avant propos:
Tout est parti d'une soirée que je ne suis d'ailleurs plus capable de dater. Environ une dizaine de semaines nous séparent de la retraite estivale. Je crois qu'on était chez moi, probablement en train de digérer un repas riche fait de pâtes à la carbonara ou bien de croque monsieur. L'humeur apaisée n'était pas à la refonte du monde. Pourtant c'est le moment que choisit Rémi pour nous faire part d'une idée qui, je pense, lui trottait déjà dans la tête depuis quelques jours: « Et si on se faisait un voyage au début des vacances? » Malgré ma tendance maladive au réalisme, j'avais beau scruter l'horizon, je ne voyais rien venir pouvant mettre en péril un tel projet. Je disposais en effet d'un bon mois de latence entre la fin des exams et le début de mon travail saisonnier, le plus beau de monde, agent de sécurité de nuit dans un grand parc aquatique. De plus j'avais à mon actif de sérieuses lacunes touristiques. Il en allait globalement de même pour Jo.
La réponse fut donc rapide et unilatérale; « carrément! ». C'est comme « vachement ». C'est des expressions qui ethymologiquement n'ont aucun sens. Seul bémol, nous condamnions le quatrième laron, Yo le stagiaire malheureux, à nous regarder partir vers des aventures que nous aurions volontiers partagées avec lui. Cette privation ne constituant toutefois pas un motif sérieux pour une annulation, Jo et moi lassâmes à Rémi le soin d'établir un plan d'attaque viable respectant des contraintes fortes telles que la durée: 10 jours. La seule intervalle de temps que nous pointencommions ne dépassait malheureusement pas ce laps de temps.
La soirée s'acheva donc dans la joie, la bonne humeur et l'excitation. Même si nous n'avons plus trop abordé le sujet par la suite dans la nuit, il est certain que nos esprits n'avaient plus rien d'autre en tête. A peine quelques jours plus tard, c'est calpin à la main que nous revîmes Rémi, pour une présentation complète et détaillée du programme. Manquait plus que les prospectus... Bretagne, Paris, Alpes, le décor est planté, les personnages définis, ne restait plus que l'histoire à vivre.
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rémi:
-jo :
9&10 juin.
C’est un début d’été où nous sommes partis avec la clio, une guitare et des maracasses, 2 appareils photos et un ordinateur portable, pour un petit tour de France. Au lendemain de la fin de mes exams, je suis donc déjà sur la route entre bordeaux et Royan, pour un petit déjeuner en charmante compagnie. Une camarade de fac dans sa jolie villa avec piscine et Porsche dans le garage. Evitant de peu l’embuscade du déjeuner, on s’éclipse gentiment vers La Rochelle qui a scellé notre amitié lors d’un mythique voyage de classe en 3e, il y a quelques années. Le port n’a pas changé. Un sandwich et on repart. Arrivée à Rennes un jeudi soir de juin, la vieille ville nous accueille à bras ouverts. S’il existait déjà des urbanistes à cette époque, celui qui a conçu ces ruelles ne devait pas être souvent sobre. Petites rues aléatoires s’élargissant en sympathiques placettes servant aujourd’hui de terrasse aux cafés. Moyenne d’age étudiante sur le retour, musicos venant emballer la soirée de place en place. Un moment des plus agréables pour nous. Si je pouvais choisir la ville qui m’accueillera après Bordeaux, ce serait celle-là.
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steph :
-jo :
11 juin.
Le lendemain matin visite du Mont-St-Michel sous la pluie. Au départ le reste de la faune touristique observait moqueusement nos sublimes ponchos cirés imperméables fraîchement dégotés dans un bazar quelconque. Au fur et à mesure de l’intensification de l’averse, nous ne sommes pas peu fiers de notre style. Je me fous de la pluie mais peste contre ce temps pourri parce que je vois mes camarades garder leur calme. Ils n’ont jamais imaginé la Bretagne autrement que sous la pluie. Mais je sais qu’il fait beau par-dessus les nuages et compte bien leur démontrer. Un mot d’ordre pour ce périple : pas de visite payante. On n’achève donc pas l’ascension et retour à la voiture pour longer la côte jusqu’à St Malo. Je savais bien que le soleil apparaîtrait. Le voilà donc illuminant les moulins et moutons. On s’arrête sur le bord de la route pour en voir de plus près. Jo s’écarte comme un enfant à surveiller. Il crie. Il a trouvé un chemin de douanier. On le suit jusqu’à une sublime plage de galets rien que pour nous. En l’autre extrémité de la baie nous montre Cancale. Ciel tout bleu et eau bien verte, on se croirait au moins en Guadeloupe. Je suis le seul à rester méfiant et à garder mon superbe ciré à porté de main. Après avoir observé l’île des Landes depuis la pointe du Groin (si, je vous jure), on franchit les murs de St Malo en fin d’après-midi, pour finalement manger dans une crèperie (on n’a jamais dit qu’on ferai les originaux !) sur les remparts, avec vue sur le coucher de soleil dans la mer et vieux motards australiens tatoués à la même terrasse. Seul Jo dans un élan d’éternel incompris aurait voulu manger ailleurs. Mais faut pas déconner, à deux au bon sens certain contre un illuminé, il n’y a pas eu photo.
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Jo nous a trimbalé au moins sur la moitié des remparts pour trouver un autre resto. Je me souviens de ça aussi...
-jo :
12 juin.
Retour à Rennes le lendemain, achats de livres à virgin, de cordes pour la Guitare et de sandwichs pour midi avant que Steph ne lance un concours de bonne-action en aidant une vieille dame à ranger son étale pour une asso caritative finançant des chiens d’aveugle. La sieste nous surprend dans un parc après y avoir mangé et lu. La soirée s’achève tranquillement chez mon oncle (c’est pas compliqué, dans l’histoire, tout le monde est mon oncle ou ma tante ou mon cousin ou…) à contempler ses sculptures sur bois, avec une mention spéciale pour celle représentant un torchon étendu par un coin et une canne avec une main déjà sculptée sur le manche.
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13 juin.
Départ à l’aube pour Paris, nous arrivons à Versailles en début d’après midi chez des amis de mes parents (désolé, ni oncle, ni tante, ni cousine à cette étape). On patiente jusqu’à ce que la visite des grandes eaux du château soit gratuite puis on se perd dans le parc pour poursuivre nos lectures interrompues par la sieste à Rennes. Jo perd au jeu du premier qui rira en jouant contre une statue. Je ne soutiens pas la comparaison avec un buste d’Apollon, mais moi au moins, j’ai un corps. Steph s’interroge sur le nombre de mort qu’il a fallu pour hisser toutes ces statues sur les façades du château. On finit par une photo intime avec notre pote Louis XIV (pas vraiment un oncle non plus).
On rejoint nos hôtes dans une ambiance plus que chaleureuse. Dans le fond, Zidane crucifie les anglais en marquant 2 buts dans les dernières minutes à l’Euro (c’est du football !).
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14 juin.
Paris, nous voilà. On sort à peine du métro que le Louvre se jette sur nous. On l’évite d’un gracieux entrechat pour atteindre la concorde. A votre gauche, l’Assemblée Nationale (depuis quand elle est à gauche ?). On va à droite vers la Madeleine, les rues les plus chères du Monopoly et la Place Vendôme. Petite photo devant la « maison de l’Aquitaine » avant un grand moment de stress, probablement le seul de tout notre périple : on tente d’acheter trois sandwichs dans un monoprix avenue de l’opéra. On se fait défoncer avec l’impression d’aller au ralentis pendant que tout le monde va à toute vitesse, nous bouscule comme s’il fallait tuer sa bouffe et que le gibier venait à manquer. Sorti vivant mais meurtri dans cette douloureuse épreuve, on panse nos plaies en retrouvant aux colonnes de Burennes mon grand frère pour sa pause déjeuner.
Ensuite, on conquiert Montmartre depuis Pigalle (avec Jesus superstar dans le Sacré Cœur !) avant de débarquer sur l’île de la Cité, fuir devant l’hôtel de ville vers le centre Pompidou. Jo & Steph vont chercher l’oubli dans un refuge habituel pour eux, un disquaire d’occasion. J’en apprends beaucoup sur la généalogie des groupes de Tom Barman, entre dEUS et Magnus. A Chatelet mon grand frère nous rattrape pour nous guider vers son repère d’anarcho-punk. Il lit l’Equipe avant le repas et tente de prouver à la face du monde de ses coloc novices que le coup franc de Zidane est tout simplement d’origine divine. Pour cette tentative de corruption des idéaux de l’appart, son châtiment est de faire la cuisine.
Une journée bien remplie. Entre la photo du matin dans le RER et la photo du soir dans le RER, on peut jouer aux 7 erreurs tellement on a l’air défoncé (je parle de fatigue bien sûr).
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Là je me souviens du regard méprisant des bourges qui faisaient un coktail branchouille avec du christina aguilera à fond au balcon d'en face.
-jo :
15 juin.
La journée suivante nous permit de rejoindre Sisteron dans les Alpes de Hautes Provence. Sans doute le jour où nous avons pris le moins de photographies et où nous avons pu nous laisser aller le plus à notre penchant pour les aires d’autoroutes. Après avoir méchamment amoché les victuailles généreusement fournies par nos précédents hôtes. Stef & Jo ont organisé un grand concert de Muflons qui restera dans les annales et sortira peut-être un jour dans un grand dvd récapitulatif de leur non moins grande carrière. Quant à moi, je me laissais surprendre par une de ces sempiternelles siestes, fléau du vacancier.
Ultime pause au bord du Buesch, un torrent nous indiquant clairement que nous touchions à celle qui nous gagne, j’ai nommé la montagne !
Nous sommes finalement arrivé à Sisteron avec quelques heures de retard sur un programme que nous n’avions pas. Une fois de plus, nous fûmes merveilleusement accueilli par ma cousine qui nous installa dans son spacieux grenier laissé entièrement à notre disposition.
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16 juin.
Il était grand temps de faire une pause dans ce difficile voyage. Aussi sommes nous restés à ne rien glander dans Sisteron, pour une journée éprouvante comme vous vous en doutez, avec des moments intenses tels que grasse matinée, guitare, sieste et lecture au bord du plan d’eau et de la Durance.
Après avoir joué avec tout l’arsenal multicolore et bruyant de mon petit cousin de 2 ans, ma cousine nous a concocté un savoureux repas. Si vous ne vous êtes pas encore demandé ce que faisait cette courge sur la terrasse de la maison, c’est parce que vous ne saviez pas qu’elle y était. En revanche nous l’avions remarqué et avons découvert avec joie le sacrifice auquel elle allait être soumise. Ouverte et toute sa chaire intacte mais vidée de ses grains, elle fut remplie de fromage à fondu, de lardons et peut-être même d’oignons et de patates avant d’être refermée et passée sans miséricorde au four.
Dorée à souhait, nous avons de nouveau ôté son couvercle naturel pour nous servir avidement. Exercice délicat, il s’agit de prendre une grande cuillère pour racler sur le coté et arracher à la paroi du potiron sa chaire tout en embarquant au passage un maximum de ce qui ressemble à de la tartiflette. Ma cousine a toujours eu le don de faire un repas succulent en 2 temps 3 mouvements.
Avec notre bon esprit habituel, nous l’avons remercié en la chambrant copieusement sur le fait qu’elle dû nous quitter pour aller bosser de nuit à l’hôpital de Sisteron.
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17 juin.
Quand on attend trop d’une journée, il y a largement moyen de la faire pourrir dans l’œuf. Il s’agissait ce jour d’atteindre le fort de Dormillouse, posé sur un sympathique sommet alpin de 2510mètres. C’est une ballade que j’ai faite avec ma famille un certain nombre de fois. Aussi, n’ayant pu y revenir depuis plusieurs années, je me trouvais de fort bonne humeur dès 6h du matin. Plein d’entrain, j’ai donc expulsé du lit Jo & Steph. Assez peu du goût de Jo, à juger la lourdeur des incriminations alourdissant son regard. Et oui, il faut savoir que Jo n’a pas l’usage de la parole de si bonne heure. Nous avons embarqué dans la voiture ma petite-cousine (de 17 ans quand même) pour cette journée prometteuse. Les premiers mots de Jo durent être du genre « j’veux dormir » et il a fallu toute la puissance du résultat d’un détour par une boulangerie pour le voir ébaucher une expression avenante.
Quant à Steph, je le soupçonnais de se ranger au fond de lui à l’opinion de Jo, à savoir quelque chose du genre « grommmmf,… ffffl’est tôt quand même… ». Mais notre équipage étant un modèle d’équilibre, il ne s’est pas senti obligé de venir appuyer lourdement sur le plateau de la balance où Jo rêvait encore d’aller se recoucher. Je lui en suis gré. En même temps, rien ne pouvait m’atteindre ce matin-là.
Après une heure de route, nous avons traversé la sympathique bourgade servant de décors à toutes mes vacances d’été depuis ma vie intra-utérine. Les souvenirs ont afflués tels la bière dans un pub irlandais. Il faisait beau, décidément tout était pour le mieux.
Un incident donnant encore des cauchemars à Steph s’est produit durant la dernière partie du trajet en voiture à flan de côte entre les mélèzes. En effet, un animal a traversé la route devant nous. Environ la taille d’un gros chien, avec de grandes oreilles et de longues pattes arrières lui servant à se propulser. En gros, un lièvre de la taille d’une brebis. Je le décris tel que nous l’avons vu, je vous jure. Ça nous a un peu refroidi. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’était pas fluorescent (en même temps, on l’a pas vu de nuit) et qu’il ne s’est pas arrêté pour nous demander son chemin. Là, je crois que ça nous aurait vraiment perturbé.
Halte de la voiture, pas d’autres mutants à déclarer. Faisait froid. On a chaussé nos sac-à-dos et nous sommes partis. Une petite barrière indiquant « interdit aux voitures non autorisées » marquant le début du chemin, nous nous sommes demandé s’il s’agissait de protéger les éventuels automobilistes d’éventuels mutants.
Là, j’ai commis une erreur qui failli nous être fatale. Ou plutôt m’être fatale. J’ai failli me faire assassiner par mes amis. Je n’ai jamais cherché à savoir jusqu’à quel point ils avaient élaboré un scénario, ni même s’ils s’étaient concertés pour s’associer dans ce meurtre atroce mais quelque peu mérité. Et non, il ne s’agissait pas pour eux d’un mal des montagnes les rendant incontrôlables.
Je m’explique. Pour faire court, j’étais comme une balle et je courais partout sur ce chemin adoré. Manque de bol, je n’ai pas remarqué que Jo et Steph ne partageaient pas mon enthousiasme, qu’ils commençaient à sérieusement tirer la langue en essayant de suivre mon rythme de feu folet et surtout qu’ils n’avaient pas la moindre idée d’où on allait ni combien de temps ça allait prendre. Quant à moi, j’avais beaucoup d’énergie dans les jambes, mais visiblement plus beaucoup d’oxygène pour alimenter un éventuel cerveau. Heureusement, je me suis calmé avant de me faire défenestrer (ou équivalent, genre « défallaiser », vous m’aviez compris). Nous sommes donc arrivé à bon port et tous vivants.
Vous vous commencez à vous inquiéter de la présence de ma ptite cousine. Très utile, elle portait les chips, rigolait à nos conneries et surtout faisait de la médiation entre bourreaux et victimes. Il faut dire qu’elle était la seule à avoir un semblant de condition physique et quand mon manque d’oxygène a cessé de pourrir mon seul cerveau pour pourrir également mes jambes, elle était la seule à pouvoir encore rigoler.
Au sommet panorama imprenable, tellement beau que je vous écoeurerais en le décrivant avec ma virtuosité habituelle. Et comme j’ai bon fond, je vous laisse tranquille.
Pause chips saucisson pain frais thé feuilles longues panorama couteau suisse… remettez tout dans l’ordre qui vous convient. Nous sommes redescendu par l’autre versant vers un fort agréable lac de montagne. Re-pause selon le même programme, puis une bonne partie de la ballade au plat, sur de l’herbe aussi agréable que la plus belle des moquette avec un petit sentier de terre couleur banania sinuant entre les moutons. A un moment, nous avons trouvé une chaussure de ski désincarcérée, vestige d’une vilaine chute de sport d’hiver. Ça a fait flasher ma ptite cousine qui a reconnu le paysage comme étant une station de ski sur laquelle elle a déjà glissé avec son papa. Faut dire, 3 mètres de neige et ciel gris, ça doit un peu modifier les repères.
En ce qui me concerne, ma folie a repris et je me suis remis plusieurs fois à courir partout comme un mouflon. Mes compagnons de cordé ont rapidement cessé de s’en soucier (enfin je crois). Après tout, libre à moi de faire 4 kilomètre de plus qu’eux en zigzagant dans tous les sens.
Arrivé au col permettant de repasser du bon coté de la montagne (celui de notre voiture), nous sommes redescendu plus ou moins paisiblement. En fait j’ai couru l’essentiel de la descente et là je crois que les autres se sont inquiétés parce que l’ambiance n’était plus tellement à l’herbe moelleuse, mais plutôt aux cailloux pointus.
Fin de la ballade tout le monde en vie. Retour par le village de mes vacances où nous nous sommes arrêtés devant l’ancienne maison qui nous accueillait. Un grand moment d’émotion pour moi, un grand moment de repos pour les autres qui ronflaient à l’arrière.
Pénible heure de route au retour, j’avais une sorte de sale crampe de la jambe droite sur la pédale d’accélérateur sur la nationale, un peu comme un régulateur de vitesse, je ne pouvais plus bouger mon pied sur la pédale.
Je me rappelle qu’une seule chose de notre arrivée chez ma cousine : on était mort, et il y avait beaucoup d’agitation. Mon autre ptite cousine de 20 ans arrivait juste du déménagement de son appart lyonnais, accompagné de coloc fort bruyante quoiqu’au final bien agréables.
Après on est allé se poser je ne sais plus où, juste pour souffler.
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- steph :
-jo :
18juin.
Encore une journée difficile en perspective : grasse matinée, soleil, pic-nic, baignade. La petite clio rouge (quoi, je ne l’avais pas encore dit ? quelle autre voiture qu’une clio rouge peut nous emmener si loin ?) (quoi ? je vous l’avais déjà dit ? tant pis pour vous) la petite clio rouge, donc, nous emmène dans les gorges de la Méouge (ça claque quand c’est dit comme ça). Petit coin de paradis pour un plouf dans un cours d’eau de montagne, avec cousine, petites-cousines et petit cousin à qui Stef et Jo ont fait découvrir les joies de la guitare et du chapeau de paille. Après, le tout petit Romain est allé se baigner lui aussi, sauf qu’il a pris au bas mot 4 kilo dans la bataille, vu qu’il avait gardé sa couche et que Pampers, c’est quand même fait pour absorber les fluides. Je laisse à StefB le soin de raconter cette première partie de journée, je ne doute pas qu’il trouvera les mots pour vous décrire son osmose avec les flots. Les photos de cette baignade sont venues le hanter durant de longues journées bordelaises et pluvieuses.
De retour à notre grenier préféré, nous y avons perdu Jo, victime d’une overdose de soleil. Aussi Stef et moi fumes les seuls à vivre la suite des événements qui nous ont quelque peu échappé. Nous somme partis avec ma tante et une de ses consoeurs pour une virée en 4x4 dans les montagnes. Après un arrêt devant « pierre-écrite », vestige du passage d’un guerrier romain avec ses troupes, nous avons vraiment compris pourquoi la clio bien qu’habituellement peu farouche, ne pouvait guère nous emmener ce jour-là. Les 4 roues motrices nous ont donc été bien utiles. Pour ce qui est du paysage, c’en devient une banalité de dire qu’on en a pris plein les yeux. Un détail a cependant piqué notre curiosité. Comment donc cette petite boite d’allumettes arrivait à tenir sur le tableau de bord malgré les cahots du chemin ? J’ai bien pensé, sans y voir un grand intérêt, qu’un peu de pate-à-fixe d’écolier aidait au miracle. Puis nous nous sommes aperçu que miracle il y avait bel et bien. En effet, point de footballeur ou de publicité pour un bar quelconque sur la boite, il s’agissait d’une boite à l’effigie de la vierge. Pour clore toutes nos élucubrations, nous nous sommes aperçu qu’il n’y avait nulle allumette dans la boite, puisqu’il ne s’agissait en réalité pas d’une boite, mais d’une icône. Ça a commencé à nous mettre la puce à l’oreille.
Nous sommes arrivés dans une sorte de plateau perdu dans les montagnes, avec une imposante bâtisse planté au milieu. Plutôt jolie en fait, avec une architecture pour le moins atypique. Pas d’angle droit, tout en circonvolution, très impressionnant. Mais la vraie personnalité de cette demeure venait assurément de la déco intérieure. Des icônes et images dévotes partout. Nous avons appris que ce lieu sert de réunion à des groupes de pensée religieuse, qu’elle a été rénovée à partir de ruines par des jeunes mexicains… Bon, on est bonne poire, on a aidé ma tante et sa copine à porter des cartons, des tréteaux et des tables, à organiser une pièce pour des réunions à venir. Nous nous sommes enfin retrouvés tout seul et là, Stef a tâté le terrain, genre « Rémi ? on est où là ? ». J’étais d’accord avec lui sur ce point. On est où ?
Dans la pièce principale nous attendait l’attraction des lieux, à savoir une vieille bonne sœur en ermitage dans les montagnes. Elle nous a conté quelques uns de ses pèlerinages, notamment une petite promenade à pieds jusqu’à Jérusalem, histoire de se mettre en jambe. Elle a ensuite tenté de nous persuader de rester. Bon, là, pas besoin de concertation. On a été assez clair sur le sujet. Plus besoin de nos bras musclé, nous avons brusquement souhaité visiter les environs. Nous sommes donc allé nous échouer à l’ombre, tenter d’établir un plan d’évasion. Nous avons trouvé le tracteur dont nous avions aperçu les clés à l’intérieur. Peut-être une voie de sortie par là. Finalement, le 4x4 nous a ramené. Pas un mot entre Stef et moi sur le retour, mais un soulagement patent.
Jo était revenu à la vie, alors que nous étions encore sous le choc de cette « rencontre » avec la foi. Définitivement pas pour nous. Mais la maison était très jolie.
Les rectifications historiques :
- Stef :
y a aussi le prêtre texan qui vient en cheval faire la messe.
La baraque elles nous ont présenté ça comme « un lieu de repos et de méditation pour des gens qui traversent une mauvaise passe »
- Jo
19 juin.
Dernière journée dans les Alpes, rien de particulier au programme. Au matin, nous avons découvert les copines de ma petite-cousine (celles qui revenaient du déménagement de Lyon) attablées pour un petit-déjeuner bruyant. Nous avons tous les 3 remarqué une sorte d’apparition, une fort jolie jeune fille qui avait en outre l’avantage de ne pas vriller nos tympans en parlant. Elle nous a suffisamment intimidé pour que nous ne la prenions pas en photo, alors que nous avions bombardé toutes les belles choses depuis 10 jours. Je m’arrête là, c’est en fait la première fois que je voyais celle que l’on connaîtra quelques mois plus tard sous le doux nom de « Ma Ptite Marion ». Pour ce jour-là, l’ambiance du voyage n’étant pas du tout aux rencontres galantes, nous nous sommes contentés de profiter de la vue. Nous avons ensuite fait le marché, toujours sympa l’été dans les montagnes avec des couleurs et des odeurs plus qu’agréables.
Repas de midi sur la grande terrasse de chez ma tante avec comme toujours un grand nombre d’invités. Nous sommes donc passés assez inaperçu, ce qui nous convenait fort bien. Nous avons mangé en compagnie des mes petites-cousines, on s’est donc bien marré. En ce qui me concerne, je connais cette terrasse depuis le ventre de ma môman. Par contre, Jo et Stef ont fort apprécié la disposition des lieux. Je leur laisse parler des toilettes avec vue sur les montagnes et la Durance.
Il fallait cependant bien que ça arrive une fois au cours de notre périple, nous avons vu la pluie. Rien de grave. J’avais prévu de nous mener voir la ferme de mon cousin (oui, encore un), dans une vallée magique. Mais le pluie a modifié nos plans. J’ai laissé Jo et Stef en plan pour aller seul voir mon cousin et sa petite famille. Une après-midi fort agréable pour moi, nous avons discuté tant que la pluie les a empêché de ce remettre au travail. J’ai rejoins les potes au grenier pour notre veillée d’arme.
Dernier soir, on s’est baladé dans les ruelles moyenâgeuses de Sisteron.
Les rectifications historiques :
- Stef :
- Jo :
Last day :
Si vous n’avez jamais vu Stef grognon c’est normal, ce n’est arrivé qu’une seule fois et c’était ce jour là. Ça s’est vu dès le réveil. Il a pas décoché un mot, juste quelques « Grrommmf… » quand vraiment il n’avait pas le choix. Jo et moi étions à peu près dans le même état d’esprit, mais comme à chaque fois, nous ne sommes jamais tous les trois sur le même registre au même moment, juste par pur esprit de contradiction. Le premier qui prend le créneau a gagné. Stef a pris le créneau ronchon.
Toutefois, quelques belles visites au programme devaient jalonner la journée. Ça a commencé en fanfare par les Baux-de-Provence. Déjà, joie du sud-est, parking payant à un prix exorbitant. Ensuite, pour endormir notre méfiance, la promenade dans les rues en spirale fut splendide, nous menant au clou du village, son sommet…. Fermé. Ou plutôt payant, visite d’un budget à peu près équivalent au PNB du Burkina Faso (oui, je sais, on pouvait donc se la payer, mais ça correspondait pas à l’éthique du voyage). Ça n’a pas franchement déridé le Stef. Nous sommes donc redescendu, Jo et moi plutôt guillerets malgré la tourmente, Stef croulant sous le poids de l’adversité.
C’est reparti. Bon, on visait Avignon. Seulement, le sud-est avait vraiment envie de nous perdre. D’après la carte, nous arrivions a environ 15 kilomètres d’Avignon et nous n’avions toujours pas vu la moindre indication. Ça m’a drôlement saoulé. Bande de dégénérés, ils nous pressent nos tunes tant qu’ils peuvent, les Baux étaient indiqué à 300 bornes parce que payants, mais Avignon, pas de taxe d’entrée (enfin j’espère), donc pas d’indications pour les touristes. Du coup, je crois qu’on n’y est même pas allé. On a repris l’autoroute, plus facile à trouver parce que payant. Etape suivante, Pont du Gard. C’est joli, je pensais vraiment y retrouver un Stef vivant. Parking payant, on s’est garé à 3 kilomètres parce qu’on est têtu. Résultat, un bon gros bus de japonais devant nous pour admirer la vue. Jo et moi, on commençait à vraiment se marrer, surtout en voyant Stef se débattre et tenter de s’extraire de la mélasse dans laquelle son cerveau se trouvait englué depuis le matin. On a comme d’habitude pris tout un tas de photos à la con, jusque dans des toilettes, propre bien que gratuite. J’avais endossé mon T-shirt Superman pour l’occasion !
On a repris la route en visant Carcassonne. J’avais vaguement l’intention d’y faire halte, mais on a vite baissé les bras devant notre manque d’entrain. Et puis même la clio semblait dans la mélasse. J’ai laissé le volant à Stef. On a regardé la cité depuis le belvédère sur l’autoroute, en mangeant des sandwichs de pâté Henaff.
Cahin caha, nous avons réussi à arriver à bon port. Papa et Môman nous attendaient.
3161,5 kilomètres après les avoir quitté.
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