Ce qui est important, ça ne se voit pas...

-Bien sûr...

-C'est comme pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries.

C'est comme pour l'eau. Celle que tu m'as donnée à boire était comme un musique, à cause de la poulie et de la corde... tu te rappelles... elle était bonne.

-Bien sûr...

-Tu regarderas, la nuit, les étoiles. C'est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C'est mieux comme ça. Mon étoile, ça sera pour toi une des étoiles. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau...

Il rit encore.

-Ah! petit bonhomme, petit bonhomme j'aime entendre ce rire!

-Justement ce sera mon cadeau... ce sera comme pour l'eau...

-Que veux-tu dire?

-Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d'autres elles ne sont rien que de petites lumières.

Pour d'autres qui sont savants elles sont des problèmes. Pour mon businessman elles étaient de l'or. Mais toutes ces étoiles-là elles se taisent. Toi, tu auras des étoiles comme personne n'en a...

-Que veux-tu dire?

-Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire!

Et il rit encore.

-Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: "Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire!" Et ils te croiront fou. Je t'aurai joué un bien vilain tour...

Et il rit encore.

-Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire...

Et il rit encore. Puis il redevint sérieux:

-Cette nuit... tu sais... ne viens pas.

-Je ne te quitterai pas.

-J'aurai l'air d'avoir mal... j'aurai un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine...

-Je ne te quitterai pas.

Mais il était soucieux.

-Je te dis ça... c'est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde... Les serpents, c'est méchant. Ca peut mordre pour le plaisir...

-Je ne te quitterai pas.

Mais quelque chose le rassura:

-C'est vrai qu'ils n'ont pas le venin pour la seconde morsure...

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le joindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:

-Ah! tu es là...

Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:

-Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai...

Moi je me taisais.

-Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.

Moi je me taisais.

-Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces...

Moi je me taisais.

Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:

-Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire...

Moi je me taisais.

-Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurai cinq cent millions de fontaines...

Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait...

-C'est là. Laisse moi faire un pas tout seul.

Ai yu nura chumun yika.

Et il s'assit parce qu'il avait peur.

Yu mau ka:

"Jo ha...afo na wa...wa puza tos yu! Yu mwese shai! Ai yu renjong shai. Yu le pepyu pan shi yayang kwambe eno javan yulo fe Yula..."

Walo nura chumun wa nong rata tengi lara walo vuti. Yu ka:

"Oyo...Oyo awau..."

Yu zezera si mau, zeye yu mora. Yu jam numbe kwa. Walo nong tengi nunu.

Yayang kwi to chito dinche jin fafau vuron na yu.Yu lara nunung tabo sinta. Yu nong silka. Yu kwi bon mwenu shi ape janja bon. Yo nong eye jam hinka, chumun shum.

Il dit encore:

-Tu sais... ma fleur... j'en suis responsable! Et elle est tellement faible! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...

Moi je m'assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:

-Voilà... C'est tout...

Il hésita encore un peu, puis se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.

Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ca ne fit même pas de bruit, à cause du sable.

KOMBE NA 27

Ai tau, reshi lo, tiro vai kwi lutum...Wa nong kwiku muhim atoka wau. Ustu yunyo kwi wayun wa yunyo yosaka wi en wayun wa la hai. Wa kwi yoyun esto wa ka yunyo: “Itinzon aye…”

Tau lo wa yoisa si. Ya kano...nong kwambe. Esto wa nong nen yu wainu tira na yu, chumun, la niknkuta, wa nong kwi chele senyo na yu. Ya nong senyo ya jum shai… Ai wa nenju la manta him mangu. Ya shi  fanka jongos...

Esto lo akwa tunjanja to. Kukuvan be wa jantan ya tos kimbu sin, wa zajeng jamau vatol chu chingo! yu tatang ke tengi jasku tila ume. Echu wa haka walo: “Haya kwi to la tira na yu? Eo ten ume kwi kiza afo…”

Tato si wa ka walo: “Reshi en nong!” Kimbu sin kairo afo na yu manta yo vu sumbero chu she, ai yu janja yun nen ume na yu…” Echu wa nyeka. Ai mangu yo  hauka mweka/

Tato si wa ka walo: “Al okunje tat okwa eom ayin, ai ke yosa aye! Yu kwi monjo, zekita kwa, she lo, eom lo ume kwi nuchi leleng hinka tabo manta…” Echu fanka yo tonyin  yunso!...

CHAPITRE XXVII

Et maintenant, bien sûr, ça fait six ans déjà... Je n'ai jamais encore raconté cette histoire. Les camarades qui m'ont revu ont été bien contents de me revoir vivant. J'étais triste mais je leur disais: C'est la fatigue...

Maintenant je me suis un peu consolé. C'est à dire... pas tout à fait. Mais je sais bien qu'il est revenu à sa planète, car, au lever du jour, je n'ai pas retrouvé son corps. Ce n'était pas un corps tellement lourd... Et j'aime la nuit écouter les étoiles. C'est comme cinq cent millions de grelots...

Mais voilà qu'il passe quelque chose d'extraordinaire. La muselière que j'ai dessinée pour le petit prince, j'ai oublié d'y ajouter la courroie de cuir! Il n'aura jamais pu l'attacher au mouton. Alors je me demande: "Que s'est-il passé sur sa planète? Peut-être bien que le mouton à mangé la fleur..."

Tantôt je me dis: "Sûrement non! Le petit prince enferme sa fleur toutes les nuits sous son globe de verre, et il surveille bien son mouton..." Alors je suis heureux. Et toutes les étoiles rient doucement.

Tantôt je me dis: "On est distrait une fois ou l'autre, et ça suffit! Il a oublié, un soir, le verre, ou bien le mouton est sorti sans bruit pendant la nuit..." Alors les grelots se changent tous en larmes!...

Aye eo nansis wamwa wi.Tos linyo yunyo nenju mau kimbu sin, shi tos wa, yayang la yoyala kwashi tonto la ala kwa, al nong jo ala, ume be wanyo nong wejo kwi, eo eom nong, kiza afo kwa...

Yun tiska lo. Haka lilonyo: ume eo eom nong kwi kiza afo ha? Ai li ke yun hashi ayo tonyin shai...

Ai unaita kakwa tatang ke jebo en aye kungile shai!

Aye tos wa yunansa nenyun tio ai tenyoi tio la Yula. Aye yunansa kwashi ana kosho ku awau, esto wa jantan ya tato kwa wai eno munyun nen linyo. Ala kimbu sin kwi tonyun la Yula lau, zeye monyun.

C'est là un bien grand mystère. Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien de l'univers n'est semblable si quelque part, on ne sait où, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mangé une rose...

Regardez le ciel. Demandez-vous: le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur? Et vous verrez comme tout change...

Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d'importance!

Ca c'est pour moi, le plus beau et le plus triste paysage du monde. C'est le même paysage que celui de la page précédente, mais je l'ai dessiné une fois encore pour bien vous le montrer. C'est ici que le petit prince a apparu sur terre, puis disparu.

Soi yun zahea yunansa wau ku ana reshi waijo ya, tonto linyo la nunai la Kwalan, la songan. Ai, tonto li de lutum lai lo, wa soika linyo, nong geku, tara si vu chau mangu yo! Tonto achu ben kwa de linyo, tonto yu hauka, tonto yu le zizi chu vungu, tonto yu ke nong waika ate al haka yu lo, linyo ke kuje nen uye yu. Echu mweju lo! Nong mulara wa yoyun shau: janko ge wa en yu wainu...

Regardez attentivement ce paysage afin d'être sûr de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s'il vous arrive de passer par là, je vous supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l'étoile! Si alors un enfant vient à vous, s'il rit, s'il a les cheveux d'or, s'il ne répond pas quand on l'interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite qu'il est revenu...