Objectifs de la séance


Les objectifs de la séance seront d'identifier les symptômes de la dépression bipolaire et d'établir une liste personnelle de ses propres symptômes avec repérage des signes précurseurs, d’identifier les facteurs déclenchants, d’identifier les stratégies pour faire face à la dépression, et de comprendre les conséquences des épisodes.



Symptômes (1/5)


Une des caractéristiques de la maladie bipolaire est de s'accompagner de changements d'humeur, aussi bien « hauts » que « bas ». Les hauts sont appelés manies, mais certaines personnes ne présenteront que des symptômes modérés des phases hautes, constituant une hypomanie. Il est important de préciser que le terme de manie n'a aucun rapport avec le sens populaire, qui entend par là le fait d'être obsessionnel.

Dans ces phases « hautes », il existe également des états mixtes où coexistent des éléments dépressifs et des éléments maniaques.

Les « bas » sont représentés par les phases de dépression.

Le trouble bipolaire, et plus particulièrement la manie, ne peut être géré efficacement qu'à travers une collaboration active et étroite entre le patient et le thérapeute. L'aide de la famille pourra également être très précieuse. Afin de pouvoir lutter de manière active contre la manie, il est impératif d’en bien connaître les signes, notamment ceux qui apparaissent de manière précoce.



Symptômes (2/5)


La dépression se traduit donc par la manière dont la personne ressent les émotions, pense et agit (Henry et Leboyer, 1999).


QUESTION

Pouvez-vous énumérer les symptômes de votre dépression en les répartissant dans les trois sous-groupes suivants ?


Humeur et émotions

Pensées et parole

Comportement

Selon le choix de l’animateur, cette question pourra prendre place après la diapo 3 ou la diapo 5.



Symptômes (3/5)



Perception des émotions

Altération de l’humeur

Souvent une hyporéactivité à l’environnement et une perte de la capacité à éprouver du plaisir

Tristesse, indifférence à l’environnement, vie paraît grise, anxiété

Pensée

Altération des processus cognitifs

ralentissement

Pensée ralentie, difficultés de concentration, élocution lente, manque de mots, retrait social , discours pauvre, trouble de la mémoire

Action

Altération des activités et modification du comportement

ralentissement

Fatigue (76%), ralentissement moteur (76%) , incapacité à se mettre en route, incapacité à avoir des projets ou à se projeter dans l’avenir



Comme pour la séance sur la manie, il est possible de demander aux participants de retrouver les symptômes présentés au cours de la dépression et de les regrouper selon les trois dimensions suivantes : les émotions, la pensée / la parole et l'action.


Les principaux symptômes (Goodwin and Jamison, 1999) sont ici regroupés selon ces trois dimensions.

En ce qui concerne l'altération de l'humeur, la dépression des bipolaires est le plus souvent très émoussée sur le plan émotionnel. Il est important de faire un rappel à ce niveau-là de ce que sont les états mixtes, afin que les patients puissent différencier les états mixtes ou les manies dysphoriques des dépressions. Il convient d'insister sur le fait que ces deux états nécessitent des traitements opposés : des antidépresseurs dans le cadre de la dépression, mais un thymorégulateur plus ou moins associé à un antipsychotique dans le cas des états mixtes. Ce qui distingue le plus la dépression bipolaire des états mixtes est vraisemblablement la façon de ressentir les émotions. Dans les états mixtes, il existe une hyper-réactivité émotionnelle teintée d'une coloration douloureuse oscillant entre la tristesse, l'angoisse, l'irritabilité, une plus grande sensibilité voire susceptibilité, avec des phases ponctuelles d'exaltation. L'humeur est avant tout labile dans les états mixtes, alors qu'elle est la plupart du temps monotone dans les dépressions bipolaires et peu réactive à l'environnement. En effet, bien que sollicité, le patient éprouvera peu ou pas de plaisir dans les dépressions, alors que dans les états mixtes, la tonalité affective peut tout à fait se modifier en fonction de l'environnement (Henry, 1999).

Dans la dépression bipolaire, les processus cognitifs sont a priori ralentis. Du fait de ce ralentissement cognitif, il existe une difficulté de concentration et de compréhension, l'élocution est lente et il existe parfois un manque du mot. Tout ceci concourt à accentuer le retrait social, car au manque d'envie de communiquer, s'ajoutent des difficultés à communiquer.

Globalement, il existe une diminution des activités et un ralentissement moteur. Bien souvent, cet état se manifeste par une fatigue intense, parfois plus marquée le matin avec une difficulté pour se mettre en route et accomplir les actes de la vie quotidienne. Le ralentissement moteur peut se traduire par un ralentissement des gestes et une pauvreté de la mimique. Il existe également une incapacité à se projeter dans l'avenir et à faire des projets.



Symptômes (4/5) / Autres symptômes


Comme dans la manie, les états dépressifs peuvent s'enrichir d'autres symptômes, notamment neurovégétatifs, qui s'ajoutent à la séméiologie précédemment décrite. On retrouve très fréquemment des troubles de l'appétit à type de réduction de l'appétit plus ou moins associée à une perte de poids, ou, plus rarement, une hyperphagie avec une prédilection pour les aliments sucrés, susceptible d’engendrer une prise de poids. Bien évidemment, les dépressions sont souvent associées à des troubles du sommeil, qui sont le plus classiquement des insomnies de fin de nuit avec réveil précoce douloureux et présence d'idées suicidaires. Parfois, l'insomnie est remplacée par de l'hypersomnie. La diminution de la libido est retrouvée dans 75% des cas (Goodwin et Jamison, 1990).

Très souvent, il existe des signes somatiques dans 67% des cas, à type notamment de douleurs. Bien évidemment, comme dans les manies, peuvent apparaître des symptômes psychotiques. Les idées délirantes sont généralement à thème de culpabilité, d’hypochondrie, de ruine ou de persécution. S'y associent parfois des troubles perceptifs à type d'hallucinations auditives, visuelles ou olfactives.




Symptômes (4/5) / Autres symptômes


Comme dans la manie, les états dépressifs peuvent s'enrichir d'autres symptômes, notamment neurovégétatifs, qui s'ajoutent à la séméiologie précédemment décrite. On retrouve très fréquemment des troubles de l'appétit à type de réduction de l'appétit plus ou moins associée à une perte de poids, ou, plus rarement, une hyperphagie avec une prédilection pour les aliments sucrés, susceptible d’engendrer une prise de poids. Bien évidemment, les dépressions sont souvent associées à des troubles du sommeil, qui sont le plus classiquement des insomnies de fin de nuit avec réveil précoce douloureux et présence d'idées suicidaires. Parfois, l'insomnie est remplacée par de l'hypersomnie. La diminution de la libido est retrouvée dans 75% des cas (Goodwin et Jamison, 1990).

Très souvent, il existe des signes somatiques dans 67% des cas, à type notamment de douleurs. Bien évidemment, comme dans les manies, peuvent apparaître des symptômes psychotiques. Les idées délirantes sont généralement à thème de culpabilité, d’hypochondrie, de ruine ou de persécution. S'y associent parfois des troubles perceptifs à type d'hallucinations auditives, visuelles ou olfactives.



Symptômes (5/5) / Particularités cliniques de l'état dépressif bipolaire


La symptomatologie comporte plus souvent une hypersomnie à la place de l'insomnie, une hyperphagie à la place de la perte d'appétit (avec notamment une appétence pour le sucré), un ralentissement moteur important, un ralentissement des processus idéiques, un émoussement affectif, un état plus sévère le matin avec d'importantes difficultés pour se mettre en route (Ghaemi et Goodwin, 2003). D'autre part, il existe un risque de virage de l'humeur sous antidépresseur au cours des dépressions bipolaires, qui nécessite l’association d’un thymorégulateur à l’antidépresseur (Henry and Demotes-Mainard, 2003).



Différentes intensités


Les épisodes dépressifs au cours des troubles bipolaires pourront être d’intensités variables. La terminologie « épisode dépressif majeur » utilisée dans le DSM-IV est parfois source de confusion : le qualificatif « majeur » en effet, ne renvoie pas à une notion d’intensité sévère, mais signifie simplement que l’épisode dépressif est caractérisé. Il est important que les patients repèrent les épisodes précocement, pour éviter leur aggravation progressive.









Différentes formes évolutives


Les épisodes dépressifs peuvent également présenter des cours évolutifs très différents. Sans traitement, leur durée moyenne d’évolution est de 6 à 12 mois. Cependant, il n’est pas rare que certains patients présentent des épisodes évoluant sur un mode chronique d’intensité modérée avec des phases d’aggravation (double dépression). Globalement, chez les patients bipolaires, les périodes dépressives cumulées représentent une durée largement supérieure à la durée totale des états maniaques (Goodwin et Jamison, 1999).



Facteurs déclenchants


Les épisodes dépressifs peuvent survenir spontanément. Certains, cependant, et notamment les premiers épisodes, font suite à des facteurs de stress. Des auteurs (Post, 1992) ont suggéré que la survenue d'événements stressants contribuerait à sensibiliser le sujet, le rendant progressivement plus vulnérable à des événements d'intensité de plus en plus faible. Chez les sujets bipolaires, lorsqu'un stress déclenche une rechute, celle-ci peut durer longtemps après que le stimulus stressant ait disparu. Parmi les facteurs de stress, on retrouve les stress en relation avec l'activité professionnelle, la vie affective, les grossesses pour les femmes mais également la paternité pour les hommes et globalement, comme pour les épisodes maniaques, les perturbations du rythme de vie. La prise ou l’arrêt de certains médicaments, les corticoïdes, l'interféron utilisé pour le traitement des hépatites ou de certains cancers, peut favoriser l'émergence d'un trouble dépressif. Ce dernier peut aussi survenir dans le cadre de maladies chroniques, notamment neurologiques (accident vasculaire cérébral, sclérose en plaque) ou endocriniennes (hypothyroïdie, diabète...) (DSM-IV). Il existe une intrication importante entre l’épisode dépressif et la prise de toxiques ou d'alcool. Celle-ci est parfois induite par le trouble thymique qui pourrait, en retour, être aggravé par les toxiques ou l'alcool. Enfin, lorsqu'il existe un facteur saisonnier, l'automne, par une diminution de la luminosité, peut être un facteur déclenchant de certaines dépressions.



QUESTION 2 :Quelles sont les situations qui, chez vous, ont déclenché un épisode dépressif ?


QUESTION 3 :Pouvez-vous établir un profil personnel de vos épisodes dépressifs en repérant les signes précurseurs ?








Conséquences et risques des épisodes


La conséquence la plus dramatique des épisodes dépressifs est bien sûr le suicide, dont la fréquence est évaluée à 15% chez les patients bipolaires. Une étude récente a montré que le risque suicidaire chez les patients bipolaires était majoré par un facteur 20 (Tondo et al., 2003). Comme pour les épisodes maniaques, les conséquences des épisodes dépressifs touchent la sphère familiale, professionnelle et sociale. Ainsi, au fil de l'évolution, les patients bipolaires connaissent non seulement un recul de leur statut professionnel et souvent de leur revenu, mais sont également confrontés à une dégradation des relations interpersonnelles.



QUESTION 4 : Quelles ont été les conséquences de vos épisodes dépressifs sur votre vie familiale, sociale et professionnelle ?




Lutter contre la dépression


La connaissance des signes, des symptômes et des facteurs déclenchants permet d’adopter des stratégies pour faire face à la dépression :




Les stratégies efficaces pour lutter contre la dépression reposent sur la connaissance des signes précurseurs, des symptômes de la dépression et des facteurs déclenchants. Ainsi, face aux premiers signes de dépression, il convient de contacter rapidement son thérapeute et d’évaluer s'il existe un changement de médicament récent, qu'il soit psychotrope ou à visée somatique. Face à un événement de vie difficile, il est important de solliciter également le psychiatre pour obtenir des rendez-vous plus rapprochés afin d’évaluer avec lui l'apparition éventuelle d’une dépression. Lors de l’apparition des premiers symptômes, le patient doit solliciter le support de son entourage et éviter à tout prix l'isolement. Il est essentiel de maintenir les activités quotidiennes, notamment les activités de loisirs, et de garder un rythme régulier de sommeil. Malheureusement, dans un bon nombre de cas, les patients vont augmenter la prise d'alcool ou auront recours à des toxiques lorsqu' apparaît une humeur dépressive, ce qui entraîne son aggravation. Il ne faut pas non plus recourir à une automédication, la prise de benzodiazépines notamment, pour essayer de contrôler des troubles du sommeil débutants. En effet, ces derniers peuvent être le premier signe d'une dépression, qu'il convient de traiter par un antidépresseur et non par un anxiolytique, susceptible d’augmenter l’impulsivité. L'arrêt du traitement est une réaction également fréquente lors de l'apparition d'une humeur dépressive, associé à un sentiment de « ras-le-bol » et de découragement face à la récurrence des troubles.



Prise en charge de la dépression bipolaire


La prise en charge d’une dépression nécessite souvent une hospitalisation, surtout lorsque le risque suicidaire est élevé. Cette hospitalisation pourra se réaliser sur le mode de la contrainte lorsque le sujet n'a pas une conscience suffisante du trouble. L'objectif du traitement est d'améliorer l'humeur rapidement, d'éviter le virage maniaque et de protéger le patient contre le suicide. Il est basé sur l’administration d'un thymorégulateur qui pourra être associé à un antidépresseur, et éventuellement à un antipsychotique, s'il existe des idées délirantes. Parfois, on pourra avoir recours à l’électro-convulsivo-thérapie ou ECT (APA, 2002).



CONCLUSION : Dépression bipolaire



Sanofi (module 3)