Association étudiante des cycles supérieurs en traduction / Graduate Association in Translation

Université Concordia, Montréal, Québec, Canada / Concordia University, Montréal, Quebec, Canada

 Traduire le vivant 

17­­e­ édition de L’Odyssée de la traductologie

Vendredi, 6 avril 2018

« L’opération de traduction ne peut plus être figurée comme un pont, puisqu’aucune langue n’est assez solide pour lui servir de rive. »

Myriam Suchet, Indiscipline!

L'édition 2018 de l’Odyssée de la traductologie sera consacrée à l’exploration du rôle de la traduction dans la formation des langues et à la remise en question, d’un point de vue politique, social et culturel, de la notion de « langues vivantes ». Cette année, nous avons le plaisir d’accueillir à titre de conférencière invitée Myriam Suchet, professeure de langue et littérature françaises à l’Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3) et également directrice du Centre d’études québécoises de Paris 3.

Le langage, selon le sémioticien russe Mikhail Bakhtine, « n’est pas un système abstrait de formes normatives, mais une opinion multilingue sur le monde » (2003 [1978]). Cependant, comme le rappelle Suchet (2016), le fait d’être immergés dans une langue au quotidien nous pousse à construire des frontières linguistiques là où aucune n’existe vraiment. Toute enquête historique nous dévoilera que les langues - par la traduction même - interagissent et se chevauchent et que le projet d’en faire des entités « indépendantes » répond à une construction identitaire d’ordre nationaliste.

Le travail d’auteurs comme France Daigle, Ahmadou Kourouma, Juan Goytisolo et Paul Celan vient interroger le discours généralisé sur la langue et démasque les frontières de nos langues telles qu’elles ont été érigées à travers l’histoire. Selon Rainier Grutman (1997), les textes hétérolingues se distinguent des autres par leur recours à plusieurs langues, idiomes et dialectes ; selon Suchet (2014), ils esquissent des représentations alternatives du monde nous permettant ainsi de redéfinir notre relation à l’Autre. Suchet appelle à une restructuration de la traductologie qui serait inspirée du texte hétérolingue et qui remettrait en question les a priori linguistiques dominants et examinerait la portée des textes hétérolingues sur ceux-ci.

Les porteurs de récits autochtones ont depuis longtemps compris comment la réciprocité établie au sein des relations de traduction permet de garder une langue vivante. Ainsi, par un recours aux pratiques hétérolingues, certains ont réussi à tisser des liens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs communautés. Des auteurs comme Tomson Highway, Marilyn Dumont et Joséphine Bacon contribuent à l’immense effort de revitalisation des langues autochtones entamé par leurs communautés. Cela nous amène à examiner le rôle assumé par ces voix en traduction et à revoir l’utilité de concepts comme les « langues dormantes », afin de dissiper le mythe des langues éteintes. De tels ouvrages proposent de nouvelles façons de percevoir notre relation au langage comme le fait notamment Niigaanwewidam Sinclair (2014) en stipulant que « nous ne pouvons posséder la langue. Il nous faut comprendre que nous sommes seulement un élément de son énergie, une connaissance, un cousin qui s’arrête pour une tasse de thé et qui s’abreuve à sa source. »

Dans son ouvrage Eco-Translation (2017), Michael Cronin poursuit cette idée dans une perspective environnementale. Il souligne l’état alarmant dans lequel se trouve la planète sur laquelle nous parlons et traduisons en interrogeant la vision anthropocentrique des théories de la traduction. Cronin nous invite donc à réfléchir au rôle de la traductologie dans la restructuration des frontières communicationnelles que nous avons établies et cela, afin d’y inclure nos interactions avec l’environnement et les autres espèces vivantes.

L’aspect « vivant » de la langue peut aussi se mesurer d’un point de vue biologique. Dans un avenir rapproché, comme l’écrit Maria Tymoczko (2005), neuroscientifiques et penseurs de la traductologie uniront leurs forces et « changeront radicalement la manière dont nous pensons et percevons la traduction. » Une telle collaboration pourrait mener à une meilleure compréhension de la contribution des processus cérébraux comme la perception, la mémoire et la plasticité cérébrale aux processus de traduction (Tymoczko, 2012).

Voici une liste non exhaustive d’autres sous-thèmes pouvant être explorés dans le cadre du colloque :

- L’histoire des langues et l’influence de la (re)traduction sur le développement des langues

- L’influence des contacts interculturels et de la migration sur les langues

- L’évolution et la traduction des langues autochtones, des contes et des récits oraux
- Le rôle de la linguistique et de la traduction dans la revitalisation de langues et de cultures menacées (p. ex. les notions de langues « mortes » et de langues « vivantes », la revitalisation de l’hébreu, les langues inventées)

- La langue comme instrument de résistance politique en contexte colonial et postcolonial

- Les défis de traduction et de terminologie dans le domaine des sciences vivantes

- La traduction axée sur l’utilisateur

- Les défis linguistiques liés aux questions de genre (gender-related language issues)

Les propositions de communications orales (durée de 20 minutes, suivie d’une période de questions de 10 minutes) ou de communications par affiche portant sur ces sous-thèmes ou tout autre sujet lié au thème général du colloque sont les bienvenues. Elles peuvent être rédigées en français ou en anglais et doivent comprendre un titre et un résumé de 300 mots, de même que les informations suivantes : nom, adresse courriel, université et programme d’études, ainsi qu’une courte biobibliographie (100 mots). Veuillez nous indiquer toute préférence pour l’une ou l’autre des deux formes de communications. Étant donné le nombre limité de créneaux de communications orales, le comité organisateur pourrait vous offrir de faire une communication par affiche.

Veuillez soumettre votre proposition par courriel à tragrad1@gmail.com au plus tard le 22 décembre 2017.

Nous vous invitons à nous faire part de vos questions et commentaires à la même adresse.

Au plaisir de vous lire,

Le comité organisateur de l’Odyssée de la traductologie

Catherine Aubé, Kathryn Henderson et Kelly Oliel

Candidates à la maîtrise en traductologie, Université Concordia

Bibliographie

BAKHTINE, Mikhail (2003 [1978]). Esthétique et théorie du roman. Trad. Daria Olivier. Paris, Gallimard.

CRONIN, Michael (2017). Eco-Translation. Translation and Ecology in the Age of the Anthropocene. Abington, Routledge.

GRUTMAN, Rainier (1997). Des langues qui résonnent : l'hétérolinguisme au XIXe siècle québécois. Saint-Laurent, Québec, Fides.

SUCHET, Myriam (2014). L'imaginaire hétérolingue : ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues. Paris, Classiques Garnier.

——— (2016). Indiscipline! Montréal, Nota Bene.

SINCLAIR, Niigaanwewidam James (2014). « The Power of Dirty Waters: Indigenous Poetics »,  in Neal McLeod, dir., Indigenous Poetics in Canada. Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, pp. 203-214.

TYMOCZKO, Maria (2005).  « Trajectories of Research in Translation Studies ». META, 50, 4, pp. 1082-1097.

——— (2012). « The neuroscience of translation ». Target, 24, 1, pp. 83-102.

Suggestions de lecture

ADAMS, Michael (2011). From Elvish to Klingon: Exploring Invented Languages. New York, Oxford University Press.

CARDINAL, Philippe (2014). « 1999: Cross-Purposes: Translating and Publishing Traditional First Nations Narratives in Canada at the Turn of the Millennium », in K. Mezei, S. Simon et L. von Flotow, dir., Translation Effects: The Shaping of Modern Canadian Culture. Montréal, McGill-Queen’s University Press, pp. 271-289.

CHACABY, Maya Odehamik (2015). « Cripple Two-Tongue and the Myth of Benign Translatability ».
Tusaaji: A Translation Review, 4, 4, pp. 1-11.

GIROUX, Dalie (2017). « Les langages de la colonisation : quelques éléments de réflexion sur le régime linguistique subalterne en Amérique du Nord ». Trahir, 8, pp. 1-26.

GLISSANT, Édouard (2010). L'imaginaire des langues : entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009). Paris, Gallimard.

NOLETTE, Nicole (2015). Jouer la traduction : théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone. Les Presses de l’Université d’Ottawa.

SUCHET, Myriam (2009). Outils pour une traduction postcoloniale : littératures hétérolingues. Paris : Archives contemporaines.

SUCHET, Myriam et Sarah MEKDJIAN (2016). « Artivism as a Form of Urban Translation: An Indisciplinary Hypothesis », in S. Simon, dir., Speaking Memory. Trad. Carmen Ruschiensky. Montréal, McGill-Queen’s University Press, pp. 220-248.

Living Languages in Translation

17th Edition of Voyages in Translation Studies

Friday, April 6, 2018

“The translation process can no longer be depicted as a bridge, since languages are not stable enough to serve as foundations.”

Myriam Suchet, Indiscipline!

This year, Voyages in Translation Studies will explore the role of translation in shaping languages and challenge the notion of “living languages” in political, social and cultural spheres. We are honoured to welcome Myriam Suchet, professor of French language and literature at Université Sorbonne Nouvelle—Paris 3, and Director of Paris 3’s Centre d’études québécoises, as our keynote speaker.

Language, according to Russian semiotician Mikhail Bakhtin ([1975] 1981), “is not an abstract system of normative forms but rather a concrete heteroglot conception of the world.” Yet, as Suchet (2016) notes, being immersed in one language on a daily basis may lead us to define language boundaries where none exist. Languages interact and overlap, and in examining their history and the role of translation in that history, it is clear that the strategy of portraying languages as unitary entities has been repeatedly used to assist in the construction of national identities.

Works by France Daigle, Ahmadou Kourouma, Juan Goytisolo and Paul Celan challenge dominant narratives by revealing how language boundaries have been historically established. According to Rainier Grutman (1997), heterolingual texts are characterized by their use of multiple languages, idioms or varieties; for Suchet (2014), they also conjure up alternative representations that redefine one’s relationship with the Other. Suchet has called for translation to be studied from the perspective of heterolingual writing, which would involve questioning prevalent linguistic assumptions and examining how heterolingual texts transgress such assumptions.

Indigenous storytellers have long been aware of how reciprocal relations in translation are closely associated to the vitality of a language, and they have made use of heterolingual techniques to create bonds within and outside of their communities. Authors such as Tomson Highway, Marilyn Dumont and Joséphine Bacon often contribute to the tremendous efforts undertaken in their communities to revitalize Indigenous languages, leading to various questions about the function of these voices in translation and whether concepts such as “dormant languages” can dispel myths of extinction. Such work presents new ways of envisioning our relationship with language itself, and as Niigaanwewidam Sinclair (2014) has stated, “It is not to assume that we own language. It is to know that we are only a participant in its energy, a relation, a cousin that visits and shares tea, drinking in its power.”

In Eco-Translation (2017), Michael Cronin builds on this idea in a more environmental sphere, calling into question the anthropocentrism of translation theory and describing the alarming state of the planet on which we speak and translate. Cronin invites us to reflect on the role translation studies research could play in restructuring the boundaries of communication that we have built in order to account for interactions with other living species and our environment.

The “living” component of languages can also be studied through a more biological lens. Maria Tymoczko (2005) has suggested that in the near future, neuroscientists and translation studies scholars will join forces, “radically [changing] the way translation is thought about and approached.” Such joint efforts could lead to new insights into how brain processes such as perception, memory and brain plasticity contribute to the translation process (Tymoczko 2012).

The following is a non-exhaustive list of other topics that relate to the conference theme:

The history of languages and the impact of (re)translation on a language’s development

The impact of intercultural contact and migration on languages

The evolution and translation of Indigenous languages, oral histories and narratives

The role of linguistics and translation in the revitalization of endangered languages and cultural heritage (the notion of “living” and “dead” languages, the revival of Hebrew, invented languages, etc.)

Political resistance of languages in colonial and postcolonial contexts

Translation and terminology issues in the life sciences

User-centered translation

Gender-related language issues

We welcome proposals for oral presentations (20 minutes in length, followed by a 10-minute question period) and poster presentations on these and other topics related to the conference theme. Proposals may be written in English or French. They must include a title and a 300-word abstract accompanied by the following information: name, email address, university and program of study, as well as a brief bio-bibliography (100 words). Please indicate whether you have a preference for an oral presentation or a poster presentation. Given the limited number of oral presentation slots, the Organizing Committee may suggest that you prepare a poster instead of an oral presentation.

Proposals must be sent to tragrad1@gmail.com by December 22, 2017.

Feel free to email us with any questions you may have. We look forward to reading your submissions!

The Organizing Committee for Voyages in Translation Studies

Catherine Aubé, Kathryn Henderson and Kelly Oliel

Candidates, MA Translation Studies, Concordia University

Bibliography

Bakhtin, Mikhail. 1981. The Dialogic Imagination. Four Essays. tr. Caryl Emerson and Michael Holquist. University of Texas Press Slavic Series 1. Austin: University of Texas Press. Originally published as Voprosy literatury i estetiki (Moscow: Hudožestvennaâ literatura, 1975).

Cronin, Michael. 2017. Eco-Translation: Translation and Ecology in the Age of the Anthropocene. Abington: Routledge.

Grutman, Rainier. 1997. Des langues qui résonnent: l'hétérolinguisme au XIXe siècle québécois. Saint-Laurent, Québec: Fides.

Suchet, Myriam. 2014. L'imaginaire hétérolingue: ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues. Paris: Classiques Garnier.

———. 2016. Indiscipline! Montréal: Nota Bene.

Sinclair, Niigaanwewidam James. 2014. “The Power of Dirty Waters: Indigenous Poetics.” in Indigenous Poetics in Canada. ed. Neal McLeod. Waterloo: Wilfrid Laurier University Press. 203–214.

Tymoczko, Maria. 2005. “Trajectories of Research in Translation Studies.” Meta 50:4. 1082–1097.

———. 2012. “The neuroscience of translation.” Target 24:1. 83–102.

Suggested Readings

Adams, Michael. 2011. From Elvish to Klingon: Exploring Invented Languages. New York: Oxford University Press.

Cardinal, Philippe. 2014. “1999: Cross-Purposes: Translating and Publishing Traditional First Nations Narratives in Canada at the Turn of the Millennium.” in Translation Effects: The Shaping of Modern Canadian Culture. ed. Kathy Mezei, Sherry Simon and Luise von Flotow. Montréal: McGill-Queen’s University Press. 271–289.

Chacaby, Maya Odehamik. 2015. “Cripple Two-Tongue and the Myth of Benign Translatability.” Tusaaji: A Translation Review 4:4. 111.

Giroux, Dalie. 2017. “Les langages de la colonisation: Quelques éléments de réflexion sur le régime linguistique subalterne en Amérique du Nord.” Trahir 8: 1–26.

Glissant, Édouard. 2010. L'imaginaire des langues: entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009). Paris: Gallimard.

Nolette, Nicole. 2015. Jouer la traduction: théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone. Ottawa: Presses de l’Université d’Ottawa.

Suchet, Myriam. 2009. Outils pour une traduction postcoloniale: littératures hétérolingues. Paris: Archives contemporaines.

Suchet, Myriam and Sarah Mekdjian. 2016. “Artivism as a Form of Urban Translation: An Indisciplinary Hypothesis.” in Speaking Memory. ed. Sherry Simon. tr. Carmen Ruschiensky. Montréal: McGill–Queen’s University Press. 220–248.