Alors qu’enfle la clameur internationale pour un cessez-le-feu, Colombo exige la reddition sans conditions des rebelles
Affaiblis depuis deux mois par de lourds revers militaires, les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ont fait savoir lundi qu’ils étaient prêts à envisager un cessez-le-feu avec l’armée du Sri Lanka. Le mouvement ne défend plus qu’un mouchoir de poche dans la région du Vanni, dans le nord du pays, où, selon l’ONU, 200 000 civils sont prisonniers du feu croisé des belligérants.
«Nous souhaitons informer la communauté internationale que nous sommes prêts à discuter, coopérer et travailler ensemble dans le cadre de ses efforts pour imposer un cessez-le-feu immédiat et trouver une solution politique», avancent les rebelles dans une lettre transmise notamment aux Nations unies et à l’Union européenne (UE).
Colombo, qui exige la reddition sans condition des rebelles comme préalable à toute discussion, a balayé d’un revers de main l’idée d’une suspension des combats. «Compte tenu de son avantage militaire, il est inenvisageable que le gouvernement accepte une trêve. Dans ce contexte, le seul geste significatif que pourraient faire les Tigres serait de relâcher leur emprise sur les civils. Mais même cela ne devrait pas persuader le gouvernement d’interrompre ses attaques sur les LTTE», souligne Alan Keenan, de l’International Crisis Group (ICG) à Colombo. «Par ailleurs, poursuit le spécialiste, il y a un problème urgent qui n’est pas évoqué publiquement: celui d’un engagement clair des autorités à traiter humainement et avec justice ceux des Tigres qui veulent se rendre. Il faudrait qu’il y ait supervision internationale.»
S’ils sont très loin de régler leurs différends, les protagonistes du conflit font l’objet d’une pression internationale croissante. Samedi, le secrétaire général adjoint de l’ONU aux Affaires humanitaires, John Holmes, les a exhortés à éviter une «bataille finale sanglante». Lundi, l’UE a à son tour appelé à «un cessez-le-feu immédiat» et exigé «un accès libre et sans restriction permettant d’acheminer l’aide humanitaire et l’évacuation des civils de la zone de combats». «Cette déclaration est assez forte. Mais en réalité l’UE, seule, a peu de levier sur les autorités sri lankaises», relève Alan Keenan.
De plus en plus alarmé par le sort des civils piégés dans les combats, le concert des nations n’a pourtant jamais inscrit le conflit sri lankais à l’agenda du Conseil de sécurité de l’ONU. «Pour que le Conseil soit saisi, un ou plusieurs de ses membres doivent considérer que la situation à un endroit donné est une mena ce pour la sécurité internationale», explique Xavier Zeebroek du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, Bruxelles. Or, par le passé, «le Sri Lanka s’est montré capable de convaincre la communauté internationale qu’il était un Etat relativement démocratique combattant le terrorisme», rappelle Alan Keenan.
Cette perception s’est passablement altérée ces dernières semaines. Mais l’hypothèse d’une résolution de l’ONU, qui préconiserait l’envoi d’un contingent de Casques bleus au Sri Lanka, reste à ce jour très peu plausible. D’abord parce que Colombo s’y opposerait. Ensuite, poursuit Xavier Zeebroek, parce qu’en matière de maintien de la paix «les Nations unies et les pays contributeurs, en troupes et en budget, ont déjà atteint leurs limites».
Source: Le Temps - Angélique Mounier-Kuhn 24.02.2009