Tibet: le dalaï-lama appelle de nouveau à des discussions "sérieuses" avec Pékin

AFP - 27.04.2008, 08:16

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Le dalaï lama à l'aéroport de Dharamsala, le 26 avril 2008. Photo: Str (AFP)
NEW DELHI (AFP) - Le dalaï lama a de nouveau appelé dimanche à des discussions "sérieuses" avec la Chine qui, sans cela, seraient inutiles, selon son porte-parole.

"Nous avons déjà participé à six rounds de discussions et rien n'en est sorti et si cette fois la Chine est sérieuse, alors c'est positif, mais si elle veut juste montrer au monde que nous discutons, alors cette rencontre est inutile", a déclaré à l'AFP le porte-parole du dalaï-lama Tenzin Takla.

Le dalaï-lama avait salué samedi la proposition de la Chine de reprendre le dialogue pour aider à résoudre la crise au Tibet, soulignant qu'il voulait des "discussions sérieuses" avec Pékin. "Je n'ai pas encore reçu d'informations détaillées (à propos de ce dialogue), mais de manière générale il est bon de parler", avait déclaré le chef spirituel du bouddhisme tibétain, de retour à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, où il vit en exil.

L'agence officielle Chine Nouvelle a annoncé vendredi que la Chine prévoyait de rencontrer dans les prochains jours un représentant du dalaï-lama, à la demande de ce dernier, Prix Nobel de la Paix exilé en Inde. Le porte parole du chef spirituel tibétain, âgé de 72 ans, a également souligné qu'il y avait un besoin urgent de reprendre le dialogue alors que la répression chinoise au Tibet s'est encore accentuée.

"La répression au Tibet s'est accentuée", a-t-il assuré, joint par téléphone depuis Dharamsala. "Les militaires encerclent des monastères et des arrestations se poursuivent", a-t-il ajouté. "Sa Sainteté estime que pour résoudre les problèmes, nous avons besoin de discussions", a-t-il encore dit.

Tenzin Takla a également indiqué que Lodi Gyari, un émissaire spécial du dalaï-lama, qui avait participé aux discussions entre Tibétains et Chinois entamées en 2002 et interrompues en 2007, se rendrait à Dharamsala pour des "consultations" avec le dignitaire tibétain.

Source : Le Temps


Dialogue Chine-Tibet : une opération de relations publiques (analystes)


La proposition lancée par la Chine d'une reprise du dialogue avec le dalaï lama a peu de chances de donner des résultats tangibles et s'apparente davantage, selon des analystes, à une opération de relations publiques, à trois mois des jeux Olympiques de Pékin.

(afp) - La proposition lancée par la Chine d'une reprise du dialogue avec le dalaï lama a peu de chances de donner des résultats tangibles et s'apparente davantage, selon des analystes, à une opération de relations publiques, à trois mois des jeux Olympiques de Pékin.

La Chine a proposé vendredi de reprendre le dialogue avec un représentant du dalaï lama, une annonce surprise qui a suscité l'espoir d'un apaisement après les troubles de la mi-mars au Tibet. Mais, pour les spécialistes, Pékin n'a aucune intention d'infléchir sa position et espère surtout un relâchement de la pression internationale.

"Cette invitation à dialoguer vise à atténuer la campagne pro-tibétaine menée à l'approche des jeux Olympiques et devenue un sujet majeur d'inquiétude en Chine", a estimé Anand Ojha, analyste politique à l'Université de New Dehli.

En réaction à la répression chinoise des manifestations au Tibet, le périple à travers le monde de la flamme des JO a été émaillé de protestations dénonçant la situation des droits de l'Homme au Tibet. Samedi encore, le relais de la flamme à Nagano (Japon) a été marqué par des heurts entre des pro et anti-chinois qui ont fait quatre blessés.

Pour Andrew Fischer, spécialiste du Tibet à la London School of Economics, "la première indication du sérieux de la proposition chinoise sera de voir si des négociateurs disposant de plus de pouvoirs" que ceux ayant jusque là participé aux discussions seront envoyés pour négocier avec le dalaï lama.

L'entourage du dalaï lama et le gouvernement en exil négocient depuis 2002 avec des responsables chinois. Mais la position de Pékin s'est "durcie" en 2006, selon le dalaï lama, et les derniers contacts remontent à juin-juillet 2007.

L'annonce d'une reprise du dialogue a été saluée par toutes les capitales occidentales. Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel, qui avait reçu le dalai lama en septembre au grand dam de Pékin, a souhaité que ce soit "un pas important pour calmer la situation".

Pour Tsering Shakya, professeur d'histoire tibétaine à l'Université de Vancouver, la proposition chinoise de dialoguer "n'est pas seulement une réponse à la pression internationale (...) Les hauts responsables chinois ont réalisé qu'ils étaient confrontés à un vrai problème au Tibet".

Il ne faut pourtant pas s'attendre à de grands changements dans l'attitude de Pékin à l'égard du Tibet tant que le chef de la province, Zhang Qingli, connu pour son extrême sévérité, restera en poste, selon M. Shakya.

"Si le Parti communiste est vraiment intéressé par des négociations sérieuses, le premier pas à accomplir est de limoger (Zhang)", a estimé M. Shakya. Pour l'expert Fischer, le chef de la province semble vouloir "effacer la culture du Tibet et l'assimiler à la Chine".

Malgré son apparente volonté de dialogue, la Chine a réitéré samedi ses attaques contre le dalaï lama, la presse officielle l'accusant d'avoir déstabilisé le Tibet. "La clique du dalaï lama a utilisé tous les moyens possibles pour saper la stabilité et le développement du Tibet", a affirmé le Quotidien du Peuple, l'organe officiel du Parti communiste chinois.

Le gouvernement tibétain en exil a réagi en demandant à la Chine de "cesser de diffamer" le dignitaire, revenu samedi en Inde après un voyage aux Etats-Unis. "Cette tentative de diaboliser Sa Sainteté ne fonctionnera pas", a assuré Thubten Samphel, porte-parole de l'exécutif tibétain. La Chine "doit arrêter cette campagne, stopper la récession et s'attaquer aux vraies causes" des troubles, a-t-il ajouté.

Vendredi, Tenzin Takhla, porte-parole du chef spirituel tibétain avait indiqué que le dalaï lama avait salué l'offre de dialogue de la Chine, estimant qu'il s'agit d'"un pas dans la bonne direction puisque seuls des entretiens en face à face peuvent conduire au règlement de la question tibétaine".




Source : L'Echo - 26/04/2008.