Le
conflit oublié du Sri Lanka, vieux de trente ans, où s'affrontent les
rebelles indépendantistes tamouls et le gouvernement de Colombo,
capitale d'un pays à majorité cinghalaise, sera évoqué l'espace d'une
remise de prix à Paris, jeudi 13 novembre. L'organisation Human Rights Watch devait, ce jour, attribuer, pour 2008, sa plus haute récompense, le Prix des défenseurs des droits de l'homme, à
Sunila Abeysekera, fondatrice de l'ONG sri-lankaise Inform pour son travail de dénonciation des exactions commises par chaque camp.
Ancienne critique de théâtre passée, depuis vingt ans, au combat pour la défense des droits de l'homme, elle est aussi mère de six enfants dont la plupart vivent au Sri Lanka. "Depuis que j'ai quitté ma maison qui se trouve dans la campagne de Colombo, à près d'une heure de route de la capitale, ma famille est plus tranquille et se sent moins menacée", assure Sunila Abeysekera.
Son ONG rassemble des informations sur les atteintes aux droits de l'homme et attire l'attention sur les drames humains et sanitaires qui en découlent. "Plus de 600 000 personnes ont déjà dû fuir à cause du conflit, aujourd'hui, précise-t-elle, depuis l'offensive du gouvernement au mois de janvier, 300 000 autres sont prises au piège dans la province de Wanni, au nord, entre les rebelles et l'armée gouvernementale."
Les Tigres tamouls les gardent comme bouclier humain et les forces de sécurité de Colombo les considèrent comme des complices de la rébellion. "Depuis octobre, le gouvernement a mis en place des convois humanitaires mais ne ravitaille que pour une seule semaine, histoire de conserver un levier de pression."
Pourtant, regrette-t-elle, la communauté internationale se désintéresse de cette situation. "Face au drame des populations déplacées, l'ONU et les grands pays se mobilisent au Congo, alors qu'ici elles sont livrées à elles-mêmes et connaissent le choléra et la typhoïde. Pire, le gouvernement a attaqué un convoi de l'ONU sans que celle-ci ne réagisse, le gouvernement en tire une grande impunité." De plus, note-t-elle, depuis l'assassinat, en 2006, de 17 employés d'Action contre la faim, la situation "s'est aggravée pour les ONG", qui ont perdu 60 de leurs membres.
Les dirigeants sri-lankais, pour leur part, délaissent l'alliance avec l'Europe et les Etats-Unis et se sont rapprochés de l'Iran, la Chine et le Venezuela. "Ils veulent renouer avec l'héritage du mouvement des pays non alignés, explique Mme Abeysekera, la démocratie n'est pas une priorité pour ces nations ; je sais que mon prix me vaudra d'être accusé d'être un agent de l'Occident."
Les arrestations arbitraires, les assassinats et les enlèvements, qui sont devenus "une industrie très lucrative" grâce aux rançons, s'ajoutent à l'insécurité qui règne dans le pays. Ces pratiques sont le fait des deux camps. "Les Tamouls imposent eux aussi la terreur et se financent grâce à une véritable mafia qui extorque leur diaspora éparpillée dans le monde entier, y compris en France."
-> En 1998, bravant les menaces de mort, elle avait déjà attiré l'attention de la communauté internationale sur les crimes commis dans son île déchirée par une guerre civile. Elle avait obtenu le prix des Nations unies pour les droits humains.
Voir "Sunila Abeysekera: une militante pour la paix au Sri Lanka" dans le Courrier de l'UNESCO