Redéfinir le mème et le réplicateur

Par Sylvain Magne - 2015

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1. Nous avons besoin d'une meilleure définition du mème.

2. Commençons par le réplicateur.

3. Redéfinir l'entité.

4. Redéfinir la copie.

5. Faire progresser la mémétique.

6. Trouver les mèmes.

7. Test de la théorie.

8. Trouver les machines mémétiques.

9. Conclusion.

1. Nous avons besoin d'une meilleure définition du mème.

Aujourd'hui encore, les méméticiens n’arrivent pas à se mettre d'accord sur ce qu'est un mème exactement. Ils ne savent pas si les mèmes se trouvent dans notre cerveau, dans notre comportement ou dans les objets, les sons ou les images que nous créons. Personne ne semble avoir tranché la question. Ce problème reste sans solution depuis 1976 l'année de la naissance du concept de mème créé par Richard Dawkins. C’est aussi l’année de ma propre naissance.

Bien que la mémétique ait été une idée populaire pendant un certain temps, de nos jours elle souffre d'un sérieux déclin, et pour de bonnes raisons je dois dire. Même si la mémétique semblait être la conséquence logique de la théorie de l'évolution appliquée à la culture, elle n’a pas encore réussi à se transformer en une science testable et prédictive. En conséquence les méméticiens eux-mêmes commencent à tourner le dos à l'idée de mème. Certains parlent même de dé-darwinisation de la culture.

La mémétique a désespérément besoin d'une meilleure théorie. Je travaille depuis quelques années sur de nouvelles idées et je vais essayer ici, assez brièvement, d'introduire une nouvelle définition du mème qui j’espère aidera à résoudre le problème.

2. Commençons par le réplicateur.

Ma proposition est basée sur la définition du réplicateur donnée par Dawkins dans son livre, The Selfish Gene (Le gène égoïste). Dawkins définit un réplicateur comme ceci:

Donc, un réplicateur est simplement quelque chose, quoi que ce soit, qui est copié. C’est un concept très large et englobant qui laisse place à d'autres types de réplicateurs que seulement les gènes. C’était en effet le but de la définition de Dawkins. Malheureusement, dans sa forme actuelle, cette définition conduit à des désaccords. Cette définition n’est pas assez précise pour nous aider à nous mettre d'accord sur ce qu'est un mème en réalité. Dans l’idéal, nous avons besoin d’une définition qui ne laisse aucun doute sur ce que les mèmes sont vraiment. Mon approche du problème consiste à définir le réplicateur plus en détails. Pour cela, je vais redéfinir les deux éléments fondamentaux de la définition de Dawkins; le concept d'entité et le concept de copie.

3. Redéfinir l'entité.

Commençons par l'entité. Le moins qu’on puisse dire c’est que “entité” est un terme assez vague. Il ne nous informe pas sur les caractéristiques que nous devrions rechercher. Comment pourrait-on définir le terme “entité” de sorte qu'il soit plus spécifique mais toujours englobant? Je suggère que nous essayons de considérer ces entités comme des codes, un peu comme des codes informatiques. Il y a une très bonne raison pour cela qui nous vient des mathématiques.

Comme nous le savons, les scientifiques décrivent et comprennent mieux le monde avec les mathématiques. Nous avons l’habitude des modèles utilisant des équations pour décrire le monde physique, mais il y a un autre point de vue que l’on peut prendre sur le monde. Cette perspective est relativement nouvelle dans le monde scientifique, mais, en substance, est équivalente. En effet, il a été démontré que les objets mathématiques et les programmes d'ordinateur sont une seule et même chose. Pour chaque objet mathématique, il existe un programme informatique équivalent et pour chaque programme d'ordinateur, il existe un objet mathématique équivalent. Cela signifie que nous pourrions regarder le monde comme si il était un ordinateur géant qui exécute de nombreux programmes ou, comme j’aime les appeler, des codes.

Permettez-moi d'illustrer cette idée. Prenons par exemple un jeu de billard. Quand un joueur frappe une boule de billard, cette boule contient trois éléments d'information; son emplacement, sa vitesse et sa direction. Nous pourrions considérer cette information comme étant un code. L'ordinateur dans ce cas serait la table de billard. Une fois que la boule est frappée, tout se passe comme si le code était en cours d'exécution et était calculé par la table de billard. Le résultat du calcul serait alors une nouvelle position de la balle sur la table. Maintenant, si nous exécutions un code différent, c’est à dire en utilisant une balle avec une vitesse, une position et une direction différentes, nous aurions alors un autre résultat. Voilà comment nous pouvons regarder le monde comme étant composé de codes d'un côté et d’ordinateurs de l'autre. C’est simplement une question de perspective.

Cette perspective est particulièrement pertinente lorsque l'on étudie l'évolution. En effet, la théorie de l'évolution elle-même implique des codes. On peut observer cela aisément en remarquant que les gènes sont des séries de codes utilisés par les cellules pour être finalement copiés de générations en générations. Ainsi, le point de vue du code convient naturellement lorsque l’on traite d'évolution biologique.

Maintenant, comment ce point de vue du code peut-il nous aider en mémétique? Tout d'abord, tout comme le concept d’entité, le concept de code est très universel car il s’applique à tout. Tout peut être un code. Cela ne nous limite donc pas. Mais contrairement à un concept de vague entité indéfinie, le concept de code peut être mieux défini. En effet, un code doit respecter certaines règles pour être un code.

Tout d'abord, un code n’est jamais seul, il a besoin d’un système qui peut le lire. Je vais simplement appeler ce système un lecteur. Un code sans lecteur pour l’exprimer n’est pas un code, ce n’est que du bruit. Un ancien texte écrit dans une langue oubliée n’est que du gribouillage, un DVD sans un lecteur de DVD n’est rien qu’un morceau de plastique, un fragment d'ADN fossile sans une cellule pour le lire est juste un morceau de roche. Nous avons besoin de lecteurs pour interpréter les codes.

Cela signifie également qu’un lecteur et un code doivent être compatibles les uns avec les autres, tout comme un gène doit utiliser les bonnes molécules pour être lisible par une cellule, comme un code de PC a besoin d'utiliser la bonne syntaxe et codes binaires pour être lisible par un ordinateur PC, comme une boule de billard a besoin d'avoir le bon poids et la bonne taille pour être jouée dans un jeu de billard, etc. En d'autres termes, le lecteur et le code doivent partager un langage commun.

Un code a également besoin d'un support physique. Tout comme il n'y a pas de texte sans encre et papier, nous avons besoin de nucléotides pour écrire des codes d'ADN, nous avons besoin d'électrons pour transporter des codes informatiques à travers des câbles, et nous avons besoin d'une boule de billard pour transporter les informations de vitesse, direction et emplacement. Les codes ne sont pas des entités matérielles, les codes sont des arrangements spécifiques de la matière. Les codes ont besoin d'un support physique dans lequel ils se présentent comme un arrangement spécifique de ce support.

Pour résumer, un code a besoin de 3 choses:

Ces caractéristiques rendent le concept de code plus précis que le concept d'entité. Donc, à partir de maintenant je vais remplacer le concept d’entité de Dawkins par le concept de code.

4. Redéfinir la copie.

Je veux maintenant affiner le second concept central du duplicateur qui est la copie.

Le concept de copie est également un sujet de désaccord majeur entre méméticiens. Le concept de réplicateur implique que les copies soient parfaites. La raison est simple. Dans le cas des gènes, par exemple, si les copies ne sont pas parfaites alors les copies qui ont muté entrent en concurrence avec les gènes originaux et doivent donc être considérés comme de nouveaux gènes et non des copies. C’est en fait l'existence même des mutations qui permet à l'évolution d’avoir lieu. C’est parce qu'il ya un processus de sélection que des différences, même infimes, peuvent entraîner des changements dramatiques.

Malheureusement, dans le cas de la culture, il semblerait que les choses soient beaucoup plus floues. Bien que la culture montre tous les signes de l'évolution darwinienne, il est difficile d'ignorer que de nombreux éléments culturels ne sont pas réellement copiés fidèlement. Pensez à la façon dont nous avons tous des voix et des accents différents qui fait que nous prononçons les mots différemment. La façon dont nous préparons le thé ou le café ou quoi que ce soit n’est jamais tout à fait identique. De ce fait, beaucoup de critiques sont amenés à rejeter le concept de réplicateur ainsi que sa notion de perfection.

Je souhaite montrer que cette contradiction peut être résolue en adoptant une vision relativiste du concept de copie.

Voici un exemple. Imaginons que vous venez de faire fabriquer une copie de la clé de votre porte et vous êtes sur le point d'essayer d'ouvrir cette porte avec la nouvelle clé. A ce moment là, vous réalisez que la nouvelle clé n'a pas la même couleur, elle semble être faite d'un métal différent, la forme de la base de la clé est également différente. Et si vous regardez attentivement, vous pouvez voir que les dents de la clé semblent beaucoup moins érodés que votre clé d'origine. Cependant vous continuez, vous tournez la clé dans la serrure et la porte s’ouvre. Dans ce cas, comme dans de nombreux cas, la copie n’est pas parfaite, mais elle est suffisante. La raison pour laquelle elle est suffisante est que, du point de vue de la serrure, les deux clés semblent être identiques. De votre point de vue, la copie paraît imparfaite, mais du point de vue de la serrure (le “lecteur” de la clé) il ne fait aucun doute que la copie est parfaite, donc la porte s’ouvre.

En fait, il n'y a aucune copie dans le monde qui soit identique à l'original, et ceci est due à la physique quantique. En effet au niveau moléculaire, les atomes vibrent dans une sorte de frénésie. Il est impossible de copier un brin d'ADN parfaitement parce que les atomes vont toujours vibrer différemment d'un brin à l'autre. Donc, dans l'absolu le concept de réplicateur serait voué à l'échec. Ce n’est qu’en prenant une vue relativiste que l'idée de réplicateur peut fonctionner. Tout comme la serrure ne tient pas compte de certaines différences dans la clé, une cellule peut ignorer le fait que les molécules d'ADN sont agitées.

Prenons un autre exemple. On prétend souvent que les mots parlés ne sont pas conformes à l'idée de réplicateur, car il n’y a pas deux personnes qui prononcent le même mot de la même manière. C'est parce que nous prenons un point de vue absolu. Cependant, d’un point de vue relativiste, peu importe si les gens ont des voix ou des accents différents, ce qui importe c’est que le mot soit reconnu par les personnes qui l’entendent. Un accent est quelque chose qui n'a rien à voir avec la signification d'un mot comme la couleur d'une clé est sans rapport avec sa fonction. Vous avez juste besoin de demander aux gens s’ils reconnaissent le mot pour que ce soit une copie valide.

Donc, pour être clair, il ne faut pas évaluer la qualité d'une copie d'un point de vue absolu. Il faut évaluer la qualité d'une copie à partir du point de vue relatif d'un lecteur spécifique. Ceci est, je crois, la seule façon de résoudre la contradiction apparente du duplicateur.

Alors, maintenant que nous avons affiné les concepts d'entité et de copie, nous avons une nouvelle façon de comprendre le réplicateur. Nous pourrions reformuler la définition de Dawkins et dire qu’un réplicateur peut être défini comme:

5. Faire progresser la mémétique.

Alors, que pouvons-nous faire de cette nouvelle définition du réplicateur? Comment peut-elle aider la mémétique?

D'abord, elle peut nous aider à identifier les mèmes en montrant précisément où les mèmes sont et de quoi ils sont faits. Je reviendrai sur ce point. Si je ne me trompe pas, cela pourrait mettre un terme au débat sur ce que les mèmes sont. Par conséquent, si nous savons ce que les mèmes sont alors la mémétique devient une science testable et falsifiable. Nous pourrions alors concevoir des expériences et espérer faire de nouvelles sortes de prédictions et les tester.

Aussi, nous pourrions clarifier la différence entre les mèmes et leurs effets, autrement dit entre le génotype des mèmes et le phénotype des mèmes. Savoir où les mèmes sont nous permettrait de mieux comprendre comment ils affectent notre cerveau, ou comment nous les produisons nous-mêmes. Ainsi nous pourrions mieux comprendre ce que sont les machines mémétiques. Je reviendrai sur ce point également.

Enfin, nous pourrions mieux comprendre comment les mèmes évoluent et sont sélectionnés. Comprendre comment leur environnement exerce une pression sélective sur eux, quel rôle nos cerveaux créatifs jouent dans ce processus sélectif, comment les mèmes travaillent ensemble en mèmeplexes et comment leur aptitude à se répliquer est réalisée.

6. Trouver les mèmes.

Commençons par trouver ces mèmes insaisissables.

Si un mème est un code alors il doit respecter les règles du code. Il doit avoir un support sur lequel il se déplace, et il a besoin d'un lecteur avec lequel il peut interagir. Dans le cas des mèmes, je pense que nous pouvons convenir qu'il doit interagir avec les humains. En effet les humains sont ceux qui lisent les mèmes, créant et reproduisant les mèmes. Donc, si vous savez quel est le lecteur, alors il existe un moyen simple pour localiser les codes. Chaque lecteur a des points d'entrée. Les points d'entrée sont les endroits où les codes atteignent le lecteur. Par exemple, les points d'entrée d'un ordinateur sont les lecteurs de CD, les ports USB, les câbles réseau, les antennes wifi, claviers, webcams, microphones, ou tout simplement tout ce qui vous permet d’entrer des données dans un ordinateur. Autre exemple, dans le cas du code ADN, les lecteurs sont les cellules et le point d’entrée d'une cellule est sa membrane. Donc, si vous partez à la chasse au code, il vous faut observer ces points d'entrée parce que vous savez que s'il y a un chemin par où ils doivent passer, c’est là. Les points d'entrée sont comme des goulots d'étranglement, ou des loupes, ils peuvent nous aider à concentrer notre attention là où les codes devraient être. Donc la question est, où sont les points d’entrée des humains?

Eh bien nos points d'entrée sont tout simplement nos sens. Nos sens sont tout ce que nous avons pour capturer les codes. Quoi d’autre? Donc, quels que soient les codes que nous lisons ils ont besoin de passer par nos sens. Cela signifie que ces mèmes insaisissables se déplacent sur les supports qui atteignent nos sens. Ces supports sont, par exemple, des ondes sonores que nous entendons lorsqu’elles frappent nos tympans et les font vibrer. Ce sont les ondes lumineuses que nous voyons quand elles atteignent le fond de nos yeux, ce sont les molécules que nous sentons ou goûtons, les textures que nous touchons, etc. Ces supports sont très proches de nous. C’est là que doivent se trouver les mèmes, tout autour de nous, frappant à la porte de nos sens.

En outre, cela nous dit aussi que les mèmes n’ont pas à être à l'intérieur de nous. Je sais que cela peut sembler contre-intuitif. Dawkins lui-même a suggéré que les mèmes seraient situés dans notre cerveau par exemple, et bien d'autres méméticiens pensent la même chose. Le problème de cette idée est que les structures de notre cerveau ne peuvent pas être copiés d'un cerveau à l'autre, tout simplement parce que tout ce que nous communiquons les uns avec les autres ne transporte aucune données concernant la structure du cerveau. Si aucune donnée sur le cerveau n’est transmise alors aucune structure du cerveau ne peut être copiée. Chacune et chacun d'entre nous ont leurs propres structures cérébrales uniques. Ces structures ne sont pas les mèmes, mais elles sont les produits de mèmes, le résultat d'interactions mémétiques, elles sont des phénotypes mémétiques. Ces choses que nous transportons dans nos cerveaux sont des stratégies cérébrales pour recréer et transmettre les mèmes. Cela fait de notre cerveau le produit de deux types de réplicateurs, les réplicateurs génétiques et les réplicateurs mémétiques. Nos cerveaux sont des machines à la foi mémétiques et génétiques.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples concrets de mèmes.

Prenez le mot “arbre” par exemple. Ce mot “arbre” est une onde sonore qui peut nous atteindre par nos oreilles. Ce mème sonore est une séquence particulière de légères variations de pression d'air. L’air est le support de ce mème et l’air permet au mème de se déplacer à la vitesse du son, ce qui fait de ce mème un mème très rapide. Il est intéressant de noter que l’on peut mesurer la longueur du mème “arbre”. Cela prend environ un tiers de seconde pour exprimer ce mot et comme il se déplace à 340 mètres par seconde cela fait de “arbre” un mème d’environ 110 mètres de long! Qui aurait pensé que l’on pourrait mesurer la longueur d'un mème? D'autres exemples de mèmes sonores comprennent tout mot parlé, toutes sortes de musique, tous effets sonores et autres sons que nous aimons copier.

Donc, un mot prononcé est un mème sonore, mais que dire d'un mot écrit? Bien que les mots écrits soient le résultat d’encre déposée sur du papier (la plupart du temps), on ne perçoit un mot écrit qu’avec nos yeux. Un mot écrit sur un morceau de papier diffuse des ondes lumineuses en réfléchissant la lumière environnante. Le mème, dans ce cas, n’est pas fait d'encre et de papier, mais il est fait de photons qui se déplacent à la vitesse de la lumière. L'encre-papier est un dispositif de diffusion pour le mème luminique. Le mème liminique est rayonné à partir de la feuille de papier en continu d’etre rayonné aussi longtemps qu’il y a de la lumière. Il existe plusieurs types de mèmes luminiques provenant d’objets tels que des peintures, photos, gravures, ou tout objet qui diffuse la lumière. Tout objet visible peut potentiellement projeter des mèmes luminiques. Voilà pourquoi nous avons la possibilité de copier des tendances de mode et des styles architecturaux.

Les mèmes peuvent également être faits d’images en mouvement. Prenez par exemple quelqu'un levant et agitant la main pour dire au revoir. Le mème n’est pas ici dans le comportement de la personne mais dans la lumière que la personne projette en agitant la main. Quand nous agitons la main nous projettons une image en mouvement, une sorte de mème filmique. La lumière environnante rebondit sur notre corps et crée un arrangement spécifique de la lumière. Nous projetons également des images en mouvement lorsque nous faisons des grimaces, pointons le doigt ou dansons. Ces types de mèmes luminiques d’origine comportementale sont extrêmement populaires et souvent copiés grâce à des mechanismes tels que le cinéma, la télévision et Internet.

Ceci dit, tous les organes sensoriels que nous avons ne sont pas nécessairement conducteurs de mèmes. Afin de communiquer les codes, en général, nous devons être en mesure à la fois de recevoir et de diffuser ces codes. Nous devons également être en mesure de produire une variété de codes qui permettent un certain niveau de complexité. En ce qui concerne les papilles et notre sens de l'odorat par exemple, nous pouvons sentir une grande variété de molécules différentes mais nous n’avons aucun moyen de copier ces molécules. Là où nous pouvons entendre un son et produire une copie de ce son particulier, nous ne pouvons pas sentir une fleur et créer une copie de cette odeur particulière, parce que cela impliquerait la capacité d'analyser les molécules et de les copier avec précision. Toutefois, les machines d'aujourd'hui peuvent effectuer de telles tâches, et en ce sens, les molécules que nous copions dans les laboratoires sont en effet des mèmes.

En ce qui concerne les textures, c’est un peu différent. Nous pouvons sentir les textures et dans certains cas. En effet, nous pouvons utiliser nos mains ou certains mechanismes pour copier ces textures. C’est ce qui arrive lorsque l'on pratique un massage. Nous reproduisons la sensation de la poussée des mains à travers la peau. Nous pouvons le faire, même si nous sommes aveugles. Cela dit, c’est probablement un type de mème plutôt marginal. Cependant, les personnes aveugles peuvent démontrer comment ce support tactile peut être utilisé pour communiquer des messages complexes via des objets tels que du texte en braille. Donc les mèmes tactiles sont effectivement de très bons mèmes.

Pour conclure, les humains utilisent essentiellement deux types de mèmes qui sont les mèmes luminiques et les mèmes sonores, et il existe au moins un type plus marginal de mème, les mèmes tactiles. (Je laisse ici de côté les mèmes technologiques)

7. Tester la théorie.

Si les arguments que je viens de présenter ne sont pas assez convaincants, sachez que nous pouvons mettre la théorie à l'épreuve. En effet, des expériences très simples peuvent être mises en place pour démontrer l'existence des éléments fondamentaux suivants:

Je développerai ce point dans un nouveau document.

8. Trouver les machines mémétiques.

À mon avis, il existe plusieurs types de machines que les mèmes aident à bâtir. Au sens large, je dirais qu’une machine mémétique est tout ce qui existe par l'influence claire des mèmes et qui ne pourrait pas exister sans eux.

Cela commence par le cerveau humain. Comme nous le savons, nos cerveaux sont le produit de la nature et de la culture. En d'autres termes nos cerveaux sont les produits de gènes et de mèmes. En effet chaque mot que nous prononçons est un produit de mème. La grammaire est l'exemple parfait d'un produit gène-mème, la grammaire universelle étant façonnée par nos gènes et spécialisée par nos mèmes. En connaissant mieux les mèmes, nous pourrions mieux comprendre comment nos cerveaux sont influencés et programmés par ceux-là. Nous pourrions nous poser la question; comment des ondes sonores, des ondes lumineuses et d'autres mèmes peuvent imprimer nos réseaux neuronaux. Quelle exposition aux mèmes est nécessaire et quels sont les facteurs ou les catalyseurs facilitant la programmation cérébrale. Même avec des expériences simples, et avec un modèle mémétique solide, nous pourrions révéler à quel point nos cerveaux sont programmables. Je développerai ce point dans un nouvel article.

Les mèmes jouent également un rôle majeur dans la construction des objets et machines. Il est indéniable que la grande majorité des objets sont le produit de l'héritage culturel. Mais avec une meilleure compréhension des mèmes et des techno-mèmes, nous pourrions mieux étudier à quel point les mèmes peuvent conduire à la création de ces objets, et comment ces produits prennent part à la diffusion de leurs propres mèmes.

Il y a un autre type de machine mémétique, les machines sociales. Les mèmes nous permettent de nous organiser en communautés d'une manière que nous ne pourrions pas faire sans héritage culturel. Que ce soit pour jouer au football, diriger une entreprise ou un pays, qu’il s’agisse de l’éducation, des sciences, des arts ou de la politique, tout ce que nous faisons en groupes organisés est dans une certaine mesure, le produit des mèmes. Encore une fois, une meilleure définition des mèmes pourrait nous aider à comprendre comment ceux-ci voient le jour, comment ils grandissent et comment ils se maintiennent ou évoluent. Nos sociétés ressemblent, à bien des égards, à des organismes vivants. Nous pourrions trouver quels mèmes prennent part à leur construction et à leur entretien, mais aussi ceux qui participent à leurs mécanismes de défense.

Ca ne s’arrête pas là. Grace à nos capacités à sélectionner, élever et cultiver notre nourriture, nous avons permis à des mèmes de façonner la vie biologique. Les mèmes ont définitivement changé la couleur de nos fleurs, la taille de nos chiens, la forme et le goût des bananes. Les progrès de la science nous permettent maintenant d'aller encore plus loin en ouvrant les portes de l'ingénierie génétique. Désormais le nouveau réplicateur culturel concurrence sérieusement son frère aîné biologique. En décodant les gènes, nous transformont les codes génétiques en codes mémétiques. Cela signifie que les codes génétiques sont également en train sauter dans le train en marche, le train mémétique. Cela signifie que les gènes bénéficient maintenant de la plasticité et de la vitesse de l'évolution mémétique. Certains gènes sont en train d'évoluer conjointement avec les mèmes. C’est une co-évolution gène-mème poussée à un tel niveau qu’elle rend la mémétique d'autant plus pertinente.

Les phénotypes mémétiques ont une portée à petite échelle mais également à grande échelle. Aujourd'hui, les mèmes scientifiques nous aider à résoudre des problèmes à léchelle mondiale, tels que l'économie, la politique et l'environnement. L'impact culturel sur la terre est tel que la terre elle-même est sur le point de devenir une machine mémétique. Qui sait, peut-être un jour les humains contrôleront le climat. Cependant, de nos jours, nous le détruisons. Mieux comprendre le fonctionnement et la propagation des mèmes ne peut que nous aider à mieux prendre soin de notre environnement.

Enfin, grâce aux mèmes dont nous avons hérités, nous explorons la possibilité de donner naissance à l'intelligence artificielle. En effet, nous avons commencé à créer de nouvelles machines mémétiques, des cerveaux technologiques qui promettent d'avoir la capacité de faire preuve de créativité et de démarrer leur propre culture mémétique technologique, développer leurs propres pensées et leur propre conscience. Les techno mèmes ne doivent pas être ignorés si l'on veut comprendre la dynamique des évolutions technologiques futures. L'évolution darwinienne s’applique partout où il y a des réplicateurs. Je pense qu'il n’y a pas de modèle plus viable pour comprendre ces tendances évolutives que l'évolution darwinienne.

Tous ces cerveaux, objets, organisations, sociétés, idéologies, animaux, nourritures et environnement, sont des machines mémétiques qui méritent d'être étudiés en tant que telles. Si j’ai raison à propos des mèmes alors nous devrions être en mesure d'utiliser toute la puissance de la théorie de l'évolution pour comprendre la culture comme une forme complexe de vie en accord avec les règles de l'évolution darwinienne. Non seulement notre culture mais aussi nous-mêmes. Nous, les humains, sommes le produit de trois choses: nos gènes, notre environnement et nos mèmes.

9. Conclusion.

Je pense que ce modèle du réplicateur peut être utile pour définir et étudier les mèmes. En définissant les mèmes comme des codes, nous savons mieux où les trouver. En se rendant compte que la copie est un concept relativiste, nous comprenons le rôle important que les lecteurs jouent dans le processus de copie. Ce point de vue offre un modèle testable et falsifiable dont la mémétique a grand besoin. C’est également un modèle simple qui devrait être facile à utiliser et à développer. Dans ce modèle "codal", les mèmes sont tout simplement des morceaux de codes qui se déplacent entre les humains en surfant sur les ondes sonores, les ondes lumineuses, les textures, etc., tandis que nos cerveaux et les objets sont les produits de ces mèmes, leurs machines et leurs diffuseurs.

Les mèmes n’ont nul besoin d’être considérés uniquement commes des virus. Certaines machines mémétiques peuvent en effet se comportent de telle sorte, mais la plupart des mèmes sont comme nos gènes, ils ne sont que des entités simples qui sont nos partenaires intimes. Nous façonons les mèmes et ils nous façonnent.