Dimanche 14 septembre 2008
Comment faire pour survivre en classe ?
La différence entre une vie « éveillée » et une vie morne et routinière est la conscience. Métro-boulot-dodo ou : « je marche vers le métro et je sais que je marche vers le métro », « je vais au boulot et je sais que je vais au boulot », « à présent je me repose et je sais que je me repose » ?.
Dimanche 26 0ctobre 2008
Dans cet univers où la montre est la grande patronne, languir dans le passé ou s’évader dans le futur n’ont pas leur place : l’action immédiate et notre présence…présente devraient être la seule réalité.
Seule une respiration consciente et profonde peut rétablir le calme intérieur, la concentration et la souveraineté face au soin qu’il faut donner, à l’opération à faire, au médicament à administrer.
Crevés ? Épuisés ? Il est possible de s’arrêter. Bien sûr, pas au beau milieu d’une chirurgie, scalpel et bistouri en l’air, mais intérieurement, oui.
J’inspire, j’expire.
J’inspire, je sais que j’inspire.
J’expire, je sais que j’expire.
J’inspire, je me calme.
J’expire, je me calme encore et retrouve ma souveraineté.
Pourquoi le mot stress est-il automatiquement associé à celui de travail ? « Je suis stressé-e, j’ai du travail. »…
L’’étymologie du mot travail en dit, hélas, bien long sur « l’origine de nos malheurs » : Le verbe traveillier est issu du latin populaire *tripaliare, signifiant littéralement « tourmenter, torturer avec le tripalium », un instrument de torture. (Petit Robert) Le mot "travail" vient du croisement étymologique avec trabicula, une petite poutre transversale, qui servait de chevalet de torture. Trabiculare signifiait "travailler", dans le sens de "faire souffrir". En ancien français, le verbe "travailler" s'appliquait aux agonisants, aux suppliciés et... aux femmes en travail. » Oh la la… En outre, toutes les définitions de ce verbe comportent des termes tels que effort, acquisition, réussite, accomplir. gagner…
Est-ce un signe des temps ? On l’a tant décriée! L’agitation est l’un des dix obstacles à la concentration. Des cinquante-quatre formations mentales énumérées par Thich Nhat Hanh, elle est la 41è, secondaire, non-bénéfique. Il ne faut pas confondre l’énergie qui nous actionne , nous allume et anime notre motivation et l’agitation « chronique » qui nous habite et qui fait désormais partie de nos habitudes de vie quotidiennes. L’une est positive, souhaitée, l’autre est néfaste car bien souvent insoupçonnée. Quelque chose bourdonne inlassablement en mon for intérieur mais je ne sais pas ce que c’est… Je ne suis pas tranquille, détendu. Être agité en perpétuité, c’est fatigant à la fin ! Notre concentration s’en trouve affectée et atténuée, l’impression d’avoir toujours quelque chose à finir nous hante et empêche la quiétude de s’établir en nous et de prendre une place stable. Comme un aimant ou une luciole vers la lumière, nous sommes attirés vers un futur à accomplir ou un passé imparfait dont on n’est pas satisfait.
En s’asseyant sous l’arbre de l’Éveil, Bouddha eut, à loisir, le temps de passer en revue son corps, ses sensations, son esprit et tout ce qui s’y forgeait. Il vit le lien entre ses pensées, ses émotions et ses perceptions, il put en déceler l’origine et comprendre la racine des innombrables formations mentales et leur effet, bénéfique ou néfaste, sur notre existence. Ayant compris et maîtrisé les rouages de la psychologie humaine, il fut nommé « médecin de l’âme ». Devenir à notre tour « médecin de l’âme » en tant que psychiatre, psychologue ou psychothérapeute requiert, sinon ce même illustre parcours, mais tout au moins une recherche personnelle similaire approfondie. Qui suis-je ? Que sais-je de ma propre psychologie ? Afin que je sois apte à assister les autres, comment puis-je m’assurer de ma bonne ‘santé’ et solidifier ma propre stabilité intérieure ?
Il y a une nuance entre se sentir seul et vivre seul. La solitude peut être volontaire et recherchée lorsque l’on aspire à la concentration, au recueillement, à l’étude. C’est un isolement bénéfique qui éloigne de la distraction et de la dispersion, une retraite personnelle pour la mise au point, le bilan, la compréhension approfondie.
La solitude peut devenir un outil merveilleux de croissance personnelle et….d’Éveil, dépendamment du rôle que nous lui attribuons et de l’emploi que nous en faisons.
Un jour comme ci, un jour comme ça… La vie est bien inconstante ! La vie ? L’homme est ondoyant et divers, disait Pascal. Avant même d’aller plus loin, il suffit que les conditions météoro-logiques changent pour que notre humeur en soit affectée… La théorie des climats, on connaït cela ! Le ciel se couvre ? Mmmm… Le soleil apparaït ? Aaaah.. Et puis, il y a notre humeur …et celle de l’autre ! Nos émotions et celles des autres ! (Ö interdépendance !)
Mais elle, de quoi se nourrit-elle ?
Selon Shariputra, disciple du Bouddha, notre Vue Juste est façonnée par quatre catégories de nourriture : comestible, sensorielle, dictée par notre volition ou emmagasinée dans notre conscience.
L’osmose entre ce qui nourrit nos parents, nos éducateurs et nos maîtres et ce qui nous alimente est criante. Il en va de même pour celle entre l’artiste qui performe et nous, spectateurs, qui recevons.
« J’aurais voulu être un artiste..
Que faire pour rendre plus paisible et plus supportable ce que nos yeux voient et que notre esprit interprète ? L'illusion, l’ignorance, l’acceptation des choses telles qu’elles sont…
L’orgueil est expliqué dans le dictionnaire comme une estime exagérée, un amour excessif de soi-même. L’attachement à tout ce qui nous concerne. L’ego.. on connait ça!
Bouddha, dans la profonde méditation qui l’a mené à l’Illumination, a vu que nous n’avons ni une identité propre ni un soi séparé et que chaque élément de notre corps est étroitement relié à l’immensité du monde... Mais nous ne le voyons pas ainsi. Nous nous voyons unique, différent, “rien à voir avec les autres!”.
Nagarjuna, philosophe indien du IIè siècle, expliqua que le fait de se croire supérieur ou d’être trop attaché à sa personne n’était pas la seule forme d’orgueil mais que celui de se sentir inférieur …ou égal l’était tout autant!
Ni trop, ni trop peu, ni égal !
L’orgueil peut jouer de mauvais tours dans la vie en créant une image du soi trompeuse et préjudiciable et en nous empëchant de voir les choses à leur juste valeur..
Peu avant d’atteindre l’Éveil, « un jour, alors qu’il méditait dans un cimetière, il (Siddharta) eut l’intuition que la voie de la mortification n’était pas la bonne. Le soleil venait de se coucher. Une douce brise caressait sa peau. Il était resté assis toute la journée sous un soleil de plomb et profitait de cette caresse rafraîchissante quand il expérimenta un bien-être intérieur qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps. Il réalisa que le corps et l’esprit étaient une seule et même entité inséparable. La paix et la détente du corps étaient intimement liées à celles de l’esprit. Tourmenter le corps revenait à torturer l’esprit. »*
À notre tour..
*Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, Éditions Lattés, 1991