Chronologie du Nicaragua

1909 

Gouvernement d’Adolfo Diaz, installé par les États-Unis et défendu par les marines.

Adolfo Diaz

1912

Intervention des marines pour mettre fin à la guerre civile qui oppose conservateurs et libéraux.

1927 

Les Etats-Unis créent une garde nationale.

Début de la première révolution paysanne-nationaliste, dirigée par Augusto Cesar Sandino (- janvier 1933) en lutte contre le gouvernement d’Aldolfo Diaz.

Augusto Cesar Sandino

Une guérilla s’installe dans la partie nord du pays.

Elle tient tête pendant six ans aux corps expéditionnaire des marines.

1933 

Sandino dépose les armes après le départ du dernier soldat nord-américain. Il n’a pas d’autre revendication sociale ou politique que le départ des Etats-uniens.

Il négocie la paix avec le nouveau président Sacasa.

1934 

L’image de patriote valeureux et intègre de Sandino indispose le nouveau commandant de la garde nationale Anastasio Somoza qui le fait assassiner le 21 février.

1936 

Dictature d’Anatasio Somoza (- 1956). Domination de sa famille sur le pays.

Anatasio Somoza

1937 

Somoza se fait élire président. Le pays est sous la coupe de la famille Somoza qui contrôle le gouvernement, l'armée est une grande partie de l'économie avec le soutien des Etats-Unis.

1961 

En juillet, fondation du FSLN composé surtout d’étudiants des classes moyennes influencés par la révolution cubaine. les dirigeants sont Carlos Fonseca, Silvio Mayorga, Thomas Borge. Beaucoup des anciens compagnons de Sandino sont encore vivants et contribuent à assurer la transmission de l’héritage.

Intégration dans le FSLN du courant chrétien révolutionnaire.

1963 

Guérilla rurale dans une région hostile peuplée majoritairement d’Indiens miskito anglophones.

Échec de la stratégie “foquiste”.

1967 

La guérilla est écrasée dans la région de Pancasan par la Garde nationale.

Daniel Ortega est emprisonné. Il restera 7 ans en prison (- 1974).

1972 

Tremblement de terre. Somoza en profite pour imposer un contrôle militaire dur l’État. Il détourne l'aide internationale et spécule sur les terrains à bâtir.

1973 

Baisse des recettes du coton, principal produit d'exportation.

1974 

En septembre, Somoza remporte les élections.

Somoza

L’opposition civile se regroupe dans l’UDEL animée par Pedro Joaquim Chamorro, du parti conservateur, qui est aussi directeur du journal La Prensa. Ce journal dénonce la corruption de Somoza.

Le 27 décembre, prise d’otages par un commando sandiniste.

Somoza impose la loi martiale et la censure de la presse.

1976 

Le 8 novembre, mort au combat du fondateur et principal dirigeant sandiniste, Carlos Fonseca, dans un affrontement avec la garde nationale de Somoza.

1977 

Dissensions au sein du FSLN entre ceux qui veulent développer la guérilla rurale, la tendance qui veut donner la priorité urbaine et la direction nationale qui cherche des alliances avec l’opposition civile.

En novembre, une douzaine de personnalités lancent un appel dans La Prensa pour une véritable alternance démocratique.

1978 

Le 10 janvier, assassinat par les sbires de Somoza de Pedro Joaquin Chamorro, directeur du journal La Prensa, porte-parole de l'opposition légale à la dictature de Somoza dans les classes moyennes et supérieures.

Ce crime scelle un pacte antisomoziste entre la bourgeoisie, le hiérarchie catholique, les classes moyennes, les paysans et les prolétaires. Les funérailles sont suivies par 100 000 personnes.

Pour la première fois, la population urbaine se mobilise massivement et longuement dans tout le pays contre la dictature, petite bourgeoisie des commerces et de services au coude à coude avec les ouvriers d’industrie et les sous-prolétaires[1].

En février, les milieux patronaux se joignent à l'opposition.

Grève générale qui demande la démission de Somoza et la formation d'un gouvernement de transition.

En juillet, l’ensemble des opposants, dont la tendance terceriste et l’Eglise, créent le Frente amplio de opposicion (FAO) qui exige le départ de Somoza.

Le 22 août, attaque du Palais national par le commando Eden Pastora.

En septembre, la population se soulève dans les départements de León, Matagalpa, Chinandega, Estelí, Masaya et Managua. Elle doit se replier dans les campagnes et les montagnes. Echecs du FSLN.

Répression sauvage et aveugle de la garde nationale sur la population.

Négociations du FAO pour le départ de Somoza.

A partir du 9 décembre, réunification du commandement des trois tendances du FSLN.

1979 

Le 19 janvier, Somoza rejette les propositions de négociation du FAO.

A partir du mois de janvier, le FSLN organise l’insurrection.

En mars, les trois courants sandinistes signent un Accord d’unification.

Juin 1979

Troupes du FSLN dans les rues de Managua, en juillet 1979

Une authentique révolution combinant un soulèvement populaire, l’auto-organisation de villes et de quartiers insurgés ainsi que l’action du FSLN, organisation politico-militaire d’inspiration marxiste-guévariste/castriste.

En juin, offensive militaire générale du FSLN.

Le 4 juin, la grève générale, appelée par le FSLN paralyse tout le pays.

Dans les jours qui suivent, des insurrections éclatent dans les villes de Chinandega, Leon, Matagalpa, Esteli, Masaya, Granada et Carazo.

Juillet 1979

Les villes tombent les unes après les autres dans la première quinzaine de juillet.

Le 17 juillet, Anastasio Somoza abandonne le pays.

Le 19 juillet, les forces sandinistes marchent sur la capitale Managua.

La garde nationale se débande.

Victoire sandiniste.

La famille Somoza et d'autres grands propriétaires sont expropriés.

Les sandinistes redistribuent la propriété et font faire au pays des grands progrès en matière d'éducation et de santé.

La réforme agraire redistribue 2 millions d’hectares à 50 000 familles.

Gouvernement d'union nationale.

Les banques et les assurances sont nationalisées, mais l'industrie et l'essentiel de l'agriculture restent aux mains du privé.

Monopole du commerce extérieur.

Août 1979

Dès le mois d’août, les contras, petits groupes d’anciens gardes somozistes, organisent des sabotages et des coups de main sur les frontières du Centre-Nord. Il va s’ensuivre huit années de guerre civile contre une minorité d’opposants financés par les États-Unis.

La contre-révolution, financée et armée par les Etats-Unis, mène des attaques avec des milliers de contras à partir du Honduras.

Les Etats-Unis (Reagan) imposent un embargo et minent les ports nicaraguayens.

Décembre 1979

Nouveau gouvernement. Si les personnalités bourgeoises conservent leur fonctions, il y a une renforcement des dirigeants sandinistes à des postes clés. Humberto Ortega est ministre de la Défense nationale.

La pénurie est telle qu’un million de personnes doivent être alimentées par l’Etat.

Années 1980

Croisade nationale d’alphabétisation.

1980 

En avril, les représentants non sandinistes (dont Violeta Chamorro) de la junte démissionnent.

1981 

Aide financière de Reagan à la contra. Les contras dont entraînés par des officiers argentins ou israéliens ou par des agents de la CIA.

En septembre, état d’urgence.

1982 

L’économie est contrôlée à 40 % par l’État.

Eden Pastora (commandant Zero) passe dans l’opposition en créant l’ARDE.

1983 

Le 15 mai, état d’urgence.

1984 

Instauration du service militaire obligatoire.

En mars, les Etats-Unis font miner les ports du Nicaragua.

À partir d’avril, des bandes de contras s’infiltrent, poussant des pointes de pénétration de 100 kilomètres à l’intérieur du pays.

La guérilla menée par la Contra atteint une telle intensité qu'elle désorganise l'économie nicaraguayenne, devenue une économie de guerre (les dépenses militaires absorbent jusqu'à 25 % du PIB).

Les sandinistes chassent 10.000 Indiens de leurs territoires ancestraux, pour les installer de force à Tasba pri, au cour de la forêt. Beaucoup de jeunes Indiens rejoignent la contra. Des milliers d’Indiens sont regroupés dans des camps au Honduras.

En novembre, les sandinistes remportent la première élection présidentielle.

Daniel Ortega l’emporte avec 67 % des suffrages face à une opposition divisée qui se réfugie dans l’abstention.

Daniel Ortega

1985

Présidence de Daniel Ortega (- 1990)

Le 1er mai, Reagan impose un embargo économique contre le Nicaragua.

1986 

La Prensa est interdite pour une période de 14 mois.

Guerre contre-révolutionnaire.

En août, le président Reagan obtient du Congrès américain un financement de 70 millions de dollars pour les “combattants de la liberté”. Reagan veut “vietnamiser” le Nicaragua.

La contra se lance dans une offensive spectaculaire sur tous les fronts tout en multipliant les actes de sabotage en zone urbaine.

1987 

En janvier, nouvelle Constitution.

Au début de l’année, la guerre est étendue sur l’ensemble du territoire.

En avril, les sandinistes acceptent un statut d’autonomie pour les Indiens qui reconnaît la propriété communautaire inaliénable ainsi que les spécificités linguistiques, culturelles et juridiques de ces populations.

Mi-juillet, se livre dans le nord la plus grande bataille de la guerre.

En août, signature des accords de paix d’Esquipulas avec les Etats voisins.

Les États-Unis sont condamnés par le Tribunal international de La Haye à 17 milliards de dollars d'indemnisation au Nicaragua, somme qui ne sera jamais versée.

1988 

La dette extérieure dépasse 7 milliards de dollars.

L’impérialisme utilise la négociation de la dette extérieure pour essayer d’imposer un droit de regard sur la politique économique du pays.

En février, dévaluation importante pour tenter de briser l’hyperinflation.

Programme d’ajustement structurel. Mesures d’austérité, licenciement de 30.000 fonctionnaires.

Le gouvernement maintient une orientation économique compatible avec les intérêts de la grande bourgeoisie nicaraguayenne et des grandes entreprises privées étrangères, c’est-à-dire une économie tournée vers l’exportation et basée sur des bas salaires afin de rester compétitive sur le marché mondial.

En mars, accords de Sapoa qui fixent des zones de résidence pour les contras et un calendrier de retour à la paix.

En octobre, Bluefields, sur la côte Pacifique, est ravagée par l’ouragan Juana.

1990 

Accord de paix régional pour mettre fin à la contre-révolution.

10.000 contras restent armés dans les régions nord du pays.

Les “contras” refusent de déposer les armes tant que le général Humberto Ortega, frère de l’ancien président, reste à la tête de l’armée sandiniste.

Suppression de l’état d’urgence en début d’année.

Le FSLN accepte d’organiser des élections.

Plusieurs dirigeants sandinistes sont opposés à ces élections qui se tiennent sous le chantage à la terreur de la Contra et des États-Unis. Mais la majorité du FSLN ne veut pas revenir sur ses promesses, quitte à perdre le pouvoir.

En février, après dix ans de pouvoir, les sandinistes sont battus aux élections générales qui font partie de cet accord, au profit de Violeta Barrios de Chamorro, candidate de l’Union nacional opositora (UNO), un regroupement de partis de droite, du centre et même de gauche  (Parti socialiste et Parti communiste). Elle est élue présidente (-1997) avec 54,7 % des voix.

Violeta Barrios de Chamorro

Battu, Daniel Ortega (FSLN) obtient 40,8 %.

1991 

Le Nicaragua rentre dans une période de paralysie économique et de crise politique.

Taux de chômage de 60 %, sous-nutrition généralisée, analphabétisme grandissant.

Multiplication de bandes de délinquants à Managua.

1995 

Réforme constitutionnelle.

Fondation du Mouvement de Rénovation Sandiniste (MRS) de l’écrivain Sergio Ramirez (centre gauche). Ils sont considérés par la direction sandiniste comme des traîtres.

1996 

Le FSLN est divisé.

En octobre, un libéral, l’avocat et producteur de café Arnoldo Aleman, remporte les élections générales d’octobre avec 51 % contre 38% pour le candidat sandiniste Daniel Ortega.

Arnoldo Aleman

1998 

En octobre, le cyclone Mitch tue des milliers de personnes, laisse sans abri 20 % de la population et cause des milliards de dégâts (routes détruites au deux tiers, 70 % des récoltes sont perdues).

1999 

Daniel Ortega conclut un pacte avec le principal parti d’opposition libérale et le président libéral Arnoldo Alemán.

2000 

En novembre, élections municipales. Le FSLN effectue une remontée spectaculaire avec 40 % des suffrages.

2001 

Le FSLN est devenu de moins en moins radical et de plus en plus social-démocrate. Ortega est contesté au sein du camp sandiniste pour le pacte conclu avec les libéraux.

Élections présidentielle et générales en novembre. Elles sont remportées par Enrique Bolanos, candidat du parti libéral soutenu par les Etats-Unis.

Enrique Bolanos

Nouveau pacte entre les sandinistes et les libéraux (Aleman).

Après son échec électoral, Daniel Ortega se réconcilie avec la hiérarchie catholique traditionnelle et plus particulièrement avec le cardinal Miguel Obando y Bravo, archevêque émérite de Managua et vieil ennemi de la révolution.

2004 

Élections municipales.

Le Nicaragua signe le traité de libre-échange d’Amérique centrale ALEAC.

2006 

Pour retrouver le pouvoir, Ortega fait alliance avec le patronat nicaraguayen.

Le 5 novembre, Daniel Ortega est réélu au premier tour président de la République avec seulement 38 % des voix. 

Daniel Ortega 

Le candidat à la vice-présidence pour la coalition Unidad Nicaragua Triunfa, dirigée par le FSLN, est un ancien sympathisant de la contre-révolution dans les années 1980.

La droite libérale divisée est toujours dominante au Parlement.

En novembre, suite à une campagne des Églises catholique et évangéliques, le groupe parlementaire du FSLN vote (avec la droite) l’interdiction totale de l’avortement, abolissant ainsi le droit à l’avortement thérapeutique introduit en 1893 par le gouvernement libéral de José Santos Zelaya.

2007 

En janvier, retour du FSLN et de Ortega au pouvoir. 

Ortega annonce l’adhésion de son pays à l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques).

Le Nicaragua reçoit des pétrodollars du Venezuela. Ces fonds sont gérés directement par la présidence et la famille Ortega.

L’homosexualité est dépénalisée.

2008 

En novembre, élections municipales. Le Mouvement de rénovation sandiniste n'a pas le droit de s'y présenter. Large victoire du FSLN. Elections contestées.

Crise financière.

2009

Pauvreté : 42,5%

2011 

PIB et croissance : +4%. Dette publique (en % du PIB)  : 75%. Inflation : 9%.

En novembre, Daniel Ortega est élu président de la République au premier tour avec 63 % des voix face à une opposition libérale divisée.

Daniel Ortega

Le FSLN est majoritaire au Parlement (60 % des voix).

Ortega mène une politique de laisser-faire libéral.

Alliance avec Hugo Chavez du Venezuela.

2012 

En novembre, élections municipales remportées par le FSLN (75 % des voix). Fort taux d’abstention.

2013 

Lancement d’un chantier titanesque de canal interocéanique avec des entreprises chinoises. Les déplacement pourraient concerner 100 000 familles. cette décision provoque des manifestations de paysans expropriés et des écologistes.

Pauvreté : 30%

2016 

En juillet, Ortega organise un coup contre le Parlement et impose un régime de parti unique. Le pouvoir devient une autocratie alliée aux entreprises privées et suivant les demandes du FMI.

Le Frente Amplio por la Democracia réunit tous les opposants écartés du processus électoral.

En novembre, élection présidentielle. Élection avec 72% de Daniel Ortega et de son épouse, la poétesse Rosario Murillo comme vice-présidente.

Rosario Murillo et Daniel Ortega

Taux d’abstention de 70 %

La dynastie contrôle toutes les institutions.

Le 30 novembre, une manifestation contre la construction du canal est réprimée avec des balles réelles et en caoutchouc par la police : 7 blessés et 20 disparus.

2017

Croissance de 5 %.

L’un des principaux projets industriels du Nicaragua, le canal transocéanique, est géré par le fils de Daniel Ortega, Laureano Ortega, qui occupe également le poste de conseiller de la présidence pour les investissements étrangers.

2018

Mobilisations des étudiants pour l'environnement.

Ortega mène une réforme des retraites visant à augmenter les contributions des employeurs et des salariés et à baisser de 5 % le montant des retraites.

A partir du 18 avril, manifestations contre la réforme des retraites et de la sécurité sociale.

La révolte s’élargit contre le pouvoir autoritaire de Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo.

Le pouvoir a  recours à des snipers, puis à des forces paramilitaires encagoulées. La répression des forces de police et des groupes paramilitaires fait 325 morts.

Malgré les manifestations, Ortega refuse toute forme de négociation et la tenue d'élections anticipées.

Attestations arbitraires de journalistes indépendants.


[1] Henri Weber, Nicaragua, la révolution sandiniste, Paris, Maspero, “Dialectiques”, 1981