Le Musée de La Nubie - Assouan
1 - Les aspects géologiques de la Nubie
Du point de vue morphologique et du point de vue géologique, la Nubie est partagée en deux régions distinctes : la vallée du Nil et les déserts.
LA VALLE DU NIL
Le Nil nubien va de Halfa jusqu'à Assouan, couvrant une distance de 350 km environ au milieu d'une vallée étroite aux pentes abruptes ; entre Halfa et Ballana, le fleuve a creusé son lit dans des roches gréseuses : si ce lit a totalement disparu aujourd'hui au Sud, sous le Lac Nasser, quelques-uns de ces rocs émergent encore comme des îles à la surface du lac.
A Korosko, les masses montagneuses atteignent 300 et même 500 mètres. C'est une masse relativement récente, aux rocs sauvages et aux diversités topographiques marquées.
Entre la région du Ouadi Allaqi et Assouan, le Nil a creusé son lit dans une terre granitique à la surface de laquelle se trouvent de fines couches de roche gréseuse : avant la formation du Lac Nasser, le fleuve a creusé son lit dans des roches cristallines près de Kalabcha, sur une largeur qui ne dépasse pas 200 mètres. Près d'Assouan, le fleuve est traversé par d'immenses masses de roches rougeâtres qui constituent la première cataracte. Ces roches disparaissent au Nord d'Assouan, pour être remplacés par des îles limoneuses qui reposent sur des restes de roches rougeâtres ou des couches de roches gréseuses.
LES DESERTS
Entre Adnan et Kalabcha, les roches gréseuse affleurent sur les bords du Lac Nasser. Ce sont des strates verticales peu inclinées du côté Nord. Elles sont de couleurs variées, allant du noir au marron rougeâtre au jaune fade, au gris et au blanc..., ce qui donne à la région de la Nubie une teinte marron particulière ; les bancs de roches gréseuses présentent de nombreuses crevasses, qui vont de l'Est vers l'Ouest, surtout au Sud des hauteurs de Korosko, et du Nord au Sud en amont et en aval de Korosko ; certaines ont un prolongement évident comme la crevasse de Kalabcha. Cette combinaison de lignes a une grande influence sur l'aspect que présente la Nubie. Cela apparaît dans l'orientation des cimes des montagnes, les formations morphologiques, ainsi que dans l'itinéraire du fleuve. Ces formes adoptent la direction Est-Ouest au Sud et Nord-Sud au Nord de Korosko. Dans la région qui sépare Korosko d'Assouan, apparaît le granit d'Assouan sous une couche fine de roches gréseuses. De même, la région se caractérise par la présence de dunes de sable. Quant au Sud, aux approches d'Abou Simbel, des sortes de tables rocheuses de grès apparaissent, prenant l'aspect de cylindres coniques sur les rives du Lac Nasser. Les longues barres de roches gréseuses remplacent au Nord de Korosko les collines coniques de ces mêmes roches, suivant cette organisation, alors que ces cimes entourent une surface de 300 kilomètres au Sud de la crevasse de Kalabcha.
Les couches de roches gréseuses s'inclinent loin de ces surfaces et apparaissent comme le dos d'un hérisson, alors que les rochers rougeâtres ressurgissent au milieu des plaines. A part cela, il y a encore les régions d'El Gharine et les résidus boueux couverts d'une couche de sable apportée par l'eau surtout à Sayala et à Dakka.
A l'Ouest du lac, à Toshka et jusqu'à la frontière égypto-soudanaise au Sud, apparaissent les rochers flamboyants de basalte et de dolérite. Entre Kalabcha et Assouan, on voit les cimes qui bordent les berges du lac, formées de roches gréseuses ; elles sont de hauteur variable de l'Est à l'Ouest du lac. A l'Ouest, la plaine limoneuse s'étend de la montagne de Kalabcha au Sud jusqu'à Louxor au Nord : c'est une région au relief bas, d'une hauteur de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer et de 40 kilomètres de largeur en moyenne. A Assouan, lorsque l'on se dirige vers le Nord, les hautes cimes continuent : elles entourent le Nil, mais perdent de leur hauteur sur le versant gauche du fleuve. Là, au lieu des cimes parallèles de roches gréseuses et des couches de boue, des rocs d'épaisseur variable apparaissent, qui sont caractéristiques de la rive occidentale du Nil.
2 - La Nubie à la Préhistoire
Les dernières découvertes archéologiques éclairent les rapports culturels qui ont uni entre eux tous les habitants de la vallée du Nil pendant les longues époques connues sous le nom de Paléolithique ancien. Des groupes d'hommes ont circulé tout le long du fleuve vivant de la pêche et de la chasse des animaux sauvages comme les gazelles, les biches, les éléphants, les girafes et d'autres. Les outils en pierre qu'ils ont laissés le montrent, ainsi que les dessins gravés sur les rochers qui bordent les deux rives du Nil. Parfois, ils demeuraient dans des habitats temporaires proches du fleuve. On a trouvé des traces de ces hommes dans plusieurs endroits : Ouaouat, Nouri, Khor Abou Moussa au Soudan, Afyeh, Khor Daoud, Amada, Ouadi es Seboua et Toshka en Egypte.
Au cours de plus de 11 000 ans, la civilisation des Nubiens a beaucoup évolué. On a découvert dans la région de Napata, à proximité de la quatrième cataracte, des vestiges architecturaux qui rappellent les maisons et les cimetières de l'époque historique, et qui indiquent la tendance de la société à s'établir, ce qui constitue une étape intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique.
La civilisation de Khartoum, que l'on date de 6 000 avant J.-C., est peut-être la plus ancienne des civilisations de la vallée du Nil du Paléolithique. Ses habitants sont connus pour la fabrication d'objets en terre cuite ; ils vivaient de l'élevage des animaux et de la culture des graines, en plus de la pêche et de la chasse. Cette civilisation s'est répandue vers le Nord et a atteint Dongola, au Sud de la troisième cataracte.
Les foyers culturels de Nubie du Sud, eux, sont liés aux civilisations connues dans le Saïd à cette même époque. Cela ressort clairement des vases de faïence, ainsi que des produits de l'artisanat en pierre qui ont été découverts autour de la région de la deuxième cataracte, et que l'on peut comparer aux vestiges similaires laissés par la civilisation badarienne, qui était florissante entre les années 5 000 et 4 500 avant J.-C.
Quant aux civilisations de Nagada I et II, qui se sont épanouies dans le Saïd à la fin de la Préhistoire, elles se sont répandues dans diverses régions nubiennes, parmi lesquelles Ouadi es Seboua, Abou Simbel et d'autres.
3 - L'Ere Pharaonique
Vers la fin du quatrième millénaire avant J.-C., la partie nord de la vallée du Nil (l'Egypte) est entrée dans l'ère historique, lorsque ses habitants ont inventé un système d'écriture et ont pu créer un état unifié, régi par un gouvernement unique et centralisé. Les savants ont décidé de dater les périodes historiques de l'Egypte d'après les dynasties régnantes, suivant en cela l'historien égyptien du troisième siècle avant J.-C., Manéthon.
Cela ne s'est pas passé de la même manière en Nubie : les conditions particulières de l'environnement, de la géographie, l'étroitesse de la surface des terres fertiles propres à l'agriculture ont ralenti le processus. Les avancées des Nubiens dans la civilisation sont plus lentes que celles de leurs frères du Nord. C'est ce qui a poussé des savants à partager l'histoire de la Nubie en quelques groupes, qu'ils ont surnommés symboliquement "A.B.C", etc. Si ce système est toujours appliqué jusqu'à aujourd'hui, il reste, malgré tout, assez incertain et peu précis. Comme les rapports organiques qui lient les habitants du Nord et du Sud de la vallée du Nil sont assez étroits, les savants ont été obligés de situer ces groupes par rapport aux périodes de l'histoire ancienne de l'Egypte.
LA NUBIE A L'EPOQUE DES PREMIERES DYNASTIES (GROUPE A) - 3100 à 2700 avant J.-C.
Plusieurs témoins de cette période se retrouvent dans divers endroits de la Nubie tels Sayala, Faras, Aksha et jusqu'à Omdourman. Les caractéristiques ethniques des morts qui ont été découverts prouvent que ceux-ci n'étaient pas différents de leurs frères du Nord ; bien au contraire, l'accroissement constant, au fil des siècles, du nombre des habitants prouve l'afflux d'émigrés égyptiens qui se sont installés en Nubie.
Outre la chasse, les Nubiens ont pratiqué la culture des grains, l'élevage des moutons, des brebis, ainsi que d'autre bétail ; pour moudre le grain, ils utilisaient des meules en quartzite. Ils ont installé leurs demeures au bord de la plaine limoneuse et utilisé parfois des pierres pour construire leurs maisons. Ils ont excellé à faire des vases rouges en argile, polis à l'extérieur et noirs et brillants à l'intérieur, des pots et des verres qui rappellent les paniers tressés ; ils ont confectionné, pour se parer, des colliers et des bracelets en coquillages et en verroterie.
Quant aux arts plastiques, on les connaît par les dessins gravés sur les rochers, en particulier dans les vallées désertiques de l'Est ; la plupart de ces dessins montrent des animaux sauvages et domestiques : éléphants, girafes, hippopotames, vaches. On possède également des statuettes représentant des hommes et des animaux, réalisées en argile.
D'autres preuves abondent, qui témoignent des rapports liant les Nubiens à leurs frères du Nord. C'est ainsi qu'on a découvert dans quelques tombes de l'époque des pointes de cônes dorés et des outils de cuivre, des pilons à broyer les aromates et des vases de pierre qui sont tous de modèle égyptien. Sur le mont Suleyman, au sud de Bouhen, une inscription a été gravée, qui porte le nom du roi Djer, un des premiers rois de la première dynastie.
LA NUBIE SOUS L'ANCIEN EMPIRE - 2700 à 2200 avant J.-C. ( GROUPE B)
Quelques savants ont appliqué dans le passé l'appellation de Groupe B à la civilisation qu'a connue la Nubie à cette période. Mais actuellement, on a tendance à ne pas accepter l'existence de groupes indépendants en Nubie, la situation locale étant une sorte de continuation de la période précédente. Ce qui est nouveau à l'Ancien Empire, c'est que l'Egypte vivait alors une ère particulièrement florissante de son histoire. Son gouvernement central, situé à Memphis, décida d'étendre son autorité sur toutes les régions voisines, y compris la Nubie du Sud ; il a accru son activité dans les carrières, en particulier de diorite, à l'Ouest de Toshka. C'est ainsi qu'apparaissent en divers endroits les noms des rois d'Egypte les plus renommés tels Djoser pour la troisième dynastie, et Sahourê de la cinquième.
Les activités du gouvernement égyptien en Nubie augmentent d'intensité sous la sixième dynastie (2345 - 2181 avant J.-C.). Ceci ressort clairement des textes laissés par quelques uns des grands hommes d'Etat et certains gouverneurs d'Assouan de l'époque. C'est ainsi que le célèbre fonctionnaire Ouni a creusé cinq canaux pour permettre la navigation au milieu des rochers de la première cataracte, afin d'ouvrir le passage de l'une vers l'autre des deux régions. Il a aidé les tribus nubiennes d'Irjet, de Ouaouat, de Djam, de Medja à combattre les bédouins qui attaquaient l'Egypte à la frontière nord-est du pays. C'est ainsi également que Hirkouf, gouverneur d'Assouan, fait des voyages d'inspection en Nubie : il atteint Djam, au Sud de la deuxième cataracte, ou la région de Dongola, au Sud de la troisième cataracte, où se trouvait une principauté indépendante, qui entretenait des rapports amicaux avec l'Egypte.
Outre les régions et les tribus nubiennes qui apparaissent dans les textes égyptiens, on trouve évoqué dans les Textes des pyramides, le nom du dieu nubien Dedoun qui prodigue l'encens.
A cette époque s'épanouit le centre commercial de Bouhen ( au Nord de la deuxième cataracte), dont les débuts semblent dater des premiers temps de l'ère dynastique. Là ont été installés des fours pour fondre le cuivre brut, et se sont amassés les produits d'Afrique équatoriale tels l'encens, l'ébène, l'ivoire, les peaux de tigre, etc., que l'on exportait vers l'Egypte en échange du miel, de l'huile, du vin, de la bière et des vêtements en lin.
Vers la fin de l'Ancien Empire, des troubles surgissent en Nubie, dont les causes relèveraient de l'arrivée d'éléments nouveaux dans la région, et qui ont essayé de s'y établir. Ce sont ces populations qui ont constitué ce que l'on a dénommé plus tard le Groupe C.
LA NUBIE ENTRE L'AN 2200 ET L'AN 1550 AVANT J.-C. (GROUPE CI-II)
Les hommes de la civilisation du Groupe C, étaient, paraît-il, un mélange d'éléments venus des régions Sud du désert occidental, près de l'actuel Kordofan. Avec le temps, ils s'installèrent en Nubie du Sud, aidés peut-être par la faiblesse du gouvernement égyptien, puis par sa chute lors de la Première Période Intermédiaire (2181 - 2040 avant J.-C.). La mainmise égyptienne tend alors à disparaître de la région.
En Egypte, la chute du gouvernement centralisé augmente l'autorité des gouverneurs locaux dans le Saïd ; des dissensions les opposent les uns aux autres. Quelques-uns d'entre eux demandent l'aide de soldats nubiens de Ouaouat, des Medjaou, qui resteront ensuite enrôlés dans les armées locales. Les indices en sont nombreux : rappelons seulement la découverte dans le tombeau d'un des princes d'Assiout de deux modèles en bois représentant des régiments de soldats nubiens. On peut également évoquer l'installation de quelques Nubiens près de Gebelein : ce seraient peut-être des soldats recrutés par l'armée thébaine pour entreprendre la réunification du pays durant la onzième dynastie, et fixés ensuite sur place.
Pour ce qui est de la Haute Nubie, l'Etat qui s'est fondé à Kerma, près de la troisième cataracte, a profité du retrait de l'autorité égyptienne de Nubie pour se renforcer, jusqu'à menacer les frontières méridionales de l'Egypte. La crainte fut grande alors qu'il ne constituât un obstacle entre le Nord de la vallée du Nil et le Sud. - ce qui aurait entravé les intérêts économiques qui liaient celles-ci.
Dès que l'Egypte fut réunifiée sous le Moyen Empire (2040 - 1786 avant J.-C.), elle entreprit de remédier à la situation qui régnait dans ses régions méridionales en rattachant la Nubie du Sud (uaouat) à l'Etat. Pour ce faire, le roi Sésostris III a installé tout le long du Nil une chaîne de citadelles et de fortifications, qui n'étaient pas seulement des points de défense, mais aussi des centres commerciaux, des centres de métallurgie, comme ceux de fonte de l'or que l'on a découvert dans la région du Ouadi Allaqi.
Ces efforts du gouvernement égyptien pour assurer la stabilité politique de la Basse Nubie ont porté leurs fruits : c'est ainsi que son économie, fondée sur l'agriculture et l'élevage, s'est épanouie, que son peuple a prospéré, comme le montrent les bijoux et les accessoires en or, en argent et en ivoire exposés dans ce Musée.
A partir du règne de Sésostris 1er (1977 - 1928 avant J.-C.), les textes égyptiens mentionnent la Haute Nubie, et en particulier la région qui entoure la troisième cataracte, sous le nom de Kouch. Malgré l'annexion de Ouaouat à l'autorité égyptienne, l'Etat de Kouch reste fort, dans la région de Kerma ; plus encore, il joue le rôle d'intermédiaire commercial entre l'Egypte et le bassin méditerranéen au Nord et le coeur de l'Afrique au Sud, ce qui accélère son épanouissement.
Lors de la Deuxième Période Intermédiaire (1786-1550 avant J.-C.), la présence égyptienne se réduit à la Basse Nubie, et ce, à nouveau, à cause de la décadence du pouvoir central. Elle est si bien remplacée par l'autorité kouchite que, pendant le dernier siècle de cette période intermédiaire, cette dernière, s'étend pour occuper la province de Ouaouat jusqu'au Sud d'Assouan. Elle devient ainsi un royaume capable de rivaliser avec celui de Thèbes au Sud du Saïd et celui des Hyksôs dans le Delta et la Moyenne Egypte. Sa capitale, Kerma, est alors le plus grand centre commercial de l'Afrique équatoriale. Ce qui illustre sa grandeur, c'est son architecture, ainsi que ses arts, sa poterie caractéristique que les spécialistes appellent "poterie de Kerma", et que l'on trouve exportée jusque fort loin dans le monde méditerranéen.
Les vestiges archéologiques et textuels qui nous sont parvenus illustrent les rapports amicaux qui liaient les Kouchites et les Hyksôs, constituant ainsi un véritable danger pour les princes thébains, surtout lors des campagnes de libération que ces derniers menèrent contre les Hyksôs.
Malgré tout, les princes thébains n'étaient pas seuls dans leur lutte contre les Hyksôs : leurs armées comprenaient des Medjaou, et même des Kouchites. Quand ils remportèrent la victoire, une ère nouvelle commença pour toute la vallée du Nil.
LA NUBIE SOUS LE NOUVEL EMPIRE - LE GROUPE CIII (1550 - 1070 avant J.-C.)
Sous l'occupation des Hyksôs, les Egyptiens ont vécu une expérience bien amère, qui les a amenés à réviser leur concept de "frontières sûres". Dès qu'ils se débarrassent du pouvoir étranger et redeviennent libres, ils tentent de mettre en place une nouvelle stratégie défensive, fondée sur l'élargissement des frontières égyptiennes, - stratégie qui a aidé à l'établissement du premier empire égyptien en Asie et en Afrique.
Cette nouvelle politique a une influence concrète sur les rapports de l'Egypte et de la Nubie. Les nouveaux pharaons n'ont pas oublié l'alliance des Kouchites avec les Hyksôs ; ils se trouvent obligés de supprimer tout danger potentiel venant de cette source, qui pourrait menacer la sécurité nationale et annexer ainsi le Sud de la vallée du Nil.
Si l'on doit à Kamosis et à Ahmosis le retour de la Haute Nubie dans le royaume, c'est à Thoutmosis 1er que l'on doit la fin de l'Etat kouchite et l'annexion de Kerma, ainsi que la pénétration égyptienne jusqu'à la quatrième cataracte ; sous le règne de son petit-fils, Thoutmosis III, la Nubie entière s'étend de la première cataracte jusqu'à Kourou, près de la quatrième cataracte, et ainsi, toute cette région est devenue partie intégrante du royaume égyptien. Pour consolider cette situation, le pharaon fonde une ville près de Gebel Barkal, y bâtit un temple pour le dieu Amon, dieu de l'Empire. La ville de Napata était appelée à jouer un grand rôle dans l'histoire de la vallée du Nil toute entière ; d'autres villes ont également été bâties : à Aniba, Amara, Soleb, sesebi... Toutes ces villes, et d'autres encore, sont autant de centres qui ont permis le rayonnement culturel de toute la Nubie.
Aus yeux des responsables du gouvernement égyptien, la Nubie n'était qu'une simple province frontalière, qu'ils se devaient de protéger par des citadelles et des fortifications, comme cela se fit sous le Moyen Empire. Mais ils la considéraient aussi comme un prolongement naturel du territoire égyptien, où l'administration égyptienne appliquée partout en Egypte même prévalait également. Ils la considéraient comme une province située au même niveau que la province du Sud et celle du Nord. Elle comprenait deux régions, la région du Nord, Ouaouat, et celle du Sud, Kouch, avec cinq départements locaux. Elle possédait ainsi au début de la XVIIIe dynastie une structure administrative civile, qui restera appliquée pendant le Nouvel Empire.
A la tête de ce système administratif se trouvait un fonctionnaire nommé "fils royal de Kouch", responsable du territoire méridional. Le roi le choisissait parmi les plus grands hommes d'Etat, et il le considérait comme responsable de la sécurité de cette province, ainsi que de sa protection. Parmi ses devoirs, il y avait celui de lever les impôts, de rendre la justice, de bâtir des temples, des dépôts, de creuser des puits... Il était assisté de deux représentants : l'un à Ouaouat, qui demeurait à Aniba, et le second à Kouch, qui demeurait à Amara. Quant aux cinq départements et aux unités administratives plus réduites, ils étaient dirigés par des gouverneurs nubiens ou des fonctionnaires égyptiens, aidés par des cadres administratifs et techniques, des inspecteurs, des scribes, des comptables.
Sous cette administration bien organisée, la province nubienne se développe rapidement. La surface des terres cultivables s'agrandit, le progrès se concrétise. Dans les nouvelles villes sont bâtis des temples où l'on adorait des dieux tels Ptah, Rê, Horakhty, Horus, Khnoum et d'autres encore. La quantité d'or tiré des mines augmente et, avec le temps, la Nubie s'égyptianise totalement du point de vue de la civilisation et de la culture.
De cette stabilité nubienne résulte l'augmentation des produits importés d'Afrique tels l'ivoire, l'ébène, le bois, la gomme arabique, les plumes et les oeufs d'autruches, les peaux de tigre, les pierres semi-précieuses et même les animaux vivants comme le bétail, les chiens de chasse, les tigres, les girafes et les singes.
Au cours du dernier siècle du Nouvel Empire, la décadence s'installe en Egypte : l'administration est corrompue, le gouvernement affaibli, des dissensions opposent les héritiers du trône entre eux. Il est normal que cette situation se reflète sur l'administration des provinces égyptiennes, la Nubie comprise. La production des mines d'or diminue ; le commerce est perturbé et, petit à petit, quelques-unes de ces villes sont désertées ; le système administratif se désagrège.
Avec la chute du Nouvel Empire, le système administration nubien tombe ; des entités civiles et rurales autonomes se constituent, qu'aucune administration ne réunit plus entre elles. Et, pendant plus de trois siècles, la Nubie vit une période obscure, l'horizon, qui annonce une ère nouvelle.
L'ERE KOUCHITE ( 780-593 avant J.-C.)
Au nombre des conséquences de la faiblesse du gouvernement égyptien pendant la Troisième Période Intermédiaire figure le retrait de la présence administrative égyptienne de Nubie, bien que sa présence civilisatrice et culturelle continue à y régner avec force et efficacité.
Au début du VIIIe siècle avant J.-C. émerge dans la ville de Napata une famille de souche locale, où se trouvent des personnages à poigne, dont cet homme puissant, Alara, que ses enfants et petits-enfants considèrent comme l'aïeul de sa dynastie. Son règne, pens-t-on, a commencé vers l'an 780 avant J.-C. et a duré une vingtaine d'années. Pendant son règne et celui de son frère Kashta qui lui a succédé, la famille adopte une politique expansionniste active, et étend son territoire vers le Nord, jusqu'à englober toute la Haute Nubie jusqu'à Assouan. Suivant la tradition pharaonique, Kahsta s'est attribué des titres royaux, y compris celui de "fils du dieu Rê".
Le roi le plus connu de cette famille est Pi(ânkh)y, qui a régné e 747 à 716 avant J.-C.. Il a laissé dans le temple d'Amon à Napata une stèle commémorative, sur laquelle il avait fait graver un des textes historiques les plus importants de cette lignée. Il y mentionne l'état désastreux de l'Egypte, dont l'union politique était alors défaite, et qui était divisée entre des princes, en lutte continuelle les uns contre les autres. Il décrit ensuite la progression de son armée vers le Nord, seule d'abord, puis sous son commandement. Il décrit également les batailles qu'il a menées contre les princes qui s'étaient ligués contre lui sous les commandement du prince Tefnakht de Saïs, et leurs défaites successives, jusqu'à ce que l'Egypte entière lui soit soumise. Toutefois, la victoire une fois acquise, il s'en retourne à Napata, où il reste jusqu'à la mort.
Dans ce texte reviennent de nombreuses expressions qui illustrent le respect que les Kouchites vouent à la partie septentrionale de leur patrie, la ville de Thèbes, et, tout particulièrement, à son dieu Amon.
Le frère et successeur de Pi(ânkh)y, Shabaka, a conquis l'Egypte, et c'est à lui que revient la fondation de la XXVe dynastie, fondation qui a mis un terme aux troubles de la Troisième Période Intermédiaire, a sauvé le pays de l'abîme où il était tombé et l'a introduit dans une nouvelle ère d'unité politique, de stabilité administrative et d'épanouissement économique.
Les rois nubiens ne se considéraient pas comme étrangers à l'Egypte ; ils la traitaient au contraire comme une mère et considéraient les Egyptiens comme des frères dont ils partageaient la civilisation. Les preuves en sont innombrables, car ces souverains ont régné à partir des deux cités anciennes, Memphis et Thèbes. Et bien qu'ils aient conservé leurs noms, ils ont porté les titres pharaoniques traditionnels, ont parlé la langue égyptienne, utilisé son écriture et ont adopté la manière égyptienne de peindre et de sculpter, dans leurs temples comme dans leurs tombes. Les motifs mis en oeuvre remontent à l'Ancien Empire, comme si ces pharaons avaient voulu faire revivre l'ancienne gloire de celui-ci. Ils ont adopté la religion de Rê ; de certaines de leurs princesses, ils ont même fait des épouses divines du dieu Amon. A leur mort, ils suivaient les mêmes rites funéraires que les Egyptiens. Ils ont même été enterrés, à Kourou, dans des pyramides, tout en conservant des caractéristiques propres, comme celle de faire enterrer aussi leurs chevaux dans des tombes particulières.
Sous la XXVe dynastie, la région du Sud-Ouest asiatique est la proie des terribles guerres assyriennes ; les rois nubiens ont résisté et ont essayé de conserver l'indépendance de leur pays face à cette nouvelle puissance. Ils ont participé à des batailles acharnées sour le règne de Taharqa et de Tantamani. Malheureusement, ils ne purent rien, eux non plus, contre cette force tyrannique. L'armée assyrienne entre à Thèbes à deux reprises ; la deuxième fois Tantamani se retire à Napata et ne revient plus, ni à Thèbes, ni à Memphis. La XXVe dynastie se termine en Egypte vers 664 avant J.-C.
La dynastie kouchite règne à partir de Napata sous les quatre derniers rois de la dynastie nubienne, et dont le plus important est Aspalta (593-568 avant J.-C.). Sous son règne, le roi Psammétique II envoie une armée en Nubie, attaque les kouchites, redonne à l'Egypte son ancien rôle et son importance en Nubie jusqu'à la troisième cataracte. Il semble qu'il soit entré à Napata même. C'est ainsi que les rois kouchites mettent fin à leurs ambitions de reprendre leur rôle au Nord ; ils concentrent désormais leurs efforts sur leurs affaires intérieures. Ils déplacent le siège de leur gouvernement vers le Sud, à Méroë, tout en conservant un certain attachement pour la ville de Napata, qui reste un de leurs principaux sanctuaires.
4 - La période méroïtique ( 593 avant J.-C. - 350 après J.-C.)
LE ROYAUME DE MEROE
La ville de Méroë se trouve sur la rive orientale du Nil entre la cinquième et la sixième cataracte, dans la région connue actuellement sous le nom de Butana. C'est une région aux eaux abondantes et aux terres fertiles, ce qui a permis à la ville et à ses habitants de pratiquer l'agriculture et l'élevage. Sa position lui donne le contrôle de la route des caravanes qui se dirigeaient à l'Est vers la mer Rouge, et, à l'Ouest vers le Kordofan et le Darfour, au Nord vers l'Egypte et au Sud vers l'Afrique Centrale. Il n'est donc pas étonnant que Méroë devienne un centre économique animé dès le VIIe siècle avant J.-C. et, du coup, le point de mire des rois kouchites, au point que ceux-ci en ont fait, sous le règne d'Aspalta, la capitale de leur royaume. Ainsi commence l'ère méroïtique, qui dure neuf siècles, couvrant la période perse ( la XVIIe dynastie), les dernières dynasties indigènes (de la XXVIIIe à la XXXe ), la période ptolémaïque, puis la période romaine.
Les historiens connaissent un à un le nom e tous les rois qui ont régné à Méroë, ainsi que la durée approximative du règne de chacune d'entre eux. Pourtant, l'histoire de la Nubie à la période méroïtique est pleine de lacunes et reste mystérieuse, et cela pour trois raisons : tout d'abord, son éloignement relatif des événements qui se déroulent en Egypte, au Sud-Ouest asiatique et dans le bassin méditerranéen, ensuite, comme les fouilles des sites méroïtiques sont encore partielles, rares sont les sources d'information. D'autre part, bien que les savants aient pu, au début du XXe siècle, lire les textes méroïtiques, l'étude de la langue méroïtique elle-même avance très lentement.
Lorsque l'Egypte tombe sous la férule de l'armée perse en 525 avant J.-C., et que Cambyse décide d'occuper la Nubi pour profiter de son commerce florissant et de ses ressources naturelles, il envoie des espoins en mission à Méroë, comme le raconte Hérodote. Mais les Méroïtes éventent la ruse et les renvoient, penauds. Il dépêche ensuite une armée pour occuper la Nubie ; mais celle-ci est battue, et Cambyse n'essaiera plus d'y revenir.
La domination méroïtique s'étend du Nord du Soudan jusqu'à la Haute Nubie ; elle connaît une stabilité particulière. Son commerce et ses ressources lui permettent de s'épanouir. A partir du règne d'Ergamène ( vers 30 avant J.-C.), les rois sont enterrés, non à Nouri mais à Méroë. L'ancienne capitale, Napata, perd petit à petit de son importance. L'influence civilisatrice égyptienne sur la civilisation méroïtique se mêle d'influences africaines locales, en plus d'autres influencs, européennes cette fois, bien que ces dernières soient venues via l'Egypte, soumise elle-même à l'autorité des souverains macédoniens.
LA NUBIE SOUS LES PTOLEMEES
Au début du règne du roi méroïtique Nastesen ( 335-310 avant J.-C.), Alexandre le Grand pénètre en Egypte. Après sa mort à Babylone en l'an 323, l'Egypte revient à l'un de ses généraux, Ptolémée fils de Lagos, avec qui commence l'ère ptolémaïque.
Les rois ptolémaïques entrent dans des rivalités terribles avec les pays du bassin méditerranéen. La demande de produits africains s'accroît : or, ivoire, ébène, épices et animaux vivants - dont l'éléphant, qui est utilisé comme arme de combat. Les Ptolémées ambitionnent de mettre la main sur la Nubie, qui constitue une étape de leur progression vers le commerce africain et ses richesses.
D'après Diodore de Sicile, Ptolémée II organise une expédition vers la Nubie, que cet auteur appelle l'Ethiopie. Mais cette expédition ne lui rapporte pas beaucoup, et l'on n'entendra plus parler d'autres tentatives ptolémaïques pour annexer de force la Nubie. En Nubie du Sud se crée plutôt une région semi-neutre qui dépend du temple d'Isis de Philae, région connue sous le nom de Dodékaschoene, qui s'étend du Sud d'Assouan jusqu'à la Maharraqa actuelle. Cette région constitue une zone neutre entre les Méroïtes au Soudan et les Ptolémées en Egypte, neutralisme qui ne sera violé qu'une seule fois, sous le règne du roi Ergamène (218-195 avant J.-C.).
A cette exception près, les rapports entre les Ptolémées et les Nubiens - y compris le royaume de Méroë - sont amicaux. Les Ptolémées construisent sur la mer Rouge, pour les besoins du commerce, un certain nombre de ports maritimes tels Bérénice et Arsinoé, non loin de Bab el-Mandeb. Ces ports ont constitué au développement aussi bien du commerce égyptien que du commerce méroïtique.
Cette situation politique et économique s'est reflétée dans les affaires du royaume méroïtique, qui a prospéré : artisanat et art se sont développés. Quelques éléments européens se sont même infiltrés dans l'art. Pourtant, l'influence égyptienne traditionnelle reste évidente. Le dieu Amon, en méroïtique Amani, demeure le dieu officiel de l'Etat. Isis s'installe aurpès de lui sur un trône : le temple de Philae devient la "kaaba" des pèlerins nubiens. Les enterrements se font à l'égyptienne : les morts sont momifiés, la tombe ressemble à la pyramide, les représentations empruntent des motifs égyptiens.
A partir du IIe siècle avant J.-C., les Méroïtes développent deux écritures particulières ; la première se compose de 23 signes et est connue sous le nom de hiéroglyphes méroïtiques ; la seconde possède moins de signe ; elle est probablement inspirée des caractères de la langue démotique égyptienne.
5 - La Nubie sous l'Empire Romain
Après la défaite de Cléopâtre devant Octave-Auguste en l'an 30 avant J.-C., l'Egypte devient une province romaine. Les nouveaux maîtres réalisent l'importance de la Nubie pour leur Empire, car celle-ci est proche de leur frontière égyptienne au Sud ; elle constitue un passage pour le commerce africain et est une source importante pour l'or. C'est pourquoi les Romains décidèrent d'étendre leur autorité sur la région du Dodékaschoene, qui commande l'accès aux mines d'or du Ouadi Allaqi.
Au début, les Romains et les Méroïtes se sont mis d'accord pour que la Nubie reste sous la dépendance de Méroë, tout en étant soumise au protictorat romain. Mais cette entente ne dure pas longtemps. L'armée méroïtique, sous la conduite de la Candace bat, pendant le règne de la reine Amanirenas, en 23 avant J.-C., les régiments romains qui avaient marché sur Napata. Elle occupe les îles de Philae et d'Eléphantine, ainsi qu'Assouan, emporte un butin abondant et beaucoup de prisonniers, détruisant même les statues d'Auguste.
Les Romains ripostent : Petronius, gouverneur d'Egypte (24-21 avant J;-C;) contre-attaque et bat les Méroïtes à Dakke : il les pourchasse vers le Sud, et arrive à Napata, qu'il prend et pille ; puis il remonte vers le Nord, arpès avoir laissé une garnison à Ibrim.
Ainsi, les rapports entre les Méroïtes et les Romains sont devenus violents ; mais les deux partis réalisent vite l'inanité de ces guerres. Ils signent un traité, d'après lequel la Basse Nubie sera soumise - jusqu'à Maharraqa - à l'autorité romaine, tandis que la Haute Nubie restera sous une autorité de principe du royaume méroïtique. La paix est ainsi restaurée. Les Romains construisent des forteresses et des temples dans divers sites du Dodékaschoene, tels Dakke, Kertassi et Debod.
Pour ce qui est de la ville de Méroë, la paix lui a permis d'entrer dansle circuit commercial de l'empire romain, où elle a trouvé un marché important pour l'ivoire, l'or, l'ébène et les animaux vivants. Son économie s'épanouit, ce qui ne manque pas d'avoir une influence sur le niveau de civilisation du pays. Cela apparaît clairement à travers les objets en bronze, les bijoux et la céramique à motifs et sujets égyptiens, grecs et romains. L'inspiration romaine apparaît aussi dans les bains de Méroë, les chapiteaux de colonnes et les objets en terre cuite.
Le royaume méroïtique atteint le sommet de sa gloire au premier siècle après J.-C.. Puis, doucement, la décadence se dessine, favorisée par l'apparition de deux nouveaux peuples du désert, les Blemmyes et les Nobades.
Le mystère recouvre l'origine première des Blemmyes. Ils seraient peut-être un mélange d'éléments africains, notamment nègres. Leurs tribus erraient dans le désert oriental jusuq'à la région du Nil Bleu et du Nil Blanc. Ils sont mentionnés pour la première fois à l'époque ptolémaïque ; ils sont de plus en plus actifs, jusqu'à devenir dominants au cours du IIIe siècle après J.-C.. Ils se rémandent dans plusieurs régions de Nubie, y compris dans le Dodékaschoene. Ils jouent de l'hostilité des Egyptiens pour le régime romain, pour occuper à plusieurs represies le Sud du Saïd : ils atteignent même Qift et la région proche de l'actuelle Guirgeh. Les armées romaines les avaient jusqu'alors toujours repoussés vers la Nubie.
Quant aux Nobades, ce sont des tribus combattantes qui appartiennent aux éléments nubiens et sud-libyens qui circulent dans de vastes régions du désert occidental, entre le Kordofan, au Sud, et l'oasis de Kharga, au Nord. Avec le temps, ils descendent vers la vallée du Nil, en particulier en Nubie, puis se répandent dans le royaume de Méroë. Il est normal que Blemmyes et Nobades s'opposent dans leur désir commun de mettre la main sur la Nubie, qui ne fait qu'attiser leur hostilité réciproque.
Les attaques des Blemmyes contre les frontières méridionales de l'Egypte constituent une source continuelle des difficultés pour les gouverneurs romains. C'est pourquoi Rome adopte, sous le règne de Dioclétien (248-305 après J.-C.), une nouvelle politique. Elle profite de la haine qui règne entre Blemmyes et Nobades, retire son armée de la Nubie du Sud, faisant de la première cataracte sa frontière méridionale, et laisse la région de Dodékaschoene entre les mains des Nobades ; ceux-ci constituent ainsi une espèce de tampon qui isole les Romains des Blemmyes. Cette stratégie a protégé les frontières sud de l'Egypte ; mais elle a eu des conséquences désastreuses pour les Méroïtes, puisque la route commerciale de l'Egypte leur est désormais coupée.
Les ennuis des Méroïtes ne s'arrêtent pas là, c'est-à-dire aux pressions des Blemmyes et des Nobades et à la suspension de leur commerce avec l'Egypte. Ils se voient entrer en rivalité avec le royaume d'Axoum, situé au Nord de l'Ethiopie, qui devient, vers le début du 1er siècle après J.-C., le plus grand marché de l'Afrique Orientale. Ce royaume implante un port particulier sur la mer Rouge, le port d'Adulis, qui attire le commerce des Romains avec l'Afrique, la presqu'île arabique et l'Inde. Les Romains se tournant vers ce cnouveau débouché, Méroë perd ses ressources économiques vitales.
Tous ces facteurs s'unissent contre le royaume méroïtique, qui entre ainsi en décadence. Vers l'an 350 après J.-C., le pays est attaqué par Aazanas, le roi d'Axoum, qui prétend être le maître de Kasou (Kouch), c'est-à-dire du territoire méroïtique. Vers le début du IVe siècle après J.-C., le royaume méroïtique disparaît totalement.
6 - La Civilisation du Groupe C et la Christianisation de la Nubie
Le déploiement deds Blemmyes et des Nobades en Nubie depuis le IIIe siècle après J.-C., le retrait des Romains hors d'Egypte et la décadence du royaume méroïtique au milieu du IVe siècle, tous ces facteurs rendent ces deux peuples maîtres de toute la région, maîtrise qui a duré jusqu'au VIe siècle.
Pendant cette période, la Nubie vit à l'ombre de la civilisation connue sous le nom de "groupe C", sur l'origine première de laquelle les chercheurs ne se sont pas accordés jusqu'aujourd'hui : faut-il l'attribuer aux Blemmyes ou aux Nobades, ou à tous les deux à la fois? Quoi qu'il en soit, on en a décovert des vestiges dans divers endroits de la Nubie : à Ibrim, Firka, Karanog, gemai et Saï, alors que les centres les plus importants de cette civilisation se trouvent à Ballana et à Qustul, qui sont situées l'une en face de l'autre sur les rives du Nil au Sud d'Abou Simbel.
On y a découvert au moins 180 tombes qui remontent à la période qui va du IVe au VIe siècle. Etant donné que ces tombes appartenaient à des rois et des seigneurs, il est probable que la capitale de cette civilisation n'était pas loin ; peut-être faut-il la localiser à l'emplacement de l'antique Gebel Adda, qui se trouve au Nord de Qustul.
La manière dont sont enterrés les morts à Ballana et à Qustul montre que les croyances religieuses des hommes de ce groupe C ne diffèrent pas beaucoup de celles des habitants de la vallée du Nil.Le mort était recouvert d'habits de cuir et placé sur une bière en bois, accompagné de ses objets personnels et de ses armes. On a découvert des coffres de bois incrustés d'ivoire, des verroteries et des objets en bronze comme des lanternes, des tables, des encensoirs, des armes, des arcs, des haches, des épées, des flèches, la majorité en fer. Quant aux boucliers, ils étaient en peau de boeuf. Dans les tombes royales, on a trouvé des couronnes en argent ornées d'agat, avec des dessins égyptiens, comme l'oeil oudjat, le faucon coiffé de la double couronne, une tête bouc, deux cornes de boeuf enserrant deux plumes, le disque solaire, l'uraeus.
Il appartenait à leurs traditions funéraires d'enterrer les serviteurs après les avoir tué pour servir leurs maîtres dans l'autre monde, ainsi que des animaux comme des chameaux, des ânes, des chiens et des moutons. Mais le plus important, c'est qu'ils enterraient les chevaux avec leurs selles, leurs accessoires (bijoux), leurs brides en cuir, en argent, en bronze ornées d'azurite.
Ces vestiges indiquent que les hommes de cette civilisation, bien que leur identité ne soit pas encore bien déterminée, étaient organisés sous l'autorité d'un roi, donc le pouvoir recevait une investiture divine, et qui contrôlait son territoire entier à partir de la capitale. Ces hommes étaient toujours païens et adoraient les dieux égyptiens autant que méroïtiques. Ils étaient visiblement influencés par les arts méroïtique, égyptien et byzantin.
LA CHRISTIANISATION DE LA NUBIE
La stratégie des Romains, qui les conduisit à se retirer de la Nubie jusqu'à la première cataracte en l'an 296 après J.-C., remplit ses objectifs : il n'y eut pas d'accrochages importants entre eux et les Blemmyes. ais tout changea lorsque l'empereur byzantin Théodose eut proclamé le christianisme religion officielle du pays en l'an 380 après J;-C.. Dix ans après, toutes les religions païennes sont interdites dans l'Empire tout entier. On ferme les temples en Egypte et en Nubie, y compris le temple d'Isis à Philae, ce qui irrite tout autant les Blemmyes que les Nobades. Du coup, ceux-ci oublient leurs dissensions et s'unissent contre les ennemis de leur religion. Ils attaquent toutes les communautés chrétiennes établies dans l'oasis de Kharga et occupent la région de Thèbes vers le milieu du Ve siècle, assiégeant les couvents qui s'y trouvent.
Les Romains répondent à ces assauts et notamment Maximus, leur représentant en Egypte. Ce dernier inflige une grande défaite aux Blemmyes et aux Nobades, leur impose un traité de paix qui durera cent ans, et dont les conditions sont bien dures. Les vaincus doivent payer les frais de la guerre, et envoyer, en garantie de la paix, leurs fils en otages à Rome. A ce prix, ils sont autorisés à pratiquer leurs rites et à adorer la déesse Isis dans l'île de Philae.
Mais la résistance des Blemmyes et des Nobades ne pouvait que faiblir, car la nouvelle religion trouve sa voie depuis l'Egypte vers la Nubie et touche le coeur des habitants, ceci par l'intermédiaire des commerçants et de quelques chrétiens égyptiens qui trouvent en Nubie un asile contre les persécutions romaines et byzantines. Ce qui illustre, dans les collections exposées, l'arrivée du christianisme en Nubie, ce sont les pièces que l'on découvrit à Ballana et à Qustul, sur lesquelles sont gravés des croix et des dessins coptes telles que des entrelacs de vignes.
Avec le début du VIe siècle, un cahngement politique radical se produit en Nubie. Trois royaumes indépendant y sont fondés : le premier, le royaume de Nobadie, occupe la région de la première cataracte ; le second, le royaume de Makouria depuis Dongola, la capitale, se prolonge jusqu'à la région qui sépare la quatrième cataracte de la cinquième : et, au Sud, dans les terres de l'ancienne Méroë, le royaume d'Alodio (Alwa) a pour capitale Soba sur le Nil Bleu, au Nord-Est de Khartoum.
Presque en même temps, les expéditions de missionnaires en Nubie sont nombreuses et actives, en particulier sous le règne de l'empereur Justinien (527-565 après J.-C.) ; c'est au missionnaire Julien que l'on doit le fait que Silko, le roi de Nobadie, se soit converti au christianisme vers l'an 543 après J.-C.. C'est probablement la raison pour laquelle, lorsque Julien ferma le temple d'Isis à Philae et qu'il en envoya les statues consacrées à Constantinople, la capitale de l'empire byzantin, cela ne suscita pas de troubles.
Ce changement de la Nobadie et sa christianisation génèrent une nouvelle animosité entre les Nobades et les Blemmyes. Des guerres éclatent entre eux, entraînant leur affaiblissement réciproque.
Le second royaume qui adopte le christianisme est le royaume d'Alodia, vers l'an 580, et ce à la suite de l'action du missionnaire Longin. Quant à Makouria, c'est le dernier royaume nubien à adopter la nouvelle religion. Mais, alors que la Nobadie et Alodia se convertissent au monophysisme - qui affirme la nature divine unique du Messie, et regroupe les coptes égyptiens -, le royaume de Makouria adopte, lui, l'orthodoxie byzantine, - qui professe la nature à la fois divine et humaine du Christ -, et représente l'église officielle de l'Empire.
Il est naturel que, une fois le christianisme répandu en Nubie, les croyances peïennes anciennes disparaissent, et avec elles les témoins de la civilisation du groupe C. Une nouvelle ère commence avec le christianisme. La Nubie connaît durant les VIIIe et IXe sècles une époque de prospérité, dont elle n'avait jamais connu jusque là l'équivalent.
Les églises et les couvents, dont quelques-uns sont bâtis sur le modèle byzantin, se répandent dans toute la Nubie. C'est ainsi qu'on a découvert à Ibrim les vestiges d'une église qui date de la seconde moitié du Ve siècle. On y trouve des restes de papyrus et de parchemins, sur lesquels sont inscrits des textes coptes de la période qui ca du Ve au Xe siècle. Il nous faut dire qu'Ibrim était alors la résidance du Patriarche de Nubie.
Plus encore, un grand nombre de temples sont transformés, partiellement ou totalement, en églises, comme le temple d'Isis à Philae, les temples de Dandour, de Taifa, de Beit el Ouali, de Gerf Hussein, de Ouadi es Seboua et d'Amada.
A partir du VIIIe siècle, les murs de quelques églises sont ornés de représentations, très belles et très fines, où se mêlent les influences copte, byzantine et syrienne. Le meilleur exemple, ce sont les peintures de l'église de Faras, qui comportent 169 scènes tirés du Livre Saint, des représentations du Christ, de la Vierge, des anges, des saints et de quelques rois nubiens.
Naturellement, les coutumes funéraires chrétiennes diffèrent des coutumes païennes. Les tombes des chrétiens sont plus sobres ; le mort est enterré dans un linceul, et on n'enterre avec lui ni ses objets personnels ni aucune offrande. Quant aux hommes de religion, ils sont enterrés dans leurs vêtements monastiques ou sacerdotaux, leur croix et, peut-être, également avec des récipients contenant de l'eau bénite.
7 - La Nubie à la Période Islamique (641-1517)
Les Arabes musulmans connaissent la Nubie depuis 641 parès J.-C., lorsqu'ils ont annexé l'Egypte sous le commandement d'Amr Ibn El Ass. Le général arabe réalise l'importance des frontières sud de l'Egypte. Il ne tarde pas à envoyer une expédition sous le commandement d'Abdallah Ben Saad Abil Sluh, qui rencontre une résistance tenace de la part du royaume nubien et ne réussis en rien dans son entreprise. Dix ans après, sous le khalifat d'Osman Ibn Affan, Abdallah Ben Saad se dirige une deux ième fois vers la Nubie, lorsqu'il est nommé gouverneur d'Egypte. Il s'avance jusqu'à Dongola : mais il rencontre, lui aussi, une forte résistance, et les combats sont très violents. Pour ne pas faire couleur trop de sang, les deux partis signèrent l'armistice de Bakhit, armistice à la fois politique et commerciale. Elle stipule qu'aucun des partis n'attaquera l'autre, que la Nubie enverra chaque année un nombre précis d'esclaves et qu'elle recevra en échange une part des ressources agricoles égyptiennes. Ce traité est appliqué jusqu'à la période Ikhshidite.
C'est ainsi que les musulmans s'assurent pour un certain temps de la sécurité de leurs frontières sud. Le pays s'ouvre à leur commerce. Mais le plus important c'est que le traité de Bakhit permet à l'islam d'entrer en Nubie, et ce d'autant plus que quelques groupes d'Arabes s'infilstrent en Nubie et arrivent jusqu'à Maris (dans la région de Ouai Halfa). Ils achètent aux Nubiens des terres qu'ils lèguent à leurs enfants et petits-enfants, de génération en génération.
Sous les Abbassides et leurs walis (750-868 après J.-C.), la présence arabe devient plus importante en Nubie, au point que les tribus de Kahtan, de Rabia, de Misr et de Koraich y possèdent des terres. Lorsque le khalife abbasside Al Maâmoun arrive en Egypte, le roi nubien lui envoie une délégation pour se plaindre que quelques-unes de ces terres appartiennent à ses sujets : leur acaht est donc nul d'après lui, et elles doivent lui revenir. L'argument est détruit par les vendeurs eux-mêmes, qui assurent qu'ils ne sont pas des esclaves, mais des hommes libres, attachés à leur roi par les mêmes liens qui unissent les musulmans à leur gouverneur.
Lorsque Ahmed Ibn Touloun fonde l'Etat Toulounide (868-905 après J.-C.), il envoie une expédition en Nubie sous le commandement d'Abou Abdel Rahman Abdallah Ibn Abdel Hamid el Emari, qui inflige une défaite au roi nubien Georges 1er et soumet les tribus de Bedjas qui ne cessaient d'attaquer les marches du pays.
A l'époque de l'Etat ikhshidite (934-969 après J.-C.), des raids nubien ont lieu à la frontirèe sud de l'Egypte. Ils touchent l'oasis de Kharga en l'an 950, et la ville d'Assouan en 956 : beaucoup de musulmans sont ués. C'est pourquoi Anougour, fils d'El Ikhshid, envoie rapidement une expédition, qui parvient à les vaincre et arrive jusqu'à Ibrim. Il retourne ensuite en Egypte, accompagné de nombreux esclaves, hommes et femmes. Mais les Nubiens profitent des troubles qui marquent en Egypte le règne de Kafour El Ihkshid, à la suite de la famine que des crues insuffisantes a installée dans le pays. Il reprennent leurs raids au Saïd et attaquent Edfou.
Dès l'établissement du régime Fatimide en Egypte (969-1171 après J.-C.), le général Gawhar El Sekkelly envoie un émissaire au roi Georges I de Nubie, lui enjoignant de respecter les clauses du traité de Bakhit. Les tribus arabes se fixent de plus en plus en Nubie du Sud, au point que les musulmans y jouissent de l'indépdendance, et qu beaucoup de Nubiens se convertissent à l'islam.
L'ère fatimide voit ainsi la naissance d'une principauté arabe puissante, à la tête de laquelle se trouve Abou Marwan Bechir Ibn Ishak, de la tribu de Rabia. Celui-ci fait d'Assouan le centre de sa principauté, et étend son autorité jusqu'au sud de Méris et dans la région d'Allaqi. Les Arabes de Rabia se mêlent aux Nubiens, épousent les filles de leurs chefs, et profitent du système de transmission de l'héritage des Nubiens, qui veut que le fils de la fille ainsi que la fille de la soeur héritent également. Avec le temps, un nouvelle classe s'est constituée, qui gouverne les Nubiens de la région de Kerbis, après que la plupart des habitants de cette dernière se soient convertis à l'islam.
La puissance de la principauté arabe apparaît lorsque le khalife Hakim demande au prince Ahoul Makarem Hebat Allah de l'aider à étouffer la révolte menée par Abou Rakoua contre les Fatimides. Aboul Makarem réussit à faire prisonnier celui-ci : en récompence, il reçoit le titre de Kanz El Dawla ( trésor de l'Etat). Depuis, les hommes de RAbia prennent le nom de Bani Kanz ; c'est d'eux que descendent les tribus des Kénouz (trésors), qui vivent entre Assouan et la région qui va de Ibrim à Korosko.
Les musulmans deviennent de plus en plus puissants en Nubie. Ils jouissent d'une liberté de culte entière et organisent, sans subir aucune contrainte, leurs rites et leurs fêtes.
Bien que le sultant Salah El Dine, fondateur des Ayoubides (1171-1250 après J.-C.), soit ossupé par les guerres qu'il mène contre les Croisés dans les pays du Levant, il n'a pas oublié la Nubie. Il y envoie une expédition en 1173, placée sous le commandement de son frère aîné, Shams El Dawla, pour la soumettre et pour voir si lui et sa famille pouvait s'y réfugier en cas de besoin. Shams El Dawla assiège la ville d'Ibrim, y entre et y demeure un certain temps ; puis il revient en Egypte chargé d'un riche butin.
L'année suivante, des troubles éclatent entre les Ayoubides el Kanz El Dawla. Ce dernier est tué et les Bani Kanz sont obligés de quitter Assouan pour se réfugier au Sud, où ils se mêlent encore plus aux Nubiens.
A l'époque Mamelouke (Bal1aria et Tcherkesses : 1250-1517), une expédition est envoyée en Nubie pour occuper le port de Sawaken ; le roi nubien Daoud, furieux, envoie son armée combattre les Mamelouks. Le sultant Baïbars riposte en laçant une expédition punitive, au cours de laquelle Daoud et ses troupes sont battus près de Dongola en 1276. Ce dernier est obligé de fuir à Alodia en Haute Nubie. Il se fait remplacer par son eveu, Shekanda, comme roi de Nubie. Celui-ci promet d'être fidèle au sultant mamelouk et de lui payer tribut.
C'est la première fois dans la période islamique, qu'un roi nubien est nommé par le sultan d'Egypte, et la première fois que les Nubiens payent tribut. Cela signifie que ces derniers sont devenus les sujets de l'Etat islamique et qu'ils en acceptent les conséquences et les devoirs, tout en bénéficiant des droits que donne l'etat islamique à ses sujets. Le Sultan Baïbars fonde en Egypte un ministère, appelé "diwan el Nuba", qui est chargé de gérer les affaires de la région.
Les expéditions se suivent en Nubie : les sultans mamelouks l'un après l'autre en envoient, jusaqu'à ce qu'ils arrivent à nommer des rois nubiens et à détrôner ceux de Basse et Haute Nubie qui leur sont hostiles.
Sous le règne du sultant Nasser Mohamed IbnKalaoun, un prince nubien, Sanbu, neveu de David 1er, se réfugie en Egypte en 1305. Il embrasse l'islam et prend le nom de Abdallah. Le sultan l'envoie en Nubie à la tête d'une expédition pour punir le rio Kerembes (ou Kerbays). Il réussit à vaincre ce dernier dans une bataille décisive. Le sultan le nomme gourvernuer de la Nubie. Il es tué plus tard par des fils de la tribu des Kanz. Ce meurtre pousse le sultan Kalaou à envoyer une autre expédition. Elle parvient à faire régner la paix dans le pays, à remettre le roi nubien Kerembes de nouveau sur le trône, après qu'il se soit converti, lui et ses sujets, à l'islam. Le tribut disparaît alors, signe que l'islam se propage dans toute la Nubie. Lorsque le XVIe siècle pointe à l'horizon, l'islam a définitivement remplacé le christianisme en Nubie.
8 - La Nubie des temps modernes
L'histoire de la Nubie des temps modernes commence avec l'invasio de l'Egypte par les Turcs en 1512, après la victoire du Sultan Sélim 1er sur les Mamelouks, au cours de la bataille de Raydania. Avec la fin du règne mamelouk, l'Egypte et la Nubie sont soumises au pouvoir turc. Sélim 1er nomme des gouveneurs en Nubie, qui installent des fortifications à Assouan, Ibrim, sur l'île de Saï et ailleurs. Y participent des troupes venue de la région de l'actuelle Bosnie, et dont proviennent sans doute de lointains descendants nubiens à la peau blanche.
Lorsque l'état ottoman s'affaiblit à partir du XVIIIe siècle, la puissance des Mamelouks augmente. Ils sont nommés gouverneurs des provinces, puisque ce sont justement eux qui gouvernaient le pays avant l'arrivée des Turcs. Etant donné que ce sont eux connaissent le mieux ses affaires, la direction du pays leur revient de droit. La Nubie souffre de ce dont souffre alors l'Egypte : des troubles et des conséquences des luttes qui opposent les princes mamelouks d'une part les uns contre les autres, et, d'autre part, à l'autorité turque. Et ce surtout au milieu du XVIIIe siècle, lorsque Ibrahim Bey et Mourad sont au sommet de leur puissance (1175-1798). Ces troubles et ces luttes entre chefs mamelouks pour gagner le pouvoir continuent jusqu'à l'arrivée de Napoléon Bonaparte en Egypte en 1798.
Avec l'expédition frnçaise en Egypte une nouvelle page de l'histoire de l'Egypte et de la Nubie et, plus généralement, de toute l'Afrique se tourne. C'est la première expédition européenne des temps modernes vers le monde arabe et islamique. Elle emmène avec elle des savants, pourvus de documentation et équipés d'instruments ; ils étudient le climat, la nature, les animaux, les populations et les habitants du pays. Ces savants visitent le Saïd égyptien ainsi que la Nubie, et leur oeuvre, la Description de l'Egypte, achevée en 1822, comporte une étude de la Nubie et des Nubiens daite par Coste. Celui-ci y parle de la Nubie, qu'il situe entre l'Egypte et le royaume de Sennar. Il évoque ses habitants, qu'ils distingue de leurs voisins d'Egypte et du Sud (les nègres de Sennar), ainsi que les tribus nomades qui les entourent dans les déserts de l'Est et du Sud du Nil. Il décrit les moyens de communication des Nubiens, leur commerce avec l'Egypte, fondé sur le système des échanges ; il mentionne la soumission des Nubiens à l'autorité ottomane. Ceux-ci paient au Sultan un impôt sur les tigres et les esclaves qu'ils achètent aux tribus de Sennar. ils ne réduisent jamais en esclavage d'hommes de leur propre race. Coste décrit les habitudes des Nubiens et leur vie, faite de concorde et de paix avec leurs voisins, leur douceur, leur honnêteté, leur fidélité, leur attachement à l'islam, - ce qui fait d'eux des hommes de confiance. Il parle de leurs habits, de leur langue, qu'il compare à la langue arabe. Toutefois, il ne met pas suffisamment l'accent sur leur langue pour la comparer aux autres langues et dialectes africains. Cette étude est très importante, parce qu'elle fait découvrir la Nubie, dont le lecteur européen ignorait tout.
Les explorateurs et les voyageurs se suivent en Nubie après l'expédition française. Parmi les études les plus importantes, figure celle du voyageur suisse J. L. Burckhardt intitulée Voyages en Nubie (Travels in Nubia), qui a paru à Londres en 1819. Après son arrivée en Egypte en 1812, Burckhardt décrit un grand nombre de vestiges nubiens et de temples ; il parle de l'origine des Nubiens et de leur vie. Son étude révèle beaucoup sur la Nubie.
Lorsque Mohammed Ali prend le pouvoir en Egypte en 1805, il entreprend d'occuper le Soudan. C'est ainsi que la Nubie, Sennar et le Kordofan, appartiennent de 1820 à 1823 à l'Egypte. Les historiens relèvent plusieurs raisons à l'occupation de la Nubie et du Soudan, notamment le désir de Mohammed Ali d'enrôler des Nubiens et des Soudanais dans l'armée égyptienne. Car ceux-ci étaient renommés pour leur courage, leur patience et leur obéissance. Il souhaite également se débarrasser des troupes qui lui restaient après son invasion de la péninsule arabique, tout comme il rêve d'anéantie les Mamelouks qui se sont réfugiés en Nubie après le massacre de la Citadelle. Plus encore, il aspire à ettre la main sur l'or nubien. Il avance lui-même en 1815 à la tête de son armée jusqu'à Dongola et tue les Mamelouks qui s'y trouvaient. La Nubie proclame sa soumission à l'Egypte. Mohammed Ali se rend à nouveau en Nubie en octobre 1838. L'occupation égyptienne réussit à faire régner la paix en Nubie et dans le Saïd. Les Egyptiens considèrent le Soudant et la Nubie comme une partie intégrante de leur pays. Les frontières sud de l'Egypte alors l'île de Saï.
Après les guerres de Mohammed Ali contre le sultan de Constantinople, l'intervention des pays européens pour régler les différends entre les deux partis (traité de Londres en 1840, traité de Vermont le 13 février 1841) et pour assurer la dépendance de l'Egypte au Sultan, la région sud de la vallée du Nil, comme la région du Nord, sont tenues pour provinces turques. La Nubie et le Soudan soffrent de cette entente, car ils sont considérés comme des vassaux de l'Egypte. Des explorateurs, des voyageurs, des commerçants, et des aventuriers étrangers viennent en Nubie pour profiter de ce que cette entente leur a donné. Avec Ismaïl, le fils de Mohammed Ali, arrivent les chercheurs, mais aussi les commerçants, qui viennent prendre des esclaves et acquérir l'ivoire pour le revendre ailleurs.
Lorsque la révolte du Mahdi éclate au Soudan, la Nubie devient un champ de bataille entre les troupes des Derviches révoltés et l'armée égyptienne, commandée par les Anglais et envoyée pour reprendre le Soudan. La bataille de Toshka met fin à la révolet en août 1889. L'armée des derviches se dispers ; l'Angleterre essaye de reprendre Dongola et le reste du Soudan. Le traité bipartite égypto-britannique met fin à cet état de guerre le 19 janvier 1899. Il n'est gère en faveur de l'union égypto-soudanaise : l'Angleterre reste seule à gouverner le Soudan et à profiter de ses ressources. De même, ce traité est contre l'union politique nubienne, puisqu'il partage le pays en Haute Nubie, ou Nubie soudanaise, qui va jusqu'au Soudan, et Basse Nubie, ou Nubie égyptienne, qui va de la frontière soudanaise jusqu'à Assouan. Pourtant, le pays, avec ses deux parties, représente une unité géographique, caractérisée par une population homogène, du point de vue de la race, de la culture et de la société.
En 1907, le premier barrage d'Assouan est édifié, ce qui inquiète alors déjà beaucoup d'égyptologues. L'Egypte décide d'envoyer une expédition pour relever lesvestiges anciens et faire des fouilles dans tous les sites menacés par les eaux. Des opérations régulières de prospection archéologique sont menées en Egypte auxquelles participent Reisner et Firth. Emery est chargé de la seconde campagne, lorsque l'Egypte décide de faire un second barrage en 1929. La région menacée est à la frontère soudanaise (Adindan). le 3 novembre 1931, on découvre ainsi les tombes de Ballana et Qustul. Le Sadd El Aaly sera constuit à une distance de 7 kilomètres environ du Sud du barrage d'Assouan. L'Unesco lance, le 8 mars 1960, un appel à une expédition internationale destinée à sauver les monuments nubiens. Les institutions internationales y répondent. Sont ainsi sauvés les temples de Philae, d'Abou Simbel et les autres temples nubiens ; puis l'ancienne Nubie est inondée par les eaux du lac, et ses habitants émigrent à Kom Ombo, vers le Nord, au terme d'une histoire glorieuse.
8 - Le Patrimoine et le Folklore Nubiens
Comme la Nubie possède une longue et ancienne histoire et que sa civilisation remonte fort loin, son patrimoine est ancien, riche et varié. Elle présente des caractéristiques qui la distinguent des autres pays du bassin du Nil, surtout dans la mesure où elle est le produit de trois groupes, à l'origine des Nubiens. Ce sont, d'une part, les Kénouz, les Fadiga et des Arabes venus du Sinaï dans le courant du XVIIIe siècle.
Il est narutel que les formes du patrimoine et ses expressions varient, aussi bien dans l'architecture, l'art et l'artisanat - bijoux, habits, expressions artitisques telles que la musique et la danse, littéraires, comme les contes et la poésie. Les usages et les traditions sociales varient tout autant.
L'HABITAT
Les villages nubiens sont composés de bâtiments en pierre, en limon et en sable ; les toits des maisons des gens de classes moyennes sont faits en feuilles de palmiers et en tiges de maïs. Chez les riches, ces toits prennent la forme de coupoles; Les sols sont couverts d'un sable fin et propre et au plafond sont accrochés les ustensiles d'usage quotidien comme les casseroles ; les murs et surtout la façade sont couverts de dessins (drapeaux, plats, oiseaux et animaux).
La maison nubienne comprend en général une entrée, une cour découverte, des chambres (Kabaoui), une remise, une cuisine (debouka), une toilette et une mezbara.
LES BIJOUX
Les bijoux nubiens sont de formes, de fonctions et de matières variées. Ce sont des colliers, des pendentifs, des bracelets, des bagues, des boucles d'oreilles et des anneaux de nez, des bracelets pour les chevilles (kholkhals)... La plupart du temps, ils sont en or ou en argent ; quelquefois ils sont ornés de pierres semi-précieuses. Aujourd'hui, ils sont fabriqués par des joailliers nubiens ou soudanais qui vivent au Caire, en particulier dans le quartier d'Abdine, mais aussi, naturellement, par des artisans qui vivent dans les villes et les villages nubiens.
LES METIERS ET L'ARTISANAT
Ils sont relativement rares et quelque peu primitifs et touchent la fabrication de paniers et de tapis en branches de palmiers, d'objets en faïence ou en argile. Ces deux derniers métiers sont totalement aux mains des femmes, qui en font tôt l'apprentissage. A part cela, il y a la confection de tissus en coton et en laine sur métier, mais cela ne représente qu'une faible partie de l'artisanat.
FETICHES, TALISMANS ET AMULETTES
Comme tous les hommes de la vallée du Nil, les Nubiens ont recours aux fétiches, aux talismans et aux amulettes pour accroître leurs biens et leurs capacités, repousser le mat et se protéger du mauvais oeil. Cela prend des formes différentes : figurines en forme de scorpions, oeil magique et triangle, tresses en verroterie, en nacre ou en cheveux, accrochées aux lits au pendant du plafond des chambres à coucher, paniers colorés en osier et ornés de coquillages blancs qui pendent aussi des plafonds comme des lustres.
LA DANSE
Ce qui caractérise la danse folklorique nubienne, c'est son caractère collectif : hommes et femmes de tous les âges y participent. Un grand nombre de ces danses sont liées aux saisons et à la moisson. On pensait, en effet, qu'elles aident à donner aux hommes une récolte abondante et beaucoup de prospérité.
LE MARIAGE ET LA PROCREATION
Bien que le mariage en Nubie relève de la responsabilité des parents, il arrive que l'oncle paternet ou l'oncle maternel aident les jeunes à assumet cette responsabilité. Car le système parental est double, en ce sens qu'il relie la parentèle du côté du père à celle du côté de la mère.
Le mariage entre cousins de la famille paternelle ou de la famille maternelle est le mariage préféré. Le mariage du garçon avec la fille de son oncle paternel est considéré, lui, comme une affaire de moeurs, au point que la dot de la mariée est moindre si elle épouse le fils de son oncle paternel ou maternel que si elle épouse un étranger à la famille. Dans ce dernier cas, la dot varie d'une tribu à l'autre.
Les Nubiens tiennent à offrir des cadeaux aux familles des mariés, que ce soit en argent liquide ou en objets utiles, non seulement en signe de leur affection ou de leurs bons sentiments, mais aussi pour apporter une aide matérielle à la cérémonie du mariage. Car presque tous les gens du village sont invités, et même quelques personnes des villages voisins, ce qui génère de grandes dépenses.
Et comme le Nil est un élément central dans la culture nubienne, les mariés doivent y plonger la nuit de leurs noces pour se purifier, et avec l'espoir qu'il leur apporte le bien, la santé et les enfants.
Lorsque les parents ont un enfant mâle, ils fêtent le jour où celui-ci atteint l'âge d'une semaine. Ils font égorger un animal, récitent des versets du Coran et donnent un nom à l'enfant. Mais si c'est une fille, la fête est plus réduite : on se limite aux amis. Tout le monde va au bord du Nil, et on choisit un nom pour la fillette.
L'ART NUBIEN ET LA SIGNIFICATION DE SES SYMBOLES
L'art nubien reflète les caractéristiques culturelles nubiennes. Il comporte des symboles dont la signification relève des croyances et des supersitions populaires. Cela apparaît dans les tatouages aussi bien que dans les scènes qui décorent la façade ou l'intérieur des maisons, dans les objets confectionnés en branches de palmiers, dans les paniers, les plats et les tapis en osier.
Il est fréquent que les éléments décoratifs aient une signification. L'épée est le symbole du courage, le croissant et l'étoile sont de symboles islamiques et représentent l'optimisme, comme le chat noir d'ailleurs. Quant au corbeau et au hibou, ils symbolisent le pessimisme et la destruction, alors que les fleurs - les roses tout particulièrement - symbolisent l'amitié. La pomme, c'est la tentation, la couleuvre, l'inconstance, la tortue, la paresse ... Quant à la cruche et au petit tapis pour la prière, ils symbolisent la pureté et la transparence.
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