Périple
 
UN VOYAGE PAS COMME LES AUTRES
 
 
 
Suite à un tragique accident survenu en Egypte dans l'hôtel où je résidais, il me fallait "revivre" et tenter un accord amiable avec la direction de l'hôtel. Je ne supportais plus d'être lésée, de tourner en rond sans que quelque chose se déclenche en ma faveur. Rien de l'assurance. Des soucis de santé à vie... Des problèmes de survie au quotidien, etc... Il me fallait agir.
Alors, je fis le sacrifice de me payer 43 jours en Egypte. Je savais que cela serait long parfois, mais un accord amiable, là-bas comme en France, ne se négocie pas en une journée.
Alors, à me déplacer autant me déplacer aussi pour me détendre le corps et surtout l'esprit.
 
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Le 28 août après-midi, mon fils me déposait à l'aéroport de Marseille/Provence. Direction Le Caire via Rome. 
 
J'arrivais au Caire le 29 août à 3h du matin.
A 5h, j'étais à l'hôtel.
A 14h30, je rendis visite à ma grande amie égyptienne, Carole. Elle m'invitait à déjeuner au fameux restaurant Andréa à Mokattam. Les retrouvailles furent joyeuses ; elle fut émue de me revoir en assez bonne santé - mes douleurs et séquelles étant internes...
De retour à l'hôtel à 17h, pour une petite sieste.
A 20h, je me rendis à mon café habituel où j'y retrouvais l'ami journaliste Wael.
Une petite collation, une chicha tefâ, un saut au cyberphone et je filai me coucher.
La chaleur, l'humidité et la pollution me fatiguèrent énormément.
 
 
Le samedi 30 août
 
J'ai enfin dormi!! Je file faire quelques achats, les rues du quartier de Talaat Harb sont un plaisir pour le shopping!
Je retrouve Carole devant le café Groppi ; nous allons rejoindre son oncle et sa tante à Héliopolis, ville au charme fou, "la ville du soleil"..
Cette ville fut bâtie par le Baron Empain. Les maisons ont un style architectural mauresque. Dernièrement, les 100 ans de la ville furent fêtés. Donc, la ville fut construite en 1908!
Les balcons des demeures sont en bois de cèdre, les ruelles sont entretenues et propres, les habitants semblent avoir les moyens.
 
Avec Carole, nous nous rendons chez un joaillier afin que j'échange mes bijoux pour des nouveautés et une contre-partie en livres égyptiennes qui me payeront une partie de mon séjour.
Me voici avec une parure d'or et de rubis! Comme je n'avais pu offrir un présent à sa fille pour son baptême, je lui achète un petit dauphin en or et pierre semi-précieuse. Un souvenir de "sa grand-mère française"!
Nous retrouvons Michel et Jacqueline dans un charmant café sélecte.
Quel bonheur que de nous retrouver! Et grand est leur soulagement en constatant le miracle de mon état ; pour ma part, je suis ravie de savoir que leur santé n'est pas trop mauvaise.
 
A 20h30, de retour dans "mon quartier" de Midan Talaat Harb, je m'offre un bon repas au snack Al Gazaz qui s'est refait un charme avec une salle de restaurant agrandie. Je constate que les prix ont flambé depuis 2007.
Le peu d'activités depuis le 29 août m'épuise littéralement. Le bruit des klaxons, la chaleur, les douleurs m'empêchent de passer une bonne nuit.
 
Le dimanche 31 août
 
Le réveil sonne à 7h, juste lorsque je trouve le sommeil. Je sais très bien que cette première semaine ne serait pas de tout repos. La priorité n'étant pas les vacances mais l'accord amiable...
Je file au bureau d'Alitalia pour confirmer mon billet de retour pour le 11 octobre. Puis je prends un taxi pour me conduire au cabinet de l'avocat, à Agouza, un quartier proche de l'île Zamalek. Bien évidemment, blonde aux yeux bleus, je passe difficilement pour une égyptienne et le tarif du taxi est doublé... C'est quelque chose que je ne supporte pas dans ce pays : que l'on prenne les Européens "pour des vaches à lait", bref.
J'arrive au cabinet un peu à l'avance sur l'horaire prévu, un employé d'un bureau d'engeneering me propose de venir m'installer dans le salon plutôt que de patienter sur la marche de l'escalier. Le cabinet est au 9ème étage, et je vous laisse imaginer ma crainte que de devoir emprunter l'ascenseur... Une chute dans le vide de plus de 4 étages laisse des troubles parfois... mais je ne me sens pas de les gravir à pied.
L'adjoint de l'avocat, francophone, me reçoit avec courtoisie, et la transaction dure des heures. Nous voici quatre personnes autour de la grande table. Nous décidons de tenter une négociation à 10 000 euros.
L'avocat téléphone au directeur de l'hôtel qui ne croit pas en ma présence. Et il accepte 8 000 euros. Je suis d'accord. Je doute pouvoir toucher davantage et il faut mettre un terme à cette situation qui m'est devenue insupportable. Le directeur propose un premier versement dans le courant de la semaine prochaine, mais voilà, je partirai pour Louxor, et il est hors de question que je dépasse mon budget restraint. Mes transports et tous mes hôtels sont réservés. Je propose que tout soit sur la table en dernière semaine de mon séjour, juste avant mon retour en France.
Je n'en crois pas mes oreilles : j'ai gagné... et j'évite le mois de prison au directeur et au responsable de l'entretien de l'ascenseur. Que deux familles souffrent, cela ne me rapporte rien. Autant rester humaine.
Cependant, lorsque je me suis mise à lire le procès verbal de police traduit, je constate des erreurs, mais ce qui m'écoeure davantage est le fait que le directeur de l'hôtel, pour se défendre (sans réflexion) ment sur toute la ligne. Pourquoi les victimes sont-elles toujours prises pour des andouilles ? Pourquoi ne prend-il donc pas ses responsabilités en me manquant de respect de surcroît ? Le Ramadan débute demain et Allah s'en souviendra...
Je quitte le cabinet à 16h, prends un taxi avec un tarif convenable cette fois-ci. Je marche durant des heures, m'arrête dans une boulangerie : j'ai besoin de sucre. Et me voici dans ma chambre.
Je me mets à pleurer. Les nerfs me lachent ; j'arrive au bout du tunnel de cette tragédie. Comme quoi mon idée fut profitable de vouloir me rendre en Egypte, le sacrifice en vaut la chandelle. Je serai réellement soulagée le jour où j'aurai les euros dans les mains. Je retrouve mon sourire!
Demain, ce sera le premier jour du Ramadan. Je ne sais si les boutiques seront ouvertes. J'irai, malgré tout, à Khan el Khalili, s'il ne fait pas trop chaud.
Ce soir, à la terrasse du café, je ne suis pas contente de constater que Wael n'avait pas payé les consommations prises il y a deux soirs. Je paye ce que je dois, mais il me déçoit.
Je pense... Cela m'ennuie de, sans doute, devoir revenir une journée pour la transaction avec le directeur de l'hôtel. Je ne peux et ne veux pas reculer mon déplacement vers Louxor. Cela fait un an et demi que je patiente... Ce n'est pas à cet homme de me mener par le bout du nez. Déjà qu'il exige à ce que je signe une décharge de poursuite... Tout cela me fatigue, je suis sur les rotules. Allez, courage Gamila! El mabrouk te sourit. Je sais, je sens que les choses se passeront bien. Inch'Allah...
Je me fais manger par les moustiques, c'est affreux... Heureusement que j'ai pensé à apporter une bombe anti-moustiques...
J'ai hâte de découvrir l'Egypte durant le Ramadan. Découvrir un autre aspect de ce pays dans une ambiance festive religieuse.
Quelle joie d'être parmi cette foule pleine de vie, de sourire, de gaieté ; cela change de la France où tout le monde fait la tête et où les boutiques ferment à 19h, et les cafés et restaurants à minuit... Ici, tout est ouvert jusqu'à 3h du matin.
Attablée au café devant mon thé à la menthe, j'observe les passants, et soudain, un vieux ventriloque anime sa marionnette, puis un cracheur de feu lui succède. Je leur donne la pièce. Dommage, je n'ai pas l'appareil photographique sur moi.  
Je m'achète une écharpe à 15 £e, mais il ne me reste que 13! Du coup, le marchand me propose une photo avec lui de son portable! Allez pas de souci, rien de méchant, et j'ai gagné deux livres!!
Comme tous les ans, sitôt sur place, je n'ai pas le sentiment d'avoir quitté les lieux qui me sont devenus communs.
Cependant, je caresse l'espoir que les semaines suivantes seront plus calmes : j'ai vraiment besoin de repos. Et cette pollution qui étouffe le peu d'oxygène respirable ne m'aide pas. Dans le sud, ça ira mieux.
Un jeune policier en civil, pistolet à la ceinture, passe dans la rue, le regard balayant la rue.
Je trouve les égyptiens un peu plus disciplinés qu'auparavant : ils traversent davantage sur les passages piétons, les automobilistes s'arrêtent plus souvent au feu rouge... Certaines façades d'immeubles sont repeintes, il y a de nouvelles boutiques...
Hier, Michel m'a informé que l'économie était mal en point depuis que les prix sont devenus libres ; par conséquent, qui peut payer, paye, celui qui ne peut pas vit difficilement. Le litre de lait est passé à 1€, le pain de 25 piastres à 2£e, etc...
La crise économique est mondiale.
Voici une demi-heure que j'attends ma monnaie de 4£e au café, du coup, je fais la remarque au serveur et négocie par un thé supplémentaire.
 
Cette année, ce sont les vingt ans de l'Opéra du Caire.
 
Le palais du Baron Empain, fermé aux visiteurs sauf durant la journée de la fête de la musique du 21 juin, est illuminé de lumière bleue et de faisceaux laser pour de la publicité Avon. La mode ne se refuse rien...
 
Il y a tellement de brouhaha que je chausse mon mp3.
Les jeunes hommes sont très classes, costume, cravatte, la jeunesse française devrait venir faire un stage d'élégance par ici! C'est le monde à l'envers.
Et dire que je suis toute proche de l'Immeuble Yacoubian, et lorsque j'observe les vendeuses des magasins, la vie qui se déroule devant mes yeux, je ne peux m'empêcher de repenser au film, tout comme l'expression " Guéda, guéda, guéda!" que le journaliste dit au jeune nubien. J'ai appris une nouvelle expression!
Carole me parle beaucoup en arabe, c'est sympathique de sa part.
Il est à peine 21h30 et la température se fait plus douce, avec un soupçon de vent.
 
Le lundi 1er septembre
Il est 1h du matin, je n'arrive pas à trouver le sommeil. Je me mets un instant à la fenêtre et face à ma chambre, une famille vit sur le toit de l'immeuble. Le père et son fils sont en train de décorer la terrasse avec des guirlandes pour préparer le Ramadan. Au lever du jour, les musulmans n'auront ni le droit de boire, de fumer, de manger, de faire l'amour jusqu'au coucher du soleil. Sont exemptés les malades, les enfants de moins de douze ans et les personnes âgées. Si elles désirent le pratiquer, rien ne les empêche.
Mohamed, l'assistant de mon avocat, m'a conseillé de tendre l'oreille dans la première demi-heure de la fin du jeûn du premier jour déclarée par le muezzin et certains hommes qui tapent aux portes des maisons : un unique son devrait résonner, celui des fourchettes dans les plats et les assiettes!
 
Il est 10h30, j'émerge, toujours vaseuse! L'odeur de gâteaux embaume l'atmosphère. Les femmes au foyer sont en train de préparer de délicieux gâteaux bien gras et coulants de miel... Humm! Et bien des plats qui feront le dîner. De quoi prendre 10 kg en un mois. Il leur restera 365 jours moins une semaine pour les perdre!Inch'Allah! Je photographie la terrasse de ces pauvres gens, mais en plein jour elle a moins de charme que le soir où les guirlandes lumineuses multicolores clignotent toute la nuit. L'eau et l'électricité ne sont pas très chères, heureusement. Allez, je file sous la douche!
 
Il fait chaud. Sans doute vais-je me promener le long des rives du Nil proche de Zamalek ou à l'opposé au Khan (souk).
 
Mosa vient de me téléphoner. Il s'agit d'un ami felouquier à Louxor rencontré l'an dernier la veille de mon accident qui l'a beaucoup affecté, et cela fait un an et demi qu'il m'envoie un msn tous les mois pour demander de mes nouvelles. Il m'invite jeudi soir à dîner avec toute sa famille. Même en France je ne reçois pas autant d'attention. A méditer sur le savoir-vivre...
 
En faisant les boutiques, je viens de  trouver la montre pour mon fils avec les chiffres "arabes".

Il est 12h20 soit 11h20 en France. Je suis rentrée dans un café à l'abri des prêcheurs. Je déguste un thé à la menthe (chaï met nana) et une chicha tefâ.
Dans les rues, de grands tapis verts islamique couvrent les sols. Actuellement, une trentaine d'hommes suivent les paroles du molla et prient.
Je suis émue d'assister au premier jour du Ramadan. D'ordinaire, la ville est très bruyante, là, c'est le calme complet.
 
Contrairement à mon expérience en terre libyenne où la tolérance était de zéro pointé envers les étrangers et les non musulmans, ici comme au Maroc, en Tunisie, la polycultualité cohabite et rend l'Egypte d'autant plus respectable.
Certains restaurants sont fermés et n'ouvriront qu'à 18h20. Mais les pâtisseries ne désemplissent pas! 
 
Afin d'éviter tout souci au khan, je me suis couverte la tête d'une jolie écharpe et mes épaules ne sont pas dénudées, tant pis pour les mollets apparents à cause du caleçon, mais il fait si chaud que je ne me vois pas devoir supporter le blue jean's durant des heures et des kilomètres de marche.
Une chose m'interpelle : les gens, habituellement bavards, ne se parlent pas. Sans doute prient-ils?
Les femmes portent de nombreux sacs plastiques remplis de viande, de poisson, de pain, de fruits et légumes, de semoule, etc... Je les plains : elles cuisinent toute la journée pour le soir sans devoir même goûter aux plats... Pas facile.
En période de Ramadan, les gens semblent dépenser beaucoup d'argent en nourriture. Comme je ne mange que le soir toute l'année, je ne suis pas frustrée.
 
Je me sens un peu seule. Vassil ne semble pas être en Egypte. Le téléphone ne me laisse de message, je me refuse le net. Hier, j'ai téléphoné à Eliane, une française qui travaille au consulat de France au Caire tout proche de mon hôtel. Nous dînerons ensemble demain soir.
Les jours passent vite. J'ai le sentiment de ne rien avoir fait, et pourtant je ne perds pas mon temps un seul instant. Je ne visite plus la ville comme avant, je la connais si bien, j'y suis chez moi. Mes déplacements en ont un tout autre intérêt et un autre attrait aussi. Je ne retournerai pas à Guizeh, Saqqarâ, Dahshour, les prix des musées et des sites ont beaucoup augmentés, plus le taxi, je n'ai pas les moyens de faire trop d'extras surtout pour voir et revoir ce que je connais déjà si bien. Je préfère trouver l'intérêt ailleurs dans ces vacances, un côté plus humain, plus vivant en dehors des vieilles pierres admirées 7 fois!
 
Le Caire est une ville qui doit s'apprécier en son coeur. La Haute Egypte m'apportera bien d'autres objectifs et satisfactions.
 
Dans la salle du café, les hommes m'observent, songeurs, devant se poser maintes questions en me voyant écrire ces phrases!
Lors de mes diverses conversations entre femmes et hommes, ils sont tous émus par l'attention que je porte à leur pays et leur peuple.
Hier, une femme de grande classe, parlant aussi bien le français que moi l'arabe m'en a embrassé la main. Mon amour semble se lire sur mon visage? Sans doute l'accord amiable aboutira justement grâce à mon affection et ma connaissance des us et coutumes d'ici?
Et dire qu'une touriste française avait eu aussi un accident il y a quelques années. Le procés dura sept ans. Le responsable de l'accident fit appel et la vistime n'obtint que 7 000 livres égyptiennes, environ 1 000 euros...
La baraka semble ENFIN venir à moi. Il était temps. La patience est souvent récompensée...
Même si cela ne m'enchante pas que de devoir revenir au Caire pour rencontrer le directeur de l'hôtel au cabinet d'avocat afin de nous retrouver autour de la table de négociation - car je suis vraiment fatiguée de me battre, sans parler des douleurs avec lesquelles je vis au quotidien - le sacrifice devra être fait. Je suis venue ici dans ce but et arriver à mes fins, il me faudra faire ce dernier effort, et que les mains se serrent sans haine. Et tourner une nouvelle page tragique de mon existence. C'est ce qui fait une vie.
 
Soudain je pense à mon fils (est-ce que tout va bien à la maison?), ma mère ( sa santé va-t-elle mieux?), Jean-Marc (sera-t-il toujours là à mon retour pour que je puisse le serrer dans mes bras? Même Dieu ne le sait pas...). J'aimerais les avoir à mes côtés pour partager ma joie. A mon retour!
Certes, ces 8 000 euros sont une misère face à mes souffrances mais tout l'or du monde ne me rendra pas la santé et c'est toujours mieux que rien... et me permettront de survivre le temps de pouvoir retrouver un emploi. Eh oui, je vais être licenciée, ma santé ne me permettant plus d'exercer mon emploi d'aide à domicile auprès des personnes âgées et handicapées, l'étant moi-même (et sans aide extérieure..., bref). Je vais pouvoir rembourser une partie de l'argent que ma mère m'a si gentiment prêté. Je vais pouvoir considérer que mes 18 mois d'enfer seront récompensés... Je tenterai à Louxor de terminer la nouvelle que j'écris sur mon accident et ses conséquences dramatiques. Je ne savais de quoi serait faite la fin. Maintenant j'en ai une petite idée... Pourvu que le reste du séjour se déroule parfaitement, sans encombre ni dommage. Oui, je le sens : tout se passera bien, même mon retour en France!
Une nouvelle vie me sourit. Mabrouk, Gamila!! Oui, la chance existe, alors que je n'y croyais plus...
 
16h30, je suis de retour de Khan el Khalili. J'ai acheté des bijoux en argent, bu mon thé au café à côté de Fichawi, qui est moins cher!
Quel calme dans les rues, même le souk était déserté! 18h20 tapantes : à vos fourchettes! Même les snacks sont fermés. J'avoue que je commence à avoir un creux à l'estomac. Hier je n'ai mangé qu'une part de pizza, un gâteau et trois gâteaux à la noix de coco. Ca fait juste.
A 19h30, j'ai rendez-vous avec Carole pour retourner chez le joaillier. De retour, j'irai manger un shawarma kebir!!!
 
L'argent file vite. Maintenant je lève le pied car rien qu'en taxi, 20 guinehs par-ci, 15 guinehs par-là, il ne me reste que 170 guinehs ou livres égyptiennes plus l'argent de la vente de mes bijoux 2 400£e, mais il me reste à vivre encore plus d'un mois...
 
18h20. Plus personne dans les rues. Les muezzins annoncent le coucher du soleil. Le calme plat. Toutes les personnes sont face à leurs nombreux plats, l'aish à la main et la cuillère dans l'autre. Un homme passe de porte en porte avec son baton et tape aux portes pour avertir que les gens peuvent manger. Je vais pouvoir enfin passer à table moi aussi!!! Je vous laisse, à plus tard!
 
A table de mon snack habituel, Al Kazaz, je me retrouve devant les cartes. Yé! Fi moushkela!! Eh oui, le problème est que les menus sont tous écrits en arabe!! Alors je demande au serveur quelques détails et j'opte pour : une soupe de moloukhiya, viande de mouton accompagnée de riz aux vermicelles, une crème caramel et une limonade pour 21 £e soit 2€70!
 
19h15, Carole m'attend devant Groppi. Nous voici parties pour Héliopolis. Au passage, nous prenons Jacqueline, nous en profiterons pour faire quelques courses chez le primeur. L'étale est toujours bien présenté mais les prix ont énormément augmentés en un an. Il y a même de petites aubergines blanches et noires creusées de vendues qu'il suffit de garnir avec de la farce à la viande et du riz. Les feuilles de vigne pour les homos sont vendues par 10. De grands paniers d'osier sont garnis de bamia ou okra ou gombo, légumes rares en France et très chers, petits légumes dont je rafole à la sauce tomates avec des petites boulettes de viande cuites dans le jus. Nous passons chez le boulanger où Carole achète plusieurs sachets d'aish qu'elle congèlera.
Arrivées devant le joaillier, nous constatons que le magasin est fermé. Sans doute a-t-il oublié qu'il s'agissait du premier jour de Ramadan donc férié, même s'il est copte orthodoxe... Ce n'est pas bien grave, nous décidons d'aller boire un verre dans un café sélecte en face du bijoutier. Nous papotons entre femmes et nous rigolons de bon coeur. J'adore Carole et sa famille, elles font parties de "ma famille égyptienne". De les revoir, de me retrouver à nouveau en Egypte, alors qu'il y a quelques mois je ne savais pas si j'allais remarcher convenablement, je ne peux vous expliquer ce que je ressens au fond de moi. Voici ma thérapie. Je n'ai jamais eu besoin de psychologue ni psychiatre malgré mon état mental, il suffit de savoir organiser sa vie et surtout les pôles d'intérêt que l'on opte dans son existence pour la rendre plus supportable. Et les amis font partie de cette thérapie.
 
A 22h30, je jette un oeil (en le récupérant !!!) sur ma messagerie internet : rien de particulier. Je retourne à l'hôtel.
La solitude me pèse soudainement, et j'ai envie de téléphoner à Jean-Marc, entendre sa voix, me rapprocher de lui malgré les 5000km qui nous séparent. Le réseau ne passe pas. Je bous de rage. La réception n'a pas l'international.
Devant la télévision du salon de l'hôtel, le Docteur Magued écoute les informations, je vais le saluer. C'est un homme que je connais depuis trois ans. Il est un puits de sciences, c'est un véritable régal que de converser en sa compagnie. Du coup, il me propose de  m'accompagner au service Telecom Egypt sur la place el Tahrir. Nous voici donc à 23h, bras dessus, bras dessous en ville où il fait bien des jaloux chez les jeunes égyptiens, et lui est très fier. Il est d'une classe et d'une élégance qui collent parfaitement à sa personnalité, et devant les regards et les commentaires nous sourions! "Je suis au bras de toute la féminité!" me déclare-t-il. Appréciable, merci!
Me voici dans une cabine téléphonique. La sonnerie retentit. Jean-Marc décroche! Le rayon de soleil en pleine soirée!! Le réconfort du coeur... Un appel à mon fiston pour lui demander si tout va bien, et le soulager : sa mère est "toujours entière"!!
 
Mon coeur plus léger, avec Magued nous retournons à l'hôtel. Il me narre l'histoire de la fondation de ce Caire majestueux, de ces immeubles au charme fou, des grandes familles qui en sont fondatrices.
A l'hôtel, nous buvons un café au salon, et nous voici partis en pleine discussion philosophique, physiologique, politique, économique, religieuse... Le temps passe sans que nous nous en rendions compte. Il est 4h du matin! Il est l'heure de cesser de parler. Chacun regagne sa chambre.
 
Mardi 2 septembre
 
Je n'ai dormi que trois heures, et pourtant je me sens en pleine forme. Une bonne douche, trois biscuits, une grande gorgée d'eau ; je réfléchis à ma journée.
Je décide de me rendre au consulat de France situé à deux pas de l'hôtel pour revoir Eliane. Dans la salle d'attente, je commence à converser avec une égyptienne, sa fille et son fils, enfants nés en France. De retour en Egypte depuis trois ans, ils décident de revenir sur Paris. Nous sympathisons et échangeons nos coordonnées. Je vois Eliane 2mn et décidons de dîner ensemble ce soir, vers 19h.
 
Il est midi, et je commence à avoir un petit creux! Je m'arrête dans une pâtisserie acheter des beignets! En chemin je m'arrête chez un photographe pour faire tirer une photographie de mon numérique.
Me voici à présent dans mon bistrot, dégustant mon thé et mes gâteaux. Hum... que ça fait du bien!
Le vent léger s'engouffre dans le café, ce qui rafraîchit l'atmosphère. Il y fait moins chaud. C'est ahurissant de constater que depuis hier où la ville vit au ralenti avec le Ramadan, le taux de pollution a baissé considérablement. Et ce calme... Quel bonheur!
Je ne sais ce que je ferai dans l'après-midi. Je n'ai pas envie de grand chose ; je réfléchis beaucoup... sur ma vie... Et Le Caire m'est si familier... Et depuis mon accident du 13 avril 2007, j'accumule la fatigue par les souffrances physiques et mentales, par la perte du sommeil... Et l'inactivité de ma convalescence depuis tout ce temps a des difficultés à me faire bouger. Le moindre effort me paraît surhumain. Et pourtant, il me faut me battre, continuer la bataille sur ma personne et sur le but de mon séjour... Et puis, je n'ai pas décidé de revisiter pour la xième fois des sites déjà passés au peigne fin. J'opte pour le relationnel, et de nouvelles visites découvertes suivant mon état physique d'ici quelques jours en Haute Egypte! Donc au Caire, je me la coule douce, un point c'est tout!!!
 
Je n'ai cessé de dormir cet après-midi. Une grande fatigue m'accable. Sans doute cela est-ce dû au brouhaha nocturne et à la pollution présents malgré tout ? Car les nuits dans les rues sont très animées et les voitures envahissent les rues avec leur incessant klaxon... Et il me faut aussi réaliser que cela fait 18 mois que je suis enfermée dans mon appartement, et soudainement, en une semaine, le peu que je puisse faire, mon corps me rappelle à l'ordre.
 
A 19h, je retrouve Eliane sur la Place Talaat Harb, et nous déjeunons au snack Al Kazaz. Je suis heureuse de la revoir dans de meilleures circonstances (nous nous sommes connues lorsque j'étais à l'hôpital Dar Al Fouad - Guizeh - l'an dernier, envoyée par le consulat)! Nos discussions ont des thèmes multiples. Il est fort intéressant d'écouter les impressions d'une femme européenne célibataire qui demeure et travaille en Egypte, de surcroît depuis plus de vingt ans au service de la France, parcourant le monde tous les trois ans, changeant de consulat.
Elle souhaite régler le dîner. Je lui offre le thé à la terrasse d'un café sur une placette face à l'hôtel Cosmopolitan. Un égyptien-grec, assis à côté de nous, nous offre à son tour une collation. Quelques idées échangées en français et nous prenons congés.
 
De retour à l'hôtel, Docteur Magued regarde une émission télévisée sur le frère du fondateur des "Frères musulmans". Et nous revoici à parler jusqu'à 2h30 du matin sur la religion, la politique, la musique et la danse orientale - art que je pratique. Dodo...
 
Mercredi 3 septembre
 
Midi. Je me lève. J'ai mal au crâne. Je ne supporte plus tous ces klaxons et cette mouche qui m'ennuie depuis cette nuit...
Je me prépare et file faire un coucou à Carole et son frère, car demain je partirai à Louxor en avion. Je téléphone à mon taxi man "adoré", Mister Saïd, mon taxi depuis quatre ans! Demain il viendra me chercher à 8h du matin pour me conduire à l'aéroport.
Actuellement j'écris dans le café où une scène du film "L'immeuble Yacoubian" a été tournée. Je suis assise à la même place que l'actrice! devant une Mirinda (Fanta à l'orange). La fenêtre est ouverte et les regards envieux des musulmans en plein jeûn foudroient les clients du café. Où est donc la foi ?
A la table d'à côté, un chibani (un vieux) atteint de Parkingson se fait nourrir par sa fille ou son épouse, la différence d'âge est énorme, mais c'est ainsi dans les pays arabes : pas d'amour dans la fondation d'un couple aux mariages arrangés et forcés... La femme est au service de l'homme qui l'a achetée... Bref.
En chemin, je m'achète trois belles figues pour 1£50. Il faut que je me calme un peu sur les sucreries! Ce soir, je mangerai des bamia, j'en ai envie!!
On peut dire ce que l'on veut, même si le pays a des coptes, des juifs, des chrétiens, l'Islam (à 90% présent) rythme le pays. En période de Ramadan, les courses peuvent être faites, mais il est bien difficile pour les personnes d'autres religions de pouvoir manger et boire. Par respect, nul ne fume, ne boit, ne mange dans la rue.
Ce qui surprenant, c'est le rythme de la journée. C'est le fouilli dans les rues, au bout de deux jours, les embouteillages reprennent du service, puis, dès que le muezzin commence à psalmodier la fin du jeûn de la journée, dans les 5mn qui suivent, c'est le calme le plus complet, jusqu'à la fin de la prière.
La police est présente à chaque coin de rues.
Il est temps que je quitte Le Caire, j'en suis à saturation. Lorsque je fais le compte : j'y ai vécu plus de trois mois. Je préfère la Haute Egypte.
Ma boisson est terminée. Je rentre m'allonger et profiter d'un soupçon de calme. Et dire qu'à Alexandrie, klaxonner est interdit... Il faudrait qu'il en soit de même au Caire. Se mettre à la page du Silence!
 
Ce soir, au snack, j'ai dîné pour 14£e : une soupe molokhiya, des bamias et du riz avec une bouteille d'eau.
Il est 21h30. Après avoir regardé les principaux titres des informations sur TV5 Monde, me voici dans ma chambre si vide... Je sens le poids de ma solitude. Ma valise est prête. Alors, je me motive en songeant que dès demain je passerai trois semaines de détente à Louxor dans un hôtel avec piscine! Et parvenir à faire mon deuil... pour revivre enfin.
L'ami Mosa m'envoie un sms. Il est heureux de me revoir. Difficile de lui faire admettre que nous ne sommes que des connaissances amicales. Les égyptiens sont des coeurs d'artichaut, qui s'enflamment rapidement à la simple sympathie et sourire des européennes dans l'espoir d'un éventuel mariage "blanc"! Désolée l'ami, je ne fais pas partie de celles-ci. Donc, je resterai sur mes gardes.
Je n'ai pas envie d'aller sur le net, je fais une pause sur le sujet.
Je téléphone à mon fiston. Tout va bien. Et il sera couvert de présents à mon retour!
Les cartes postales seront écrites prochainement. Je préfère attendre quelques jours pour annoncer à tout le monde que je vais bien... Pas comme l'an dernier... Non pas par superstition, mais simplement par principe. Les vacances commencent à peine et il reste encore 36 jours à vivre... Alors, pas de précipitation.
J'ai bien fait de ne pas reculer mon départ sur Louxor, car je n'ai toujours pas reçu de nouvelles de mon avocat. Je refuse de gâcher mes vacances avec des "peut-être", alors que cet accident gâche à jamais ma vie et ma santé. 
Un peu de lecture s'impose le temps de trouver le sommeil. Il faut que je me repose car le réveil sonnera à 7h. Même si je n'ai pas fait grand chose, cette semaine est vite passée.
Je suis impatiente de me rendre dans le sud. Louxor est une ville de "voleurs" car trop touristique, mais comme mon but n'est pas de m'y rendre pour du tourisme, mais du repos, tout ira pour le mieux. Ce qui me mine le plus est de prendre mon billet de train et le tchou-tchou pour Assouan!! Ce sera une première! Mais je me débrouillerai comme une grande! Je sais déjà que le tarif du taxi de l'aéroport de Louxor à mon hôtel est de 30 £e, pas plus... A vérifier sur place... Là aussi, je vais m'amuser! Pas gagné! Mais, bon, j'arriverai à 12h22, je pense qu'il y aura moins de soucis que si j'arrivais le soir. Je verrai bien, cela fait partie de l'aventure! Et en plus, cela me plaît!
Je pose la plume et le cahier pour ce soir. Le récit se poursuivra demain en Haute Egypte. Maasalama koulouné (au revoir, tout le monde)! Bonne nuit par la pensée à toutes les personnes qui sont dans mon coeur.
 
Jeudi 4 septembre
 
6h. Je n'ai encore pas dormi de la nuit.
A 8h, j'attends Mister Saïd sur le trottoir avec mes valises. Il est à l'heure (comme toujours), il est de confiance.
11h10. Je quitte Le Caire pour traverser l'Egypte du nord au sud.
12h30, l'avion atterrit. Devinez quelle est la dernière valise déposée sur le tapis? Celle de Vivie!
Dans la salle d'attente au Caire, j'avais parlé avec un couple d'allemands dont le mari est arabe. Nous décidons de prendre le même taxi et de tenter le tarif le plus bas.
Nous voici dehors sous une chaleur de plomb de 46°C à l'ombre!! Si si... De l'avion climatisé à cette fournaise, la respiration est difficile. Je n'ai pas plus chaud que cela, je me sens bien et si heureuse et très émue de me retrouver dans "ma seconde ville natale", celle où j'ai perdu ma première vie, pour renaissance. Les larmes gonflent mes paupières. Pourvu que tout se passe bien cette fois-ci...
Le couple et moi-même tentons de négocier un taxi afin de diviser les frais, cependant leur hôtel Sofitel est au nord de la ville, vers le temple de Karnak tandis que le mien, St Joseph hôtel (que je vous conseille qualité/prix extra), est au sud. Le tarif du taxi se fait alors à : 35 £e pour le couple, 30 £e pour moi. Nous nous séparons, nous souhaitant bonnes vacances.
Arrivée à mon hôtel, mon coeur se fit lourd : ma seconde vie de rescapée se fit ici, à Louxor... Les souvenirs douloureux émergèrent.
Le hall d'entrée et le personnel sont fort accueillants. Je présente mon bon de réservation et mon passeport. On me tend la clef de la chambre 310.
Un groom se charge de mon bagage, et nous voici dans l'ascenseur jusqu'au troisième étage. Je lui tends un pourboire. La chambre est propre, double vitrage, la climatisation, la télévision, un petit réfrigérateur, un petit balcon et la vue sur Thèbes!
Mes valises posées, je m'asseois sur le lit et me mets à pleurer comme si les nerfs me lâchaient, et sans doute aussi par la fatigue d'une semaine au Caire active et irrespirable, mais surtout par les mauvais souvenirs qu'il me faut absolument gommer de mon esprit. Le second but de ce voyage est celui-ci aussi: ma propre thérapie pour tenter de soulager mon esprit, car les maux eux resteront à vie.
Une sieste de deux heures s'impose, et je file acheter les 25 cartes postales!
 
Sitôt dehors, les sollicitations de taxis, de calèches, les interpellations n'ont de cesse, c'est "gavant".
L'été, il fait si chaud que le touriste est rare, et le business pratiquement nul.
Mon portable m'informe d'un texto : c'est Mosa qui s'impatiente. Je lui réponds que je suis sur la corniche face au temple! Des égyptiens viennent me féliciter "pour ma classe vestimentaire et ma démarche de princesse"! Cela me fait sourire. Ils sont dragueurs, c'est dingue! Mais ce qui est le plus dingue, c'est de tenter de marcher tranquillement sur la corniche. Mon mp3 sur les oreilles, je me ferme aux paroles, sachant très bien que si je réponds, je ne m'en sortirais plus...
Soudain, un égyptien vient à ma rencontre et me dit : "Tu es Sylvia? Tu ne te souviens pas de moi? Ahmerd, l'ami de Mosa!" Je suis venu pour te tenir compagnie jusqu'à son arrivée. Qu'est-ce que j'aime tes yeux!"
Allez!!!! Je vais finir par avoir des chevilles d'éléphant!
Le téléphone arabe comme on dit et leur mémoire des visages... c'est impressionnant!
Nous discutons, rigolons et Mosa arrive avec son bateau, tout de blanc vêtu dans sa gallabiyah. Il me prend dans ses bras comme si j'étais sa soeur! J'avoue être contente de le revoir aussi, dans d'autres circonstances qu'une chambre d'hôpital. Il est ravi de me voir sur mes jambes et "en pleine forme" (il faut le dire vite, l'habit ne fait pas le moine).
En compagnie d'Ahmed, nous embarquons sur le bateau pour rejoindre la rive ouest, la rive thébaine. Là, la moto de Mosa. Me voici en moto dans le Louxor du peuple, Gezirah, loin des touristes. Il me conduit dans la demeure familiale de ses parents qui m'attendent avec curiosité et impatience.
C'est la première fois que je suis conviée dans le peuple égyptien. La maison est modeste. Le père est assis par terre sur son tapis dans le couloir d'entrée. La mère, vêtue de noir au magnifique sourire, à la maigreur insuiétante, me salue. Et toute la famille suit. Mosa m'invite à m'installer dans le salon peint de frais dont les canapés meublent la pièce. La mère arrive avec un grand plateau qu'elle pose sur le tapis central.
Pigeon rôti, riz, moloukhieya, une soupe de tomates, l'aosh fait maison. Voici le festin qui nous est offert.
Après s'être régalés et lavés les mains, nous voici repartis. Il était prévu que nous allions au café sur la rive retrouvés les amis et boire un verre... Mais Mosa me conduit, en pleine nuit, dans un domaine où trône une superbe villa. Celle de son frère qu'il utilise pour recevoir dans son business. Et là, dans le mignon jardinet, il me fait la cour malgré mes points sur les i. Non, c'est non. Je n'ai aucun amour pour cet homme, aussi charmant soit-il, mais que de l'amitié. Et je lui sors alors de mon sac à dos mon petit album photos où je lui montre l'unique homme dans mon coeur, et insiste pour qu'il calme ses hardeurs, car seul cet homme, loin de moi, qui me manque, a le droit de poser ses mains, sa bouche et son corps sur moi.
Sa déception est grande, mais c'est ainsi.
Alors, il rentre dans la maison pour revenir avec des photos de famille, et amicalement nous discutons de nos familles, de nos amis, sans s'égarer un instant. il regarde à nouveau la photographie de l'unique de mes faveurs, et je lis une grande jalousie dans son regard.
Après avoir bu le thé, je lui demande de me raccompagner car il se fait tard et qu'il me faut retourner à l'hôtel pour prendre mes analgésiques.
Avant que je ne reprenne le bateau pour rejoindre l'autre rive, il m'offre une limonade et une chicha, et me prie de bien vouloir l'excuser pour son comportement. Ce que je fais mais en insistant de ne plus jamais recommencer. Je regarde alors Louxor et son temple illuminés, dans le plus grand silence de la campagne.
La barque vient me chercher. Mosa me raccompagne avec correction et me fait une bise, toujours amicale. Je le quitte sans remord, car lorsque je décide quelque chose, je ne dévie jamais.
La corniche est pleine. Il fait bon. Les familles profitent de la fraîcheur, même les touristes quittent leur bateau de croisière pour bénéficier de l'ambiance de la vie nocturne.
Les cochets ou caléchiers harcèlent. Finalement, pour 5 £e soit 0,90 cents, j'accepte de rentrer à l'hôtel en calèche ce qui m'économise un peu en m'évitant la demi heure de marche, voire trois quarts d'heure, car la fatigue et les douleurs sont bien présentes. Et figurez-vous que les rennes me sont données, et que je me débrouille comme un chef!
Il est minuit et toujours impossible de fermer l'oeil. Je me sens bien. Les vacances commencent enfin, même si je devine l'emplacement de l'hôtel de l'an dernier responsable de ma tragédie et l'hôpital depuis mon balcon. Il me faut réussir à tourner la page ; il le faut. Allez, c'est du passé, une expérience supplémentaire qui forge dans la vie... Je sens malgré tout que mon taux mental de cicatrisation est à 90%! Je suis surprise par mon courage, cette force de caractère qui ne me lache pas.
A 2h, j'envoie un texto à JM, cet homme qui est resté en France; j'aimerais qu'il soit près de moi... Alors, pour m'occuper l'esprit, je me mets à écrire toutes les cartes postales. Bon, ne m'en veuillez pas mais là : dodo!
 
Vendredi 5 septembre
 
Il est 6h30. Je me lève les yeux pleins de sommeil pour prendre Thèbes en photo du balcon au lever du soleil. Je me recouche.
8h. Une bonne doouche et je prends mon premier petit déjeuner depuis une semaine!
J'écris actuellement du 7 ème étage, sur la terrasse de l'hôtel, au bord de la piscine où je suis seule. Je pose mon stylo et je pars me baigner! Il commence à fairechaud, sans doute 35-37 °C alors qu'il n'est que 9h! A tout à l'heure! Je vous nargue un peu là, je l'avoue! Bouh la vilaine! hum, que ça fait du bien!! De vraies vacances!!
 
En parallèle à ce carnet de voyage, je me remets à l'écriture d'un de mes romans en cours. Mon esprit est libre, je ne pense à rien de désagréable. Ce sont sans doute les meilleures vacances que j'aie pu vivre depuis ma naissance! Liberté de se mouvoir, liberté de songer, liberté de ne rien faire. It's paradise! Maintenant, je vais faire la dorade! Bye bye!!
Il est 10h. Il fait déjà 42°C! En France, on parlerait déjà de canicule! Je vous offre un karkadé bared? Non? Alors tant pis, je le bois toute seule!
De la terrasse, j'admire la Vallée des Morts toute à mes yeux déployée. Sur la gauche, la Vallée des Reines. Cachée par une colline, l'emplacement de Deir el Medineh, la Vallée des Artisans où se déroula la première grève d'ouvriers de l'humanité! Les perforations rocheuses régulières des tombes de la Vallée des Nobles. Sur la droite, le temple de la reine-pharaon Hatshepsout à Deir el Bahari. Et derrière la falaise abrupte, la Vallée des Rois. Toute cette longue frontière aride, hostile, qui sépare les rives du Nil au Désert Libyque qui doit être insoutenable, véritable fournaise inhumaine, dont la nature n'octroie la vie qu'aux serpents, scorpions, tous ces insectes aussi cruels avec l'Homme que l'est le désert à son égard.
La rive ouest est la campagne où plameraies, bananeraies et autres cultures de maïs, blé, orge, verdoient intensément et tranche avec l'ocre dominent. La rive est, comme dans l'ancienne Egypte, est la ville des Vivants, où, aujourd'hui, immeubles, paraboles, commerces, mosquées, églises s'étendent sur des kilomètres. De magnifiques bougainvilliers et albizia en fleurs colorent la ville. De nouvelles stations d'épuration se construisent.
La ville est d'une tranquillité qui invite au repos de l'esprit et du corps.
Elle s'est embellie, mieux entretenue, les rues et ruelles propres/ Les hôtels poussent plus vite que les palmiers avec une architecture toujours aussi charmante.
La chaleur ne cesse de monter, elle est tout de même encore supportable. Cette journée de farniente est un bain de jouvance. Mais non, je ne suis pas encore vieille! Je n'ai pas fini avec mon humour à 1 euro!! Ben non!!
Je suis restée de 9h à 13h au borde de la piscine. Ensuite la clientèle touristique arrive, je préfère retourner dans ma chambre.
Je suis tellement assoiffée que ce grand verre d'eau fraîche se fait ressentir tout le long de mon gosier! Je ne ressemble pas encore à une écrevisse, mais cela ne va pas tarder!
Aujourd'hui vendredi, le comptoir d'Egypt'air est fermé, il me faudra y retourner pour confirmer mon billet d'avion Assouan/Le Caire.
 
J'ai bien réfléchi sur le roman durant ces quatre heures. Il ne me reste plus quà me mettre au travail.
Je vais regarder un peu la télévision et sommeiller avec la climatisation que j'apprécie. A toute à l'heure.
 
J'ai dormi comme un loir! A 17h30, me voici sur la terrasse en train de déguster une citronnade. Le soleil décline derrière un tapis épais, masse plombée par la chaleur que la légère brise ne suffit pas à déplacer. La paleur des couluers diffère de celles que le printemps dévoile sur la paysage de la Haute Egypte.
Je me détends, me relaxe, me sérénise. je ne ais rien de spécial dans l'immédiat, j'ai encore du temps devant moi.
Au loins j'aperçois une felouque tirée par un bateau ; il n'y a pas suffisamment de vent pour que la felouque rentre à quai.
Sur la rive ouest, les berges agricoles sont de véritables marais où quelques bancs durs servent de paturage aux ânes, chèvres, dromadaires, bufles.
 Ce soir, je me suis promenée dans de petites ruelles primeures peu fréquentées par les touristes. Puis je suis allée dîner comme d'habitude au restaurant Mish Mish pour 30 £e. J'ai longuement discuté avec le patron qui, d'ailleurs, était au courant de mon accident et en était navré. Moi aussi... Nous avons abordé divers sujets comme les religions, la politique, la vie de famille etc... Agréables écanges de sentiments qui se rejoignent. Le restaurant se trouve à 50m de l'hôtel de mon drame, je n'ai pas eu le courage ni l'envie de passer devant, j'ai préféré l'ignorer, c'est mieux ainsi.
 
 
 
Je rentre à l'hôtel en me promenant. La drague va bon train... Cela est marrant au début, à force ça lasse et cela en devient déplacé. De toute façon, en Egypte et surtout à Louxor, petite ville touristique, pour une femme un peu élégante il est bien dificile d'avoir la paix. Je vais finir par me voiler!
J'apprécie actuellement une bière Stella bien fraîche à l'hôtel. Un léger vent rafraîchit l'atmosphère. Je me sens bien. Les nuits sont douces. Du fait de me lever de bonne heure (pour le petit déjeuner, ne mangeant pas le midi) et de profiter du soleil et de la piscine toutes les matinées, je pense qu'à force je trouverai le sommeil.
Ce soir je ne souhaite pas voir Mosa. Il est contrarié, mais c'est mieux ainsi. J'ai instauré une barrière à ne pas franchir. Un point c'est tout. Un homme reste un homme, donc prudence. Car j'ai beau n'être qu'une femme, je sais ce que je veux dans la vie, et ce que je ne veux pas aussi. C'est tout.
Dans le courant de la semaine prochaine je me rendrai à pieds au temple de Karnak, tranquillement. Je me renseignerai aussi pour la balade en montgolfière, puis je ferai des photos du Nil et de la vie du terroir. J'ai le sentiment de ne pas faire grand chose, mais il ne faut pas que j'oublie que je suis en convalescence et que ma santé n'est pas bonne, donc autant que je sois prudente ; je n'ai pas envie de retourner en France une fois de plus en avions sanitaire... Tiens cela me fait penser au film avec Coluche "Bonzaï"!! europ assistance je préfère l'oublier... Mon prochain roman risque d'être intéressant.