POUR UN PARTENIA DU 21ème SIECLE

 


Le monde va à une vitesse vertigineuse. Nos repères se brouillent, nos certitudes vacillent. Voilà plus de 25 années que Jacques GAILLOT, évêque d’Evreux, puis de Partenia, a soulevé un immense espoir et ouvert une brèche dans la forteresse « catholique et romaine ». Cet espoir a pénétré bien au-delà des chrétiens. Depuis 24 ans, ce souffle nouveau a soulevé des forces inconnues au sein de l’Eglise et à l’extérieur. Ce souffle, comme un cyclone, a parcouru la planète et accompagné les autres forces qui luttent contre les dérives mondiales.


En France, Partenia 2000 a bousculé la bonne conscience officielle de la hiérarchie ecclésiastique. Il a apporté un soutien efficace et déterminé à l’action de Jacques. Partenia 2000, dans ses groupes locaux et aussi dans les actions individuelles des adhérents, a pris sa part dans les luttes en faveur des exclus et des « sans », des prisonniers et des expulsés.


Le diocèse de Partenia a resurgi des sables du désert et ses frontières ne connaissent pas de limites. Son site Internet au titre évocateur « Partenia sans frontières » (que le hasard a installé au paradis...mais fiscal celui-là!), irrigue la planète de la parole et de l’action de Jacques.


Comme le disait Jacques à Evreux dans son homélie du 22 janvier 1995 : «La vague de confiance et de solidarité surgie parmi les gens les plus divers est devenue une immense espérance ».

 


Et pourtant, ce rayonnement et cette espérance sont en danger.


L’indifférence de l’Eglise officielle à tous les niveaux est le signe qu’elle compte manifestement sur le temps pour régler le « problème Gaillot ».


Suite à la sollicitation d’un journaliste, à l’occasion du décès du Cardinal Lustiger, Jacques a rappelé que c’était Monseigneur Lustiger lui-même qui avait autorisé l’expulsion par la force en 1996, et dans les conditions que l’on sait, des sans-papiers réfugiés dans l’Eglise St Bernard. La non diffusion de cette déclaration illustre la volonté d’étouffement de son message.


Face à une situation de plus en plus difficile pour les faibles et les exclus, face à une société qui se bouche les oreilles et ferme les yeux, les forces qui luttent et qui résistent le font dans la dispersion.


Nous-mêmes allons inexorablement vers une diminution de nos moyens. L’âge est là, et bien là pour la plupart d’entre nous, qui poursuit son action insidieuse. Nous sentons bien que, si nous n’y prenons garde, le déclin nous guette. L’essoufflement et les disparitions qui grignotent la capacité d’action de Partenia ne sont pas compensés par des forces nouvelles et plus jeunes.


Le site de Partenia, si généreusement et si efficacement animé par Katarina, ne peut, sans danger pour sa pérennité, fonctionner avec si peu de moyens humains.


Sans doute Jacques lui-même, comme chacun d’entre nous, se pose t-il ces questions : « Et après, que restera-t-il de notre passage ? Que restera-t-il de nos actions ? Que restera-t-il de nos traces ? Vers qui se retourneront-ils tous ceux qui en France et dans le monde nous ont fait confiance et ont cherché notre appui ou simplement notre regard ? ».


C’est ainsi, par exemple, que pris par l’action ou plus prosaïquement par notre quotidien, de plus en plus difficile à assumer, nous ne pensons pas à sauvegarder la mémoire de cette aventure et de notre vécu. Internet est un outil fabuleux mais fragile et fugace. Longtemps nous avons pu dire « les paroles s’envolent, les écrits demeurent ». Ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui : beaucoup de nos écrits sont virtuels. Restera t-il une trace de la masse des documents que nous brassons, des images qui nous submergent, des événements auxquels nous participons ? Notre « journal électronique » ou blog ( ?...) rencontre une audience encourageante. Alimenté régulièrement par Gérard et les parténiens, il est le fidèle reflet de ce qui nous interpelle. Est-il pour autant arrimé dans la durée ? Chaque groupe Partenia2000, chaque adhérent possède une masse des documents, lettres, livres articles de presse, films, photos qui constituent le fonds de la mémoire de Partenia. Sans parler des courriers et documents reçus par Jacques lui-même, archives essentielles pour une Histoire future. Quel sera leur sort après notre passage ? Serviront-ils à transmettre le message, seront-ils manipulés ou escamotés ? Seront-ils tout simplement perdus ? Ou au contraire, rassemblés, sauvegardés, exploités minutieusement, constitueront-ils une source inestimable pour les générations futures, pour leur information et leur formation, pour leur connaissance de cette période charnière de la fin du 20siècle et le début du 21?


Les problèmes qui nous préoccupent ne feront que s’aggraver. Les femmes et les hommes qui sont dans le besoin vont croître de façon dramatique. L’Afrique va se désagréger de plus en plus par le pillage dont elle est victime depuis des siècles et les maladies qui la ravagent. Les forces nouvelles qui émergent en Amérique latine et s’opposent à l’impérialisme conquérant et dévastateur ont plus que jamais besoin du soutien des forces progressistes des autres continents. La planète elle-même est mise en danger par la folie des hommes.

 


Comment transmettre et perpétuer, au-delà même de notre propre existence, à notre place et modestement, notre expérience et notre vécu ? Comment entretenir, bien après notre sortie de la scène, cette « rumeur d’espérance » que Jacques, avec beaucoup d’autres, a contribué à susciter. La prochaine Assemblée générale de Partenia devrait, me semble-t-il, se pencher sur ces questions et réfléchir aux formes que pourrait prendre cette prochaine étape.


Dès à présent, nous pourrions nous préoccuper, là où nous sommes, là où nous agissons, de sauvegarder la mémoire écrite et visuelle de l’aventure de Jacques Gaillot. Recenser et sauvegarder ce que nous possédons en ce domaine est la première et urgente de nos tâches. Personne d’autre que nous ne se souciera de conserver cet immense patrimoine accumulé depuis ce prometteur (j’allais dire «ce fatidique») 13 janvier 1996. Nous devons dès maintenant nous attacher à trouver un lieu où notre mémoire trouvera un refuge. Toutes les idées en ce domaine seront vivement appréciées. Il est indispensable de commencer le travail d’archivage sans lequel cette masse de documents sera inutilisable et donc perdue. A terme, ce lieu pourrait devenir un espace de rencontre, de recherche et de réflexion, à animer par nos propres moyens ou, mieux, en concertation avec l’un ou l’autre des groupes, associations, communautés qui partagent mos préoccupations.


Aider Jacques à réconforter les plus pauvres parmi les pauvres, à soutenir les plus faibles parmi les faibles, c’est aussi rendre son passage, notre passage, durable. Dès à présent, posons-nous cette question : « Après nous, quoi ? ». C’est urgent, le temps nous est compté. Si nous ne prenons pas une initiative forte, il est à craindre que, dans peu, les sables ne recouvrent à nouveau le diocèse de Partenia. Mais si nous y mettons le prix, si nous portons notre effort à la hauteur de l’enjeu, notre détermination sera la plus forte.

 


Le 22 janvier 1995, Jacques disait dans sa conclusion : « La Mission continue. Elle (…) n’est pas à son terme. Donnons-lui un avenir ».


C’est plus vrai que jamais.


Pourquoi ne pas imaginer la constitution d’une « Fondation Partenia » ?



Ernest DEISS