2ème moitié du 16ème siècle

auteur : Reno (brazihou@yahoo.fr) , notes de lectures


 PLAN (cliquez sur le lien)

La vie politique... EN FRANCE

            Henri II

            Catherine de Medicis

            Les guerres de religion

            Henri III

            Henri IV

La vie politique... EN ANGLETERRE : Elisabeth

La  vie politique... EN ESPAGNE : Philippe II

La vie quotidienne

L'Eglise et la religion

Sciences et techniques

La vie culturelle : Montaigne, Cervantes, Shakespeare

 

 

 


 

LA VIE POLITIQUE… En France

 

1547 – 59 : Henri II

 

2nd fils de François 1er et de Claude de France

Il a 10 enfants (dont 3 rois) avec sa femme Catherine de Médicis qui l’aime passionnément et qui s’incline devant sa maîtresse Diane de Poitiers.

 

La reprise, puis la fin, des guerres contre les Habsbourg

 

Henri II poursuit la lutte que livrait François 1er contre Ch Q.

Ce dernier est en difficultés : révolte aux Pays-Bas ; expansion du luthéranisme en Allemagne.

ð      Henri II s’allie aux princes protestants allemands et aux Turcs contre Ch Q.

L’affrontement tourne à l’avantage d’Henri II (qui gagne Metz, Toul, Verdun, ce qui protège la route de Paris).

ð      1556 : Charles Quint abdique et laisse son empire partagé en 2 à son fils Philippe et son frère Ferdinand.

 

Après une reprise de la guerre (rôle important du Duc de Guise pour la défense des Français),

Henri II et Philippe II signent la paix de Cateau-Cambrésis en 1559. C’est la fin définitive des guerres contre les Habsbourg. Philippe II épouse Elisabeth, la fille d’Henri II.

 

Le renforcement de l’absolutisme

 

Henri II poursuit et renforce l’œuvre de son père sur le pouvoir royal absolu.

Néanmoins, son point faible reste les finances (déficit chronique) => obligé d’emprunter, et de vendre des offices qui tendent à devenir héréditaires.

 

La lutte contre le protestantisme

 

Henri II considère les protestants comme des adversaires politiques du pouvoir royal.

ð      persécutions, peines de mort.

La politique de persécution n’empêche pas le calvinisme de se répandre largement en France, notamment parmi les artisans, les bourgeois, et un grand nombre de nobles.

1555 : 1ères églises calvinistes ; 1561 : il y en a déjà plus de 2000.

Le calvinisme va devenir, effectivement, une affaire autant politique que religieuse : un certain nombre de nobles protestants se rassemblent en un parti politique.

 

Diane de Poitiers

 

Elle séduit Henri II avant qu’il ne soit roi, et reste sa maîtresse jusqu’à sa mort.

Très belle, cultivée, elle a une grande influence politique. Passionnément catholique, elle encourage les persécutions contre les protestants, et s’appuie sur les Montmorency et les Guise.

Bien qu’Henri II soit marié, Diane apparaît publiquement comme la « femme » du roi, se fait donner forêts et châteaux (dont Chenonceaux), et porte même les joyaux de la Couronne.

Après la mort d’Henri II, Catherine de Médicis reprend le dessus, et impose à Diane de quitter la cour.

 

Jeanne d’Albret

 

Fille unique du Roi de Navarre, et nièce de François 1er (elle est la fille de Marguerite de Navarre, sœur de François 1er).

La Navarre est un enjeu stratégique très important : ce serait pour l’Espagne la porte d’entrée dans le royaume de France. Jeanne d’Albret est donc une personnalité politique importante, et les rois de France veulent éviter qu’elle s’allie à l’Espagne (il est question d’un mariage avec Philippe II). Après une tentative de François 1er, finalement elle épouse Antoine de Bourbon avec la bénédiction d’Henri II.

1555 : elle devient reine de Navarre.

1556 : elle se converti au calvinisme et impose sa religion à ses états de Navarre. Elle élève son fils Henri (futur Henri IV) dans la religion protestante.

 

Elle finit par accepter le mariage d’Henri avec Marguerite fille de Valois.

Elle meurt en juin 1572 (donc avant la St-B), peut-être de tuberculose,… ou peut-être empoisonnée [par Catherine de Médicis ?]

 

La mort d’Henri II et sa succession

 

1559 : Henri II meurt au cours d’un tournoi organisé en l’honneur du mariage de sa fille avec Philippe II (une lance lui traverse le crâne). Son fils François II n’a que 15 ans.

 

Commence déjà une querelle de succession avec Antoine de Bourbon, Roi de Navarre, père du futur Henri IV

 

 

1559 – 1560 : François II, Marie Stuart, & les Guise

 

A la mort d’Henri II, François II n’a que 15 ans, il est faible et débile, et mourra l’année suivante. C’est sa femme Marie Stuart qui désigne les deux hommes qui vont assurer la réalité du pouvoir : François et Charles de Lorraine, qui appartiennent à la famille des Guise. Ceux-ci écartent du pouvoir tous les proches d’Henri II.

ð      opposition entre les Guise et d’autres familles puissantes, notamment Montmorency et Bourbons. Cette opposition recoupe le clivage Catholiques (Guise) contre Protestants (Bourbons, Condé).

ð      tentative de complot pour renverser les Guise (conjuration d’Amboise).

ð      Finalement, devant la crise politique et la maladie (puis la mort) de François II, c’est Catherine de Médicis (la reine mère) qui reprend le pouvoir et oblige les partis opposés à conclure la paix. Les Guise quittent le pouvoir.

 

Après la mort de François II, Marie Stuart retourne en Écosse, son pays natal. Elle conspirera contre Elisabeth d’Angleterre et sera exécutée.

 

La conjuration d’Amboise

 

La Renaudie (protestant) fomente un coup d’état : enlever le duc de Guise et le roi, obtenir la liberté protestante, convoquer des Etats généraux, et proclamer les Bourbons. La tentative est éventée, le duc de Guise fait assassiner La Renaudie au moment où il rassemble ses troupes.

Les protestants ont fait le « premier pas de travers ». Se sachant en tort, ils prennent les armes dans plusieurs régions (Lyon, Dauphiné, Provence).

 

Les états généraux d’Orléans

 

Les Guise répriment. Mais ils cherchent une légitimité et font convoquer les états généraux. Le roi de Navarre (le prédecesseur d’Henri de Navarre !) et le Prince de Condé (Louis 1er) y sont invités : s’ils ne viennent pas ils s’avouent coupables, s’ils viennent avec des troupes ils sont suspects, s’ils viennent seuls ils se livrent à leurs adversaires ; c’est ce qui eut lieu. Le roi de Navarre, irrésolu, fut rendu inoffensif, et Condé fut arrêté et condamné pour trahison. En frappant les princes de Bourbons, les Guise avaient frappé le parti protestant à sa tête.

 

Louis Ier , prince de Condé

 

(1530-1569) Il adhéra au calvinisme, plus par ambition politique et par haine des Guises que par conviction, et participa à la conjuration d'Amboise (1560). Il fut assassiné au soir de la bataille de Jarnac.

Père du Prince de Condé (cousin d’Henri de Navarre) et arrière gd-père du « Grand Condé » du 17ème.

 

La mort de François II

 

La mort de François II va changer la donne : Catherine de Médicis reprend le pouvoir, elle mène avec Michel de l’Hospital une politique de conciliation, elle écarte les Guise du pouvoir, fait des concessions aux protestants.

 

A partir de ce moment, les Guise se défient du pouvoir royal et vont œuvrer à un changement dynastique en leur faveur. De leur côté, les protestants aussi aspirent à un changement dynastique en faveur des Bourbons. Les guerres de Religions se font avec un arrière-plan politique majeur.



1560 – 1575 : Catherine de MÉDICIS & Charles IX

 

Catherine de Médicis

 

Catherine de Médicis était la fille de Laurent II de Médicis et d’une française de la haute noblesse.

Son mariage avec Henri (qui n’était pas encore destiné à régner) fut une grande affaire diplomatique qui assura l'union de la papauté et du roi de France contre Charles Quint.

Pendant le règne d’Henri II, Catherine de Médicis resta effacée derrière Diane de Poitiers.

Après la mort de son fils François II, elle assure la Régence de son 2ème fils Charles IX, faible lui aussi.

Elle se montre grande politique, très attachée à maintenir ce qui restait d'autorité royale au milieu des intrigues partisanes et des guerres de Religion. Elle voulut donc tenir la balance égale entre les catholiques et les protestants, entre les Guises et Coligny, entre les Espagnols et les pays protestants du nord de l'Europe. Elle cherchait à éviter la guerre civile et la guerre étrangère, pour sauver l'unité et l'intégrité du royaume.

 

C'était une matrone joviale, aimant la bonne chère et la chasse, une femme pieuse et superstitieuse, intelligente et cultivée, avec un grand sens politique et sans scrupules. Elle attira à sa cour des astrologues, comme Cosimo Ruggieri et Nostradamus, et des artistes. Elle favorisa des familles italiennes comme les Gondi, venus de Florence avec elle. Disposant d'abondantes ressources financières, elle fit achever les Tuileries et construire son château de Montceaux.

 

Charles IX

 

Il a 11 ans qd son frère meurt et qu’il monte sur le trône. Il est mélancolique, peu enclin aux études, attiré par la chasse, les jeux violents, la forge.

Il essaiera plus tard de gouverner seul, mais sans parvenir pd lgtps à s’émanciper de sa mère. Il se méfie de son frère le futur Henri III, qui devient chef du parti catholique.

A 20 ans il est marié à Elisabeth d’Autriche, fille de Maximilien.

 

Michel de L'Hospital

 

D'abord, Catherine de Médicis crut pouvoir travailler à la réconciliation religieuse des frères ennemis. Ce fut la politique de Michel de L'Hospital, qu'elle fit nommer chancelier de France en 1560.

La politique de MDH semble pleine de bonne volonté mais d’erreurs politiques aux conséquences désastreuses. En faisant de nombreuses concessions à chaque parti, il affaibli en réalité le pouvoir royal, qui deviendra incapable de jouer un rôle d’arbitre et sera impuissant devant les affrontements de deux partis ayant construit chacun un pouvoir fort.

MDH tente une réconciliation religieuse en convoquant un colloque de théologiens, mais ce fut un échec qui finit en une violente querelle.

 

1562 : début des guerres de Religion en France

 

Les « guerres de Religion » passent de l’Allemagne à la France, où elles sont un guerre civile dans laquelle s’impliquent les nations extérieures. De peur que les protestants français ne s’allient à ceux d’Allemagne, François de Guise prend les devant et réussit une alliance (contre-nature) avec les protestants allemands. L’Angleterre d’Elisabeth (favorable aux protestants) et l’Espagne de Philippe II (favorable aux catholiques), profondément ennemis, jouent leurs rivalités à travers la guerre civile française. L’Angleterre met de sérieuses conditions à son soutien au parti protestant : le Havre, et la restitution de Calais. Plus tard on accusera Condé et Coligny, qui ont signé cet accord, de trahison.

 

Paris a tjs été farouchement catholique, point fondamental dans le déroulement des événements (St Barthélemy, résistance à Henri IV). Ce fut le foyer le plus ardent de la Ligue.

 

première guerre

 

1562 : massacre de Wassy (Champagne) : le Duc François de Guise massacre 60 protestants. C’est le déclenchement des guerres de Religion.

 

François de Guise s’empare de la reine mère et du jeune roi (Charles) à Fontainebleau, et les maintien sous surveillance à Paris. Il a prit le pouvoir de fait (illégalement).

 

1562 est une année de massacres et de destruction d’églises, de statues, de tombeaux (les protestants sont contre les images). Condé et Coligny trouvent des appuis surtout en Normandie et c’est là que se livre la bataille.

 

1563 : assassinat du Duc François de Guise alors qu’il cherchait à reprendre Orléans (protestante). Catherine de Médicis parvient alors à reprendre et consolider un peu le pouvoir royal.

Cet assassinat aura une conséquence : le fils de François de Guise (Henri de Guise) aura un rôle majeur dans le déclenchement de la Saint-Barthélemy.

 

Paix d’Amboise

 

Les protestants sont vaincus et fatigués ; François de Guise et le roi de Navarre sont morts Þ Catherine de Médicis parvient à imposer la paix d’Amboise : domination catholique mais avec une tolérance pour le culte privé protestant. Le culte de la cène était autorisé seulement pour ceux capables de le pratiquer chez eux, cad en réalité chez les seigneurs. Catherine de Médicis croit avoir joué finement en satisfaisant les seigneurs protestants et en les coupant de la plèbe.

 

Mais c’était compter sans le fanatisme. Le parti protestant n’était pas assez vaincu. La paix d’Amboise ne fut pas une réponse durable.

 

2ème guerre

 

Les protestants entraînent Coligny dans une nouvelle tentative (manquée) de capture du roi (à Meaux). Une nouvelle fois les protestants se sont mis dans une situation de rebelles au pouvoir royal. Du coup les Guise reprennent de l’influence. La répression reprend, mais l’armée royale est trop faible pour écraser en profondeur les protestants.

 

Coligny a pour base La Rochelle, d’où il peut échanger avec l’Angleterre et les Pays-Bas.

 

1568 : Paix de Longjumeau

 

Puis reprise du conflit.

 

C’est devenu une vraie guerre civile, entre des armées, des régions, avec des sièges des villes qui poussent les populations dans la famine et autres horreurs (on mange les rats, les ceintures de cuir et même des humains). On fait appel à des mercenaires étrangers (qui se réjouissent de piller, violer, tuer pour la bonne cause). Cette guerre a aussi un caractère sacré : il s’agit en tuant l’autre, de lutter contre le démon. Les corps des adversaires sont mutilés (sexes coupés, boyaux déroulés, etc.) pour faire ressortir le caractère non humain de l’adversaire, le tout se passant dans la joie de servir à la gloire du Seigneur. [Bref, on est dans la pure Folie meurtrière, le défoulement mystique, l’ivresse sanguinaire.]

 

1569 : Bataille de Jarnac : mort du prince de Condé Þ Coligny devient chef des protestants.

 

1570 : paix de St Germain

 

Le pouvoir royal commence à trouver les Guise vraiment trop dangereux pour lui. Renversement d’alliances.

 

Catherine de Médicis parvient une nouvelle fois à imposer la paix. Elle est lasse.

Elle accorde la liberté de culte et 4 places de sûreté aux huguenots (La Rochelle, Cognac, La Charité, Montauban).

 

Et Coligny devient le conseiller du roi ! Il rend ses places de sûreté en témoignage que les protestants ne sont plus ennemis du roi. La situation est complètement renversée !

 

Mariage d’Henri et Marguerite

 

Toujours dans un souci d’apaisement (et de renforcement politique de la paix) Catherine de Médicis négocie le mariage de sa fille Marguerite avec Henri de Navarre. Ce mariage est loin d’être accepté facilement. Marguerite elle-même hésite jusque dans l’église et on raconte que Charles IX la força d’un geste brusque à incliner la tête en signe d’acquiescement.

 

NB : il y a deux Marguerite de Valois :

-        la sœur de François 1er (appelée aussi Marguerite de Navarre), mère de Jeanne d’Albret et grand-mère d’Henri IV

-        la fille de Catherine de Médicis, sœur de Charles IX, épouse d’Henri IV

 

Coligny

 

D’abord catholique, il mène une carrière militaire et devient amiral sous Henri II.

Il prend en charge le projet de colonisation du Brésil pour y fonder des colonies-refuges pour les protestants.

1558 : il se rallie à la Réforme, et devient vite, avec Condé (prince du sang, cousin d’Henri de Navarre), un chef du parti protestant.

1570 : lors de la paix de St Germain, Coligny a obtenu 4 places fortes pour les protestants (en particulier La Rochelle).

1571 : Coligny entre au Conseil.  Il est à l’apogée de sa carrière, et a une grande influence sur Charles IX qui le considère comme son « père » et qui lui permet de s’émanciper de sa mère pour gouverner seul.

 

§           1ère version : maintenant qu’il est convaincu que les protestants sont en sécurité, Coligny cherche la réconciliation . Il propose le projet d’une guerre aux Pays-Bas, avec l'Angleterre protestante, contre l’Espagne, en croyant que ça va rassembler les 2 partis français, tout en affaiblissant Philippe II.

 

§           2ème version : il recherche la victoire de son camp, en espérant tjs convertir Charles IX au protestantisme.

 

Tjs est-il que Catherine de Médicis et la cour sont hostiles à cette guerre, qui affaiblirait l’Espagne catholique et avantagerait les calvinistes hollandais. Catherine de Médicis, voulait avant tout éviter une guerre contre l'Espagne : elle jugeait que la France, désorganisée par les troubles civils, était sûre de la perdre. Elle s’allie aux Guise.

ð      les Guise décident de l’éliminer. Tentative d’assassinat le 22 août 1572. Coligny n’est que blessé.

ð      Crise

ð      Saint-Barthélemy. C’est, à l’origine, un acte de « politique étrangère », qui bascula dans le fanatisme religieux.

 

 

24 août 1572 : la Saint-Barthélemy

 

Le 22 août 1572, quatre jours après le mariage à Paris d'Henri de Navarre (le chef des protestants) avec Marguerite, les Guise et Catherine de Médicis tentent d’assassiner Coligny. Il n’est que blessé.

Charles IX veut connaître les responsables et découvre la complicité des Guise.

Catherine de Médicis ne voulut pas laisser voir sa propre participation à la tentative de meurtre. Elle dévoila au roi une prétendue conspiration des huguenots, venus nombreux à Paris pour le mariage du roi de Navarre. Elle explique aussi que si ce sont les Guise qui prennent la tête du mvt populaire qui est en train de se lever, ils seront les maîtres de l’Etat.

 

Après 2 jours de Conseils orageux, dans l’impasse, Charles IX, de caractère influençable, ordonna alors de mettre à mort tous les chefs protestants.

 

Autre version : les catholiques auraient sciemment voulu profiter de la présence à Paris des chefs protestants (occasion unique) pour les massacrer tous.

 

Le 24 août, à minuit, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois, la paroisse royale proche du Louvre, donna le signal des opérations. Surpris dans leur sommeil, les principaux chefs protestants furent assassinés, et Coligny en premier. Henri de Navarre et le prince de Condé (cousin issu de germain d’Henri de Navarre), princes du sang, furent épargnés mais contraints d'abjurer.

Au départ il ne s’agit que de tuer les chefs protestants. Mais le peuple de Paris, surexcité depuis des mois par les prêches catholiques, se jette sur tous les protestants (ou supposés tels) (et en profite pour piller leurs richesses). La Seine où l’on jette pêle-mêle les vivants et les morts est rouge de sang.

Les jours suivants, on continua à Paris et dans les provinces à tuer des protestants, et il est impossible de chiffrer le nombre des victimes (4.000 à Paris, 10.000 en province ? 30.000 ?).

 

Réactions

 

Une nouvelle guerre civile, la cinquième, commença en France.

 

Mais la guerre extérieure fut abandonnée ; au contraire, Charles IX reçut les félicitations de Philippe II d'Espagne et du pape. De l’autre côté, la reine d’Angleterre, et même les princes allemands voient dans la St Barthélemy (ou ses conséquences) le renforcement du pouvoir royal français, en particulier face à l’Espagne de Philippe II. Du coup, loin de condamner, ils se rapprochent de la France. Le duc d’Anjou (futur Henri III) est élu Roi de Pologne. Charles IX a des visées pour être élu empereur.

 

La Saint-Barthélemy était jugée comme une répression relativement normale dans les mœurs de l'époque. Néanmoins, le massacre a soulevé d'importants remous chez les contemporains. Plus tard, au XVIIIe siècle, les philosophes en ont fait le symbole de l'intolérance et de la persécution religieuse, ce qu'elle est restée depuis.

 

La mort de Charles IX

 

Charles IX ne prend conscience de l’ampleur du massacre que le lendemain. Le 26 août, il en revendique pourtant la responsabilité. Il est défait, en gardera des remords, tout en laissant sa mère conduire les affaires. Il meurt de tuberculose en 1574.

 

Les Duc de Guise

 

François de Guise : le père

Henri de Guise, dit Le Balafré : le fils

 

 


1575 – 1589 : Henri III

 

Henri III

 

Fils préféré de Catherine de Médicis. Il a reçu une excellente éducation.

A 16 ans il est nommé lieutenant général du royaume. Il a des qualités de chef militaire.

Chef du parti catholique. Mais il n’a qu’un rôle très secondaire lors de la St Barthélemy

1573 : il est élu roi de Pologne. Ça se passe mal (incompréhension entre lui et les nobles polonais).

A la mort de son frère Charles IX, il quitte secrètement la Pologne et rentre à Paris, tandis que sa mère reprend la Régence pour empêcher son dernier fils (François Duc d'Alençon, qui haïssait son frère), favorable aux protestants, de monter sur le trône.

Il est sacré à Reims en 1575. Il n’aura pas d’enfant.

 

Il a lgtps été considéré comme un roi incapable, cruel et pervers, sous l’influence de ses « mignons ». D’autres pensent qu’il était un roi digne, intelligent et courageux… mais dans une conjoncture très difficile. Néanmoins, il a, comme ses frères, des tares familiales. Il avait été élevé au sein d'une cour aux mœurs raffinées mais aussi dissolues, au milieu des beautés de «l'escadron volant» de Catherine de Médicis. Certes, Henri III ne négligeait pas les femmes et d'abord la sienne, Louise de Vaudémont, épousée en 1575, mais il aimait à se travestir, à se farder, à évoluer parmi ses favoris, ceux que sa sœur Marguerite de Valois nommait ses «mignons de couchette» et dont les querelles avec d'autres seigneurs se terminaient souvent par des duels meurtriers. De plus, Henri III était instable, passant brutalement de l'orgie la plus effrénée à des crises profondes de mysticisme.

La force de caractère et la volonté du roi n'étaient pas à la mesure de son intelligence ni de ses intentions.

 

 

La fin de Catherine de Médicis

 

La mort prématurée de Charles IX (1574) fit perdre à la reine une grande partie de son influence. Le nouveau roi, Henri III, était pourtant son fils préféré et elle avait favorisé son élection comme roi de Pologne. Mais Henri III voulait régner seul et Catherine dut se retirer. Elle voyagea dans le royaume et intrigua, en vain d'ailleurs, pour assurer la couronne de France aux enfants de la duchesse de Lorraine, sa fille. Elle tenta de dissuader Henri III de faire assassiner les Guises, prévoyant des réactions difficilement maîtrisables. C'est elle qui commanda à Germain Pilon et au Primatice le tombeau où elle reposa, jusqu'à la Révolution, aux côtés d'Henri II.

 

 

1576 – 84 : l’Edit de Beaulieu et, en réaction :  la Ligue

 

1576 : l’Edit de Beaulieu 

 

Malgré la reprise des combats, Henri III poursuit la politique de conciliation de sa mère.  En 1576, il proclame l’édit de Beaulieu : les huguenots obtiennent des avantages comme ils n’en avaient encore jamais acquit : le libre exercice de leur culte (sauf à Paris), des places de sûreté et des sièges aux parlements (tribunaux). La Saint-Barthélemy est désavouée.

 

La Sainte Ligue catholique

 

Les catholiques, mécontents, constituèrent alors la Sainte Ligue catholique sous la direction d'Henri de Guise dit «le Balafré». En fait, la Ligue était dirigée autant contre le roi que contre les protestants, Henri de Guise cherchant à prendre le pouvoir et assurer le trône de France à la maison de Lorraine. Devant le danger, Henri III prit la tête de la Ligue pour la neutraliser. Dans cette perspective, il aurait fallu un roi fort et respecté ; Henri III ne l'était point. Intelligent, élégant, cultivé, le roi manquait de caractère. De plus les Ligueurs avaient le soutien du Pape et de Philippe II.

 

 


Les assassinats du Duc de Guise et d’Henri III

 

1584 : la mort du duc d'Alençon relance la crise

 

En 1584, la mort du duc d'Alençon (dernier frère du Roi) relance la crise politique : Henri III n'ayant pas d'enfants,  Henri de Navarre devient l'héritier légitime du trône. La Ligue redoubla d'efforts pour barrer la route à l'hérétique et s'allia à Philippe II, qui la finança. Tout le nord de la France se soulevait. Affolé, Henri III interdit le culte protestant, ce qui contribue à le discréditer.

 

Nouvelle guerre

 

La guerre reprit avec les protestants, conduits par Henri de Navarre qui gagne sa première bataille (Coutras 1587). Ce qui inquiète bcp les ligueurs.

 

Tout ce que pouvait faire Henri III, c'était manœuvrer entre protestants et catholiques pour éviter le désastre en concluant des trêves qui lui permettaient de reprendre souffle. Il tente de rassembler les chefs des deux partis dans l’Ordre des Chevaliers du Saint-Esprit, mais c’est un échec.

 

Le roi était incapable de se faire obéir ou d’imposer quoi que ce soit aux partis en lutte. Le pouvoir royal était au plus bas et nombreux voyaient déjà sa fin. Le cri de la Ligue devint : « Sus au roi ! » et partout on l’accuse de favoriser Henri de Navarre.

 

 

1588 : le roi fait assassiner le duc de Guise

 

Dans les églises les prêtres font des prêches contre le roi. Celui-ci veut sévir et fait arrêter les prédicateurs qui l’insultaient. La ville s’émeut et appellent le Duc de Guise dont la popularité ne cesse de grandir. Henri III lui interdit d’entrer dans Paris mais le Duc de Guise passe outre. Henri III fait venir ses troupes, la rumeur se répand que le roi veut faire assassiner Guise, ce qui provoque des émeutes du peuple de Paris contre le roi : la journée des Barricades (1588).

Le roi s'enfuit à Chartres. Il a quasiment perdu tout pouvoir et n’est pas en sûreté. Guise règne à Paris et peut à tout moment faire enfermer le roi.

Pour sauver la monarchie, Henri III n’a plus qu’une seule solution : l’assassinat politique. De Guise est mis au courant mais il n’y croit pas tant il se sent puissant : « Il n’oserait !» Pourtant Henri III ordonne l'assassinat du duc de Guise à Blois, le 23 décembre 1588, et les chefs ligueurs sont arrêtés.

 

1589 : Jacques Clément assassine le roi

 

La réaction parisienne est brutale: le frère du duc de Guise est élu «lieutenant général de l’Etat», le roi est « destitué » et le Cardinal de Bourbon est déjà nommé « Charles X ». Face à cette remise en cause de la dynastie, Henri III comprend que sa seule chance de sauver la dynastie est de se réconcilier avec l’héritier : Henri de Navarre. L’assassinat du duc de Guise fut donc un pas essentiel dans la transition du pouvoir vers Henri IV.

 

Ils vont tous les deux mettre le siège devant Paris avec une armée de 30.000 hommes. La haine contre le roi est à son comble, et le 1er août 1589, Jacques Clément, un moine fanatique, assassine le roi au cours d’une audience privée. Henri III a eu le temps de désigner son successeur avant de mourir : Henri de Navarre.

 

Le résultat des guerres

 

En 30 ans, les guerres civiles auraient coûté la vie à 4 millions de personnes [?! Jacques Bainville]

C’est l’anarchie qui règne. Le gouvernement légitime n’est plus qu’un parti. Dans de nombreuses villes c’est la Ligue qui détient le pouvoir. Dans les provinces, les gouverneurs se taillent des principautés. C’est cette nouvelle féodalité que Richelieu devra achever d’abattre.


1594 - 1610 : Henri IV

 

Les Bourbons

 

Famille du XIème s. En 1279, Béatrix de Bourbon se marie avec le 6ème fils de St Louis. La branche aînée des Bourbons disparaît en 1527 avec le Connétable de Bourbon. Le cadet, devenu maître de toute la maison des Bourbons est le grand-père d’Henri.

Les descendant d’Henri IV régneront en France jusqu’à la Révolution puis à la Restauration (Charles X), en Espagne, à Naples et à Parme.

Quand cette branche aînée disparaît (1883), la branche cadette des Bourbons : la famille d’Orléans issue de Philippe d’Orléans (frère de Louis XIV) devient maîtresse de la Maison de France. Elle règnera avec Louis-Philippe.

La branche d’Espagne est issue du petit-fils de Louis XIV monté sur le trône en 1700. Elle retrouve le pouvoir après Franco et règne encore.



 

Henri de Bourbon

 

Henri de Navarre, ou aussi Henri de Bourbon, né à Pau en 1553, est le fils d'Antoine de Bourbon-Vendôme et de Jeanne d'Albret. De son père, il ne tient qu'un fort modeste patrimoine foncier, mais il est le premier prince du sang et, à ce titre, le successeur des Valois, en cas d'extinction de la lignée mâle de Henri II. De sa mère, il hérite un domaine considérable dans le Sud-Ouest: la Navarre du nord des Pyrénées, le Béarn, l'Albret, l'Armagnac, Foix et, plus au nord, le Périgord et la vicomté de Limoges. Bien qu'il soit baptisé, il est sous l'influence protestante de sa mère à partir de 1559. Puis il revient au sein de la Sainte Église pour quelques mois en 1562. À la mort de son père, il retourne au calvinisme.

 

En 1569, sa mère le présente à l’Assemblée de La Rochelle comme chef du parti huguenot et il se distingue sur le champ de bataille.

 

Pour tenter une réconciliation générale, Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis décident en 1572 le mariage de Henri avec Marguerite de Valois. Jeanne meurt peu avant l'événement, célébré le 18 août à Paris. Pour l'occasion, un grand nombre de nobles protestants sont à Paris. L'idée germe alors chez les chefs catholiques de profiter de la présence des chefs protestants pour les exterminer. Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, les gardes du roi Charles IX et les compagnies de la milice tuent près de 3 000 personnes. Henri de Navarre n'échappe au massacre qu'en abjurant momentanément la doctrine protestante. Il reste captif, à la cour, pendant quatre ans avant de pouvoir s'évader, en 1576, et de revenir au calvinisme.

 

Henri de Navarre, chef du parti protestant  - Paix de Beaulieu 

 

Le 30 mai 1574, Charles IX meurt sans postérité. Sa mère, Catherine de Médicis, exerce la régence. Son frère, roi de Pologne, revient en France et devient Henri III. Henri de Navarre et François d'Alençon, (frère de Henri III, dernier des Valois, favorable au protestantisme) sont gardés au Louvre sous surveillance.

 

En février 1576, Henri de Navarre et François d'Alençon s'enfuient de la cour. Le premier devient chef du parti protestant, solidement retranché dans les bastions huguenots, du Poitou au Languedoc, et le second prend la tête du parti des «politiques». Henri de Navarre lève une armée et s'efforce de reconquérir les provinces du Sud. Le 6 mai 1576, une nouvelle paix s'établit: la paix de Beaulieu. Les dispositions qu'elle contient serviront de base à l'édit de Nantes. Le roi indemnise les victimes de la Saint-Barthélemy, accorde la liberté de culte, octroie des garanties militaires et juridiques aux protestants.

 

Mais les catholiques, jugeant excessives les conditions de la paix de Beaulieu, forment des ligues locales et se préparent à la guerre, notamment en Bretagne et dans le nord du royaume. Les ‘politiques’ s'efforcent de maintenir l'unité politique même au prix de la diversité religieuse.

 

Le 10 juin 1584, la mort du duc d’Alençon (et maintenant d'Anjou), frère de Henri III, provoque une grave crise politique. Henri III n'ayant pas de descendant direct, la pérennité des Valois est menacée. Henri de Navarre, descendant direct du sixième fils de Saint Louis, devient alors l'héritier présomptif. Il doit, en vertu de la loi salique, succéder à Henri III Bien qu'excommunié par le pape en 1585, Henri de Navarre met systématiquement en avant sa légitimité dynastique.

Mais les catholiques refusent l'accession au trône d'un prince protestant et veulent faire adopter une nouvelle condition de légitimité: la catholicité du roi. Les Guises voient là le moyen de parvenir au trône, sur lequel leur ascendance carolingienne leur donne des droits. La guerre des trois Henri (1586-1587) oppose Henri III (à la tête des loyalistes), Henri de Guise (chef de la Ligue) et Henri de Navarre (chef des protestants).

Le roi fait assassiner le duc de Guise et s'allie avec Henri de Navarre pour éliminer le duc de Mayenne, devenu chef de la Ligue à la mort de son frère.

 

Henri de Navarre prend le nom de Henri IV à la mort du roi Henri III, assassiné le 1er août 1589, alors qu'il assiège Paris. Il lui reste à conquérir son royaume.

 

1589 – 98 : la conquête du royaume   

 

1589 : la conquête militaire

 

Les appuis de Henri IV sont limités, alors que la Ligue est en plein essor et contrôle, outre Paris, une grande partie du pays. Le roi doit lever le siège de Paris mais s'affirme militairement (grâce aux secours militaires de l’Angleterre) après avoir vaincu les ligueurs à Arques (1589) et à Ivry (1590, « Ralliez-vous à mon panache blanc !»). Mais Paris, grâce aux troupes de Philippe II, résiste une fois encore à un nouveau siège (en tout près de 4 ans). Dans un royaume en majorité catholique, un souverain protestant ne saurait s'imposer.

 

Gabrielle d’Estrées

 

Henri IV en tombe follement amoureux en 1591. Elle restera sa maîtresse et lui donnera 3 enfants, et fera tout pour se faire épouser. Mais elle n’a pas les faveurs de la cour ni de l’opinion publique. Elle arrive presque au but qd elle meurt en 1599.

 

La Ligue impuissante à s’imposer

 

De son côté, la Ligue est incapable de s’unir pour opposer à Henri IV un prétendant capable de gouverner. Plusieurs candidats au trône. Philippe II tente de placer sa fille Isabelle. Les prétentions de Philippe II font peur. Réveil du sentiment national contre les ambitions espagnoles.

 

A Paris, la ligue (les Seize) règnent par la terreur.

Les catholiques modérés commencent à penser que pour sortir de l’impasse le mieux serait de s’entendre avec Henri IV.

 

1593, les états généraux convoqués par la Ligue pour élire un roi sont un échec complet.

 

Ces dissensions internes et luttes pour le pouvoir firent le jeu d’Henri IV.

 

1593 : « Paris vaut bien une messe »

 

Henri IV finit par se convaincre que Paris, et donc la France, ne voudront jamais d’un roi protestant. Il doit se rendre à la nécessité de se convertir. Il aurait voulu abjurer seulement après s’être imposé sur le trône mais doit se rendre à l’évidence : il est trop faible et son handicap d’être protestant est trop lourd.

Henri IV finit par abjurer solennellement, dans la basilique de Saint-Denis, en 1593.

 

A Paris, la Ligue résiste encore 8 mois. La reddition de Paris, en 1594, marque le début du règne effectif. Henri IV entre dans Paris quasiment sans résistance.

 

Dans sa défaite, la Ligue est victorieuse sur le fond : elle a réduit à néant tout espoir d’un gouvernement protestant. Ayant perdu ses raisons d’être (religieuse : rejet du protestantisme / politique : lutte pour accéder au pouvoir), elle commence à se dissoudre.

 

1594 : début du règne effectif

 

Henri IV se fait couronner, à Chartres, en 1594 (Reims est encore aux mains des Guise). L'absolution pontificale suit, en 1595.

 

La paix assurée, Henri IV s'applique à rétablir l'ordre dans son royaume. Henri IV rétablit fermement le pouvoir royal et rallie ses anciens adversaires, notamment les princes et les gouverneurs ligueurs.

 

La guerre avec l’Espagne va durer encore 3 ans. Et ce n'est qu'en 1598 que le duc de Mercœur (beau-frère de Henri III et chef de la Ligue depuis la disparition des Guises) fera sa soumission.

 

1598 : l’édit de Nantes

 

L’Edit de Nantes n’est pas un acte gracieux du roi mais un traité de paix âprement négocié par toutes les parties. Ce n’est que voyant se profiler la paix avec l’Espagne que les ligueurs réduisent leurs prétentions. De leurs côtés, les protestants n’acceptent pas de perdre leurs places de sûreté.

 

Finalement, la paix religieuse et civile est rétablie par l'édit de Nantes, signé le 13 avril 1598. Il assure aux protestants des gages sérieux : liberté du culte, égalité des droits civiques, garanties juridiques, politiques et militaires (plus de 100 villes concédées aux protestants, dont certaines importantes et capables de soutenir un siège : La Rochelle, Saumur, Montauban, Montpellier). Le culte protestant reste interdit à Paris et alentours.

 

L’Edit est loin d’être facilement accepté par les catholiques, l’Eglise et le pape.

 

Les concessions faites aux protestants sont importantes : avec un Etat dans l’Etat, les protestants sont en mesure de lever une armée de 25.000 hommes et de reprendre la guerre. Henri IV jugea sans doute que c’était un premier pas. Mais dans le fond elles sont contraires à l’absolutisme royal. Louis XIII et Richelieu y apporteront de sérieuse restrictions et Louis XIV y mettra fin.

 

Cependant, le roi doit ménager ses sujets calvinistes, déçus par sa conversion. Constituant un groupe de pression puissant, ils n'en sont pas moins réduits à une attitude défensive: conserver le bénéfice de l'édit de Nantes, qui les protège mais limite leur pouvoir.

 

Échec définitif de l’Espagne

 

Le désastre de « l’Invincible Armada » face à la marine britannique en 1588 a porté un coup d’arrêt définitif aux ambitions espagnoles.

 

Le 2 mai 1598, le traité de Vervins, conclu entre Henri IV et Philippe II, confirme la paix du Cateau-Cambrésis (1559). Les Espagnols rendent toutes les places prises en Picardie, mais gardent Cambrai et le Charolais. Cette paix avantage la France et consomme l'échec des ambitions de Philippe II pendant les guerres de Religion.

 

Philippe II finit également d’échouer aux Pays-Bas.

 

Le « second règne »

 

Restauration du pouvoir royal ; plus de monarchie absolue

 

Désormais, le roi est maître en son royaume.

 

À partir de son «second règne», la monarchie retrouve bon nombre de ses moyens d'action, perdus lors de la crise: le personnel royal sert à peu près fidèlement. Le roi envoie dans les provinces, pour une durée indéterminée, des commissaires aux pleins pouvoirs, qui préfigurent les intendants. Il emploie sans hésiter les bons serviteurs de ses prédécesseurs, parmi lesquels beaucoup de «robins», ou magistrats, à commencer par Villeroy, qui faisait déjà partie du Conseil de Henri III.

 

S'il pratique à merveille l'art de la bonhomie souriante, Henri IV est soucieux de son image et de sa popularité. Il n'en est pas moins autoritaire: «Je veux être obéi», telle est sa maxime. La monarchie absolue fait un pas de plus. Les états généraux ne seront jamais convoqués, les Grands sont exclus du Conseil, les libertés des villes sont restreintes, les gouverneurs de provinces remis à leur place.

 

Une politique extérieure clarifiée

 

Une courte guerre contre la Savoie, de 1600 à 1601, permet au roi d'annexer la Bresse et le Bugey.

 

Par ailleurs, la France renonce définitivement à ses prétentions en Italie.

 

Marie de Médicis : mariage catholique et succession

 

Henri IV souhaite maintenant assurer sa descendance. Il songe à épouser sa maîtresse, Gabrielle d'Estrées, et à légitimer ses bâtards, mais elle meurt «providentiellement» en 1599, au moment où le scandale menaçait d'éclater. Le roi se tourne vers une princesse italienne, et finalement, une fois le divorce obtenu avec Marguerite de Valois, il épouse en décembre 1600 Marie de Médicis (née à Florence), apparentée à  la maison d’Autriche et au pape Clément VIII, choisissant ainsi une alliance souveraine catholique. Elle lui donne un héritier (Louis XIII), repoussant définitivement tout risque d’un protestant sur le trône.

 

Rem : Henri IV avait contracté de lourdes dettes envers les Médicis. Un tel mariage les effaçait d’un trait de plume…

 

Sully

 

Sully, type nouveau de  l’homme d’affaires protestant.

 

Il fut le compagnon d’Henri IV dès l’âge de 11 ans et le suivit dans toutes ses campagnes.

C’est lui qui conseilla au roi d’abjurer, tout en refusant de le faire lui-même.

Il entre au conseil des Finances en 1596, puis il devient grand Voyer et grand maître de l'artillerie en 1599, mais il n'occupera la première place au Conseil qu'à partir de 1605. Il cumule les Finances, les Travaux publics et la Guerre. Sully (homme honnête) mena une politique de rigueur, réduisit les tailles (impôts directs) et réussit à renflouer les caisses de l'État.

 

A la mort du roi il fait partie du Conseil de Régence jusqu’en 1616 et décourage les révoltes protestantes. Il meurt en 1641.

 

 « Fortune de France » : le redressement du royaume 

 

Le principal acquis du règne est évidemment la paix retrouvée, qui permet au royaume de se relever  après quarante ans de troubles,. La reprise démographique est significative. Dans le domaine agricole, les niveaux de production céréalière atteignent ceux du XVIe siècle. Le «second règne» de Henri est en apparence une période favorable à la paysannerie. « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, les vrais mines et trésor du Pérou » (Sully). Malheureusement, la réalité ne correspond pas à la vision idyllique du paysan trouvant chaque dimanche sa «poule au pot» sur sa table. Les mesures prises par le roi en faveur des paysans sont destinées à pallier les effets des abus les plus notoires. En fait, le redressement rural est la conséquence de la paix retrouvée, mais aussi des efforts de reconstruction, notamment de la part des propriétaires.

 

Aux fruits de la paix s'ajoutent ceux de l'action du pouvoir. L'allégement des tailles, la recherche des exemptés illégaux et, d'une certaine façon, l'institution de la paulette (Henri IV accorde aux officiers l'hérédité de leur charge moyennant une redevance annuelle) sont les signes d'une volonté de rééquilibrer le fardeau fiscal en demandant une contribution plus importante aux plus aisés. De même, des poursuites contre les financiers enrichis sont engagées pour leur faire payer de sérieux redressements, qui profitent, en premier lieu, au trésor royal.

 

Symbole de l'efficacité de cette reprise en main: l'existence de réserves monétaires en 1610, avec le célèbre «trésor de la Bastille». Le renouveau du mécénat royal au Louvre est un signe du dynamisme retrouvé. Fontainebleau et Saint-Germain, sans oublier les places nouvelles de Paris et l'achèvement du Pont-neuf, en sont la preuve.

 

Sully, surintendant des Finances, mais aussi grand voyer, modernise le réseau routier. Il ordonne la construction de canaux, dont le canal de Briare, joignant la Seine à la Loire. En 1602, il met en place une nouvelle réforme monétaire, qui rétablit la distinction entre monnaie réelle et monnaie de compte. Cette mesure permet la reprise de la frappe dans tout le royaume.

 

Le roi (avec Barthélemy de Laffemas qui préside le conseil du Commerce) relance une politique mercantiliste qui tend à développer l'industrie. Des édits soutiennent les essais d'activités nouvelles: tapisserie des Gobelins, dentelles de Senlis, verrerie de Melun, draperies de Reims ou de Senlis. Les corporations nouvelles sont réglementées. Le redressement du commerce extérieur donne lieu à des traités avec l'Angleterre et la Turquie, et à la création de la Compagnie de commerce des Indes.

 

Henri IV souhaite également renouer avec la politique coloniale entamée par François Ier. Champlain fonde Québec en 1608 et choisit le site de Montréal. Il restera gouverneur de la Nouvelle France jusqu’à sa mort en 1635.

 

 

Un pouvoir fragile 

 

L'équilibre précaire de forces antagonistes ne pouvait durer très longtemps.

 

Les protestants, tjs inquiets pour leur sécurité, continuent de chercher à construire un état dans l’Etat.

 

De l’autre côté, Henri IV est l'objet de multiples tentatives d'assassinat : celle de Jean Châtel conduit à l'expulsion des jésuites, qui sont accusés de l'avoir inspirée. Les complots, fomentés par les grands seigneurs insatisfaits, sont souvent soutenus par l'Espagne.

En 1602, le maréchal de Biron, fidèle compagnon du roi et gouverneur de Bourgogne, qui a comploté avec le roi d'Espagne, est exécuté.

Le duc de Bouillon prend bientôt la relève, en attendant la fuite à Bruxelles du prince de Condé en 1609.

Les résistances sont réelles, car les adversaires de la politique d'apaisement avec les protestants n'ont pas désarmé, comme en témoigne la résistance du parlement de Rouen, qui n'enregistre l'édit de Nantes qu'en 1609. Dans un royaume où la Réforme catholique prend un essor décisif, Henri IV est contraint de donner des gages aux dévots, qui sont souvent d'anciens ligueurs. C'est pour cette raison qu'il rappelle les jésuites en 1603.

 

La guerre avec les Habsbourg

 

Depuis la disparition de Charles Quint, les Habsbourg d’Autriche (qui ont encore la couronne impériale) n’ont plus de pouvoir réel en Allemagne (­ indépendance des princes allemands + ­ protestantisme Þ Allemagne divisée). En 1609, les Habsbourg d’Autriche s’allient aux Habsbourgs d'Espagne et revendiquent la succession du Clèves et du Juliers, qu’ils envahissent, ce qui les réinstalle sur la rive gauche du Rhin et menace les Pays-Bas, et la France.

 

Henri IV ne peut l’accepter, et est prêt à faire une guerre pour en éviter une plus grave. Il renoue l'alliance avec les princes protestants allemands contre les Habsbourgs d'Espagne et d'Autriche. La rapidité et la vigueur de sa réaction étonnent : il lève une armée de près de 40 000 hommes – effort sans équivalent depuis Henri II. Cette décision n'est guère populaire car elle est perçue comme anticatholique (la rumeur selon laquelle c’est une guerre visant tous les catholiques et même le pape est largement alimentée par les adversaires du roi) et fait craindre le retour d'une lourde fiscalité.

 

Henri IV décide de prendre la tête de ses troupes et, pour affermir l'autorité de son épouse, qui va exercer le pouvoir en son absence, il la fait couronner à Saint-Denis, le 13 mai 1610.

 

14 mai 1610 : l'assassinat

 

Le début de la campagne est prévu pour le 19 mai, mais le 14, alors que le carrosse royal s'est mis au pas dans la rue de la Ferronnerie, une silhouette se dresse à la portière et frappe Henri IV Le roi, mortellement blessé, meurt au Louvre quelques minutes plus tard.

 

Sur le moment, l'assassin, François Ravaillac, valet de chambre d'un magistrat d'Angoulême puis frère convers au couvent des Feuillants de Paris, fait figure de coupable isolé. Il justifie son acte par les théories sur le tyrannicide, alors largement répandues. Mais les parlementaires gallicans chargés de l'enquête voient bientôt derrière l'assassin la main de leurs cibles favorites: les jésuites et l'Espagne. Les personnes directement mises en cause sont la marquise de Verneuil, le duc d'Épernon et d'anciens ligueurs. Il est impossible d'affirmer que Ravaillac faisait partie de ces milieux, mais la version de la conspiration apparaît comme l'explication la plus cohérente d'un crime qui brise net une politique concertée.

 

À la suite de l'assassinat, l'immense majorité des Français est accablée d'une douleur dont l'ampleur est à la mesure du risque encouru : celui du retour du désordre et des guerres. Les reproches qui fusaient dans les derniers mois du règne sont oubliés, seul le souvenir du temps du «bon roi Henri» reste dans les mémoires.

 

Ravaillac sera atrocement supplicié et exécuté le 27 mai.

 

La légende fait de son règne un véritable âge d'or. Cependant, sa personnalité complexe reste difficile à cerner.

Roi sceptique et pragmatique, Henri IV a su faire de son règne une étape décisive vers la monarchie absolue.

 

Son fils Louis XIII n’a que 9 ans. Le Parlement accorde la Régence à la reine Marie de Médicis, qui n’entend rien à la politique, se laissera influencer par sa sœur de lait Léonora Galigaï et son mari Concini et s’empressera de renouer avec l’Espagne et l’Autriche.

 


LA VIE POLITIQUE… En Angleterre

 

1558 – 1603 : Elisabeth 1ère

 

Héritière en  3ème position

 

Enfant illégitime

 

Le 25 janvier 1533, sans avoir obtenu du pape l'annulation de son mariage avec sa première femme, Henri VIII, désireux d'avoir un héritier mâle, épousa en grande hâte Anne Boleyn. Moins de neuf mois plus tard, le 7 septembre, Anne mit au monde un enfant. À la déception de Henri, c'était une fille : Élisabeth.

 

L'enfance d'Élisabeth fut marquée par le drame. En 1536, sa mère est victime des intrigues d'une faction de courtisans influents, proches des Espagnols et menés par le chancelier Thomas Cromwell: accusée sans preuves d'adultère et d'inceste, elle est exécutée le 19 mai 1536. Deux jours auparavant, Élisabeth a été déclarée illégitime. Elle sera pourtant associée par la suite aux événements importants de la cour et, en septembre 1544, l'Acte de succession la placera au troisième rang, derrière son demi-frère Édouard (fils de Henri VIII et de sa troisième femme, Jeanne Seymour) et sa demi-sœur Marie. Élevée dans la religion protestante, Élisabeth bénéficie d'une excellente éducation. Vive et intelligente, elle manie le français, l'italien et l'espagnol, et garde tout au long de son règne le goût pour le latin et le grec.

 

1547-1553 : règne d'Édouard VI

 

Élisabeth ne joua aucun rôle durant le court règne d'Édouard VI et ne prit aucune part au coup d'État monté par John Dudley, duc de Northumberland, qui porta la belle-fille de celui-ci, Jeanne Grey, au pouvoir pendant treize jours en juillet 1553.

 

1553-1558 : le règne de Marie Tudor

 

Ses relations avec Marie Tudor, sa demi-sœur, furent beaucoup plus tendues. La reine et le parti catholique n'avaient guère confiance en Élisabeth, qui, demeurée protestante, représentait pour eux un danger politique potentiel. Élisabeth passa la majeure partie des cinq années de règne de Marie loin de la cour, évitant de manifester en public une quelconque hostilité au régime. Tenue en suspicion par le parti catholique, elle fut cependant internée à la Tour de Londres, de mars à mai 1554, après l'échec de la rébellion menée par Thomas Wyat contre le projet de mariage de Marie avec Philippe II d'Espagne. Aucune preuve ne put être retenue contre elle, mais il était manifeste que le but du soulèvement était de la placer sur le trône. Cela ne fit qu'accroître la haine que sa sœur éprouvait à son égard et Élisabeth resta près de deux ans confinée dans son château de Hatfield House.

 

L'incident lui avait fait craindre pour sa vie et la marqua profondément. Néanmoins, son habileté politique lui permit de conserver le soutien des protestants sans donner à Marie Tudor prétexte à l'exclure de la succession; lorsque celle-ci mourut, le 17 novembre 1558, Élisabeth fut proclamée reine sans opposition.

 

1558 : l’accession au trône

 

Élisabeth accéda au trône dans l'allégresse quasi générale, parce qu'elle incarnait la nouveauté et l'espoir de temps meilleurs, même si elle héritait du chaos, du désastre et de la misère. Elle choisit d'exploiter les mécontentements et la haine que Marie Tudor avait fini par susciter, et affirma qu'elle allait restaurer la paix, la prospérité et la vraie religion. Élisabeth réussit à atteindre cet objectif, au prix de quelques sacrifices. À l'intérieur, ce fut par le règlement des querelles religieuses et par la reprise en main du Conseil.

 

Le célibat, instrument politique

 

L'une des difficultés majeures à laquelle Élisabeth eut à faire face fut d'être à la fois femme, célibataire et reine. La contradiction entre le rôle de la femme (obéir) et celui du monarque (commander) était à ce point flagrante que nombre de contemporains estimaient que le gouvernement d'une femme, seule de surcroît, était contre nature et qu'il ne pourrait que porter préjudice au royaume.

 

Mais Élisabeth pouvait-elle se marier ? Épouser un de ses sujets représentait un double inconvénient: celui de se mésallier et, surtout, celui de raviver les querelles de factions qui avaient marqué la fin du règne d'Édouard VI et conduit à l'usurpation de Jeanne Grey. Épouser un prince étranger était tout aussi dangereux: cela risquait de susciter des réactions xénophobes et d'entraîner l'Angleterre dans un système d'alliances qu'elle ne contrôlerait pas totalement. Le mariage devint alors pour elle un atout politique et diplomatique dont elle usa avec dextérité, acceptant, sous la pression des membres de son Conseil, d'envisager d'épouser tel sujet ou tel étranger, mais se dérobant finalement. De ses nombreux soupirants, deux seulement retinrent vraiment l'attention de la reine: Robert Dudley, en 1560-1561, et François, duc d'Alençon puis d'Anjou, frère du roi de France Henri IV, entre 1572 et 1582.

 

Le célibat d'Élisabeth maintenait également ouverte la question de la succession à la couronne. La reine refusa toujours de désigner son successeur, renforçant ainsi son pouvoir: l'incertitude entretenue ôtait à ses sujets tout choix possible d'allégeance.

 

La «Reine vierge»

 

Élisabeth s'employa à offrir d'elle-même l'image d'une femme hors du commun. Vierge, elle était au-dessus de la condition commune des femmes et proche du Christ, mais elle était aussi l'épouse de tous. Femme, elle régnait parce que Dieu l'avait voulu, et Élisabeth toucha des malades atteints d'écrouelles tout au long de son règne. Reine, elle était la mère de tous ses sujets. Une habile propagande contribua à la diffusion de cette triple image.

 

Le culte élisabéthain

 

Élisabeth est le premier monarque anglais à être devenu, de son vivant, l'objet d'un véritable culte. Chacune de ses apparitions en public était entourée d'un apparat et d'un cérémonial – où luxe ostentatoire, symboles et allégories étaient savamment entremêlés – destinés à la glorifier et à l'idéaliser. Le jour de son accession au trône devint fête officielle. Un portrait-type de la reine, jeune, magnifique et énigmatique, fut distribué et copié. D'innombrables ballades, pamphlets et poèmes lui furent dédiés, et les sermons de l'Église rappelaient incessamment ses vertus et l'amour qui l'unissait à ses sujets. Toutes les formes d'art et toutes les techniques furent mises au service de cette propagande, dont l'impact fut considérable.

 

1576-1588 : les années de paix, de prospérité, et d'autorité

 

Le compromis religieux

 

Élisabeth n'avait aucune intention de persévérer dans la religion catholique, mais elle devait compter avec une Chambre des lords conservatrice. Deux textes votés par le Parlement en 1559 traduisent le compromis religieux qu'elle dut accepter sous la pression des lords catholiques: l'Acte de suprématie fit de la reine le gouverneur suprême de l'Église (et non son chef) et l'Acte d'uniformité rétablissait, avec quelques modifications, le Prayer Book de 1552, nettement calviniste, tout en conservant l'organisation et le décorum (ornements et vêtements) de l'Église catholique. Mais le compromis emporta l'adhésion de la grande majorité du clergé, privant ainsi les catholiques les plus intransigeants d'un indispensable relais, d'autant qu'Élisabeth fit preuve de souplesse dans la mise en œuvre des actes.

 

Le Conseil maîtrisé

 

Pour asseoir son autorité au Conseil, la reine renvoya les deux tiers de ses membres et les remplaça par des hommes dévoués à sa cause. Son gouvernement eut dès lors une base politique relativement restreinte, notamment du fait de l'exclusion des notables catholiques. Le Conseil ne fut plus miné par les querelles de factions et, sur les grandes questions des premières années, son unité devant la reine fut réelle.

 

Le renouveau anglais 

 

À l'extérieur, Élisabeth obtint au traité du Cateau-Cambrésis (avril 1559) une paix honorable avec la France, même si Calais était momentanément perdue, tout en maintenant, pour un temps, de bonnes relations avec l'Espagne de Philippe II. Cependant, excommuniée par le pape en 1570, Élisabeth fut mise à l'écart de la communauté des souverains européens, mais son prestige auprès de ses sujets ne fit que s'accroître avec les succès des corsaires anglais (sir John Hawkins) contre les Espagnols, les exploits de sir Francis Drake (tour du monde en 1577-1580), les débuts de la colonisation en Amérique (Virginie, en 1584).

 

Sur fond d'essor démographique et de croissance économique (création en 1570 du Royal Exchange; fondation, en 1600, de la Compagnie anglaise des Indes orientales), la défaite de l'Invincible Armada en août 1588 paracheva le retour de l'Angleterre au premier plan de la scène internationale.

 

Doutes et défiance protestants

 

Pourtant, le rôle de la souveraine dans cette transformation de l'Angleterre est controversé. Élisabeth était une reine conservatrice et le plus souvent hésitante dans ses décisions. Ainsi, son recul dogmatique, en 1558, indigna les évêques protestants, qui entreprirent de lui imposer en 1563 les très calvinistes Trente-neuf Articles de la religion. Les hésitations de la reine à les accepter, les projets de mariage avec Dudley, puis avec Alençon, entretinrent jusqu'en 1580 les rumeurs de restauration du catholicisme.

 

La politique étrangère d'Élisabeth 1ère

 

Élisabeth ne semble pas avoir eu de visées précises en matière de politique étrangère, hormis celles de disposer d'un port (Calais ou Le Havre) sur la côte française et, dans les années 1560-1580, d'éviter toute intervention directe dans un conflit. Élisabeth était, en réalité, une reine jalouse de son pouvoir et très consciente de ses prérogatives et de son rang, surtout après son excommunication. En ce sens, son hésitation à soutenir des rebelles, même protestants, s'explique par son refus de cautionner toute contestation de l'autorité monarchique.

 

Elle chercha aussi longtemps que possible à pactiser avec Philippe II. Lorsqu'en 1585 elle dut se résoudre à intervenir militairement aux Pays-Bas contre les catholiques favorables à l'Espagne, le duc de Leicester reçut l'ordre d'éviter de lancer des offensives.

 

Marie Stuart

 

Lorsqu'en juin 1559 la menace écossaise fut ravivée par l'accession à la couronne de France de François II, époux de Marie Stuart, régente d'Écosse et prétendante catholique au trône d'Angleterre, Élisabeth n'envoya qu'à contrecœur des soldats pour aider les protestants écossais. Elle soutint sans conviction réelle le parti protestant en France en 1562-1564 (Calais fut définitivement perdue dans l'affaire) et les calvinistes des Provinces-Unies en 1577-1578.

Les relations d'Élisabeth avec Marie Stuart illustrent ces atermoiements. Après son échec en Écosse, Marie se réfugia en Angleterre (1568). Elle y resta prisonnière pendant dix-neuf ans. En dépit des complots et des révoltes fomentés en son nom (1569, 1571, 1583, 1586, 1587), Élisabeth refusa de l'exclure de la succession, et ce fut le Conseil qui obligea la reine à la faire exécuter le 8 février 1587.

 

1588 : l’Angleterre gagne la maîtrise des mers

 

Échec de l’Invincible Armada.

 

1588-1603 : une fin de règne tourmentée

 

Elisabeth impopulaire…

 

Les quinze dernières années du règne sont marquées par une rapide détérioration des relations entre Élisabeth et ses sujets. Les facteurs économiques et politiques expliquent en partie ce renversement. La croissance se poursuivit jusqu'en 1592-1593, mais les récoltes de 1594-1597 furent très mauvaises, entraînant cherté de la vie, déclin de la production et hausse de la mortalité.

 

En 1598, les premières lois contre les vagabonds et les pauvres (1572 et 1576) furent considérablement renforcées afin de réprimer toute agitation sociale. Elles furent d'autant plus impopulaires que leur application était à la charge de la communauté villageoise.

 

Les nombreuses opérations militaires sur le continent (Provinces-Unies, France, Espagne) et en Irlande, les rares succès qu'elles remportèrent et les lourdes taxations qu'elles entraînèrent renforcèrent l'hostilité de la population à l'égard de la reine.

 

Élisabeth donna l'impression de ne plus maîtriser son Conseil: réduit à une dizaine de membres, sans grande assise locale, il fut contrôlé par les Cecil et leur faction. Les exclus se tournèrent vers le comte d'Essex,  soupirant de la reine: celui-ci se révoltera et sera exécuté en 1601.

 

Le raidissement à l'égard des catholiques, et particulièrement des jésuites, dans les années 1580 n'empêcha pas l'émergence du puritanisme, qu'Élisabeth dut également combattre.

 

 

 

… malgré la prospérité

 

Pourtant il n'y eut pas de déclin de l'Angleterre. L'expansion coloniale se poursuivit (sir Walter Raleigh), l'endettement du pays était faible et, surtout, la fin du règne fut un âge d'or pour la pensée (Francis Bacon), les arts et la littérature, et tout particulièrement le théâtre (Shakespeare, Marlowe, Greene, Chapman, Kyd, Tourneur).

Ce qui s'était brisé, c'était l'image d'Élisabeth: la reine n'avait pas su se renouveler et la propagande élisabéthaine était devenue inopérante.

 

Fin de la dynastie Tudor : avènement des Stuarts

 

Lorsqu'elle mourut sans enfants, le 24 mars 1603, la couronne passa aux Stuarts, descendants des Tudor par les femmes. Jacques VI d'Écosse fut appelé au trône. L'ordre naturel était rétabli. La dynastie Tudor avait vécu, mais Élisabeth, bientôt idéalisée par les déçus du règne de Jacques Ier, entrait dans la légende.

 

 

 

LA VIE POLITIQUE… En Espagne

 

Philippe II

 

Les guerres contre la France

 

1559 : paix de Cateau-Cambrésis avec la France. François Ier a perdu. Hégémonie politique et militaire de Philippe II.

 

1560-80 : guerres contre les Turcs

 

1571 : la bataille de Lépante : Bataille de galères. Cette victoire donne un coup d’arrêt à l’expansion turque.

 

 

Les guerres contre l’Angleterre, 1565-1600 :

 

Les Anglais, qui veulent profiter des richesses du Nouveau Monde intensifie  les guerres contre l’Esp pour réduire son hégémonie :

-en Atlantique, les corsaires (Drake) :

-au Pays-Bas : Ang soutient la révolte

-en Amérique : incursions anglaises

 

1588 : défaite de l’Invincible Armada

 

Baisse de la puissance de la France => Le conflit Esp / Ang se déplace en mer du Nord.

Face à l’agressivité anglaise, Philippe II veut prendre la maîtrise de la Manche et décide d’envahir l’Ang. Échec à cause de la tempête : défaite de L’Invincible Armada. Poursuivie par les corsaires. Elle perd 65 navires sur 130, et des milliers d’hommes.

ð      Esp se reconcentre sur la protection de ses routes maritimes en Atlantique et sur la fortification de ses ports en Am. C’est la fin de la domination maritime espagnole et le début de la domination britannique.

 

 

1580 : Philippe II envahit le Portugal

 

Le roi Sébastien du Portugal meurt en Croisade. Il y a pls prétendants au trône. Finalement c’est Philippe II (qui a des droits) qui s’impose par la force en envahissant le Portugal.

ð      1580 : l’Espagne et le Portugal sont réunis. L’unification de la péninsule est un projet qui date depuis très longtemps. En fait, Philippe II récolte les fruits d’un travail d’unification (par mariages ou militairement) commencé par Isabelle et Ferdinand, et même avant eux.

 

 

1584 : construction de l’Escurial.

 

 

 


LA VIE POLITIQUE… Ailleurs, en Europe et dans le monde

 

Aux Pays-Bas

 

Division en 2 des Pays-Bas : pro/ anti   Espagne / Réforme

 

 

 

Au Portugal

 

Le roi Sébastien du Portugal meurt en Croisade. Il y a pls prétendants au trône. Finalement c’est Philippe II (qui a des droits) qui s’impose par la force en envahissant le Portugal.

ð      1580 : l’Espagne et le Portugal sont réunis.

 

 

 

 

En Russie : Ivan IV Le Terrible (1533 – 84)

 

 


LA VIE QUOTIDIENNE & CULTURELLE

 

La vie quotidienne

 

1555 : les Prophéties de Nostradamus

 

Michel de Nostre Dame (Saint-Rémy-de-Provence, 1503 — Salon, 1566) passe son enfance entre ses grands-pères, tous deux médecins, et c'est également la médecine qu'il choisira d'étudier à Montpellier, dans l'université la plus cotée d'Europe. En 1523, lorsque la peste décime le Languedoc, le jeune médecin, parcourant la région, se dévoue et dispense ses soins avec prodigalité. Puis il décide d'ouvrir un cabinet à Agen, se marie et noue d'excellentes relations avec l'un des plus grands savants d'alors, Jules César Scaliger. Quelques années passent, pendant lesquelles on peut croire que Nostre-Dame vit heureux. Après la mort de sa femme et de ses enfants, emportés par une nouvelle épidémie de peste, il commence un périple qui l'aurait, dit-on, conduit jusqu'en Égypte. C'est alors que se seraient déclarés ses dons de voyance: rencontrant un moine sur son chemin, il tombe à genoux et reconnaît en lui le futur pape Sixte V.

À son retour à Salon (1546), où il se remarie (1548), s'il exerce encore avec succès la médecine, il pratique surtout, comme son grand-père maternel, l'astrologie. En 1550 paraît son premier almanach ; il compose parallèlement un Traité des fardements (1552), dans lequel on trouve pêle-mêle conseils de beauté et recettes de bonne femme, à la manière des médecins du temps. Le coup de génie viendra avec les Centuries astrologiques, qu'il écrit, de son propre aveu, dans un état de «fureur poétique». Il s'en expliquera dans une lettre à son fils César: il n'a composé son livre qu' «à partir de ce que la divine essence [lui] a donné à savoir grâce au mouvement des astres». De même, il donne à son fils la raison pour laquelle il a été si obscur: «Bien des fois, depuis longtemps, j'ai prédit très à l'avance ce qui est arrivé depuis, événements heureux ou malheureux, annoncés par moi avec une promptitude instantanée, et qui se sont produits depuis dans les divers pays du monde. Cependant, je n'ai pas voulu, à cause des persécutions qui pourraient m'advenir, écrire clairement des événements que je prévois pour le futur; en effet, les royaumes et les religions subiront des bouleversements d'une telle ampleur que si je venais à l'annoncer dès à présent, ceux des divers partis, religions et croyances en seraient offusqués et condamneraient ce qu'ils ne réussiront point à empêcher.»

Ces Centuries astrologiques, il les publie à Lyon en 1555 sous le titre les Prophéties. L'ouvrage connaît un succès considérable. L'année suivante, au mois de juillet, Catherine de Médicis, passionnée par l'occultisme, l'appelle à la Cour afin qu'il dresse l'horoscope de ses fils. Les astres annoncent que trois d'entre eux régneront. Prédiction étonnamment juste: les trois garçons porteront tour à tour la couronne, sous les noms de François II, Charles IX (Nostradamus deviendra son astrologue et son médecin attitré) et Henri IV Revenu à Salon, Nostradamus apprend la mort de leur père, le roi Henri II. Nouveau succès: le prophète de Salon n'a-t-il pas prévu cet événement, et jusqu'aux circonstances dans lesquelles il surviendra? Le Lyon jeune, le vieux surmontera / En champ bellique par singulier duelle: / Dans cage d'or les yeux lui crèvera / Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.

Contre toute attente, Henri II meurt en effet dans un tournoi : son adversaire a transpercé de sa lance l'œil droit et le cerveau du roi.

 

 

1564 : en France, le nouvel an passe au 1er janvier

 (jusque là c’était à Pâques)

 

L’écrit

 

Les guerres de Religion sont l’occasion du développement de la propagande écrite : tracts, affiches, pamphlets.

 

L’instruction des filles

 

1574 : création du 1er établissement scolaire pour filles par des religieuses à Avignon. Mais l’instruction des femmes se fera vraiment au 17ème.

 

 


L'Eglise et la religion


Les guerres de Religion en Europe

 

- en Allemagne : 1522 - 55

- en France : 1562 - 1598

- aux Pays-Bas : 1568  -1609

 

Les solutions aux conflits :

- en Allemagne : les sujets doivent adopter la religion de leur prince

- en France : Edit de Nantes (« tolérance »)

- aux Pays-Bas : culte catholique public interdit

- en Italie et Espagne : protestants persécutés par Inquisition

- en Pologne : catholique, mais tolérance envers protestants

 

 

Thérèse d’Avila

 

1567 à 82 : elle réforme l’ordre des Carmélites et fonde une quinzaine de monastères.

Elle écrit son itinéraire mystique : Le château intérieur et  Le chemin de la perfection.

 

Thérèse est originaire d'une vieille famille de Tolède juive convertie au christianisme. Très tôt, elle perd sa mère et est élevée au couvent des Augustines à Ávila. En 1536, elle entre au couvent de Carmélites et y mène une vie sans grande ferveur religieuse. Mais un jour de 1542, alors qu'elle prie devant une statue du Christ flagellé, Thérèse entre dans une conversion qui l’engager dans la voie de la mystique.

 

L'ordre des Carmes : fondé au Allemagne siècle par des ermites vivant au mont Carmel, dans le royaume franc de Jérusalem.

1450 : l'ordre des Carmélites. Elles sont cloîtrées, alors que les Carmes ne le sont pas.

 

1562, Thérèse fonde à Avila un couvent où la règle primitive des Carmélites soit de nouveau strictement observée: une vie rude consacrée à la contemplation de Dieu. Elle participe ainsi au vaste courant de réformes issu du concile de Trente (1545-1563) qui secoue alors le monde chrétien.

Durant cette période, elle écrit sa première œuvre littéraire: le Chemin de la perfection (1583).

 

De 1567 à sa mort, Thérèse consacre son temps à l'élargissement de la réforme de l'ordre. Thérèse doit affronter l'hostilité de certaines autorités ecclésiastiques et la résistance des Carmes qui s'opposent à la réforme.

Tout au long de sa tâche, elle sera soutenue par saint Jean de la Croix qui entreprendra la même réforme dans la branche masculine des Carmes.

 

Son confesseur l'invite à relater les étapes de son itinéraire mystique: Le Livre des fondations (rédigé à partir de 1577, publié en 1610) et Le Château intérieur (rédigé en cinq mois, en 1577, et publié en 1588, avec Le livre de la Vie).

 

Sainte Thérèse d'Ávila, béatifiée en 1614 et canonisée en 1622, demeure une figure prestigieuse de la sainteté chrétienne, tant par son œuvre réformatrice que par ses écrits mystiques.

 

Le christianisme devient une religion mondiale

 

L’Église a des évêchés en Europe, Mexique, Pérou, Inde.

 

 


Les sciences, techniques et inventions

 

Médecine

 

Ambroise Paré invente la chirurgie moderne. Il n’a pas pu faire d’études et donc n’est pas médecin : c’est sa chance. Barbier chirurgien, il passe plusieurs années à soigner les blessés dans les armées des rois de France. Là, il invente de nouveaux procédés qui soignent mieux ou qui diminuent les souffrances : le pansement des plaies au lieu de la cautérisation au fer rouge ou à l’huile bouillante, la ligature des vaisseaux sanguins pendant les amputations, etc.

 

Métallurgie : le fer !

 

Fer et fonte : les hauts-fourneaux permettant une forte chaleur et une oxydoréduction du minerai donnant de la fonte sont apparus fin 14e. Mais ils se répandent en Europe dans la 2ème moitié du 16ème.

Importance pour l’artillerie (canons, boulets) !

 

­ de la production de la fonte permet aussi de ­ la production de  fer. Le fer est obtenu à partir  de la fonte dans les ateliers de forges, actionnés par la force de l’eau. L’usage du fer va se répandre et bouleverser la vie quotidienne (outils, chaudières, clous, ciseaux, fourchettes, clés et serrures, etc.), mais aussi l’industrie (raffinage du sucre, brasserie, teinturerie, savonnerie, etc.)

 

La vie culturelle


La philosophie



L’architecture

 

Rome et les débuts de l’architecture baroque      

 

2ème moitié du 16ème, Rome devient la plus belle ville d’Europe. C’est de là que part l’art baroque (Église de Gésu à Rome)

 

 

1555 : église Ste Basile à côté du Kremlin

 

Sous Ivan IV le Terrible.

 

1584 : l’Escurial de Philippe II en Esp.

 

Ch Q avait exprimé le désir de faire construire un panthéon pour la dynastie.

 

 

 

La peinture et la sculpture

 

La Musique

 

La Renaissance (fin 15ème et tout le 16ème) correspond à un très profond changement de mentalité. Nouvelle considération de la place de l’Homme dans la Création, nouveau regard sur Aristote et retour aux textes antiques en éliminant la glose médiévale.

 

En musique, remise en cause des principes de l’Ars Perfecta de Josquin des Prés : recherche de l’expressivité, intelligibilité des textes, usage de la dissonance. Cette recherche d’un nouveau style se fait essentiellement  dans le motet (= pièce courte ; pour la musique sacrée) et le madrigal (pour la musique profane) qui devient vite codifié et stéréotypé.

 

On n’écrit pas encore de la musique pour  instruments seuls : on écrit pour des voix, et/ou des danses.

Nouveaux  instruments : cromornes (ancêtres des hautbois), épinette (ancêtre du clavecin).

Apparition de la barre de mesure.

Voix de femmes dans la musique sacrée.

 

Clément Janequin, qui sera chapelain du duc François de Guise. Musique descriptive (scènes de batailles, chants  d’oiseaux, vie quotidienne).

 

Claude Le Jeune : amour courtois

 

Monteverdi (1567-1643) :

 

Monteverdi (1567-1643) arrive à cet époque. Il n’est pas l’initiateur de la réforme musicale, mais en sera le génie fondateur. Il est considéré par les musicologues modernes comme le créateur de la musique moderne. Il vient avant J.S.Bach (1685-1750). C’est un compositeur précoce (il publie à 15 ans). Il commence sa carrière à la cour de Mantoue à la fin de l’âge d’or des Gonzague. Mantoue est considéré (avec sa rivale Ferrare) comme à l’avant-garde musicale. Monteverdi y reste 15 ans et la publication de ses œuvres lui donne une réputation internationale. En 1623 Monteverdi obtient le poste de maître de Chapelle de la Basilique St Marc à Venise où il connaît la consécration. Il est universellement connu et respecté. (voir article sur Monteverdi et écoute des CD)

 


La littérature

 

Montaigne

1580 : Les Essais

 

Cervantes

1605 : première partie de Don Quichotte, qui connaît un succès immédiat.

 


William Shakespeare

 

Sur la scène populaire de son théâtre en bois comme dans les palais d'Élisabeth Tudor et de Jacques Stuart, Shakespeare a rendu accessible à l'Angleterre l'Antiquité renaissante, et a entouré son époque du cercle magique de sa poésie, renouvelant le langage et nous proposant de nouveaux mythes. Aucune œuvre ne fut plus lue et jouée. Elle fascina Voltaire, Goethe, Victor Hugo, Marx, Freud…

 

La jeunesse

 

La ville où est né Shakespeare, en 1564, n'est qu'à une centaine de miles de Londres. Cette proximité explique que ce bourg fut le lieu florissant de marchés et de foires, et des troupes itinérantes de comédiens y venaient de la capitale ; par ailleurs, le bourg fut décimé par les épidémies de peste

 

William était le troisième enfant d’une famille respectable. Son père, artisan respecté, gravit les échelons de la notoriété et devint maire de la ville, en 1568. Pourtant, 10 ans plus tard, celui qui avait été l'une des personnalités les plus estimées de Stratford dut renoncer aux honneurs (il n'osait plus venir à l'église, de peur d'y être arrêté pour dettes).

 

A dix-sept ans, William  était de retour à Stratford et fiancé à une fille d'un fermier qu'il épousa en 1582. Le couple eut trois enfants. On ignore à peu près tout de Shakespeare entre l'année de la naissance des jumeaux et celle où on le sait à Londres. Il aurait gagné de l'argent en gardant les chevaux des gentilshommes à la porte des théâtres. Ce qui est certain, c'est qu'il commence à écrire et partage sa vie entre Stratford et Londres.

 

Premiers écrits

 

En 1592, Shakespeare a vingt-huit ans. Il commence déjà à se faire un nom. Les premières comédies sont en gestation, mais la peste éclate, et les théâtres sont fermés pendant deux ans. Le voici donc écrivant de grandes œuvres lyriques, qui valent à Shakespeare l'amitié et le soutien du comte de Southampton. L'activité créatrice de l'auteur prend alors un nouvel essor : Le Songe d'une nuit d'été, Roméo et Juliette, Richard II.

 

En 1596, le fils de Shakespeare meurt à l'âge de onze ans. Par une cruelle ironie de la fortune, quelques mois plus tard, le dramaturge (désormais sans descendance mâle) reçoit le titre de gentilhomme et l'écusson jadis convoité sans succès par son père.

 

Les pièces de Shakespeare sont jouées à la cour, dans les palais royaux, dans les collèges de juristes, dans les nouveaux théâtres. Célèbre à trente-quatre ans, il n'a pourtant encore écrit presque aucune des œuvres par lesquelles la postérité le connaît. Le Marchand de Venise et Beaucoup de bruit pour rien, comédies de la maturité, datent de cette époque.

 

Le théâtre du Globe

 

Shakespeare, l'un des actionnaires qui font construire le théâtre du Globe va désormais s'enrichir. La reine Élisabeth lui commande une suite comique : ce sera Les Joyeuses Commères de Windsor. Il écrit aussi Jules César, et Comme il vous plaira.

 

En 1600, les théâtres sont en guerre entre les théâtres privés, et les théâtres publics comme le Globe.

En 1601, le Globe est le lieu d'un drame politique : les partisans d'Essex paient la troupe pour que soit joué Richard II, afin que la reine se reconnaisse dans l'image de ce roi déchu. Les acteurs de Shakespeare sortent indemnes de l'épreuve. Le rebelle Essex est exécuté, et Southampton emprisonné.

 

La même année, le père de Shakespeare meurt. C'est l'année de Hamlet, drame du père mort et du théâtre révélateur de vérité.

 

La troupe du roi

 

En 1603, lorsque Jacques Stuart monte sur le trône, la troupe du lord chambellan devient celle du roi. Mais, de nouveau, la peste ravage Londres: les théâtres fermés, les acteurs redeviennent itinérants. Ses comédies s'assombrissent: Tout est bien qui finit bien, Mesure pour mesure, Othello, Le Roi Lear, Macbeth que Shakespeare écrit pour Jacques Ier.

 

En 1609, la troupe du roi acquiert le théâtre de Blackfriars, théâtre couvert installé dans un monastère désaffecté. Shakespeare se retire définitivement à Stratford, et il écrit désormais pour ces deux théâtres. Blackfriars est un théâtre intérieur avec des lumières artificielles. On peut y jouer l'hiver. Ce nouveau lieu théâtral a sans doute contribué à changer le style des six dernières pièces de la carrière du poète : Périclès, Cymbeline, le Conte d'hiver et la Tempête, les Deux Nobles Cousins, et Henri VIII.

 

Shakespeare meurt en 1616.

 

L’oeuvre

 

Les sources : la tradition romanesque médiévale ; mais les comédies sont aussi tributaires des sources latines, ainsi que des sources italiennes (la Mégère apprivoisée s'inspire de l'Arioste). La prose, nouvelle venue sur la scène, rapproche souvent les acteurs de leur public.

 

Les comédies élaborent une réflexion sur le pouvoir du langage. La vie et la mort s'y livrent une bataille de mots. Les femmes, y jouent le rôle principal : elles gagnent les victoires de la vie et de l'amour contre l'hypocrisie puritaine. La comédie met le monde à l'envers pour faire renaître l'harmonie : les femmes se déguisent en hommes, etc.

 

Son œuvre historique fait revivre l'histoire des Plantagenêt et des Tudor : elle se situe entre 1199 (avènement de Jean sans Terre) et 1547 (mort de Henri VIII). Lorsque Shakespeare met en scène la guerre des Deux Roses (1455-1485), Machiavel a déjà écrit le Prince. La question centrale est celle de la morale en politique. La première tétralogie (Henri VI et Richard III) tente d'expliquer la naissance du tyran, tandis que la seconde (Richard II, Henri IV et Henri V) décrit l'avènement du héros national. Chaque tétralogie se termine par un mariage pour souligner le retour de l'harmonie.

 

Shakespeare renouvelle la tragédie. On peut opposer les six tragédies gréco-romaines – inspirées pour la plupart des Vies de Plutarque (Jules César, Antoine et Cléopâtre, Coriolan, Timon d'Athènes) – aux cinq tragédies qui tirent leur substance narrative de contes italiens (Roméo et Juliette, Othello) ou de chroniques historiques ou légendaires (Hamlet, le Roi Lear, Macbeth). Les cinq grandes tragédies mettent en scène leurs héros face à un destin qui prend une forme toujours ambiguë – fantôme (Hamlet), paroles mensongères (Othello, Macbeth), mélancolie trompeuse (Roméo et Juliette), silence ambivalent (le Roi Lear) –, qu'ils cherchent à matérialiser sans la patience que leur donnerait la foi en la Providence. Ils seront dévorés par le temps, puis l'ordre renaîtra.

Dans les dernières pièces, si Shakespeare côtoie toujours la mort, il intègre les nouveaux courants de pensée, il purifie la magie de toute superstition, et semble croire en l'espoir d'une paix européenne concrétisée par le mariage d'Élisabeth Stuart avec l'Électeur palatin.

 

 


Livres, histoires, films se passant à cette époque

 

Robert Merle Fortune de France 

Fernand Braudel : La Méditerranée au temps de Philippe II 

Mme de La Fayette La princesse de Clèves (écrit sous Louis XIV) se passe sous Henri II.