![]() Le dalaï lama à l'aéroport de Dharamsala, le 26 avril 2008. Photo: Str (AFP) |
(afp) - La proposition lancée par la Chine d'une
reprise du dialogue avec le dalaï lama a peu de chances de donner des
résultats tangibles et s'apparente davantage, selon des analystes, à
une opération de relations publiques, à trois mois des jeux Olympiques
de Pékin.
La Chine a proposé vendredi de reprendre le dialogue
avec un représentant du dalaï lama, une annonce surprise qui a suscité
l'espoir d'un apaisement après les troubles de la mi-mars au Tibet.
Mais, pour les spécialistes, Pékin n'a aucune intention d'infléchir sa
position et espère surtout un relâchement de la pression internationale.
"Cette
invitation à dialoguer vise à atténuer la campagne pro-tibétaine menée
à l'approche des jeux Olympiques et devenue un sujet majeur
d'inquiétude en Chine", a estimé Anand Ojha, analyste politique à
l'Université de New Dehli.
En réaction à la répression chinoise
des manifestations au Tibet, le périple à travers le monde de la flamme
des JO a été émaillé de protestations dénonçant la situation des droits
de l'Homme au Tibet. Samedi encore, le relais de la flamme à Nagano
(Japon) a été marqué par des heurts entre des pro et anti-chinois qui
ont fait quatre blessés.
Pour Andrew Fischer, spécialiste du
Tibet à la London School of Economics, "la première indication du
sérieux de la proposition chinoise sera de voir si des négociateurs
disposant de plus de pouvoirs" que ceux ayant jusque là participé aux
discussions seront envoyés pour négocier avec le dalaï lama.
L'entourage
du dalaï lama et le gouvernement en exil négocient depuis 2002 avec des
responsables chinois. Mais la position de Pékin s'est "durcie" en 2006,
selon le dalaï lama, et les derniers contacts remontent à juin-juillet
2007.
L'annonce d'une reprise du dialogue a été saluée par
toutes les capitales occidentales. Samedi, la chancelière allemande
Angela Merkel, qui avait reçu le dalai lama en septembre au grand dam
de Pékin, a souhaité que ce soit "un pas important pour calmer la
situation".
Pour Tsering Shakya, professeur d'histoire tibétaine
à l'Université de Vancouver, la proposition chinoise de dialoguer
"n'est pas seulement une réponse à la pression internationale (...) Les
hauts responsables chinois ont réalisé qu'ils étaient confrontés à un
vrai problème au Tibet".
Il ne faut pourtant pas s'attendre à de
grands changements dans l'attitude de Pékin à l'égard du Tibet tant que
le chef de la province, Zhang Qingli, connu pour son extrême sévérité,
restera en poste, selon M. Shakya.
"Si le Parti communiste est
vraiment intéressé par des négociations sérieuses, le premier pas à
accomplir est de limoger (Zhang)", a estimé M. Shakya. Pour l'expert
Fischer, le chef de la province semble vouloir "effacer la culture du
Tibet et l'assimiler à la Chine".
Malgré son apparente volonté
de dialogue, la Chine a réitéré samedi ses attaques contre le dalaï
lama, la presse officielle l'accusant d'avoir déstabilisé le Tibet. "La
clique du dalaï lama a utilisé tous les moyens possibles pour saper la
stabilité et le développement du Tibet", a affirmé le Quotidien du
Peuple, l'organe officiel du Parti communiste chinois.
Le
gouvernement tibétain en exil a réagi en demandant à la Chine de
"cesser de diffamer" le dignitaire, revenu samedi en Inde après un
voyage aux Etats-Unis. "Cette tentative de diaboliser Sa Sainteté ne
fonctionnera pas", a assuré Thubten Samphel, porte-parole de l'exécutif
tibétain. La Chine "doit arrêter cette campagne, stopper la récession
et s'attaquer aux vraies causes" des troubles, a-t-il ajouté.
Vendredi,
Tenzin Takhla, porte-parole du chef spirituel tibétain avait indiqué
que le dalaï lama avait salué l'offre de dialogue de la Chine, estimant
qu'il s'agit d'"un pas dans la bonne direction puisque seuls des
entretiens en face à face peuvent conduire au règlement de la question
tibétaine".
Source : L'Echo - 26/04/2008.