Je me sentis moins ignorante durant ce deuxième stage, et je commençai à mémoriser le nom et l'emplacement de plusieurs bouts ; il me restait tout de même de nombreuses choses à apprendre...
Nous mîmes le cap au Nord toute la journée, car le vent, d'accord avec moi, ne voulait pas que nous arrivions à Saint-Malo ; malheureusement, nous disposions d'un moteur, et après avoir cargué les voiles, nous l'utilisâmes durant la nuit pour nous rapprocher de notre destination. Naviguant au moteur, les marins nous laissèrent le choix de participer au quart ou non ; le mien était de 4h à 8h, et je demandai évidemment à être réveillée ; d'ailleurs je devais servir le petit-déjeuner à 7h le lendemain, je devais donc être debout avant 6h45.
Jeudi 24 avril
Cette nuit, nous vîmes (ou revîmes pour moi) le film sur le Péking, et je pus barrer un petit moment. Puis je préparai le petit-déjeuner avec Virginie, la stagiaire qui dormait au-dessus de moi. Les autres stagiaires commencèrent les cuivres tandis que nous étions en train d'essuyer la vaisselle ; quand nous eûmes enfin fini, je me saisis d'une bouteille de Miror et de deux chiffons ; mais le stage étant presque complet, je ne pus trouver de cuivre dont personne ne s'occupait. Voyant mon désarroi, Charles me proposa de m'occuper du projecteur sur le toit de la timonerie ; un endroit où les stagiaires n'ont normalement pas le droit d'aller. Je dus à mon grand plaisir emprunter les haubans pour m'y rendre.
Après le poste de propreté, nous remîmes les voiles, en sachant que nous devrions les carguer à nouveau peu après. Je continuai mon boulot de la veille, aidée par un stagiaire, puis arrêtai vers 16h30, car nous devions monter dans la mâture. Mais ce fut une fausse alerte, car le vent soufflait.
Nous croisâmes quelques vagues, une ou deux passèrent sur le pont, et je pus admirer la façon dont l'eau s'écoulait par les dalots ; je fus en partie trempée par une vague qui passa par-dessus le gaillard d'avant où je me tenais. Les marins nous conseillèrent (en fait nous obligèrent !) à quitter le gaillard d'avant et nous dirent de nous mettre sur le spardeck, pour ne pas être mouillés. Mais comment peut-on se soucier d'être mouillé à bord d'un pareil navire ? Nous n'étions pas en croisière. Le bateau bougeait pas mal, et j'avais du mal à rester debout sans me tenir ; j'aurais voulu que les vagues grossissent encore, et pourquoi pas être prise dans un véritable tempête.
Vendredi 25 avril
Ce matin, je me levai de mauvaise humeur ; j'avais en effet loupé mon quart de nuit, de minuit à 4h. J'appris que, le vent soufflant assez fort et le bateau bougeant beaucoup, les marins avaient décidé que le quart était facultatif ; m'étant couchée tôt pour pouvoir tenir le coup durant le quart, je n'entendis pas cette annonce et ne pus prévenir que je souhaitais faire ce quart.
Heureusement, la journée fut riche en évènements, qui me firent oublier ma déception : nous eûmes en effet l'occasion de faire un tour en zodiac pour photographier le Belem, qui décidément est le plus beau des voiliers. Et surtout, je pus enfin réaliser ce dont je rêvai depuis si longtemps : grimper dans la mâture ! Nous eûmes d'abord seulement le droit d'aller sur la vergue la plus basse, celle de la misaine. Je n'avais pas réalisé que lorsque nous étions à la fusée de la vergue (à l'extrémité), nous étions au-dessus de l'eau. Revenue sur le pont, j'assistai à un incident : un pot de peinture blanche avait été renversé sur le pont ; les matelots le nettoyèrent avec promptitude.
Après avoir cargué les voiles, et une fois que tous les stagiaires le souhaitant aient pu monter sur la vergue de la misaine, les plus téméraires purent grimper à la dernière vergue, la vergue du petit cacatois. J'y montai deux fois de suite, c'était absolument génial, nous dominions l'ensemble du navire, et la vue s'étendait au loin. J'eus du mal à photographier l'arrière du trois-mâts, car se retourner en se tenant d'une main et cadrer la photo de l'autre était plutôt ardu. Après le punch, que je préparai à nouveau avec Jérémy, il se mit à l'accordéon ; et nous chantâmes de bon cœur, à défaut de chanter bien, dans une ambiance extraordinairement chaleureuse.
Le soir, les stagiaires furent dispensé de quart car nous étions au mouillage à Saint Quay Portrieux. Je descendis à terre, le voyage en zodiac fut très amusant ; nous allions à 20 nœuds à l'heure et nous dépassâmes un autre bateau à moteur. Je ne vis pas grand-chose de la ville, de toute façon il n'y a rien à voir quand le Belem est à côté.
Samedi 26 avril
Ce matin, après avoir continué de faire briller "mon" projecteur sur le toit de la timonerie, je pus remonter sur le mât de misaine pour serrer le petit cacatois (la voile la plus haute) et la misaine. Nous étions presque arrivés, à mon grand désespoir ; d'autant que je commençai à mémoriser le nom de beaucoup de bouts.
Ma famille m'attendait sur le quai, et je dus mettre pied à terre. J'aurais voulu me cacher dans la cale et continuer le voyage, mais il a fallu que je reprenne le cours normal de la vie.
Je réussis tout de même à revenir deux fois sur le Belem : la première fois, parce que ma famille n'avait pas mangé et que je préférai retourner à bord que de les regarder manger ; la deuxième fois parce que j'avais oublié ma serviette dans le sèche-serviette, les matelots l'avaient déjà emmenée dans le poste d'équipage pour la garder.
Finalement, je dus dire adieu au Belem et à son équipage, en sachant que j'y retournerai l'année d'après.