En Notre Nom : Un Message des Étudiants Juifs des Universités du Québec
Depuis l’émergence des campements pro-palestiniens sur les campus universitaires d’Amérique du Nord, nous, les étudiants juifs des universités du Québec, sommes alarmés. En effet, les tactiques utilisées par les manifestants, ainsi que leurs revendications, présentent le même modus operandi peu importe leur localisation dans le monde et encouragent une campagne mondiale de haine contre le peuple juif. Demander le boycottage des universités, des institutions et des entreprises israéliennes a pour but d’isoler Israël et ses citoyens, qui, rappelons-le, est le seul et unique état juif dans le monde.
De ce fait, nous, étudiants juifs québécois, avons subi de la discrimination, de l’intimidation et de la haine de la part de ces manifestants, comme l’ont vécu nos homologues de l'Université Columbia, à New York, qui ont également souffert de ces attaques hostiles. Nous souhaitons transmettre le même message éloquent que ces derniers et avons obtenu leur autorisation afin de l’adapter à notre réalité québécoise.
Nombreux sont ceux qui parlent en notre nom depuis le 7 octobre dernier. D’anciens étudiants, bien intentionnés, se présentent aux portes de nos universités en soutien à Israël, et pour dénoncer l’antisémitisme dont nous sommes victimes. Nous y voyons aussi des politiciens, qui tentent de gagner du capital politique au travers du conflit israélo-palestinien. Et finalement, certains de nos compatriotes étudiants juifs, qui prétendant représenter les «vraies valeurs juives», minimisent l’antisémitisme que nous vivons collectivement, et tentent de ré-écrire notre histoire et notre culture. C’est ce qui nous motive, nous, les étudiants juifs des universités québécoises, à publier aujourd’hui cette lettre ouverte. Nous voulons parler en notre nom.
Bien que le judaïsme ait une longue tradition d'activisme, la plupart d'entre nous n'avons pas choisi d'être des militants politiques. Nous sommes vos co-équipiers, vos camarades de classe et vos amis. Nous souhaitons plus que tout vivre une expérience universitaire simple et gratifiante. Malheureusement, ceux qui tentent de discréditer notre vécu nous ont contraints à s’engager publiquement et à défendre publiquement notre identité juive.
Nous croyons fermement au sionisme, qui est simplement le droit du peuple juif à l’autodétermination sur sa terre historique, en tant que principe fondamental de son identité juive. Le judaïsme ne peut être séparé d’Israël, contrairement à ce qui est rapporté par plusieurs. Nos textes religieux regorgent de références à Israël, Sion et Jérusalem. On retrouve en Israël de multiples vestiges archéologiques témoignant d’une présence juive depuis plusieurs siècles. Pourtant, malgré des générations d’exil à travers le monde, le peuple juif n’a jamais cessé de rêver de retourner sur sa terre – la Judée, l’endroit même d’où nous tirons notre nom, «Juif». Dans quelques semaines, une période de vingt-cinq heures de deuil intense, nommée « Tisha B’Av », débutera en commémoration de la destruction du premier et du deuxième temple de Jérusalem, sont survenues le même jour, en 586 av. J.-C et en l’année 70 de notre ère respectivement.
Depuis cette date fatidique et jusqu'au retour des Juifs en Israël, la plupart des Juifs ont vécu en diaspora. Beaucoup d'entre nous ont grandi en écoutant les histoires de camps de concentration et de chambres à gaz de nos grands-parents, survivants de pogroms et d’épuration ethnique. Ces événements se sont produits en raison de l'antisémitisme qui, à chaque génération, a rendu les Juifs responsables des maux de la société de l'époque. En Rome Chrétienne et par la suite, nous étions considérés les meurtriers de Jésus-Christ. On nous accusa ensuite d’être des usuriers machiavéliques par des monarques qui refusaient de rembourser leurs dettes. Malheureusement, peu d’emplois nous étaient possibles et on nous força à devenir banquiers. En Europe, nous fûmes accusés de vouloir dominer le monde, que ce soit en tant que communiste ou capitaliste - selon ce qui était considéré le pire à l’époque. Le nazisme nous percevait comme une race inférieure, qui menaçait de diluer et d'usurper ce qu'ils appelaient la race aryenne, supérieure. En Iran et dans le monde arabe, nous avons fait l'objet d'un nettoyage ethnique en raison de nos liens présumés avec "l'entité sioniste". C’est au travers de cette haine récurrente et orchestrée à de multiples paliers que six millions de nos ancêtres ont perdu la vie lors de l’Holocauste, et que 800 000 Juifs furent expulsés du Maghreb et du Moyen-Orient - malgré le fait qu’ils y vivaient depuis des millénaires.
L'histoire juive était autrefois celle de réfugiés sans défense contraints à fuir la Russie, l'Irak, le Maroc, l'Éthiopie, le Yémen, l'Afghanistan, la Pologne, l'Égypte, l'Allemagne, l'Iran…et la liste est longue. Aujourd'hui, Israël représente non seulement pour les Juifs notre terre ancestrale, mais également le seul endroit du monde moderne où nous pouvons en toute sécurité et prendre en main notre propre destinée.
Nos expériences au Québec au cours des huit derniers mois sont un rappel douloureux des expériences de nos ancêtres. Nous sommes encore utilisés comme boucs émissaires pour ce qui est considéré inadmissible aujourd’hui dans notre société. On nous accuse à tort de colonialisme et de pratiquer l’apartheid, on tente de ré-écrire l’histoire et d’effacer notre lien avec notre terre ancestrale. On nous déshumanise et on discrédite notre ethnie, qui est pourtant minoritaire.
Nous avons été horrifiés de voir que, au lendemain de l’attaque terroriste sans précédent du Hamas le 7 octobre dernier, des organisations étudiantes ont célébré ces meurtres, ces décapitations, ces viols et ces prises d’otages en les qualifiant de résistance, alors que les cadavres de nos proches n’avaient pas encore été enterrés.
Nous avons été épouvantés par les slogans haineux des manifestants, qui parlent de "Résister par tous les moyens nécessaires", et qui appellent à "l'Intifada jusqu'à la victoire". L’Intifada réfère à une vague de violence, menée par certains Palestiniens, à la fin des années 80 puis ensuite au début des années 2000, et qui a entraîné la mort de plusieurs milliers d’Israéliens.
Nous nous sommes sentis impuissants lorsque nous avons vu des militants pro-palestiniens prendre possession d'un bâtiment administratif universitaire, nécessitant l'intervention de la police, et lorsque ces mêmes agitateurs ontsuspendu une effigie du Premier ministre israélien à un nœud coulant au Roddick Gates de l'université McGill. Plus récemment, alors que des écoles, des entreprises et des lieux de culte juifs ont été la cible de tirs d'armes à feu, ces mêmes organisations étudiantes ont annoncé qu'elles organisaient un "camp d'été de la jeunesse révolutionnaire", publicisé avec des images de tireurs masqués. Ce qui est le plus choquant, c’est ce silence entourant ces évènements - un silence malheureusement familier dans notre histoire et notre mémoire collective. Nos craintes sont ignorées. On nous dit que c’est de l’antisionisme et pas de l'antisémitisme. Comment expliquer alors que nos écoles et nos lieux de culte soient la cibles d’attentats, alors qu’il n’y a pas de lien avec Israël? Quand est-ce que ce cauchemar de l'inversion morale se terminera, alors que le chef suprême iranien félicite les étudiants de nos propres campus d'être "du bon côté de l'histoire"?
Le virus de l’antisémitisme mute encore une fois, nous sommes aujourd'hui la cible de ceux qui utilisent abusivement le mot "sioniste" comme une insulte aseptisée pour "juif", synonyme de raciste, d'oppresseur ou de génocidaire. Cependant, nous restons fermement convaincus qu'Israël, notre patrie ancestrale et religieuse, a le droit d'exister. Loin d'être un "État colonisateur blanc", Israël abrite des millions de juifs mizrachis (originaires du Moyen-Orient), de juifs ashkénazes (juifs originaires d'Europe centrale et orientale), de juifs séfarades (originaires du Moyen-Orient et d’Espagne) et de juifs éthiopiens. Également, on dénombre des millions d'Israéliens arabes, dont plus de 1,7 million de Musulmans ainsi des centaines de milliers de Chrétiens et de Druzes. Israël est un miracle pour le peuple juif et pour le Moyen-Orient dans son ensemble.
Notre amour pour Israël ne veut pas dire conformisme politique aveugle. Bien au contraire. Pour beaucoup d’entre nous, c’est notre amour et notre engagement envers Israël qui nous poussent à critiquer son gouvernement lorsqu’il mérite de l’être. Le désaccord politique israélien est une activité intrinsèquement sioniste. Il suffit d’une courte conversation pour réaliser que nos visions d’Israël diffèrent radicalement les unes des autres. Pourtant, nous venons tous d’un lieu d’amour et d’aspiration à un avenir meilleur pour les Israéliens ainsi que pour les Palestiniens. Il y a eu trop de souffrance et de sang versé depuis 1948. Les Israéliens, au même titre que les Palestiniens, méritent de vivre en sécurité, librement et dignement. Les appels à la haine et à la destruction d'un peuple ne contribueront jamais à la réalisation de ces objectifs.
Nous n’arrêterons pas de nous défendre. Nous sommes fiers d’être juifs et nous sommes fiers d’être sionistes.
Nos ancêtres, dont beaucoup ont fui à cause de persécutions, se sont installés au Québec, où ils ont trouvé une société accueillante. Ici, nous avons eu l'occasion de nous intégrer et de contribuer à la société dans son ensemble. Nous avons forgé des alliances avec des dirigeants québécois tels que René Lévesque, qui a fait preuve d'un engagement inébranlable en faveur d'une société québécoise culturellement diversifiée et tolérante, libérée du fléau de l'antisémitisme. Ce climat de confiance a permis l'émergence de célébrités culturelles québécoises issues de la communauté juive, comme Leonard Cohen, qui fait maintenant partie du joyau culturel québécois.
Cependant, alors que les campements se multiplient, enfreignent les lois et propagent la haine, nous nous demandons si ces derniers sont compatibles avec les valeurs québécoises d'État de droit, de démocratie et d'égalité, qui nous ont permis de prospérer.
Nous nous sommes inscrits à ces universités car nous voulions développer notre intellect, apprendre de nos échanges respectueux lors de débats complexes. Même si les campus sont aujourd’hui criblés de rhétoriques haineuses et simplistes, il n’est jamais trop tard pour commencer à réparer le tort qui nous a été causé et à commencer à développer des liens significatifs, au-delà des divisions politiques et religieuses. Notre tradition juive est la suivante: «Aimez la paix et recherchez la paix». Nous espérons que vous vous joindrez à nous dans notre recherche sincère de paix mondiale, de vérité et de compassion humaine.
Ensemble, nous pouvons reconstruire notre campus.
In Our Name: A Message from Jewish Students in Quebec Universities
As pro-Palestinian encampments have sprouted on campuses across North America, it has become evident that the encampments on campuses worldwide are almost identical in their tactics and demands. There is evidence to suggest that they are aiming to generate a global hate campaign against Jews by attempting to boycott Israeli academics, institutions and businesses, thus isolating the state of Israel.
It is therefore no surprise that we, Jewish students of Quebec universities, have faced virtually the same intimidation and hateful tactics as have our counterparts at Columbia University in New York City. As Jewish students, we have the same reactions to these attacks. We echo the message sent by Jewish students at Columbia University in their open letter, covered by the New York Times in May and have obtained their permission to adapt their message to reflect our own reality here in Quebec. We add our voice to theirs:
Over the past eight months, many have spoken in our name. Some are well-meaning alumni who may show up at rallies to wave the Israeli flag outside of our university campuses. Some are politicians seeking political gain. And regrettably, some are our Jewish peers who tokenize their Jewish identity by claiming to represent “real Jewish values,” and who attempt to delegitimize our lived experiences of antisemitism. We are here, writing to you as Jewish students of Quebec Universities, who are connected to our community and deeply engaged with our culture and history. We would like to speak in our name.
While Judaism has a long tradition of activism, most of us did not choose to be political activists. We are your colleagues, lab partners, your peers and your friends. Rather than waving flags and chanting slogans, we are just trying to make it through finals much like the rest of you. However, those who demonize us under the cloak of anti-Zionism forced us into our activism and forced us to publicly defend our Jewish identities.
Contrary to what many have tried to sell you – no, Judaism cannot be separated from Israel. We proudly believe in the Jewish People’s right to self-determination in our historic homeland as a fundamental tenet of our Jewish identity. Zionism is, simply put, the manifestation of that belief.
Our religious texts are replete with references to Israel, Zion, and Jerusalem. The land of Israel is filled with archaeological remnants of a Jewish presence spanning millennia. Yet, despite generations of living in exile and diaspora across the globe, the Jewish People never ceased dreaming of returning to our homeland — Judea, the very place from which we derive our name, “Jews.” In just a few weeks, we embark on a twenty-five-hour period of intense mourning in commemoration of the destruction of the first and second temples in Jerusalem in 586 B.C.E. and 70 C.E. respectively, both of which were thought to occur on the same day, “TISHA B’Av”.
Since that fateful date and until the return of Jews to Israel, most Jews lived in the diaspora. Many of us were raised on stories from our grandparents of concentration camps, gas chambers, pogroms, and ethnic cleansing. These events occurred as a result of antisemitism that in every generation has blamed Jews for the societal evil of the time. In Christian Rome and thereafter, we were Christ-killers. When monarchs did not want to repay their debts, we were the evil money-lenders and usurers. In Europe, we were accused of trying to take over the world as both communists and capitalists, depending on which way served the accuser’s cause. Nazi antisemitism believed we were an inferior non-European race that threatened to dilute and usurp what they called the “superior” Aryan race. In Iran and in the Arab world, we were ethnically cleansed for our presumed ties to the “Zionist entity.” The essence of antisemitism in all its forms ultimately left six million of our own in ashes in Europe and expelled 800,000 Jews from the Arab lands they had lived in for millennia.
The Jewish story used to be that of defenseless refugees forced to flee Russia, Iraq, Morocco, Ethiopia, Yemen, Afghanistan, Poland, Egypt, Germany, Iran, and the list goes on. Today, we connect to Israel not only as our ancestral homeland but as the only place in the modern world where Jews can safely take ownership of their own destiny.
In the last eight months, our experiences in Quebec universities have been a poignant reminder of the experiences of our ancestors, with Jews again being used as scapegoats. Whatever you hate, you can transfer to the Jews. Today, “settler-colonialism” is the evil of choice and so protestors on campus have dehumanized us, imposing upon us the characterization of the “white coloniser,” while trying to erase our indigeneity and connection to the land of Israel.
We stood by in horror on October 8, when student organizations lauded the terror attacks and called for celebrations, while our friends’ and families’ dead bodies were still warm.
We recoiled when people screamed “resist by any means necessary,” and called for “Intifada until victory,” using a term that applied to a terror campaign waged by Palestinians that resulted in the murder of over 1,000 Israelis between 2000 and 2005. We felt helpless when we watched pro-Palestinian activists taking over a university administration building, requiring police intervention, and as these same agitators hung an effigy of the Israeli Prime Minister from a noose at McGill University’s Roddick Gates. And most recently, as Jewish schools, business, and houses of worship have been shot at by firearms, these same student organisations have announced that they will hold a “Revolutionary youth summer camp,” advertised with imagery of masked gunmen. And yet, our fears are dismissed as we are repeatedly gaslighted and told that anti-Zionism is not antisemitism. We wonder when we will awaken from the nightmare of moral inversion, as the Iranian supreme leader commends students on our own campuses for being “on the right side of history”.
As antisemitism has shapeshifted, we are now targeted by those who misuse the word Zionist as a sanitised slur for Jew, synonymous with racist, oppressive, or genocidal. However, we remain steadfast in our belief that Israel, our ancestral and religious homeland, has a right to exist. Far from being “a white settler-colonial state,”, Israel is home to millions of Mizrachi Jews (Jews of Middle Eastern descent), Ashkenazi Jews (Jews of Central and Eastern European descent), Sephardic Jews, and Ethiopian Jews, as well as millions of Arab Israelis, over 1.7 million Muslims, and hundreds of thousands of Christians and Druze.
Our love for Israel does not necessitate blind political conformity. It is quite the opposite. For many of us, it is our deep love for and commitment to Israel that pushes us to object when its government acts in ways we find problematic. Israeli political disagreement is an inherently Zionist activity. All it takes are a couple of conversations with us over coffee to realize that our visions for Israel differ dramatically from one another.
There has been enough suffering and bloodshed for Palestinians and Israelis. Both Israelis and Palestinians deserve safety, freedom, and dignity. Calls for hate and destruction of any one People will not help achieve any of those goals. We will not stop standing up for ourselves. We are proud to be Jews, and we are proud to be Zionists.
Our ancestors, many of whom fled persecution elsewhere, moved to Quebec, where they found a society that progressively embraced tolerance, dialogue and growth. Here, we were given the opportunity to become a part of and to make contributions to wider society, leaving most of the old-world Jew-hatred behind. We forged alliances with Quebec leaders such as René Levesque, who was unwavering in his commitment to fostering a culturally diverse and tolerant society in Quebec, free from the scourge of antisemitism. The atmosphere of trust enabled the emergence of Quebec cultural luminaries from the Jewish community, like Leonard Cohen, whose names became indelibly woven into the fabric of Quebec society. However, as the encampments multiply, break laws, and spread hatred, we cannot help but question whether they are compatible with the Quebec values of the rule of law, democracy, and equality that have allowed us to thrive.
In choosing to study in Quebec universities, we wanted to expand our minds and engage in complex conversations. While campus may be riddled with hateful rhetoric and simplistic binaries now, it is never too late to start repairing the fractures and to begin developing meaningful relationships across political and religious divides. Our tradition tells us, “Love peace and pursue peace.” We hope you will join us in earnestly pursuing peace, truth, and empathy. Together we can repair our campus.
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