La Compagnie de Pince
1. Une guerre totale !
La guerre fait rage sur tous les fronts, même les plus inattendus.
Cet été, nous avons pu nous reposer sur les monts Kardiologikx, puis commencer l’entrainnement intensif des troupes, dans une atmosphère idéale. Il a malheureusement fallu quitter ce havre pour redescendre dans la plaine.
Sur notre flanc ouest, tout au long de notre quête, nous sommes sous la menace obscure des professeurs-sorciers noirs de la Fak (NDLT : cf "fracasser mes profs (thème récurrent)"). Il y a bien sûr quelques distensions entre eux pour savoir s’ils doivent nous laisser passer. En attendant nous restons dans la crainte de les voir réagir. Nous savons qu’ils nous ont préparé des mauvais coups. Une série de contrôles continus pour venir affaiblir et disperser nos forces.
Pour la première partie de ce périple, nous avons opté pour la stratégie qui nous paraissait la meilleure depuis les monts Kardiologikx. Il s’agissait de choisir notre chemin jusqu’à Noël. Nous avions le choix entre une route relativement tranquille, qui aurait pu nous permettre de voyager dans de meilleures conditions, mais au prix d’un détour qui nous aurait pris un temps fou. Notre choix s’est donc porté vers un chemin plus court mais également plus sinueux à travers la forêt gastrolokx. Nous pensions pouvoir la franchir rapidement et sans encombres. Malheureusement, nous ne savions pas encore que nous allions y croiser la perfidie de la sorcière-surveillante (NDLT : cf "je vais fracasser la surveillante") qui a cru que nous venions pour l’envahir et réduire son emprise dans cette sombre forêt. En la voyant nous accueillir dès l’orée des bois, nous avons compris qu’elle nous poserait problème, mais nous n’avions plus le choix, il fallait traverser.
Elle a donc entamé une guérilla dans les sous-bois qu’elle tenait par la terreur. Sans réellement nous ralentir, cette série de combat dans l’ombre a fortement pesé sur le moral des troupes. Un instant tenté par l’envie de l’écraser par la force dans une bataille rangé, nous avons lâchement décidé de faire la sourde oreille, de rester souriant et de lui montrer que nous n’allions pas saper son pouvoir en ces lieux étriqués. Nous aurions sans doute pu agir pour les pauvres habitants de cette forêt en tentant de les en débarrasser, mais je doute que le combat aurait tourné à notre avantage et je ne voulais pas nous enliser dans un conflit qui ne nous regardait pas. Cette forêt Gastrolokx restera sous la férule de la vieille sorcière.
Nous voyons donc la sortie de cette impasse avec du baume au cœur, la semaine prochaine ce ne sera qu’un mauvais souvenir. Nous savons que la sorcière-surveillante va garder un œil sur nous jusqu’à Noël, car nous ne pourrons nous éloigner beaucoup de ses bases, mais nous devrions néanmoins être hors de portée de ses maléfices.
Cependant, avant même la sortie de cette mauvaise passe, nous devons reconsidérer la menace des professeurs-sorciers noirs, qui semblent entrer en action. La confrontation va être rude, sûrement encore avec ces combats de type guérilla qui sapent le moral des troupes. Après nous avoir jugé grâce à ce travail de sape, la bataille décisive se jouera sur leur territoire, que nous serons obligés de traverser. Il s’agit de la redoutable traversée de la Passe des Zexamens. Il s’agit du seul endroit par lequel les troupes peuvent franchir la chaîne des monts enneigés de la Sizièmannée, entièrement aux mains des professeurs-sorciers. Cette Passe est redoutablement gardé, mais nous n’avons guère le choix, il va falloir passer pour poursuivre notre quête. Même si nous passons, il faut espérer que les pertes ne seront pas trop lourdes, car le véritable but de notre Quête se situe bien après. Il va nous falloir franchir les déserts arides de la vaste plaine du Néant, pour enfin arriver (mais dans quel état ?) sur le champ de la bataille finale, celle qui décidera du sort de notre monde, la bataille de l’Ecéenne. (NDLT : ECN = examen classant national, nouveau nom de l’Internat). La Grande Confrontation de l’Ecéenne doit se dérouler mi-juin. Je ne comprends toujours pas comment nous allons y parvenir, ni même si nous y parviendrons…
2. Les troupes :
Notre compagnie dans la Quête de l’Ecéenne est dirigée par les commandants. Les principaux sont :
D’abord les commandants magiciens :
- le Souriant. Il s’agit de notre négociateur, notre maître en diplomatie. Très utile lors de la guérilla menée par la Sorcière-surveillante, il a réussi à endormir par ses sortilèges la méfiance de la sorcière tout en lui faisant comprendre ce que nous étions. Son rôle n’est pas seulement tourné vers l’extérieur, il s’assure également de la cohésion du groupe, nécessaire pour afficher un front unis.
- La Plainte. Toujours à se plaindre, il n’est guère apprécié de l’extérieur. Sa magie est beaucoup moins fine que celle du Souriant, mais tout aussi efficace dans les cas désespérés. Sa présence est toutefois nécessaire à la cohésion de la compagnie. En effet, en mettant en lumière les problèmes des troupes, il s’en fait un merveilleux porte-parole. En hurlant à la face du monde les côtés difficiles de notre mode de vie dans la Quête, il donne un exutoire aux troupes.
Il faut savoir qu’entre la Plainte et le Souriant, il suffit que l’un dise blanc pour que l’autre dise noir. Leurs constantes chamailleries forment un spectacle coloré aux troupes qui ont tendances à lancer des paris sur les prochains sorts magiques qui vont fuser entre les deux commandants.
Puis les commandants tacticiens :
- le Travailleur : le plus discret des commandants. C’est lui qui élabore les stratégies de combats et commandera lors de l’Affrontement Final. Le devoir de la Compagnie est de le maintenir dans les meilleures conditions. Très apprécié de tous au sein de la Compagnie, il reste néanmoins méconnu à l’extérieur. Espérons que toutes les stratégies dont il est l’auteur seront les bonnes et qu’il saura nous donner la victoire.
- l’Annalyste : celui qui prend le plus de recul par rapport aux événements. Il passe son temps a faire le médiateur entre le Souriant et la Plainte. Il est également celui qui est le plus proche du Travailleur. C’est lui qui rédige les chroniques de la Compagnie. Il fait tout ce que le Travailleur n’a pas le temps de faire, lui fournit les éléments et la connaissance du terrain dont il a besoin pour élaborer ses stratégies.
- la Logistik : le commandant le plus à l’écart des combats, le plus proche des troupes, il fournit à chacun ce dont il a besoin matériellement. Son travail est sérieusement mis à mal depuis que les conditions se sont détériorées, depuis que le Compagnie a quitté la protection des monts Kardiologikx pour entamer le vrai combat.
3. Le piège peut se refermer.
Une des factions des professeurs-sorciers nous ont tendu un piège il y a bientôt un an, juste sous notre nez, sans que nous ne puissions rien faire. Nous avons tous fait notre stage de pédiatrie pendant la 5e année et pour chaque groupe, le stage se terminait par l’examen de pédiatrie. Les derniers à avoir passé la pédia l’ont fait durant l’été et ont eu leur examen à la fin de l’été. Pour plus d’équité, nous allons tous avoir nos résultats en même temps, très bientôt. Si nous avons échoué, nous devons le repasser dans une quinzaine de jours. Si nous échouons de nouveau, nous redoublerons et ne pourrons pas passer l’ECN.
Pour la Compagnie, c’est un coup dur. En effet, Nous avons fait notre stage de pédia il y a un an. Nous allons donc voir se refermer le piège dans lequel nous nous sommes enferrés il y a un an. Si nous devons repasser l’examen de pédia, les jours qui viennent vont être terrifiants. En effet, il va falloir faire front dans les combats, avec la troisième bataille dans la lutte pour obtenir le CSCT le 6 novembre, puis une première bataille pour vaincre le module vieillissement le 9 novembre avant d’avoir quelques jours pour se préparer à la lutte contre les pédiatre.
Le Souriant pense que de toute façon, il faut être fort partout, autant être fort en pédiatrie aussi. Et les pédiatres font un travail tellement formidable. En plus, leur idée de coupler les stages et les cours était une très bonne idée.
La Plainte vient de lancer au Souriant un sort lui jaunissant les dents et tente de lancer les troupes à l’assaut de l’hôpital des enfants pour éradiquer totalement les pédiatres.
Le Travailleur ne dit rien, il va chercher son bouquin de pédia pour élaborer une stratégie de lutte désespérée.
L’annalyste tente de trouver une solution, évalue l’intérêt de faire impasse sur la bataille pour le module vieillissement et d’affaiblir également le front face au CSCT, quitte à prendre une 3e rouste d’affilée, pour se dégager des forces pour lutter contre les pédiatres.
La Logistik se dit qu’elle va encore manquer de temps pour faire les courses et nourrir les troupes. Sandwichs pour tout le monde et marche forcée !
4. La compagnie
(suite des chroniques de la Compagnie, écrits par l’Annalyste)
Bonne nouvelle pour la Compagnie, nous avons pu nous sortir sans encombre du piège des pédiatres. La pédiatrie est donc validée, ce qui simplifiera grandement les affrontements avec les autres professeurs.
Fort de ce succès dans une bataille menée il y a un an, la Compagnie a pu s’octroyer un week-end de repos incognito sur la côte landaise avant de retourner au combat. Nous savons que nous pouvons nous y planquer en cas de coup dur, ou après de longues périodes de castagne quand nous devons régénérer nos forces.
Un premier écueil est venu perturber notre quête de sérénité de 2 jours : le reste du monde (parisiens et bordelais) est en vacances. La compagnie n’aime pas les vacances (des autres). Quand il faut avancer avec le matériel de guerre sur le dos dans une gare SNCF bondée, et qu’avec l’augmentation du trafic la SNCF remet en service de vieux trains qui tombent en panne avec la Compagnie à son bord, l’arrivée sur la cote ressemble à un parcours du combattant. Heureusement, la Compagnie sait lutter. Et comme à chaque retour aux sources, c’est le Souriant qui prend le commandement. Tout s’est donc bien déroulé pour nous.
La Plainte s’est contenté de maudire le reste de la population de branleurs en vacances qui en plus se permet de gueuler. Il nous a confié qu’il les enverrait bien au combat ces feignasses, histoire de leur faire un peu tâter des bancs d’amphi avec leur cul, qu’ils arrêtent de nous saouler parce que le train est en retard pour leurs putains de vacances.
A un moment, un des passagers écoutant des chansons sud-ouestiennne à base de bandas et de chant supporter du club de rugby biarrot olympien s’est enflammé et a commencé à chanter tout haut. Je ne sais toujours pas s’il s’agissait d’un sort lancé par le Souriant pour détendre l’atmosphère (ça a bien marché, tout le monde était mort de rire dans le wagon) ou d’un sort lancé par la Plainte pour pouvoir se foutre de la gueule d’un passager (ça a bien marché aussi).
Sortis de la gare, nous avons été rejoins par notre contact local, le pote Romain. Un petit passage dans son repaire pour aller récupérer son matériel d’espion, à savoir une planche de surf et une combinaison (idéal pour passer inaperçu sur les plages landaises), et nous voilà reparti pour le camp de base sur l’océan. Nous nous sommes installés sur le sable, protégé du reste du monde et des agressions extérieurs par la merveilleuse barrière naturelle que forment les pins de la forêt des Landes. Nous avons néanmoins placé des vigiles et instauré un tour de garde. Le pote Romain a revêtu sa combinaison de camouflage billabong avant de partir sur sa planche vérifié que nous ne risquions rien du coté de l’océan. Une fois tout danger évalué et écarté, la Compagnie a pu aller se baigner. Il faut dire, aussi étonnant que ça puisse paraître pour un 27 octobre, qu’il faisait 29°C et grand soleil (loin de nous l’idée de chambrer les amis de la Compagnie séjournant vers Paris, Montréal ou Lyon, qui n’ont plus accès à notre refuge de la cote landaise).
Le Souriant menait la troupe, expliquant clairement que nous avions la belle vie en prenant soin de bien faire profiter aux troupes l’instant présent. On ne sait jamais ce qui nous attend. En fait, il a tort, on sait très bien ce qui nous attend. Nous ne pourrons plus nous tenir en short et T-shirt sur une plage landaise avant la fin de la Quête de l’Ecéenne.
J’observais de loin la Plainte, qui ruminait dans son coin. Je crois que c’est lui qui a lancé le sort brisant le cordon du maillot de bain du Souriant afin que toute la troupe puisse voir ses fesses blanches sourire. Quand tout se déroule bien, la Plainte est intenable, il fait tout pour se faire remarquer. Il a créé une super illusion : des pêcheurs sur les rochers ont ramené au bout de leur ligne les cadavres de 2 bébés congelés. Ça a bien fait marrer toute la troupe.
Un autre événement est important à noter. Deux vieilles promenaient leur chien. Là encore, il s’agit d’une excellente couverture pour passer inaperçu sur une plage en octobre. Je les regardais perplexe : elles ont du faire 40 bornes sur cette plage, sauf qu’elles les ont faites sur 30 mètres. J’ai pas compris tout de suite pourquoi elles faisaient demi-tour si souvent, pour revenir toutes les 30 secondes sur leur pas.
Puis la Plainte est entré en action. Il a jeté un sort sur les chiens qui se sont transformés en grosses sales bestioles et ont commencé à bouffer les 2 vieilles. Là aussi, ça a bien fait marrer les troupes de voir 2 vieilles se faire démembrer à coup de crocs en hurlant. Y avait du sang partout, ça a même fait rougir l’écume des dernières vagues.
Ça m’a étonné, d’habitude la Plainte se contente d’illusions. En temps normal, il se serait contenté de foutre les jetons aux 2 vieilles en transformant les 2 clébards en canards jaunes fluos. C’est à ce moment là que j’ai compris. Les 2 vieilles étaient certainement des espionnes. Ce qui a mis la puce à l’oreille de la Plainte, c’est de les voir faire les 100 pas devant le camp de la Compagnie. D’habitude, celles qui s’approchent autant d’un camp sont plus jeunes et on les appelle des prostituées. C’est pour vérifier ses soupçons que la Plainte a lancé le sort avec les bébés congelés. Quand il a vu qu’elles ne réagissaient pas à la vue des cadavres, ses doutes ont été vraiment trop importants et comme on dit au texas, "dans le doute, il faut pendre !". Il a donc exécuté les accusées à sa manière. Décidément la Plainte est un allié précieux. Pour ma part, mes soupçons ont été confirmés quand j’ai récupéré le bras droit d’une vieille. Pas de doute, la vieille était une espionne. En effet, quatre doigts repliés laissaient bien voir le majeur en extension, la vieille me faisait un gros fuck depuis les enfers. Comme quoi, nos ennemis sont partout.
Après ce joyeux spectacle, le Souriant est revenu aux fondamentaux. Il nous a pondu un couché de soleil de toute beauté. Bravo. Une bien bonne soirée.
Ensuite, nous avons rejoins l’auberge de Papa&Môman, qui nous avaient préparé une raclette. Le pote Romain nous a accompagné. Nous avons beaucoup mangé et bu (ceux qui connaissent la cave à vin du Papa savent de quoi je parle et pourront témoigner). Il faut bien avouer que c’était la première fois que la Compagnie finissait aussi bourré en présence de Papa&Môman, qui ont donc eu un aperçu en live de ce qu’ils n’avaient jusqu’ici qu’entendu raconter : le terrible secret de la Compagnie est qu’elle ne tient pas l’alcool !
A noter un autre triste événement : durant le retour de la plage, nous avons cassé une relique appartenant à l’histoire de la Compagnie, nous avons cassé les lunettes de chips offertes par Los Muflos à la Compagnie pour ses 23 ans d’existence.
Je ne comprends vraiment pas comment une relique de cette valeur a pu se briser ainsi. Je pense qu’il y a de la magie noire là dessous et que nos ennemis ne sont pas loin. Nos magiciens Souriant et Plainte sont également de cette avis. Nous avons décidé de laisser la Compagnie dormir sur ses 2 oreilles, mais ce soir les commandants veillent !
5. La Compagnie de Pince
(suite des annales de la Compagnie, rédigées par L’Annalyste)
La Compagnie Pince a été créée il y a 24 ans. Comme toute troupe de mercenaires, elle a lutté sur différents fronts tout au long de son existence. Son plus grand combat se profile à l’horizon : la conquête de l’Ecéenne. Il s’agira de l’affrontement de plusieurs milliers de Compagnies, en juin prochain.
Elle a décidé de passer par l’horrible Fac de Bordeaux et de ses Professeurs-noirs. Un certain nombre de ces Professeurs sont malsains, malfaisant et tentent par tous les moyens de briser les Compagnies de Bordeaux. La plupart sont justes mauvais et inutiles, faisant également perdre un temps précieux à toutes les Compagnies.
En ce moment, les Compagnies de Bordeaux sont dans une terrible passe, avec les Professeurs-noirs situés sur les hauteurs environnantes, qui les pilonnent avec leurs archers et leurs catapultes, tout en inondant le fond de la passe avec un mélange d’eau et d’huile bouillante afin de réduire la vitesse des Compagnies. Inlassablement, depuis de nombreuses années, les Professeurs-noirs parviennent ainsi à affaiblir suffisamment les Compagnies bordelaise pour qu’elles arrivent systématiquement dernières à l’Ecéenne.
Cette année, ils ont réussi autre chose, dont je ne puis dire si elle se produisait les années précédentes, car nous ne revoyons que rarement les Compagnies des années précédentes, qui sont mortes ou exilées dans les lointains pays du Nord. Ils ont réussi à nous liguer.
Ainsi, le moral dans le fond de la passe boueuse et poisseuse est bien bas, mais la plupart des Compagnies bordelaises sont très soudées et s’entraident à passer outre les maudits Professeurs-Noirs.
6. La Compagnie de Pince
(suite des annales de la Compagnie, rédigées par L’Annalyste)
Vendredi soir, la Compagnie de Pince est allée achever une semaine de travaux et entraînements éprouvant par une lutte amicale chez la Compagnie voisine de Vince. Vers 22h, nous sommes rentrés au camp pour avaler un sympathique ragout avant de s’étendre paisiblement pour s’endormir.
A l’heure où chaque guerrier commençait à piquer du nez sur son roman d’aventure, dans son lit bien chaud sous la couette alors que l’atmosphère extérieure se rafraîchissait sérieusement, à cette heure bénie où la tension des derniers jours peut s’en aller et libérer nos épaules, à cette heure magique où l’esprit s’embrume si plaisamment dans un monde de rêve semi éveillé, à cette heure d’extase générée par un sort du Souriant, donc, l’Appel a retentit.
Nous l’avons tous entendu clairement vibrer au plus profond de nous : 4 autres Compagnies bordelaises avaient besoin de nous.
Le commandement s’est réuni. Le Travailleur, notre maître tacticien et taciturne (en raison de nos pitoyables dernières performances) a d’abord clairement énoncé qu’il était hors de question de répondre à un tel appel.
La Plainte et le Souriant, bien que pour des raisons très différentes comme vous pouvez vous en douter, ont tous les 2 milité pour que nous répondions présents. Le Souriant, notre diplomate en chef, ne tolère pas qu’on fasse faux bond à une autre compagnie alliée. La Plainte, toujours en quête d’un mauvais coup, pensait pouvoir préparer un nouveau plan de révolte contre les Professeur-noirs avec l’aide des 4 autres Compagnies.
Logistik, quant à lui, est toujours partant pour ce genre de rencontre.
Les regards se sont alors tournés vers moi, l’Annalyste. Et merde, c’est toujours à moi de faire le sale boulot. Tout le monde se rappellera que c’est moi qui ait finalement fait penché la balance d’un coté. Et si ça foire, ça va encore me retomber dessus. J’ai évalué l’état d’esprit des troupes et compris rapidement qu’aucun soldat n’arriverait à se rendormir après un tel appel. Le sort magique d’extase pré-endormissement créé par le Souriant s’était évaporé. Ils me regardaient tous avec des yeux pleins d’appréhension, de peur que je refuse. Le Travailleur avait compris aussi bien que moi, mais il espérait encore que je persuaderai le Souriant de rendormir les troupes. C’est ce qu’on appelle avoir le cul entre 2 chaises. Si je refuse, les troupes vont m’en vouloir à mort. Si j’accepte, les troupes vont également m’en vouloir à mort, parce qu’ils ne sont pas encore totalement sortis de leur transe et qu’ils n’ont pas encore compris à quel point il fait froid dehors. Et ça, ça m’a énervé. Quand je suis énervé, je décide de pourrir tout le monde. J’ai donc accepté qu’on réponde à l’Appel, sachant très bien qu’on allait tous être perdant dans l’histoire, mais pour donner une leçon à tous.
Demain le Travailleur risque d’être peu efficace, les troupes vont être malades, la Plainte va encore avoir mal au crâne et le Souriant va avoir du mal à étirer les lèvres. Seul Logistik se sentira à l’aise demain, mais ça compte pas, parce que ce con est heureux dès qu’on fait une connerie. J’espère juste qu’il fera bien à manger au moins !
Le Souriant s’est chargé de nouer le contact pour savoir où aurait lieu la rencontre. Pendant ce temps, les troupes ont quitté la chaleur de leur drap et ont commencé à se faire sérieusement mordre par le froid. Bien fait pour eux.
Première source d’étonnement, la rencontre aura lieu étonnement proche de notre camp.
On passe devant le palais de justice, la mairie, la cathédrale Pay-Berland (oui, je sais, comme ça, ça a l’air long, mais ces 3 bâtiments se regardent depuis des siècles). On prend la rue du loup, une rue que nous connaissons tous puisqu’elle se situe juste devant l’arrêt de tram, mais que personne n’a jamais emprunté. Le Souriant n’est pas très sûr de lui, parce que le Lieu a un nom britannique qui a été prononcé une seule fois lors d’une conversation grésillante dans un demi sommeil par une correspondante médocaine à l’accent du Sud-ouest évident. Alors forcément, lorsqu’on arrive devant le Lieu, l’inscription au dessus de la porte n’est pas exactement celle que l’on attendait !
Ceci dit, çvraiment bizarre ça. Ça fait plus de 6ans que le camp est en place et on découvre ce soir qu’il y a encore un bar à moins d’1km qu’on ne connaît pas. Car en effet, il s’agit bien d’un pub, mais à première vu, il a l’air fermé, car les rares vitres de sa devanture sont couvertes d’affiches de vieux concerts de rock. Mais pas de doute, il y a bien du bruit à l’intérieur. Nous cherchons lequel des 4 battants de bois massifs formant cette devanture érodée par le temps peut servir de porte. Le Souriant passe devant.
Nous sommes rassuré au premier coup d’œil, les 4 compagnies qui nous ont appelés sont sur la première table devant l’entrée. Un rapide coup d’œil confirme que l’endroit, bien que fort proche de chez nous et encore non exploré, va nous plaire énormément. Voyons voir euh… comment le décrire… c’est petit, chaleureux, tout en vieux bois massif peu entretenu mais encore vigoureux, ça ressemble à une vieille cave, une quarantaine de places tout au plus autour d’un petit bar recouvert de tireuses (de bière !).
2ème surprise, de taille, la musique ! Du bon vieux rock anglais des années 60-70, auquel nous aurons droit toute la soirée. ça ressemblait beaucoup aux Beatles, mais de toute la soirée, le seul artiste que j’ai reconnu avec certitude, c’est David Bowie.
Enfin, la plus grande surprise venait assurément de la faune peuplant le reste du bar : un grand nombre de représentants d’autres Compagnies Bordelaises alliées. Et là, pour la première fois depuis que j’ai quitté la chaleur de mes draps pour affronter ce putain de froid extérieur, je sais que j’ai pris la bonne décision ! Les retrouvailles sont chaleureuses parce qu’on a pas vraiment le temps de se voir en dehors des affrontements avec les Professeurs-Noirs de la Fac, et que ça fait du bien de se réunir dans ce genre de foyer obscure de résistance !
Il y a également des Compagnies futures, celles qui iront à la conquête de l’Ecéenne dans les années à venir. Bon sang ce que ça fait du bien de déconner un peu.
On échange essentiellement des données stratégiques, genre : comment telle Compagnie totalement ivre n’a pas réussi à retrouver le chemin de son camp pour finalement s’endormir au milieu de nulle part. La Compagnie Bidou raconte les aventures de son chat strabique et psychopathe. On parle également des mésaventures des pauvres gens ne connaissant pas notre monde et qui ont dû s’y confronter. Et oui, nous sommes tous des alcooliques au langage obscène et sans tabou. Nous avons fait des paris pour savoir combien d’entre nous avaient des petits-frères ou petites-sœurs congelés dans le garde-manger de leurs parents (faudra vérifier dans les semaines à venir !).
Nous avons également échangé des propos très fins mais importants et totalement objectifs sur les questions 183 du programme de l’Ecéenne (Accueils d’un sujet victime de violences sexuelles) et 189 (conduites suicidaires chez l’adolescent et l’adulte), avant de poursuivre notre rôle de service à la société en évoquant les questions 37 et 237 (maltraitance et enfants en danger puis fractures chez l’enfant), avec le désopilant syndrome du « bébé secoué » (hématome sous-dural, 90% de retard-mental parmi les bébés qui ne décèdent pas. Et nous, ça nous fait marrer !). Puis nous avons digressé sur la question 40 (sexualité normale et ses troubles) et 267 (obésité de l’enfant et de l’adulte), avant de finir sur la question 179 (prescription d’un régime diététique), en buvant un bonne pinte de bière !
Le reste du bar s’est peu à peu vidé, il ne restait bientôt plus que nous et quelques piliers de bar. Un moment, la chanson hymne de ce pub a retentit, il s’agissait vraisemblablement de la version initiale d’"American Pie" dans les années 70. Les piliers en question se sont levés et ont tenté de nous forcer à danser sur cette chanson mythique (il faut le dire, quand c’est pas Madonna qui la chante, c’est très agréable à écouter !). Certaines compagnies se sont dévouées, notamment celles de Coco (la plus drôle et sympathique de toutes les Compagnies) et d’Aurélie (la meilleure danseuse des Compagnies bordelaises). Ça a faillit dégénérer lorsque Coco s’est emparé des dessous de verre pour s’en servir comme de cartons rouge afin d’expulser les piliers du bar alcoolisés qui devenaient un peu pesants.
Sur ce, 2heures du matin, fermeture du bar, il est temps de rentrer au camp. Les Compagnies amies se séparent, se disant que les trompettes de la sonnerie du lever vont être un peu rudes tout-à-l’heure. Coco nous invite à le rejoindre dans quelques heures à l’ouverture de la bibliothèque municipale, où il travaillera de concert avec la redoutable Compagnie Ed.
Fait vraiment froid putain !
Nous rejoignons nos lits douillets.
7. Compagnie de Pince:
Le Travailleur
Samedi matin, tout le monde dort encore dans le camp. Je les déteste tous. J’ai un peu mal au crâne et bouche pâteuse.
Pendant le petit-déjeuner, je lis la BD au dos du paquet de Banania où les jeunes héros se retrouvent au moyen-age. Je tente de répondre au petit quizz qui vient à la fin. Et là, c’est la première défaite de la journée, je n’arrive pas à retrouver dans la BD 4 objets qui ne pouvaient pas exister au moyen-age. Je suis obligé de regarder les réponses au dessous du paquet. J’ai un peu honte. Heureusement tout le monde dort encore.
Je vais pouvoir m’attaquer tranquillement à la question 336 (toux chez l’enfant). Facile.
Mais là je me dis qu’il va falloir pour être complet revoir également les questions 115 (allergies), 226 (Asthme), 193 (détresses respiratoires), 31 (maladie génétique : la mucoviscidose), 86 (infections broncho-pulmonaires), 77 (angines et rhinopharyngites), 78 (coqueluche), 106 (tuberculose)... Si j’arrive à en voir la moitié aujourd’hui, chserai content. La journée va être chargée.
Demain, les états de choc et les comas.
8. La Compagnie de Pince
Logistik
Note pour plus tard : quand j’achète du riz, penser à vérifier que les paquets ne sont pas troués.
Sinon, les troupes ont tendances à se foutre copieusement de ma gueule et l’Annalyste me pourri d’un regard qui me ferai presque ramasser chaque grain de riz semé dans le camp au moment de déballer les sacs.
9. La Compagnie de Pince
Le Travailleur
Samedi après midi, premier weekend de froid sur Bordeaux, soleil magnifique et ciel totalement dégagé. Je ferme les yeux, j’ai 7 ans, j’enfile un vieux pantalon, un vieux sous-pull, un vieux pull, un vieux manteau, le tout ayant déjà subi les sévices de mes grands-frères, avec naturellement des caches misères Goldorak et Mickey sur les genoux et les coudes. Une cagoule de laine rouge et des moufles, puis des bottes de caoutchouc (j’adore prononcer ce mot que je ne sais écrire). Je file dans la forêt reconstruire ma cabane et me trouver une épée pour affronter mes frères, avant de me tailler un petit bateau dans une écorce d’arbre pour le regarder filer dans un ruisseau.
Samedi après-midi, premier week-end de froid sur Bordeaux, Jak-the-ripper « born to die of cancer » en fond sonore. Je rouvre les yeux sur mon appart et mon bouquin de pédia. Ce petit con de Kevin de 7 ans tousse parce qu’il a coincé sa petite pièce de légo (qui ne se voit pas à la radio pulmonaire) dans sa bronche droite. Il faut aller la chercher avec une fibroscopie bronchique. Je commence à bénir les Nintendo 64 qui pullulent et l’abrutissent, lui faisant délaisser les légos et playmobil.
10. La Compagnie de Pince
La Plainte
Avec le froid est réapparue une nouvelle calamité. La mode chez les filles est d’enfiler leur jeans à l’intérieur de leurs bottes. Je n’ai toujours pas vu une fille à qui ça va à peu près et je n’en verrai jamais parce que rien n’est plus moche !
L’Annalyste tente de me dissuader de lancer mon sort visant à leur scier les jambes à l’endroit de la jonction botte-pantalon. Moi, j’avoue que j’aimerai bien les voir tenter de marcher sur leurs moignons en laissant une emprunte de sang à chaque pas.
Ce con de Souriant arrive encore à y voir un avantage : plus aucun soldat n’est distrait par les filles, comme ils le sont souvent au printemps et au retour des débardeurs !
11. La compagnie de Pince : sauvetage de l’eastpack
Le Travailleur
L’eastpack (pas de marques !), une des reliques les + importantes de la Compagnie, s’est retrouvée en grand danger récemment. L’utilisation quotidienne que j’en fait depuis plus de 6ans a bien failli lui être fatale (attention, ne nous rejouissons pas trop vite, le sacré-sac-à-dos n’est pas encore hors de danger).
Je l’avoue, je n’y vais pas de main morte. Je vous explique : quand je décide de chausser le SacSacré, j’enfile d’abord la hanse droite sur mon épaule, puis je vais chercher de la main gauche la hanse gauche. C’est cette étape cruciale qui porte atteinte à l’intégrité de la relique. Effectivement, au moment de l’enfilage de la bretelle gauche, il se produit une traction importante sur la partie inférieure de la lanière. Ainsi, nous avons pu nous apercevoir que cette zone menaçait de rompre. Inacceptable !
Lundi soir, donc, il a été décidé de voler au secours de la relique. Nous nous sommes installés au bloc opératoire après une douche stérile (du sac !) et avons enfilé nos tenues de chirurgien. N’ayant pas de porte-aiguille adéquat, je souhaitais me servir d’une aiguille droite pour cette délicate suture. Premier contre-temps, nous n’avions à disposition que des fils à aiguille courbe. Tant pis, ce sauvetage devenant plus périlleux n’en sera que plus héroique ! (à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire).
Shannon Wright en fond sonore pour souligner l’intensité dramatique de la situation, j’ai chaussé mes gants stérile taille 7,5 avant de m’emparer du fil Ethilon® de taille 3.0 à aiguille courbe, emprunté au frais du contribuable lors d’une manœuvre d’espionnage nécessaire menée par la Plainte (chsui vraiment entouré d’incapables. Cet idiot n’a pris que des aiguilles courbes !). Désinfection du champ opératoire pendant que je sors une blague grasse pour me mettre définitivement dans la peau du chirurgien (genre : qu’est-ce qui est + dégueulasse qu’un bébé dans une poubelle ? 2 bébés dans une poubelle. Qu’est-ce qui est + dégueulasse que 2 bébés dans une poubelle ? Un bébé dans 2 poubelles !) Et oui, alors que certains prient avant une bataille importante, un chirurgien sort une blague de cul (là, j’avoue que celles qui me sont venues à l’esprit risqueraient de choquer).
L’intervention peut débuter. Premier point de suture sans encombre. 2e point nickel, 3e et 4e parfaits. Du bon boulot. Et une petite blague misogyne pour marquer la fin de l’intervention (genre : j’ai raté 2 mariages, ma première femme est partie, la 2e est restée…), juste avant de compter les compresses et instruments pour vérifier qu’on n’a rien laissé à l’intérieur.
Dans les suites de l’intervention, une utilisation précautionneuse de la relique est recommandée.
Le lendemain, un tantinet en retard pour aller en stage, Logistik a eu comme d’habitude une idée lumineuse (non mais quel con !), il a voulu s’occuper du SacréSac pour nous alléger les manœuvres de départ et il s’est amusé à l'enfiler comme je le faisais avant l’intervention : il a fait sauter le 4e point.
Faudra que je glisse 2 mots à L’Annalyste pour qu’on mette Logistik en première ligne dans la prochaine bataille, qu’on soit enfin débarrassés de ce boulet.
12. La compagnie de Pince
L’Annalyste
Gros souci. On est en train de perdre le Travailleur. Soit il est pas vraiment à la hauteur de la Quête, soit il passe une grosse crise de confiance en ce moment. C’est vrai qu’on a dû subir quelques cuisants revers ces temps-ci. On vieillit, la Quête est longue et on n’a plus la force de nos 20ans, quand on a brillamment éclaté un certains nombres de Compagnies adversaires lors du premier grand concours.
La Connaissance dans laquelle patauge le Travailleur ressemble un peu à de la magie. Du coup, j’en ai parlé avec nos mages (Souriant et Plainte) qui sont étonnement à peu près d’accord sur ce qui se passe.
Voilà ce que j’en ai compris de ce que m’a dit Souriant :
C’est comme ci Travailleur avait été balancé d’un hélico au beau milieu d’une sorte d’océan de Connaissance. Il se retrouve à devoir nager à vue sans trop savoir où aller. Tant qu’il n’aura pas un rivage hospitalier en vue pour savoir où il en est, il va devoir avancer à l’aveuglette. Il semble qu’il soit en train de se paumer sérieusement. Nos récentes défaites rajoutent encore un peu de brouillard aux alentours.
Le problème, c’est que cet océan de Connaissance est trop puissant pour Travailleur. Il est un peu grisé et il s’y perd, il veut tout explorer mais on n’a plus le temps. La Quête touche à sa fin dans quelques mois, on ne sera jamais prêt à temps.
La version de Plainte est assez similaire, sauf que l’image initiale est plutôt celle d’un bébé congelé balancé à la catapulte dans une fosse septique. L’aveuglement résultant de cette immersion est certes beaucoup moins grisant, mais la notion de fourvoiement reste présente.
Espérons qu’il sera à la hauteur. Sinon la Compagnie de Pince n’a aucune chance et les 7 dernières années de lutte auront été vaines.
13. La Compagnie de Pince : l’Ecéenne Blanc (matin)
L’Annalyste
Un grand tournoi a eu lieu récemment, il a opposé environ 130 compagnies bordelaises pour une sorte de bataille d’entraînement à la Quête de l’Ecéenne.
Logistik a été efficace au matin de la bataille (oui, je sais, çtétonnant de la part d’un tel boulet, mais si on le garde avec nous, c’est parce qu’il est efficace en gestion de crise). Nous étions frais et dispos pour enclencher le combat. Travailleur était concentré sur les affrontements à venir. C’est lui notre arme principale dans ces combats.
Déclenchements des hostilités, les troupes des 130 compagnies se sont mises en mouvements en même temps, dans un tonnerre assourdissant de marche au pas et d’épées choquées contre les boucliers afin de faire encore plus impressionnants.
Conscients de nos limites, nous avons laissé le champ de bataille s’éclaircir afin de bien voir nos ennemis. 3 monstres pour cette matinée. J’ai rapidement estimé que les difficultés allaient décroissante. Le premier adversaire est bien plus impressionnant que le second qui l’est plus que le troisième. Travailleur était trop pressé d’en découdre. J’ai pris la tête des troupes pour débuter les hostilités. Plainte et Souriant ont jeté un nuage de fumée entre nous et les 2 premiers adversaires, afin de nous laisser le temps d’aller affronter directement le point faible, le 3e Dossier. Ça a également permis de les cacher à la vue de Travailleur, bien trop tendu. Ce gros malade leur aurait sauté à la gorge. C’était trop tôt.
Nous avons donc foncé sur le 3e dossier. J’ai estimé que c’était le point faible car Travailleur a bossé sur ce genre d’adversaires il y a moins de 8 jours, je sais qu’il va le terrasser. Il s’agit d’une pancréatite aigue chez une jeune patiente. Travailleur engage le combat en envoyant une partie des troupes en urgence en formation "lipasémie", un angle d’attaque redoutable pour obliger la pancréatite à se découvrir. Il lui a ensuite tailladé les flancs grâce aux manœuvres de Rançon et Balthazar, très efficace pour bien juger de la puissance de l’adversaire. Il l’a achevé en hospitalisant la patiente pour utiliser ses dernières attaques fatales : une CPRE (cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique) pour l’offensive associée à des antalgiques puissants et une corrections des désordres hydroelectrolytiques forcément présents lors de telle batailles.
Premier succès sans encombres, très peu de pertes à déplorer de notre côté.
Nous avons ensuite pris à revers les 2 derniers adversaires.
Le 2e dossier, dermatologique à fleur de peau, facilement reconnaissable (c’est déjà ça !), une infection à Sarcoptes scabéii, plus communément appelée "Gale". La victoire va être plus dure à obtenir. Travailleur maîtrise moins bien les manœuvres pour chasser le Sarcoptès. Il semble qu’on y soit arrivé sans trop de souci, mais nous avons été leurré dans cette bataille, la suite du Dossier nous réservant un redoutable piège. En effet, la patiente (infirmière de profession toujours une galère !) a déclenché quelques réactions d’allergies difficilement maîtrisable. C’est dans cette partie du combat que nous avons perdu le plus de force.
Il a ensuite fallu s’attaquer au gros morceau de la matinée. Quel que soit l’angle d’attaque, il semble imprenable. Le monstre est un vieil alcoolo-tabagique tuberculeux, cirrhotique et insuffisant respiratoire. Du lourd. Un Dossier de Réanimation.
Travailleur a fait tout ce qu’il a pu. Il a lancé des offensives inédites, sur tous les fronts. Je n’ai d’ailleurs pas bien compris tout ce qui s’est passé. L’affrontement a été très violent. Il a préféré laisser de côté la tubercilose qui semblait ancienne pour envoyer de front le gros des troupes sur les anomalies biologiques. Il a ensuite tenté de d’annihiler la Bronchopneumopathie chronique obstrucive (BPCO) responsable de l’insuffisance respiratoire. Cette lutte de front les a occupé suffisamment longtemps pour que Travailleur élabore une tactique visant à enrayer l’insuffisance cardiaque naissante de ce chaos.
Travailleur a perdu plusieurs fois le contrôle de la situation avant de se rattraper péniblement. Les pertes ont été lourdes. On pensait quand même pouvoir tenir.
Puis tout a explosé. Il y a eu un terrible retour de balancier, le Dossier nous avait en fait volontairement attiré sur tous ces fronts pour pouvoir nous prendre à revers. Il a lancé pour cela une effroyable HTAP (hypertension artérielle pulmonaire), imparable pour Travailleur qui ne maitrisait pas de manœuvre capable de la comprendre et de la contrer. On s’est fait balayés. Dans ces cas-là, nos mages Souriant et Plainte lancent leurs sort d’illusions, faisant croire à l’adversaire que nous sommes encore sur le champ de bataille alors que nous sommes en train de battre en retraite. L’illusion ne dure qu’un temps, révélant au Dossier qu’il nous a vaincu, mais permettant à la Compagnie de fuir en sans se faire totalement écrasé.
14. La Compagnie de Pince : l’Ecéenne Blanc (après-midi)
Le Travailleur.
La matinée a été très dure. J’ai eu une heure pour me remettre pendant que les sorciers Souriant et Plainte reconstituaient leurs réserves de magies, sur lesquelles je m’appuie beaucoup l’après-midi en général. L’Annalyste s’occupe de réorganiser les troupes encore valides pendant que Logistik (plutôt efficace aujourd’hui, le boulet) se démène pour nourrir tout le monde.
J’appréhende particulièrement cette 2e partie de combat. Je suis toujours affaibli après la matinée et j’ai plus de mal à lutter.
Allez, c’est reparti. Même tactique, L’Annalyste jauge les adversaires et choisi l’ordre dans lequel on va les affronter. Il me propose le Dossier 5 puis le 4 pour finir par le 6, qui nous réserve une sale surprise. Je suis d’accord.
Le Dossier 5 est une infection des poumons (pneumopathie). Je gère les grandes lignes, mais je n’arrive pas à trouver le point faible. Il faut que je trouve la bêbête responsable. Si je n’arrive pas à deviner qui elle est, je n’ai aucune chance de vaincre. Je lance un faible contingent harceler le Dossier pour me faire gagner du temps. Ils arrivent l’occuper jusqu’à ce que les indices s’additionnent. Je reconstitue la totalité du puzzle grâce à une passe peu orthodoxe : je laisse le Dossier attaquer pour voir de quel façon il se bat, ça permet souvent de le reconnaître. Je vois enfin la faille à l’avant dernière question : « quelles sont les mesures administratives à prendre ? ». Elle vient de se trahir, c’est ma dernière chance. Une seule des bêbêtes responsable de ce genre de pneumopathie nécessite une mesure administrative : Légionella pneumophila. J’ai donc affaire à une Légionellose. Je peux enfin lancer les grandes manœuvres pour la vaincre. Je l’affaiblis avec une fibroscopie bronchique et des sérologies qui m’indiquent clairement à qui j’ai affaire, puis je l’abats à grands coups de Macrolides (antibiotiques).
Pour le Dossier 4, je sens que je faiblis. Un voile translucide commence à obstruer ma lucidité. Le combat devient plus obscur. Il s’agit d’une atteinte du genou. Je lutte sans réelle tactique, je me contente de répondre au coup par coup à chaque attaque mais je n’arrive pas à avoir une idée globale sur le Dossier. Quand la bataille s’achève, je ne suis toujours pas sûr de quel adversaire j’ai affronté. Je déteste cette sensation. Je préfère l’offensive plutôt que d’attendre en défense et de jouer en contre.
Effectivement, le Dossier 6 nous réserve une sale surprise. L’Annalyste avait raison. Il s’agit d’un dossier de psychiatrie. Ici, les règles de combat habituelles doivent être oubliées. Il s’agit d’une lutte d’un autre ordre. Nous affronterons l’adversaire à 3 : nos 2 Sorciers et moi. Les épées et flèches ne peuvent vaincre un tel Dossier. Tout se joue dans la tête. Souriant et Plainte savent ce qu’ils ont à faire. Je leur dis où attaquer et quand se défendre, mais ce sont eux qui lancent leurs sorts obscurs. Je ne comprends pas tout, mais je suis heureux en voyant le combat cesser.
15. La Compagnie de Pince : l’Ecéenne Blanc (résultats)
L’Annalyste
Les combats sont finis, l’adversaire s’est retiré. Nous pouvons enfin voir le résultat de cette journée de guerre. Le bilan est peu glorieux : le Compagnie de Pince n’est que 58e sur les 130. C’est un échec. Nous n’atteindrons jamais nos objectifs si nous ne perfectionnons pas nos techniques de combats.
Travailleur n’est pour l’instant pas à la hauteur des ambitions de la Compagnie, mais nous n’avons pas le choix, nous n’avons que lui. Il va falloir lutter encore plus fort à l’avenir.
16. La compagnie de Pince : My neighbour’s a Dj
L’Annalyste :
Notre voisin est Dj à ses heures. Il doit donc s’entraîner régulièrement.
Ce week-end, grosse activité du côté de Travailleur, en transe. Mais à l’image du reste des troupes, Souriant&Plainte s’ennuient quelque peu. Ils étaient comme d’habitude en train de se chamailler à coup de sorts d’illusions foireux. Plainte a commencé à faire sortir des yeux et de la bouche du Souriant des blattes et scolopendres qui ont commencé à recouvrir son visage. Celui-ci s’en est aperçu lorsque les insectes ont atteint son cou et ses épaules. Il s’est vengé en faisant sourdre par les oreilles de Plainte une substance visqueuse s’apparentant à un résidu de cervelle avant de lui coudre les lèvres. C’est distrayant mais sans originalité, ça commence à me lasser.
Les troupes s’en amusaient bien en tout cas, lançant les paris sur le premier à céder.
C’est alors que la production du voisin Dj est arrivée à nos oreilles. Souriant et Plainte, trop impliqués dans leur show, ont mis un peu de temps à entendre ces provocations. Ils se sont enfin arrêtés alors que Souriant avait perdu un bras, liquéfié sous la production acide des blattes et que Plainte venait de se déchirer le bas du visage en tentant de rouvrir la bouche.
Je suis allé les voir pour les bouger un peu. Un bon shoot dans le résidu de bras purulent du Souriant et une solide baffe dans le fondu de visage putréfié de Plainte pour dissiper les illusions et ils ont enfin compris qu’il était temps de se rendre un peu utile.
Le voisin était en train de tenter de nous annexer à grand coup d’Armand Van Helden (enfin je crois, je sais juste que c’était désagréable). Il devait chercher à ouvrir ce qui dans le langage de M.Pokora correspond à une "battle on the dancefloor".
Niveau dancefloor, on n’est pas beaucoup plus doué qu’en santé publique ou en maçonnerie, mais on sait reconnaître un gars qui nous cherche des noises. Et on sait trouver des réponses.
Plainte a été le premier à se ressaisir. Il a lancé une contre offensive plutôt efficace, à savoir une rafale courte de White Stripes (seven nation army puis blue orchid).
Je crois que ça a apaisé Travailleur qui commençait à s’agiter dans sa transe.
Voisin a contré avec un grinçant BeniBenassi qui a failli saper le sort de Plainte. Mais Souriant était prêt à le seconder. Il a lancé un redoutable Take me out de Franz Ferdinand qui nous a permis de préparer une tactique de fond.
L’attaque suivante avait pour but d’être affreusement vicieuse et basse. Il s’agissait de tenter de nous attaquer avec un fond de nostalgie, à savoir un genre musical au son proche de celui des attractions à type d’autos-temponnantes lors des fêtes de villages de notre petite adolescence. J’ai pas bien reconnu, mais ça ressemblait à du Ace of Base ou un truc naze similaire.
Evidemment, côté nostalgie, c’est pas vraiment Ace of Base qui peut nous atteindre, mais nous avons décidé de punir cette intention hautement belliqueuse. Nos 2 sorciers se sont liés pour expliquer à l’impertinent ce qu’était vraiment la musique à l’époque, à savoir un lancer commun de tout l’album de Radiohead, OK Computer, avec un point d’orgue sur Karma Police pour bien faire comprendre ce qu’est la nostalgie du lycée. Normalement, le Dj aurait dû comprendre qu’il avait perdu, mais il doit être trop pris dans le mix !
Le voisin pitoyable a bien tenté de lancer d’autres pauv’z’attaques plus récente mais sans aucun fond, à savoir un truc genre Cassius. Balayé violemment par Monkey gone to heaven des Pixies.
Le dernier pitoyable soubresaut de l’inopportun fut le violemment et nauséeux voire vomitif générique de la Star Academy de cette année ou de l’an dernier, chsai plu.
Je crois que ça a énervé nos Sorciers qui se contentaient de jouer jusqu’à maintenant. Ils se sont décidés à l’achever. Il y avait tellement d’armes possibles que tout un chacun pourra se dire que d’autres sons auraient mieux fait l’affaire.
Souriant et Plainte se sont concerté pour lancer l’attaque. La préparation a été courte, nous avons entendu retentir l’éclat de rire glaçant de Gorillaz avant de laisser tout le morceau faire son effet. Puis la 2e vague est arrivé. Notre adversaire s’entendait à une attaque frontale et violente mais nos Sorciers ont été plus virtuose et au lieu de faire exploser le voisin, ils ont décidé de le consumer de l’intérieur. En effet, ils ont envoyé l’obscure album England made me de BlackBoxRecorder avec son enchaînement "life is unfair, kill youself or get over it…" puis "it’s not as a death in your family, it’s only the end of the world", puis le terrifiant Bad Old Man de Babybird et son "he put rasorblades in the icecream…".
Nos avons retrouvé le voisin dans un état de catatonie proche de la mort, le visage déformé dans un rictus d’horreur qu’Asia Argento dans Suspiria n’aurait pas renié.
(le genre de tête qu’on aurait pu tirer avec StefB pendant la coupe du monde en nous apercevant qu’il n’y avait plu de bière à la superette !).
17. La compagnie de Pince : Amsterdam-sur-Garonne
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Le Souriant :
Désolé pour ce titre aguicheur qui risque d’en décevoir certain : point d’apologie du cannabis dans ce billet, mais plutôt un ode aux 2roues à traction à pédale (et ouais, chsui pas avare de cliché, donc j’imagine Amsterdam avec plein de vélos, sex-shop et autres plantations).
Oh comme la vie est agréable sur les bords de la Garonne !
En effet, Bordeaux est une ville magnifiquement équipée pour accueillir le vélo. D’abord, il faut préciser que Bordeaux est plutôt dénuée de dénivelé, ce qui épargne nos gambettes. Ensuite, le caribou chauve de retour veille depuis plus de 10 ans (avec une pause quebecoise) à pourvoir La Ville de nombreuses pistes cyclables.
Alors oui, je le crie haut et fort, je roule à vélo comme bon nombre de mes concitoyens, et j’apprécie énormément.
Je cite Amsterdam sans rien en connaître, car dans ma tête je l’imagine avec tout plein de bicyclettes partout et c’est à ça que je pense quand je vois la fac fleurir en toute saison de célérifères (et oui, la fonction "synonyme" de Word vient de me fournir ce mot pour remplacer "vélo"). Car il y en a partout. Le garage à vélo d’un gabarit pourtant respectable est bien entendu surchargé, ce qui permet à chaque poteau, montant de barrière ou arbuste de bénéficier de ce type insolite de tuteur : 2 roues, un cadre et un puissant antivol reliant le tout à n’importe quel élément plus ou moins adéquat de l’imposant édifice qui accueille notre épanouissement depuis 7 ans.
Et si cette floraison illumine notre faculté en toute saison, ce bonheur visuel est loin d’être le seul avantage de ce mode de transport et n’est pas la cause de son irrésistible développement dans notre si belle Ville.
Vivre avec un boulet automobile motorisé à bordeaux relève de la prestidigitation. Le garer est une gageure, circuler est une plaie.
Vous commencez peut-être à me connaître, je pourrais développer un sujet sur des longueurs égalant presque la couverture de la ville en piste cyclable : infinie !
Je vais donc me faire le panégyriste de ce mode de vie en me concentrant sur l’utilisation que notre compagnie en fait.
On imagine que la fiévreuse utilisation des draisiennes (autre synonyme fourni par Word) évolue proportionnellement à la température extérieure, que nenni !
Certes rien n’est plus agréable que de sentir le vent chaud sud-ouestien sur son visage durant l’été, mais l’automne n’a pas détruit le bonheur de pédaler qui a survécu au changement d’horaire. Il suffit de savoir se munir d’un bonnet seyant, de gants à l’effigie de la glorieuse équipe de football locale (no comment) et d’une écharpe fidèle avant de revêtir un manteau adapté. Alors, vous pouvez voguer en toute sérénité sur les pistes. Le vent froid et perfide tente bien de vous assaillir par la seule faiblesse de votre cuirasse, la partie libre de votre visage. Mais si le froid brûle vos joues et fait pleurer vos yeux de sa morsure, le reste du corps de la Compagnie ne souffre en rien et savoure cet entraînement, se riant de ce pitoyable adversaire. Puis la chaleur accueillante (effective ou spirituelle) retrouvée dans les salles de cours vous fait monter le rouge aux joues avec un bonheur quasi similaire à celui que nous trouvions au retour de notre école primaire en hiver, rentrant au sein du foyer familial et auprès du foyer de la cheminée, avec un grand bol de Van-Houten chaud préparée par Môman (avec un sucre s’il te plait môman).
Voilà, merci petit vélocipède d’emmener les troupes sur les routes de la fac et mon esprit sur les chemins nostalgiques de l’enfance !
18. La compagnie de Pince : Bordeaux et la belle vie (pléonasme !)
Plainte (malgré son mauvais esprit) :
Souci : personne n’a rien à raconter. Bon, je vous rassure, je me dévoue, je vais bien tenter de trouver quelque chose (vous le savez déjà, puisque vous voyez la longueur du billet, mais moi, chsai pas encore ce que je vais écrire).
Au départ, je voulais me laisser aller à mon penchant naturel et justifié pour la misogynie. Mais après un week-end éprouvant, je manque d’énergie.
Oui, en fait, il s’est quand même passé un événement important ce week-end, à savoir que StefB est revenu au pays. Enfin, quand je dis pays, je parle juste de Bordeaux, car, et je cite sa propre grande sœur : « quuuuuuooooooiiiiiiii ? et tu viens même pas jusqu’à Dax ?!?!?!, mais comment peux-tu…. (sanglots) »
Donc, StefB est revenu à Bordeaux pour faire une grande fête avec le pote (bordelais) qui habite avec lui à Paris en ce moment. Pourquoi faire simple ? Autant aller se voir à Bordeaux, puisqu’on se voit tous les soirs à Paris.
Premier contact, un texto vendredi soir à 2h40 du matin : « on mange ensemble ce midi ? ». Je me dis « tiens, Stef a pris le train vraiment tard ». Bon, en fait il était déjà arrivé depuis un bon moment et (donc) bourré.
La métamorphose de Stef, débuté l’hiver dernier avec l’achat d’un saisissant blouson de cuir, se poursuit avec ce jour un splendide manteau noir genre redingote super classe, le genre de manteau qui est habituellement supporté par des portes manteaux que l’on nomme communément « avocats ». Y en a plein autour de chez moi (oui, j’habite un peu trop près du palais de justice).
Mais Stef est bien resté le même, avec pour preuve ses légendaires chaussures à 8 euros à Districenter. Et au pieds de Stef, je dois bien l’avouer, ça fait classe (je vous jure !) (celles-là, on les voit pas aux pieds des avocats qui préfèrent les immondes chaussures italiennes à bouts pointus).
Samedi midi, après le café, nous allons acheter le cadeau pour l’anniversaire du pote de Stef. Original, nous optons pour une mallette de poker. Charmante jeune vendeuse qui commence à nous chambrer un peu. Stef : « est-ce qu’on pourrait avoir un paquet cadeau ? » « non » « faut pas déconner, chsui pas payé pour ça ». Mais bien sûr elle déconnait et commence à faire le paquet en question avec une grande concentration. Elle confie qu’elle aura du mal à le faire joli car la boite est irrégulière. Je lui dis que ce n’est pas grave, comme ça Stef pourra dire que c’est lui qui l’a fait. « oh bé merci ! » répond-elle faussement vexée (enfin un peu quand même, je crois). Elle reprend en disant que ce sont surtout les « vieilles bourges bordelaises » qui tiennent à ce que le paquet soit parfait. Stef la rassure, son pote n’est pas vraiment une vieille bourge bordelaise. Je confirme.
C’est à ce moment-là que Stef commence à vraiment m’impressionner. Il tient la lourde mallette d’une main, il envoie un texto de l’autre et continue d’avancer dans les rues pietonnes sans bousculer personne. Je comprends un peu plus tard qu’il s’est habitué au grouillement de la vie parisienne. Ainsi la rue Ste Catherine, c’est la campagne.
J’aime Bordeaux (quoi ? vous aviez déjà deviné ? z’êtes trop forts !), à chaque sortie de mon appart (de plus en plus rare), je me dis que c’est vraiment magnifique et que la vie y est belle. Je profite de chaque instant en pensant déjà à mon futur départ. Et que me dit Stef en marchant tranquillement dans les rues du centre-ville : « chsui comme une balle ! ». En effet, depuis son arrivée la veille, Stef revoit Bordeaux avec un œil neuf, et il est très heureux. Sur l’escalator de la fnac, il me confie qu’un tel esclalator à Paris, c’est comme la rocade bordelaise, faut pas rester à gauche sinon tu risques l’accident, et quand tu déboites vaut mieux regarder dans le rétro ! Son pote (qui n’est toujours pas une vieille bourge bordelaise) nous dira exactement la même chose le soir même : « tu te rends compte, ici, on peut marcher tranquillement et y a presque personne qui te double ou te met la pression, t’es tranquille ! ». Une véritable ode à la vie parisienne. Je comprends maintenant comment grand Stef parvient à marcher dans la rue Porte-Dijeaux un samedi après midi tout en tapant un sms… « tu sais, quand on est allé claquer sa première paye le samedi 11 novembre à la Défense, c’est un peu comme après Verdun, on peut tout affronter. » (j’avoue, il a pas vraiment parlé de Verdun) (je sais pas non plus si c’était à la Défense) (d’ailleurs, il a pas vraiment claqué toute sa première paye non plus, mais le manteau, quand même, y déboite !) (mais dans l’ensemble, je crois que je suis assez fidèle à ce qu’il a dit. La preuve : c’était bien le 11 novembre !).
On a ensuite rejoint son ancienne voisine dans un sympathique bar (celui cité dans « la compagnie de Pince 6), je ne vous refais pas la description, mais la musique ne m’a pas déçu. Puis nous nous sommes séparés pour nous retrouver le soir. J’ai alors commencé à m’interroger sur ma santé : après un verre de vin au dessert, quelques tafs d’une drôle de cigarette et une bière au goûter, je suis rentré chez moi tout embrumé. C’est un fait prouvé et reconnu, même avec entraînement, je ne tiens pas l’alcool. Etonnamment, sans entraînement non plus.
J’ai bien tenté de me remettre au boulot, mais je me suis réveillé en sursaut et la joue collée contre une page de mon bouquin d’ophtlamo (c’est du papier glacé, ça colle mieux). Je me suis donc affalé dans mon fauteuil trentenaire pour m’assoupir lourdement, en tentant de retrouver une certaine dignité pour la soirée à venir.
Voilà, pour quelqu’un qui n’a rien à dire, je vous ai bien pourri et ça me fait plaisir. Mais je dois vous laisser, car je passe le 4e contrôle du CSCT dans quelques minutes.
PS : chsui rentré à 1h30 du matin, même pas trop bourré. J’ai pu travailler toute la journée dimanche (si tant est qu’une journée commence vers 11h32). Etonnant non ?
19. La compagnie de Pince
L’affrontement du 4e CSCT a vraiment mal tourné. Il nous fallait mettre Travailleur face au Professeur-Sorcier et tenter de le vaincre. Souriant&Plainte peinaient à maintenir le bouclier défensif permettant d’échapper aux carreaux d’arbalètes pendant que nos troupes se faisaient découper en rondelles par les armées maléfiques du Professeur-Sorcier.
J’ai pris le plat d’une hache de barbare sur le crâne, ce qui m’a mis hors combat, je n’ai pu que deviner la suite.
Travailleur a enfin pu atteindre le Géant. Le duel a tourné court. Travailleur a pu esquiver à grande difficulté les premières passes du Professeur. Le choc de leurs lames surpassait le bruit du reste des combats, c’était assourdissant. Puis le Géant a accéléré la cadence de ses coups. Ça a commencé à pleuvoir sur Travailleur qui faiblissait à vue d’oeil. Une brèche s’est rapidement ouverte sur le flanc de notre camarade, aussitôt exploitée par l’Adversaire. Travailleur s’est retrouvé avec quelques centimètres de métal bien enfoncé dans l’os de la hanche. Le Géant a retiré sa lame pour reprendre ce combat qui l’amusait au plus haut point. Travailleur a pu rester debout par miracle pour subir les assauts suivants. Puis en 2 coups, il s’est fait enfoncé la cage thoracique.
Nos troupes étaient réduites à néant, je commençais à peine à me relever, nos sorciers Souriant&Plainte pliaient sous la pression des soldats ennemis. On s’est replié comme on a pu. Logistik a attrapé le corps du Travailleur et on s’est enfui sous couvert du bouclier magique des sorciers.
Ce matin on pense nos plaies. Nous n’avons plus qu’une poignée d’hommes avec nous. Je n’avais jamais vu Travailleur se faire décalquer comme ça. Et pourtant, comme toujours, il va s’en sortir et retourner au mail ! Travailleur est immortel, j’en suis sûr depuis longtemps, mais il n’est pas infaillible et s’il a réussi à nous mener jusqu’ici, je crois qu’il arrive en bout de course, les adversaires à venir sont un peu trop fort. Qu’importe, je le connais depuis 24 ans, je sais qu’il va aller jusqu’au bout.