Bernard Jarry    J. 12.08.07


UNE EGLISE ? …QUELLE EGLISE ?!


Depuis quelques années, et plus particulièrement ces derniers mois, des positions écrites ou orales prises par notre pape nous amènent à exprimer de nombreuses questions de chrétiens qui, tout en restant fidèles au Christ, se détachent de plus en plus de la « Sainte Eglise Catholique Romaine ».

 

Nous pensons notamment, par exemple, aux déclarations faites par Benoît XVI au cours de son voyage au Brésil, à sa conférence de Ratisbonne, au dernier « motu proprio », à la création de la Fraternité du Bon Pasteur,...


Mais nous pensons aussi à certaines pratiques, telles que : « mises en garde » ou mises à l’écart à l’encontre de théologiens non conformistes, évêques ou prêtres déplacés parce que trop proches du peuple, refus du « sacrement de l’amour » aux divorcés remariés, silence de l’Osservatore Romano sur l’Abbé Pierre au lendemain de la mort de ce dernier, refus du préservatif, devenu pourtant, pour des millions d’êtres humains, le seul moyen réel de sauver leur vie, etc…


Tout cela, nous semble-t-il, ne peut qu’aggraver le discrédit sur l’Eglise et accélérer la chute de l’institution Eglise. Notre cri est à la fois l’expression d’un ras le bol, un cri d’alerte (un de plus !) et un questionnement à l’institution Eglise. Peut-il encore être un peu empreint d’espérance ? …



1. Les messages du successeur de Pierre sont devenus inaudibles, voire scandaleux, pour un nombre grandissant de chrétiens et de non chrétiens.


2. Pourquoi, selon nous :


Trop souvent incompatibles avec le message du Christ

De plus en plus souvent contredisant même d’autres intentions affichées par le Vatican et par de nombreux évêques : ouverture aux autres, oecuménisme, collégialité,…

Parfois témoignant d’une étonnante ignorance de vérités historiques, concernant, par exemple l’Islam, les réalisations liturgiques depuis Vatican2, la créativité liturgique des premiers siècles chrétiens, les conditions de fait de la « christianisation » des Indiens d’Amérique, etc…

A travers ses déclarations et certaines de ses décisions, l’ « autorité suprême » de notre Eglise donne l’impression de plus en plus forte :

de s’enfermer sur elle-même et son pouvoir

de se bloquer sur la «Tradition» ( … laquelle ?)

de se fermer aux aspirations nouvelles du Peuple de Dieu et de la société

de rendre de plus en plus autocratique sa façon de gouverner (dans un monde qui veut de plus en plus une reconnaissance de sa maturité, de son autonomie, de sa liberté de penser !)

de redouter le pluralisme et de confondre « unité » et « uniformité-monolithisme »

de confondre foi dans le Christ et dogmes

d’être très attentive à des groupes de pression qui savent se faire entendre à Rome, et qui déforment certaines réalités, concernant notamment les Eglises locales

de vouloir effacer certaines avancées de Vatican 2 (tout en prétendant le contraire).


3. Alors, nous nous posons beaucoup de questions, par exemple :


3.1. Ne doutant pas de l’intelligence et de la Foi de notre pape et de nos évêques, pourquoi tant de peur de leur part ? Pourquoi tant d’incohérence ? Pourquoi tant d’oublis ? Pourquoi tant d’incompréhension par rapport à un monde qui, étant vivant, n’est pas figé ?


3.2. Le Christ a-t-il voulu des structures et des dogmes ? Son seul « dogme » a été : « Il renverse les puissants de leur trône, élève les humbles, comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides », « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer la délivrance aux captifs, rendre la vue aux aveugles et la liberté aux opprimés », et « Aimez-vous les uns les autres ! »


3.3. Pourquoi le « discours » d’un trop grand nombre d’ « hommes d’Eglise »

ne met-il pas en lumière le caractère subversif de l’Evangile ? Subversion non seulement par rapport aux « puissants » et aux politiques, mais aussi par rapport aux « docteurs de la loi », aux pharisiens, et aux ministres du culte, aux déformations de la religion (les vendeurs du temple, ou le respect du sabbat, par exemple). Chemin d’une vraie liberté !


3.4. La mission de l’Eglise d’aujourd’hui, dans sa totalité (y compris ses théologiens, ses laïcs, ses structures) n’est-elle pas d’aider nos contemporains à connaître et reconnaître les chemins de l’Evangile, et de s’engager avec eux, de prendre elle même ces chemins ?


3.5. Que veut dire : « L’Esprit souffle où il veut » ? … Peut-être ne souffle-t-il pas seulement chez notre « docteur de la loi » en chef ? Qu’a voulu dire Vatican2 en parlant du « sensus fidei » ?


3.6. Qu’est-ce que « la Tradition » ? Est-ce purement et simplement un ensemble de credo, de dogmes et de pratiques immuables, décidés et/ou vécus dans des contextes historiques, sociologiques, culturels, politiques, de périodes reculées? Si oui, comment peut se réaliser « l’Incarnation », raison d’être du Christ ?


3.7. Comment peut être pratiquée la « collégialité » entre évêques et avec le pape, si certaines décisions les concernant, et concernant la vie de l’Eglise dans son ensemble, sont prises du haut du Vatican sans concertation ? Exemple : création de la Fraternité du Bon Pasteur, et ouverture de son séminaire à Bordeaux, rattaché directement à Rome, semble-t-il.


3.8. Que signifient les différentes mesures qui ont commencé à être prises pour faciliter, accentuer et officialiser le développement et l’organisation des « traditionalistes » du courant lefebvriste, alors que cette Eglise parallèle refuse l’essentiel des décisions de Vatican 2, et que plusieurs de ses responsables ont été excommuniés ?


3.9. L’Eglise catholique se permet d’accuser de « déficiences » les autres Eglises chrétiennes. N’est-elle pas elle-même sujette à de nombreuses « déficiences » ?

…Péché d’orgueil, mes frères ?


3.10. Notre «Très Saint Père » et, semble-t-il, un bon nombre de nos « Eminences » et « Excellences » semblent placer parmi les devoirs prioritaires de tout membre du « troupeau » que nous sommes l’ « obéissance ».

Ce devoir primerait-il ceux d’amour, de respect réciproque, de modestie, d’esprit de pauvreté, de solidarité, de recherche de la vérité, de courage de dire et d’entendre la vérité, de recherche de justice et de paix ? L’Eglise serait-elle une armée ?


3.11. La restructuration des paroisses entreprise il y a quelques années ne ressemble-t-elle pas à un « accompagnement » de mourante (l’Eglise du Christ) ?



Disant cela, nous sommes conscients que nous pourrons être taxés de « schismatiques ». Cela ne pourrait que nous inquiéter un peu plus pour notre Eglise. Comme l’a écrit récemment un prêtre ayant eu des responsabilités dans l’Eglise, et pour lequel nous avons une grande estime : « Faut-il faire schisme pour être pris en considération par les instances romaines éprises d’unité ? »

 

Bernard Jarry, Partenia 77