Quelques extraits du livre "Petit manuel de médecine de montagne" - De l'ampoule à l'oedème pulmonaire et de la randonnée à l'expé himalayenne.
Auteur : Dr Emmanuel Cauchy. Médecin de secours à Chamonix, il excerce paralléllement aux Hôpitaux du Mont-Blanc et coordonne les activités de l'Institut de formation et de recherche en médecine de montagne (Ifremmont) dont il est le fondateur.
Editions Glénat mai 2007. 167 pages.
Mal aigu des montagnes (MAM)
Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler les deux paramètres essentiels qui caractérisent l'altitude: la pression diminue et l'oxygène se raréfie.
L' organisme n'apprécie pas ces contraintes, et bien qu'il soit capable de s'adapter en augmentant sa ventilation et en multipliant le nombre de ses globules rouges, il a besoin d'un délai pour réagir.
Si l'on monte trop vite sans respecter de paliers, un ensemble de signes désagréables apparaît. Les plus fréquents sont les maux de tête (qui peuvent être importants), les vomissements, l'essoufflement et une fatigue anormale; l'insomnie perturbe les nuits. Parfois surviennent même des troubles neurologiques, d'abord sans gravité comme des vertiges ou de l'agressivité ou, au contraire, sous forme de léthargie, puis plus sérieux, voire mortels.
Cet ensemble de symptômes constitue ce que ron applle le mal aigu des montagnes (MAM).
Si les signes restent modérés, le MAM est considéré comme bénin et la conduite à tenir est simple: se reposer, ralentir la courbe d'ascension en s'accordant un jour de détente sans couvrir de dénivelé, prendre éventuellement de l'
aspirine ou du
paracétamol et bien s'hydrater. Même en prenant toutes les précautions nécessaires, on peut considérer que le MAM est le prix à payer pour une acclimatation progressive. Il atteint sept personnes sur dix qui tentent l'ascension du mont Blanc et une personne sur deux en Himalaya : c'est dire comme ce syndrome est banal en altitude.
Médicament
L'
acétazolamide [
Diamox] est le plus efficace, surtout en traitement préventif débuté 2 jours avant l'ascension.
. Posologie: 1 comprimé de 250 mg matin et midi. Diviser les doses par deux pour les personnes de moins de 60 kg ou si les effets secondaires sont mal supportés.
Ces traitements ne peuvent être prescrits que par un médecin du fait des contre-indications et des effets secondaires.
L' acétazolamide [Diamox] est un inhibiteur de l'anhydrase carbonique qui limite l'alcalinisation du sang, ce qui a pour effet de stimuler la ventilation. Il aurait un effet bénéfique également en diminuant la pression intra-crânienne. Il lui faut 12 à 24 heures pour agir. On doit donc le prendre 1 à 2 jours avant de monter en altitude. On le préconise chez les personnes présentant des difficultés d'acclimatation ou pour celles qui n'ont pas le temps de s'acclimater pour des raisons professionnelles ou logistiques (arrivée en avion directement à plus de 4 000 m, comme à La Paz (Bolivie) ou 3 650 m à Lhassa (Tibet)).
Le Diamox n'est que faiblement diurétique, mais il est conseillé de s'hydrater largement pendant la phase d'acclimatation. Il peut être responsable de fuite de potassuim (hypokaliémie); il est donc recommandé de prendre un complément (comprimés Kaleorid).
Il a été démontré que le Diamox améliorait la ventilation pendant le sommeil en altitude, ce qui peut être intéressant pour les personnes souffrant d'insomnie et d'apnée du sommeil.
Comment prévenir le MAM ? Consultation préventive Ceux qui ne sont jamais allés en altitude peuvent avoir un aperçu de leur sensibilité au mal aigu des montagnes en pratiquant un « test à l'hypoxie » à l'occasion d'une consultation spécialisée.
Cette consultation est également conseillée à toutes les personnes souffrant d'une pathologie chronique susceptible de décompenser en altitude.
Respecter les paliers d'ascension Le corps est capable de s'acclimater pour peu qu'on lui en laisse le temps. En trekking, une fois l'altitude de 3 000 mètres atteinte, on conseille de ne jamais dépasser 400 mètres de dénivelé entre deux nuits consécutives.
A ceux qui ne peuvent pas se permettre de monter progressivement pour des raisons logistiques alors que le sommet visé dépasse 4000 mètres, on conseille de réaliser une ou deux ascensions à moindre altitude au cours de la semaine qui précède le séjour, en dormant une ou deux nuits à plus de 3 000 mètres. C'est pendant la nuit que l'organisme est le plus stimulé pour produire les globules rouges supplémentaires.
Hydratation Il faut s'affranchir de cette idée fausse qui accuse l'hyperhydratation d'être responsable des œdèmes d'altitude. C'est tout le contraire ! L'hydratation amorce et relance la fonction rénale, ce qui permet au rein de jouer son rôle de filtre. Les toxines liées à l'exercice et à la souffrance des cellules en manque d'oxygène sont mieux filtrées, permettant à l'équilibre hydroélectrique de s'instaurer de manière harmonieuse.
Acétazolamide [
Diamox]
C'est l'alternative médicamenteuse \a plus courante, à condition de le prendre au moins 24 heures avant l'ascension. Il est en effet beaucoup plus efficace en préventif, bien qu'il puisse être utilisé aussi de façon curative.
Aspirine La prise préventive d'aspirine est également possible. L' aspirine prévient des maux de tête, des crampes et des courbatures en améliorant la circulation dans les petits vaisseaux.
Autres moyens Bien que fort prisés, certains produits n'ont jamais véritablement fait la preuve de leur efficacité (produits à base de ginkgo biloba [
Tanakan] et homéopathie [
coca]).
> Ne jamais monter trop vite trop haut!
> Monter suffisamment haut pour s'acclimater
> Ne pas rester trop haut trop longtemps!
> A partir de 3000 mètres d'altitude, ne jamais dépasser 400 mètres de dénivelé positif entre deux nuits consécutives.
Les conseils du "Docteur Vertical"
Le mal aigu des montagnes est un syndrome inévitable. Même si tout le monde n'y est pas aussi sensible, chacun doit savoir gérer la survenue des signes révélateurs et désagréables aussi bien sur soi-même que sur ses compagnons de cordée. L'altitude appartient à ceux qui montent tranquillement. Celui qui brûle les étapes (souvent le plus jeune, sportif et entraîné) risque de payjer cher son impatience. Le temps qu'il espère gagner en brûlant les étapes va lui être exigé plus haut. Le MAM fait toujours payer l'alpiniste prétentieux qui s'imagine au-dessus du lot. En cas de maux de tête, certaines petites astuces peuvent être salutaires:
- Séances d'hyperventilation au repos qui améliorent la saturation en oxygène dans le sang et diminuent ainsi la pression intracrânienne.
- Éviter les somnifères en altitude quand on est encore mal acclimaté car il peuvent entraîner des hypoventilations, voire des apnées pendant le sommeil.
- Prendre un comprimé d'
acétazolamide [
Diamox] qui améliore la ventilation ou/et prendre 1 g d'
aspirine.
- Dormir en gardant le haut du corps redressé, appuyé sur un sac à dos.
- Éviter les efforts violents pendant les phases d'acclimatation.
- Penser à bien s'hydrater.
- Éviter les bonnets, les casques ou les bandeaux trop serrés.
- Se protéger du soleil.
- Éviter l'excès d'alcool.
Troubles du sommeil
(Prochaines notes. A suivre ...)