Sous la menace des Tigres
Les récentes attaques des Tigres de l'air [branche aérienne des LTTE, groupe rebelle tamoul] contre des cibles militaires et économiques situées dans et autour de Colombo représentent une grave menace pour l'économie du Sri Lanka. Compte tenu de la concentration des objectifs militaires et économiques, et de la dépendance du pays vis-à-vis du commerce international et du tourisme, toute menace durable sur la ville aura des conséquences tout à fait déplaisantes pour l'ensemble de l'île. Le premier raid aérien des insurgés a eu lieu le 26 mars dernier. La base de Katunayake, qui jouxte l'aéroport international de Colombo, a été frappée. Puis, le 29 avril, ce sont des installations de stockage pétrolier dans et autour de la capitale qui ont été les cibles. Même si, dans les deux cas, les dégâts matériels ont été négligeables, ces attaques devraient suffire à réveiller les responsables de l'économie.
D'ailleurs, il faut s'attendre à de nouvelles opérations de ce genre, le porte-parole militaire des Tigres ayant officiellement juré de détruire les
"actifs stratégiques" du pays tant que le gouvernement continuerait de pilonner et de bombarder les régions tamoules au nord et à l'est. Et le tourisme sera le premier secteur affecté. L'an dernier, plus de 500 000 personnes ont visité le Sri Lanka. Le tourisme a rapporté un peu plus de 315 millions d'euros, occupant ainsi la troisième place des bénéfices du pays. Avec 4 millions de passagers par an, l'aéroport de Colombo est l'un des grands centres de transit de l'Asie du Sud. Mais, après la frappe du 29 avril, les compagnies Emirates et Cathay Pacific ont suspendu leurs vols. Singapore Airlines a interrompu ses vols de nuit, les raids des rebelles ayant généralement lieu à ce moment. L'Australie a quant à elle rejoint certains pays européens et adressé un avis négatif aux touristes potentiels, ce qui pourrait influencer l'afflux de voyageurs. On observe déjà un fléchissement du nombre de visiteurs de 36 % par rapport à l'an dernier. Et les grands hôtels commencent à renoncer à certains de leurs projets d'expansion.
Pour combler les lacunes de son système de défense,
le Sri Lanka se tourne vers de coûteux équipements de surveillance aérienne, de détection et d'opérations nocturnes, et achète davantage d'appareils de combat. Cela ne va pas manquer de ralentir les dépenses en faveur du développement, surtout dans le domaine des infrastructures. Le gouvernement espère que la guerre sera terminée d'ici trois ans. Mais, avant cette date, la hausse énorme des dépenses militaires et la perte de ressources touristiques risquent bel et bien de torpiller l'économie.
P. K. Balachandran,Hindustan Times, New Delhi
Source :
Courrier International n° 862 - Du 10 au 15 mai 2007