Deux stages à bord du Belem :
Calais ==> Fécamp et Fécamp ==> Saint-Malo

Du samedi 19 au jeudi 26 avril 2008

    Tout a commencé par quelques lignes dans un magazine, pour un concours organisé par le festival Jules Verne aventures. On pouvait gagner un stage sur un trois-mâts ; je participai donc à ce concours. Qui oserait dire que je perdis ? J'appris en effet l'existence du Belem.

Après deux ans et de sévères économies, je pus enfin réaliser ce qui était devenu mon rêve : partir quelques jours sur l'un des derniers témoins de la marine à voiles.

    Il fut difficile de trouver un stage me convenant, sachant que je voulais naviguer le long des côtes bretonnes (surtout pas en Méditerranée), et que le bac m'attend à la fin de l'année, finalement j'optai pour deux stages d'affilée, qui devaient me mener de Calais jusqu'à Saint-Malo, en passant par Fécamp.

Samedi 19 avril 2008
    J'arrivai à 11h40 à Calais avec ma mère, et nous cherchâmes le chemin jusqu'au port. Ne connaissant pas du tout Calais, nous nous arrêtâmes à l'office de tourisme. Nous demandâmes ce que l'on pouvait faire à Calais en une journée, la dame de l'office de tourisme nous dit : "Il y a le phare de Calais, l'église, les six bourgeois. Et aussi, exceptionnellement, il y a le Belem à quai." "Oui, c'est pour ça qu'on est là". Elle se montra très intéressée et nous indiqua le chemin jusqu'au bassin Carnot. Nous nous dirigeâmes donc de ce côté. Après un bref arrêt devant une vitrine exposant une maquette du Belem et à l'hôtel pour déposer nos bagages encombrants, nous marchâmes vers le port, moi accélérant de plus en plus, ma mère essayant péniblement de me suivre. Et après quelques minutes qui me parurent une éternité, je l'aperçus enfin. Après avoir marché dans tous les sens pour trouver l'accès au quai, nous pûmes enfin l'admirer dans toute sa splendeur. Nous voulûmes le visiter, mais il fallait attendre 14h30. Nous repartîmes donc en sens inverse, pour pique-niquer près de l'église. Nous mangeâmes debout, car nous n'avions croisé aucun banc dans toute la ville. Est-ce que les chtis s'assoient parfois ? Je ne sais pas, ce qui est sûr c'est qu'ils sont très aimables (ils s'arrêtent pour nous laisser traverser !).
     À 14h30, nous sommes allées acheter nos billets pour visiter le plus ancien trois-mâts français. Nous avons pu voir la dunette, la timonerie, le grand roof, le gaillard d'avant. Je fus impressionnée par la beauté de ce navire, et par le nombre de cordes -euh pardon, bouts-. En voyant un tableau avec les voiles et leurs noms dans le grand roof, je crus que jamais je ne pourrai toutes les retenir, mais en fait...
Nous mîmes finalement pied à terre, et allâmes visiter le phare. Les gens qui s'en occupaient furent très gentils (comme tous les chtimis avec lesquels nous avions discuté), et très intéressés par le Belem. Ils nous posèrent quelques questions à propos des stages, et nous eûmes droit à une visite guidée juste pour nous deux. Au sommet du phare, on ne vit pas grand-chose, car il y avait du brouillard, mais nous pûmes admirer le trois-mâts, un peu dévalorisé par la grisaille des quais et la hauteur des grues l'entourant. De retour au rez-de-chaussée, nous visitâmes une petite exposition très bien faite, où je m'initiai à l'utilisation d'un sextant. Puis nous discutâmes avec les gardiens du phare, qui décidément, étaient vraiment sympathiques. Nous croisâmes également deux ou trois futurs stagiaires dans le phare.
     Ayant du temps devant nous avant l'heure de l'embarquement (à 22h00), nous sillonnâmes Calais de long en large, et nous parcourûmes de nombreux kilomètres. Nous mangeâmes dans une pizzeria, puis retournâmes à l'hôtel en attendant l'Heure.
     Enfin, le moment tant attendu arriva. Après avoir pris connaissance de mon numéro de bannette (le 17) et mon mug, je me dirigeai vers la couchette qui, bien que fort étroite, était très confortable. Je rangeai mes bagages dans le minuscule espace qui m'était alloué, puis je regardai mes horaires de quart. Le lendemain, je devais faire le service du petit-déjeuner, et j'étais de quart de 10h à 12h. Or, nous devions partir à 10h00, je fus donc extrêmement contente de voir que je pourrai participer à la manœuvre. Je notai aussi que mon quart de nuit se déroulerai de 4h00 à 8h00.

Dimanche 20 avril
   
Après une bonne nuit de sommeil, je me levai à 5h10. Je montai sur le pont ; un stagiaire était déjà debout. Il ne faisait pas vraiment chaud. Un peu avant 7h00, je dus préparer le petit-déjeuner ; heureusement je bénéficiai de l'aide du deuxième stagiaire de service, qui était récidiviste ; il put me dire ce que je devais faire. Après avoir pris notre petit-déj' et effectué de nombreux allers et retours ; nous fîmes la vaisselle, ou du moins, nous l'essuyâmes : la cuisine du Belem dispose en effet d'un lave-vaisselle très rapide, tout est propre en trois minutes ; ce qui laisse à peine le temps d'essuyer les bols ou les assiettes et de préparer la "fournée" suivante.
    Enfin, les corvées furent finies (mais peut-on vraiment parler de corvée à bord du Belem ?) ; et nous attendîmes le départ avec impatience. Mais, cruelle déception, nous apprîmes que le départ, initialement prévu à 10h00, était reporté à 12h00 à cause des horaires des écluses. Ma mère, qui voulait voir le départ, fut donc obligée de partir pour ne pas manquer son train. Une autre conséquence était que je ne pouvais y assister moi-même, puisque je devais manger à 12h00 ! Nous eûmes droit à une présentation générale du Belem et de la vie à bord, et un exercice de sécurité. Le commandant nous invita à poser toutes les questions pouvant nous passer par la tête, même si elles nous semblaient bêtes ; il précisa toutefois que si elles nous semblaient vraiment trop bêtes, on pouvait essayer de demander à un autre stagiaire de poser ladite question.
    Enfin, nous partîmes pour la grande aventure. Je ne mangeai pas beaucoup et montai sur le pont entre deux bouchées pour assister à ce moment intense et chargé d'émotions ; les stagiaires de quart et les marins commençaient à envoyer les voiles, de nombreux Calaisiens saluaient le Belem ; et malgré la grisaille, le trois-mâts devait être sublime. Je fus légèrement surprise au début par le léger roulis, je n'avais tout simplement pas pensé à ce détail ; mais je m'y fis très vite, d'ailleurs je n'eus pas le mal de mer, ce qui est très encourageant pour un futur marin !
    Une fois le repas fini, j'eus tout le loisir de monter sur le pont pour apprécier pleinement le rêve devenu réalité. Je participai à quelques manœuvres et lové des bouts (prononcer boutes). Nous eûmes ensuite droit à un cours sur les voiles du Belem : drisses, vergues, écoutes... Les marins nous dirent qu'il fallait environ un an pour tout mémoriser ; et il faut avouer que je n'en menais pas large. Je découvris que hisser des voiles ou brasser des vergues était beaucoup plus physique que je ne le pensais ; mais au moins, cela réchauffe.
    Je tins la barre durant presque deux heures, pendant mon quart de 18 à 20h, je ne me débrouillais pas trop mal à la fin. Le soleil fit une apparition, mais le temps resta gris et quelques gouttes tombèrent. Nous croisâmes un bateau de la douane pendant que je tenais la barre ; le commandant vint sur la dunette et demanda à l'un des stagiaires de baisser le pavillon à mi-hauteur puis de le hisser à nouveau trois fois de suite ; le bateau était obligé de répondre à notre salut, nous vîmes donc les marins s'activer ; il paraît que si nous devons hisser le pavillon trois fois de suite, c'est pour les trois lettres BAR : Bon À Rien !
    Durant le repas à 20h, le vent tomba ; nous fîmes donc la route au moteur. La première journée fut fatigante, il faut dire que durant les deux stages que je fis, je passai la plupart de mon temps sur le pont, dédaignant la batterie où j'aurais pu me reposer. Mais comment envisager de faire la sieste sur un trois-mâts ? Je dus tout de même me coucher, afin d'être en forme le lendemain pour le quart de 4 à 8h.

Lundi 21 avril

    Ce matin, je commençai le quart par une heure de veille sur le gaillard d'avant ; puis, pendant l'heure de "dispo", durant laquelle nous devions être disponible pour une manœuvre ou une quelconque tâche requérant de la main d'œuvre, on nous emmena dans le petit roof réservé aux officiers pour nous montrer un film sur le cap-hornier Péking. Nous assistâmes à une tempête impressionnante, des paquets de mer balayaient le pont ; mais le navire tînt bon et arriva enfin à destination. Je passai la troisième heure sur la dunette ; j'espérai voir le lever du soleil, mais les nuages m'en empêchèrent. À 7h, nous allâmes déjeuner : c'est un avantage des stagiaires par rapport aux marins, car ce quart ne dure pour nous que trois heures ; eux se relaient et déjeunent à tour de rôle entre 7h et 8h.
    Après le poste de propreté, le commandant nous montra et commenta un diaporama très intéressant sur l'histoire du Belem : construit en 1896 à Nantes pour le chocolatier Menier, sa mission était de chercher du cacao à la ville
éponyme de Belém, au Brésil ; sa première campagne fut une catastrophe, il fut presque entièrement brûlé ; néanmoins il repartit après de longues réparations et effectua plusieurs campagnes sans aucun problème. En 1902, il échappa de justesse à l'éruption de la Montagne Pelée en Martinique : un bateau ayant pris sa place au mouillage, le capitaine donna l'ordre de contourner l'île et de s'ancrer de l'autre côté ; tous les navires mouillés devant le port de Saint-Pierre sombrèrent, le Belem ne reçut que quelques cendres. Mais la marine à voile commençait à devenir obsolète, avec la prolifération des bateaux à vapeur ; l'armateur Crouan, propriétaire du navire, finit par être contraint de le vendre. Il fut acheté par un anglais, le duc de Westminster, en 1914 ; celui-ci le transforma en un yacht somptueux, et rajouta deux moteurs. En 1920, le brasseur Guinness le racheta au duc et le rebaptisa Fantôme II. Il fit à son bord un tour du monde, et participa à des régates et des rassemblements prestigieux. Puis il fut désarmé et oublié pendant de nombreuses années. En 1951, il fut acheté par un italien qui le baptisa du nom de son fils mort accidentellement, Giorgio Cini, et fut transformé en navire école pour les orphelins de la marine. Mais, trop vieux et trop coûteux, il fut à nouveau abandonné ; un français, en vacances à Venise, le visita et vit sur une peinture les mots Belem et Nantes. De retour en France, il alerta l'opinion publique jusqu'à parvenir à la création de la fondation Belem, financée par son mécène, les Caisses d'Épargne. Le navire reprit la mer et son premier nom, le Belem. Après d'important travaux et un séjour à Paris, le trois-mâts fut transformé en navire-école et accueille aujourd'hui des stagiaires désireux de renouer avec la tradition de la marine à voiles.
    Après ce récit passionnant, nous effectuâmes plusieurs manœuvres et lovâmes des bouts. Jérémy, l'un des matelots, me proposa de l'aider à servir le punch, nous nous installâmes donc dans le grand roof, tandis que les autres stagiaires intéressés nous regardaient par les fenêtres. Le punch était délicieux, et l'ambiance géniale. Je me couchai tôt une fois de plus, puisque je devais faire cette fois le quart de minuit à 4h, aussi appelé le quart des cracks.

Mardi 22 avril
    À minuit, les marins, ayant sûrement peur que nous soyons encore trop endormis pour faire le quart, nous demandèrent de participer à la manœuvre ; nous dûmes brasser les voiles pour faire un virement de bord. Ce fut brutal, mais au moins cela nous réchauffa. À 4h, alors que, transis, nous pensions avec bonheur pouvoir regagner nos bannettes, nous apprîmes que nous devions effectuer un deuxième virement de bord avec le quart montant, nous voilà donc à nouveau à brasser les vergues de la misaine et du grand-mât.     Enfin, on nous autorisa à nous coucher, nous eûmes donc moins de trois heures de sommeil jusqu'au lever à 7h. Après le petit-déjeuner, je participai aux cuivres ; nous fîmes briller le Belem. Nous carguâmes ensuite les voiles que le quart de 4 à 8h avait mis deux heures à établir, et nous mîmes le cap sur Fécamp, ville au large de laquelle nous étions resté pendant la nuit, car nous étions en avance sur l'horaire prévu. Le commandant souhaitait présenter aux habitants de Fécamp le Belem toutes voiles dehors, malheureusement la rencontre avec le pilote fut avancée, nous arrivâmes donc au moteur.
    Nous accostâmes à Fécamp vers 13h30. Les autres stagiaires préparèrent leur sac, j'étais la seule à rester ! Je ne visitai pas beaucoup Fécamp, pourquoi visiter une ville quand on est à bord d'un trois-mâts ? J'admirai l'amour que les marins portent à "leur" trois-mâts : le soir, voyant que le mât d'artimon n'était pas éclairé, contrairement aux deux autres, et que ce n'était pas très joli ; ils téléphonèrent à l'un des marins resté à bord pour lui demander d'allumer le projecteur.
    Étant la seule stagiaire à bord, j'eus quelques privilèges ; je pus descendre au poste de l'équipage ; les matelots jouaient de la musique (guitare, trompette, clarinette, accordéon diatonique et cuillères irlandaises), je découvris donc un autre pan de la vie en mer, une ambiance différente, je crois que ce fut la meilleure soirée de mes stages.

Mercredi 23 avril
    Les stagiaires commencèrent à embarquer un peu avant 10h, la bannette au-dessus de la mienne, dont je me servais pour poser mes affaires, fut occupée par une stagiaire ; heureusement celle-ci était très sympa (comme la plupart des stagiaires).
    Nous partîmes vers 12h, et le sort semblait s'acharner contre moi, puisque j'étais à nouveau du deuxième service. Néanmoins, je me dépêchai et finis à temps pour participer aux manœuvres. Après quoi, un matelot, Charles, me voyant désœuvrée, me proposa un boulot d'entretien du navire, consistant à protéger les pas de vis se trouvant en bas des haubans. J'acceptai avec plaisir, fière de pouvoir participer à l'entretien d'un trois-mâts que j'aimais de plus en plus.


    Je me sentis moins ignorante durant ce deuxième stage, et je commençai à mémoriser le nom et l'emplacement de plusieurs bouts ; il me restait tout de même de nombreuses choses à apprendre...
    Nous mîmes le cap au Nord toute la journée, car le vent, d'accord avec moi, ne voulait pas que nous arrivions à Saint-Malo ; malheureusement, nous disposions d'un moteur, et après avoir cargué les voiles, nous l'utilisâmes durant la nuit pour nous rapprocher de notre destination. Naviguant au moteur, les marins nous laissèrent le choix de participer au quart ou non ; le mien était de 4h à 8h, et je demandai évidemment à être réveillée ; d'ailleurs je devais servir le petit-déjeuner à 7h le lendemain, je devais donc être debout avant 6h45.

Jeudi 24 avril
    Cette nuit, nous vîmes (ou revîmes pour moi) le film sur le Péking, et je pus barrer un petit moment. Puis je préparai le petit-déjeuner avec Virginie, la stagiaire qui dormait au-dessus de moi. Les autres stagiaires commencèrent les cuivres tandis que nous étions en train d'essuyer la vaisselle ; quand nous eûmes enfin fini, je me saisis d'une bouteille de Miror et de deux chiffons ; mais le stage étant presque complet, je ne pus trouver de cuivre dont personne ne s'occupait. Voyant mon désarroi, Charles me proposa de m'occuper du projecteur sur le toit de la timonerie ; un endroit où les stagiaires n'ont normalement pas le droit d'aller. Je dus à mon grand plaisir emprunter les haubans pour m'y rendre.
    Après le poste de propreté, nous remîmes les voiles, en sachant que nous devrions les carguer à nouveau peu après. Je continuai mon boulot de la veille, aidée par un stagiaire, puis arrêtai vers 16h30, car nous devions monter dans la mâture. Mais ce fut une fausse alerte, car le vent soufflait.
    Nous croisâmes quelques vagues, une ou deux passèrent sur le pont, et je pus admirer la façon dont l'eau s'écoulait par les dalots ; je fus en partie trempée par une vague qui passa par-dessus le gaillard d'avant où je me tenais. Les marins nous conseillèrent (en fait nous obligèrent !) à quitter le gaillard d'avant et nous dirent de nous mettre sur le spardeck, pour ne pas être mouillés. Mais comment peut-on se soucier d'être mouillé à bord d'un pareil navire ? Nous n'étions pas en croisière. Le bateau bougeait pas mal, et j'avais du mal à rester debout sans me tenir ; j'aurais voulu que les vagues grossissent encore, et pourquoi pas être prise dans un véritable tempête.

Vendredi 25 avril
    Ce matin, je me levai de mauvaise humeur ; j'avais en effet loupé mon quart de nuit, de minuit à 4h. J'appris que, le vent soufflant assez fort et le bateau bougeant beaucoup, les marins avaient décidé que le quart était facultatif ; m'étant couchée tôt pour pouvoir tenir le coup durant le quart, je n'entendis pas cette annonce et ne pus prévenir que je souhaitais faire ce quart.
    Heureusement, la journée fut riche en évènements, qui me firent oublier ma déception : nous eûmes en effet l'occasion de faire un tour en zodiac pour photographier le Belem, qui décidément est le plus beau des voiliers. Et surtout, je pus enfin réaliser ce dont je rêvai depuis si longtemps : grimper dans la mâture ! Nous eûmes d'abord seulement le droit d'aller sur la vergue la plus basse, celle de la misaine. Je n'avais pas réalisé que lorsque nous étions à la fusée de la vergue (à l'extrémité), nous étions au-dessus de l'eau. Revenue sur le pont, j'assistai à un incident : un pot de peinture blanche avait été renversé sur le pont ; les matelots le nettoyèrent avec promptitude.
    Après avoir cargué les voiles, et une fois que tous les stagiaires le souhaitant aient pu monter sur la vergue de la misaine, les plus téméraires purent grimper à la dernière vergue, la vergue du petit cacatois. J'y montai deux fois de suite, c'était absolument génial, nous dominions l'ensemble du navire, et la vue s'étendait au loin. J'eus du mal à photographier l'arrière du trois-mâts, car se retourner en se tenant d'une main et cadrer la photo de l'autre était plutôt ardu. Après le punch, que je préparai à nouveau avec Jérémy, il se mit à l'accordéon ; et nous chantâmes de bon cœur, à défaut de chanter bien, dans une ambiance extraordinairement chaleureuse.
    Le soir, les stagiaires furent dispensé de quart car nous étions au mouillage à Saint Quay  Portrieux. Je descendis à terre, le voyage en zodiac fut très amusant ; nous allions à 20 nœuds à l'heure et nous dépassâmes un autre bateau à moteur. Je ne vis pas grand-chose de la ville, de toute façon il n'y a rien à voir quand le Belem est à côté.

Samedi 26 avril
    Ce matin, après avoir continué de faire briller "mon" projecteur sur le toit de la timonerie, je pus remonter sur le mât de misaine pour serrer le petit cacatois (la voile la plus haute) et la misaine. Nous étions presque arrivés, à mon grand désespoir ; d'autant que je commençai à mémoriser le nom de beaucoup de bouts.
    Ma famille m'attendait sur le quai, et je dus mettre pied à terre. J'aurais voulu me cacher dans la cale et continuer le voyage, mais il a fallu que je reprenne le cours normal de la vie.
    Je réussis tout de même à revenir deux fois sur le Belem : la première fois, parce que ma famille n'avait pas mangé et que je préférai retourner à bord que de les regarder manger ; la deuxième fois parce que j'avais oublié ma serviette dans le sèche-serviette, les matelots l'avaient déjà emmenée dans le poste d'équipage pour la garder.
    Finalement, je dus dire adieu au Belem et à son équipage, en sachant que j'y retournerai l'année d'après.