Surfez sans vous mouiller
 
 
Chaque utilisateur d’Internet en général – le journaliste en particulier – doit pouvoir protéger sa vie privée et assurer la confidentialité de ses communications. Quels sont les dangers de l’utilisation d’Internet et comment mieux se protéger?
 
 
 
 
 
 
 
Poster de Reporters sans Frontières
«N’écrivez pas sur Internet ce que vous n’écririez pas sur le dos d’une carte postale»
 
Gérard Demaretz
Cyber-espionnage
 
 
 
«Those who would give up essential liberty
to purchase a little temporary safety
deserve neither liberty nor safety.»
 
Benjamin Franklin, 1755
 

 
Table des matières:
 
 
 
Introduction:
1ère Partie: Analyse
Des origines d’Internet à la naissance du World Wide Web
L’évolution d’Internet: le Web 2.0
Les problèmes de sécurité d’Internet
Conflits dans le cyberespace – les principaux acteurs
Les dangers (menaces et attaques)
Non-techniques – indépendants du degré de sécurité informatique
Techniques - dépendants du degré de sécurité informatique
Nomenclature officielle des cyberattaques
Les sacro-saintes règles de sécurité
L’ordinateur
Les accès
Les transmissions
Où stocker ses données: local ou serveur?
La confidentialité des données enregistrées: chiffrage et effacement
Quelques configurations possibles avec leurs niveaux de sécurités minimums
Pour un usage quotidien
Pour un usage journalistique sensible  (exemple : enquête sur un réseau terroriste ou sur la fabrication de « pipe bombs »)
Si vous êtes le nouveau «James Bond»
Bibliographie
Contrôle d’édition
Licence Creative Commons

Avertissement:
 
 
L’auteur de ce document nomme des entreprises (éditeurs de logiciels, propriétaires de sites Web, fournisseur d’accès Internet, sociétés d’hébergement), des services de renseignements et de répression du crime organisé, des organisations cybercriminelles et de réseaux terroristes dans un but purement informatif et éducatif.
 
Ce document ne formule aucun jugement ni d’ordre commercial ni d’ordre politique.
 
De par le caractère dynamique d’Internet, certains liens proposés en notes de bas de pages peuvent être indisponibles au moment de la lecture de ce document.
 
L’auteur n’assume aucune responsabilité quant aux conséquences possibles de l’utilisation de services Web et de logiciels abordés dans ce document.

Introduction:
 
Chère lectrice, cher lecteur,
 
Sommes-nous conscients des dangers que nous courrons en utilisant Internet et savons-nous nous protéger?
 
Vous n’êtes ni technicien, ni informaticien mais vous surfez sur Internet en tapant sur un clavier d’ordinateur et en cliquant avec une souris? Ce document est écrit pour vous!
 
Au 21ème siècle, la question de la vie privée[1] et de son respect repose sur un vrai paradoxe.
 
D’une manière générale, nous souhaitons faire respecter une part d’ombre sur nos habitudes, nos fréquentations, nos origines, notre cercle familial, notre religion, notre orientation sexuelle, notre situation financière, notre santé, etc. La notion de protection des données personnelles est une résultante du besoin d’intimité de l’être humain dans notre société.
 
Paradoxalement, nous faisons preuve d’une attitude insouciante lorsque nous utilisons les nouvelles technologies. Nous avons des conversations intimes avec nos téléphones portables. Nous choisissons des mots de passe simplistes que nous notons sur le coin de notre écran. Nous n’hésitons pas à transmettre des informations commerciales confidentielles dans des courriels (messages électroniques – e-mails).
 
Certains d’entre-nous ont des attitudes carrément exhibitionnistes dans leurs blogs sur des réseaux de socialisation (Facebook, etc.). Ils y dévoilent nom et prénom, date et lieu de naissance, scolarité, photographies ou vidéos, même parfois le cercle de leurs amis et connaissances, leurs intérêts, leur profession, etc.
 
Après recherches et recoupements, il est facile de construire le profil complet d’un internaute comprenant adresse, numéros de cartes bancaires, etc.
 
Certaines personnes ou organisations n’hésitent pas à se servir d’Internet pour tirer parti, légalement ou illégalement, de ces informations.
 
Ce document est divisé en deux volets:
  • une partie analytique informe le lecteur de la nature d’Internet, de son fonctionnement, des conflits dans le cyberespace, des principaux acteurs et des menaces et dangers encourus
  • une partie pratique présente des possibilités et des outils disponibles pour mieux se protéger.
 
Je vous remercie d’ores et déjà de vos commentaires et vous souhaite bonne lecture.
 
Christian Brülhart
UniNE – FLSH (Journalisme et histoire)
(christian.brulhart@unine.ch ou christian.brulhart@gmail.com)



 
1ère Partie: Analyse
 
 
 
Des origines d’Internet à la naissance du World Wide Web[2]
 
Internet (Inter-networking) est une invention de la guerre froide des années 1960. Dans un contexte général tendu de confrontation des deux blocs marxiste et capitaliste, cette réalisation serait une réaction militaire américaine à une nouvelle menace soviétique sur les Etats-Unis suite à l’envoi du satellite Spoutnik en orbite.
 
En effet, l’armée américaine, craignant de voir son espace territorial directement menacé par le survol de satellites ennemis lançant des attaques surprises à l’arme atomique, voulait assurer ses transmissions informatiques entre les divers centres de commandements stratégiques et les sites de tir de missiles nucléaires.
 
Le réseau Milnet (Military Network) et ARPANET (Advanced Research Project Agency Net) reliait plusieurs ordinateurs délocalisés. Grâce à un langage développé par le Pentagone, ceux-ci resteraient connectés, par un réseau de câbles, même lorsque certaines lignes de transmission seraient détruites.
 
Cette méthode de transmission évolua et donna naissance, après plusieurs mutations, au langage TCP/IP (Transfer Control Protocol / Internet Protocol). Contrairement au téléphone, qui nécessite la connexion physique de circuits pour transmettre la voix (circuit switched networking), l’information transmise par Internet est partagée en plusieurs morceaux et est envoyée sous forme de paquets (packet switched networking). Ceux-ci «voyagent» vers le destinataire par divers chemins régulés par des sortes de policiers de la circulation : les routeurs (routers). A l’arrivée dans l’ordinateur destinataire, les divers morceaux sont «recollés» et l’information est ainsi reconstituée.
 
Le langage TCP/IP possède aussi une caractéristique qui assurera son succès planétaire: il permet à des machines totalement différentes de communiquer. C’est en quelque sorte un «esperanto» électronique, langage que tous les ordinateurs du monde parlent et comprennent.
 
Le Word Wide Web (www ou Web), un composant d’Internet, est inventé en 1989 au CERN par Tim Bernes-Lee. Ce chercheur développe le langage hypertexte (Hypertext Transfer Protocol – http) qui permet de relier plusieurs documents au moyens de liens électroniques (links).
 
Le phénomène du Web explose lorsque le président Bill Clinton décrète l’ouverture d’Internet aux organismes commerciaux en 1994.
 
Plusieurs services sont disponibles sur Internet, comme diverses catégories de véhicules peuvent circuler sur une route. Les plus connus, le Web mis à part, sont la messagerie électronique (e-mail), le clavardage (chat), la téléphonie et la visioconférence.
 

 
L’évolution d’Internet: le Web 2.0[3]
 
A l’origine, le webmestre (webmaster), était la personne qui s’occupait de la publication d’informations sur le Web. Elle devait acquérir des compétences techniques et connaître l’utilisation d’outils informatiques particuliers.
 
A part quelques exceptions comme les services de courriel en ligne (Gmail, Hotmail ou YahooMail), les services de ventes aux enchères (eBay) ou les plateformes d’échange d’opinions (Bulletin Board Systems), le flux d’informations publiées était certes important mais allait dans un seul sens: de l’éditeur (rôle actif) au lecteur (rôle passif).
 
Grâce à l’évolution foudroyante des technologies de l’information, le Web participatif est né. Avec de nouveau outils (Wiki), qui on remplacé les anciens systèmes de gestion de contenu (Content Management Systems), pratiquement n’importe quel lecteur d’un site Web peut publier sa contribution, si l’accès lui est donné.
 
Voici un exemple de l’évolution : Web 1.0 : la homepage est une sorte de présentation personnelle statique (un CV en ligne) à Web 1.5 : le weblog oublog est un journal intime en ligne à Web 2.0 : myspace ou facebook devient un réseau social
 
Cette évolution permet un double flux, ajoutant au rôle passif du lecteur celui actif du contributeur, de l’éditeur. Ce changement, multiplié par le phénomène du « crowdsourcing », a généré une explosion d’informations publiées sur la toile.
 
Voici quelques exemples de nouveaux services basés sur le système collaboratif (la liste n’est pas exhaustive):
 
  • Wikipédia: Encyclopédie où les articles sont rédigés par des internautes
  • Facebook: Réseau social qui relie amis, collègues de travail et connaissances
  • Flickr : Service de mise en ligne de photographie
  • YouTube: Site permettant d’envoyer et de partager des vidéos
  • AgoraVox: Agence de presse sur Internet où le citoyen joue le rôle de reporter/journaliste
  • LinkedIn: Site de réseautage professionnel
 
 

 
Les problèmes de sécurité d’Internet[4]
 
Mise-à-part l’utilisation de la technologie par l’homme qui peut, comme tout autre outil, être utilisé à dessein criminel, pourquoi Internet souffre-t-il de problèmes de sécurité récurrents?
 
Une partie de la réponse se trouve dans l’origine et la nature d’Internet. Avant d’évoluer en réseau des réseaux, cette infrastructure a tout d’abord été pensée pour une utilisation exclusivement militaire, c’est-à-dire dans un environnement clos. Les machines connectées ont été prévues pour communiquer sur une base de confiance (trusted connection) puisqu’elles étaient utilisées par du personnel de l’armée américaine dans l’exercice de sa mission.
 
Internet n’est pas une infrastructure compacte. Bien au contraire, il est construit au moyen d’un assemblage de composants hétéroclites, où chacun a une fonction bien particulière. Transmission de signaux par câbles ou ondes, paquets d’informations en code binaires, passerelles (gateways), routeurs (routers), serveurs de noms de domaines (DNS), serveurs de messagerie, serveurs web, serveurs FTP, autant de composants présentent autant de possibilités d’accès illégaux. Plus une maison présente d’ouvertures, plus les possibilités d’infractions sont nombreuses. Logique non ?
 
A cela s’ajoute un phénomène de diversification des types d’ordinateurs connectés. Jusque dans les années 95, la plupart des systèmes, appelés ordinateurs personnels (Personal Computers - PC), avaient été construits dans l’idée de produire une machine à traitement de texte (éventuellement un tableur), donc pour ne satisfaire les besoins que d’un seul usager. Il n’y avait pas de possibilité de créer des profils d’utilisateurs différents, comme administrateur ou visiteur sur le même système. Ces machines se trouvaient «seules sur une île», sans possibilité de communiquer entre elles. Elles devaient être modifiées pour pouvoir se connecter. Par exemple, les PC avec Windows 3.1 (1994) devaient recevoir une carte de réseau et un ajout de programmes (winsock) pour être capables de comprendre le langage d’Internet (protocole TCP/IP).
 
Comme évoqué plus haut, l’ouverture graduelle d’Internet aux organisations académiques, puis aux entreprises commerciales et finalement aux individus a changé la donne. La diversification des utilisateurs a forcément entrainé des dérives. Partie d’entres eux sont des gens mal intentionnés.
 
Dans le monde virtuel, comme dans le monde réel, il existe des voleurs, des terroristes, des pédophiles, etc.
 
 

 
Conflits dans le cyberespace – les principaux acteurs
 
L’utilisateur commun d’Internet n’a absolument aucune idée de la vie «underground» de la toile.
 
Les menaces criminelles sur la vie privée ou sur le patrimoine d’une personne, qui jadis étaient limitées géographiquement et temporellement, se sont étendues au monde entier et sont présentes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an.
 
Facteur encore plus inquiétant, certains gouvernements commencent à peine à avouer leur impuissance à assurer la protection de leurs infrastructures[5](cyberattaque), celles des entreprises «à risque» (cyberintelligence économique) et celle de leurs citoyens[6] (cybercrime). En conséquences, certaines entreprises ou organisations non-gouvernementales se sont spécialisées dans ces activités[7].
 
Les outils de protection des personnes, tels que le cadre légal, les organismes de surveillance, de protection et de défense sont complètement dépassés faute de prise de conscience des politiques et dirigeants. Nos gouvernements ont encore grand peine à assurer un financement qui permette d’adapter nos infrastructures et nos services étatiques pour lutter efficacement contre les menaces liées à l’existence d’Internet.
 
Du côté des «gentils» se trouvent certains organismes comme la National Security Agency[8] (NSA) ou European Enforcement Police[9] (EnfoPol) qui sont chargés de la surveillance et de la répression de la cybercriminalité et du cyber terrorisme. Ils sont également chargés de lutter contre une guerre électronique (cyberwar) qui peut être lancée par un Etat contre certains autres[10]. Les Etats-Unis sont en train de mettre sur pied un nouveau projet, dirigé par le DARPA, destiné à entrevoir Internet comme un «réel» théâtre d’opération militaire[11].
 
Une multitude d’agences de renseignement, souvent cachées dans des organigrammes d’administrations sous des noms peu évocateurs ou des entreprises financées par des fonds étatiques non-budgétés, se chargent de la surveillance des communications mondiales.
 
La plus impressionnante est probablement la célèbre NSA basée à Fort Meade, dans l’Etat du Maryland. Grâce à son réseau Echelon[12] de satellites espions et stations terrestres d’écoute, cette organisation pratique une veille à l’échelle planétaire sur toutes les communications (lignes téléphoniques, GSM, satellite, Internet).
 
Concrètement, il suffit qu’un mot particulier (tag), introduit dans une banque de données de mots clés, soit écrit ou prononcé puis transmis électroniquement d’un point A à un point B dans le monde, que le système d’écoute Echelon le repère et que les puissants ordinateurs de la NSA l’analyse. Cet échantillon est alors comparé à des milliards d’autres. Le processus, répété un nombre incalculable de fois, génère des profils qui sont ensuite soumis à une analyse humaine.
 
Du côté des «méchants», la situation n’est pas moins inquiétante. Les pirates informatiques (hackers), qui au départ opéraient individuellement et qui étaient parfois plus motivés par un esprit de défi que de lucre, se sont professionnalisés et fédérés[13]. Certains ont été «récupérés» par le crime organisé ou par des réseaux terroristes, d’autres ont été engagés par des agences de renseignements et le reste se sont recyclés comme consultant de sécurité informatique.
 
 
 
Les dangers (menaces et attaques)[14]
 
Seuls les dangers concernant les usagers (individus) sont abordés ci-après.
 
Non-techniques – indépendants du degré de sécurité informatique
 
  • Le scam est une fraude[15]. Elle se présente généralement sous la forme d’un courriel qui propose de percevoir de l’argent pour le compte d’une tierce personne. En contrepartie, une commission substantielle est promise. Le résultat est généralement le détournement de l’argent qui était présent sur le compte car les criminels ont eu connaissance des coordonnées bancaires complètes.

  • Le phishing (anglais) ou hameçonnage (français) est le vol des coordonnées de connexion à des services (financiers) en ligne. Par l’intermédiaire d’un message électronique qui prétexte généralement un contrôle, le destinataire est prié de se rendre sur le site de l’entreprise (par exemple une banque) en cliquant sur un lien. Il s’agit en fait d’un site factice reprenant la mise en page d’origine. L’utilisateur complète les champs « utilisateur » et « mot-de-passe ». Lorsqu’il confirme son choix, les informations sont alors envoyées aux pirates. Ceux-ci n’ont plus qu’à s’introduire sur votre compte et le vider.

  • Le vol de carte de crédit se produit généralement en utilisant un formulaire de paiement non-sécurisé lors d’achats en ligne. Les informations sensibles d’une carte bancaire de débit ou de crédit sont transmises, sans être chiffrées, et sont interceptées par des pirates. Ceux-ci s’en servent pour des achats et des retraits d’argent.

  • Le vol d’identité[16] est généralement le résultat de l’agrégation de données personnelles ouvertement publiées sur Internet. Puisées de diverses sources, elles permettent de fabriquer le profil complet d’une personne, ses habitudes de consommation y compris. Le but premier est généralement financier: demande de prêts, commande de cartes de crédit, etc. Néanmoins certaines entreprises achètent des adresses de consommateurs qui présentent un profil particulier (sexe, âge, formation, revenu, profession, etc.).

  • Le viol de la sphère privée[17] est un vol d’informations intimes. Celles-ci peuvent être publiées sur Internet ou privées, en lisant le courrier électronique par exemple. Ceci dans un but de chantage, de propagation de rumeurs ou d’organisation de vraies campagnes de dénigrement qui nuisent à la réputation de la personne. Exemple: vous travaillez dans une banque, vous êtes en compétition pour un poste à responsabilité et votre employeur découvre que vous avez des dettes de jeu…
 
Les réseaux sociaux[18] et professionnels, où des personnes donnent une quantité d’informations personnelles (dates de naissance, hobbies, amis et famille, lieux de vacances) et professionnelles (formations, employeurs, fonctions, collègues) sont de vraies mines d’or pour les pirates. Ces remarques s’appliquent également aux entreprises[19]. Les réseaux sociaux deviennent une source importante de menaces pour la vie privée des internautes mais aussi pour des gouvernements[20].
 
Techniques - dépendants du degré de sécurité informatique
 
  • Les virus sont des programmes informatiques introduits clandestinement dans un ordinateur dans le but de nuire l’utilisateur de l’ordinateur et d’en infecter d’autres. Ils peuvent être trouvés et détruits en utilisant un programme anti-virus.

  • Les malwares définissent une catégorie générale de programmes informatiques malveillants, nuisibles à l’utilisateur dans un sens général. Les virus et les spywares font partie des malwares.

  • Les spywares sont des programmes informatiques espions destinés à assurer l’accès d’un ordinateur à une personne non autorisée et/ou de collecter certaines informations contenues par un ordinateur (no. de comptes bancaires) ou introduites par l’utilisateur (mots-de-passe).

  • Le spam ou pourriel est un message électronique contenant de la publicité non sollicitée. Envoyés par millions, ils surchargent les serveurs de messagerie et remplissent inutilement les boites de courriel.

  • La prise de contrôle de votre ordinateur. Grâce à l’installation d’un malware, des pirates informatiques prennent le contrôle de votre ordinateur. Il peut y a voir plusieurs raisons. Soit les pirates (hackers) prennent en otage votre ordinateur et vous proposent de le «réparer» contre paiement, c’est-à-dire l’achat d’un programme informatique effaçant le malware. Soit les pirates ont d’autres ambitions en font un zombie. Ils vont relier votre machine à des centaines d’autres ordinateurs (botnets[21]) et vont l’utiliser à votre insu pour des opérations illégales d’envergure internationale (envois de spam, cyberattaques, etc.).
 
Nomenclature officielle des cyberattaques
 
Pour les services de lutte contre la cyberdéliquance et la cybercriminalité, les attaques sont classées en 6 catégories (privées et commerciales confondues)[22]:
 
1.      Le vol d’information pour usage personnel, la revente ou contre l’entreprise
2.      L’atteinte à la vie privée (avec contrainte possible)
3.      La fraude, le chantage et diverses escroqueries possibles
4.      Le sabotage par destruction de données et de matériel
5.      Prolifération de rumeurs déstabilisatrices
6.      Modification de pages d’un site pour porter atteinte à la crédibilité de l’entreprise





2ème Partie: Les solutions pratiques
 
 
 
Les sacro-saintes règles de sécurité
 
Tous le monde le dit et le répète : suivez les règles de sécurité[23] et rien (ou presque rien) ne se passera. Chaque expert défini ses règles, des plus strictes au plus légères. Un point est cependant reconnu, degré de sécurité est généralement inversement proportionnel à aisance de travail.
 
En très résumé et simplifié, il faut assurer trois domaines principaux :
 
L’ordinateur
 
  •  ( ! ) Ne jamais se connecter et travailler quotidiennement comme administrateur (ou profil équivalent)! N’utiliser ce profil, avec mot-de-passe d’ouverture de session, que pour des mises-à-jour, des modifications réseaux (Wi-Fi, ADSL), des ajouts de matériels et pour l’installation de programmes de confiance destinés à être utilisés par tous les utilisateurs partageant le même ordinateur. Si un pirate ou virus s’introduit dans l’ordinateur pendant une session ouverte avec le profil d’administrateur, il aura directement accès à tous les fichiers sensibles de la machine.

  • Effectuer une mise-à-jour régulière (quotidienne) du système d’exploitation et du programme anti-virus.
 
Les accès
 
Un mot de passe facile à deviner équivaut à fermer la porte de son appartement à clef et de laisser la clef sur la serrure. Un mot de passe difficile à deviner n’est pas forcément difficile à mémoriser. Je vous recommande d’essayer la méthode «Diceware»[24] qui est extrêmement fiable.
 
Les transmissions
 
  • Le réseau Wi-Fi: Si utilisé, il faut prendre le temps de le chiffrer et d’y mettre un mot-de-passe solide, quitte à le partager avec les autres utilisateurs du réseau. La responsabilité du propriétaire du réseau est engagée par la nature des informations qui y transitent (téléchargement pirate de musique, photographies pédophiles).

  • Le pare-feu: Il faut l’activer sur le router/modem ADSL si possible. Il protégera ainsi tout le réseau local. Si cette option n’existe pas, le pare-feu de chaque ordinateur connecté doit être activé.

  • Le serveur proxy: Sans utilisation d’un proxy, il est impossible de rester discret. Tous les sites visités par l’utilisateur peuvent être répertoriés en déterminant le numéro IP, identifiant unique de chaque ordinateur connecté à Internet (permet la localisation donc l’identification[25]).
 
Afin de minimiser les risques de pénétration du réseau local et des ordinateurs qui y sont reliés, il est conseillé de déconnecter physiquement le boitier ADSL, par exemple pendant la nuit ou lors des absences. Le meilleur pirate ou la NSA ne pourra absolument rien faire (à part vous rendre une petite visite…).
 
 
 
Où stocker ses données: local ou serveur?
 
Cette question n’a pas de réponse définitive car chaque solution présente ses avantages et ses inconvénients. Ceci reviendrait à se poser la question quelle est la meilleure solution pour financer son logement: locataire ou propriétaire?
 
 
Solution : «Local»
Solution : «Serveur»
Avantages:
Données disponibles sur l’ordinateur exclusivement
Données disponibles en mode «nomade»
Inconvénients:
Danger de perte de données en cas de problème d’ordinateur (disque dur ou virus). Données indisponibles en mode «nomade»
Données indisponibles en cas de panne de réseau et risque de perte de confidentialité
 
 
 
La confidentialité des données enregistrées: chiffrage et effacement
 
Dans le cas où les données stockées sur des médias (disque dur de l’ordinateur, espace de stockage en ligne ou clé USB) devaient être protégées, il est conseillé d’utiliser des programmes de cryptage de données[26]. En cas d’utilisation d’un portable contenant des données sensibles (liste de contacts, documents, reportages, etc.), il est conseillé de créer une partition de «données», espace sur lequel toutes les informations enregistrées seront chiffrées.
 
Les données enregistrées sur un disque dur et effacées sont toujours disponibles, même en cas de reformatage du média. Un fichier placé dans la poubelle puis effacé de la poubelle reste stocké sur le disque. Seule la référence du fichier sur le registre du disque est enlevée. L’utilisation de programmes de récupération de données peut révéler vos mots de passes, rapports confidentiels, etc. En cas de prêt, de don, de vente ou de recyclage de votre ordinateur, il est fortement conseiller d’assurer la destruction des données personnelles et sensibles au moyen de programmes spécialement prévus à cette tâche[27].
 
 
 
Quelques configurations possibles avec leurs niveaux de sécurités minimums
 
Pour un usage quotidien
 
  • créer ou se connecter à un compte utilisateur (différent du profil d’administrateur)
  • créer ou changer le mot de passe (cf. méthode «Diceware»)
  • effectuer un scan des virus et spywares
  • navigateur:
    - installation les options de sécurité pour Firefox
    [28]
    - contrôle des cookies (effacer les inconnus)
    - effacer l’historique de la navigation
  • (vérification) sécuriser/crypter la borne Wi-Fi
  • (vérification) activer le pare-feu (celui du router/modem ADSL de préférence, ou du système d’exploitation)
  • courriel: ne jamais ouvrir des messages d’inconnus (virus, spywares) et ne pas donner suite au message de confirmation de compte (phishing)
 
Pour un usage journalistique sensible 
(exemple : enquête sur un réseau terroriste ou sur la fabrication de « pipe bombs »)
 
  • définir un nouveau compte utilisateur ad hoc (accès de visiteur, droits restreints)
  • (vérification) sécuriser/crypter la borne Wi-Fi
  • (vérification) activer le pare-feu (celui du router/modem ADSL de préférence, ou du système d’exploitation)
  • créer un mot de passe difficile à deviner et différent de tous les autres (cf. « Diceware »)
  • navigateur internet :
    - désactivation de ActiveX, java et javascript
    - installation les options de sécurité pour Firefox (cf. note de bas de page no. 22)
    - contrôle des cookies (effacer les inconnus)
    - effacer l’historique de la navigation
  • sécurisation des communications publiques (surf sur Internet) : passer par un serveur proxy public (cf. Guide du blogueur et du cyberdissident de RSF[29])
  • sécurisation des communications privées : cryptage des messages électroniques avec clefs privées et publiques (Comment crypter vos e-mail[30])ou utilisation d’un service de messagerie chiffrée (exemple : Hushmail, cf. aussi Guide du blogueur et du cyberdissident de RSF)
  • ne jamais ouvrir des messages d’inconnus
  • ne pas donner suite au message de confirmation de compte

 
Si vous êtes le nouveau «James Bond»
 
Dans ce cas, je vous conseille de contacter les professionnels.
 
Si je devais le faire sans aide externe, je me fabriquerais un outil relativement simple et très efficace: des programmes indépendants des ordinateurs stockés sur clé USB[31], si possible avec contrôle d’accès par empreintes digitales. Muni de cet outil (bien naturellement configuré selon les règles de sécurité les plus strictes), j’utiliserais un ordinateur dans un cybercafé (avec des gants médicaux jetables qui seront brûlés). Je n’oublierais pas de payer la location en espèces sans décliner mon identité!
 
Grossièrement expliqué, je loue une voiture, lui enlève le moteur et le remplace par le mien pour la durée de la location. Au retour à l’agence, je démonte mon moteur et remet celui d’origine dans la voiture.
 
En outre, une gamme de services et de programmes plus sophistiqués[32] développés par des informaticiens permettent de se soustraire à une surveillance.
 
 
 
Cette remarque n’exclut pas les précautions minimales de sécurité et d’anonymat
proposées ci-dessus, mais il faut se rendre à une évidence:

si une agence de renseignement ou de répression de la cybercriminalité
veut vous trouver, elle vous trouvera !

Conclusion
 
 
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) font partie de notre quotidien, pour le meilleur et pour le pire. Bien que le choix de les utiliser ou non dans la sphère privée existe encore, qu’en est-il de la vie professionnelle? Force est de constater qu’elles sont devenues pratiquement incontournables.
 
Les défis que représentent Internet sont très particuliers. Né d’une infrastructure orpheline de parents, l’armée américaine, il est théoriquement apatride et anarchiste. Internet n’est contrôlé qu’au moyen de normes techniques (RFC - request for comment). Aucun pays ni organisme international n’a de réelle autorité, encore moins de pouvoir décisionnel ou répressif sur l’ensemble du réseau. Il n’existe pas, pour l’instant, un organisme interétatique sous la forme d’une agence de l’ONU par exemple. Cela ne veut pas dire pour autant qu’Internet échappe au contrôle des états[33]. Certains pays, où les résidants vivent sous un régime de censure totale de l’information, ont établi un «nœud» d’entrée du réseau unique (Chine, Arabie Saoudite, etc.). Grâce à des arrangements particuliers avec certains moteurs de recherche (Google en Chine), ces gouvernements sont capables de filtrer 95% des recherches effectuées à partir de leur territoire.
 
D’autres pays plus démocratiques essaient de lutter contre les atteintes criminelles perpétrées par Internet en soumettant les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) à de nouvelles législations tout en tentant de respecter la sphère privée. La question de la rétention par les FAI des données de connexion des utilisateurs est un bon exemple des nouvelles législations et des débats qui en résultent[34].
 
Les menaces présentent sur la toile sont un défi permanent pour les gouvernements. Elles se propagent sur une échelle planétaire à la vitesse du code binaire sur des fibres optiques, c’est-à-dire à celle de la lumière. Comment arrêter la transmission de signaux dangereux alors même que toute l’infrastructure a été pensée pour parer à une attaque à l’arme nucléaire? Les enquêtes liées à la criminalité sur Internet sont non seulement techniquement difficiles à traquer mais elles représentent un vrai casse-tête légal. La grande majorité des délits sont de natures légales différentes et relèvent de juridictions distinctes.
 
Comment l’utilisateur «lambda» peut-il garantir sa sécurité et son intimité dans un environnement où réseaux planétaires de cybercriminels, organisations de renseignements et services de sécurité se livrent une bataille sans merci? La réponse est peut-être trop simpliste pour être acceptable sans réserve: le respect des règles de sécurité. Afin d’éviter de subir des dommages humains et matériels, il faut être prêt à accepter certaines limitations de confort d’utilisation.
 
En Europe, les premières traces de la notion de vie privée datent du XVIème siècle. Ce concept a évolué au gré des courants politiques, tantôt promu par des mouvements démocratiques, tantôt mis à mal par des courants sécuritaires.
 
Cyberdissidence contre cyberrépression: les nouvelles technologies de l’information deviendront-elles des moyens d’émancipation ou des outils de répression?
 
 
Bibliographie
 
 
Desmaretz Gérard, Cyber-espionnage : ou comment tout le monde épie tout le monde!, Paris : Chiron, 2007, 252 pages
 
Collection SVM, Les Grands Dossier no. 2, Hors-série : Les mafias attaquent le Web, Volnay Publications France, Puteaux, Eté 2008
 
Moccozet Laurent, La Présence Numérique, Université de Neuchâtel, Faculté des lettres et des sciences humaines, Neuchâtel, Semestre de printemps 2008, 120 pages
 
Moccozet Laurent, Internet : les rudiments, Université de Neuchâtel, Faculté des lettres et des sciences humaines, Neuchâtel, Semestre de printemps 2008, 100 pages
 
Moccozet Laurent, Vers le Web 2.0 et au-delà, Université de Neuchâtel, Faculté des lettres et des sciences humaines, Neuchâtel, Semestre de printemps 2008, 326 pages
 
 
 
 
 
 
 
 
Contrôle d’édition
 
Date :
Version :
Nom et fonction :
16 juillet 2008
1.0
Christian Brülhart, Auteur
18 juillet 2008
 
Laurent Moccozet, Correcteur
21 juillet 2008
1.1
Christian Brülhart, Auteur
30 juillet 2008
1.2
Christian Brülhart, Auteur
 
 
 
Licence Creative Commons
 
Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.5 Suisse
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[1] La 30ème conférence mondiale de protection des données et de la vie privée se tiendra à Strasbourg, lieu hautement symbolique de l’histoire du 20ème siècle, dans l’hémicycle du Conseil de l’Europe, du 15 au 17 octobre prochain. Elle portera sur le thème «Protéger la vie privée dans un monde sans frontières». Cette conférence est organisée, pour la première fois, conjointement par les Commissions française et allemande qui fêtent, ensemble, leur 30ème anniversaire en 2008.
[2]   Internet Society, Histories of the Internet :  http://www.isoc.org/internet/history/
[4] Liste des sujets de sécurité informatique sur un site d’information : http://www.spyworld-actu.com/spip.php?rubrique4
Les géants de l'Internet mondial corrigent une grave faille de sécurité : http://www.lesechos.fr/info/comm/300279144.htm?xtor=RSS-2004
 
[5] France : Le Sénat met en garde contre la vulnérabilité des systèmes d’information de l’État http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article8218 Rapport de Cyberdéfense du Sénat FR : http://www.senat.fr/rap/r07-449/r07-4491.pdf Cyber-défense : la France accuse "un réel retard" : http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article8229
CERTA : Centre d'Expertise Gouvernemental de Réponse et de Traitement des Attaques informatiques : http://www.certa.ssi.gouv.fr/
[7] Centre de sécurité informatique: http://www.secuser.com/
The Shadowserver Foundation: http://www.shadowserver.org/wiki/
[8] National Security Administration (USA) : http://www.nsa.gov/about/index.cfm et son réseau d’écoute “Echelon” http://www.fas.org/irp/program/process/echelon.htm
[9] EnfoPol: Toute l’activité d’EnfoPol sur ZDNet.fr: http://www.zdnet.fr/tag/enfopol/
[10] Cyberdéfense : un nouvel enjeu de sécurité nationale http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article8232 et le rapport du Sénat français : http://www.senat.fr/rap/r07-449/r07-4491.pdf
[11] Etats-Unis – The National Strategy to Secure Cyberspace: http://www.whitehouse.gov/pcipb/ 
Nouveau projet du DARPA: http://infowars.net/articles/may2008/060508DARPA.htm
et RFC du projet: https://www.fbo.gov/utils/view?id=c330660f00c9820d05c9f4c5
La Suisse se fait doubler par Echelon: http://www.transfert.net/a2668
[15] Plus d’information sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Fraude_4-1-9. Pour une liste exhaustive des scams : http://www.scam.com/ (en anglais).
[16] Vol d’identité (ID Theft): http://www.idtheftcenter.org/
[17] Protection de la vie privée :
France : http://www.cnil.fr/index.php?id=2433 (cf. note sous introduction)
Bon site général (en anglais): http://www.privacylives.com/
Exemple de cabinet spécialisé dans la réputation numérique : http://www.web-reputation.com/
[18] Facebook : quand les applications tierces détournent vos données personnelles:
http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39382029,00.htm
[19] La gestion des données privées des salariés à revoir dans une majorité d'entreprises:
http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,39382101,00.htm
[20] Europe : ENISA Position Paper No.1 Security Issues and Recommendations for Online Social Networks:http://www.enisa.europa.eu/doc/pdf/deliverables/enisa_pp_social_networks.pdf
Suisse: Réseautage social sur Internet. Prudence et discrétion sont de mise : http://www.edoeb.admin.ch/dokumentation/00445/00471/01195/01198/index.html?lang=fr
France: Les réseaux sociaux menacent ils la sécurité nationale? http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article7780
[22] Page 174, Desmaretz Gérard, Cyber-espionnage : ou comment tout le monde épie tout le monde!, Paris : Chiron, 2007, 252 pages
[23] Suisse - Protection de son ordinateur par le Préposé fédéral à la protection des données: http://www.edoeb.admin.ch/themen/00794/00928/00930/00949/index.html?lang=fr
Les 10 commandements de la sécurité sur l’internet: http://www.securite-informatique.gouv.fr/gp_rubrique34.html
Les 12 conseils de l'EFF pour protéger votre vie privée: http://www.bugbrother.com/eff/eff_privacy_top_12.html
[25] Page d'information et de démonstration : http://www.anonymat.org/vostraces/index.php 
Chercher une adresse IP: http://whatismyipaddress.com/ 
Liste de tous les outils concernant la confidentialité : http://epic.org/privacy/tools.html 
Camoufler son adresse IP en surfant: http://proxify.com/
[26] Pour chiffrer des données contenues sur un disque ou sur une clé USB (Windows): http://www.framasoft.net/article3931.html
[27] Effacement de données sensibles (Windows): http://www.framasoft.net/article1139.html
[28] Navigateur Firefox: Modules de sécurité https://addons.mozilla.org/fr/firefox/browse/type:1/cat:12
[29] RSF – Guide du blogueur et du cyberdissident : http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=527
Comment passer outre la cybersurveillance et les mesures anti-crypto de la LSQ: http://www.bugbrother.com/archives/sortezcouvert.html
[30] Comment crypter vos e-mails: http://openpgp.vie-privee.org/
[32] Environnement sécurisé d'échange de documents : www.martus.org
Naviguer sur la toile en détournant les contrôles : http://psiphon.civisec.org
Tor (permet à des journalistes de communiquer de manière plus sécurisée avec des contacts ou des dissidents) : http://www.torproject.org/overview.html.fr
Comment contourner les sites bloqués : http://www.peacefire.org/
[33] RSF - Les ennemis d’Internet: http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=272